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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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dimanche 3 mars 30 (10 Wé-Adar)
Les
ouvriers de Dieu comparés aux abeilles
- Jésus rejoint
Samuel sur un escarpement 212 - Et l'invite à
méditer avec lui 213 - Judas a rendu
Samuel triste 214 - Discours
(Perfectionner le Temple et la Loi) 214 - La malice de
Judas et des autres 215 - Judas a
empoisonné la joie de Samuel 215 - Discours (La
providence divine) 216 - Je peux parler
avec toi des choses à venir 217 - Arrivée de
Judas 217 - Le bonheur de
Jean et de Jésus 218 - Le Messie
peut-il souffrir ? 218 - Discours (Le
bonheur malgré la douleur) 219 - Souffrir, mais
savoir souffrir 220 - C'est Judas
l'espion et le démon 220 - Rencontre avec
Jean et le petit Anna 221 - Jésus bénit
des ruches d'abeilles 221 - Discours
(Abeilles : Ouvriers de Dieu) 222 -
Qu'adviendra-t-il de Judas ? 223 - Arrivée à la
maison 224 - Désormais Samuel
ira avec les apôtres 224 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 8.26 |
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212> C'est encore Jésus, qui seul et absorbé, va lentement dans
l'épaisseur du bois qui est à l'ouest d'Éphraïm. Du torrent monte le bruissement
de l'eau et des arbres descendent des chants d'oiseaux. La lumière du soleil
printanier et vif répand sa douceur sous l'enchevêtrement des branches, et la
marche est silencieuse sur le tapis d'herbes toutes luxuriantes. Les rayons
du soleil dessinent un tapis mobile de disques ou de rayures dorées sur le
vert de l'herbe, et quelque fleur encore couverte de rosée, frappée en plein
par un disque de lumière alors que tout autour c'est l'ombre, resplendit
comme si ses pétales étaient des pierres précieuses. 213> Jésus monte vers un
escarpement qui s'avance comme un balcon au-dessus du vide. Un balcon sur
lequel se dresse un chêne colossal et d'où pendent des branches flexibles de
mûres sauvages ou d'églantier, de lierre et de chèvrefeuilles [1] qui, ne trouvant pas
de place ni d'appui sur l'endroit où ils ont poussé, trop resserré pour leur
exubérante vitalité, se renversent dans le vide comme une chevelure
ébouriffée et dénouée, et se tendent dans l'espoir de pouvoir s'accrocher à
quelque chose. Voilà Jésus à la
hauteur de l'escarpement. Il se dirige vers la pointe la plus avancée, en
écartant l'enchevêtrement des buissons. Une bande d'oiseaux s'enfuient dans
un frôlement d'ailes avec des cris effrayés. Jésus s'arrête pour observer
l'homme qui l'a précédé là-haut. Il est à plat ventre sur l'herbe, presque au
bord de l'escarpement, les coudes appuyés au sol, le visage sur les mains, il
regarde dans le vide, vers Jérusalem. C'est Samuel, l'ancien élève de Jonathas ben Uziel. Il est pensif. Il
soupire. Il hoche la tête... Jésus secoue des branches
pour attirer son attention, et comme sa tentative est vaine, il ramasse dans
l'herbe une pierre et la fait rouler en bas du sentier. Le bruit de la
pierre, qui rebondit sur la pente, secoue le jeune homme qui se tourne
surpris en disant : "Qui est ici ?" "Moi, Samuel. Tu
m'as précédé dans un de mes endroits préférés de prière" dit Jésus en se
montrant de derrière le tronc puissant du chêne placé à la limite du sentier,
et il le fait comme s'il venait d'arriver là. "Oh ! Maître !
J'en suis désolé... Mais je vais te laisser tout de suite la place
libre" dit-il en se levant à la hâte et en ramassant son manteau qu'il
avait enlevé pour le mettre sous lui. "Non. Pourquoi ?
Il y a de la place pour deux. L'endroit est si beau ainsi isolé, solitaire,
suspendu au-dessus du vide, avec tant de lumière et l'horizon par devant !
