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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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samedi
24 février 29
- Jésus reste pensif sur la terrasse 297 - Le petit David vient le consoler 297 - Puis c'est à Jaïre de le faire 298 - La fille de Jaïre amène Jésus à la synagogue 299 - Jésus pardonne à ses opposants 300 - Il reçoit Nicolaï comme disciple 300 - Et lui annonce sa mort et sa résurrection 301 - Jésus invite Judas à l'abandonner 302 - Nicolaï comparé à Judas 303 - Pierre console Jésus 303 |
5.45. |
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297> Jésus est tout seul sur la terrasse de la maison de Thomas de Capharnaüm. La ville est de loisir pendant le sabbat, avec une population déjà réduite, car les plus zélés pour les pratiques de la foi sont déjà partis pour Jérusalem et de même aussi ceux qui s'y rendent en famille avec des enfants qui ne peuvent faire de longues marches et obligent les adultes à des haltes et à de courtes étapes. Ainsi manque, dans la journée qui est par elle-même un peu brumeuse, la note d'or de l'enfance charmante. Jésus est très pensif. Assis sur un banc très bas, dans un coin, près du mur de clôture, tournant le dos à l'escalier, pour ainsi dire caché par ce mur, il a le coude sur le genou et appuie son front sur sa main d'un geste fatigué, comme s'il souffrait. Il est interrompu dans sa méditation par un jeune enfant qui veut le saluer avant de partir pour Jérusalem. "Jésus ! Jésus !" crie-t-il à chaque marche ne voyant pas Jésus car le muret le cache à la vue de ceux qui sont en bas. Et Jésus est tellement concentré qu'il n'entend pas la petite voix légère et le pas d'oiseau... de sorte que, quand le petit arrive sur la terrasse, Lui est encore dans cette position de douleur. Et l'enfant en reste intimidé. Il s'arrête au bord de la terrasse, met son petit doigt entre ses lèvres et réfléchit... puis il se décide et avance lentement... désormais il est derrière Jésus... 298> il se penche pour voir ce qu'il fait... et il dit : "Non, sois bon ! Ne pleure pas ! Pourquoi ? A cause de ces mufles d'hier ? Mon père disait avec Jaïre qu'ils sont indignes de Toi. Mais Toi, tu ne dois pas pleurer. Moi, je t'aime bien, et aussi ma petite sœur et Jacques et Tobit, et Jeanne et Marie et Michée et tous, tous les enfants de Capharnaüm. Ne pleure plus..." et il se jette à son cou, caressant, et il dit en finissant : "Autrement je pleurerai, moi aussi, et je pleurerai toujours... pendant tout le voyage..." "Non, David, je ne pleure plus. Tu m'as consolé. Tu es seul ? Quand partez-vous ?" "Après le crépuscule. En barque jusqu'à Tibériade. Viens avec nous. Mon père t'aime bien, tu sais ?" "Je le sais, chéri. Mais je dois aller voir d'autres enfants... Je te remercie d'être venu me saluer et je te bénis, petit David. Donne-moi le baiser d'adieu, puis retourne auprès de ta mère. Sait-elle que tu es ici ?..." "Non. Je me suis échappé parce que je ne t'ai pas vu avec tes disciples et j'ai pensé que tu pleurais." "Je ne pleure plus, tu vois. Va trouver maman qui peut-être te cherche avec inquiétude. Adieu. Fais attention aux ânes des caravanes. Tu vois ? Il y en a d'arrêtés partout." "Mais est-ce bien vrai que tu ne pleures plus ?" "Non. Je n'ai plus de douleur, tu me l'as enlevée. Merci, mon enfant." Le petit descend quatre à quatre l'escalier et Jésus l'observe. Puis il hoche la tête, revient à sa place, à sa douloureuse méditation. Il se passe un certain temps. Le soleil, à son couchant, se montre dans des éclaircies. Un pas plus lourd dans l'escalier. Jésus relève la tête. Il voit Jaïre qui se dirige vers Lui. Il le salue. Jaïre Lui rend respectueuse- ment sa salutation. "Comment se fait-il que tu sois ici, Jaïre ?" "Seigneur ! Peut-être j'ai été fautif. Mais Toi qui vois le cœur des hommes, tu verras que dans mon cœur il n'y avait pas de mauvaise intention. Je ne t'ai pas invité à parler à la synagogue, aujourd'hui. Mais j'ai tant souffert pour Toi hier, et je t'ai tant vu souffrir que... je n'ai pas osé. J'ai questionné les tiens. Ils m'ont dit : "Il veut rester seul"... Mais il y a un instant est venu Philippe, père de David, et il m'a dit que son petit t'a vu pleurer. Il a dit que tu l'avais remercié d'être venu vers Toi. Je suis venu, moi aussi. 