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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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vendredi
- Les gens cherchent Jésus 283 - Discours d'Étienne (Le disciple doit souffrir) 284 - Étienne et Hermas parlent de Gamaliel et de Jésus 285 - Jésus fait l'éloge d'Étienne 286 - Discours (Curiosité et sensualité 287 - Ne pas se contenter de nourriture matérielle 287 - Se nourrir de la Loi et des Prophètes) 289 - Discours (Ce que la manne enseigne) 290 - Discours Je suis le Pain de Vie) 291 - Discours (Origine divine de Jésus) 292 - Discours (Ma chair est une nourriture et mon sang un breuvage) 293 - Défection de nombreux disciples 295 - Discours (Beaucoup ne croient pas vraiment) 295 - Plusieurs autres se retirent 296 - Déclaration de fidélité de la part de Pierre 296 - L'un de vous est un démon 296 -
Les douze vénèrent Jésus 296 |
5.44. |
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283> La plage de Capharnaüm fourmille de gens qui sortent d'une vraie flottille de barques de toutes tailles : Et les premiers qui débarquent s'en vont parmi les gens cherchant s'ils voient le Maître, un apôtre ou au moins un disciple. Et ils s'en vont à la recherche… Un homme finalement répond : "Le Maître ? Les apôtres ? Non. Ils sont partis tout de suite après le sabbat, et ils ne sont pas revenus. 284> Mais ils vont revenir car il y a des disciples. J'ai parlé tout à l'heure avec l'un d'entre eux. Ce doit être un grand disciple. Il parle comme Jaïre ! Il est allé vers cette maison au milieu des champs, en suivant la mer." L'homme qui a posé la question répand le bruit, et tous se précipitent vers l'endroit indiqué. Mais après avoir fait environ deux cents mètres sur la rive, ils rencontrent tout un groupe de disciples qui viennent vers Capharnaüm en faisant force gestes. Ils les saluent et demandent : "Le Maître, où est-il ?" Les disciples répondent : "Pendant la nuit, après le miracle,[1] il s'en est allé avec les siens, avec des barques au-delà de la mer. Nous avons vu les voiles, au clair de lune, qui allaient vers Dalmanutha." "Ah Voilà ! Nous le cherchions à Magdala dans la maison de Marie, et il n'y était pas ! Pourtant... ils pouvaient nous le dire les pêcheurs de Magdala !" "Ils ne l'auront pas su. Peut-être est-il allé sur les monts d'Arbela pour prier. Il y a été déjà une autre fois, l'an dernier avant la Pâque. Je l'ai rencontré alors, par une très grande grâce du Seigneur à son pauvre serviteur" dit Etienne. "Mais il ne revient pas ici ?" "Certainement il va revenir. Il doit faire ses adieux et donner les ordres. Mais que voulez-vous ?" "L'entendre encore, le suivre, devenir siens."
