|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
jeudi 24 juin 27 (1 Tammouz)
- La montagne du jeûne et la Mer Morte 233 - Arrivée dans le lieu désertique 234 - Discours 1 (Comment il dormait
235 - Sa mission de serviteur 235 - Instruit directement par Dieu 235 - Votre destinée : la sainteté 236 - Votre liberté et les puissances ennemies 236 - L'esclavage du péché et la miséricorde) 236 - Discours 2 (Restez avec moi pour arracher
deux âmes à Satan) 237 - Discours 3 (Le séjour de Jésus avait été
plus dur) 238 - Descente de nuit vers une plaine brûlée 239 - Arrivée à la grotte de la tentation 240 - Discours 4 (La tentation de Jésus commentée
240 - Ma première croix : le contact avec le
monde) 244 - Ne parlez pas à ma mère de Bethléem et
d'Hébron 244 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 2 2.44. |
||
|
233> Une très belle aube dans un lieu sauvage. Une aube en haut
d'une pente montagneuse. A peine la première lueur du jour Dans le ciel les
dernières étoiles visibles et un étroit croissant de la lune en décours qui
reste, virgule d'argent, sur le velours sombre du ciel. La montagne semble
indépendante, sans liaison avec d'autre chaînes. Mais, c'est un vrai mont,
pas une colline. La cime est beaucoup plus en haut et pourtant, à mi-hauteur
on découvre un large horizon ce qui témoigne qu'on s'est élevé beaucoup au
dessus du niveau du sol. Dans l'air frais du matin où se fraie sa route la
lumière incertaine, blanc-verdâtre de l'aube, et qui se fait plus claire, se
révèlent les contours et les détails que dissimulait d'abord la brume qui
précède le jour, toujours plus sombre qu'une nuit, car la lumière des astres,
dans le passage de la nuit au jour diminue et je dirais qu'elle s'efface. Je
vois ainsi que la montagne est de roche nue, coupée d'anfractuosités qui
forment des grottes, des antres et refuges dans la montagne. 234> Dans les seuls endroits où un peu de terre s'est accumulée
pour pouvoir recueillir aussi l'eau du ciel, et la conserver, il y a des
touffes de verdure, des plantes qui n'ont guère qu'une tige épineuse, avec un
rare feuillage et des buissons ligneux à ras de terre de végétaux qui
semblent des baguettes vertes, et dont je ne sais pas le nom. En bas se trouve une
étendue, plus aride encore, plate, pierreuse et qui devient toujours plus aride
à mesure qu'on se rapproche d'un point obscur, plus long que large, au moins
cinq fois plus long que large. Je pense qu'il s'agit d'une oasis luxuriante
qu'ont fait naître des eaux souterraines dans ce paysage désolé. Cependant,
quand la lumière se fait plus vive, je vois que c'est une étendue d'eau. Une
eau stagnante, sombre, morte. Un lac d'une tristesse infinie. Dans cette
lumière encore incertaine, cela me remet en mémoire la vision du monde mort.
Le lac semble attirer à lui l'image sombre du ciel, et toute la tristesse du
paysage environnant. Il semble refléter dans ses eaux immobiles, le vert
sombre des plantes épineuses et des herbes rigides qui sur des kilomètres et
des kilomètres, en plaine et sur les pentes, sont l'unique parure du sol, et en
faire un philtre de sombre tristesse qui s'en dégage et se répand sur tout
l'environnement. Quelle différence avec le lumineux et riant lac de
Génésareth ! En haut, en regardant
le ciel, d'une absolue sérénité qui se fait toujours plus clair, en regardant
la lumière qui de l'orient se répand comme une marée lumineuse, l'esprit
redevient joyeux. Mais la vue de cette immense étendue d'eau morte vous serre
le cœur. Aucun oiseau ne la survole. Aucun animal sur ses rives. Rien. Pendant que je
regarde cette désolation, la voix de Jésus vient me
secouer : "Et, nous voici arrivés où je voulais." Je me
retourne. Je le vois derrière moi, au milieu de Jean, Simon et Judas, près de la pente rocheuse de la montagne, là où arrive
un sentier... il vaudrait mieux dire : là où un long travail des eaux, à la
saison des pluies a érodé le calcaire, creusant au cours des siècles un canal
à peine dessiné qui sert à l'écoulement des eaux venant des sommets et qui
maintenant est un chemin pour les chèvres sauvages plutôt que pour les
hommes. Jésus regarde tout
autour et répète : "Qui, c'est là que je voulais vous amener. Là le
Christ s'est préparé à sa mission." "Mais, ici, il
n'y a rien !" 235> "Il n'y a rien, tu l'as dit." "Avec qui
étais-tu ?!" "Avec mon esprit
et avec le Père." "Ah ! ce fut une
halte de quelques heures !" "Non, Judas, non
pas de quelques heures, mais de plusieurs jours..." "Mais, qui te
servait ? Où as-tu dormi ?" "J'avais pour
serviteurs les onagres qui, la nuit, venaient dormir dans leur tanière...
