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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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Jeudi
- Commentaires sur les derniers événements 566 - Où aller ? 566 - Jésus partira seul 567 - Retour de Lévi 568 - Discours (Évangélisez comme j'ai fait) 568 - Jean suit Jésus en secret jusqu'à Bethléem 568 - Jean prie et s'endort dans une étable voisine 569 - Les huit bergers découvrent Jésus dans la grotte 570 - Ils n'osent déranger Jean 571 - Ils ont vu Jésus en extase 571 - Discours de Mathias (Garder les secrets du Roi) 572 - Le portrait de Jésus en extase 573 - Mathias s'offre en victime 573 - Les bergers s'endorment 574 - Ils laissent du bois et de la nourriture 574 |
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566> Jésus est derrière le Temple, près de la Porte des Troupeaux, hors de la ville.[1] Il a autour de Lui les apôtres et les disciples bergers, sauf Lévi, effrayés et même furieux. Je ne vois aucun autre des disciples qui étaient auparavant au Temple avec Lui. Ils discutent entre eux. Je pourrais dire qu'ils discutent entre eux et avec Jésus, et avec Judas de Kériot en particulier. Ils reprochent à ce dernier les colères des juifs et le font avec une ironie quelque peu mordante. Judas les laisse parler et répète : "J'ai parlé avec des pharisiens, des scribes et des prêtres, et il n'y avait aucun d'eux parmi les gens." Ils reprochent à Jésus de ne pas avoir arrêté la discussion après l'avoir fait tomber une première fois. Et Jésus répond : "Je devais compléter ma manifestation," Et encore, ils sont en désaccord sur l'endroit où aller, maintenant que le sabbat est proche et que ce sont des jours de fête. Simon Pierre propose Joseph d'Arimathie, étant donné qu'il n'y a pas lieu d'aller à Béthanie causer du dérangement, surtout depuis que Jésus a déclaré qu'il ne faut plus aller à Béthanie. Thomas répond : "Joseph n'est pas chez lui, ni non plus Nicodème. Ils sont partis à cause de la fête. Je les ai salués hier quand nous attendions Judas et ils me l'ont dit." "Chez Nike, alors" propose Matthieu. "Elle est à Jéricho pour la fête" répond Philippe. "Chez Joseph de Sephoris" dit Jacques d'Alphée. "Hum ! Joseph..." dit Pierre. "Nous ne lui ferons pas un cadeau ! Il a eu des ennuis et... mais oui, je le dis ! Il vénère le Maître, mais il veut être tranquille. Il ressemble à une barque prise entre deux courants opposés... et pour être toujours à flot... il tient compte de tout le lest, même du petit Martial... au point que cela lui semble trop beau de l'avoir passé à Joseph d'Arimathie." "Ah ! c'est pour cela qu'il était avec lui hier ? !" s'exclame André. "Bien sûr ! Il vaut mieux donc le laisser apaiser dans un petit port bien tranquille... 567> Hé ! on n'est pas très courageux ! Et le Sanhédrin fait peur à tout le monde !" dit encore Pierre. "Parle pour toi, je t'en prie. Moi, je n'ai peur de personne" dit l'Iscariote. "Moi non plus. Pour défendre le Maître je défierais toutes les légions. Mais nous, c'est nous... Les autres... Hé ! Ils ont leurs affaires, leurs maisons, leurs épouses, leurs filles... Ils y pensent." "Nous aussi, nous les avons" observe Barthélemy. "Mais nous sommes les apôtres et..." "Et vous êtes pareils aux autres. Ne critiquez personne car l'épreuve n'est pas encore venue" dit Jésus. "Elle n'est pas venue ? Et que veux-tu de plus que celles que nous avons déjà passées ? Et pourtant tu as vu aujourd'hui comme je t'ai défendu ! Tous nous t'avons défendu. Mais moi, plus que tous ! J'ai fait de la place avec certaines poussées qui auraient chaviré une barque !... Une idée ! Allons à Nobè. Le vieillard sera heureux !" "Oui. Oui. A Nobé." Tous sont d'accord. "Jean n'y est pas. Vous feriez la route pour rien. Vous pouvez aller à Nobé, mais pas chez Jean." "Vous pouvez ! Et toi, tu ne peux pas ?" "Je ne veux pas, Simon de Jonas. J'ai déjà où aller pour ces soirs des Encénies. Mais, Moi absent, vous pouvez être tranquilles n'importe où. C'est pour cela que je vous dis : allez où vous voulez. Je vous bénis. Je vous rappelle de rester unis de corps et d'esprit, soumis à Pierre votre chef, mais pas comme à un maître, plutôt comme à un frère aîné. Dès que Lévi sera de retour avec mon