285> "Non, non ! Tout de suite ! Tout de suite ! Personne ne fait ce que Lui fait. Nous voulons le suivre" dit la foule en tumulte. Etienne a un sourire très expressif. Il ouvre les bras et dit : "C'est parce qu'il vous a donné en abondance du bon pain que vous voulez venir ? Croyez-vous que dans l'avenir il ne vous donne que cela ? Lui promet à ceux qui le suivent ce qui est son lot : la douleur, la persécution, le martyre. Ce ne sont pas des roses, mais des épines; pas des caresses, mais des soufflets, pas du pain, mais des pierres sont prêtes pour les "christ". Et je parle ainsi sans blasphémer, parce que ses vrais fidèles seront oints de l'huile sainte faite de sa Grâce et de sa souffrance, et nous serons "oints" pour être les victimes sur l'autel et les rois dans le Ciel." "Eh bien ? En es-tu jaloux peut-être ? Tu y es, toi ? Nous voulons y être nous aussi. Il est le Maître pour tous." "C'est bien. Je vous le disais parce que je vous aime et que je veux que vous sachiez ce que c'est que d'être ses "disciples" pour ne pas être ensuite des déserteurs. Allons alors l'attendre tous ensemble à sa maison. Le crépuscule commence et c'est le début du sabbat. Il viendra le passer ici avant son départ." Ils vont vers la ville en parlant. Et plusieurs interrogent Etienne et Hermas, qui les a rejoints, et eux, aux yeux des israélites, ont une lumière spéciale comme élèves préférés de Gamaliel. Plusieurs demandent : "Mais que dit Gamaliel de Lui ?", d'autres : "Est- ce lui qui vous a envoyés ?", et d'autres encore : "N'a-t-il pas souffert de vous perdre ?", ou bien : "Et le Maître, que dit-il du grand rabbi ?" Les deux répondent avec patience : "Gamaliel parle de Jésus de Nazareth comme du plus grand homme d'Israël" "Oh ! plus grand que Moïse ?" disent certains presque scandalisés. "Lui dit que Moïse est l'un des si nombreux précurseurs du Christ, mais qu’il n'était que le serviteur du Christ." "Alors, pour Gamaliel, celui-ci est le Christ ? C'est ce qu'il dit ? Si c'est ce que dit le rabbi Gamaliel, la question est tranchée. C'est Lui le Christ !" "Il ne dit pas cela. Il n'arrive pas encore à le croire, pour son malheur. Mais il dit que le Christ est sur la terre car il Lui a parlé, il y a plusieurs années. Lui et le sage Hillel. Et il attend le signe que le Christ lui a promis pour le reconnaître" [3] dit Hermas. 286> "Mais comment a-t-il fait pour croire que celui-là était le Christ ? Que faisait-il ? Moi, je suis aussi âgé que Gamaliel, mais je n'ai jamais entendu dire que chez nous aient été faites les choses que le Maître fait. S'il n'est pas persuadé par ces miracles, que vit-il donc de si miraculeux dans ce Christ pour pouvoir croire en Lui ?" "Il le vit oint par la Sagesse de Dieu. C'est ce qu'il dit" répond encore Hermas. "Et alors qu'est-il pour Gamaliel celui-ci ?" "Le plus grand homme, maître et précurseur d'Israël. Quand il pourrait dire : "C'est le Christ" elle serait sauvée l'âme sage et juste de mon premier maître" dit Etienne et il termine : "Et je prie pour que cela soit, à tout prix." "Et s'il ne croit pas que c'est le Christ, pourquoi vous y a-t-il envoyés ?" "Nous voulions y venir. Lui nous a laissés venir en disant que c'était bien." "Peut-être pour savoir et rapporter au Sanhédrin..." insinue quelqu'un. "Homme, comment parles-tu ? Gamaliel est honnête. Il ne sert d’espion à personne et surtout pas aux ennemis d'un innocent !" Etienne se fâche et il paraît un archange tant il est indigné, et presque rayonnant dans son saint dédain. "Il aura été désolé de vous perdre, pourtant" dit un autre. "Oui et non. Comme homme qui nous aimait bien, oui. Comme esprit très droit, non. Parce qu'il a dit : "Lui est plus que moi et plus jeune que moi. Je puis donc fermer les yeux, rassuré sur votre avenir, en sachant que vous appartenez