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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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dimanche
- Sortie difficile de Jean hors de sa caverne 575 - Jésus le réchauffe et le nourrit 575 - Jean a honte des fautes qu'il s'attribue 576 - Il n'a cependant pas désobéi à Pierre 577 - Discours (L'esprit de l'obéissance) 578 - Y a-t-il eu présomption ? 578 - Discours (La misère de la chair rend humble 579 - Les lois naturelles et les instincts effrénés 579 - Les conseils évangéliques) 580 - La honte de Jean de s'être endormi 580 - Les bergers ont passé 580 - Départ vers le Jourdain 581 |
7.236. |
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575> C'est une sereine mais rigoureuse matinée d'hiver. Le givre a blanchi de la farine cristalline de ses cristaux le sol et les herbes, et il a fait des brindilles sèches qui gisent sur le sol de précieux bijoux saupoudrés de perles. Jean sort de sa caverne. Il est très pâle dans son vêtement noisette foncé. Il doit avoir aussi très froid ou bien il est souffrant. Je ne sais. Je sais qu'il est d'une pâleur presque livide et il a la démarche mal assurée de quelqu'un qui n'est pas bien. Il va vers le ruisseau, se demande s'il va ou non y plonger les mains, puis il se décide et, après les avoir jointes, boit une gorgée de cette eau limpide, mais certainement très froide. Il secoue ses mains et il finit de les sécher avec un pan de son vêtement, puis il reste indécis... Il regarde vers les ruines où se trouve Jésus et vers son abri. Il revient vers lui lentement mais, arrivé à l'ouverture qui sert d'entrée, il a une sorte d'étourdissement et chancelle. Il tomberait s'il ne s'appuyait au mur à moitié ruiné. Il reste là, la tête contre son bras replié, en s'appuyant au mur pendant quelque temps et puis il lève la tête et regarde autour de lui... Il n'entre plus dans sa tanière. En rasant le mur, en s'accrochant aux pierres branlantes et sans crépi, il fait les quelques pas qui le séparent de l'étable où est Jésus, et arrivé presque sur le seuil, il se jette à genoux et gémit : "Jésus, mon Seigneur, aie pitié de moi !" Jésus apparaît bientôt : "Jean ? Que fais-tu ? Qu'as-tu ?" "Oh ! mon Seigneur ! J'ai faim ! Il y a presque deux jours que je ne mange rien. J'ai faim et froid..." et il claque des dents, très pâle. "Viens ! Viens à l'intérieur !" dit Jésus en l'aidant à se relever. L'apôtre, soutenu par le bras de Jésus, pleure, la tête penchée sur son épaule et soupire : "Ne me punis pas, Seigneur, si je t'ai désobéi..." Jésus lui répond en souriant : "Tu es déjà puni. Tu es comme quelqu'un qui expire... Assieds-toi ici sur cette pierre. Maintenant je vais faire du feu et te donner à manger..." et Jésus allume des petites branches et fait une belle flambée dans le rustique foyer près de la porte. L'odeur des branches brûlées et la gaieté des flammes se répandent dans la misérable caverne. Jésus enfile sur une brindille les morceaux de pain, les présente à la flamme et quand il voit qu'ils sont chauds, les couvre du cœur gras des fromages laissés par les bergers, et le fromage revient et file sur le pain que maintenant Jésus tient au-dessus de la flamme comme si c'était un plat. 576> "Mange maintenant et ne pleure pas" dit-il en souriant toujours et en passant le pain à Jean, qui pleure sans bruit comme un enfant épuisé, et ne cesse pas de pleurer même en mangeant avec avidité cette nourriture réconfortante. Jésus se tourne vers la crèche et il en revient avec des pommes qu'il met sous la cendre qui s'est échauffée sous la chaleur du bois qui brûle, soutenu par deux pierres qui font office de chenets. "Cela va mieux maintenant ?" dit-il en s'assoyant près de son apôtre qui fait signe que oui de la tête sans cesser de pleurer. Jésus lui passe un bras autour du cou et l'attire à Lui, ce qui augmente les pleurs de Jean encore trop épuisé et trop troublé peut-être par la peur d'un reproche, par l'émotion de se voir ainsi accueilli, pour savoir faire autre chose que pleurer. Jésus le tient étroitement serré contre Lui sans parler tant que l'autre mange, puis il lui dit : "Pour l'instant cela suffit. Les pommes, tu les auras plus tard. Je voudrais te donner un peu de vin, mais je n'en ai pas. J'ai trouvé avant-hier, à l'aube, du bois et de la nourriture en dehors de l'étable, mais il n'y avait pas de vin et je ne puis donc t'en donner. S'il était plus tard, je pourrais chercher du lait auprès des bergers que j'ai vu en train de faire paître leurs troupeaux au-delà du ruisseau, mais les troupeaux ne sortent pas tant que le givre n'a pas fondu..." "Je