Pourquoi veux-tu le quitter ?" "Mais... pour te
laisser prier..." "Et ne
pouvons-nous pas le faire ensemble, ou même méditer, en parlant entre nous,
en élevant notre esprit en Dieu et en oubliant les hommes et leurs défauts,
en pensant à Dieu notre Père et le bon Père de tous ceux qui le cherchent et
l'aiment avec bonne volonté ?" Samuel fait un geste
de surprise quand Jésus dit : "et oublier les hommes et leurs
défauts..." mais il ne réplique pas, et retourne s'asseoir. 214> Jésus s'assoit à côté de lui sur l'herbe et lui dit :
"Assois-toi ici et restons ensemble. Regarde comme l'horizon est limpide
aujourd'hui. Si nous avions des yeux d'aigles, nous pourrions voir blanchir
les villages qui sont sur les sommets des monts qui entourent comme une
couronne Jérusalem. Et, peut-être, nous verrions un point resplendissant dans
l'air comme une pierre précieuse qui ferait battre notre cœur; les coupoles
d'or de la Maison de Dieu... Regarde : là se trouve Béthel. On voit blanchir
ses maisons, et là-bas, au-delà de Béthel, se trouve Bérot. Quelle fourberie
subtile celle des anciens habitants de l'endroit et des lieux voisins ! Mais
il en est résulté du bien, bien que la tromperie ne soit jamais une arme
bonne. Il en est résulté du bien car elle les a mis au service du vrai Dieu.
Il convient toujours de perdre les honneurs humains pour acquérir le
voisinage du divin, même si les honneurs humains étaient nombreux et de
valeur, et le voisinage du divin humble et inconnu. N'est-ce pas ?" "Oui, Maître, tu
parles bien. C'est ce qui est arrivé pour moi." "Mais tu es
triste alors que le changement devrait te rendre heureux. Tu es triste, tu
souffres, tu t'isoles, tu regardes vers les lieux que tu as quittés. Tu
sembles un oiseau prisonnier qui, serré contre les barreaux de sa prison,
regarde avec tant de regret le lieu qu'il a aimé. Je ne te dis pas de ne pas
le faire. Tu es libre. Tu peux t'en aller et..." "Seigneur, Judas t'a peut-être parlé mal de moi pour que tu
me parles ainsi ?" "Non. Judas ne
m'a pas parlé. Ce n'est pas à Moi qu'il a parlé. Mais à toi, oui. Et
c'est pour cela que tu es triste et c'est pour cela que tu t'isoles
découragé." "Seigneur, si tu
sais ces choses sans que personne ne te les ait dites, tu sauras aussi alors
que ce n'est pas par désir de te quitter, par repentir de m'être converti,
par nostalgie du passé... ni non plus par peur des hommes, de cette peur de
leurs châtiments que l'on voudrait m'insinuer, que je suis triste. Je
regardais là-bas, c'est vrai. Je regardais vers Jérusalem, mais pas par un
désir d'y retourner, je dis d'y retourner comme j'étais auparavant. Parce
que, d'y retourner comme Israélite qui aime à entrer dans la Maison de Dieu
et à adorer le Très-Haut, j'en ai certainement le désir, comme nous tous, et
je ne crois pas que tu puisses me le reprocher." 215> "C'est vrai. Tu
es bon et tu réconfortes, toujours. Et tu sais. Je ne te dirai donc pas mon
angoisse. Mais je te demande : pourquoi les hommes sont-ils si pervers, et si
fous et si sots ? Comment, quels procédés ont-ils pour pouvoir si
diaboliquement suggérer le mal ? Et nous, comment sommes-nous aveugles au point
de ne pas voir la réalité et de croire à leurs mensonges ? Et comment
pouvons-nous devenir de tels démons ? Et le rester quand on est près de Toi ?
Je regardais là-bas, et je pensais... Oui, je pensais aux nombreux ruisseaux
de poison qui sortent de là pour troubler les fils d'Israël. Je me demandais
comment la sagesse des rabbis peut s'allier à tant de perversité qui altère
les choses pour induire en erreur. Je pensais, surtout cela, parce
que..." Samuel, qui avait parlé avec fougue, s'arrête et baisse la tête.
Jésus termine la
phrase : "... parce que Judas, mon apôtre, est ce qu'il est, et donne de
la douleur à Moi, et à ceux qui m'entourent ou viennent à Moi, comme tu es
venu. Je le sais. Judas essaie de t'éloigner d'ici et t'adresse des
insinuations et des railleries..." 216> "Et pas à moi
seul. Oui. Il m'a empoisonné ma joie d'être dans la justice. Il me
l'empoisonne avec tant d'art que je pense être ici comme un traître pour Toi
et pour moi. Pour moi, parce que j'ai l'illusion d'être
meilleur alors que je serai cause de ta ruine. En effet je ne me connais pas
encore... et je pourrais, en rencontrant ceux du Temple, renoncer à ma
résolution et être... Oh ! si je l'avais fait alors, j'aurais eu l'excuse de
ne pas te connaître pour ce que tu es, car de Toi, je savais ce qu'on me
disait, pour faire de moi un maudit. Mais si je le faisais maintenant !
