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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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jeudi 2
août 29
- Arrivée par une matinée orageuse 370 - Dialogue de Jésus avec Judas : Jésus lui souhaite la paix 371 - Lui demande des nouvelles 372 - Lui propose en exemple l'humilité de Pierre 373 - Judas n'avoue pas ses fautes 373 - Décision d'aller chez Joseph 374 - Arrivée chez le batelier 374 - Pierre jouit de la tempête 375 - Discours du Zélote (Le pied de vigne et la pluie : L'âme et sa purification) 376 - Judas se débat contre la parabole 377 - Discours (Dieu comme une mère pour l'âme et pour le corps) 378 - Pierre attire l'attention sur l'arc-en-ciel 378 - Arrivée de Jeanne 379 - Puis de Marie et de Marie d'Alphée 379 - Marie implore Jésus pour un fils dénaturé 379 - Judas ira chercher Samuel 381 - Pour la guérison complète de Samuel 382 - Jésus va vers les pauvres avec Jeanne 382 |
6.137. |
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370> Jésus arrive avec les siens à Tibériade par une matinée orageuse, Et il y arrive par un court trajet de Tarichée à Tibériade avec les barques qui se balancent fortement sur le lac très agité et grisâtre comme le ciel parcouru par des nuages qui n'annoncent rien de bon. Pierre scrute le ciel et le lac et il ordonne aux garçons de mettre les barques en lieu sûr : "Dans un moment, vous allez entendre quelle musique ! Je ne suis plus Simon le pêcheur, si sous peu les averses et les vagues du lac ne font pas de dégâts. il n'y a personne sur le lac ?" se demande-t-il à lui-même, en scrutant la mer troublée de Galilée. Et il la voit déserte, parcourue seulement par des vagues de plus en plus fortes, sous la chape du ciel de 'plus en plus menaçante. 371> Il se console en la voyant vide et en pensant qu'elle ne fera pas de victimes humaines, et il suit plus satisfait le Maître qui avance dans les coups de vent si forts que les hommes ont du mal à marcher dans les nuages de poussière avec leurs habits que la bourrasque fait claquer. Dans Tibériade, dans cette partie de Tibériade habitée par des gens du peuple, familles de pêcheurs ou d'artisans occupés à des travaux qui se rapportent à la pêche, il y a beaucoup d'allées et venues pour rentrer dans les maisons ce que l'orage pourrait détériorer. Des gens courent chargés des filets et des rames des barques déjà mises à l'abri, d'autres traînent dans les maisons les outils de travail, pendant que siffle le vent, que s'élèvent des nuages de poussière et que claquent les portes. L'autre Tibériade, celle qui est plus au nord, le quartier des palais qui s'étendent le long du lac, des beaux parcs que l'on voit sur l'arc de la rive, dort paresseusement. Seuls des serviteurs ou des esclaves, selon que les maisons appartiennent aux israélites ou aux romains, s'affairent à enlever des rideaux sur le haut des terrasses, à retirer les légères embarcations de plaisance, les sièges épars dans les jardins... Jésus, qui a avancé de ce côté, dit à Simon le Zélote et au cousin Jude : "Allez demander au portier de Jeanne de Chouza si aucun des nôtres ne nous a cherchés. Moi, j'attends ici." "Bien. Et Jeanne ?" "Nous la verrons ensuite. Allez et faites ce que je dis." Les deux partent rapidement et pendant que les autres attendent, Jésus les envoie ici et là afin de se procurer la nourriture "pour eux et les femmes, parce qu'il n'est pas juste d'imposer des frais à la famille du disciple" dit Jésus. Et il reste seul, adossé au mur d'un jardin d'où vient une rumeur d'ouragan tant est forte la lutte du vent contre les grands arbres. Jésus est tout ramassé sur Lui-même, dans ses vêtements qu'il tient bien serrés dans le