au 'Maître des maîtres' "." "Et Jésus de Nazareth, que dit-il du grand rabbi ?" "Oh ! Il n'a que des paroles élevées pour lui !" "Il n'en est pas jaloux ?" "Dieu ne jalouse pas" dit sévèrement Hermas. "Ne fais pas de suppositions sacrilèges." "Mais pour vous, alors, il est Dieu ? En êtes-vous certains?" Et les deux, d'une seule voix : "Comme d'être vivants en ce moment." Et Etienne termine : "Et veuillez le croire, vous aussi, pour posséder la vraie Vie." Ils sont de nouveau sur la plage devenue un lieu de réunion, et ils la traversent pour aller à la maison. Sur le seuil se trouve Jésus qui caresse des enfants. Des disciples se groupent avec des curieux et ils demandent : "Maître, quand es-tu venu ?" 287> "Il y a quelques instants." Le visage de Jésus a encore la majesté solennelle, un peu extatique, qu'il a après une prière prolongée. "Tu as été en oraison, Maître ?" demande Étienne à voix basse, par respect, comme il s'est incliné pour le même motif. "Oui. D'où le vois-tu, mon fils ?" demande Jésus en lui posant la main sur ses cheveux foncés en une douce caresse. "De ton visage d'ange. Je suis un pauvre homme, mais ton aspect est si limpide que j'y lis les palpitations et les actions de ton esprit." "Le tien aussi est limpide. Tu es un de ceux qui restent tout petits..." "Et qu'y a-t-il sur mon visage, Seigneur ?" "Viens à part et je te le dirai" et il le prend par le poignet et l'amène dans un couloir obscur. "Charité, foi, pureté, générosité, sagesse; et tout cela c'est Dieu qui te l'a donné et tu l'as cultivé et tu le feras davantage. Enfin, d'après ton nom, tu as la couronne d'or pur et avec une grande gemme qui resplendit sur ton front. [4] Sur l'or et les pierres sont gravés deux mots: "Prédestination" et "Prémices". Sois digne de ton sort, Étienne. Va en paix avec ma bénédiction." Et il pose de nouveau la main sur ses cheveux alors qu'Étienne s'agenouille pour ensuite se prosterner et Lui baiser les pieds. Ils reviennent vers les autres. "Ces gens sont venus pour t'entendre..." dit Philippe. "Ici on ne peut parler. Allons à la synagogue. Jaïre en sera content." Jésus en tête, par derrière le cortège des autres, ils vont à la belle synagogue de Capharnaüm et Jésus, salué par Jaïre, y entre et il ordonne que toutes les portes restent ouvertes pour que ceux qui n'arrivent pas à entrer puissent l'entendre de la rue et de la place qui sont à côté de la synagogue. Jésus va à sa place, dans cette synagogue amie, de laquelle aujourd'hui sont absents heureusement les pharisiens, peut-être déjà partis en grande pompe pour Jérusalem. Et il commence à parler.
Les dons de Dieu ne sont pas l'ordinaire, ils sont l'extraordinaire. On ne peut y prétendre, ni se livrer à la paresse en disant : "Dieu me les donnera". Il est dit : "Tu mangeras ton pain mouillé par la sueur de ton front" c'est-à-dire le pain gagné par le travail. Si Celui qui est Miséricorde a dit : "J'ai pitié de ces foules qui me suivent depuis trois jours et n'ont plus rien à manger et qui pourraient tomber en route avant d'avoir atteint Ippo sur le lac, ou Gamala, ou d'autres villes", et a pourvu à leurs besoins, il n'est pourtant pas dit qu'on doive le suivre pour ce motif. C'est pour bien davantage qu'un peu de pain, destiné à devenir ordure après la digestion, que l'on doit me suivre. Ce n'est pas pour la nourriture qui emplit le ventre, mais pour celle qui nourrit l'âme, car vous n'êtes pas seulement des animaux qui doivent brouter et ruminer, ou fouiller avec le groin et s'engraisser. Mais vous êtes des âmes ! C'est cela que vous êtes ! La chair c'est le vêtement, l'être c'est l'âme. C'est elle qui est immortelle, La chair, comme tout vêtement, s'use et finit, et ne mérite pas qu'on s'en occupe comme si c'était une perfection à laquelle il faut donner tous ses soins.
