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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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lundi 25 janvier 27 (28 Scébat)
- Une solitude pierreuse 22 - Jésus médite dans une grotte 22 - L'œil de Satan et l'œil de Jésus 23 -
Discours de Satan 1 (Ici le roi c'est moi) 23 -
Discours de Satan 2 (Va vers la femme) 24 -
Discours de Satan 3 (Rassasie-toi d'abord) 25 -
Discours de Satan 4 (Accomplis un miracle) 26 -
Discours de Satan 5 (Je te donnerai la terre) 26 - Va-t-en Satan 27 - Jésus revigoré par les anges 27 |
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22> Je vois la solitude
pierreuse déjà vue à ma gauche dans la vision du Baptême de Jésus au Jourdain. Cependant, je dois y avoir pénétré
profondément, parce que, en fait, je ne vois plus le beau fleuve aux eaux
lentes et azurées ni la veine verte qui le côtoie sur ses deux rives,
alimentée par cette artère aquatique. Ici, rien que la solitude, des pierres,
une terre brûlée, réduite à l’état de poussière jaunâtre qu’à chaque instant
le vent soulève en petits tourbillons. On dirait le souffle d’une bouche
fiévreuse tant ils sont secs et brûlants, torturants aussi pour la poussière
qu’ils entraînent avec eux dans le nez et la gorge. Çà et là, très rares, des
petits buissons épineux dont on ne sait comment ils peuvent résister dans
cette désolation. On dirait quelques rares touffes de cheveux sur le crâne
d’un homme chauve. Au dessus, un ciel impitoyablement azuré; en bas le sol
aride, autour, des rochers et le silence. C’est tout ce que je vois comme
nature. Un énorme rocher forme un embryon de grotte. Assis
sur une roche traînée à l’intérieur, Jésus se tient adossé à la paroi. Il s’y
repose du soleil brûlant. Celui qui m’avertit intérieurement m’indique que
cette roche sur laquelle il est assis lui sert aussi d’agenouilloir et
d’oreiller quand il prend quelques heures de repos, enroulé dans son manteau,
à la lueur des étoiles et dans l’air froid de la nuit.[1] 23> De fait, là tout près, se trouve la besace que je lui ai vu
prendre à son départ de Nazareth. C’est tout son avoir et comme elle est
flasque, je comprends qu’elle est vide du peu de nourriture qu’y avait mise
Marie. Jésus est très maigre et pâle. Il est assis
avec les coudes appuyés sur les genoux et les avant-bras portés en avant, les
mains jointes avec les doigts entrelacés. Il médite. De temps à autre il lève
son regard et le promène alentour et regarde le soleil presque au zénith dans
le ciel azuré. De temps en temps et en particulier après avoir regardé les
alentours et levé les yeux vers la lumière du soleil, il ferme les yeux et
s’appuie sur le rocher qui lui sert d’abri, comme pris de vertige. Je vois apparaître
l’horrible gueule de Satan. Il ne se présente pas sous la forme où nous nous le
représentons avec cornes, queue, etc. etc. On dirait un Bédouin enveloppé
dans son habit et son manteau qui semble un domino de mascarade. Sur la tête,
le turban dont les pans lui descendent jusqu’aux épaules pour les abriter, et
sur les côtés du visage, de sorte que de ce dernier on ne voit qu’un triangle
étroit, très brun avec des lèvres minces et tordues, des yeux très noirs et
renfoncés, d’où sortent des éclairs magnétiques. Deux pupilles qui te
pénètrent jusqu’au fond du cœur où on ne lit rien, ou une seule parole :
mystère. Le contraire de l'œil de Jésus qui vous fascine lui aussi par ses
effluves magnétiques qui vous pénètrent jusqu’au cœur mais où on lit aussi
que dans son cœur il n’y a que bonté et amour pour toi. L'œil de Jésus est
pour l’âme une caresse. L'œil de Satan est un double poignard qui vous perce
et vous brûle. Il s’approche de Jésus : "Tu es seul
?" Jésus le regarde sans répondre. "Comment es-tu arrivé ici? Tu t’es
perdu?" Jésus le regarde de nouveau et se tait. "Si j’avais de l’eau dans ma gourde, je
t’en donnerais. Mais je n’en ai pas. Mon cheval est crevé et je me dirige à
pied vers le gué. Là je boirai et je trouverai quelqu’un qui me donne un
pain. Je connais la route. Viens avec moi, je te conduirai. " Jésus ne lève plus les yeux. "Tu ne réponds pas? Sais-tu que si tu
restes ici tu vas mourir? Déjà le vent se lève. Il va y avoir la tempête.
Viens. " Jésus serre les mains dans une muette
prière. 24> "Ah! C’est donc
bien toi? Depuis le temps que je te cherche! Et maintenant, cela fait si
longtemps que je t’observe. Depuis le moment où tu as été baptisé. Tu
appelles l’Éternel ? Il est bien loin. Maintenant tu es sur terre et au
milieu des hommes. Et chez les hommes, c’est moi qui suis roi. Pourtant, tu
me fais pitié et je veux t’aider parce que tu es bon et que tu es venu te
sacrifier, pour rien. Les hommes te haïront à cause de ta bonté. Ils ne
comprennent que or et mangeaille et jouissance. Sacrifice, souffrance,
obéissance sont pour eux des paroles mortes, plus mortes que cette terre-ci
et ses alentours. Ils sont plus arides encore que cette poussière. Il n’est
que le serpent pour se cacher ici en attendant de mordre et aussi le chacal
pour te mettre en pièces. Allons, viens. Ils ne méritent pas que l’on souffre
pour eux. Je les connais mieux que toi." Satan s’est assis en face de Jésus, Il le
fouille de son regard terrible, et sourit de sa bouche de serpent. Jésus se
tait toujours et prie mentalement. "Tu te défies de moi. Tu as tort. Je suis
la sagesse de la terre. Je puis te servir de maître pour t’aider à triompher.