dans celle-ci où Moi aussi je m'étais réfugié. J'avais à mon service les
aigles qui me disaient : "Il fait jour" avec leur cri sauvage
quand ils partaient en chasse. J'avais pour amis les petits lièvres qui
venaient brouter les herbes sauvages, pour ainsi dire à mes pieds... Ma
nourriture et ma boisson c'était ce qui est nourriture et boisson pour les
fleurs sauvages la rosée de la nuit, la lumière du soleil. Rien
d'autre." "Mais,
pourquoi ?" "Pour
bien me préparer, comme tu dis, à ma mission. Les
choses bien préparées réussissent bien. Tu l'as dit. Et mon affaire
n'était pas la petite, l'inutile affaire de me mettre en lumière Moi,
Serviteur du Seigneur, mais de faire comprendre aux hommes ce qu'est le
Seigneur et par le moyen de cette compréhension de le faire aimer en esprit
de vérité. Misérable le serviteur du Seigneur qui pense à son triomphe et non
à celui de Dieu ! Qui cherche à en tirer profit, qui songe à s'élever
sur un trône fabriqué... oh ! fabriqué avec les intérêts de Dieu, avilis
jusqu'à traîner par terre, eux qui sont des intérêts célestes. Ce n'est plus
un serviteur, celui-là, même s'il en a l'aspect extérieur. C'est un marchand,
un trafiquant, un être faux qui se trompe lui-même, qui trompe les hommes et
voudrait tromper Dieu... un malheureux qui se prend pour un prince et qui est
un esclave... Esclave du Démon son roi et son maître de mensonge. Ici, dans
cette tanière, le Christ, pendant un grand nombre de jours a vécu de
mortifications et de prière pour se préparer à sa mission. Et où
voudrais tu que je fusse allé pour me préparer, Judas ?" Judas est perplexe,
désorienté. Il répond finalement : "Mais je ne saurais... Je
pensais... chez quelque rabbi... près des Esséniens... Je
ne sais."
Mais le Père ne vous fait pas violence dans votre condition de
roi. Le roi, s'il est prisonnier, n'est plus roi : il est déchu. Vous
êtes rois parce que vous êtes libres dans votre petit royaume individuel,
dans votre moi. En lui, vous pouvez faire ce que vous voulez, comme
vous voulez. En face, et aux frontières de votre petit royaume, vous avez un
Roi ami et deux puissances ennemies. L'Ami vous montre les règles qu'il a
faites pour rendre heureux ceux qui sont à Lui. Il vous les montre. Il vous
dit : "Les voilà, avec elles est assurée l'éternelle
victoire". Il vous les montre, Lui, le Sage et le Saint pour que vous
puissiez, si vous le voulez, les mettre en pratique et en tirer une gloire
éternelle. Les deux puissances ennemies sont Satan et la chair. Sous le nom de chair, je mets la vôtre et celle du
monde : c'est à dire les pompes et les séductions du monde, c'est à dire
la richesse, les fêtes, les honneurs, les puissances qui viennent du monde et
qui s'y trouvent et qu'on n'acquiert pas toujours honnêtement et dont on sait
encore moins user honnêtement si l'homme y parvient par suite d'un ensemble
de circonstances. Satan, maître de la chair et du monde s'adresse à nous par
lui-même et par la chair. Lui aussi a ses règles... Oh ! s'il en
a !... Et puisque le moi est entouré de chair et que la chair
recherche la chair comme les parcelles de fer se dirigent vers l'aimant, et
parce que le chant du Séducteur est plus doux que les roulades du rossignol
énamouré au clair de lune dans le parfum de la roseraie, il est plus facile
d'aller vers ces règles, de se soumettre à ces puissances, de leur
dire : "Je vous tiens pour des amies. Entrez". 237> Dites-moi, alors.
