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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mercredi 28 novembre 29 (3 Tébeth)
- Vers le
faubourg d'Ophel 532 - Judas est
interpellé par un juif 532 - Et convoqué
chez Caïphe 533 - Il ment à
André 533 - Se fait donner
la bourse de Thomas 533 - S'éloigne
malgré l'ordre de Jésus 534 - Les apôtres se
divisent en deux groupes 535 - Judas court à
la maison de campagne de Caïphe 535 - Dialogue de
Judas avec ses complices - Où est la
femme ? 536 - Jésus, un
pauvre innocent 537 - Il échappe à
tous ses ennemis 537 - Il est votre
ruine 538 - Judas apparaît
vraiment comme une marionnette 538 - Il accuse
Simon de parricide 539 - Jure qu'il ne
les a pas trahis 540 - Mais ne jure
pas qu'il ne servira qu'eux 541 - Attendre une
occasion favorable ou la créer 541 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7 7.232. |
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532> Je ne vois pas Jésus, ni Pierre, ni Jude d'Alphée, ni Thomas, mais je vois les
neuf autres qui marchent dans la direction du faubourg d'Ophel.
Les gens qui sont sur
les routes ne sont pas la grande foule de Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles.
Ce sont plus ou moins les gens de la ville. Peut-être que les Encénies n'étaient pas très importantes et
n'exigeaient pas la présence des hébreux à Jérusalem. Il n'y avait que ceux
qui par hasard se trouvaient dans la ville, ou ceux des villages voisins de
Jérusalem, qui venaient dans la ville pour monter au Temple. Les autres, à
cause de la saison ou du caractère spécial de la fête, restaient dans leurs
villes et dans leurs maisons. Pourtant beaucoup de
disciples qui par amour du Seigneur ont quitté maisons et parents, intérêts
et travaux, sont à Jérusalem et ils se sont unis aux apôtres. Je ne vois
cependant pas Isaac, ni Abel [1], ni Philippe ni non plus Nicolaï, qui est allé
accompagner Sabéa à Aéra. Ils parlent entre
eux familièrement, racontant et écoutant tous les faits qui se sont produits
pendant le temps où ils ont été séparés. On dirait pourtant qu'ils ont déjà
vu le Maître, peut-être au Temple, car ils ne s'étonnent pas de son absence.
Ils marchent lentement, et de temps à autre, ils s'arrêtent, comme pour
attendre, regardant en avant et en arrière, regardant par les chemins qui
descendent de Sion sur cette route qui conduit vers les portes méridionales
de la ville. L'Iscariote est presque en arrière de tous les
autres et il fait l'orateur dans un groupe de disciples pleins de bonne
volonté plutôt que de science. Par deux fois il est appelé nommément par
certains juifs qui suivent le groupe, sans pourtant s'y mêler. Je ne sais
quelles sont leurs intentions ou de quoi ils sont chargés. Et par deux fois
l'Iscariote hausse les épaules sans même se retourner, mais la troisième fois
il est obligé de le faire car un juif quitte son groupe, traverse d'autorité
celui des disciples, prend Judas par la manche et l'oblige à s'arrêter en lui
disant : "Viens ici un moment car nous devons te parler." "Je n'ai pas le
temps et je ne peux pas" répond l'Iscariote d'un air tranchant. "Va, va. Nous
t'attendons. Car tant que nous ne voyons pas Thomas, nous ne pouvons
sortir de la ville" lui dit André qui est le plus près
de lui. 533> "C'est bon, allez en avant, je viendrai bientôt" dit
Judas sans aucune bonne volonté visible de faire ce qu'il doit faire. Resté seul, il dit à
celui qui l'importune : "Eh bien ? Que veux-tu ? Que voulez-vous ? Vous
n'avez pas encore fini de m'ennuyer ?" "Oh ! Oh ! Quels
airs tu te donnes ! Pourtant quand nous t'appelions pour te donner de
l'argent, tu ne trouvais pas que nous t'ennuyions ! Tu es orgueilleux, homme
! Mais il y a quelqu'un qui peut te rendre humble... Souviens-t-en." "Je suis un
homme libre et..." "Non, tu n'es
pas libre. Libre est celui que d'aucune manière nous ne pouvons rendre
esclave, et tu en connais le nom. Toi !... Tu es esclave de tout et de tous,
et tout d'abord de ton orgueil. Bref. Fais attention que si tu ne viens pas
avant sexte [2] dans la maison de Caïphe, malheur à toi
!" Un "malheur" vraiment menaçant. "C'est bien ! Je
viendrai, mais vous feriez mieux de me laisser tranquille, si vous
voulez..." "Quoi ? Quoi,
marchand de promesses, bon à rien..." Judas se libère en poussant
violemment celui qui le tient et il se sauve en disant : "Je parlerai
quand j'y serai." Il rejoint les autres
de son groupe. Il est songeur et un peu embarrassé. André lui demande avec
empressement : "Mauvaises nouvelles ? Non, hein ! Peut-être ta mère..." Judas, qui au début
l'avait regardé de travers tout prêt à lui faire une réponse âcre, se fait
plus humain et dit : "Oui. Des nouvelles pas bien bonnes... Tu sais...
