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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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dimanche 12 août 29 en Décapole
- Chouza
n'a pas encore compris 7 - Arrivée à la maison de campagne
de Chouza 8 - Présentation des invités 9 - Discussion privée sur la
procédure 10 - Jésus se repose et médite 10 - Il partira dès la fin du banquet
10 - Des serviteurs à son service 11 - Un banquet bizarre 11 - Discours de Chouza (Le
coup d'état est prêt) 12 - Pressé de toutes parts, Jésus
dit non 13 - Discours (Vous êtes de bonne foi, mais...) 14 - Une ronde de supplications 15 - Mon Royaume n'est pas de ce
monde 17 - Jésus ne cède pas et s'en prend
à un groupe 18 - Il est parti sans qu'on puisse
le retrouver 19 - Il s'isole sur une haute falaise
19 - Jean l'a suivi 20 - Et lui explique comment 20 - Jésus lui demande de garder la chose secrète 20 |
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Sommaire
du Tome 7 7.156. |
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7> Sur
l'autre rive, au sortir d'un pont, déjà attend un char couvert. "Monte, Maître. Tu ne te fatigueras pas,
malgré la longueur du trajet, pas tellement à cause de la durée du parcours
que parce que j'ai commandé de tenir toujours ici tout prêts des paires de
bœufs pour ne pas porter ombrage aux hôtes plus respectueux de la Loi... Il
faut les plaindre..." "Mais où sont-ils ?" "Ils nous ont précédés sur d'autres chars. Tobit !" "Maître ?" dit le conducteur qui est en train
d'atteler les bœufs au joug. "Les autres hôtes, où sont-ils ?" "Oh ! très en avant. Ils vont arriver à la
maison." "Tu l'entends, Maître ?" "Mais si je n'étais pas venu ?" "Oh ! Nous étions certains que tu serais venu.
Pourquoi n'aurais-tu pas dû venir ?" "Pourquoi !! Chouza, je
suis venu pour te montrer que je ne suis pas un lâche. "Mais Seigneur ! Ceux qui sont avec moi ont tous de
la vénération pour Toi ! Comme moi. Et nous ne devons absolument pas te
faire peur ! Nous voulons te faire honneur, non t'insulter !" Chouza est affligé et presque indigné. Jésus, assis en face de lui, alors que le char avance
lentement, tout en grinçant, parmi les vertes campagnes, répond : "Plus
que la guerre ouverte des ennemis, je dois craindre la guerre sournoise des
faux amis, ou le zèle injuste des vrais amis, mais qui ne m'ont pas encore
compris, et tu es de ceux-là. Ne te rappelles-tu pas ce que j'ai dit à Béther ?" "Moi, je t'ai compris, Seigneur" murmure Chouza, mais pas très sûr de lui et sans répondre directement
à la question. "Oui, tu m'as compris. Sous le coup de
la douleur et de la joie ton cœur est devenu limpide, comme après un orage et
un arc-en-ciel est limpide l'horizon. Et tu voyais juste. 8> Puis... Tourne-toi, Chouza, pour
regarder notre Mer de Galilée. Elle paraissait si limpide à l'aurore !
Pendant la nuit, la rosée avait purifié l'atmosphère et la fraîcheur nocturne
avait ralenti l'évaporation des eaux. Le ciel et le lac étaient deux miroirs
de pur saphir qui se renvoyaient mutuellement leurs beautés. Les collines,
tout autour, étaient fraîches et pures comme si Dieu les avait créées pendant
la nuit. Maintenant, regarde. La poussière des routes de la côte, parcourues
par des gens et des animaux, l'ardeur du soleil qui fait fumer les bois et
les jardins comme des chaudières sur un foyer et qui incendie le lac en en
faisant évaporer l'eau, regarde comme tout cela a terni l'horizon. Auparavant
les bords paraissaient tout proches, limpides comme ils l'étaient dans la
grande limpidité de l'air; maintenant, regarde... Ils semblent trembler
offusqués brouillés, semblables à des objets que l'on voit à travers un voile
d'eau impure. C'est ce qui est arrivé pour toi. La poussière :
l'humanité; le soleil : l'orgueil. Chouza, ne
trouble pas ton moi..." Chouza baisse la tête, jouant machinalement
avec les ornements de son vêtement et la boucle de sa riche ceinture qui
soutient son épée. Jésus se tait, en restant les yeux presque fermés comme s'il
avait sommeil. Chouza respecte son sommeil ou ce qu'il prend pour tel. Le char avance lentement en direction sud-est, vers de légères
ondulations qui sont, du moins je le crois, le premier échelon du haut
plateau qui borde la vallée du Jourdain de ce côté oriental. Certainement à
cause de la richesse des eaux souterraines ou de quelques cours d'eau, les
campagnes sont très fertiles et belles; des grappes et des fruits
apparaissent au milieu du feuillage. Le char prend un chemin privé en quittant la
route principale et s'enfonce dans une allée très touffue où il trouve
l'ombre et la fraîcheur, du moins relative, en comparaison de la fournaise de
la grand-route ensoleillée. Une maison basse, blanche, d'aspect distingué, se trouve au
fond de l'allée. Des maisons plus humbles sont ça et là dans les champs et
les vignobles. Le char franchit un petit pont et une barrière au-delà de
laquelle le verger fait place à un jardin dont l'allée est couverte de
gravier. Au bruit différent que font les roues sur le gravier, Jésus ouvre
les yeux. "Nous sommes arrivés, Maître. Voici les hôtes qui nous ont
entendu et accourent" dit Chouza. 9> Et en
effet un grand nombre de gens, tous de riche condition, se groupent au
commencement de l'allée et ils saluent avec de pompeuses révérences le Maître
qui arrive. Je vois et reconnais Manaën, Timon, Éléazar, et il me semble en voir d'autres qui ne me sont pas
inconnus mais dont je ne puis dire les noms. Et puis un très grand nombre que
je n'ai jamais vus, ou que du moins je n'ai jamais remarqués particulièrement.
