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225> Dans la maison de Marie de Jacob ils sont déjà levés, bien que ce soit
juste le point du jour. Je dirais que c'est un jour de sabbat car je vois que
sont aussi présents les apôtres qui habituellement sont en mission. On fait
de grands préparatifs de feu et d'eau chaude, et on aide Marie à tamiser la
farine et à pétrir pour faire du pain. La petite vieille est très agitée,
d'une agitation de fillette, et tout en travaillant activement, elle demande
à l'un ou l'autre : "Est-ce vraiment pour aujourd'hui ? Et les autres
pièces sont-elles prêtes ? Êtes-vous sûrs qu'elles ne sont pas plus de sept
?"
Lui répond pour tous Pierre qui est en train de dépouiller un agneau
pour le préparer à la cuisson : "Elles devaient être ici avant le
sabbat, mais peut-être les femmes n'étaient pas encore prêtes et ont ainsi
pris du retard. Mais aujourd'hui elles vont certainement venir. Ah ! j'en
suis heureux ! Le Maître est sorti ? Peut-être est-il allé à leur rencontre..."
"Oui, il est sorti avec Jean et Samuel pour aller vers la route de la Samarie
centrale" répond Barthélemy qui sort avec un
broc rempli d'eau bouillante.
"Alors on peut être certains qu'elles arrivent. Lui sait toujours
tout" professe André.
"Je voudrais savoir pourquoi tu ris ainsi ? Qu'est-ce qu'il y a de
risible dans ce que dit mon frère ?" demande Pierre qui a remarqué le
petit rire de Judas inoccupé dans son
coin.
"Ce n'est pas ton frère qui me fait rire. Vous êtes tous heureux et je
puis l'être moi-aussi, et rire même sans raison."
Pierre le regarde en montrant ce qu'il en pense, mais retourne s'occuper de
son travail.
"Voilà ! J'ai réussi à trouver une branche fleurie. Ce n'est pas, comme
je le voulais, d'un amandier. Mais elle, quand l'amandier est défleuri, prend
d'autres branches, et elle se contentera de la mienne" dit le Thaddée qui rentre, dégouttant de rosée comme s'il
avait été dans les bois et avec une brassée de branches fleuries. Un miracle
de blancheur humide de rosée qui paraît éclairer et embellir la cuisine.
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226> "Oh ! Elles sont belles ! Où les as-tu trouvées
?"
"Chez Noémi. Je savais que son
verger est tardif à cause de la
tramontane qui le retarde, et je suis monté là-haut."
"C'est pour cela que tu ressembles aussi à un arbre du bois. Les gouttes
de rosées brillent dans tes cheveux et ont trempé tes vêtements."
"Le sentier était humide comme s'il avait plu. Ce sont déjà les rosées
abondantes des plus beaux mois." Le Thaddée s'en va avec ses fleurs et
après un moment appelle son frère pour qu'il l'aide à
disposer les fleurs.
"Je viens, moi. Je m'y connais. Femme, n'as-tu pas quelque amphore au
col élancé, si possible en terre rouge ?" dit Thomas.
"J'ai ce que tu cherches et aussi d'autres vases... Ceux qui servaient
les jours de fêtes... pour les noces de mes enfants ou autre grand motif. Si
tu attends que je mette ces fouaces au four, un instant, je viens t'ouvrir le
coffre où sont les choses les plus belles... Ah ! il y en a peu désormais,
après tant de malheurs ! Mais j'en ai gardé quelques-unes pour... me
rappeler... et souffrir, car si ce sont aussi des souvenirs joyeux maintenant
ils font pleurer car ils rappellent ce qui est fini."
"Alors il aurait mieux valu que personne ne les demande. Je ne voudrais
pas que ce soit comme à Nobé. Tant de préparatifs pour rien..." dit
l'Iscariote.
"Si je te dis qu'un groupe de disciples nous ont avertis ? ! Veux-tu
qu'ils aient rêvé ? Ils ont parlé avec Lazare. Il les a envoyés en
avant exprès. Ils venaient ici pour prévenir qu'avant le sabbat la Mère aurait été ici avec le char de Lazare, et
Lazare et les femmes disciples..."
"En attendant, elles ne sont pas venues..."
"Vous qui avez vu cet homme, dites : ne fait-il pas peur ?" demande
la petite vieille en s'essuyant les mains à son tablier après avoir confié
ses fouaces à Jacques de Zébédée et à André pour
qu'ils les portent au four.
"Peur ? Pourquoi ?"
"Eh ! un homme qui revient de chez les morts !" Elle est toute
émue.
"Sois tranquille, mère. Il est en tout comme nous" dit Jacques d'Alphée pour la réconforter.
"Fais plutôt attention à ne pas bavarder avec les autres femmes, que
l'on n'ait pas tout Éphraïm ici dedans pour nous ennuyer" dit
impérieusement l'Iscariote.
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227> "Je n'ai jamais dit de paroles imprudentes depuis que
vous êtes ici, ni à ceux de la ville ni aux pèlerins. J'ai préféré passer
pour une sotte plutôt que me montrer savante et déranger le Maître et Lui
faire du mal. Et je saurai me taire aujourd'hui aussi. Viens, Thomas..."
et elle sort pour aller prendre ses trésors cachés.
"La femme est effrayée de penser qu'elle va voir un ressuscité" dit
l'Iscariote avec son rire ironique.
"Ce n'est pas la seule. Les disciples m'ont dit qu'à Nazareth ils étaient tout
agités et de même à Cana et à Tibériade. Quelqu'un qui
revient de la mort, après quatre jours de tombeau, ne se trouve pas aussi
facilement que les marguerites au printemps. Nous aussi nous étions bien
pâles quand il est sorti du tombeau ! Mais ne pourrais-tu pas travailler au
lieu de rester là à faire des commentaires ? Tout le monde travaille, et il y
a encore tant à faire... Aujourd'hui qu'on peut le faire, va au marché, et
achète ce qu'il faut. Ce que nous avons pris n'est pas suffisant maintenant
qu'elles viennent, et nous n'avions pas le temps de retourner à la ville pour
faire des achats. Nous aurions été bloqués là où nous étions par le coucher
du soleil."
Judas appelle Matthieu qui rentre dans la cuisine bien rangée, et
ils sortent ensemble.
Rentre aussi dans la cuisine le Zélote, tout à fait en
tenue, et il dit : "Ce Thomas ! C'est vraiment un artiste. Avec un rien
il a orné la pièce comme pour un repas de noces. Allez voir."
Tout le monde, excepté Pierre qui est en train de finir son travail, court pour
voir. Pierre dit : "J'ai hâte qu'elles soient ici. Peut-être il y aura
aussi Margziam. Dans un mois, c'est
Pâque, Certainement il sera déjà parti de Capharnaüm ou de Bethsaïda."
"Je suis content que Marie vienne, à cause du Maître.
Elle le réconfortera plus que tout le monde, et il en a besoin" lui
répond le Zélote.
"Tellement. Mais as-tu remarqué comme Jean aussi est triste ? Je l'ai questionné, mais
inutilement. Avec sa douceur, il est plus ferme que nous tous, et s'il ne
veut rien dire, rien ne le fait parler. Mais je suis sûr que lui sait quelque
chose. On dirait l'ombre du Maître, il le suit toujours. Il le regarde
toujours. Et quand il ne se sent pas observé - car alors - il répond à ton
regard par un sourire qui rendrait doux même un tigre - quand il ne se sent
pas observé, dis-je, son visage devient triste, triste. Essaie de le
questionner, toi. Il t'aime et il te sait plus prudent que moi..."