la saison... Maintenant... car il me vient maintenant à l'esprit un ordre du
Maître. Si cet homme ne m'avait pas arrêté, j'allais l'oublier, cela aussi...
Mais il m'a nommé le lieu où il habite et, à la suite de ce nom, je me suis
rappelé l'ordre qui m'a été donné. Eh bien maintenant, quand j'irai pour
cela, j'irai aussi chez cet homme et j'en saurai davantage..." André, simple et
honnête comme il l'est, est bien loin de soupçonner que son compagnon puisse
mentir, et il dit avec empressement : "Mais va, va tout de suite. Moi je
le dirai aux autres. Va, va ! Enlève-toi ce souci..." "Non, non. Je dois
attendre Thomas à cause de l'argent. Un moment de plus ou de moins..." Les autres, qui
s'étaient arrêtés pour l'attendre, les regardent venir. "Judas a eu de
tristes nouvelles" dit André prévenant. "Oui... en
quelques mots. Mais j'en saurai davantage quand j'irai faire ce que je
dois..." 534> "Quoi ?" demande Barthélemy. "Voici Thomas
qui
vient en courant" dit Jean au même instant, et
Judas en profite pour ne pas répondre.
"Il le fallait. Nous
n'avions pas la moindre piécette pour les mendiants" dit Jacques d'Alphée. "Donne-la-moi"
dit l'Iscariote, en tendant la main vers la lourde bourse que Thomas balance
dans ses mains. "Mais
vraiment... Jésus m'a chargé de la vente, et je dois remettre entre ses mains
ce que j'ai reçu." "Tu Lui en diras
le montant. Donne-moi maintenant car je suis pressé de partir." "Non, je ne te
la donne pas ! Jésus m'a dit pendant que nous traversions le Sixte [4]
: 'Ensuite, tu me donneras la somme'. Et moi je le fais." "De quoi as-tu
peur ? Que je l'allège ou que je t'enlève le mérite de la vente ? À Jéricho,
moi aussi, j'ai vendu et avantageusement. Depuis des années, c'est moi qui
suis chargé de l'argent. C'est mon droit." "Oh ! Écoute :
si tu veux faire une histoire pour cela, tiens. Je me suis acquitté de ma
charge, et je ne me soucie pas du reste. Tiens, tiens. Il y a tant de choses
plus belles que cela !..." et Thomas passe la bourse à Judas. "Vraiment, si le
Maître a dit..." dit Philippe. "Mais, pas de
sophismes ! Allons plutôt, maintenant que nous sommes tous ensemble. Le
Maître a dit d'être à Béthanie avant sexte. Nous avons à peine le temps"
dit Jacques de Zébédée. "Alors moi je
vous quitte. Vous, allez en avant. Moi, je vais et je reviens." "Mais, non ! Il
a dit bien clairement : Soyez tous unis" dit Matthieu. "Tous unis,
vous. Mais moi, je dois partir. Maintenant surtout que j'ai des nouvelles de
la mère !..." "La chose peut
aussi s'interpréter ainsi. Si lui a eu des ordres que nous ne connaissons
pas..." dit Jean, conciliant. Les autres, sauf André et Thomas, semblent peu portés
à le laisser aller mais ils finissent par dire : "Eh bien, va. Mais fais
vite et sois prudent..." 535> Et Judas s'enfuit par une ruelle qui mène sur la colline de
Sion, pendant que les autres reprennent leur marche. "Cependant, ce
n'est pas juste" dit Simon le Zélote, après quelque
temps. "Nous n'avons pas bien agi. Le Maître avait dit : 'Restez toujours
ensemble et soyez bons'. Nous avons désobéi au Maître. J'en suis
tourmenté." "Je le pensais,
moi aussi..." lui répond Matthieu. Les apôtres sont tous
en groupe depuis qu'ils ont dû décider de ce qu'ils devaient faire. J'ai
remarqué que les disciples s'écartent toujours avec respect quand les apôtres
se réunissent pour discuter. Barthélemy dit : "Faisons ainsi. Congédions
ceux qui nous suivent, dès maintenant, sans attendre d'être sur la route de
Béthanie. Et puis divisons-nous en deux groupes et restons à attendre Judas,
les uns sur la voie basse, les autres sur la voie haute. Les plus agiles sur
la voie basse, les autres sur la voie haute. [5] Même si le Maître
nous précède il nous verra arriver ensemble car un groupe attendra l'autre
hors de Béthanie." La chose est décidée.