Est-ce que cette destinée a été imposée par un Seul à tous, ou si
personnellement chacun l'a voulue pour lui même ?" "C'est chacun
qui l'a voulue." "Tu juges bien,
Simon. Pouvais-je, Moi aller trouver ce qui nient la bienheureuse
résurrection et le don de Dieu pour former ? C'est ici que je suis venu.
J'ai pris mon âme de Fils l'homme et me la suis travaillée par les ultimes
touches, tenant le travail de trente années d'anéantissement et de
préparation pour aborder avec perfection mon ministère. Maintenant, je vous
demande de rester avec Moi, quelques jours, dans cette tanière. L'attente
sera toujours moins désolée car nous serons quatre amis pour nous défendre
contre les tristesses, les peurs, les tentations, les nécessités de la chair.
238> Moi, j'étais seul. Ce sera moins
pénible parce que maintenant c'est l'été, et ici, en altitude, il y le vent
des sommets pour tempérer la chaleur. Moi j'y
vins à la fin de la lune de Tebet [1] et glacial était le vent qui descendait des neiges de
la cime. L'attente sera moins torturante parce que plus courte et parce que
nous avons maintenant ce minimum de nourriture qui peut apaiser notre faim,
et dans les gourdes que je vous ai fait donner par les bergers, il y a assez
d'eau pour ce court séjour. Moi... Moi, j'ai besoin
d'arracher deux âmes à Satan [2]. Il n'y a que la pénitence qui puisse en venir à bout. Je vous demande de l'aide.
Cela servira aussi à votre formation. Vous apprendrez comment on arrache les
proies à Mammon. Pas tant avec les paroles qu'avec le sacrifice... Les
paroles !... Le vacarme satanique empêche qu'on les écoute… Les âmes qui
sont la proie de l'Ennemi sont emportées dans un tourbillon de voix
infernales... Voulez-vous rester avec Moi ? Mais si vous, vous ne voulez
pas, partez. Moi je reste. Nous nous retrouverons à Tecua, près du marché." "Non, Maître, je
ne t'abandonne pas " dit Jean pendant qu'en même temps Simon s'écrie :
"C'est pour nous élever que tu nous veux avec Toi dans cette
rédemption." Judas... ne me paraît pas très enthousiaste mais il fait
bon visage au... destin et dit : "Moi, je reste." "Prenez alors
les gourdes, les sacs et portez-les à l'intérieur et, avant que le soleil ne
soit brûlant, cassez du bois et entassez-le près de l'ouverture. La nuit est
froide, même en été ici, et toutes les bêtes ne sont pas inoffensives.
Allumez tout de suite une branche, là de cette plante d'acacia gommeux. Il
brûle bien. Nous la promènerons à travers les fissures pour chasser avec le
feu aspics et scorpions. Allez-y "... ...Le même point de
la montagne. Seulement, maintenant, c'est la nuit. Une nuit toute étoilée.
Une beauté du ciel nocturne, comme je crois on ne peut jouir que dans ces
pays déjà tropicaux. Étoiles d'une grandeur et d'un brillant merveilleux. Les
grandes constellations semblent des grappes de brillants, de clairs topazes,
de pâles saphirs, de doux opales, de tendres rubis. Elles tremblent,
s'allument, s'éteignent, comme les regards quand les paupières les voilent un
instant, et reprennent un éclat plus merveilleux. De temps à autre, une
étoile filante trace dans le ciel une ligne de feu et disparaît vers on ne
sait quel horizon. Un trait lumineux qui paraît le cri de joie d'une étoile
charmée de voler ainsi dans ces prairies illimitées. 239> Jésus est assis à l'entrée de la caverne et parle aux trois
qui font cercle avec Lui. Il doit y avoir eu du feu, parce que au milieu du
cercle formé par les quatre, un tas de tisons a encore des lueurs de braises
et rougit de son reflet les quatre visages. "Oui, le séjour est terminé. Ce séjour. L'autre fois, il
dura quarante jours... Et je vous redis encore : c'était encore l'hiver sur
ces pentes,.. et je n'avais pas de nourriture. Un peu plus difficile que cette
fois, n'est-ce pas ? Je sais que vous avez souffert aussi maintenant. Le
peu que nous avions et que je vous donnais n'était rien spécialement pour la
faim des jeunes. C'était tout juste pour vous empêcher de tomber de
faiblesse. L'eau, il y en avait encore moins avec la chaleur torride du jour.