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228> "Oh ! cela, non. Tu es devenu pour tous un exemple
de prudence. On ne reconnaît plus en toi le vieux Simon. Tu es vraiment la
pierre qui par sa robustesse et sa carrure compacte nous soutient tous."
"Mais, va donc ! Ne le dis pas ! Je suis un pauvre homme.
Certainement... à rester tant d'années avec Lui, on devient un peu comme Lui.
Un peu... très peu, mais déjà très différents de ce qu'on était d'abord.
Tous, nous le sommes... non, pas tous, malheureusement. Judas est toujours
pareil. Ici comme à "La Belle Eau"...
"Et Dieu veuille qu'il soit toujours pareil".
"Quoi ? Que veux-tu dire ?"
"Rien et tout, Simon de Jonas. Si le Maître m'entendait, il me dirait :
"Ne juge pas". Mais cela n'est pas juger, c'est craindre. Je crains
que Judas soit pire qu'à "La Belle Eau".
"Certainement qu'il l'est, même s'il est encore comme il était alors. Il
l'est car il devrait être changé, avoir grandi en justice, et au contraire il
est toujours pareil. Il a donc sur le cœur le péché de paresse spirituelle
qu'alors il n'avait pas. Parce que les premiers temps... fou, oui, mais plein
de bonne volonté... Dis : que te donne à penser que le Maître ait décidé
d'envoyer Samuel avec nous et de rassembler tous les disciples,
autant qu'on peut en rassembler à Jéricho, pour la néoménie de
nisan ? Il avait d'abord dit
que l'homme resterait ici... et aussi il avait défendu de dire où il était,
Lui. Je soupçonne quelque chose..."
"Non. Je vois les choses claires et logiques. Désormais, on ne sait pas
par qui et comment, la nouvelle que le Maître est ici est connue dans toute
la Palestine. Tu vois que sont venus ici des pèlerins et des disciples de Cédés à Engaddi, de Joppé à Bozra . Et il est par
conséquent inutile de garder plus longtemps le secret. En outre la Pâque
approche et il est certain que le Maître veut avoir les disciples avec Lui,
pour son retour à Jérusalem. Le Sanhédrin dit, tu l'as
entendu, que Lui est un vaincu et qu'il a perdu tous ses disciples. Et il lui
répond en entrant dans la Cité à leur tête..."
"J'ai peur, Simon ! Une grande peur... Tu as entendu, hein ! Tous, même
les hérodiens, sont unis contre Lui..."
"Eh ! oui ! Que Dieu nous aide !..."
"Et Samuel, pourquoi l'envoie-t-il avec nous ?"
"Pour le préparer certainement à sa mission. Je ne vois pas de motif de
s'agiter... On frappe ! Certainement ce sont les femmes disciples !..."
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229> Pierre se débarrasse de son tablier plein de sang et il
suit, en courant, le Zélote qui s'est précipité à la porte de la maison.
Débouchent par différentes portes les autres qui sont dans la maison et tous
crient : "Les voici ! Les voici !"
Mais une fois la porte ouverte, ils restent si visiblement déçus devant Élise et Nique, que les deux
disciples demandent : "Mais il est arrivé peut-être quelque chose
?"
"Non ! Non ! Mais nous croyions que... c'était la Mère et les femmes
disciples de Galilée..." dit Pierre.
"Ah ! et vous êtes restés mal ! Mais nous sommes très heureuses au
contraire de vous voir et de savoir que Marie ne va pas tarder
d'arriver" dit Élise.
"Mal, non... Déçus, voilà ! Mais venez ! Entrez ! La paix soit à nos
bonnes sœurs" le Thaddée les salue au nom de
tous.
"Et à vous. Le Maître n'est pas là ?"
"Il est allé avec Jean à la rencontre de Marie. On sait qu'elle vient
par la route de Sichem, sur le char de Lazare" explique le
Zélote.
Elles entrent dans la maison, pendant qu'André s'occupe de l'ânon d'Élise.
Nique est venue à pied. Elles parlent de ce qui arrive à Jérusalem, demandent des
nouvelles des amis et des disciples... d'Annalia, de Marie et Marthe, du vieux Jean de Nobé, de Joseph, de Nicodème, de tant d'autres.
L'absence de Judas Iscariote permet de parler en
paix et ouvertement.
Élise, femme âgée, expérimentée, qui au temps de Nobé a été en contact avec
l'Iscariote et le connaît désormais très bien et même "ne l'aime que
pour l'amour de Dieu" comme elle dit ouvertement, s'informe même s'il
est à la maison, séparé des autres par quelque caprice, et c'est seulement
quand elle sait qu'il est dehors pour faire les achats, qu'elle parle de ce
qu'elle sait : "qu'à Jérusalem, tout semble calme, que l'on n'interroge
même plus les disciples connus, que l'on dit tout bas que cela s'est produit
parce que Pilate a fait la grosse voix avec ceux du
Sanhédrin, pour leur rappeler que c'est lui seulement qui est chargé de
rendre la justice en Palestine et qu'ils la finissent."
"Pourtant, on dit aussi, observe Nique — et c'est précisément Manaën qui le dit et
d'autres avec lui, et surtout une femme, car c'est Valeria qui le dit — que
Pilate qui est vraiment si las de ces soulèvements qui tiennent le Pays agité
et peuvent lui donner des ennuis, est impressionné aussi par l'insistance
avec laquelle les juifs lui insinuent que Jésus vise à se proclamer roi , que s'il n'y avait
pas les rapports concordants et favorables des centurions et surtout l'influence
de sa femme, il finirait par punir le Christ, peut-être
par l'exil, pour ne plus avoir d'ennuis."
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230> "Et il ne manquerait plus que cela ! Et il est
capable de le faire ! Très capable ! C'est pour les romains la peine la plus
légère, et la plus employée après la flagellation. Mais pensez-y ! Jésus
seul, je ne sais où, et nous dispersés ça et là..." dit le Zélote.
"Oui ! Dispersés ! C'est toi qui le dis. Moi ils ne me dispersent pas.
Je le suis..." dit Pierre.
"Oh ! Simon ! Peux-tu avoir l'illusion qu'ils te laisseraient le faire ?
Ils t'attachent comme un galérien et t'emmènent où il leur plaît, sur les
galères ou dans une de leurs prisons, et toi, ton Maître tu ne peux plus le
suivre" lui dit Barthélemy. Pierre s'emmêle les
cheveux, perplexe, découragé.
"Nous le dirons à Lazare. Lazare ira ouvertement chez Pilate.
Certainement Pilate le verra volontiers, car les gentils aiment voir les
êtres extraordinaires..." dit le Zélote.
"Il y aura déjà été avant de partir, et Pilate ne désirera plus le voir
!" dit Pierre, abattu.
"Alors il y ira comme fils de Théophile, ou bien il
accompagnera sa sœur Marie chez les dames. Elles étaient amies quand... oui,
en somme, quand Marie était pécheresse..."
"Savez-vous que Valeria, après que son mari a divorcé, s'est faite
prosélyte ? Elle l'a fait pour de vrai. Elle mène une vie de juste qui est un
exemple pour beaucoup de nous. Elle a affranchi ses esclaves et les instruit
tous dans le vrai Dieu. Elle avait pris une maison dans Sion. Mais maintenant
que Claudia est venue, elle est retournée chez
elle..."