Ils congédient les disciples et puis ils vont tous ensemble jusqu'à l'endroit
d'où on peut tourner vers le Gethsémani et prendre la voie haute sur le Mont
des Oliviers, et d'autre part, en côtoyant le Cédron, on prend la voie basse
pour Béthanie et Jéricho... Pendant ce temps
Judas s'enfuit en courant comme si on le poursuivait. Il continue pendant
quelque temps à monter la rue étroite qui mène vers le sommet de Sion en
direction du couchant, puis il tourne par une petite rue encore plus étroite,
presque une ruelle qui, au lieu de monter, descend vers le midi. Il est
soupçonneux, il court et, de temps en temps, il se retourne, comme effrayé.
Il craint visiblement d'être suivi. La ruelle tortueuse qui suit les détours
des maisons placées en désordre s'ouvre maintenant sur une campagne étendue.
Il y a une colline au-delà de la vallée qui est au-delà des murs, une colline
basse couverte d'oliviers au-delà de l'aride pierraille de la vallée de Hinnon. Judas court maintenant rapidement, en traversant
les haies qui bornent les jardins des dernières maisons contre les murs, les
pauvres maisons des pauvres de Jérusalem, et pour sortir de la ville, il ne
prend pas la Porte de Sion qui est tout près, mais il monte en courant, vers
une autre porte un peu à l'ouest. Il est hors de la ville. Il trotte comme un
poulain pour faire vite. Il passe comme le vent près d'un aqueduc, puis,
sourd à leurs lamentations, près des tristes grottes des lépreux de Hinnon. 536> Il est clair qu'il
cherche les endroits que fuient les autres. Il va directement vers la colline
couverte d'oliviers, solitaire au sud de la ville. Il pousse un soupir de
soulagement quand il est sur ses pentes et il ralentit sa marche. Il rajuste
son couvre-chef, sa ceinture, son vêtement qu'il avait relevé, regarde en se
protégeant du soleil car il l'a dans les yeux, vers l'orient, vers l'endroit
où se trouve la route basse qui conduit à Béthanie et Jéricho, mais il ne
voit rien qui le trouble. Au contraire, un coin de la colline le sépare de
cette route. Il sourit. Il se met à monter lentement, pour faire passer son
essoufflement, sur la colline. Entre-temps il réfléchit. Plus il réfléchit,
plus il devient sombre. Certainement il monologue en lui-même, mais en
silence. À un certain point, il s'arrête, enlève la bourse de son sein, la
regarde, puis la remet dans son sein, après en avoir divisé le contenu, en en
mettant une partie dans sa bourse peut-être pour que soit moins visible le
volume qu'il a caché dans son sein.