299> Maître, ceux qui sont encore à Capharnaüm, vont se réunir à la synagogue, et ma synagogue est la tienne, Seigneur." "Merci, Jaïre. Aujourd'hui d'autres parleront à la synagogue. Moi, je viendrai comme simple fidèle..." "Et tu n'y serais pas tenu. Ta synagogue, c'est le monde. Mais, ne vas-tu vraiment pas venir, Maître ?" "Non, Jaïre. Je reste ici devant le Père qui me comprend et ne trouve pas de faute en Moi." Une larme brille dans l’œil affligé de Jésus. "Moi aussi, je ne trouve pas de faute en Toi... Adieu, Seigneur." "Adieu, Jaïre." Et Jésus s'assied de nouveau, toujours méditatif. Légère comme une colombe monte, dans son vêtement blanc, la fille de Jaïre. Elle regarde... Elle appelle doucement : "Mon Sauveur !" Jésus tourne la tête, la voit, lui sourit et lui dit : "Viens à Moi." "Oui, mon Seigneur. Mais je voudrais t'amener aux autres. Pourquoi la synagogue devrait-elle être muette, aujourd'hui ?" "Il y a ton père et tant d'autres pour l'emplir de paroles." "Mais ce sont des paroles... La tienne, c'est la Parole. Oh ! mon Seigneur ! Par ta parole, tu m'as rendue à maman et à mon père, et j'étais morte. Mais regarde ceux qui vont à la synagogue ! Beaucoup sont plus morts que je ne l'étais alors. Viens leur donner la Vie." "Ma fille, toi, tu le méritais ; eux... Aucune parole ne peut donner la vie à quelqu'un qui, pour lui, a choisi la mort." "Oui, mon Seigneur, mais viens tout de même. Il y en a aussi qui vivent toujours plus, en t'entendant... viens. Mets ta main dans la mienne, et allons, Moi, je suis le témoignage de ta puissance, et je suis prête à le donner même devant tes ennemis, même au prix de perdre cette seconde vie qui d'ailleurs n'est plus la mienne. Tu me l'as donnée, bon Maître, par pitié pour une mère et un père. Mais moi..." la jeune fille, une belle jeune fille qui est déjà une petite femme, aux doux yeux qui brillent dans son visage pur et intelligent, s'arrête à cause d'un flot de pleurs qui l'étrangle en coulant de ses longs cils sur ses joues. "Pourquoi pleures-tu maintenant ?" demande Jésus en lui mettant la main sur les cheveux. "Parce que... on m'a dit que tu as dit que tu mourras..." "Tout le monde meurt, jeune fille." "Mais pas comme tu dis ! Moi... oh ! maintenant je n'aurais pas voulu redevenir vivante pour ne pas voir cela, pour n'être pas là quand... cette horreur sera..." 300>
"Alors tu n'y serais pas non plus pour me donner la consolation que
tu me donnes maintenant. "Si ? Oh ! alors tu ne devrais plus en avoir parce que je t'aime plus que ma mère, que mon père, que ma vie !" "C'est ainsi." "Alors, viens. Ne reste pas seul. Parle pour moi, pour Jaïre, pour maman, pour le, petit David, pour ceux qui t'aiment, en somme. Nous sommes nombreux et nous serons davantage encore. Mais ne reste pas seul. Il vient de la mélancolie" et, instinctivement maternelle comme toute femme honnête, elle termine en disant : "Avec moi, près de Toi, personne ne te fera du mal. Et moi, du reste, je te défendrai." Jésus se lève et lui fait ce plaisir. La Main dans la main, ils traversent les rues et entrent à la synagogue par une porte latérale. Jaïre, qui est en train de lire à haute voix un rouleau, arrête la lecture et dit, en