suis mieux. Seigneur... Ne te fais pas de souci pour moi." "Et toi alors de quoi t'affliges-tu pour ressembler justement à un arbre que le soleil débarrasse du givre ?" dit Jésus en souriant encore plus vivement et en baisant Jean en haut du front. "Parce que je suis bourrelé de remords, Seigneur... et... Oui ! Laisse-moi aller ! Je dois te parler à genoux, te demander pardon..." "Pauvre Jean ! Vraiment un effort supérieur à ce que tu peux t'a affaibli même l'intelligence. Et crois-tu que Moi j'ai besoin de tes paroles pour te juger et t'absoudre ?" "Oui, oui. Tu sais tout, je le sais. Mais je n'aurai pas de paix tant que je ne t'aurai pas dit mon péché, ou plutôt mes péchés. Laisse-moi aller, laisse-moi accuser mes fautes." "Eh bien, parle, si cela doit te donner la paix." Jean glisse à genoux et levant son visage en larmes, il dit : "J'ai péché par désobéissance, par présomption et par... je ne sais pas si je dis bien en le disant : par humanité. Mais certainement c'est ma faute la plus récente, la plus grave, celle qui me donne la douleur la plus grande et qui me dit quel serviteur inutile, et même plutôt égoïste, bas, je suis." 577> Les larmes inondent vraiment son visage alors que pour Jésus le sourire se fait toujours plus lumineux. Jésus reste un peu penché sur son apôtre en pleurs et le divin sourire est toute une caresse sur la douleur de Jean. Mais Jean est tellement affligé qu'il n'a même pas le réconfort de ce sourire, et il continue : "Je t'ai désobéi. Tu avais dit que nous ne devions pas nous séparer et je me suis tout de suite séparé des compagnons et je les ai scandalisés. J'ai répondu de travers à Judas de Kériot qui me faisait observer que je péchais. J'ai dit : "Tu l'as fait hier,[1] et je le fais aujourd'hui. Tu l'as fait pour avoir des nouvelles de ta mère, je le fais pour être avec le Maître et veiller sur Lui, pour le défendre"... J'ai présumé de moi, car je voulais le faire... Moi, pauvre incapable, te défendre, Toi ! Et puis j'ai présumé parce que je voulais t'imiter. J'ai dit : "Certainement Lui prie et jeûne. Je ferai ce qu'il fait et dans la même intention que Lui". Et au contraire..." Les pleurs font place aux sanglots alors que l'aveu de la misère de l'homme, de la matière qui a triomphé de la volonté de l'esprit, sort des lèvres de Jean : "Et au contraire... j'ai dormi. Tout de suite j'ai dormi ! Et je ne me suis réveillé qu'en plein jour et je t'ai vu aller au ruisseau, te laver, revenir ici et j'ai compris qu'ils auraient pu même s'emparer de Toi sans que je fusse prêt à te défendre. Et puis je voulais faire pénitence et jeûner, mais je n'ai pas été capable de le faire. Par petits morceaux, presque pour ne pas manger, j'ai fini par manger le premier jour mon peu de pain. Tu sais que je n'avais rien d'autre. Et je n'étais pas encore rassasié que j'avais tout fini. Et le lendemain j'ai eu encore plus faim, et cette nuit... Oh ! la nuit dernière j'ai peu dormi à cause de la faim et du froid, et cette nuit je n'ai pas dormi du tout... et je n'ai pas su résister davantage ce matin... et je suis venu parce que j'ai eu peur de mourir d'épuisement... et c'est cela qui me fait le plus de mal : de n'avoir pas su veiller pour prier et veiller sur Toi, mais d'avoir su le faire à cause des tiraillements de la faim... Je suis un serviteur imbécile et lâche. Punis-moi, Jésus !" "Pauvre enfant ! Je voudrais que tout le monde eût à déplorer des fautes comme les tiennes ! Mais écoute, lève-toi et écoute-moi, et la paix reviendra en ton cœur. As-tu désobéi aussi à Simon de Jonas ?" "Non, Maître. Je ne l'aurais jamais fait parce que tu as dît que nous devions lui rester soumis comme à un frère aîné. Mais lui, quand je lui ai dit : "Mon cœur n'est pas tranquille de le voir partir seul", 578> il a répondu : "Tu as raison. Mais moi je ne puis aller car j'ai l'obligation de vous conduire. Toi, vas-y, et que Dieu soit avec toi". Les autres ont élevé la voix, et Judas plus que les autres. Ils ont rappelé l'obéissance et ont même fait des reproches à Simon Pierre." "Ils ont ? Sois sincère, Jean." "C'est vrai, Maître. C'est Judas qui a fait des reproches à Simon et m'a assez maltraité. Les autres ont seulement dit : "Le Maître a ordonné de rester ensemble". Et c'était à moi qu'ils le disaient, pas à notre chef. Mais Simon a répondu : "Dieu voit l'intention de l'acte et Il pardonnera. Et le Maître pardonnera car c'est de l'amour" et il m'a béni et donné un baiser et envoyé à ta suite, comme le jour que tu es allé avec Chouza au-delà du lac."[2] "Et alors, Moi, je n'ai pas à t'absoudre de cette faute..." "Parce qu'elle est trop grave ?"