Il y en a beaucoup avec des épées et d'autres qui n'en ont pas étalent les
abondantes fanfreluches des pharisiens, des prêtres ou des rabbins. Le char s'arrête, et Jésus en descend le premier en s'inclinant
pour saluer collectivement. Les disciples Manaën et Timon s'avancent pour
échanger un salut particulier. Et puis c'est Eléazar (le bon pharisien du
banquet dans la maison d'Ismaël) [1] et avec lui
s'amènent deux scribes qui tiennent à se faire reconnaître. Il y a celui qui à Tarichée eut son petit fils guéri, le jour de la première
multiplication des pains, [2] et l'autre qui
nourrit la foule au pied de la montagne
des béatitudes. [3] Et un autre encore se fraie un passage : le pharisien qui
dans la maison de Joseph, au temps de la moisson, fut instruit par Jésus sur
le vrai motif de son injuste jalousie. [4] Chouza procède aux présentations et je les
passe sous silence, car c'est à en perdre la tête dans la foule des Simon,
des Jean, des Lévi, des Eléazar, Nathanaël, Philippe, Joseph etc. etc. les
sadducéens, les scribes, les prêtres, des hérodiens en grand nombre, et même
je devrais dire que ces derniers sont les plus nombreux, et une poignée de
prosélytes et de pharisiens, deux synhédristes et quatre chefs de synagogues
et, perdu je ne sais comment dans cette foule, un essénien. Jésus s'incline à chaque nom, regardant intensément chaque
visage et esquissant parfois un léger sourire comme quand quelqu'un, pour
préciser son identité, spécifie quelque fait qui l'a mis en rapport avec
Jésus. C'est ainsi qu'un certain Joachim de Bozra Lui dit :
"Ma femme Marie a été guérie de la lèpre par Toi. Sois béni." [5] Et l'essénien : "Je t'ai entendu quand tu as parlé
près de Jéricho et un de nos frères
a quitté les rives de la Mer Salée pour te suivre. [6] Et j'ai encore entendu parler de Toi à propos du
miracle d'Élisée d'Engaddi. [7] Sur ces terres nous vivons purs, en attendant..." Qu'attendent-ils je ne sais. Je sais qu'en le disant, cet homme
regarde avec un air de supériorité un peu exaltée les autres qui ne jouent
certainement pas aux mystiques mais qui, pour la plupart, paraissent jouir
allègrement du bien-être que leur situation leur permet. 10> Chouza soustraie son Hôte aux cérémonies des salutations et le
conduit dans une salle de bains confortable où il le laisse pour les
ablutions d'usage, certainement agréables par cette chaleur, et il revient
vers ses hôtes, avec lesquels il parle avec animation, et ils en arrivent
presque à une dispute à cause de la diversité des avis. Certains veulent
commencer de suite le discours. Quel discours ? D'autres, au contraire, proposent
de ne pas assaillir tout de suite le Maître mais de commencer par le
persuader de leur profond respect. C'est cet avis qui prévaut car il a pour
lui le plus grand nombre, et Chouza, en qualité de
maître de maison, appelle ses serviteurs pour commander un banquet qu'ils
feraient vers le soir pour laisser du temps à Jésus, "qui est
visiblement fatigué, de se reposer" ce que tout le monde accepte et
quand Jésus revient, les hôtes prennent congé de Lui en s'inclinant
profondément, le laissant avec Chouza qui le
conduit dans une pièce à l'ombre, où se trouve une couchette basse couverte
de riches tapis. Jésus, resté seul, confie à un serviteur ses sandales et son
vêtement pour qu'il les dépoussière et enlève les traces des pérégrinations
du jour précédent. Il ne dort pas; assis sur le bord de la couchette, les
pieds nus sur la natte qui recouvre le pavé, avec la courte tunique ou
sous-vêtement qui Lui arrive aux coudes et aux genoux, il pense intensément.