"Alors !..."
"Non, dit Nique. Elle m'a dit, à moi : "Quand Jeanne vient, je vais avec elle. Mais maintenant je
veux persuader Claudia"... Il semble que Claudia n'arrive pas à dépasser
les limites de sa croyance dans le Christ. Pour elle c'est un sage. Rien de
plus... Il semble même qu'avant de venir en ville, elle a été quelque peu
troublée par les bruits qu'on a fait courir et qu'elle a dit, sceptique :
"C'est un homme comme nos philosophes, et pas des meilleurs, car sa
parole ne correspond pas à sa vie", et qu'elle a eu des... des... en
somme elle s'est permis des choses qu'elle avait abandonnées,
auparavant."
"Il fallait s'y attendre ! Des âmes païennes ! Hum ! Il peut y en avoir
une bonne... Mais les autres !... Ordure ! Ordure !" dit
sentencieusement Barthélemy.
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231> "Et Joseph ?" demande le Thaddée.
"Lequel ? Celui de Sephoris ? Il a une peur ! Ah
! Il y a eu votre frère Joseph. Venu et parti tout
de suite, en repassant pourtant par Béthanie, pour dire aux sœurs
qu'elles empêchent à tout prix le Maître d'aller dans la ville et d'y rester.
J'étais là et j'ai entendu. C'est ainsi que j'ai su aussi que Joseph de Sephoris
a eu beaucoup d'ennuis, et maintenant il a très peur. Votre frère l'a chargé
de se tenir au courant de ce qu'on complote au Temple. Celui de Sephoris peut
le savoir par l'intermédiaire de ce parent qui est marié, je ne sais si c'est
avec la sœur ou la fille de la sœur de sa femme, et qui est employé au
Temple" dit Élise.
"Que de peurs ! Maintenant, quand on va
aller à Jérusalem, je vais envoyer mon frère chez Anna. Je pourrais y aller, moi aussi,
car je connais bien ce vieux renard. Mais Jean sait mieux s'y prendre. Et
Anna l'aimait bien autrefois, quand on écoutait les paroles de ce vieux loup,
en croyant que c'était un agneau ! J'enverrai Jean. Lui saura supporter même
des insultes, sans réagir. Moi... s'il me disait anathème du Maître, ou même
seulement que je suis anathème parce que je le suis, je lui sauterais au cou,
je le saisirais et le serrerais ce vieil enflé comme si c'était un filet qui
doit perdre son eau. Je lui ferais rendre l'âme sournoise qu'il a dedans !
Même s'il était entouré de tous les soldats du Temple et des prêtres !"
"Oh ! si le Maître t'entendait parler ainsi !" dit André
scandalisé.
"C'est bien parce qu'il n'est pas là que je le dis !"
"Tu as raison ! Tu n'es pas seul à le vouloir. Je le veux moi
aussi" dit Pierre.
"Et moi aussi, et pas pour Anna seulement" dit le Thaddée.
"Oh ! pour cela, moi j'en... servirais plusieurs. J'ai une longue
liste... Ces trois carcasses de Capharnaüm — j'exclus le pharisien Simon car
il me paraît passablement bon — ces deux loups d'Esdrelon , et ce vieux paquet d'os de Canania, et puis... un massacre, je vous dis, un massacre à
Jérusalem, et en tête de tous Elchias.
Je n'en peux plus de voir tous ces serpents aux aguets !" Pierre est
furieux.
Le Thaddée, calme en le disant mais encore plus impressionnant dans son calme
glacial que s'il était furieux comme Pierre, dit : "Et moi, je
t'aiderais. Mais... je commencerais peut-être par enlever les serpents qui
sont tout près."
"Qui ? Samuel
?"
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232> "Non, non ! Samuel n'est pas le seul
près de nous. Il y en a tant qui montrent un visage et ont une âme différente
du visage qu'ils montrent ! Je ne les perds pas de vue, jamais. Je veux être sûr
avant d'agir. Mais quand je le serai ! Le sang de David est chaud, et il est
chaud celui de Galilée. Je les ai en moi, tous les deux, par la lignée
paternelle et maternelle."
"Oh ! Il suffit que tu me le dises, eh ! Je t'aide..." dit Pierre.
"Non. La vengeance du sang regarde les parents, c'est moi qu'elle
regarde."
"Mes enfants ! Mes enfants ! Ne parlez
pas ainsi ! Ce n'est pas ce qu'enseigne le Maître ! Vous semblez des
lionceaux furieux au lieu d'être les agneaux de l'Agneau ! Déposez tant
d'esprit de vengeance. Les temps de David sont passés depuis longtemps ! La
loi du sang et du talion sont supprimées par le Christ. Il conserve les dix immuables
commandements, mais les autres dures lois mosaïques, il les abroge. De Moïse
restent les commandements de pitié, d'humanité et de justice résumés et
perfectionnés par notre Jésus, dans son plus grand commandement : "Aimer
Dieu avec tout soi-même, aimer le prochain comme nous-mêmes, pardonner à ceux
qui nous offensent, donner de l'amour à qui nous hait". Oh !
pardonnez-moi, si moi, femme, j'ai osé enseigner à mes frères, et qui sont
plus âgés que moi ! Mais je suis une vieille mère, et une mère peut toujours
parler. Croyez-moi, mes enfants ! Si vous-mêmes appelez Satan en
vous avec la haine pour les ennemis, avec le désir de vengeance, il entrera en vous pour vous corrompre. Ce n'est pas
une force, Satan. Croyez-le. La force, c'est Dieu. Satan est faiblesse, il
est fardeau, il est torpeur. Vous ne saunez plus remuer un doigt, non contre
les ennemis, mais pas même pour donner une caresse à notre Jésus affligé, si
vous vous êtes enchaînés par la haine et la vengeance. Oui, mes enfants, tous
mes enfants ! Même vous qui avez mon âge, et davantage peut-être. Tous
enfants pour une femme qui vous aime, pour une mère qui a retrouvé la joie
d'être mère en vous aimant tous comme des fils. Ne m'angoissez pas de nouveau
pour avoir perdu de nouveau des fils chers, et pour toujours; car si vous
mourez dans la haine ou dans le crime, vous êtes morts pour l'éternité et
nous ne pourrons plus nous réunir là-haut, dans la joie, autour de notre
commun amour : Jésus. Promettez ici, tout de suite, à moi qui vous en
supplie, à une pauvre femme, à une pauvre mère, de ne plus avoir jamais ces
pensées. Oh ! c'est jusqu'à votre visage qui est défiguré. Vous me semblez
des inconnus, vous n'êtes plus les mêmes ! Comme vous enlaidit la rancœur !
Vous étiez si doux ! Mais qu'arrive-t-il donc ? Écoutez-moi ! Marie vous
dirait les mêmes paroles, avec plus de puissance, car c'est Marie; 233>
mais il vaut mieux qu'elle ne connaisse pas toute la douleur... Oh ! pauvre
Mère ! Mais qu'arrive-t-il ? Dois-je donc vraiment croire que déjà se lève
l'heure des ténèbres, l'heure qui engloutira tout le monde, l'heure où Satan
sera le roi en tous, sauf chez le Saint, et dévoiera même les saints, même
vous, en vous rendant lâches, parjures, cruels comme il l'est ? Oh ! jusqu'à
présent, j'ai toujours espéré ! J'ai toujours dit : "Les hommes ne
prévaudront pas contre le Christ". Mais maintenant ! Maintenant je
crains et je tremble pour la première fois ! Sur ce ciel serein d'adar je
vois s'allonger et envahir la grande Ténèbre dont le nom est Lucifer, je la
vois vous plonger tous dans la nuit et faire pleuvoir des poisons qui vous
rendent malades. Oh ! j'ai peur !" Élise, qui déjà depuis un moment
pleurait silencieusement, s'abandonne, la tête sur la table prés de laquelle
elle est assise et elle sanglote douloureusement.