manteau qu'il a ramené sur sa tête où il fait office de capuchon pour se protéger du vent qui rejette les cheveux dans les yeux. Et ainsi, couvert de poussière, le visage à demi-caché par les pans du manteau, adossé à un mur presque au coin de la rue qui croise une belle artère qui va du lac au centre de la ville, il a l'air d'un mendiant qui attend l'obole. Quelques passants le regardent, mais comme il ne dit rien, ne demande rien et reste ainsi, la tête penchée, personne ne s'arrête pour Lui donner ou Lui dire quelque chose. Pendant ce temps la bourrasque redouble, 372> et le bruit du lac se fait plus violent, remplissant la ville toute entière de son mugissement. Un homme de grande taille qui avance courbé pour se défendre du vent, tout enveloppé dans son manteau qu'il tient serré sous le cou avec la main, vient du chemin qui va de l'intérieur vers la rive. Pour éviter une file d'ânes de maraîchers qui, après avoir déchargé leurs légumes aux marchés reviennent chez eux, il relève la tête et voit Jésus (et je vois que ce jeune homme est Judas de Kériot). "Oh ! Maître !" dit-il de l'autre côté de la file des ânes. "Je venais justement chez Jeanne pour te chercher. Je suis allé à Capharnaüm pour te chercher, mais..." Le dernier âne est passé et Judas se hâte de rejoindre le Maître en terminant son discours : "...mais à Capharnaüm il n'y avait personne. J'ai attendu plusieurs jours et puis je suis revenu ici, et tous les jours j'allais chez Joseph et chez Jeanne pour te chercher..." Jésus le regarde de son regard pénétrant et il arrête cette avalanche de paroles en disant seulement : "La paix soit avec toi." "C'est vrai ! Je ne t'ai même pas salué ! La paix soit avec Toi, Maître. Mais Toi, tu l'as toujours cette paix !" "Et toi, non ?" "Je suis un homme, Maître."
"Moi ?... Non, non, Maître. Du moins... Certainement, pour dire vrai, d'être loin de Toi ne me rendait pas heureux... Mais ce n'était pas encore être privé de paix. C'était la nostalgie de Toi, à cause de l'affection que j'ai pour Toi... Mais la paix, c'est autre chose, n'est-ce pas ?..." "Oui. C'est autre chose. Les séparations ne peuvent porter atteinte à la paix du cœur, si le cœur de celui qui est séparé ne fait pas de choses que sa conscience lui indique comme capables d'affliger l'aimé, s'il les savait" "Mais ceux qui sont absents ne savent pas... A moins qu'il n'y ait quelqu'un qui les informe." Jésus le regarde et se tait. "Tu es seul, Maître ?" demande Judas en cherchant à détourner la conversation vers des sujets plus banals. "J'attends ceux que j'ai envoyé chez Jeanne pour savoir si ma Mère est venue de Nazareth." "Ta Mère ? Tu fais venir ta Mère ici ?"[1] "Oui. Je resterai avec elle à Capharnaüm pendant toute la lune, 373> en me rendant en barque dans les villages de la rive, mais en revenant chaque jour à Capharnaüm. Il doit y avoir beaucoup de disciples..." "Oui... Beaucoup..." Judas a perdu sa faconde. Il est pensif... "Tu n'as rien à me dire, Judas ? Nous sommes tous les deux seuls... Rien ne t'est arrivé, pendant ce temps de séparation, aucun fait sur lequel tu sentes nécessaire d'avoir la parole de ton Jésus ?" dit doucement Jésus comme pour aider le disciple à avouer en lui faisant sentir tout son miséricordieux amour. "Et Toi, tu ne sais rien qui en moi demande ta parole ? Si tu le sais - moi en vérité je ne connais pas ce qui mérite cette parole - parle. Cela pèse à un homme de devoir se rappeler ses fautes et ses défauts et de les avouer à un autre..." "Moi qui te parle, je ne suis pas un autre homme, mais..." "Non. Tu es Dieu. Je le sais. Mais à cause de cela, il n'est pas nécessaire que ce soit moi qui parle. Toi, tu sais..." "Moi, je ne suis pas un autre homme, disais-je, mais