Et vous direz que cela n'existait pas en hiver. Mais alors c'était un vent
sec qui descendait de la cime en brûlant les poumons et s'élevait de la
plaine, chargé de la poussière du désert et desséchait plus encore que cette
chaleur estivale que l'on peut adoucir en suçant ces fruits acidulés qui sont
presque mûrs. Alors la montagne ne donnait que vent et herbes brûlées par le
gel autour des acacias squelettiques. Je ne vous ai pas donné tout, car j'ai
réservé les derniers pains et le dernier fromage avec la dernière gourde pour
le retour ...Je sais ce que fut le retour, épuisé comme je l'étais dans la
solitude du désert... Rassemblons nos affaires et partons. La nuit est encore
plus claire que celle où nous sommes arrivés. Il n'y a pas de lune, mais le
ciel pleut de la lumière. Partons. Gardez le souvenir de cette place. Sachez
vous souvenir de la façon dont se prépara le Christ et dont se préparent les
apôtres. C'est comme je l'ai enseigné que se préparent les apôtres." Ils se lèvent. Simon,
avec une branche remue les braises, les ravive, avant de les éteindre avec
les pieds, avec des herbes sèches, et, à la flamme il allume un rameau
d'acacia et le tient en l'air à l'entrée de la grotte pendant que Judas et
Jean rassemblent les manteaux, les sacs et les gourdes dont une seule est
encore pleine. Puis il éteint le rameau en le secouant contre le: roches, se
charge de son sac, et comme tous les autres, se met le manteau en l'attachant
à la taille pour qu'il ne gêne pas la marche. Ils descendent sans
plus parler l'un derrière l'autre par un sentier très rapide mettant en fuite
de petits animaux qui broutent le peu d'herbes qui résiste encore au soleil.
Le chemin est long et difficile. Finalement, ils arrivent à la plaine. 240> La marche n'est pas très aisée non plus, ici, où pierres et
éclats de pierres roulent traîtreusement sous le pied, en le blessant aussi,
parce que la terre réduite en poussière les cache et qu'on ne peut les
éviter, et où des buissons épineux brûlés par le soleil griffent les pieds et
gênent la marche en s'accrochant au bas des vêtements. Mais le chemin est
plus direct. Là-haut, les étoiles
sont toujours plus belles. Ils vont, ils vont, et vont, pendant des heures.
La terre est toujours plus stérile et plus triste. Des éclats scintillants
brillent dans des petites rides du sol, dans des trous parmi les aspérités du
terrain. On dirait des éclats de brillants ternis. Jean se baisse pour les
regarder. "C’est le sel du sous-sol. Il en est saturé. Il affleure avec
les crues du printemps et puis se dessèche, Voilà pourquoi la vie ne résiste
pas ici. La mer Orientale, par des veines profondes répand la mort à
plusieurs stades [3] alentour.
Là seulement où des sources d’eau douce s’opposent à son action, là seulement
on peut trouver des arbres pour s’abriter" explique Jésus. Ils marchent encore. Puis Jésus s’arrête près
de la grotte où je l’ai vu tenté par Satan. "Arrêtons nous ici.