Quelle sera la malédiction de celui qui trahira le Fils de Dieu ! J'étais
ici... pensif, oui. Je me demandais où fuir pour me sauver de moi-même et
d'eux. Je pensais fuir en quelque lieu lointain pour me joindre à ceux de la
Diaspora... Au loin, au loin, pour empêcher le démon de me faire pécher... Il
a raison, ton apôtre, de se méfier de moi. Lui me connaît, car il nous
connaît tous, en connaissant les chefs... Et il a raison de douter de moi.
Quand il dit : "Mais tu ne sais pas que Lui nous le dit, à nous, que
nous serons faibles ? Réfléchis : nous qui sommes les apôtres et qui sommes
avec Lui depuis si longtemps. Et toi, empoisonné comme tu l'es par le vieil
Israël, qui viens juste d'arriver et d'arriver dans des moments qui nous font
trembler, tu crois avoir la force de te garder juste ?" il a raison de
le dire." L'homme, découragé, baisse la tête.
"Moi, je ne le
veux pas. Ma volonté est sincère !" proclame l'homme. "Et alors de
quoi te préoccupes-tu ? De la parole d'un homme ? Laisse-le dire. Il pense
avec sa pensée. Une pensée d'homme est toujours imparfaite. Mais je vais
y pourvoir." "Je ne veux pas
que tu lui fasses des reproches. Il me suffit que tu m'assures que je ne
pécherai pas." "Je te l'assure.
Il ne t'arrivera rien parce que tu ne veux pas que cela t'arrive. Car
tu vois, mon fils, il ne te servirait pas d'aller dans la Diaspora et même
aux extrémités de la Terre pour préserver ton âme de la haine envers le
Christ et du châtiment pour cette haine. Beaucoup en Israël ne se souilleront
pas matériellement du Crime, mais ils ne seront pas moins coupables que ceux
qui me condamneront et exécuteront la sentence. Avec toi, je puis parler de
ces choses, car tu sais déjà que tout est disposé dans ce but. Tu sais le nom
et la pensée de ceux qui sont les plus acharnés contre Moi. Tu l'as dit :
"Judas nous connaît tous car il connaît tous les Chefs". Mais si
lui vous connaît, même vous, inférieurs, car vous êtes comme de petites
étoiles en face des planètes plus grandes, vous savez tout autant ce que l'on
travaille et comment on travaille et qui travaille, et quels complots on
fait, et quels moyens on étudie... Je puis donc parler avec toi. Je ne le
pourrais pas avec les autres... Ce que je sais souffrir et compatir, les
autres ne le savent pas..." "Maître, mais
comment peux-tu, le sachant, être ainsi... Qui monte par le sentier ?"
Samuel se lève pour voir. Il s'écrie : "Judas !" "Oui, c'est moi.
On m'a dit que le Maître est passé par ici, et au contraire, c'est toi que je
trouve. Je retourne alors sur mes pas pour te laisser à tes pensées" et
il rit de son petit rire qui est plus lugubre que la plainte d'une chouette,
tant il manque de sincérité. "J'y suis Moi
aussi. On me demande au village ?" dit Jésus en apparaissant derrière
Samuel. 218> "Oh ! Toi ! Alors tu étais en bonne compagnie,
Samuel ! Et Toi aussi, Maître..." "Oui, elle est
toujours bonne la compagnie de quelqu'un qui embrasse la justice. Tu me
cherchais pour rester avec Moi, alors. Viens. Il y a de la place pour toi,
comme pour Jean s'il était avec toi." "Il est en bas,
occupé avec d'autres pèlerins." "Alors il faudra
que j'aille, s'il y a des pèlerins." "Non, ils
restent toute la journée de demain. Jean est en train de les installer dans
nos lits pour leur séjour. Il est heureux de le faire. D'ailleurs tout le
rend heureux. Vous vous ressemblez vraiment, et je ne sais pas comment vous
faites pour être heureux toujours et pour toutes les choses les plus...
affligeantes." "C'est cette
question que j'allais poser quand tu es arrivé !" s'écrie Samuel. "Ah ! oui ! Toi
aussi, alors, tu ne te sens pas heureux, et tu t'étonnes que d'autres dans
des conditions encore plus... difficiles que les nôtres, puissent
l'être." "Je ne suis pas
malheureux, je ne parle pas pour moi, mais je me demande de quelle source
vient la sérénité du Maître, qui n'ignore pas son avenir, et qui pourtant ne
se trouble de rien."