je suis ton Ami le plus affectueux. Je ne te dis pas le Maître, le supérieur, mais je te dis : l'Ami..." "C'est toujours la même chose. C'est toujours l'ennuyeuse recherche de ce qui s'est fait dans le passé, et dont l'aveu pourrait provoquer des reproches. Mais, plus que les reproches, c'est de déchoir dans l'estime de l'ami qui afflige..." "A Nazareth, le dernier sabbat que je m'y trouvai, Simon Pierre dit par inadvertance à un compagnon une chose qu'il devait taire. Ce n'était pas une désobéissance volontaire, ce n'était pas une médisance, ce n'était pas une chose susceptible de faire du tort au prochain. Simon Pierre l'avait dite à un cœur honnête et à un homme sérieux. Ce dernier, se voyant amené à connaître une chose secrète sans que lui-même ou Pierre l'eussent voulu, jura qu'il ne répéterait pas le secret à d'autres. Simon pouvait être tranquille... Mais il ne le devint que lorsqu'il m'eut fait l'aveu de la faute. Tout de suite... Pauvre Simon ! Il appelait cela une faute ! Mais si dans le cœur de mes disciples il n'y avait que des fautes comme celle-là, et autant, autant d'humilité, autant de confiance, autant d'amour que Pierre, oh ! je devrais me proclamer Maître d'une troupe de saints !..." "Et ainsi tu veux me dire que Pierre est saint et que je ne le suis pas. C'est vrai. Je ne suis pas un saint. Chasse-moi, alors..." "Tu n'es pas humble, Judas. L'orgueil te ruine. Et tu ne me connais pas encore..." termine Jésus avec une immense tristesse. 374> Judas se rend compte de cette peine, et il murmure : "Pardonne-moi, Maître !..." "Toujours. Mais sois bon, fils ! Sois bon ! Pourquoi veux-tu te faire du mal à toi-même ?" Judas a des larmes sur les cils, vraies ou fausses je ne sais, et il se réfugie dans les bras de Jésus en pleurant sur son épaule. Et Jésus lui caresse les cheveux en murmurant : "Pauvre Judas ! Pauvre, pauvre Judas qui va chercher ailleurs, où il ne peut la trouver, sa paix, et quelqu'un qui puisse le comprendre..." "Oui, c'est vrai. Tu as raison, Maître. La paix est ici... Dans tes bras... Je suis un malheureux... Toi seul me comprends et m'aimes... Toi seul... Je suis un sot... Pardonne-moi, Maître." "Oui, sois bon, sois humble. Si tu tombes, viens vers Moi et je te relèverai. Si tu es tenté, accours vers Moi. Je te défendrai de toi-même, de ceux qui te haïssent, de tout... Mais relève-toi. Les autres arrivent..." "Un baiser, Maître... Un baiser..." Et Jésus l'embrasse... et Judas se remet... Oui, mais en attendant, il n'a nullement avoué ses fautes, je pense moi... "Nous avons tardé un peu, car Jeanne était déjà levée et le portier a voulu l'avertir. Elle viendra dans la journée chez Joseph, pour te vénérer" dit le Thaddée. "Chez Joseph ? S'il arrive la masse d'eau que le ciel promet, ces rues seront des marécages. Jeanne ne viendra certainement pas dans ce taudis et par ces rues. Il vaudrait mieux que nous allions chez elle..." dit Judas qui a déjà repris son assurance. Jésus ne lui répond pas, mais il demande à son cousin : "Est-ce qu'aucun des nôtres ne nous a cherchés chez Jeanne ?" "Personne encore." "C'est bien. Allons chez Joseph. Les autres nous y rejoindront..." "Si j'étais sûr que nos mères sont en route, j'irais bien à leur rencontre" dit Jude d'Alphée. "Ce serait bien, mais plusieurs routes arrivent à Tibériade, et peut-être elles n'ont pas pris la principale..." "C'est vrai, Jésus... Allons..." Ils s'en vont rapidement au milieu des éclairs qui sillonnent le ciel blême et les premiers roulements du tonnerre qui résonnent brutalement dans les gorges des collines qui entourent le lac presque complètement. Ils entrent dans la pauvre maison de Joseph qui, dans la tempête, paraît encore plus pauvre et plus sombre. De