Judas a un visage
curieux : à la fois peureux, dépité, violent, mais il se tait. Il ne fait pas
voir son hauteur. Les autres l'entourent moqueurs, et chacun dit la sienne. "Eh bien ! Qu'en
as-tu fais de notre argent ? Que nous dis-tu, homme sage, homme qui fait tout
et vite et bien ? Où est ton travail ? Tu es un menteur, un bavard bon à
rien. Où est la femme ? Tu ne l'as même
plus ? Et ainsi, au lieu de nous servir, tu le sers Lui, hein ? 537> Est-ce ainsi que tu nous aides ?" C'est un assaut criant
et braillant, menaçant, et duquel beaucoup de paroles m'échappent. Judas les laisse
crier à leur aise. Quand ils sont fatigués et essoufflés, c'est lui qui parle
: "J'ai fait ce que j'ai pu. Est-ce ma faute si c'est un homme que
personne ne peut faire pécher ? Vous vouliez éprouver sa vertu, avez-vous
dit. Moi je vous ai donné la preuve que Lui ne pèche pas. J'ai donc servi
votre dessein. Avez-vous réussi peut-être, vous tous, à le mettre dans la
situation d'un accusé ? Non. De toutes vos tentatives de le faire apparaître
comme un pécheur, de l'attirer dans un piège, il est sorti plus grand
qu'auparavant. Et alors, si vous n'avez pas réussi, vous, avec votre rancœur,
devais-je réussir, moi qui ne le hais pas, qui suis seulement déçu d'avoir
suivi un pauvre innocent, trop saint pour pouvoir être un roi, et un roi qui
écrase ses ennemis ? Quel mal m'a-t-il fait, Lui, pour que je Lui fasse du
mal ? Je parle ainsi car je pense que vous le haïssez au point de vouloir sa
mort. Je ne peux plus croire que vous voulez seulement persuader le peuple
que c'est un fou, et nous persuader, me persuader, pour notre bien, et
Lui-même par pitié pour Lui. Vous êtes trop généreux avec moi, et trop
furieux de le voir au-dessus du mal, pour que je puisse le croire. Vous
m'avez demandé ce que j'ai fait de votre argent. J'en ai fait l'usage que
vous savez. Pour convaincre la femme, j'ai dû beaucoup dépenser... Et je n'ai
pas réussi à le faire avec la première et..." "Mais tais-toi !
Rien n'est vrai. Elle était folle de Lui, et certainement elle est venue tout
de suite. Du reste tu l'as garanti car tu disais qu'elle te l'avait avoué. Tu
es un voleur. Qui sait à quoi t'a servi notre argent !" "À ruiner mon
âme, assassins d'une âme ! À faire de moi un sournois, quelqu'un qui n'a plus
de paix, quelqu'un qui devient suspect de Lui et de ses compagnons. Car,
sachez-le, Lui m'a découvert... Oh ! s'il m'avait chassé ! Mais il ne me
chasse pas. Non. Il ne me chasse pas. Il me défend, il me protège, il m'aime
!... Votre argent !... Mais pourquoi en ai-je accepté la première piécette
?" "Parce que tu es
un malheureux. En attendant, tu as joui de notre argent et maintenant tu
pleures de l'avoir dépensé. Menteur ! En attendant, rien n'a réussi et les
foules autour de Lui deviennent plus nombreuses et sont de plus en plus
fascinées. Notre ruine approche, et par ta faute !" 538> "La mienne ?
Pourquoi alors n'avez-vous pas osé le prendre et l'accuser de vouloir se
faire roi ? Vous m'avez pourtant dit que vous avez voulu le
tenter, bien que je vous ai dit que c'était inutile, que Lui n'a pas faim de
pouvoir. Pourquoi ne l'avez-vous pas amené à pécher contre sa mission si vous
êtes si braves ?" "Parce qu'il
s'est échappé de nos mains. C'est un démon qui disparaît, quand il le veut,
comme de la fumée. Il est comme un serpent : il fascine, on ne peut plus rien
faire quand il vous regarde." "Quand il
regarde ses ennemis : vous. Car moi je vois que quand il regarde ceux qui ne
le haïssent pas de tout eux-mêmes, comme vous faites, alors son regard fait
bouger, fait agir. Oh ! son regard ! Pourquoi il me regarde ainsi et il me
rend bon, moi qui suis un monstre pour moi-même, et pour vous qui me rendez
monstre dix fois plus ?!" "Que de paroles
! Tu nous avais assuré que pour le bien d'Israël tu nous aurais aidé. Mais tu
ne comprends pas, ô malheureux, que cet homme est notre ruine ?" "Notre ? De qui
?" . "Mais de tout le
peuple ! Les romains..." "Non. C'est
seulement votre ruine. C'est pour vous que vous craignez. Vous savez
que Rome ne sévira pas contre nous à cause de Lui. Vous le savez cela, comme
moi je le sais, comme le peuple le sait. Mais vous tremblez parce que vous
savez, parce que vous craignez que Lui vous jette hors du Temple, du Royaume
d'Israël. Et il ferait bien. Il ferait bien de débarrasser son aire de vous,
hyènes immondes, ordures, aspics !..." Il est furieux. Ils le saisissent, le
secouent, rendus furieux à leur tour, c'est tout juste s'ils ne le jettent
pas par terre... Caïphe lui crie en plein visage : "C'est bien. C'est
ainsi, mais si c'est ainsi, nous avons le droit de défendre ce qui est à
nous. Et puisque les petits moyens ne suffisent plus pour Lui persuader de
fuir, de laisser le champ libre, voilà que maintenant nous allons agir par
nous-mêmes, te laissant de côté, lâche serviteur, marchand de paroles. Et
après Lui, nous te servirons toi aussi, n'en doute pas et..." Elchias ferme la bouche à
Caïphe et lui dit avec son flegme glacial de serpent venimeux : "Non.