s'inclinant profondément : "Maître, je t'en prie, parle pour ceux qui ont le cœur droit. Prépare-nous à la Pâque par ta sainte parole." "Tu étais en train de lire les Rois, n'est-ce pas ?" "Oui, Maître. J'essayais de faire comprendre que celui qui se sépare du Dieu vrai, tombe dans l'idolâtrie des veaux d'or." "Tu as bien parlé. Personne n'a rien à dire ?" Il s'élève un bruit dans la foule. Les uns veulent que Jésus parle, d'autres crient : "Nous sommes pressés. Que l'on dise les prières et qu'on termine la réunion. Nous allons à Jérusalem, d'ailleurs, et là nous entendrons les rabbis" et ceux qui crient ainsi ce sont les nombreux déserteurs d'hier, que le sabbat a retenus à Capharnaüm. Jésus les regarde avec une extrême tristesse et dit : "Vous êtes pressés, c'est vrai. Dieu aussi a hâte de vous juger. Allez, donc." Puis, se tournant vers ceux qui les réprimandent, il dit : "Ne leur faites pas de reproches. Chaque plante donne son fruit." "Seigneur, répète le geste de Néhémie ! [1]Parle contre eux, toi, Prêtre Suprême !" crie indigné Jaïre, et lui font chorus les apôtres, les disciples et les gens de Capharnaüm. Jésus met ses bras en croix, et très pâle, l'air torturé et pourtant très doux, il crie : "Souviens-toi de Moi, ô mon Dieu ! Et favorablement ! Et souviens-toi aussi d'eux, favorablement ! Moi, je leur pardonne !" 301> La synagogue se vide, et il ne reste que ceux qui sont fidèles à Jésus... Il y a un étranger dans un coin. Un homme robuste que personne ne regarde et auquel personne ne parle. Du reste, lui aussi ne parle avec personne. Il ne fait que regarder fixement Jésus si bien que le Maître tourne ses yeux dans cette direction, le voit et demande à Jaïre qui cela peut être. "Je ne sais pas. Quelqu'un de passage, certainement." Jésus l'interpelle : "Qui es-tu ?" "Nicolaï, prosélyte d'Antioche, qui se rend à Jérusalem pour la Pâque." "Qui cherches-tu ?" "Toi, Seigneur Jésus de Nazareth. Je désire te parler." "Viens." Et le prenant près de Lui, il sort dans le jardin derrière la synagogue pour l'entendre. "J'ai parlé à Antioche avec un de tes disciples nommé Félix. J'ai ardemment désiré de te connaître. Il m'a dit que tu séjournais à Capharnaüm et que tu as ta Mère à Nazareth. Et aussi que tu vas au Gethsémani ou à Béthanie. L'Éternel a fait que je te rencontre au premier endroit. Moi, j'y étais hier... et j'étais tout près ce matin, alors que tu pleurais en priant près de la fontaine... Je t'aime, Seigneur, parce que tu es saint et doux. Je crois en Toi. Tes actions, tes paroles, m'avaient déjà fait tien. Mais ta miséricorde de tout à l'heure, pour les coupables, m'a décidé. Seigneur, accueille-moi à la place de ceux qui t'abandonnent ! Je viens à Toi avec tout ce que j'ai : la vie et les biens, tout." Il s'est agenouillé en disant les dernières paroles. Jésus le regarde fixement... puis il lui dit : "Viens. A partir d'aujourd'hui, tu appartiendras au Maître. Allons auprès de tes compagnons." Ils rentrent à la synagogue où les apôtres et les disciples sont en grande conversation avec Jaïre. "Voici un nouveau disciple. Le Père me console. Aimez-le comme un frère. Allons avec lui partager le pain et le sel. Puis, dans la nuit, vous partirez avec lui pour Jérusalem et nous, nous irons en barque à Ippo... Et n'indiquez mon chemin à personne pour qu'on ne me retienne pas." Mais cependant le sabbat est terminé, et ceux qui veulent fuir Jésus sont en foule sur la plage pour négocier le passage pour Tibériade. Et ils se disputent avec Zébédée qui ne veut pas leur céder sa barque, déjà prête à côté de celle de Pierre, pour le départ nocturne de Jésus avec les douze. "Je vais l'aider !" dit Pierre qui est en colère. 