Les apôtres se regardent entre eux. Puis, affligés, s'efforcent de la
réconforter. Mais elle ne veut pas de leur réconfort et le leur dit :
"Une chose, une seule chose a pour moi de la valeur : votre promesse.
Pour votre bien ! Pour que Jésus n'ait pas dans ses douleurs la plus grande :
celle de vous voir damnés, vous, ses bien-aimés."
"Mais oui, Élise. Si tu le veux ! Ne pleure pas, femme ! Nous te le
promettons. Écoute. Nous ne lèverons pas un doigt sur personne. Nous ne
regarderons même pas pour ne pas voir. Ne pleure pas ! Ne pleure pas ! Nous
pardonnerons à ceux qui nous offensent. Nous aimerons ceux qui nous haïssent
! Allons ! Ne pleure pas."
Élise lève son visage ridé où brillent des larmes, et elle dit :
"Rappelez-vous. Vous me l'avez promis ! Répétez votre promesse !"
"Nous te le promettons, femme."
"Mes chers fils ! Maintenant vous me plaisez ! Je vous retrouve bons.
Maintenant que mon angoisse est calmée, et que vous êtes redevenus purs,
après cet amer levain, préparons-nous à recevoir Marie. Qu'est-ce qu'il faut
faire ?" dit-elle en finissant de sécher ses yeux.
"Vraiment... On l'avait fait, comme des hommes. Mais Marie de Jacob nous a aidés. C'est une samaritaine, mais elle est très
bonne. Tu vas la voir. Elle est au four à surveiller le pain. Elle est seule.
Ses enfants : morts ou oublieux, ses richesses évanouies, et pourtant elle
n'a pas de rancune..."
"Ah ! vous voyez ! Vous voyez qu'il y en a qui savent pardonner, même
chez les païens, les samaritains ? Et ce doit être terrible, sachez-le, de
devoir pardonner à un fils !... Plutôt mort que pécheur ! Ah ! Êtes-vous sûrs
que Judas n'est pas là ?"
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234> "S'il n'est pas devenu un oiseau, il ne peut être
ici, car les fenêtres sont ouvertes, mais les portes sont fermées, sauf
celle-là."
"Alors... Elle a été à Jérusalem, Marie de Simon, avec son parent. Elle est venue pour offrir des sacrifices
au Temple, et puis elle est venue chez nous. Elle semble une martyre. Comme
elle est affligée ! Elle m'a demandé, elle a demandé à toutes, si nous ne
savions rien de son fils. S'il était avec le Maître, s'il y avait toujours
été."
"Qu'a-t-elle cette femme ?" demande André, étonné.
"Elle a son fils. Ne te semble-t-il pas que cela suffise ?" demande
le Thaddée.
"Je l'ai réconfortée. Elle a voulu revenir au Temple avec nous. Nous y
sommes allées toutes unies pour prier... Puis elle est repartie, toujours
angoissée. Je lui ai dit : "Si tu restes avec nous, d'ici peu nous
allons trouver le Maître. Ton fils est près de Lui". Elle savait déjà
que Jésus est ici. Cela s'est su jusqu'aux confins de la Palestine. Elle m'a
dit : "Non, non ! Le Maître m'a dit de ne pas être à Jérusalem au
printemps. J'obéis, mais j'ai voulu, avant l'époque de son retour, monter au
Temple. J'ai tant besoin de Dieu". Et elle a dit une étrange parole...
Elle a dit : "Je suis innocente, mais j'ai l'enfer en moi, et j'y suis
tellement torturée"... Nous l'avons longuement interrogée, mais elle n'a
pas voulu en dire davantage. Ni ses tortures, ni la raison de l'interdiction
de Jésus. Elle nous a recommandé de ne rien dire ni à Jésus ni à Judas."
"Pauvre femme ! Elle ne sera donc pas ici à Pâque ?" demande Thomas.
"Elle n'y sera pas."
"Si Jésus le lui a imposé, c'est qu'il a ses raisons... Vous avez
entendu, hein ! On sait vraiment partout que Jésus est ici !" dit
Pierre.
"Oui. Et celui qui le disait, appelait au rassemblement en son nom pour
se soulever "contre les tyrans", disaient certains. Et d'autres que
Lui est ici parce qu'il sait qu'il est démasqué..."
"Toujours les mêmes raisons ! Ils doivent avoir dépensé tout l'or du
Temple pour envoyer partout leurs émissaires" observe André.
Des coups à la porte.
"Les voici !" disent-ils, et ils courent ouvrir.
Au contraire, c'est Judas avec ses achats. Matthieu le suit. Judas voit
Élise et Nique, et il les salue en demandant : "Êtes-vous seules ?"
"Seules. Marie n'est pas encore venue."
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235> "Elle ne vient pas des régions du midi, Marie, et
donc elle ne peut être avec vous. Je demandais s'il n'y avait pas Anastasica."
"Non. Elle est restée à Béthsour."
"Pourquoi ? Elle aussi est disciple. Ne sais-tu pas que c'est d'ici que
l'on ira pour la Pâque à Jérusalem ? Elle devrait être ici. Si les femmes
disciples ne sont pas parfaites et aussi les fidèles, qui le sera ? Qui
escortera le Maître, pour détruire la légende que tous l'ont abandonné
?"
"Oh ! pour cela ! Ce ne sera pas une pauvre femme qui comblera les vides
! Les roses sont bien parmi les épines et dans les jardins clos. Je lui sers
de mère et je le lui ai imposé."
"Alors, pour la Pâque, elle n'y sera pas ?"
"Elle n'y sera pas."
"Et de deux !" s'écrie Pierre.
"Que dis-tu ? Qui : les deux ?" demande Judas toujours soupçonneux.
"Rien, rien ! Un calcul. On peut compter tant de choses, n'est-ce pas ?
Même les... mouches par exemple, qui se posent sur mon agneau
dépouillé."
Rentre Marie de Jacob, suivie de Samuel et de Jean qui portent les pains
défournés. Élise salue la femme et de même Nique. Et Élise a une douce parole
pour mettre tout de suite la femme à son aise : "Tu es entre sœurs, dans
la douleur, Marie. Je suis seule car j'ai perdu mon époux et mes fils, et
elle est veuve. Nous nous aimerons donc car seul comprend celui qui a
pleuré."
Mais pendant ce temps Pierre dit à Jean : "Comment donc es-tu ici ? Et
le Maître ?"
"Sur le char, avec sa Mère."
"Et tu ne le disais pas ?"
"Tu ne m'en as pas donné le temps. Elles y sont toutes, mais vous verrez
comme est changée Marie de Nazareth ! Elle semble
vieillie de plusieurs lustres. Lazare disait qu'elle avait été très angoissée
quand on lui a dit que Jésus était réfugié ici."
"Pourquoi le lui a-t-il dit, cet imbécile ? Avant de mourir, il était
intelligent. Mais peut-être que dans le tombeau son cerveau s'est écrabouillé
et ne s'est pas reconstruit. On ne reste pas mort impunément !..." dit
Judas de Kériot, ironique et méprisant.