Assoyez-vous. D’ici peu ce sera le chant du coq. Depuis six heures nous
marchons et vous devez avoir faim et soif, être fatigués. Prenez. Mangez et
buvez assis ici autour de Moi, pendant que je vous dis encore une chose que
vous direz aux amis et au monde." Jésus a ouvert son sac et en a tiré
pain et fromage qu’il coupe et distribue et il verse de l’eau de sa calebasse
dans un bol et la distribue aussi. "Tu ne manges pas Maître ?" "Non. Je vous
parle. Écoutez. Il y eut une fois quelqu’un, un homme qui me demanda si j’avais jamais été tenté. Qui me demanda si je n’avais jamais péché. Qui me
demanda si, au cours de la tentation, je n’avais jamais cédé. Et qui fut
stupéfait de ce que Moi, le Messie, j’eus demandé, pour résister, l’aide du
Père en disant : ''Père, ne m’induis pas en tentation". Jésus parle doucement, comme s’il racontait
un fait ignoré de tous... Judas baisse la tête comme s’il était gêné. Mais
les autres sont tellement attentifs à regarder Jésus qu’ils ne s’en
aperçoivent pas. [4] 241> Jésus
continue : "Maintenant, vous, mes amis, vous pourrez savoir ce que
très légèrement cet homme apprit. Après le Baptême - j’étais pur, mais on ne
l’est jamais suffisamment par rapport au Très-Haut et l’humilité de dire :
“Je suis un homme pécheur” est déjà un baptême qui purifie le cœur - après le
Baptême, je suis venu ici. J’avais été appelé “l’Agneau de Dieu” par celui
qui, saint et prophète, voyait la Vérité et voyait l’Esprit descendre sur le
Verbe et le faire l’oint par son chrême d’amour pendant que la voix du Père
remplissait les cieux du son de ses paroles en disant : “Voici mon Fils Bien-Aimé, en qui je me suis complu ”. Toi, Jean, tu
étais présent quand le Baptiste a répété les paroles... Après le Baptême,
bien que pur par nature et pur par ma personnalité, je voulus “me préparer”
Oui, Judas. Regarde-moi. Mon œil te dit ce que encore tait ma bouche.
Regarde-moi, Judas. Regarde ton Maître qui n’a pas eu conscience d’être
supérieur à l’homme du fait qu’il était le Messie et qui, même sachant qu’Il était l’Homme, a voulu
l’être en tout, sauf dans la condescendance au mal. Voilà : c’est
ainsi." Maintenant Judas a levé le visage et regarde
Jésus qu’il a en vis-à-vis. La lumière des étoiles fait briller les yeux de
Jésus comme si c’était deux étoiles éclairant son pâle visage. "Pour se préparer à être Maître, il faut
avoir été écolier. Moi, je savais tout comme Dieu. Mon intelligence pouvait
aussi me faire comprendre les luttes de l’homme par mon intelligence et
intellectuellement. Mais un jour, quelque pauvre ami à moi, quelque pauvre
fils à moi, aurait pu dire et me dire : “Tu ne sais pas ce que c’est que
d’être un homme et d’avoir sentiments et passions“. Ç'aurait
été un reproche juste. Je suis venu ici-même, là, sur ce mont, pour me
préparer... non seulement à la mission... mais à la tentation.
Voyez-vous ? Là où vous êtes assis, Moi je fus tenté. Par qui ? Par
un mortel ? Non. Trop faible aurait été sa puissance. J’ai été tenté par
Satan, directement. J’étais épuisé.
Depuis quarante jours, je ne mangeais plus... Mais tant que j’avais été perdu
dans l’oraison, tout s’était anéanti, dans la joie de parler avec Dieu, plus
qu’anéanti : devenu supportable. Je le ressentais comme un
amoindrissement matériel, qui se bornait à la matière seule... Puis, je suis
revenu au monde... sur les routes du monde... et j’ai ressenti les besoins de
qui vit en ce monde. J’ai eu faim. J’ai eu soif. J’ai senti le froid piquant
de la nuit du désert. J’ai senti mon corps brisé par le manque de repas, de
couche, et du long chemin accompli dans de telles conditions d’épuisement
qu’elles m’empêchaient d’aller plus loin... 242> Car j’ai une chair, Moi aussi, amis. une vraie chair. Et elle est sujette
aux mêmes faiblesses qu’éprouvent toutes les chairs. Et avec la chair, j’ai
un cœur. Oui. De l’homme j’ai pris la première et la seconde des trois
parties qui constituent l’homme. J’ai pris la matière avec ses exigences et
la sensibilité avec ses passions. Si par l’effet de ma volonté j’ai réduit
dès avant leur naissance toutes les passions qui ne sont pas bonnes, j’ai laissé croître, puissantes
comme des cèdres centenaires, les saintes passions de l’amour filial, de
l’amour de la patrie, des amitiés, du travail, de tout ce qui est excellent
et saint. Et ici, j’ai senti la nostalgie de la Maman lointaine, j’ai
ressenti le besoin de ses soins sur ma fragilité d’homme. Ici, j’ai senti se
renouveler la souffrance de m’être séparé de l’unique qui m’aimât parfaitement.