Jésus reste la tête
inclinée. Il s'est assis de nouveau sur l'herbe. Ses cheveux voilent son
visage. Je ne vois donc pas son expression. Samuel, debout, en
face de Judas lui aussi debout, réplique : "Mais s'il doit être le
Rédempteur, il doit réellement souffrir. Tu ne te rappelles pas David
et Isaïe ?" 219> "Je me les rappelle ! Je me les rappelle ! Mais eux,
tout en voyant la figure du Rédempteur, ne voyaient pas le secours immatériel
que le Rédempteur aurait eu pour être... disons : torturé, sans ressentir de
douleur." "Et quel secours
? Une créature pourra aimer la douleur, ou la subir avec résignation, selon
sa perfection de justice. Mais elle la sentira toujours. Autrement... si elle
ne la sentait pas... ce ne serait pas de la douleur." "Jésus est Fils
de Dieu." "Mais ce n'est
pas un fantôme ! C'est une vraie Chair ! La chair souffre si elle est
torturée. C'est un homme véritable ! La pensée de l'homme souffre s'il est
offensé et si on fait de lui un objet de mépris." "Son union avec
Dieu élimine en Lui ces choses de l'homme."
"Mais si tu
triomphais, à nous qui te suivons, nous reviendrait une partie de ta félicité
!" s'écrie Judas.
220> "Je
ne comprends pas cette félicité" proclame Judas. "Tu n'es pas
encore sage, autrement tu la comprendrais." "Et Jean l'est ?
Il est plus ignorant que moi !" "Humainement,
oui. Mais il possède la science de l'amour." "C'est bien.
Mais je ne crois pas que l'amour empêche les bâtons d'être des bâtons et les
pierres d'être des pierres et de faire souffrir les chairs qu'ils frappent.
Tu dis toujours que t'est chère la douleur, parce qu'elle est pour Toi amour.
Mais quand réellement tu seras pris et torturé, si toutefois cela est
possible, je ne sais pas si tu auras encore cette pensée. Pense à cela
pendant que tu peux fuir la douleur. Elle sera terrible, tu sais ? Si les
hommes peuvent te prendre... oh ! ils n'auront pas d'égards pour Toi !" Jésus le regarde. Il
est très pâle. Ses yeux bien ouverts semblent voir, au-delà du visage de
Judas, toutes les tortures qui l'attendent, et pourtant dans leur tristesse
ils restent pleins de douceur et surtout sereins : deux yeux limpides d'un
innocent en paix. Il répond : "Je le sais. Je sais même ce que tu ne
sais pas. Mais j'espère dans la miséricorde de Dieu. Lui, qui est
miséricordieux pour les pécheurs, usera de miséricorde envers Moi aussi. Je
ne Lui demande pas de ne pas souffrir, mais de
savoir souffrir. Et maintenant allons. Samuel, précède-nous un peu et
avertis Jean que nous serons bientôt au village." Samuel s'incline et
s'en va vite. Jésus commence à
descendre. Le sentier est si étroit qu'ils doivent avancer l'un derrière
l'autre, mais cela n'empêche pas Judas de parler : "Tu te fies trop à
cet homme, Maître. Je t'ai dit ce qu'il est : c'est le plus exalté et le plus
exaltable des disciples de Jonathas. De toutes
façons, maintenant, c'est trop tard. Tu t'es mis entre ses mains. C'est un
espion près de Toi. Et Toi, qui plus d'une fois et les autres plus que Toi,
avez pensé que moi je l'étais ! Moi, je ne suis pas un espion." Jésus s'arrête et se
retourne. La douleur et la majesté se fondent dans son visage et dans son
regard qui fixe l'apôtre. Il dit : "Non. Pas un espion. Tu es un démon. Tu as dérobé au
Serpent sa prérogative de séduire et de tromper pour détacher de Dieu. Ton
comportement n'est ni pierre ni bâton, mais il me blesse plus qu'un coup de
pierre ou de bâton. Oh ! dans mon atroce souffrance, il n'y aura pas de chose