"Rien de cela. Pour parler, attends de savoir. Lazare de Béthanie l'a
dit à Marie quand déjà ils étaient en route car elle s'étonnait de voir
Lazare prendre cette route" dit sévèrement Samuel.
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236> "Oui. À son premier passage à Nazareth, il dit
seulement : "Je te conduirai chez ton Fils d'ici un mois". Et il ne
lui a même pas dit : "Nous allons à Éphraïm" au moment de partir,
mais..." dit Jean.
"Tout le monde le sait que Jésus est ici. Elle seule ne le savait pas
?" demande toujours impoliment Judas en interrompant son compagnon.
"Marie le savait. Elle l'avait entendu dire, mais comme un fleuve de
toutes sortes de mensonges coulait en charriant de la boue à travers la
Palestine, elle n'accueillait comme vraie aucune nouvelle. Elle se consumait
en silence, dans la prière. Mais une fois qu'ils furent en voyage, Lazare
ayant pris le chemin qui longe le fleuve pour désorienter les nazaréens et
tous ceux de Cana, Sephoris, Bethléem de Galilée..."
"Ah ! il y a aussi Noémi avec Myrta et Aurea ?" demande
Thomas.
"Non, elles en ont eu l'interdiction de la part de Jésus. C'est Isaac qui a apporté cet ordre quand il est revenu
en Galilée."
"Alors... ces femmes aussi ne seront pas avec nous comme l'an
passé."
"Elles ne seront pas avec nous."
"Et trois !"
"Ni non plus nos femmes et nos filles. Le Maître le leur a dit avant de
quitter la Galilée, ou plutôt il l'a répété. Car ma fille Marianne m'a dit que Jésus
l'avait dit dès la dernière Pâque."
"Mais... très bien ! Il y a au moins Jeanne ? Salomé ? Marie d'Alphée ?"
"Oui, et Suzanne."
"Et certainement Margziam... Mais qu'est-ce que ce bruit ?"
"Les chars ! Les chars ! Et tous les nazaréens qui ne se sont pas donnés
pour battus et ont suivi Lazare... et ceux de Cana..." répond Jean
qui s'éloigne en courant avec les autres.
Par la porte ouverte un spectacle tumultueux se présente à la vue. En plus de
Marie assise près de son Fils, et des femmes disciples, de Lazare, de Jeanne
qui est sur son char avec Marie et Mathias, Esther et d'autres serviteurs et le fidèle Jonathas, il y a une foule de
gens : visages connus, visages inconnus. De Nazareth, de Cana, de Tibériade, de Naïm, d'Endor. Et des samaritains
de tous les villages, touchés pendant le voyage et d'autres villages voisins.
Et ils se précipitent en avant des chars obstruant le passage de ceux qui
veulent sortir et de ceux qui veulent entrer.
"Mais que veulent ces gens ? Pourquoi sont-ils venus ? Comment ont-ils
su ?"
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237> "Eh ! ceux de Nazareth étaient aux aguets. Une fois
Lazare venu le soir pour repartir au matin, pendant la nuit, ils ont couru
dans les villes voisines, et de même ceux de Cana, car Lazare était passé
pour prendre Suzanne et se rencontrer avec Jeanne, et ils l'ont suivi et
précédé pour voir Jésus et pour voir Lazare. Et ceux de la Samarie ont su
aussi et les ont rejoints. Et les voilà tous !..." explique Jean.
"Dis ! Toi qui avais peur que le Maître n'ait pas d'escorte, celle-là te
parait-elle suffisante ?" dit Philippe à l'Iscariote.
"Ils sont venus pour Lazare..."
"Etant donné qu'ils l'ont possédé, ils auraient pu s'en aller. Mais, au
contraire, ils sont restés jusqu'ici. C'est signe qu'il y en a encore qui
viennent pour le Maître."
"Bien. Ne faisons pas de discours inutiles. Cherchons plutôt à les
dégager pour les faire entrer. Allons, mes garçons ! Pour nous remettre à
l'exercice ! Il y a si longtemps que nous n'avions pas joué des coudes pour
frayer la route au Maître !" et Pierre se met le premier à ouvrir un
passage à travers la foule qui crie des hosannas, curieuse, dévouée, bavarde
selon les cas. Cela fait, avec l'aide des autres et de disciples nombreux
qui, disséminés dans la foule, cherchent à se joindre aux apôtres, il
maintient vide un espace pour que les femmes puissent se réfugier dans la
maison et de même Jésus et Lazare, et puis il ferme la porte en se retirant
le dernier. Il la ferme avec des verrous et des barres, et il envoie les
autres pour fermer du côté du jardin. "Oh ! finalement ! La paix soit
avec toi, Marie bénie ! Finalement je te revois ! Maintenant tout est beau,
puisque tu es avec nous !" dit Pierre qui la salue en se courbant
jusqu'à terre pour la saluer. C'est une Marie au visage triste, pâle et
fatigué, un visage déjà de l'Affligée.
"Oui, tout maintenant est moins douloureux car je suis près de
Lui."
"Je t'avais assuré que je ne te disais que la vérité !" dit Lazare.
"Tu as raison... Mais le soleil s'est obscurci pour moi et toute paix a
disparu quand j'ai su que mon Fils était ici... J'ai compris... Oh !"
D'autres larmes coulent sur ses joues pâles.
"Ne pleure pas, Maman ! Ne pleure pas ! J'étais ici parmi ces braves
gens, près d'une autre Marie qui est une mère..." Jésus la conduit vers
une pièce qui ouvre sur le jardin tranquille. Tous les suivent.
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238> Lazare s'excuse : "J'ai bien été obligé de lui
dire, car elle connaissait la route et ne comprenait pas pourquoi je prenais
ce détour. Elle le croyait avec moi à Béthanie... Et même à Sichem
un homme cria : "Nous aussi à Éphraïm, chez le Maître". Aucune
excuse ne me fut plus possible... J'espérais aussi prendre les devants en
partant de nuit par des chemins insolites. Mais oui ! Ils étaient de garde
partout et pendant qu'un groupe me suivait, un autre allait dans les environs
pour prévenir."
Marie de Jacob apporte du lait, du miel, du beurre et du pain frais et les
offre à Marie pour commencer. Elle regarde Lazare par en dessous, un peu
curieuse, un peu craintive, et sa main a une secousse quand en donnant le
lait à Lazare, elle effleure sa main, et sa bouche ne peut retenir un
"oh !" quand elle le voit manger sa fouace comme tous les autres.
Lazare en rit tout le premier en disant, affable, distingué et plein
d'assurance comme tous les hommes de grande naissance : "Oui, femme, je
mange tout comme toi et j'aime ton pain et ton lait. Et certainement ton lit
me plaira car je sens la lassitude comme je sens la faim." Il se tourne
vers tout le monde pour dire : "II y en a beaucoup qui me touchent sans
prétexte pour sentir si je suis en chair et en os, si j'ai de la chaleur et
si je respire. C'est un léger ennui et une fois ma mission finie, je me
retirerai à Béthanie. Près de Toi, Maître, je créerais trop de distractions,
J'ai brillé, j'ai témoigné de ta puissance jusqu'en Syrie. Maintenant je m'éclipse. Toi seul dois
resplendir dans le ciel du miracle, dans le ciel de Dieu, et en présence des
hommes."