Si l'habillement ainsi réduit le fait paraître plus jeune dans la splendide
et parfaite harmonie de son corps viril, l'intensité de sa pensée, qui n'est
certainement pas gaie, marque son front de rides et contracte son visage en
Lui donnant une expression de douloureuse fatigue qui le vieillit. Aucun bruit dans la maison, personne dans la campagne où dans
la lourde chaleur les grappes mûrissent. Les rideaux sombres qui pendent
devant les portes et aux fenêtres n'ont pas la moindre ondulation. Ainsi passent les heures... La pénombre augmente avec le coucher du soleil, mais la chaleur
persiste et aussi la méditation de Jésus. Enfin la maison semble se réveiller. On entend des voix, des
bruits de pas, des ordres. Chouza écarte doucement le rideau pour observer, sans déranger
Jésus. "Entre ! Je ne dors pas" dit Jésus. Chouza entre : il est déjà dans le
vêtement d'apparat du banquet. Il regarde et il voit que la couchette ne
semble pas avoir accueilli un corps. "Tu n'as pas dormi ?
Pourquoi ? Tu es fatigué..." 11> "J'ai reposé
dans le silence et à l'ombre. Cela me suffit." "Je vais te faire apporter un vêtement..." "Non. Le mien est certainement sec. Je préfère le prendre.
J'ai l'intention de partir dès la fin du banquet. Je te prie de tenir prêts
dans ce but le char et la barque." "Comme tu veux, Seigneur. J'aurais voulu te garder jusqu'à
demain à l'aurore..." "Je ne puis. Je dois aller..." Chouza sort en s'inclinant... On entend de nombreux chuchotements... Il se passe un certain temps. Le serviteur revient avec le
vêtement de lin, tout frais lavé, parfumé de soleil, et avec les sandales
nettoyées et bien graissées toutes brillantes et assouplies. Un autre le suit
.avec un bassin, une amphore et des essuie-mains, et dépose le tout sur une
table basse. Ils sortent... ...Jésus rejoint les hôtes dans l'atrium qui divise la maison
du nord au sud, formant un lieu aéré et agréable, pourvu de sièges et orné de
rideaux légers, multicolores, qui modifient la lumière sans gêner l'aération.
Maintenant, tirés de côté, ils laissent voir le cadre de verdure qui entoure
la maison. Jésus est imposant. Bien qu'il n'ait pas dormi, il semble avoir
pris des forces et sa démarche est celle d'un roi. Le lin du vêtement qu'il
vient de mettre est très blanc et les cheveux, rendus lumineux par le bain du
matin, brillent avec délicatesse, encadrant le visage de leur couleur dorée. "Viens, Maître. Nous n'attendions que Toi" dit Chouza, et il le conduit le premier dans la pièce où sont
les tables. On s'assoit après la prière et une ablution supplémentaire pour
les mains, et le repas commence, pompeux comme toujours, et silencieux au
début. Puis la glace se rompt. Jésus est voisin de Chouza, et de
l'autre côté se trouve Manaën avec comme compagnon Timon. Les autres sont
placés par Chouza, avec son savoir faire de
courtisan, sur les côtés de la table en forme de U. Seul l'essénien a refusé
obstinément de prendre part au banquet et de s'asseoir à la table commune
avec les autres. Ce n'est que lorsque un serviteur, sur l'ordre de Chouza, lui offre un petit panier précieux rempli de
fruits, qu'il accepte de s'asseoir devant une table basse, après je ne sais
combien d'ablutions, et après avoir relevé les larges manches de son vêtement
blanc par crainte de les tacher ou pour suivre un rite, je ne sais. 12> C'est
un banquet bizarre où l'on communique plus par les regards que par les
discours. Tout juste de brèves phrases de politesse et l'on s'étudie
réciproquement : Jésus étudie les convives et eux l'étudient. Enfin Chouza fait signe aux
serviteurs de se retirer après avoir apporté de grands plateaux de fruits qui
sont frais pour avoir peut-être été conservés dans le puits, très beaux, je
dirais presque glacés, avec ce givre qui caractérise les fruits conservés
dans la glace. Les serviteurs sortent après avoir aussi allumé les lampes,
inutiles pour l'instant car il fait encore clair dans le long crépuscule
d'été. "Maître, commence Chouza, tu
dois t'être demandé le pourquoi de cette réunion et du silence que nous
observons. Mais ce que nous devons te dire est très grave et ne doit pas être
entendu par des oreilles imprudentes. Maintenant nous sommes seuls et nous
pouvons parler. Tu le vois, tous ont pour Toi le plus grand respect. Tu es
parmi des hommes qui te vénèrent comme Homme et comme Messie. Ta justice, ta
sagesse, les dons dont Dieu t'a donné la maîtrise. nous sont connus et nous
les admirons. Tu es pour nous le Messie d'Israël, le Messie selon l'idée
spirituelle et selon l'idée politique. Tu es l'Attendu qui doit mettre fin à
la douleur, à l'humiliation de tout un peuple, et non seulement de ce peuple
renfermé dans les confins d'Israël, ou plutôt de la Palestine, mais pour le
peuple d'Israël tout entier, des milliers et des milliers de colonies
de la Diaspora répandues par toute la Terre, et qui font retentir le nom de Jéhovah sous tous
les cieux et qui font connaître les promesses et les espérances, qui
maintenant se réalisent, d'un Messie restaurateur, d'un Vengeur, d'un
Libérateur et créateur de l'indépendance véritable et de la Patrie d'Israël,