Ici, j’ai ressenti la souffrance qui m’était réservée et la douleur de sa
douleur, pauvre Maman, qui n’aura plus de larmes, tant elle devra en répandre
pour son Fils et à cause des hommes. Ici, j’ai ressenti la lassitude du héros
et de l’ascète qui, en une heure de prémonition, se rend compte de
l’inutilité de son effort... J’ai pleuré... La tristesse.. appel magique pour
Satan. Ce n’est pas péché d’être triste si l’heure est
torturante. C’est péché de s’abandonner à la tristesse et de tomber dans
l’inertie ou le désespoir. Mais Satan s’amène tout de suite quand il voit
quelqu’un qui tombe dans la langueur spirituelle. Il est venu, en habits de voyageur serviable.
Il prend toujours un aspect sympathique... J’avais faim.., et j’avais mes
trente ans dans le sang. Il m’a offert son aide et il a commencé par me
dire : “Dis à ces pierres qu’elles deviennent des
pains“. Mais, avant encore... oui... encore avant, il m’avait parlé de la
femme... Oh ! il sait en parler. Il la connaît à fond. Il a commencé par
la corrompre pour s’en faire une alliée dans son oeuvre
de corruption. Je ne suis pas seulement le Fils de Dieu. Je suis Jésus,
l’artisan de Nazareth. A cet homme qui me parlait alors, me demandant si je connaissais la tentation et m’accusait presque d’être injustement heureux parce
que je n’avais pas péché, à cet
homme j’ai dit : “L’acte s’apaise dans la satisfaction. La tentation
quand on la repousse ne tombe pas, mais se fait plus forte surtout parce que
Satan l’excite“. J’ai repoussé la double tentation de la faim de la femme et
de la faim du pain. Et sachez que Satan me proposait la première et il
n’avait pas tort, d’après le jugement des hommes, comme la meilleure alliée
pour m’imposer dans le monde. 243> La Tentation, qui
n’était pas vaincue par mon : “Ce n’est pas seulement des sens que vit
l’homme“, me parla alors de ma mission. Elle voulait séduire le Messie après
avoir tenté l’homme jeune. Elle me poussa à annihiler les indignes ministres
du Temple par un miracle... Le miracle, flamme du Ciel, ne se prête pas à se
faire cercle d’osier pour qu’on s’en fasse une couronne... Et
on ne tente pas Dieu en Lui demandant des miracles à des
fins humaines. C’est cela que voulait Satan. Le motif présenté était un
prétexte; la vérité était : “Glorifie-toi d’être le Messie“, pour
m’amener à l’autre concupiscence, celle de l’orgueil. Pas vaincu par mon : “Tu ne tenteras pas
le Seigneur ton Dieu” il chercha à me circonvenir par la troisième force de
sa nature: l’or : Oh !
l’or. Grande chose que le pain et plus
grande la femme pour qui est affamé de pain ou de jouissance. Très grande
chose l’acclamation des foules pour l’homme... Pour ces trois choses que de
fautes se commettent ! Mais l’or... mais l’or... Clef qui ouvre, moyen
de corruption, c’est l’alpha et l’oméga de quatre vingt dix neuf actions sur
cent pour les hommes. Pour le pain et la femme, l’homme devient voleur. Pour
la puissance il va jusqu’à l’homicide. Mais, pour l’or, il devient idolâtre.
Le roi de l’or : Satan, m’a offert son or pour que je l’adore,.. Je l’ai
transpercé avec les paroles éternelles : “Tu n’adoreras que le Seigneur
ton Dieu ” C’est ici, ici que cela est arrivé." Jésus s’est levé. Il paraît plus grand qu’à
l’ordinaire dans la plaine qui l’entoure, dans la lumière légèrement
phosphorescente qui tombe des étoiles. Les disciples se lèvent aussi. Jésus
continue a parler en fixant intensément Judas. "Alors sont
venus les anges du Seigneur... L’Homme avait remporté la triple victoire.