Marie, pendant ce temps, dit à la petite vieille : "Tu as été bonne pour
mon Fils. Lui m'a dit combien. Permets-moi de t'embrasser pour te dire que je
te suis reconnaissante. Je n'ai rien pour t'en récompenser, excepté mon
amour. Je suis pauvre, moi aussi... et je puis même dire que je n'ai plus de
Fils car Lui appartient à Dieu et à sa mission... Et qu'ainsi il en soit
toujours, car saint et juste est tout ce que Dieu veut."
Marie est douce, mais comme elle est brisée déjà... Tous les apôtres la
regardent avec pitié au point d'oublier les gens qui manifestent dehors et de
demander des nouvelles de leurs parents qui habitent au loin.
Mais Jésus dit : "Je monte sur la terrasse pour congédier les gens et
les bénir" et alors Pierre se réveille et il dit : "Mais où est
Margziam ? J'ai vu tous les disciples et pas lui."
"Margziam n'est pas ici" répond Salomé, la mère de Jacques et Jean.
"Margziam n'est pas ici ? Pourquoi ? Est-il malade ?"
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239> "Non. Il va bien, et ta femme aussi va bien. Mais
Margziam n'est pas ici. Porphyrée ne l'a pas laissé
venir."
"Sotte femme ! Dans un mois, c'est Pâque, et lui doit bien venir pour la
Pâque ! Elle pouvait le faire venir dès maintenant, donner cette joie au fils
et aussi à moi. Mais elle est plus lente à comprendre qu'une brebis
et..."
"Jean et Simon de Jonas, et toi Lazare avec Simon le Zélote, venez avec Moi.
Vous tous, restez ici où vous êtes, jusqu'à ce que j'aie congédié les gens
pour en séparer d'eux les disciples" commande Jésus et il sort avec les
quatre, .en fermant la porte.
Il traverse le couloir, la cuisine, sort dans le jardin, suivi de Pierre qui
bougonne et des autres. Mais avant de mettre pied sur la terrasse, il
s'arrête dans l'escalier, se tourne pour poser une main sur l'épaule de
Pierre qui lève son visage mécontent. "Écoute-moi bien, Simon Pierre, et
cesse d'accuser Porphyrée et de lui faire des reproches. Elle est innocente.
Elle obéit à un ordre de Moi. C'est Moi qui lui ai commandé, avant les
Tabernacles, de ne pas faire venir Margziam en Judée..."
"Mais la Pâque, Seigneur ?"
"Je suis le Seigneur, tu le dis. Et comme Seigneur, je puis commander
n'importe quelle chose, car tout ordre de Moi est juste. Par conséquent, ne
te laisse pas troubler par des scrupules. Te souviens-tu de ce qui est dit
dans les Nombres ? "Si quelqu'un de votre nation est immonde à cause
d'un mort, ou se trouve en voyage au loin, qu'il fasse la Pâque du Seigneur
le quatorzième jour du second mois, vers le soir".
"Mais Margziam n'est pas immonde, j'espère du moins que Porphyrée ne
songe pas à mourir justement maintenant, et il n'est pas en voyage..."
objecte Pierre.
"Peu importe. Je le veux ainsi. Il y a des choses qui rendent
plus immonde qu'un mort. Margziam... Je ne veux pas qu'il se contamine.
Laisse-moi faire, Pierre. Je sais. Sois capable d'obéir, comme l'est ton
épouse et Margziam lui-même. Nous ferons avec lui la seconde Pâque, au quatorzième
jour du second mois. Et nous serons si heureux alors. Je te le promets."
Pierre fait un geste comme pour dire : "Résignons-nous" mais il
n'objecte rien.
Le Zélote observe : "II vaut mieux que tu ne continues pas ton compte de
ceux qui ne seront pas à Pâque dans la ville !"
"Je n'ai plus envie de compter. Tout cela me fait quelque chose... Un
froid... Les autres peuvent-ils savoir ?"
"Non. Je vous ai pris exprès à part."
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240> "Alors... j'ai aussi quelque chose à dire en
particulier à Lazare."
"Dis-la. Si je puis je te répondrai" dit Lazare.
"Oh ! même si tu ne me réponds pas, peu m'importe. Il me suffit que tu
ailles trouver Pilate — l'idée est de ton ami Simon — et que toi, ainsi en
parlant de choses et d'autres, tu lui fasses dire ce qu'il pense faire pour
Jésus, en bien ou en mal... Tu sais... adroitement... Car on dit tant de
choses !..."
"Je le ferai, dès mon arrivée à Jérusalem. Je passerai par Béthel et Rama plutôt que par Jéricho pour aller à Béthanie, et je séjournerai
dans mon palais de Sion, et j'irai chez Pilate. Sois tranquille, Pierre, car
je serai adroit et sincère."
"Et tu perdras du temps pour rien, ami.
Car Pilate —
tu le connais comme homme, Moi je le connais comme Dieu — n'est qu'un roseau
qui plie du côté opposé à l'ouragan, en essayant de le fuir. Il ne manque
jamais de sincérité, car il est toujours convaincu qu'il veut faire et qu'il
fait ce qu'il dit à ce moment-là. Mais le moment d'après, par l'effet d'un
cri de l'ouragan qui vient d'un autre côté, il oublie — oh ! ce n'est pas
qu'il manque à ses promesses et à ses volontés — il oublie, cela
seulement, tout ce qu'il voulait auparavant. Il l'oublie parce que le cri
d'une volonté plus forte que la sienne lui fait oublier, lui enlève, comme en
les soufflant, toutes les pensées qu'un autre cri y avait mises et lui met à
l'intérieur les nouvelles. Et puis, au-dessus de toutes les tempêtes aux
mille voix, depuis celle de son épouse
qui le menace de se séparer s'il ne fait pas ce qu'elle veut, et une fois
séparé d'elle adieu toute sa force, toute protection auprès du
"divin" César, comme ils disent, tout en étant convaincus que ce
César est plus abject qu'eux... Mais eux savent voir l'Idée dans l'homme, et
même l'Idée annule l'homme qui la représente, et de l'Idée on ne peut dire
qu'elle est immonde : tout citoyen aime, et c'est juste qu'il aime la Patrie,
qu'il veuille son triomphe... César, c'est la Patrie... et voilà... que même
un misérable est... un grand, grâce à ce qu'il représente... Mais je ne
voulais pas parler de César, mais de Pilate ! Je disais, donc, qu'au-dessus
de toutes les voix, depuis celle de son épouse jusqu'à celle des foules, il y
a la voix, oh ! quelle voix ! de son moi. Du petit moi du petit homme, du moi
avide de l'homme avide, du moi orgueilleux de l'homme orgueilleux; cette
petitesse, cette avidité, cet orgueil veulent régner pour être grands,
veulent régner pour avoir beaucoup d'argent, veulent régner pour pouvoir
dominer un tas de sujets que courbe l'obéissance. La haine couve par dessous,
mais il ne la voit pas le petit César appelé Pilate, notre petit César... 241>
Lui ne voit que les échines courbées qui font semblant d'obéir et de trembler
devant lui, ou qui le font réellement. Et à cause de cette voix tempétueuse
du moi, lui est disposé à tout. Je dis : à tout, pourvu qu'il continue
à être Ponce Pilate, le Proconsul, le serviteur de César, le Dominateur de
l'une des si nombreuses régions de l'empire. Et à cause de tout cela, même si
maintenant il est mon défenseur, demain il sera mon juge, et inexorable. Toujours
indécise est la pensée de l'homme. Souverainement indécise ensuite quand cet
homme s'appelle Ponce Pilate. Mais toi, Lazare, tu peux contenter Pierre...