lumineux, il n'y a que le visage du disciple et des siens, bienheureux 375> d'avoir le Maître dans leur maison. "Mais tu tombes mal, Seigneur" s'excuse le batelier. "Je n'ai pas pu pêcher dans ce lac, et... je n'ai que des légumes..." "Et ton bon cœur. Mais j'y ai pensé. Les compagnons vont venir avec ce qu'il faut. Ne te fatigue pas, femme... Nous pouvons nous asseoir même par terre. C'est si propre. Tu es une brave femme, je le sais, mais l'ordre que je vois ici le confirme." "Oh ! mon épouse ! La vraie femme forte ! Ma joie, notre joie" proclame le batelier, ravi de l'éloge du Seigneur qui s'est assis tranquillement au bord du foyer éteint, presque par terre, en prenant sur ses genoux un petit enfant qui le regarde étonné. Ils entrent, au moment de la première averse, ceux qui sont allés pour les achats et, sur le seuil, ils secouent leurs manteaux et leurs sandales pour ne pas apporter d'eau ni de boue dans la maison. C'est une fin du monde de tonnerre, d'éclairs, de pluie, de vent. Le mugissement du lac accompagne les soli des éclairs et les hurlements du vent. "Salut ! L'été se baigne les plumes et arrose le foyer... Après cela ira mieux... Pourvu que cela n'endommage pas les vignes... Puis-je aller là-haut, pour regarder le lac ? Je veux voir quelle humeur il a..." "Va. va. La maison est à vous" répond le disciple à Pierre. Et Pierre, avec sa seule tunique, sort bienheureux pour jouir de la tempête, il monte l'escalier extérieur et reste sur la terrasse pour se rafraîchir et il donne son avis à ceux de l'intérieur comme s'il était sur le pont de sa barque à commander les manœuvres. Les autres sont assis ça et là dans la cuisine où on y voit à peine. car on doit tenir la porte à moitié fermée à cause de la pluie et, par la fente, il entre un filet de lumière verdâtre qu'interrompt la brève et éblouissante clarté des éclairs... Pierre rentre, trempé comme s'il était tombé dans le lac, et il déclare : "Maintenant il est sur notre tête. Il s'éloigne vers la Samarie. Il va tremper là-bas..." "Il t'a déjà bien trempé ! Tu coules comme une fontaine" remarque Thomas. "Oui, mais je suis si bien après une pareille chaleur." "Rentre. Ainsi trempé, tu prendrais du mal à rester sur la porte" lui conseille Barthélemy. "Non ! Je suis comme du bois à l'épreuve de l'eau... J'ai commencé alors que je ne savais pas encore dire "père" à rester à l'humidité. Ah ! comme on respire facilement !... Pourtant... la 376> rue... est un fleuve... Si vous voyez le lac ! Il a toutes les couleurs et il bout comme une marmite. On ne comprend même plus dans quelle direction vont les vagues. Elles bouent sur place... Il fallait cela, pourtant..." "Oui, il fallait cela. Les murs ne se refroidissaient plus tant ils étaient brûlés par le soleil. Ma vigne avait les feuilles recroquevillées, poussiéreuses... Je l'arrosais au pied... mais oui !... Que fait un peu d'eau quand tout le reste est en feu ?" dit Joseph. "Plus de mal que de bien, ami" déclare Barthélemy. "Les plantes ont besoin de l'eau du ciel, car elles boivent même avec les feuilles, hein ?! Il semble que non, mais il en est ainsi. Les racines, les racines ! C'est bien, mais les feuillages aussi y sont pour quelque chose et ils ont leurs droits..." "Ne te paraît-il pas, Maître, que Barthélemy propose le sujet d'une belle parabole ?" dit le Zélote pour l'encourager à parler. Mais Jésus, qui est en train de bercer le petit enfant qui a peur des éclairs, ne dit pas la parabole, mais il donne son accord en disant : "Et toi, comment la proposerais-tu ?" "Mal assurément, Maître. Moi, je ne suis pas Toi..." "Dis-la comme tu sais. Il vous sera très utile de prêcher en paraboles. Habituez-vous. Je t'écoute, Simon..." "Oh !...
