|
62> Jésus dit :
"Comme un rapide crépuscule d'hiver où un vent de neige accumule les
nuages dans le ciel, la vie de mes grands-parents connut rapidement la nuit,
depuis que leur Soleil s'était fixé, pour y resplendir devant le Rideau Sacré
du Temple.
63> Mais n'est-il pas dit : "La Sagesse inspire la vie
en ses fils, prend sous sa protection ceux qui la cherchent... Qui l'aime,
aime la vie et qui veillera pour elle se réjouira de sa paix. Qui la possède
aura la vie en héritage... Qui la sert obéira au Saint et qui l'aime est bien
aimé de Dieu... S'il croira en elle, il l'aura en héritage, héritage qui sera
confirmé aux descendants pour qu'elle l'accompagne dans l'épreuve. Il sera
d'abord l'objet d'un choix de Dieu, puis Dieu lui enverra craintes, peurs et
épreuves, la flagellation de sa discipline pour le former jusqu'à ce qu'Il
l'ait éprouvé dans ses pensées et puisse se fier de lui. Mais après cela Il
l'affermira, reviendra à lui par des chemins droits et le rendra content. Il
lui découvrira ses secrets, mettra en lui des trésors de science et
d'intelligence au sein de la justice" ?
Oui, tout cela a été dit. Les Livres sapientiels conviennent à tous les hommes qui y trouvent le miroir
de leur conduite et un guide, mais heureux ceux que l'on peut reconnaître
parmi les amants spirituels de la Sagesse.
Je me suis entouré de sages, dans ma parenté
mortelle. Anne, Joachim, Joseph, Zacharie, et plus
encore Élisabeth et puis
le Baptiste, ne
sont-ils pas là de vrais sages ? Je ne parle pas de ma Mère en qui la Sagesse possédait sa demeure.
De la jeunesse à la tombe, la Sagesse avait inspiré une manière de vivre
agréable à Dieu à mes grands-parents. Comme une tente qui protège de la
fureur des éléments déchaînés, elle les avait protégés contre le danger du
péché. La sainte crainte de Dieu est à la base de l'arbre de la sagesse d'où
s'élance avec toutes ses branches pour rejoindre à son sommet l'amour
tranquille dans sa paix, l'amour paisible dans sa sécurité, l'amour sûr de
lui dans sa fidélité, l'amour fidèle dans sa force, l'amour total, généreux,
actif des saints.
"Qui aime la Sagesse, aime la vie et possède en héritage la Vie " dit l'Ecclésiastique. Mais cela se rattache à ma
parole: "Qui perdra sa vie par amour de Moi, la sauvera". C'est
qu'il n'est pas question de la pauvre vie de cette terre, mais de la vie
éternel- le, non des joies d'une heure, mais des joies immortelles.
En ce sens Joachim et Anne l'ont aimée et elle fut avec eux dans leurs
épreuves. Combien, parmi vous, sans être complètement mauvais voudraient
n'avoir jamais à pleurer ni à souffrir ! Combien d'épreuves ne
rencontrèrent pas ces justes qui méritèrent d'avoir pour fille Marie !
Haut
de page
64> La persécution politique qui
les chassa de la terre de David en les appauvrissant sans mesure. La
tristesse de voir s'écouler les années sans qu'une fleur leur dise :
"Je vous continue". Et après, la crainte que l'ayant eue à un âge
avancé, il était certain qu'ils ne verraient pas s'épanouir en elle la femme.