c'est-à-dire de la Patrie la plus grande qui soit au monde, la Patrie : reine
et dominatrice, qui annule tout souvenir du passé et tout signe vivant
d'esclavage, l'Hébraïsme qui triomphe sur tout et sur tous, et pour toujours,
parce qu'ainsi il a été dit et qu'ainsi la chose s'accomplit. Seigneur, ici,
devant Toi, tu as Israël tout entier dans les représentants des différentes
classes de ce peuple éternel, châtié par le Très-Haut mais bien-aimé de Lui
qui le proclame "sien". Tu as le cœur vivant et sain d'Israël avec
les membres du Sanhédrin et les prêtres, tu as la puissance et la sainteté
avec les pharisiens et les sadducéens, tu as la sagesse avec les scribes et
les rabbis, tu as la politique et la valeur avec les hérodiens, tu as la
richesse avec ceux qui sont fortunés, le peuple avec les marchands et les
propriétaires, 13> tu as la Diaspora
avec les prosélytes, tu as jusqu'à ceux qui sont séparés et qui maintenant
sont prêts à se réunir, parce qu'ils voient en Toi l'Attendu: les esséniens,
les esséniens irréconciliables. Regarde, ô Seigneur, ce premier prodige, ce
grand signe de ta mission, de ta vérité. Toi, sans violence, sans moyens,
sans serviteurs, sans soldats, sans épées, tu rassembles tout ton peuple
comme une citerne rassemble les eaux de mille sources. Toi, presque sans
paroles, sans, absolument sans ordres, tu nous réunis, nous, peuple divisé
par les malheurs, les haines, des idées politiques et religieuses et tu nous
réconcilies. O Prince de la Paix, réjouis-toi d'avoir racheté et restauré
avant même d'avoir pris le sceptre et la couronne. Ton Royaume, le Royaume
attendu d'Israël est né. Nos richesses, nos puissances, nos épées, sont à tes
pieds. Parle ! Commande ! L'heure est venue." Tous approuvent le discours de Chouza.
Jésus, les bras croisés, se tait. "Tu ne parles pas ? Tu ne réponds pas, ô
Seigneur ? Peut-être la chose t'a étonné... Peut-être tu sens que tu
n'es pas préparé et tu doutes surtout qu'Israël soit préparé... Mais il n'en
est pas ainsi. Écoute nos voix. Je parle, et avec moi Manaën, pour le palais
royal. Il ne mérite plus d'exister. C'est l'opprobre et la pourriture
d'Israël. C'est la tyrannie honteuse qui opprime le peuple et s'abaisse
servilement pour flatter l'usurpateur. Son heure est venue. Lève-toi, ô
Étoile de Jacob, et mets en fuite ce chœur de crimes et de hontes. Ici sont
ceux qui, appelés hérodiens, sont les ennemis des profanateurs du nom des Hérodes, sacré pour eux. A vous la parole." "Maître, je suis âgé et je me rappelle ce qu'était la
splendeur d'autrefois. Comme le nom héros donné à une charogne puante, tel
est le nom d'Hérode porté par des descendants dégénérés qui avilissent notre
peuple. C'est le moment de répéter le geste qu'a fait plusieurs fois Israël
quand des monarques indignes régnaient sur les souffrances du peuple. Toi
seul es digne de faire ce geste." Jésus se tait. "Maître, te semble-t-il que l'on puisse douter ? Nous
avons scruté les Écritures: tu es celui-ci, tu dois régner" dit un
scribe. "Tu dois être Roi et Prêtre. Nouveau Néhémie, plus grand
que lui, tu dois venir et purifier. [8] L'autel est profané.
Que le zèle du Très-Haut te presse" dit un prêtre. "Beaucoup d'entre nous t'ont combattu. Ceux qui craignent
ton règne sage, mais le peuple est avec Toi, et les meilleurs de nous avec le
peuple. Nous avons besoin d'un sage." 14> "Nous
avons besoin d'un pur." "D'un vrai roi." "D'un saint." "D'un Rédempteur. Nous sommes, de plus en plus, esclaves
de tout et de tous. Défends-nous, Seigneur !" "Dans le monde, nous sommes piétinés car, malgré notre
nombre et notre richesse, nous sommes comme des brebis sans berger. Appelle
au rassemblement par le vieux cri : "À tes tentes, ô
Israël !" et de tous les points de la Diaspora comme une levée de
troupes surgiront tes sujets pour renverser les trônes vacillants des
puissants qui ne sont pas aimés de Dieu." Jésus se tait toujours. Lui seul est assis, calme comme s'il ne
s'agissait pas de Lui au milieu de cette quarantaine de forcenés. Je me
rappelle à peine un dixième de leurs raisons car ils parlent tous ensemble
comme dans la confusion d'un marché. Lui garde son attitude et continue de se
taire. Tous crient : "Dis un mot ! Réponds !" Jésus se lève lentement, en appuyant ses mains sur le bord de
la table. Il se fait un silence profond. Brûlé par le feu de quatre-vingt
pupilles, il ouvre les lèvres, et les autres les ouvrent comme pour aspirer
sa réponse, et la réponse est brève mais nette : "Non." "Mais comment ? Mais
pourquoi ? Tu nous trahis ? Tu trahis ton peuple ! Il renie sa
mission ! Il repousse l'ordre de Dieu !..." C'est un
vacarme ! Un tumulte ! Les visages deviennent cramoisis, les yeux
s'enflamment, les mains semblent menacer... Plutôt que des fidèles, ils
semblent des ennemis. Mais c'est ainsi : Au tumulte succède un étrange silence. Il semble qu'après avoir
épuisé leurs forces ils se sentent épuisés, à bout. Ils se regardent en
s'interrogeant, désolés... certains fâchés... Jésus promène son
regard tout autour. Il dit : "Je savais que c'était pour cela que
vous me vouliez ici. Et je savais l'inutilité de votre démarche. Chouza peut dire que je l'ai dit à Tarichée.