Pas ainsi. Tu exagères, Caïphe. Judas a fait ce qu'il a pu. Tu ne dois pas le
menacer. Au fond, n'a-t-il pas les mêmes intérêts que nous ?" "Mais es-tu sot,
Elchias ? Moi, les intérêts de celui-ci ? Mais moi,
je veux que Lui soit écrasé ! Et Judas veut qu'il triomphe, pour triompher
avec Lui. Et tu dis..." crie Simon. "Paix, paix !
Vous dites toujours que je suis sévère. Mais voilà qu'aujourd'hui je suis le
seul qui soit bon. Il faut comprendre Judas et l'excuser. 539> Il nous aide comme il peut. C'est pour nous un bon ami, mais
c'est aussi, naturellement, un ami du Maître. Son cœur est angoissé... Il
voudrait sauver le Maître, lui-même, et Israël... Comment concilier des
choses si opposées ? Laissons-le parler." La meute se calme.
Judas peut enfin parler, et il dit : "Elchias
a raison. Moi... Que voulez-vous de moi ? Je ne le sais pas encore
exactement. J'ai fait ce que j'ai pu. Moi, je ne puis faire davantage. Lui
est par trop plus grand que moi. Il lit dans mon cœur... et il ne me traite
jamais comme je le mérite. Moi, je suis un pécheur, et Lui le sait et il
m'absout. Si j'étais moins lâche, je devrais... Je devrais me tuer pour me
mettre dans l'impossibilité de Lui faire du mal". Judas s'assoit,
accablé, le visage dans les mains, les yeux écarquillés et perdus dans le
vide, il souffre visiblement dans la lutte entre ses instincts opposés... "Fariboles ! Que
veux-tu qu'il sache ? Tu agis ainsi parce que tu t'es repenti de t'être mis
en avant !" s'écrie le dénommé Cornélius. "Et s'il en était
ainsi ? Oh, s'il en était ainsi ! Si je m'étais réellement repenti et devenu
capable de rester dans ce sentiment !..." "Mais vous le
voyez ? Mais vous l'entendez ? Nos pauvres deniers !" croasse Canania. "Nous avons que
faire avec quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il veut. C'est pire qu'un hébété
que nous avons choisi !" renchérit Félix. "Un hébété ? Une
marionnette, dois-tu dire ! Le Galiléen le tire avec une ficelle, il va au
Galiléen. Nous le tirons, nous, et il vient à nous" s'écrie Sadoc. "Eh bien, si
vous êtes tellement plus habiles que moi, agissez par vous-mêmes. Moi, à
partir d'aujourd'hui, je m'en désintéresse. Ne vous attendez plus un
renseignement ni un mot. D'ailleurs je ne pourrai plus vous les donner car
Lui, désormais, est sur ses gardes et il me surveille..." "Mais, si tu as
dit qu'il t'absout ?" "Oui. Il
m'absout, mais c'est justement parce qu'il sait tout. Il sait tout ! Il sait
tout ! Oh !" Judas met son visage dans ses mains. "Et va-t'en, alors, femme en vêtements d'homme, avorton, mal
bâti ! Va-t'en ! Nous agirons par nous-mêmes. Et
prends garde, prends garde de ne pas Lui parler de cela, car autrement nous
te le ferons payer." "Je m'en vais !
Je m'en vais ! Si seulement je n'étais jamais venu ! Pourtant rappelez-vous
ce que je vous ai déjà dit. 540> Lui a rencontré ton père, Simon, ton beau-frère,
Elchias. Je ne crois pas que Daniel ait parlé. J'étais présent et je ne l'ai jamais
vu parler à part. Mais ton père ! Il n'a pas parlé, d'après ce que disent mes
condisciples. Il n'a même pas révélé ton nom. Il s'est borné à dire que son
fils l'a chassé parce qu'il aimait le Maître et qu'il n'approuvait pas ta
conduite. Mais il a déjà dit que nous nous voyons, que je viens chez toi...