plus grande que ton comportement pour faire souffrir le martyre au
Martyr." Jésus se couvre le visage de ses mains, comme
pour se cacher l'horreur, et puis se met à descendre en vitesse par le
sentier. 221> Judas
crie derrière Lui : "Maître ! Maître ! Pourquoi m'affliges-tu ? Cet
homme faux t'a certainement fait des calomnies... Écoute-moi, Maître !" Jésus ne l'écoute
pas. Il court, il vole dans la descente. Il passe sans s'arrêter près des bûcherons
ou des bergers qui le saluent. Il passe, salue, mais ne s'arrête pas. Judas
se résigne à se taire... Ils sont presque en
bas quand ils croisent Jean qui, avec son visage
limpide, qu'éclairé son paisible sourire, est en train de monter vers eux. Il
tient par la main un enfant qui babille en suçant un rayon de miel. "Maître, me
voici ! Ce sont des gens de Césarée de Philippe. Ils ont su que tu
es ici, et ils sont venus. Mais comme c'est étrange ! Personne n'a parlé, et
tout le monde sait où tu es ! Maintenant ils se reposent. Ils sont très
fatigués. Je suis allé me faire donner par Dina du lait et du miel, car il y a un malade. Je
l'ai mis dans mon lit. Je n'ai pas peur. Et le petit Anna a voulu venir avec
moi. Ne le touche pas, Maître, il est plein de miel" et le bon Jean rit,
lui qui a sur ses vêtements de nombreuses gouttes de miel et des marques de
doigts. Il rit en cherchant à retenir en arrière le petit qui voudrait aller
offrir à Jésus son rayon de miel à moitié sucé et qui crie : "Viens. Il
y en a des quantités pour Toi !" "Oui. On est en
train d'enlever les rayons chez Dina. Je le savais. Ses abeilles ont essaimé
depuis peu" explique Jean. Ils se remettent en
route pour arriver à la première maison où retentit encore le tam-tam dont se
servent les apiculteurs, je ne sais pas exactement pour quelle raison. Des
grappes d'abeilles — elles semblent de grosses pignes d'un drôle de raisin —
pendent à certaines branches, et des hommes les recueillent pour les porter
aux nouvelles ruches. Plus loin sortent des ruches déjà installées et y
rentrent des abeilles qui bourdonnent inlassablement. Des hommes saluent et
une femme accourt avec de très beaux rayons qu'elle offre à Jésus. "Pourquoi t'en
prives-tu ? Tu en as déjà donné à Jean..." "Oh ! mes
abeilles ont donné une récolte abondante. Cela ne me gêne pas d'en offrir.
Pourtant bénis les nouveaux essaims. Regarde : ils sont en train de
recueillir le dernier. Cette année nous avons eu deux fois plus de
ruches." 222> Jésus
va vers les minuscules cités des abeilles et les bénit une par une, en levant la main au milieu du bourdonnement des ouvrières qui
n'arrêtent pas leur travail. "Elles sont
toutes en fête et aussi toutes agitées. Demeure nouvelle..." dit un
homme. "Et de nouvelles
noces. On dirait vraiment des femmes qui préparent la fête nuptiale" dit
un autre. "Oui, mais les
femmes bavardent plus qu'elles ne travaillent. Celles-ci, au contraire,
travaillent en silence, et elles travaillent même les jours de festin de
noces. Elles ne cessent de travailler pour faire leur royaume et y entrer
leurs richesses" répond un troisième.
Jésus se tait, perdu
dans sa méditation. Judas se souvient tout à coup qu'il doit aller je ne sais
où, et s'en va en courant. Il reste Jésus et Jean. Jean regarde Jésus sans se
faire remarquer. Un regard attentif, affectueusement angoissé. Jésus lève la
tête et se tourne un peu pour rencontrer le regard du Préféré qui l'étudie.