Je suis venu pour vous montrer que je ne crains aucune embûche, parce que ce
n'est pas mon heure, et je ne la craindrai pas quand l'heure de l'embûche
sera venue pour Moi, car c'est pour cela que je suis venu. Et je suis venu
pour vous persuader. Vous, non pas tous, mais plusieurs d'entre vous, êtes de
bonne foi. Mais je dois corriger l'erreur dans laquelle, de bonne foi, vous
êtes tombés. Vous voyez ? 15> Je ne
vous fais pas de reproches. Je n'en fais à personne, pas même à ceux qui,
étant mes disciples fidèles, devraient être conduits par la justice et régler
leurs propres passions avec justice. Je ne te fais pas de reproches, juste
Timon, mais je te dis qu'au fond de ton amour qui veut m'honorer, il y a
encore ton moi qui s'agite et rêve d'un temps meilleur, où tu pourras voir
frappés ceux qui te frappèrent. Je ne te fais pas de reproches, Manaën, bien
que tu montres que tu as oublié la sagesse et l'exemple tout spirituels que
tu avais de Moi, et auparavant du Baptiste, mais je
te dis qu'en toi aussi se trouve une racine d'humanité qui renaît après
l'incendie de mon amour. Je ne te fais pas de reproches, Eléazar, homme juste
tant pour la vieille femme qu'on t'a laissée, juste toujours, mais pas
maintenant. Et je ne te fais pas de reproches, Chouza,
bien que je devrais le faire parce qu'en toi, plus qu'en tous ceux qui de bonne
foi veulent me faire roi, est vivant ton moi. Roi, oui, tu veux que je le
sois. Il n'y a pas de piège dans ta parole. Tu ne viens pas pour me prendre
en faute, pour me dénoncer au Sanhédrin, au roi, à Rome. Mais plus que par
amour - tu crois n'agir que par amour, mais cela n'est pas - plus que par
amour, tu agis pour te venger des offenses qui te sont venues du palais
royal. Je suis ton hôte et je devrais taire la vérité sur tes sentiments,
mais je suis la Vérité en toutes choses, et je parle pour ton bien. Et il en
est ainsi de toi, Joachim de Bozra, et de toi,
scribe Jean, et de toi aussi, et de toi, et de toi, et de toi." Il
montre celui-ci, celui-là, sans rancœur, mais avec tristesse... et il
continue : "Je ne vous fais pas de reproches, car je sais que ce
n'est pas vous qui voulez cela, spontanément. C'est l'Embûche, c'est
l'Adversaire qui travaille et vous... vous êtes, sans le savoir, vous êtes
des instruments entre ses mains. Même l'amour, même de votre amour, ô Timon,
ô Manaën, ô Joachim, ô vous qui réellement m'aimez, même de votre vénération,
ô vous qui pressentez en Moi le Rabbi parfait, même de cela, lui, le Maudit,
se sert pour nuire et me nuire. Mais Moi, je vous dis à vous et à ceux qui
n'ont pas vos sentiments, et qui avec des buts qui descendent de plus en plus
bas jusqu'à la trahison et au crime voudraient que j'accepte d'être roi, je
dis : Non. Mon Royaume n'est pas de ce monde. Venez à Moi, pour que
j'établisse mon Royaume en vous, rien d'autre. Et maintenant, laissez-moi
aller." "Non, Seigneur, nous sommes bien décidés. Nous avons déjà
mis en mouvement nos richesses, préparé des plans, nous avons décidé de
sortir de cette incertitude qui entretient l'inquiétude d'Israël et de
laquelle profitent les autres pour lui nuire. 16>
On te dresse des embûches, c'est vrai. Tu as des
ennemis au Temple lui-même. Moi, l'un des Anciens, je ne le nie pas, mais
pour y mettre fin, voilà ce qu'il faut : ton onction. Et nous sommes
tout disposés à te la donner. Ce n'est pas la première fois qu'en Israël quelqu'un
est ainsi proclamé roi, pour mettre fin aux malheurs de la nation et aux
discordes. Il y a ici quelqu'un qui, au nom de Dieu, peut le faire.