sac nous nous séparerons." "Cela non, mon Seigneur ! Te laisser aller seul, jamais de la vie !" s'exclame Pierre. "Toujours, si je le veux, Simon de Jonas. Mais ne crains pas. Je ne resterai pas en ville. Personne, à moins d'être ange ou démon, ne découvrira mon abri." "C'est bien. Comme il y a trop de démons qui te haïssent. Moi, je te dis que tu n'iras pas seul !" "Il y a aussi des anges, Simon. Et Moi, j'irai." "Mais où ? Mais dans quelle maison puisque tu as refusé les meilleures ou volontairement ou par suite des circonstances ? ! Tu n'iras certainement pas, en cette saison, dans une grotte sur les monts ?" "Et s'il en était ainsi ? Ce serait toujours moins glacial que les cœurs des hommes qui ne m'aiment pas" dit Jésus comme s'il se parlait à Lui-même, en baissant la tête pour cacher une larme qui brille dans ses yeux. 568> "Voici Lévi. Il vient en courant" dit André qui regarde du bord de la route. "Alors donnons-nous la paix et séparons-nous. Si vous voulez aller à Nobé, vous avez juste le temps avant le coucher du soleil." Lévi arrive tout essoufflé : "Ils te cherchent partout, Maître... Me l'ont dit ceux qui t'aiment... Ils ont été dans de nombreuses maisons surtout de pauvres gens..." "T'ont-ils vu ?" demande Jacques de Zébédée. "Bien sûr. Ils m'ont même arrêté. Mais moi, qui le savais déjà, j'ai dit : "Je vais à Gabaon" et je suis sorti par la Porte de Damas et j'ai couru derrière les murs... Je n'ai pas menti, Seigneur, car eux et moi, nous allons à Gabaon après le sabbat. Cette nuit, nous resterons dans les campagnes de la cité de David,., Ce sont des jours de souvenir pour nous..." et il regarde Jésus avec un sourire angélique sur son visage viril et barbu, un souvenir qui réveille dans ses traits l'enfant de la nuit lointaine.
Tous s'éloignent à regret, en se retournant plusieurs fois. Lui les salue de la main jusqu'à ce qu'il les voie tous partis, puis il descend dans le lit du Cédron, parmi les buissons. Il s'assoit sur un rocher de la rive près de l'eau qui bouillonne. Il boit de cette eau claire et certainement glaciale. 569> Il se lave le visage, les mains, les pieds, puis il reprend ses vêtements et revient s'asseoir. Il réfléchit... Et il ne s'aperçoit pas de ce qui arrive autour. En effet l'apôtre Jean, qui s'était déjà éloigné avec ses compagnons, revient seul et l'imite en se cachant dans un buisson épais... Jésus reste là quelque temps, puis il se lève, met son sac en bandoulière et en suivant le Cédron, parmi les buissons, il arrive au puits de En Rogel et puis il tourne vers le sud-ouest pour prendre la route de Bethléem. Jean, à une centaine de mètres en arrière, le suit tout emmitouflé dans son manteau, pour n'être pas reconnu. Ils marchent sans arrêt le long des chemins dépouillés par l'hiver. Jésus, de son long pas, dévore la route. Jean le suit non sans peine parce qu'il doit être prudent pour n'être pas découvert. Par deux fois Jésus s'arrête et se retourne. La première fois en passant près de la petite colline où Judas alla pour parler avec Caïphe et compagnie, la seconde fois près d'un puits où il s'assoit et grignote un peu de pain en buvant ensuite à l'amphore d'un homme. Puis il reprend sa marche, alors que le soleil descend, descend, descend... et qu'arrive le crépuscule. Il arrive au tombeau de Rachel quand la dernière rougeur du couchant s'éteint en une traînée de violet. Le ciel, vers l'occident, semble une tonnelle de glycines en fleurs alors qu'à l'orient il a déjà le pur cobalt d'un froid firmament hivernal d'orient et déjà les premières lueurs des étoiles apparaissent aux plus lointaines limites du ciel. Jésus se hâte pour être en place avant que la nuit soit complète. Mais, arrivé à un point élevé d'où l'on voit toute la petite ville de Bethléem, il s'arrête, regarde, soupire... Puis il descend rapidement. Il n'entre pas dans la ville, il en contourne les dernières maisons et il va tout droit aux ruines de la maison ou tour de David, à l'endroit où il est né. Il passe le ruisseau qui coule près de la grotte. Il met le pied sur le petit espace couvert de feuilles sèches... Il jette un coup d'œil à l'intérieur. Il n'y a personne. Il entre... Jean reste plus en deçà, prudemment, pour n'être ni entendu ni vu. Il fouille, il