Et il pourrait dire le reste, aussi. Tecua n'est pas au bout du
monde... Ne dites pas ensuite que moi j'ai parlé quand il y en a trop déjà
qui connaissent vos projets." "Mon père ne
parlera plus jamais. Il est mort" dit lentement Simon. "Mort ? Tu l'as
tué ? Horreur ! Pourquoi t'ai-je dit où il était !..." "Moi, je n'ai
tué personne. Je n'ai pas bougé de Jérusalem. Il y a tant de manières de mourir.
Tu es étonné qu'un vieillard, et un vieillard qui s'en va exiger de l'argent
soit tué ? Du reste... c'est sa faute. S'il était resté tranquille, s'il
n'avait pas eu des yeux et des oreilles et une langue pour voir, écouter, et
faire des reproches, il serait encore honoré et servi dans la maison de son
fils..." dit Simon avec une lenteur exaspérante. "En somme... tu
l'as fait tuer ? Parricide !" "Tu es fou : le
vieux a été frappé, il est tombé, sa tête a heurté, il est mort. Un accident,
un simple accident. Cela a été mauvais pour lui d'exiger de l'argent d'un
malandrin..." "Je te connais,
Simon. Et je ne puis croire... Tu es un assassin..." Judas en est tout
interdit. L'autre lui rit au
nez en répétant : "Et toi, tu délires. Tu vois un crime où il n'y a
qu'un malheur. Je l'ai appris seulement avant-hier et j'ai pris des mesures,
pour tirer vengeance et lui rendre honneur. Mais, si j'ai pu honorer le
cadavre, je n'ai pas pu prendre l'assassin. Quelque voleur certainement,
descendu de l'Adomin pour étaler sur les marchés le
produit de ses vols... Qui peut maintenant le prendre ?" "Je ne crois
pas... Je ne crois pas... Je pars ! Je pars ! Laissez-moi aller !... Vous
êtes... pires que des chacals... Je pars ! Je pars !" et il ramasse son
manteau qui était tombé et il va sortir. Mais Canania le saisit de sa main de rapace : "Et la
femme ? Où est la femme Qu'a-t-elle dit ? Qu'a-t-elle fait ? Tu le sais
?" "Je ne sais
rien... Laissez-moi partir..." "Tu mens ! Tu es
un menteur !" crie Canania. "Je ne le sais
pas. Je le jure. Elle est venue, cela est certain, mais personne ne l'a vue.
Ni moi qui ai dû partir de suite avec le Rabbi. 541> Ni mes compagnons. Je les ai habilement interrogés... J'ai vu
les bijoux brisés qu'Élise a apportés dans la cuisine... et je ne sais
rien d'autre. Je le jure par l'Autel et le Tabernacle !" "Et qui peut te
croire ? Tu es un lâche. Comme tu trahis ton Maître, tu peux nous trahir nous
aussi. Mais attention à toi !" "Je ne trahis
pas. Je le jure par le Temple de Dieu !" "Tu es un
parjure. Ton visage le dit. C'est Lui que tu sers et pas nous..." "Non. Je le jure
sur le Nom de Dieu." "Dis-le, si tu
l'oses pour confirmer ton serment !"
Un silence, effrayant
dirais-je, règne dans la pièce. Ils se sont même écartés de Judas... Mais
ensuite Doras et un autre disent : "Répète le même serment pour
confirmer que tu ne serviras que nous..." "Ah, non !
Maudits ! Cela non ! Je vous jure que je ne vous ai pas trahis et que je ne
vous dénoncerai pas au Maître, et déjà je fais un péché. Mais mon avenir, je
ne le lie pas à vous, à vous qui demain, au nom de mon serment, pourriez
m'imposer... n'importe quoi, même un crime. Non ! Dénoncez-moi au Sanhédrin
comme sacrilège, dénoncez-moi comme assassin aux romains. Je ne me défendrai
pas. Je me ferai tuer... Et ce sera une bonne chose pour moi. Mais moi, je ne
jure plus... je ne jure plus..." et il se dégage par des efforts
violents de celui qui le tient et il s'enfuit en criant : "Sachez
pourtant que Rome vous surveille, que Rome aime le Maître..." Une sortie
retentissante qui fait résonner la maison indique que Judas est sorti de ce
repaire de loups. Ils se regardent en
face... La rage, et peut-être la peur, les rend livides... Et ne pouvant
passer leur colère et leur peur sur personne, ils se disputent entre eux.