Laisse-nous faire" dit un des prêtres. "Non ! Cela ne vous est pas permis. Vous n'en avez
pas l'autorité." "Le Grand Prêtre est le premier à le vouloir, même s'il ne
semble pas. Il ne peut plus tolérer la situation actuelle de la domination
romaine et le scandale royal." "Ne mens pas, prêtre. Sur tes lèvres le blasphème est
doublement impur. Peut-être tu ne le sais pas et tu te trompes, mais au
Temple, on ne le veut pas." "Tu prends donc pour un. mensonge notre
affirmation ?" "Oui, sinon pour vous tous, pour beaucoup d'entre vous.
Ne mentez pas. Je suis la Lumière et j'éclaire les cœurs..." "Nous, tu peux nous croire" crient les hérodiens. "Nous n'aimons pas Hérode Antipas ni aucun autre." "Non. Vous n'aimez que vous-mêmes, c'est vrai, et vous ne
pouvez m'aimer. Je vous servirais de levier pour renverser le trône, pour
ouvrir le chemin à un pouvoir plus puissant et pour faire supporter au peuple
une oppression plus mauvaise. Une tromperie pour Moi, pour le peuple, et pour
vous-mêmes. Quand vous auriez anéanti le roi, Rome vous anéantirait
tous." "Seigneur, dans les colonies de la Diaspora, il y a des
hommes prêts à s'insurger... Nous les soutenons de nos ressources"
disent les prosélytes. "Et des miennes, et tout l'appui de l'Auranitide
et de la Trachonitide" crie l'homme de Bozra. "Je sais ce que je dis. Nos montagnes peuvent
nourrir une armée, et à l'abri des embûches, pour les lancer comme un vol
d'aigles à ton service." "La Pérée aussi." "La Gaulanitide aussi." "La vallée de Gahas avec
Toi !" "Et avec Toi les rives de la Mer Salée avec les nomades
qui nous croient des dieux, si tu consens à t'unir à nous" crie
l'essénien et il continue en un verbiage d'exalté qui se perd dans le bruit. "Les montagnards de la Judée sont de la race des rois
courageux." "Et ceux de la Haute Galilée sont des héros de la trempe
de Déborah. 17> Même
les femmes, même les enfants sont des héros !" "Tu nous crois peu nombreux ? Nous sommes des troupes
nombreuses. Le peuple est tout entier avec Toi. Tu es le roi de la race de
David, le Messie ! C'est le cri sur les lèvres des sages et des
ignorants, parce que c'est le cri des cœurs. Tes miracles... tes paroles...
Les signes..." C'est une confusion que je ne réussis pas à suivre. Jésus, comme un rocher bien ferme enveloppé par un tourbillon,
ne bouge pas, ne réagit même pas. Il est impassible. Et la ronde des prières,
des supplications, des raisons, continue. "Tu nous déçois ! Pourquoi veux-tu notre ruine ?
Tu veux n'agir que par Toi-même ? Tu ne peux. Matthatias
Maccabée ne refusa pas l'aide des Assidéens [9] et Judas libéra
Israël avec leur aide... Accepte !!!" De temps à autre, les cris
s'unissent sur ce mot. Jésus ne cède pas. Un des Anciens, très âgé, parlote avec un prêtre et un scribe
plus âgés que lui. Ils viennent en avant. Ils imposent le silence. C'est le
vieux scribe qui parle, après avoir appelé aussi à lui Eléazar et les deux
scribes Jean : "Seigneur, pourquoi ne veux-tu pas ceindre la
couronne d'Israël ?" "Parce qu'elle ne m'appartient pas. Je ne suis pas fils
d'un prince hébreu."
"Je ne le nie pas." "Peux-tu nier que le miracle te précède, t'accompagne et
te suit comme signe du Ciel ?" "Je ne le nie pas." "Peux-tu nier que tu es le Messie promis?" "Je ne le nie pas." "Et alors, au nom du Dieu vivant, pourquoi veux-tu tromper
les espérances d'un peuple ?" "Je viens pour accomplir les espérances de Dieu." "Lesquelles ?" 18> "Non. Les Écritures parlent d'un Roi libérateur." "De l'esclavage de Satan, du péché, de
l'erreur, de la chair, du gentilisme, de
l'idolâtrie. Oh ! que vous a fait Satan, ô hébreux, peuple sage, pour
vous faire tromper sur les vérités prophétiques ? Que vous fait-il, ô
hébreux, mes frères, pour vous rendre si aveugles ? Que, que vous
fait-il, ô mes disciples, pour que vous aussi vous ne compreniez plus ? "C'est Toi qui te méconnais." "C'est vous qui vous méconnaissez, et me méconnaissez. Je
ne suis pas un roi humain. Et vous... vous, les trois quarts de vous
rassemblés ici, vous le savez et vous voulez mon malheur et non mon bien.