"Que devons-nous faire pour faire les œuvres de Dieu ? Nous observons la Loi et les Prophètes. Nous sommes donc déjà nourris de Dieu et nous faisons les œuvres de Dieu." "C'est vrai. Vous observez la Loi, ou plutôt vous "connaissez" la Loi. Mais connaître n'est pas pratiquer. Nous connaissons, par exemple, les lois de Rome et pourtant un israélite fidèle ne les pratique pas autrement que dans les formules qui lui sont imposées par sa condition de sujet. Pour le reste nous, je parle des israélites fidèles, nous ne pratiquons pas les usages païens des romains tout en les connaissant. La Loi que vous tous connaissez et les Prophètes devraient en effet vous nourrir de Dieu et vous donner par conséquent la capacité de faire les œuvres de Dieu. Mais pour faire cela, elles devraient être devenues une seule chose avec vous, comme l'air que vous respirez et la nourriture que vous assimilez, qui se changent tous les deux en vie et en sang. Alors qu'ils restent étrangers, tout en étant dans votre maison, comme peut l'être un objet de la maison qui vous est connu et utile, mais qui s'il venait à manquer ne vous enlèverait pas l'existence. Alors que... Oh ! essayez un peu de ne pas respirer pendant quelques minutes, essayez de rester sans nourriture pendant des jours et des jours... et vous verrez que vous ne pouvez vivre. Ainsi devrait se ressentir votre moi de la dénutrition et de son asphyxie de la Loi et des Prophètes, puisque vous les connaissez mais ne les assimilez pas et qu'ils ne deviennent pas une seule chose avec vous. C'est cela que je suis venu enseigner et donner : le suc, l'air de la Loi et des Prophètes, pour rendre le sang et la respiration à vos âmes qui meurent de faim et d'asphyxie. Vous ressemblez à des enfants qu'une maladie rend incapables de savoir ce qui peut les nourrir. Vous avez des provisions de nourriture, mais vous ne savez pas qu'elles doivent être mangées pour se changer en une chose vitale, et qu'elles deviennent vraiment nôtres, par une fidélité vraie et pure à la Loi du Seigneur qui a parlé à Moïse et aux Prophètes pour vous tous. Venir donc à Moi pour avoir l'air et le suc de la Vie éternelle, c'est un devoir. Mais ce devoir présuppose en vous une foi. Car si quelqu'un n'a pas la foi, il ne peut croire à mes paroles, et s'il ne croit pas il ne vient pas me dire : "Donne-moi le vrai pain". Et s'il n'a pas le vrai pain, il ne peut pas faire les œuvres de Dieu n'ayant pas la capacité de les faire. 290> Par conséquent pour être nourris de Dieu et pour faire l'œuvre de Dieu, il est nécessaire que vous fassiez l'œuvre-base qui est celle-ci : croire en Celui que Dieu a envoyé."
"Vous êtes dans l'erreur. Ce n'est pas Moïse, mais c'est le Seigneur qui a pu faire cela. Et dans l'Exode on lit : "Voici : Je ferai pleuvoir du pain du ciel. Que le peuple sorte et qu'il recueille ce qui suffit pour chaque jour, et qu'ainsi Je me rende compte si le peuple marche selon ma Loi. Et le sixième jour qu'il en ramasse le double par respect pour le septième jour, le sabbat". Et les hébreux virent le désert se recouvrir chaque matin de cette chose minuscule qui ressemble à ce qui est pilé dans le mortier, et au grésil, semblable à la graine de coriandre, et au bon goût de fleur de farine mélangée à du miel". [5] Ce n'est donc pas Moïse, mais le Seigneur qui a procuré la manne. Dieu qui peut tout. Tout. Punir et bénir, enlever et accorder. Et Moi, je vous le dis, que des deux choses, Il préfère bénir et accorder plutôt que punir et enlever. Moïse, comme il est dit dans l'Ecclésiastique, était "cher à Dieu et aux hommes, sa mémoire était bénie, car il était rendu par Dieu semblable aux saints dans leur gloire, grand et terrible pour les ennemis, capable de susciter les prodiges et mettre fin à eux, glorieux en présence des rois, son ministre en présence du peuple, il avait vu la gloire de Dieu et