"Oui, Maître." "Dois-je t'absoudre de la faute de présomption ? Dis-moi, sans te demander si je vois ton cœur. As-tu présumé orgueilleusement de vouloir m'imiter pour pouvoir dire : "Par ma volonté, j'ai aboli les nécessités de la chair, parce que je peux ce que je veux" ? Réfléchis bien..." 579>
Jean réfléchit, puis il dit : "Non, Seigneur. En m'examinant bien,
non, je ne l'ai pas fait pour cela. "Eh
bien, cette petite misère de la chair, crois-tu qu'elle a été inutile ?
Oh ! comme tu t'en souviendras dans l'avenir, quand tu seras tenté d'être
sévère et exigeant avec tes disciples et tes fidèles ! Elle te reviendra
à la pensée pour te dire : "Souviens-toi que toi aussi tu as cédé
à la fatigue, à la faim. Ne veuille pas que les autres soient plus forts
que toi. Sois un père pour tes fidèles comme ton Maître a été un Père
pour toi, ce matin-là". Tu aurais très bien pu veiller et ne pas
sentir ensuite cette grande faim. Mais le Seigneur a permis que tu sois
soumis à ces besoins de la chair pour te rendre humble, toujours plus
humble, et toujours plus rempli de compassion pour tes semblables. "Oui, Maître. Mais alors dis-moi une chose : ceux qui ne veulent pas procréer pèchent-ils contre Dieu ? Tu disais une fois que l'état de virginité est bon."
"C'est qu'il y a toujours une faute : celle d'avoir su venir vers Toi par besoin et d'avoir su veiller à cause de la faim, pas par amour. Je ne me le pardonnerai jamais, cela ne m'arrivera plus. Je ne dormirai plus alors que tu souffres. Je ne t'oublierai jamais en dormant alors que tu pleures."
581> "Qui te les a données, Seigneur ? Qui est venu te trouver ? Qui savait que tu étais ici ? Je n'ai pas entendu des voix ni des pas. Et pourtant, depuis la première nuit, je n'ai pas cessé de veiller..." "Je suis sorti au point du jour. Il y avait du bois devant l'entrée et par dessus du pain, du fromage et des pommes. Je n'ai vu personne. Mais il n'y a que quelques-uns qui peuvent avoir eu le désir de répéter un pèlerinage et un geste d'amour..." dit lentement Jésus. "C'est vrai ! Les bergers ! Ils l'avaient dit : "Nous allons nous rendre dans la terre de David... Ce sont des jours de souvenir..." Mais pourquoi ne se sont-ils pas arrêtés ?" "Pourquoi ! Ils ont adoré et..." "Et ils ont eu pitié. Ils t'ont adoré Toi et ils ont eu pitié de moi... Ils sont meilleurs que nous, ces hommes." "Oui. Ils ont conservé bonne, toujours meilleure leur volonté. Pour eux, il a été sans dommage le don que Dieu leur a fait..." Jésus ne sourit plus. Il réfléchit et devient triste. Puis il se secoue. Il regarde Jean qui le regarde et il dit : "Eh bien ! Allons-nous partir ? N'es-tu plus épuisé ?" "Non, Maître. Je ne vais pas être très résistant, je crois, car j'ai les membres endoloris, mais je crois que je puis marcher." "Et alors partons. Va prendre ton sac, pendant que je recueille les restes dans le mien et partons. Nous allons prendre le chemin qui va vers le Jourdain pour éviter Jérusalem." Et au retour de Jean, ils se mettent en route en refaisant la route faite pour venir, et ils s'éloignent à travers la campagne qui se réchauffe au doux soleil de décembre. |
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