Vous le faites par rancœur, non par amour. Je vous pardonne. Je dis à ceux
qui ont le cœur droit : "Revenez à vous, ne soyez pas les
serviteurs inconscients du mal". Laissez-moi aller. Il n'y a pas autre
chose à dire." Un silence plein de stupeur... Eléazar dit : "Je ne suis pas ton ennemi. Je croyais
bien faire, et je ne suis pas le seul... De bons amis pensent comme
moi." "Je le sais. Mais dis-moi, toi, et sois
sincère : que dit Gamaliel ?" "Le rabbi ?... Il dit... Oui, il dit : "Le
Très-Haut donnera un signe si lui est son Christ"." "Il a raison. Et Joseph l'Ancien ?" "Que tu es le Fils de Dieu et que tu régneras en
Dieu." "Joseph est un juste. Et Lazare de Béthanie ?" "Il souffre... Il parle peu... Mais il
dit... que tu régneras seulement quand nos esprits t'accueilleront." "Lazare est sage. Quand vos esprits m'accueilleront. Pour
le moment, vous, même ceux que je croyais des esprits accueillants, vous
n'accueillez pas le Roi et le Royaume, et c'est cela qui fait ma
douleur." "En somme, tu refuses ?" crient-ils en grand
nombre. 19> "Vous l'avez
dit." "Tu nous as fait nous compromettre, tu nous fais du tort,
tu..." crient d'autres: hérodiens, scribes, pharisiens, sadducéens,
prêtres... Jésus quitte la table et il va vers ce groupe, les yeux
flamboyants. Quel regard ! Eux, involontairement, se taisent, se serrent
contre le mur... Jésus va vraiment visage contre visage, et il dit,
doucement, mais d'une manière incisive qui tranche comme un coup de
sabre : "Il est dit : "Malheur à celui qui frappe en
cachette son prochain et accepte des cadeaux pour condamner à mort un
innocent". Moi, je vous dis : je vous pardonne, mais votre péché
est connu du Fils de l'homme. Si je ne vous pardonnais pas, Moi... Pour bien
moins, Jéhovah a réduit
en cendres plusieurs israélites." Mais il est tellement terrible en le
disant, que personne n'ose bouger, et Jésus relève le lourd double rideau et
sort dans l'atrium sans que personne ose faire un geste. Ce n'est que lorsque le rideau cesse de remuer, c'est-à-dire
après quelques minutes, qu'ils se remettent. "Il faut le rejoindre... Il faut le retenir..."
disent les plus acharnés. "Il faut se faire pardonner" soupirent les meilleurs,
c'est-à-dire Manaën, Timon, des prosélytes, l'homme de Bozra,
en somme ceux qui ont le cœur droit. Ils se pressent hors de la salle. Ils cherchent, ils
interrogent les serviteurs : "Le Maître ? Où
est-il ?" Le Maître ? Personne ne l'a vu, pas même ceux qui étaient
aux deux portes de l'atrium. Pas de Maître... Avec des torches et des lanternes,
ils le cherchent dans l'obscurité du jardin, dans la pièce où il avait
reposé. Personne ! Et il n'y a plus son manteau laissé sur le lit, son
sac laissé dans l'atrium... "Il nous a échappé ! C'est un Satan !... Non. Il
est Dieu. Il fait ce qu'il veut. Il va nous trahir ! Non. Il nous
connaîtra pour ce que nous sommes." Une clameur d'opinions et d'insultes
mutuelles. Les bons crient : "Vous nous avez séduits.
Traîtres ! Nous devions l'imaginer !" Les mauvais, c'est-à-dire
le plus grand nombre, menacent, et après avoir perdu le bouc émissaire contre
lequel ils ne peuvent se tourner, les deux partis se tournent contre
eux-mêmes... Et Jésus où est-il ? Moi, je le vois, parce qu'il le veut,
très loin, vers le pont à l'embouchure du Jourdain. Il va rapidement comme si
le vent le portait, ses cheveux flottent autour de son visage pâle, son
vêtement bat comme une voile dans la rapidité de la marche. 20>
Puis, quand il est sûr de se trouver à bonne
distance, il s'enfonce dans les joncs et il prend la rive orientale. Dès
qu'il a trouvé les premiers récifs de la haute falaise, il y monte sans se
soucier du manque de lumière qui rend dangereuse l'escalade de la côte
escarpée. Il monte, il monte jusqu'à un rocher qui surplombe le lac et où
veille un chêne séculaire. Il s'assoit là, un coude sur le genou, il appuie
le menton sur la paume de la main, le regard fixé sur l'immensité qui
s'embrume, à peine visible par la blancheur de son vêtement et la pâleur de
son visage, il reste immobile... Mais quelqu'un l'a suivi. C'est Jean. Un Jean à peine vêtu, avec seulement son court
vêtement de pêcheur, les cheveux raides de quelqu'un qui a été dans l'eau,
haletant et pourtant pâle. Il approche doucement de son Jésus. Il semble une
ombre qui glisse sur la falaise raboteuse. Il s'arrête à quelque distance, il
surveille Jésus... Il ne bouge pas, il semble faire partie du rocher. Sa
tunique de couleur sombre le dissimule encore plus, seul le visage, les jambes