entendu la voix du Très-Haut, il était le gardien des préceptes et de la Loi de vie et de science". [6] Aussi Dieu, comme dit la Sagesse, par amour pour Moïse, nourrit son peuple avec le pain des anges, et lui envoya du ciel un pain déjà fait, sans fatigue, un pain délicieux et d'une douce saveur. Et - souvenez bien de ce que dit la Sagesse - et puisqu'il venait du ciel, de Dieu, et qu'il montrait la douceur divine envers ses fils, il avait pour chacun le goût que chacun voulait, et procurait à chacun les effets qu'il désirait, étant utile aussi bien au tout petit, à l'estomac encore imparfait, qu'à l'adulte à l'appétit et à la digestion vigoureux, qu'à la fillette délicate et qu'au vieillard décrépit. 291> Et même, pour montrer que ce n'était pas œuvre d'homme, il renversa les lois des éléments car il résistait au feu, ce pain mystérieux qui, au lever du soleil, fondait comme du givre. Ou plutôt : le feu - c'est toujours la Sagesse qui parle - oublia sa propre nature par respect pour l’œuvre de Dieu son Créateur et pour les besoins des justes de Dieu, de sorte qu'alors qu'il a l'habitude de s'enflammer pour tourmenter, ici il se fit doux pour faire du bien à ceux qui faisaient confiance au Seigneur. Alors c'est pour cela, qu'en se transformant de toutes manières, il servit à la grâce du Seigneur, leur nourrice à tous, selon les besoins de celui qui priait le Père éternel, pour que ses fils bien-aimés apprennent que ce n'est pas la reproduction des fruits qui nourrit les hommes, mais que c'est la parole du Seigneur qui conserve ceux qui croient en Dieu. En effet le feu ne consumait pas, comme il le pouvait, la douce manne, même pas si la flamme était haute et puissante, alors que suffisait à la fondre le doux soleil du matin, afin que les hommes se rappellent et qu'ils apprennent que les dons de Dieu doivent être recherchés dès le commencement du jour et de la vie, et que pour les avoir, il faut devancer la Lumière et se lever pour louer l'Éternel dès la première heure du matin C'est cela que la manne enseignait aux hébreux, et Moi, je vous le rappelle parce que c'est un devoir qui dure et durera jusqu'à la fin des siècles. Cherchez le Seigneur et ses dons célestes, sans paresser jusqu'aux heures tardives du jour ou de la vie. Levez-vous pour le louer avant même que le loue le soleil levant, et nourrissez-vous de sa parole qui consacre et préserve et conduit à la Vie vraie. Ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du Ciel mais, en vérité, Celui qui l'a donné, c'est le Père Dieu, et maintenant, en vérité, c'est mon Père qui vous donne le vrai Pain, le Pain nouveau, le Pain éternel qui descend du Ciel, le Pain de miséricorde, le Pain de Vie, le Pain qui donne au monde la Vie, le Pain qui rassasie toute faim et enlève toute langueur, le Pain qui donne à celui qui le prend la Vie éternelle et l'éternelle joie." "Donne-nous, ô Seigneur, ce pain et nous ne mourrons plus." "Vous mourrez comme tout homme meurt, mais vous ressusciterez pour la Vie éternelle si vous vous nourrissez saintement de ce Pain, parce qu'il rend incorruptible celui qui le mange. Pour ce qui est de vous, il sera donné à ceux qui le demandent à mon Père avec un cœur pur, une intention droite, et une sainte charité. C'est pour cela que j'ai enseigné à dire : "Donne-nous le Pain quotidien". 292> Mais pour ceux qui s'en nourriront indignement, il deviendra un grouillement de vers d'enfer, comme les paniers de manne conservés contre l'ordre reçu. Et ce Pain de santé et de vie deviendra, pour eux, mort et condamnation. Car le plus grand sacrilège sera commis par ceux qui mettront ce Pain sur une table spirituelle corrompue et fétide, et le profaneront en le mêlant à la sentine de leurs inguérissables passions. Mieux vaudrait pour eux ne l'avoir jamais pris !" "Mais où est ce Pain ? Comment le trouve-t-on ? Quel nom a-t-il ?"