L’Homme savait ce que voulait dire être homme et il avait vaincu. Il était
épuisé. La lutte avait été plus épuisante que le jeûne prolongé... Mais
l’esprit dominait... Je crois que les Cieux ont tressailli à mon affirmation
complète de créature douée de raison. Je crois que, de ce moment est venu en
Moi le pouvoir du miracle. J’avais été Dieu. J’étais devenu l’Homme.
Maintenant, triomphant de l’animal conjoint à la nature humaine, voilà que
j’étais l’Homme-Dieu. Je le suis. Et comme Dieu, je puis tout. Et comme
Homme j’ai l’expérience de tout. Agissez, vous aussi, comme Moi, si vous
voulez faire ce que je fais. Et faites-le en souvenir de Moi. 244> Je vous avais promis de vous conduire là où
vous auriez pu connaître le Maître... depuis l’aube de son jour : une aube
pure comme celle qui va se lever jusqu’au midi de sa vie, ce midi d’où je
suis parti pour aller à la rencontre du soir de ma vie... J’ai dit à l’un de
vous : “Moi aussi, je me suis préparé “. Vous voyez que c’était vrai. Je vous
remercie de m’avoir tenu compagnie dans ce retour à mon lieu de naissance et à mon lieu de pénitence. Les premiers contacts avec le monde,
m’avaient déjà donné la nausée et apporté le découragement. Il est trop laid.
Maintenant mon âme s’est nourrie de la moëlle du
lion : de la fusion avec le Père dans l’oraison et dans la solitude. Je puis
retourner dans le monde pour reprendre ma croix, ma première croix de
Rédempteur : celle du contact avec le monde, avec le monde où trop peu
nombreuses sont les âmes qui s’appellent Marie, qui s’appellent Jean ... Maintenant, écoutez, toi spécialement Jean.
Nous revenons vers la Mère et vers les amis. Je vous en prie : ne dites
pas à la Mère la dureté qui s'est opposée à l'amour de son Fils. Elle en
souffrirait trop. De cette cruauté de l'homme Elle souffrira tellement,
tellement, tellement... mais ne lui présentons pas le calice dès maintenant.
Il sera si amer quand il lui sera donné ! Si amer, que tel un poison, il
se glissera comme un serpent dans ses viscères saintes et dans ses veines et
les mordra, lui glacera le cœur. Oh ! ne dites pas à ma Mère que Bethléem et Hébron m'ont
repoussé comme un chien ! Pitié pour Elle ! Toi Simon, tu es âgé et
bon, tu es réfléchi et ne parleras pas, je le sais. Toi, Judas, tu es juif et
tu ne parleras pas par fierté patriotique. Mais toi, Jean, toi galiléen et
jeune, ne tombe pas dans le péché d'orgueil, de critique, de cruauté.
Tais-toi. Plus tard... plus tard tu diras aux autres ce que, maintenant je te
prie de taire. Même aux autres. Il y a déjà tant à dire en ce qui concerne le
Christ. Pourquoi y mêler ce qui vient de Satan contre le Christ ? Amis,
me promettez-vous tout cela ?" 245> "Oh !
Maître, bien sûr que nous te le promettons ! Sois
tranquille !" "Merci. Allons jusqu'à cette petite
oasis. Il y a là une source, une citerne pleine d'eau fraîche, de l'ombre, de
la verdure. La route vers le fleuve est en lisière. Nous pourrons y trouver
nourriture et repos jusqu'au soir. A la clarté des étoiles, nous atteindrons
le fleuve, le gué. Nous attendrons Joseph où nous
nous joindrons à lui, s'il est déjà revenu. Allons." |
|||
|
Et ils se mettent en route, pendant qu'à l'orient une première
lueur rose annonce qu'un nouveau jour se lève. |
|||
[1] Fin décembre cette
année-là.
[2] Probablement celle de
Judas et celle d'Aglaé. Il me semble que c'est un peu tôt pour inclure l'âme de
Marie de Magdala. La rencontre avec Lazare n'a pas encore eu lieu.
[3] Un stade = 185 m
[4] Cet reprise de
l'enseignement donné à Judas en 2.32, sera rappelé en fin de
Vie publique à un Judas pris
en flagrant délit de vol et déjà sous l'emprise de la possession.