Toi, Maître, moi... sot... Mais j'obéis. Je dirais ainsi : "C'est bien. Mais l'application à l'homme ?..." "Maître, fais-la, Toi." "Non. Toi. Nous sommes entre frères. Tu ne dois pas craindre de faire piètre figure." "De faire piètre figure, je ne le crains pas comme une chose pénible. Au contraire, je l'aime, car cela sert à me garder humble, mais c'est que je ne voudrais pas dire des choses inexactes..." "Moi, je te les corrigerai." "Oh ! alors ! Voilà. Je dirais : "C'est ce qui arrive à l'homme qui ne vit pas isolé dans les jardins de Dieu, mais qui vit au milieu de la poussière et de la fumée des choses du monde. Elles le couvrent lentement de tartre, presque sans qu'il s'en aperçoive, et il trouve son esprit stérilisé sous une croûte d'humanité si épaisse que la brise de Dieu et le soleil de la Sagesse ne peuvent lui être utiles. Et c'est inutilement qu'il cherche à y suppléer avec un peu d'eau qu'il puise dans les pratiques et qu'il donne avec tant d'humanité à la partie inférieure de sorte que la partie supérieure n'en jouit pas... Malheur à l'homme qui ne se purifie pas avec l'eau du Ciel qui débarrasse de l'impureté, qui éteint l'ardeur des passions, qui nourrit vraiment le moi tout entier". J'ai parlé." "Tu as bien parlé. Moi je dirais aussi qu'à la différence de l'arbre, créature privée du libre arbitre et attachée à la terre, et qui par conséquent n'est pas libre d'aller à la recherche de ce qui lui est utile et de fuir ce qui lui nuit, l'homme peut aller à la recherche de l'eau du Ciel, et fuir la poussière, la fumée, et l'ardeur de la chair, du monde et du démon. L'enseignement serait plus complet." "Merci, Maître. Je m'en souviendrai" dit le Zélote. "On n'est pas solitaire... Nous vivons dans le monde... Par conséquent..." dit Judas de Kériot. "Pourquoi ce : par conséquent ? Veux-tu dire que Simon a parlé comme un sot ?" lui demande Jude d'Alphée. "Je ne dis pas cela. Je dis que ne pouvant nous isoler... nous devons être forcément couverts par ce qui est du monde." "Le Maître et Simon disent justement que l'on doit chercher 378> l'eau du Ciel pour se conserver propre malgré le monde qui nous entoure" dit Jacques d'Alphée. "Bon ! Mais l'eau du Ciel est-elle toujours à notre disposition, pour nous nettoyer ?" "Oui" dit Jean avec assurance. "Oui ? Et où la trouves-tu ?" "Dans l'amour."
"C'est du feu, oui, mais c'est aussi l'eau qui lave. Car il éloigne tout ce qui est de la terre et donne tout ce qui est du Ciel." "...Opérations que je ne comprends pas : il éloigne, il apporte..." "Oui, je ne suis pas fou. Je dis qu'il t'enlève ce qui est humanité et qu'il te donne ce qui vient de Dieu et qui par conséquent est divin. Et une chose divine ne peut que nourrir et sanctifier. Jour après jour l'amour te nettoie de ce que le monde t'a donné." Judas va répliquer, mais le petit qui est sur le sein de Jésus, dit : "Une autre parabole, belle, belle... pour moi..." et cela apporte une diversion à la discussion. "Sur quoi, petit ?" demande Jésus condescendant. L'enfant regarde autour de lui, et puis il trouve. Il dirige un doigt vers sa mère, et il dit : "Sur la mère."