Il se fait un bourdonnement qui n'est pas discret dans la synagogue et au-dehors à cause des paroles nouvelles et hardies du Maître. Et Lui, après avoir un moment repris haleine, tourne ses yeux étincelants de ravissement là où on murmure davantage et ce sont précisément les groupes où il y a des juifs. Il recommence à parler. "Pourquoi murmurez-vous entre vous ? Oui, je suis le Fils de Marie de Nazareth, fille de Joachim de la race de David, vierge consacrée au Temple, et puis épousée par Joseph de Jacob, de la race de David. Vous avez connu, beaucoup d'entre vous, les justes qui donnèrent la vie à Joseph, menuisier de race royale, et à Marie, vierge héritière de souche royale. Cela vous fait dire : "Comment celui-ci peut-il se dire descendu du Ciel ?" et le doute naît en vous. 293> Je vous rappelle les Prophètes sur l'Incarnation du Verbe. Et je vous rappelle comment, plus pour nous israélites que pour tout autre peuple, il est de foi que Celui que nous n'osons pas appeler ne peut pas se donner une Chair selon les lois humaines et de plus selon les lois d'une humanité déchue. Le Très Pur, l'Incréé, s'Il s'est mortifié jusqu'à se faire Homme pour l'amour de l'homme, ne pouvait choisir qu'un sein de Vierge plus pur que les lys pour revêtir de Chair sa Divinité. Le Pain descendu du Ciel au temps de Moïse a été placé dans l'arche d'or, recouverte du Propitiatoire, veillée par les chérubins, derrière les voiles du Tabernacle. Et avec le Pain était la Parole de Dieu. Et il était juste qu'il en fût ainsi, parce que le plus grand respect doit être donné aux dons de Dieu et aux tables de sa très Sainte Parole. Mais alors, qu'est-ce qui aura été préparé par Dieu pour sa propre Parole et pour le vrai Pain qui est venu du Ciel ? Une arche plus inviolée et plus précieuse que l'arche d'or, couverte du précieux Propitiatoire de sa pure volonté d'immolation, veillée par les chérubins de Dieu, voilée d'une candeur virginale, d'une humilité parfaite, d'une charité sublime, et de toutes les vertus les plus saintes. Et alors ? Vous ne comprenez pas encore que ma Paternité est au Ciel et que par conséquent c'est de là que je viens ? Oui, je suis descendu du Ciel pour accomplir le décret de mon Père, le décret de salut des hommes selon ce qui a été promis au moment même de la condamnation et répété aux Patriarches et aux Prophètes. Mais cela, c'est la foi. Et la foi est donnée par Dieu à ceux qui ont une âme de bonne volonté. Aussi personne ne peut venir à Moi, s'il n'est pas conduit à Moi par mon Père, qui le voit dans les ténèbres, mais avec un vrai désir de la lumière. Il est écrit dans les Prophètes : "Ils seront tous instruits par Dieu". [7] Voilà, c'est dit. C'est Dieu qui leur apprend où ils doivent aller pour être instruits par Dieu. Tout homme donc qui, au fond de son esprit droit, a entendu parler Dieu, a appris de mon Père à venir vers Moi." "Et qui veux-tu qui ait entendu Dieu, ou vu son Visage ?" demandent plusieurs qui commencent à montrer des signes d'irritation et de scandale. Et ils finissent par dire : "Tu délires ou tu es illusionné." "Personne n'a vu Dieu excepté celui qui est de Dieu. Celui-là a vu le Père et c'est Moi qui suis Celui-là. Et maintenant écoutez le Credo de la Vie future sans lequel on ne peut se sauver. 294>
Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et ils sont morts, car la manne était une nourriture sainte mais temporelle et elle donnait la vie pour autant qu'il était nécessaire d'arriver à la Terre Promise par Dieu à son peuple. Mais la Manne que je suis n'aura pas de limites de temps ni de puissance. Non seulement elle est céleste, mais elle est divine, et elle produit ce qui est divin : l'incorruptibilité, l'immortalité de ce que Dieu a créé à son image et à sa ressemblance. Elle ne durera pas quarante jours, quarante mois, quarante années, quarante siècles. Mais elle durera tant que durera le Temps, et elle sera donnée à tous ceux qui ont pour elle une faim sainte et agréable au Seigneur, qui se réjouira de se donner sans mesure aux hommes pour lesquels Il s'est incarné pour qu'ils aient la Vie qui ne meurt pas.