Et puis devoir l'arracher de leur cœur pour la porter à l'autel de Dieu. Et
encore vivre, dans un silence plus pesant, alors qu'ils s'étaient habitués au
chant de leur petite tourterelle, au bruit de ses petits pas, aux sourires et
aux baisers de leur créature... et attendre avec ces souvenirs l'heure de
Dieu. Et encore, et encore. Maladies, calamités des intempéries, insolences
des puissants... tant de coups de bélier dans le faible castel de leur
modeste prospérité. Et ce n'est pas tout : le souvenir pénible de leur
enfant si lointaine qui reste seule et pauvre et qui, malgré leur sollicitude
et leurs sacrifices, n'aura qu'un reste du bien paternel. Et en quel état le
trouvera-t-elle si, pendant des années encore il reste inculte, fermé,
attendant qu'elle revienne ? Craintes, peurs, épreuves et tentations. Et
fidélité, fidélité, fidélité toujours à Dieu. La tentation la plus
forte : ne pas se refuser le réconfort de la présence de leur fille
auprès de leur vie à son déclin. Mais les enfants appartiennent à Dieu,
d'abord, avant d'appartenir à leurs parents. Et tout fils peut dire ce
que j'ai dit à ma Mère : "Ne sais-tu pas que je dois veiller aux
intérêts du Père du Ciel ?" Et chaque mère, chaque père doit, pour savoir
quelle attitude observer, regarder Marie et Joseph au Temple, Anne et Joachim
dans leur maison de Nazareth qui se fait chaque jour plus vide et plus
triste, mais dans laquelle une seule chose ne s'affaiblit pas, mais ne Cesse
de grandir : la sainteté de deux cœurs, la sainteté de leur union.
Que reste-t-il à Joachim infirme et à Anne sa dolente épouse pour éclairer
leurs longues et silencieuses soirées de vieillards qui attendent la
mort ? Les petits vêtements, les premières sandalettes, les pauvres
joujoux de leur petite qui est si loin et puis les souvenirs, les souvenirs,
les souvenirs. Et avec eux une paix qui vient leur dire : "Je
souffre, mais j'ai accompli mon devoir d'amour envers Dieu".
Haut
de page
65> Et alors voilà une joie
surhumaine qui brille d'une lumière céleste, inconnue aux gens du monde. Elle
ne pâlit pas du fait qu'elle tombe sur paupières flétries, sur deux yeux qui
se meurent, mais à la dernière heure resplendit davantage et illumine des
vérités restées au dedans de leur âme tout le temps de la vie, enfermées
comme des papillons dans leurs cocons, ne manifestant leur existence que par
des suaves mouvements faits de légers éclairs; mais maintenant elles ouvrent
leurs ailes de soleil et montrent les paroles qui les décorent. Et la vie
s'éteint dans la connaissance d'un avenir bienheureux pour eux et pour leur
descendance pendant que sur leurs lèvres s'épanouit une dernière bénédiction
pour leur Dieu.
Telle fut la mort de mes grands-parents, comme la méritait leur sainte vie. À
cause de leur sainteté, ils ont mérité d'être les premiers gardiens de
l'Aimée de Dieu. Ce n'est que quand un Soleil vint les éclairer au déclin de
leur vie qu'ils eurent la pleine vision de la grâce que Dieu leur avait
faite. A cause de leur sainteté Anne n'éprouva pas les souffrances de
l'enfantement mais donna extatiquement le jour, après l'avoir portée, à la
Sans Faute. Pour tous deux, ce ne fut pas l'agonie, mais la langueur d'une
vie qui s'éteint comme s'éteint une étoile quand le soleil se lève à
l'aurore. Et s'ils n'eurent pas la consolation de me posséder, Moi, la
Sagesse Incarnée, comme l'eut Joseph, j'étais près d'eux, Invisible Présence,
leur disant de sublimes paroles, penché sur leur oreiller pour les endormir
dans la paix, en attendant le triomphe.
Quelqu'un dira : "Pourquoi n'ont-ils pas dû souffrir pour engendrer
et mourir puisqu'ils étaient fils d'Adam ?" Je leur réponds :
"Si pour s'être approchés de Moi présent dans le sein de ma Mère, le Baptiste,
fils d'Adam et conçu avec le péché d'origine, fut sanctifié avant de naître,
n'aurait-elle eu aucune grâce la mère sainte de la Toute Sainte que la Tache
n'avait pas touchée, de Celle qui était la Préservée de Dieu et qui portait
Dieu avec elle en son esprit presque divin et en son cœur encore
embryonnaire, jamais séparée de Dieu depuis le moment où le Père la pensa,
qui fut conçue dans un sein qui revint à posséder Dieu en plénitude au Ciel
pour une éternité glorieuse ?".
À celui-ci je réponds : "La droiture de la conscience procure une
mort sereine et les prières des saints vous obtiennent pareille mort".
|