et les bras nus se voient à peine dans l'ombre de la nuit. Mais quand, plutôt qu'il ne le voit, il entend pleurer Jésus,
alors il ne résiste plus et il s'approche et puis l'appelle :
"Maître !" Jésus l'entend murmurer et lève la tête; prêt à fuir il relève
son vêtement. Mais Jean crie : "Que t'ont-ils fait, Maître, que tu
ne reconnais plus Jean ?" Et Jésus reconnaît son Préféré. Il lui tend les bras et Jean
s'y élance et les deux pleurent pour deux douleurs différentes et un unique
amour. Mais ensuite les pleurs se calment et Jésus, le premier,
revient à la vision nette des choses. Il se rend compte que Jean est à peine
vêtu, avec sa tunique humide, déchaussé, glacé. "Comment donc es-tu ici,
dans cet état ! Pourquoi n'es-tu pas avec les autres ?" "Oh ! ne me gronde pas, Maître. Je ne pouvais
rester... Je ne pouvais te laisser aller... J'ai quitté mon vêtement, tout
sauf cela, et je me suis jeté à la nage pour revenir à Tarichée
et de là par la rive, puis j'ai franchi le pont et puis je t'ai suivi et je suis
resté caché dans le fossé près de la maison, prêt à venir à ton aide, au
moins pour savoir s'ils t'enlevaient, s'ils te faisaient du mal, et j'ai
entendu que l'on se disputait et puis je t'ai vu passer rapidement devant
moi. Tu paraissais un ange. Pour te suivre sans te perdre de vue, je suis
tombé dans des fossés et des marécages et je suis tout couvert de boue. Je
dois avoir taché ton vêtement... 21> Je te regarde depuis
que tu es ici... Tu pleurais ?... Que t'ont-ils fait, mon
Seigneur ? T'ont-ils insulté ? Frappé ?" "Non. Ils voulaient me faire roi. Un pauvre roi,
Jean ! Et plusieurs voulaient le faire de bonne foi, par un amour vrai,
dans une bonne intention... Le plus grand nombre... pour pouvoir me dénoncer
et se débarrasser de Moi..." "Qui sont-ils ?" "Ne le demande pas." "Et les autres ?" "Ne demande pas non plus leurs noms. Tu ne dois pas haïr
et tu ne dois pas critiquer... Moi, je pardonne..." "Maître... Il y avait-il des disciples ?... Dis-moi
cela seulement." "Oui." "Et des apôtres ?" "Non, Jean, aucun apôtre." "Vraiment, Seigneur ?" "Vraiment, Jean." "Ah ! Louange à Dieu pour cela... Mais pourquoi
pleures-tu encore, Seigneur ? Je suis avec Toi. Moi, je t'aime pour
tous. Et même Pierre et André et les autres... Quand ils m'ont vu me jeter
dans le lac, ils m'ont traité de fou. Pierre était furieux, et mon frère
disait que je voulais mourir dans les remous. Mais ensuite ils ont compris et
ils ont crié : "Que Dieu soit avec toi. Va, va !..." Nous
t'aimons nous, mais personne comme moi, pauvre enfant." "Oui, personne comme toi. Tu as froid, Jean ! Viens
ici sous mon manteau..." "Non, à tes pieds, ainsi... Mon Maître ! Pourquoi ne
t'aiment-ils pas tous comme le pauvre enfant que je suis ?" Jésus l'attire sur son cœur en s'assoyant à côté de lui.
"Parce qu'ils n'ont pas ton cœur d'enfant..." "Ils voulaient te faire roi ? Mais ils n'ont pas
encore compris que ton Royaume n'est pas de cette Terre ?" "Ils n'ont pas compris !" "Sans donner de noms, raconte-moi, Seigneur..." "Mais tu ne diras pas ce que je t'ai dit ?" "Si tu ne veux pas, Seigneur, je ne le dirai pas..." "Tu ne le diras que quand les hommes voudront me présenter
comme un ordinaire chef populaire. Un jour cela viendra. Tu seras là et tu
diras : "Oui, Seigneur. Comme tu souffres, Jésus !..." "Comme je rachète ! Mais toi, tu me
consoles de la souffrance. A l'aube, nous allons partir d'ici. Nous
trouverons une barque. Me crois-tu si je te dis que nous pouvons aller sans
rames ?" "Je croirais même si tu disais que nous
irons sans barque..." Ils restent enlacés, enveloppés dans le seul manteau de Jésus, et Jean finit par s'endormir dans la tiédeur, fatigué, comme un enfant dans les bras de sa maman. |
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[3] Jean le scribe qui
pourtant s’était éloigné de Jésus à la suite du discours sur le Pain de Vie
[4] Jean le synhédriste
[8] Échanson du roi de Perse
Artaxerxès/ Il obtint de lui d’aller reconstruire les
remparts de Jérusalem. Après Esdras, il entreprit une restauration du culte et
le redressement de Jérusalem.
[9] Hasidim (dévôts) : secte fermement attachée à la Loi en
réaction à l’hellénisation imposée par les Ptolémée. Les hasidim donneront
naissance aux pharisiens et aux esséniens.
[10] Cf. Matthieu 2,1-6 : Hérode le grand à cette occasion
monte le complot qui aboutira au massacre des innocents (300 enfants environ)
[11] Cf. Jean 18,36 : C’est ce que dira Jésus devant Pilate lors de son
procès.