"Mais comment peux-tu nous donner ta Chair à manger ? Pour qui nous as-tu pris ? Pour des fauves sanguinaires ? Pour des sauvages ? Pour des homicides ? Nous avons de la répugnance pour le sang et le crime." "En vérité, en vérité je vous dis que bien des fois l'homme est plus qu'un fauve et que le péché rend plus que sauvage, que l'orgueil donne une soif homicide, et que ce n'est pas à tous ceux qui sont présents que répugneront le sang et le crime. Et même dans l'avenir l'homme sera tel parce que Satan, la sensualité et l'orgueil, en font une bête féroce. Et c'est pour satisfaire un besoin plus grand que jamais que vous devez et que l'homme devra se guérir lui-même des germes terribles par l'infusion du Saint. En vérité, en vérité je vous dis que si vous ne mangez pas la Chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son Sang, vous n'aurez pas en vous la Vie. Celui qui mange dignement ma Chair et qui boit mon Sang a la Vie éternelle et je le ressusciterai au Dernier Jour. 295> Car ma Chair est vraiment une Nourriture et mon Sang un Breuvage. Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang reste en Moi, et je reste en lui. Comme le Père vivant m'a envoyé, et que je vis par le Père, de même ce lui qui me mange vivra lui aussi par Moi et ira où je l'envoie, et il fera ce que je veux et il vivra avec austérité comme homme, et sera ardent comme un séraphin, et il sera saint, car pour pouvoir se nourrir de ma Chair et de mon Sang, il s'interdira les fautes et il vivra en s'élevant pour finir son ascension aux pieds de l'Éternel." "Mais celui-là est fou ! Qui peut vivre de cette façon ? Dans notre religion il n'y a que le prêtre qui doive se purifier pour offrir la victime. Ici Lui veut faire de nous autant de victimes de sa folie. Cette doctrine est trop pénible et ce langage est trop difficile ! Qui peut l'écouter et le pratiquer ?" murmurent ceux qui sont présents et plusieurs sont des disciples réputés tels. Les gens se dispersent en commentant, et très réduits apparaissent les rangs des disciples quand restent seuls dans la synagogue le Maître et les plus fidèles. Je ne les compte pas, mais je dis qu'on arrive à peu près à une centaine. Il doit donc y avoir eu une forte défection même dans les rangs des anciens disciples depuis longtemps au service de Dieu. Parmi ceux qui sont restés, il y a les apôtres, le prêtre Jean et le scribe Jean, Étienne, Hermas, Timon, Hermastée, Agape, Joseph, Salomon, Abel de Bethléem de Galilée, et Abel le lépreux de Corozaïn avec son ami Samuel, Élie (celui qui renonça à ensevelir son père pour suivre Jésus), Philippe d'Arbela, Aser et Ismaël de Nazareth, et en plus d'autres dont je ne connais pas les noms. Tous ceux-ci parlent doucement en commentant la défection des autres et les paroles de Jésus qui reste pensif, les bras croisés, appuyé à un haut pupitre. "Et vous vous scandalisez de ce que je vous ai dit ? Et si je vous disais que vous verrez un jour le Fils de l'homme monter au Ciel où il était auparavant et s'asseoir à côté du Père ? Et qu'avez-vous compris, absorbé, cru, jusqu'à présent ? Et avec quoi avez-vous écouté et assimilé ? Seulement avec ce qui est humain ? C'est l'esprit qui vivifie et a de la valeur. La chair ne sert à rien. Mes paroles sont esprit et vie, et c'est avec l'esprit qu'il faut les écouter et les comprendre pour en avoir la vie. Mais il y en a beaucoup parmi vous dont l'esprit est mort parce qu'il est sans foi. Beaucoup d'entre vous ne croient pas vraiment, et c'est inutilement qu'ils restent près de