"Même les éclairs ?" interrompt l'enfant qui en a une grande peur. "Eux aussi." "Pourquoi ?" "Parce qu'ils nettoient le ciel et l'air et..." "Et après arrive l'arc-en-ciel !..." s'écrie Pierre qui, moitié dehors 379> et moitié dedans, a écouté et s'est tu. Et il ajoute: "Viens, tourtereau, je te le fais voir. Regarde comme c'est beau!…" Et, en effet, la lune éclaire le ciel car la tempête est passée, et un immense arc-en-ciel, qui part des rives de Ippo, jette le ruban de son arc par dessus le lac pour aller se perdre au-delà des montagnes en arrière de Magdala. Tout le monde se rend sur le seuil, mais pour voir le lac il faut se déchausser car la cour est une mare d'eau jaunâtre qui s'écoule lentement. Comme souvenir de la tempête, il reste le lac devenu jaunâtre avec des vagues qui tendent à se calmer. Mais le ciel est serein, mais l'air est léger, mais les feuillages ont repris leur couleur. Et Tibériade reprend vie... Et bientôt on voit, par la rue encore pleine d'eau et de boue, arriver Jeanne avec Jonathas. Elle lève les yeux pour saluer le Maître qui est sur la terrasse et elle monte vivement pour se prosterner, heureuse... Les apôtres parlent entre eux et Judas seul, à mi-chemin entre Jésus et Jeanne d'une part et les apôtres de l'autre, reste à part, tout pensif. Je parie qu'il écoute avec la plus grande attention les paroles de Jeanne dont la pensée en ce qui concerne Judas a été indéchiffrable, car elle a salué tous les apôtres d'un unique : "Paix à vous." Mais Jeanne parle uniquement des enfants et de la permission que Chouza lui a donnée d'aller en barque à Capharnaüm pendant que le Maître y est. Alors les soupçons de Judas se calment, et il rejoint ses compagnons... Avec de la boue au bas des vêtements, mais sèches par ailleurs, voici que s'avancent Marie très Sainte et Marie d'Alphée avec les cinq qui sont allés les prendre. Le sourire de Marie, pendant qu'elle monte le court escalier, est plus merveilleux que l'arc-en-ciel resté dans le ciel. "Ta Mère, Maître !" annonce Thomas. Jésus va à sa rencontre et tous les autres avec Lui. Et ils se félicitent de ce que les femmes n'aient pas eu d'autre ennui qu'un peu de boue en bas de leurs vêtements. "Nous nous sommes arrêtés aux premières gouttes chez un maraîcher" explique Mathieu, et il demande : "Vous nous attendiez depuis longtemps ?" "Non. Nous sommes arrivés à l'aurore." "Nous avons tardé à cause d'un malheureux..." dit André. "Bien. Maintenant que vous êtes tous ici et que le beau temps est revenu, je serais d'avis de partir ce soir pour Capharnaüm"dit Pierre. 380> Marie, qui consent toujours, dit cette fois : "Non, Simon. Nous ne pouvons pas partir si d'abord... Mon Fils, une mère s'est recommandée à moi pour que Toi, Toi seul, qui peux le faire, tu convertisses l'âme de son unique garçon. Je t'en prie, écoute-moi, car je l'ai promis... Pardonne-lui... Ton pardon..." "Il est déjà donné, Marie. Moi, j'ai déjà parlé au Maître..." interrompt l'Iscariote, croyant que Marie parle de lui.
"Est-il repenti ?" "Comment veux-tu qu'il le soit s'il est désespéré ?" "En effet le fait d'avoir tué sa mère en lui donnant des douleurs continuelles doit le rendre désespéré. On ne viole pas impunément le premier des commandements de l'amour envers le prochain. Mère, comment veux-tu que Moi je pardonne et que Dieu donne la paix au matricide impénitent ?" "Mon Fils, cette mère demande la paix de l'autre vie... Elle était bonne... elle a tant souffert..." "Elle aura la paix pour elle..." "Non, Jésus. Il ne peut avoir la paix l'esprit d'une mère si elle voit son enfant privé de Dieu..." "Il est juste qu'il en soit privé." "Oui, Fils, oui. Mais pour la pauvre Esther... Sa dernière parole a été une prière pour son fils... Et elle m'a dit de te le dire. Jésus, Esther pendant sa vie n'a jamais eu une joie, tu le sais. Donne-lui celle-là, maintenant qu'elle est morte, donne-la à son esprit qui souffre à cause de son fils." "Mère, j'ai cherché à convertir Samuel pendant mes séjours à Nazareth. Mais inutilement, car en lui était éteint l'amour..." 381>