Vois : l’important, c’est de triompher. Puis, quand on s’est imposé au
monde et quand on l’a séduit, alors on le mène où l’on veut. Mais d’abord, il
faut être comme il leur plaît, comme eux, les séduire en leur faisant croire
que nous les admirons et que nous les suivons dans leurs pensées.
Et puis, comment peux-tu comprendre et guérir
les maladies des sens, si tu ne sais pas ce que c’est. Ne sais-tu pas que la
femme est le noyau d’où naît la plante de la passion et de l’orgueil ? Pourquoi
l’homme veut-il régner ? Pourquoi veut-il être riche, puissant ?
Pour posséder la femme. Elle est comme l’alouette. Elle a besoin d’un
scintillement qui l’attire. 25> L’or et la domination
sont les deux faces du miroir qui attire les femmes et la cause des maux du
monde. Regarde : derrière mille délits d’apparences diverses il y en a neuf
cent, au moins, qui ont leur racine dans la faim de la possession de la femme
où dans la volonté d’une femme brûlée d’un désir que l’homme ne satisfait pas
encore ou ne satisfait plus. Vas vers la femme si tu veux savoir ce qu’est la
vie et après, seulement tu sauras soigner et guérir les maux de l’humanité. Elle est belle, tu sais, la femme ! Il
n’est rien de plus beau au monde. L’homme possède la pensée et la force. Mais
la femme ! Sa pensée est un parfum, son contact est caresse de fleurs.
Sa grâce est un vin enivrant, sa faiblesse est comme un écheveau de soie ou
les boucles frisées d’un bébé entre les mains de l’homme. Sa caresse est une
force qui se communique à la nôtre et l’enflamme. La souffrance disparaît, et
la fatigue, et les soucis quand il se pose auprès d'une femme. Elle est entre
nos bras comme un bouquet de fleurs.
Tu vois comme tu pâlis et chancelles, rien
qu’à entendre parler de pain. Pauvre Jésus! Es-tu affaibli au point de ne
plus pouvoir commander au miracle ? Veux-tu que je le fasse pour
Toi ? Je ne suis pas à ton niveau, mais je puis faire quelque chose. Je
me priverai pendant un an de ma force, je la rassemblerai toute, mais je veux
te servir parce que Tu es bon et que je me souviens toujours que Tu es mon
Dieu, même si maintenant j’ai démérité de te donner ce nom. Aide-moi de ta prière pour que je puisse... " "Tais-toi. "Ce n’est pas seulement
de pain que vit l’homme, mais de toute parole qui vient de Dieu" [1]. 26> Le démon a un sursaut
de rage. Il grince des dents et serre les poings, mais il se maîtrise et ses
dents se desserrent pour ébaucher un sourire.
"Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton
Dieu" a-t-il été dit." [3] "Tu comprends que même ton apparition ne
changerait pas les choses et que le Temple continuerait d’être marché et
corruption. Ta divine sagesse le sait, que les cœurs des ministres du Temple
sont un nid de vipères qui s’entre dévorent pour arriver au pouvoir. Il n’y a
pour les dompter que la puissance humaine. Alors, viens.
Adore-moi. Je te donnerai la terre. Alexandre. Cyrus, César, tous les
plus grands conquérants du passé, ou encore vivants seront semblables à de
vulgaires chefs de caravanes par rapport à Toi qui auras tous les royaumes de
la terre sous ton sceptre et avec les royaumes toutes les richesses, toutes
les splendeurs de la terre, et femmes, et chevaux et soldats et temples. Tu
pourras élever partout ton Signe quand Tu seras le Roi des Rois et le
Seigneur du monde. Alors, Tu seras obéi et respecté par le peuple et le
sacerdoce. Toutes les castes t’honoreront et Te serviront parce que Tu seras
le Puissant, l’unique, le Seigneur.
Jésus s’est mis debout, au contraire. Plus
amaigri après ces jours de jeûne, il semble encore plus grand. Son visage est
terrible de sévérité et de puissance. Ses yeux sont deux saphirs qui jettent
des flammes. Sa voix est un tonnerre qui se répercute dans la cavité du
rocher et se répand sur les roches et la terre désolée, quand il dit : "Va-t-en
Satan. Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et serviras Lui
seul" [4] Satan avec un cri déchirant de damné et de
haine inexprimable, saute debout, terrible à voir dans sa fureur, dans sa
personnalité toute fumante. Et puis il disparaît avec un nouveau hurlement de
malédiction. Jésus s’assied, fatigué en appuyant sa tête
en arrière contre le rocher. Il paraît à bout. Il sue. Mais des êtres
angéliques viennent de leurs ailes renouveler l’air dans la chaleur
étouffante de la grotte, la purifiant et la rafraîchissant. Jésus ouvre les
yeux et sourit. Je ne le vois pas manger. On dirait qu’il se nourrit du parfum
du Paradis et en sort revigoré. |
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Le soleil disparaît au couchant. Jésus prend la besace vide et,
accompagné par les anges qui volant au-dessus de Lui, lui font une douce
lumière, pendant que la nuit tombe très rapidement, il se dirige vers l’Est
ou plutôt vers le Nord Est. Il a repris son expression habituelle, sa
démarche assurée. Il lui reste seulement comme souvenir de son jeûne prolongé
un aspect plus ascétique avec son visage amaigri et pâle et ses yeux ravis
dans une joie qui n’est pas de cette terre. |
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[2] Satan ne cite pas la
Parole de Dieu (ou ne veut pas la citer), mais y fait référence : Psaume 91(90),11 et 12