Moi. Ils n'en auront pas la Vie, mais la Mort. 296> Car ils y restent, comme je l'ai déjà dit, ou par curiosité ou par affection humaine, ou pire, pour des fins encore plus indignes. Ils n'ont pas été amenés ici par le Père en récompense de leur bonne volonté, mais par Satan. Personne, en vérité, ne peut venir à Moi, si cela ne lui est pas accordé par le Père. Allez-vous-en aussi, vous qui restez difficilement parce que vous avez honte, humainement, de m'abandonner, mais qui avez honte encore davantage de rester au service de quelqu'un qui vous semble "fou et dur". Allez. Il vaut mieux que vous soyez loin pour nuire." Et plusieurs autres se retirent des disciples, parmi lesquels le scribe Jean et Marc, le gérasénien possédé, guéri en envoyant les démons dans les porcs. Les disciples bons se consultent et courent après ceux qui ont abandonné, en essayant de les arrêter. Dans la synagogue il y a maintenant Jésus, le chef de la synagogue, et les apôtres... Jésus se tourne vers eux qui, mortifiés, restent dans un coin, et il dit : "Voulez-vous vous en aller, vous aussi ?" Il le dit sans amertume et sans tristesse. Mais avec beaucoup de sérieux. Pierre dans un élan douloureux Lui dit : "Seigneur, et où veux-tu qu'on aille ? Vers qui ? Tu es notre vie et notre amour. Toi seul as les paroles de Vie éternelle. Nous savons que tu es le Christ, le Fils de Dieu. Si tu veux, chasse-nous. Mais nous, pour ce qui est de nous, nous ne te quitterons pas, pas même... pas même si tu ne nous aimais plus..." et Pierre pleure sans bruit, avec de grosses larmes... André aussi, Jean, les deux fils d'Alphée, pleurent ouvertement, et les autres pâles ou rouges, par suite de l'émotion, ne pleurent pas, mais souffrent visiblement. "Pourquoi devrais-je vous chasser ? N'est-ce pas Moi qui vous ai choisis vous douze ?" Jaïre prudemment, s'est retiré pour laisser Jésus libre de réconforter ou de réprimander ses apôtres. Jésus, qui remarque sa retraite silencieuse, dit, en s'assoyant accablé, comme si la révélation qu'il fait Lui coûtait un effort supérieur à ce qu'il peut faire, épuisé comme il l'est, dégoûté, endolori : "Et pourtant, l'un de vous est un démon." La parole tombe lente, effrayante, dans la synagogue, où il n'y a que la lumière des nombreuses lampes qui soit joyeuse... et personne n'ose rien dire. Mais ils se regardent l'un l'autre, avec un frisson de peur et en se posant une question angoissée, et par une question encore plus angoissée et intime, chacun s'examine lui-même... 297> Personne ne bouge pendant un moment. Et Jésus reste seul sur son siège, les mains croisées sur les genoux, la tête baissée. Il la lève enfin et il dit : "Venez. Je ne suis pourtant pas un lépreux ! Ou bien vous me croyez tel ?.." Alors Jean s'avance rapidement et s'enlace à son cou en disant : "Avec Toi, alors, dans la lèpre, mon seul amour. Avec Toi, dans la condamnation. Avec Toi, dans la mort, si tu crois que cela t'attende..." et Pierre rampe à ses pieds, il les Lui prend et les pose sur ses épaules en sanglotant : "Presse-moi, foule-moi aux pieds ! Mais ne me fais pas penser que tu te méfies de ton Simon." Les autres voyant que Jésus caresse les deux premiers s'avancent et le baisent sur ses vêtements, sur ses mains, sur ses cheveux... Seul l'Iscariote ose le baiser au visage. Jésus se lève tout à coup, et semble le repousser brusquement tant son mouvement est imprévu, et il dit : "Allons à la maison. demain soir, à la nuit, nous partirons en barques pour Ippo." |
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