Son visage s'éclaire alors qu'il l'attire à Lui. Jean, ainsi embrassé,
demande tout en marchant : "Judas t'a donné d'autre douleur, n'est-ce
pas ? Et il doit avoir troublé aussi Samuel." "Pourquoi ? T'en
a-t-il parlé ?" "Non. Mais j'ai
compris. Il a dit seulement : "Généralement, en vivant près de quelqu'un
qui est vraiment bon, on devient bon. Mais Judas ne l'est pas bien qu'il vive
avec le Maître depuis trois ans. Il est profondément corrompu et la bonté du
Christ ne pénètre pas en lui, tant il est rempli de perversité". Je n'ai
su que dire... car c'est vrai... Mais pourquoi est-il ainsi Judas ? Est-il possible
qu'il ne change jamais ? Et pourtant... nous avons tous les mêmes leçons...
et quand il est venu parmi nous, il n'était pas pire que nous..." "Mon Jean ! Mon
doux enfant !" Jésus dépose un baiser sur son front découvert et si pur,
et lui murmure dans les cheveux qui se soulèvent blonds et légers : "Il
y a des créatures qui semblent vivre pour détruire le bien qui est en elles.
Tu es pêcheur et tu sais comment fait la voile quand le tourbillon la presse.
Elle s'abaisse tellement vers l'eau qu'elle renverserait la barque et
deviendrait dangereuse pour elle, de sorte que parfois il faut la descendre
et se passer d'aile pour aller vers le nid. Car la voile, prise par le
tourbillon, n'est plus une aile mais du lest qui l'amène au fond, à la mort,
au lieu de l'amener au salut. Mais si le souffle féroce du tourbillon
s'apaise, ne serait-ce que de courts instants, voilà que la voile redevient
tout de suite une aile et court rapidement vers le port pour conduire au
salut. 224> Il en est ainsi de
beaucoup d'âmes. Il suffit que le tourbillon des passions s'apaise pour que
l'âme abaissée, et pour ainsi dire submergée par...par ce qui n'est pas bon,
recommence à avoir des aspirations vers le Bien." *Oui, Maître. Mais
avec cela... dis-moi... est-ce que Judas arrivera jamais à ton port ?" "Oh ! ne me fais
pas regarder l'avenir de l'un de mes plus chers ! J'ai devant Moi l'avenir de
millions d'âmes pour lesquelles sera inutile ma douleur !... J'ai devant Moi toutes
les souillures du monde... La nausée me bouleverse. La nausée de tout ce
bouillonnement de choses immondes qui comme un fleuve couvre la Terre et la
couvrira, avec des aspects divers, mais toujours horribles pour la
Perfection, jusqu'à la fin des siècles. Ne me fais pas regarder ! Laisse-moi
me désaltérer et me réconforter à une source qui ignore la corruption, et que
j'oublie la pourriture vermineuse d'un trop grand nombre, en te regardant toi
seul, ma paix !" et il dépose un baiser encore, les yeux dans les yeux,
et en plongeant son regard dans les yeux limpides de l'apôtre vierge et
affectueux... Ils entrent dans la
maison. Dans la cuisine se trouve Samuel qui casse du bois pour épargner à la petite vieille la fatigue d'allumer le feu. Jésus s'adresse à la
femme; "Les pèlerins dorment-ils ?" "Je crois que
oui. Je n'entends aucun bruit. Maintenant je porte de l'eau aux montures.
Elles sont sous le hangar." "Je vais le
faire, mère. Va plutôt chez Rachel. Elle m'a promis du
fromage frais. Dis-lui que je la paierai le sabbat" dit Jean, en prenant
les deux baquets pleins d'eau. Restent seuls Jésus
et Samuel. Jésus va près de l'homme qui, penché sur le feu, souffle pour
allumer la flamme, et il lui met la main sur l'épaule en disant : "Judas
nous a interrompu là-haut... Je veux te dire que je t'enverrai avec les
apôtres le lendemain du sabbat. Peut-être le préfères-tu..." "Merci, Maître.
Je regrette de perdre ton voisinage, mais chez tes apôtres je te retrouve
encore, et je préfère, oui, rester loin de Judas. Je n'osais pas te le
demander..." "C'est bien.
C'est décidé. Et aie pitié, pour lui, comme Moi. Et n'en parle pas à Pierre ni à personne..." "Je sais me
taire, Maître." "Après viendront
les disciples. Il y a Hermas et Étienne, et Isaac, deux sages et un
juste, et tant d'autres. Tu te trouveras bien, parmi de vrais frères." |
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225> "Oui, Maître. Tu
comprends et tu secours. Tu es vraiment
le bon Maître" et il se penche pour baiser la main de Jésus. |
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