regarde. Plutôt à tâtons qu'avec la vue, il trouve une autre des étables en ruines. Il y entre à son tour et fait de la lumière dans un coin. Il y a un peu de paille, une litière sale, quelques branches, du foin dans la mangeoire. Jean est content. Il se parle à lui-même : Jean prie longuement, debout, les bras levés, à la lumière tremblante des deux branches qu'il a allumées sur le foyer primitif. Il prie jusqu'à ce qu'il voie que le feu va s'éteindre. Puis il monte dans la large mangeoire et s'accroupit dans le foin. Ce n'est plus qu'une ombre dans l'ombre, enveloppé comme il l'est dans son manteau foncé, et la caverne enveloppée comme elle l'est dans les ténèbres. Jusqu'au moment où un premier rayon de la lune pénètre par l'ouverture tournée vers l'orient, pour dire que c'est la nuit profonde. Mais Jean, fatigué, s'est endormi. Sa respiration et le léger bruissement du ruisseau sont les seuls bruits en cette nuit de décembre. En haut le ciel, sur lequel flottent des nuages légers comme des voiles que la lune heurte, semble parcouru tout entier par des troupes angéliques... Mais il n'y a pas de chants angéliques pourtant. Par intervalles, dans les ruines, se répondent les "hou ! hou ! hou !" lamentables des oiseaux de nuit, et parfois ils se terminent par cet espèce de rire de sorcière particulier aux chouettes et, de loin, arrive une plainte qui ressemble à un ululement. Un chien enfermé dans un bercail et qui jappe à la lune, ou bien un loup auquel le vent apporte l'odeur d'une proie et qui se bat les flancs avec sa queue et ulule de désir sans oser approcher des étables bien gardées ? Je ne sais. Puis voici des voix et des bruits de pas et une lumière rougeâtre qui tremble dans les ruines. Et voilà, l'un derrière l'autre, les disciples bergers Matthias, Jean, Lévi, Joseph, Daniel, Benjamin, Élie, Siméon. Matthias tient élevée une branche allumée pour éclairer la route. Mais celui qui court en avant, c'est Lévi et, le premier, il passe la tête à l'intérieur de la grotte de Jésus. 571> Tout de suite il se retourne et fait signe de s'arrêter et de se taire et il regarde encore... et puis, en déplaçant sa main droite en arrière, il fait signe aux autres de venir et il s'écarte, en gardant un doigt sur les lèvres pour dire de garder le silence, pour laisser la place aux autres qui, l'un après l'autre, regardent et se retirent tout émus comme Lévi. "Que faisons-nous ?" dit Élie dans un murmure. "Nous restons ici à le contempler" dit Joseph. "Non. Il n'est permis à personne de violer les secrets spirituels des âmes. Retirons-nous" dit Matthias. "Tu as raison. Entrons dans l'étable à côté, nous serons encore ici et près de Lui" dit Lévi. "Allons-y" disent-ils. Mais avant de s'éloigner, ils regardent encore une fois, à la dérobée, à l'intérieur de la grotte de la Nativité et puis ils se retirent, émus, en cherchant à ne pas faire de bruit. Mais quand ils sont sur le seuil de l'étable voisine, ils entendent le ronflement de Jean. "Il y a quelqu'un" dit Matthias en s'arrêtant. "Qu'est-ce que cela fait ? Entrons nous aussi. Comme s'est réfugié ici quelque mendiant, car c'est certainement un mendiant, de même nous pouvons nous y réfugier" réplique Benjamin. Ils entrent en tenant haut la branche allumée. Jean tout pelotonné sur son lit improvisé et incommode, le visage caché par ses cheveux et son manteau, continue de dormir. Ils s'approchent doucement dans l'intention de s'asseoir sur la paille étendue près de la crèche, mais en le faisant Daniel jette un coup d'œil plus attentif sur le dormeur, et il le reconnaît. Il dit : "C'est l'apôtre du Seigneur, Jean de Zébédée. Ils se sont réfugiés ici pour prier... et le sommeil a vaincu l'apôtre... Retirons-nous. Il pourrait se trouver humilié de se savoir découvert endormi au lieu que livré à la prière..." Ils reviennent dehors et à regret ils entrent dans le refuge qui suit celui-là. Et même Siméon s'en plaint : "Pourquoi ne pas rester sur le seuil de sa grotte, et le regarder de temps en temps ? Nous sommes restés pendant tant d'années sous la rosée et la lumière des étoiles pour veiller les agneaux, et pour l'Agneau de Dieu, nous ne le ferions pas ? Nous en avons bien le droit, nous qui l'avons adoré pendant son premier sommeil !"