Chacun cherche à faire endosser à l'autre la responsabilité des démarches qui
ont été faites et des conséquences qu'elles peuvent avoir. Les uns reprochent
une chose, les autres une autre. Les uns pour le passé, les autres pour
l'avenir. Certains crient; "Tu as voulu séduire Judas"; d'autres :
"Vous avez mal fait de le maltraiter, vous vous êtes découverts !";
certains proposent; "Courons-lui après avec de l'argent, avec des
excuses..." 542> "Ah ! cela non
!" crie Elchias qui reçoit le plus de
reproches. "Laissez-moi faire et vous devrez me dire que je suis sage. Judas,
quand il n'aura plus d'argent, se fera doux. Oh ! doux comme un agneau
!" et il rit comme un serpent. "Il tiendra bon aujourd'hui, demain,
peut-être un mois... Mais ensuite... Il est trop vicieux pour pouvoir vivre
dans la pauvreté que lui donne le Rabbi.... et il viendra à nous... Ha ! Ha !
Laissez-moi faire ! Laissez-moi faire ! Moi, je sais..." "Oui. Mais, en attendant... Tu as
entendu ? Les romains nous épient ! Les romains l'aiment ! Et c'est vrai. Ce
matin même, et hier et avant-hier, il y en avait pour l'attendre dans
l'Atrium des Païens. Les femmes de l'Antonia y sont toujours... Elle viennent
jusque de Césarée pour l'entendre..." "Des caprices de femmes ! Je ne
m'en préoccupe pas. L'homme est beau et il parle bien. Elles sont folles des
bavards démagogues et des philosophes. Pour elles, le Galiléen est l'un
d'eux, rien de plus. Et il leur sert pour se distraire dans leurs loisirs. Il
faut de la patience pour réussir ! De la patience et de la ruse, et du
courage aussi. Mais vous n'en avez pas, et vous voulez agir mais sans
paraître. Moi, je vous l'ai dit ce que je ferais. Mais vous ne voulez
pas..." "Moi, je crains le peuple. Il
l'aime trop. Amour par ci, amour par là... Qui le touche ? Si nous le
chassons Lui, nous serons chassés nous... Il faut..." dit Caïphe. "Il faut ne plus laisser échapper
l'occasion. Combien nous en avons perdu ! À la première qui se présente, il
faut faire pression sur ceux qui sont incertains parmi nous, et puis agir
aussi avec les romains." "C'est vite dit ! Mais quand, où
avons-nous eu l'occasion de le faire ? Lui ne pèche pas, ne cherche pas le
pouvoir, ne..." |
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"Si elle n'existe pas, on la
crée... Et maintenant partons. En attendant, demain, nous le surveillerons...
Le Temple est à nous. Dehors, c'est Rome qui commande. Dehors, il y a le
peuple pour le défendre. Mais à l'intérieur du Temple..." |
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[1] Il y a deux disciples de
ce prénom : Abel de Corozaïn et Abel de Bethléem de Galilée. Il s'agit probablement
du dernier.
[2] Midi
[3] Il s'agit du produit de
la vente des bijoux de la prostituée envoyée pour tenter Jésus (cf. 7.229).
[4] Le XYSTE était, chez les
grecs, un vaste portique à colonnades où s'exerçaient les athlètes. Hérode le
Grand avait construit à Jérusalem, entre le Temple et le palais des Hasmonéens,
sur la dépression du Tyropoeon, un xyste grec,
entouré de colonnes, pour les exercices de gymnastique. Ce pouvait être une
restauration du gymnase inauguré un siècle auparavant par le grand-prêtre Jason
lorsque celui-ci, sous Antiochus, avait introduit les
mœurs grecques à Jérusalem (2Maccabées 4,12). En tout cas c'est à partir
d'Hérode qu'il est appelé le Xyste, à l'exemple des gymnases helléniques.
[5] Voir le plan schématique de Jérusalem. La voie basse, qui
longe la vallée du Cédron, semble plus ardue que celle qui coupe à travers le
mont des oliviers.