Si cela doit le consoler..."
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"Consoler non, mais... me tenir plus calme, oui..."
"Et alors contente notre bon Pierre, et va trouver Pilate."
"J'irai, Maître. Mais tu as peint le Proconsul comme aucun historien ou
philosophe n'aurait pu le faire. C'est parfait !"
"Je pourrais également peindre tout homme avec son image et son
caractère. Mais allons trouver ces gens qui font beaucoup de bruit".
Il monte les dernières marches et se présente. Il lève les bras et dit d'une
voix forte : "Hommes de Galilée et de Samarie, mes disciples et ceux qui
me suivent. Votre amour, le désir de m'honorer et d'honorer ma Mère et notre
ami, en escortant leur char, me dit quelle est votre pensée. Je ne puis que
vous bénir pour cette pensée qui est la vôtre. Pourtant, retournez à vos
maisons, à vos affaires. Vous de Galilée, allez et dites à ceux qui sont
restés que Jésus de Nazareth les bénit. Hommes de Galilée, nous nous verrons
pour la Pâque à Jérusalem, où j'entrerai le lendemain du sabbat avant la
Pâque. Hommes de Samarie, allez vous aussi et sachez ne pas borner votre
amour pour Moi à me suivre et me chercher sur les routes de la Terre, mais
sur celles de l'esprit. Allez et que la Lumière brille en vous. Disciples du
Maître, séparez-vous des fidèles tout en restant à Éphraïm pour recevoir mes
instructions. Allez. Obéissez."
"Il a raison ! Nous le dérangeons. Il veut rester avec sa Mère !"
crient les disciples et les nazaréens.
"Nous allons partir, mais auparavant, nous voulons sa promesse : de
venir à Sichem avant Pâque. À Sichem ! À Sichem !"
"J'y viendrai. Allez. Je viendrai avant de monter pour la Pâque à
Jérusalem."
"N'y va pas ! N'y va pas ! Reste avec nous ! Avec nous ! Nous te
défendrons ! Nous te ferons Roi et Pontife ! Eux te haïssent ! Nous, nous
t'aimons ! À bas les juifs ! Vive Jésus !"
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242> "Silence ! Ne faites pas ce vacarme ! Ma Mère
souffre de ces cris qui peuvent me nuire plus qu'une voix qui me maudirait.
Ce n'est pas encore mon heure. Allez. Je passerai par Sichem, mais enlevez de
votre cœur la pensée que je puisse, par une basse lâcheté humaine et par une
révolte sacrilège contre la volonté de mon Père, ne pas accomplir mon devoir
d'israélite, en adorant le vrai Dieu dans l'unique Temple où l'on puisse
l'adorer, et de Messie, en prenant la couronne ailleurs qu'à Jérusalem, où je
serai oint Roi universel selon la parole et la vérité vue par les grands
prophètes."
"À bas ! Il n'y a pas d'autre prophète après Moïse ! Tu es un
rêveur."
"Et vous aussi. Êtes-vous libres
peut-être ? Non. Comment s'appelle Sichem ? Quel est son nouveau nom? Et
comme pour elle, pour beaucoup d'autres villes de Samarie, Judée, Galilée.
Car le mangonneau romain nous met tous au même niveau. S'appelle-t-elle peut-être
Sichem ? Non. Elle s'appelle Neapolis , comme Betsean s'appelle Scythopolis et beaucoup d'autres villes qui, par la volonté des
romains ou celle de leurs vassaux flatteurs, ont pris le nom imposé par la
domination ou la flatterie. Et vous, chacun en particulier, vous voudriez
être plus qu'une ville, plus que nos maîtres, plus que Dieu ? Non. Rien ne
peut changer ce qui a été fixé pour le salut de tous. Moi, je suis la voie
droite. Suivez-moi, si vous voulez entrer avec Moi dans le Royaume éternel."
Il est sur le point de se retirer, mais les samaritains font tant de vacarme
que les galiléens réagissent, et en même temps accourent hors de la maison
dans le jardin et puis sur l'escalier et sur la terrasse ceux qui étaient
dans la maison. Apparaît le premier, le visage pâle et triste, angoissé de
Marie derrière Jésus et sa Mère l'embrasse et le serre comme si elle voulait
le défendre des injures qui montent d'en bas : "Tu nous as trahis ! Tu
t'es réfugié chez nous pour nous faire croire que tu nous aimais, alors
qu'ensuite tu nous méprises ! Méprisés, nous le serons encore davantage par
ta faute !" et cætera.
S'approchent aussi de Jésus les femmes disciples, les apôtres et en dernier,
apeurée, Marie de Jacob. Les cris d'en bas expliquent l'origine du tumulte,
origines lointaines mais certaines : "Pourquoi nous as-tu envoyé tes
disciples pour nous dire que tu es persécuté ?"
"Je n'ai envoyé personne. Voici là-bas ceux de Sichem. Qu'ils
s'avancent. Que leur ai-je dit un jour sur la montagne ?"
"C'est vrai. Il nous a dit qu'il ne peut être qu'adorateur dans le
Temple tant que le temps nouveau ne sera pas venu pour tous. Maître, nous ne
sommes pas coupables, crois-le. Mais eux ont été trompés par de faux
envoyés."
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243> "Je le sais. Mais maintenant partez. Je viendrai
quand même à Sichem. Je n'ai peur de personne. Mais maintenant allez pour ne
pas vous nuire à vous-mêmes et à ceux de votre sang. Voyez-vous là-bas qu'en
descendant la route, brillent au soleil les cuirasses des légionnaires ?
Certainement ils vous ont suivis à distance en voyant une telle escorte. Ils
sont restés dans le bois à attendre. Vos cris maintenant les attirent ici.
Partez pour votre bien."
Effectivement, au loin, sur la grande route que l'on voit monter vers les
montagnes, celle sur laquelle Jésus
trouva l'affamé, on voit briller des clartés mouvantes qui avancent. Les
gens se dispersent lentement. Il reste ceux d'Éphraïm, les galiléens, les
disciples.
"Allez vous aussi, vous d'Éphraïm, à vos maisons et partez vous de
Galilée. Obéissez à celui qui vous aime !"
Eux aussi s'en vont. Il ne reste que les disciples que Jésus ordonne de faire
entrer dans la maison et dans le jardin. Pierre avec les autres descend pour
ouvrir.
Judas de Kériot ne descend pas. Il rit ! Il rit en disant "Maintenant tu
vas voir les "bons samaritains" comme ils vont te haïr ! Pour
construire le Royaume, tu disperses les pierres, et les pierres dispersées
d'une construction deviennent des armes pour frapper. Tu les as méprisés ! Et
eux ne l'oublieront pas."
"Qu'ils me haïssent. Ce n'est pas par peur de leur haine que j'éviterai
de faire mon devoir. Viens, Mère. Allons dire aux disciples ce qu'ils doivent
faire avant que je ne les congédie" et entre Marie et Lazare, il descend
l'escalier pour entrer dans la maison où s'entassent les disciples venus à
Éphraïm. Il leur donne l'ordre de se répandre partout pour prévenir tous leurs
compagnons d'être à Jéricho pour la néoménie de nisan et d'attendre jusqu'à
son arrivée, et de dire aux habitants des endroits par où ils passeront que
Lui quittera Éphraïm et de le chercher à Jérusalem pour la Pâque.