"Je
le sais. Mais Esther a offert son pardon, ses souffrances, pour que
l'amour renaisse en Samuel. Et qui sait ? Ce tourment qu'il souffre
maintenant ne pourrait-il pas être un amour qui revit ? Un douloureux amour, et "C'est bien. Tu as gagné, Mère... Judas de Simon, prends avec toi Joseph et va à Nazareth. Tu m'amèneras Samuel à Capharnaüm." "Moi ? Pourquoi moi ?" "Parce que tu n'es pas fatigué. Les autres, oui. Ils ont tant marché pendant que tu te reposais..." "J'ai marché, moi aussi. Je suis allé à Nazareth te chercher. Ta Mère peut le dire." "Tes compagnons sont allés à Nazareth tous les sabbats et maintenant ils reviennent d'un long voyage. Va et ne discute pas..." "C'est que... A Nazareth ils ne m'aiment pas... Pourquoi m'envoies-tu justement moi ?" "Moi aussi, ils ne m'aiment pas, et pourtant je vais à Nazareth. Il n'est pas nécessaire d'être aimé dans un lieu pour aller à ce lieu. Va et ne discute pas, je te le répète." "Maître... moi, j'ai peur des déments..." "L'homme est bouleversé par le remords, mais il n'est pas dément." "Ta Mère l'a dit..." "Et Moi, je te dis pour la troisième fois : va et ne discute pas. Cela ne peut te faire que du bien de méditer à quoi cela peut amener de faire souffrir une mère..." "Tu me compares à Samuel ? Ma mère est reine dans sa maison. Moi, je ne suis même pas près d'elle pour la surveiller et lui être une charge à cause de mon entretien..." "Ce ne sont pas ces choses qui sont une charge pour les mères. Mais c'est un lourd fardeau qui les écrase que le manque d'amour de leurs fils, leur conduite imparfaite aux yeux de Dieu et des hommes. Va, te dis-je." 382> "Je pars. Et que vais-je dire à l'homme ?" "Qu'il vienne à Capharnaüm, chez Moi."[2] "S'il n'a jamais obéi, pas même à sa mère, veux-tu qu'il m'obéisse à moi, maintenant, puisqu'il est ainsi désespéré ?" "Et tu n'as pas encore compris que si je t'envoie c'est signe que j'ai déjà travaillé l'esprit de Samuel en le faisant sortir du délire du remords désespéré ?" "J'y vais. Adieu, Maître. Adieu, Mère. Adieu, amis." Et il s'en va tout autre qu'enthousiaste, suivi de Joseph qui, au contraire, est tout heureux d'être choisi pour cette mission. Pierre chantonne quelque chose... Jésus lui demande : "Que dis-tu, Simon de Jonas ?" "Je disais une vieille chanson du lac..." "Laquelle ?" "C'est : "Il en est toujours ainsi ! La pêche plaît au cultivateur, mais le pêcheur n'aime pas pêcher !" Et en vérité, ici on a vu que c'était plutôt le disciple qui avait le désir de pêcher que l'apôtre..." Plusieurs rient. Jésus ne rit pas, il soupire. "Je t'ai affligé, Maître ?" demande Pierre. "Non. Mais ne critique pas toujours." "C'est pour Judas que mon Frère est affligé" dit Jude d'Alphée. "Toi aussi tais-toi et surtout au fond de ton cœur." "Mais, vraiment Samuel a-t-il eu déjà le miracle ?" demande Thomas curieux et un peu incrédule. "Oui." "Alors il est inutile qu'il vienne à Capharnaüm." "C'est nécessaire. Je n'ai pas guéri complètement son cœur. C'est à lui, de lui-même, de chercher la guérison, c'est-à-dire le pardon par un saint repentir. Mais j'ai fait en sorte qu'il puisse raisonner de nouveau. A lui, maintenant, d'obtenir le reste par sa libre volonté. Descendons. Nous allons parmi les humbles..." "Pas chez moi, Maître ?" "Non, Jeanne. Toi tu pourras venir quand tu voudras chez Moi, mais eux sont retenus par leurs travaux, et c'est Moi qui vais à eux..." Jésus descend de la terrasse et sort dans la rue, suivi des autres et aussi de Jeanne qui a envoyé Jonathas à la maison et qui est bien décidée à ne pas se séparer de Jésus, puisque Jésus n'est pas disposé à aller chez elle. Ils s'en vont vers les maisonnettes pauvres, se dirigeant vers des endroits de plus en plus pauvres et périphériques... Et la vision cesse ainsi. |
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