"Tu as raison. Dieu nous a beaucoup aimés. Nous ne devons pas exiger davantage. Samuel, Joseph, et Matthias n'ont eu que la joie d'adorer le Tout-Petit et de souffrir pour Lui. Jonas est mort sans pouvoir le suivre. Isaac lui-même n'est pas ici pour voir ce que nous avons vu. Et s'il y a quelqu'un qui le mérite, c'est Isaac qui s'est consumé pour l'annoncer" dit Jean. "C'est vrai ! C'est vrai ! Comme Isaac aurait été heureux de voir cela ! Mais nous le lui dirons" dit Daniel. "Oui. Mettons tout dans notre cœur pour le lui dire" dit Élie. "Et aux autres disciples et fidèles !" s'écrie Benjamin. "Non, pas aux autres. Et pas par égoïsme,
mais par prudence et par respect pour le mystère. Si Dieu le veut, l'heure
viendra où nous pourrons le dire. Pour l'instant nous devons savoir nous
taire" dit encore Matthias et, s'adressant à Siméon : "Tu as été
comme moi disciple de Jean. Rappelle-toi comme il nous instruisait en matière
de prudence sur les choses saintes : "C'est vrai. Tu parles avec sagesse. Nous t'obéirons." "Mais comme il est pénible, fatigant, résister alors que l'on est ainsi tout près de Lui, de ne pas le regarder encore une fois ! Sera-t-il encore comme il était ?" demande Siméon.
"Plus que la lune par une nuit sereine !" "II y avait sur sa bouche un sourire divin..." "Et de ses pupilles sortait une larme divine..." "Il ne disait pas de paroles mais, en Lui, tout était prière." "Qu'aura-t-il donc vu ?" "L'Éternel son Père. En doutes-tu ? Il n'y a que cette vue pour donner cet aspect. Et, que dis-je ? Plutôt que de le voir, Il était avec Lui, en Lui ! Le Verbe avec la Pensée ! Et ils s'aimaient !... Ah !..." dit Lévi qui parait en extase lui aussi. "C'est bien pour cela que je disais qu'il ne nous est pas permis de rester ici. Considérez qu'il n'a pas même voulu son apôtre avec Lui..." "C'est vrai ! Maître saint ! Il en a besoin, plus qu'une terre desséchée n'a besoin d'eau, d'être inondé par l'amour de Dieu ! Si grande est la haine autour de Lui !..." "Mais aussi si grand est l'amour. Moi je
voudrais... Oui, je le fais ! Le Très-Haut est ici présent. Je m'offre et
je dis : La lune cesse d'éclairer la caverne, car elle tourne vers l'occident. Son éclat se répand encore sur la campagne, mais elle n'est plus ici à l'intérieur, et ainsi les visages et les choses disparaissent dans une seule ombre. Les paroles aussi se font plus rares et les voix plus amorties. Jusqu'au moment où la somnolence triomphe de la bonne volonté et il n'y a plus que des paroles détachées, parfois sans réponses... Le froid, qui se fait piquant vers l'aube, est un stimulant contre le sommeil, et ils se relèvent, allument des branches, réchauffent leurs membres engourdis... "Comment va-t-il faire, Lui, qui certainement ne pense pas au feu ?" dit Lévi qui claque presque des dents. "Et aura-t-il au moins de la nourriture ?" demande Élie qui ajoute : "Maintenant nous n'avons plus que notre amour et un peu de vivres misérables... et c'est le sabbat, aujourd'hui..." "Sais-tu ? Nous mettons toute notre nourriture sur le seuil de la grotte et puis nous partons. Nous pourrons trouver toujours un pain avant le soir chez Rachel ou chez Eliscià. Et nous serons la providence de la Providence, du Fils de Celui qui a pourvu à tout pour nous" propose Joseph. "Oui, oui. Faisons une belle flambée pour y voir clair et nous bien réchauffer, et puis portons tout là-bas et nous nous éloignerons avant qu'avec l'aube Lui ou l'apôtre sorte et nous voie." A la lueur du feu, ils ouvrent leurs sacs et en tirent du pain, des fromages secs, quelques pommes. Puis ils prennent une charge de bois et sortent sans bruit pendant que Matthias les éclaire avec une branche tirée du feu. Ils mettent exactement tout au dehors de l'entrée de la grotte, le bois par terre et par dessus le pain et les autres aliments. Puis ils se retirent, repassent le ruisseau, l'un derrière l'autre, et ils s'en vont au début d'une première clarté silencieuse de l'aube qu'un chant de coq déchire tout à coup. |
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