Puis il les répartit en groupes de trois et confie à Isaac, Hermas et Étienne, le nouveau disciple
Samuel qu'Étienne salue ainsi : "La joie de te voir dans la lumière
tempère mon angoisse de voir que tout devient pierre pour le Maître" et
Hermas, de son côté, salue ainsi : "Tu as quitté un homme pour un Dieu.
Et Dieu maintenant est vraiment avec toi." Isaac, humble et réservé, dit
seulement : "La paix soit avec toi, frère."
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244> Une fois offerts le pain et le lait que ceux d'Éphraïm
pensent offrir, dans une bonne pensée, les disciples aussi partent et c'est
enfin la paix... Mais pendant que l'on prépare l'agneau, Jésus est encore
occupé. Il va trouver Lazare et lui dit : "Viens avec Moi le long du
torrent."
Lazare obéit avec sa promptitude habituelle.
Ils s'éloignent de la maison d'environ deux cent mètres. Lazare se tait
attendant que Jésus parle. Et Jésus parle : "Voilà ce que je voulais te
dire. Ma Mère est très abattue : tu le vois. Envoie ici tes sœurs. Moi, en
réalité, je vais pousser vers Sichem avec tous les apôtres et les femmes
disciples. Mais je les enverrai ensuite en avant, à Béthanie, pendant que je
m'arrêterai quelque temps à Jéricho. Je puis encore oser garder avec Moi des
femmes ici en Samarie, mais pas ailleurs..."
"Maître ! Tu crains vraiment...Oh ! s'il en est ainsi, pourquoi m'as-tu
ressuscité ?"
"Pour avoir un ami."
"Oh !!! Si c'est pour cela, alors, me voici. Toute douleur n'est rien
pour moi, si je puis te réconforter par mon amitié."
"Je le sais. Et pour cela, je me sers de toi et je me servirai de toi
comme du plus parfait ami."
"Dois-je réellement aller trouver Pilate ?"
"Oui, si tu veux. Mais pour Pierre, pas pour Moi."
"Maître, je te ferai savoir... Quand quittes-tu cet endroit ?"
"D'ici huit jours. J'aurai à peine le temps d'aller où je veux et me
trouver ensuite chez toi avant Pâque. Pour me retremper à Béthanie, l'oasis
de paix, avant de me plonger dans le tumulte de Jérusalem."
"Tu sais, Maître, que le Sanhédrin est bien décidé à créer les
accusations, étant donné qu'il n'y en a pas, pour t'obliger à fuir pour
toujours ? Je le sais par le synhédriste Jean, que j'ai rencontré
par hasard à Ptolémaïs, heureux du nouveau fils qui va naître bientôt. Il m'a
dit : "Je suis affligé de cette décision du Sanhédrin. Car j'aurais
voulu que le Maître fût présent à la circoncision du bébé que j'espère être
un garçon. Il doit naître dans les premiers jours de tamouz . Mais le Maître
sera-t-il encore parmi nous pour ce temps ? Et je voudrais... Que le petit Emmanuel, et ce nom te dit ce
que je pense, l'eût pour le bénir à son entrée dans le monde. Car mon fils,
bienheureux sera-t-il, n'aura pas à lutter pour croire, comme nous le devons.
Il grandira dans le temps messianique, et il lui sera facile d'en accepter
l'idée". Jean est arrivé à croire que tu es le Promis."
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245> "Et ce seul, au milieu de tant d'autres, me
dédommage de ce que les autres ne font pas. Lazare, saluons-nous ici, dans la
paix. Et merci pour tout, mon ami. Tu es un ami véritable. Avec dix qui te
ressembleraient, il serait encore doux de vivre au milieu de tant de
haine..."
"Maintenant tu as ta Mère, mon Seigneur. Elle vaut dix et cent Lazare.
Mais rappelle-toi bien que quelle que soit la chose dont tu peux avoir
besoin, s'il m'est possible, je te la procurerai. Commande-moi et je serai
ton serviteur, en tout. Je ne serai pas sage, ni saint comme les autres qui
t'aiment, mais un autre plus fidèle que moi, en mettant Jean à part, tu n'en
pourras pas trouver. Je ne crois pas être orgueilleux en le disant. Et maintenant
que nous avons parlé de Toi, je vais te parler de Sintica. Je l'ai vue.
Elle est active et sage comme seule une grecque, qui a pu venir à ta suite,
peut l'être. Elle souffre d'être au loin, mais elle dit qu'elle est heureuse
de préparer ton chemin. Elle espère te voir avant de mourir."
"Elle me verra certainement. Je ne déçois jamais les espérances des
justes."
"Elle a une petite école très fréquentée par des fillettes de toutes
provenances. Mais le soir, elle prend avec elle quelque pauvre fillette de
sang mêlé et n'appartenant donc à aucune religion, et elle les instruit sur
Toi. Je lui ai dit : "Pourquoi ne te fais-tu pas prosélyte ? Cela
t'aiderait beaucoup". Elle m'a répondu : "Parce que je ne veux pas
me consacrer à ceux d'Israël, mais aux autels vides qui attendent un Dieu. Je
les prépare à recevoir mon Seigneur. Puis, une fois son Règne établi, j'irai
dans ma Patrie, et sous le ciel de l'Hellade, je consumerai ma vie à préparer
les cœurs aux maîtres. C'est mon rêve. Mais si je meurs auparavant de maladie
ou par la persécution, je m'en irai également heureuse, car ce sera signe que
j'ai accompli mon travail et qu'il appelle à Lui sa servante qui l'a aimé dès
la première rencontre".
"C'est vrai. Sintica m'a réellement aimé dès la première
rencontre."
"Je voulais lui taire à quel point tu es tourmenté. Mais Antioche résonne comme une
coquille de tous les bruits du vaste empire de Rome, et donc aussi de ce qui
arrive ici. Et Sintica n'ignore pas tes peines, et elle en souffre encore
plus d'être au loin. Elle voulait me donner de l'argent. Je l'ai refusé en
lui disant de s'en servir pour les fillettes. Mais j'ai pris un couvre-chef
qu'elle a tissé avec de la soie de deux grandeurs. C'est ta Mère qui l'a.
Sintica a voulu dessiner avec le fil ton histoire et la sienne et celle de
Jean d'Endor. 246> Et sais-tu comment ? En tissant tout autour
du carré une bordure représentant un agneau qui défend, contre une bande de
hyènes, deux colombes. L'une d'elles a les ailes brisées et l'autre a rompu
la chaîne qui la tenait attachée. Et l'histoire se poursuit en alternant,
jusqu'au vol vers les hauteurs de la colombe aux ailes brisées, et la prison
volontaire de l'autre aux pieds de l'agneau. On dirait une de ces histoires
que les sculpteurs grecs font avec le marbre sur les festons des temples et
sur les stèles de leurs morts, ou encore que les peintres peignent sur les
vases. Elle voulait te l'envoyer par un de mes serviteurs. Moi, je l'ai
pris."
"Je le porterai parce qu'il vient d'une bonne disciple. Allons vers la
maison. Quand comptes-tu partir ?"
"Demain à l'aurore, pour faire reposer les chevaux. Puis je ne
m'arrêterai pas jusqu'à Jérusalem et j'irai trouver Pilate. Si je puis lui
parler, je t'enverrai ses réponses par Marie."
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