302> Jésus, pour éviter des heurts trop violents, le retient en disant : "Allons-y tous, pas toi seul." Et ils vont... Et ils goûtent l'amertume de voir que ceux qui fuient s'en vont sans un salut, coupant net toute discussion pour s'éloigner de Jésus... et ils entendent quelques épithètes méprisantes et des conseils amers aux disciples fidèles... Jésus se détourne pour revenir à la maison après le départ de la foule hostile, et il dit au nouveau disciple : "Tu les entends ? Voilà ce qui t'attend en venant à Moi." "Je le sais. C'est pour cela que je reste. Je t'avais vu, un jour de gloire, au milieu de la foule qui t'acclamait en te saluant "roi".[2] J'ai haussé les épaules en disant : "Un autre pauvre illusionné ! Une autre infortune pour Israël !" et je ne t'ai pas suivi parce que tu me semblais un roi, et je ne pensais même plus à Toi. Maintenant je te suis parce que, dans tes paroles et dans ta bonté, je vois le Messie Promis." "En
vérité tu es plus juste que beaucoup d'autres. Cependant, encore une
fois, je le dis : Que celui qui espère en Moi un roi de la terre,
qu'il se retire. Que celui qui sent qu'il aura honte en face du monde
accusateur, qu'il se retire. Que celui qui se scandalisera de me voir
traité de malfaiteur, qu'il se retire. Je vous le dis alors que vous
pouvez encore le faire sans être compromis aux yeux du monde. Imitez ceux
qui fuient sur ces barques, si vous ne vous sentez pas le courage de
partager mon sort dans l'opprobre, pour pouvoir le partager ensuite dans
la gloire. Ils sont arrivés à la maison et Jésus confie aux disciples le nouveau venu. Il monte seul où il était d'abord. Il va même dans la pièce du haut et s'y assied, pour réfléchir. Peu après, l'Iscariote monte avec Pierre. "Maître, Judas m'a fait réfléchir à des choses qui sont justes." "Dis-les." "Tu prends ce Nicolaï, un prosélyte, duquel nous ignorons le passé. Nous avons eu et nous avons déjà tant d'ennuis. Et mainte- nant ? Que savons-nous de lui ? Pouvons-nous nous y fier ? Judas dit, à juste raison, que ce pourrait être un espion envoyé par des ennemis." 303> "Mais oui ! Un traître ! Pourquoi n'a-t-il pas voulu dire d'où il vient et qui l'envoie ? Je l'ai interrogé, mais il dit seulement : "Je suis Nicolaï d'Antioche, prosélyte". Moi, j'ai de forts soupçons." "Je te rappelle que lui vient parce qu'il me voit trahi." "C'est peut-être un mensonge ! Ce peut-être une trahison !"
"Seigneur, tu m'offenses !" crie Judas indigné. "Quitte-moi donc et va avec ceux qui m'abandonnent." Judas sort en claquant la porte brutalement. "Cependant, Seigneur, Judas n'a pas tous les torts... Et puis je ne voudrais pas que... cet homme parle de Jean. Ce ne peut être que l'homme d'Endor ce Félix qui te l'a envoyé..." "Certainement,
mais Jean est prudent et il a repris son ancien nom. Sois tranquille,
Simon. "As-tu des soupçons sur lui, Seigneur ?" "Sur personne. Mais en vérité je te dis que là où arrivera Nicolaï, disciple et prosélyte, Judas de Simon, apôtre israélite et juif, n'arrivera pas." "Seigneur, je voudrais interroger Nicolaï sur... Jean." "Ne le fais pas. Jean ne l'a chargé de rien parce qu'il est prudent. Ne sois pas toi l'imprudent." "Non, Seigneur. Je te le demandais seulement..." "Descendons pour hâter le repas. Quand il fera bien nuit, nous partirons... Simon... m'aimes-tu ?" "Oh ! mon Maître ! Mais que dis-tu ?" "Simon, mon cœur est plus sombre que le lac dans une nuit de tempête, et il est aussi agité que lui..." "Oh ! mon Maître !... Que dois-je te dire, si je suis encore plus... sombre et agité que Toi ? Je te dirai : "Voici ton Simon, et si mon cœur peut te réconforter, prends-le". Je n'ai que lui, mais il est sincère." Jésus met un moment sa tête sur la poitrine large et robuste, et puis il se lève et descend avec Pierre. |
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