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115> Jésus est
monté sur un tas de paniers et de cordages à l'entrée du jardin de la maison
de la belle-mère de Pierre. Les gens s'entassent dans le jardin et il y en a
sur la grève du lac, les uns assis sur la rive, les autres sur les barques
tirées au sec. Il semble qu'il parle depuis déjà quelque temps car le
discours est en route.
J'entends : "…Certainement, de nombreuses fois vous vous êtes dit
cela au fond du cœur. Mais cela n'est pas. Le Seigneur n'a pas manqué de
bonté à l'égard de son peuple. Bien que celui-ci ai manqué de fidélité, des
milliers et des dizaines de milliers de fois.
Écoutez cette parabole :
elle vous aidera à comprendre. Un roi avait dans ses écuries des quantités de
chevaux magnifiques. Mais il en aimait un d'un amour tout spécial. Il l'avait
désiré, avant même de le posséder; puis, l'ayant acquis, il l'avait mis dans
un endroit délicieux, et il allait le voir, poser sur lui son regard et son
cœur, contemplant son préféré, rêvant de faire de lui la merveille de son
royaume. Et quand le cheval, révolté contre ses ordres avait désobéi et
s'était enfui chez un autre maître, malgré sa douleur et sa justice, le roi
avait promis au révolté le pardon après le châtiment. 116> Et fidèle à sa
promesse, il veillait de loin sur son préféré, lui envoyant des cadeaux et
des gardiens qui rappelleraient son souvenir à son cœur. Mais le cheval, bien
que soufrant de son exil hors du royaume, n'était pas constant, comme le roi,
pour aimer et vouloir un pardon total. Tantôt bon, tantôt mauvais, mais le
bien ne l'emportait pas sur le mal. C'était plutôt le contraire. Et pourtant
le roi patientait et par des reproches et des caresses cherchait à faire de
son cheval le plus cher ami docile.
Plus le temps passait, plus la bête se faisait rétive. Il appelait son roi,
pleurait sous le fouet des autres maîtres, mais ne voulait pas appartenir
vraiment au roi. Il n’en avait pas la volonté. Epuisé, accablé, gémissant, il
ne disait pas : "C'est par ma faute si je suis ainsi", mais il s'en
prenait à son roi. Le roi, après avoir tout essayé eut recours à son dernier
essai. "Jusqu'à présent, dit-il, j'ai envoyé des messagers et des amis.
Maintenant, je lui enverrai mon propre fils. Lui a le même cœur que moi et il
parlera avec mon propre amour et il donnera des caresses et des cadeaux
semblables à ceux que j'avais donnés, et même plus doux, encore, car mon
fils, c'est moi-même, mais sublimé par l'amour". Et Il envoya son fils.
Voilà la parabole. Maintenant, c'est à vous de parler. Vous semble-t'il que ce roi aimait son animal préféré ?"
Les gens proclament unanimement : "Il l'aimait infiniment."
"L'animal pouvait-il se plaindre de son roi pour tout le mal qu'il avait
souffert après l'avoir abandonné ?"
"Non, il ne le pouvait pas" répond la foule.
"Répondez encore à cette question : ce cheval, comment vous semble-t'il qu'il ait accueilli le fils de son roi qui venait le
racheter, le guérir et le conduire de nouveau dans un endroit
délicieux ?"
"Avec joie, c'est naturel, avec reconnaissance et affection."
"Mais si le fils du roi avait dit au cheval : "Je suis venu dans ce
but et pour te procurer ces avantages, mais maintenant tu dois être bon,
obéissant, plein de bonne volonté, fidèle envers moi", que dites-vous
qu'aurait dit le cheval ?"
"Oh ! inutile de le demander ! Il aurait dit, maintenant ce
qu'il en savait ce qu'il en coûtait d'être banni du royaume, qu'il voulait
être comme le fils du roi lui disait."
"Alors selon vous, quel était le devoir de ce cheval ?"
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117> "D'être encore meilleur
qu'on ne lui avait demandé, plus affectueux, plus docile pour se faire
pardonner ses fautes passées pour reconnaître le bien qu'on lui avait
fait."
"Et s'il n'avait pas agi ainsi ?"
"Il serait digne de mort, parce que pire qu'une bête sauvage".
"Amis, vous avez bien jugé. Agissez donc vous aussi,
comme vous voudriez qu'eût fait ce cheval. Vous hommes, créatures de
prédilection du Roi des Cieux, Dieu mon Père et le vôtre; vous à qui après
les Prophètes Dieu envoyé son propre Fils, soyez, oh ! soyez - je vous en conjure pour votre bien et parce que je
vous aime comme seul un Dieu peut aimer, ce Dieu qui est en Moi pour opérer
le prodige de la Rédemption - soyez au moins comme vous jugez que doive être
cet animal. Malheur à celui qui, étant homme, s'abaisse à un degré inférieur
à celui de l'animal ! Mais s'il pouvait encore y avoir un excuse pour
ceux qui jusqu'à présent ont péché, maintenant il n'y en a plus. Auparavant,
oui, car trop de temps était passé, le monde avait accumulé trop de poussière
sur la Loi, depuis le temps qu'elle avait été donnée. Je suis venu pour
présenter de nouveau la parole de Dieu. Le Fils de l'homme est parmi les
hommes pour les ramener à Dieu. Suivez-Moi. Je suis la Voie, la Vérité et la Vie."
Bourdonnement habituel de la foule. Jésus ordonne aux disciples :
"Faites avancer les pauvres. Pour eux la riche offrande d'une personne
qui se recommande à eux pour obtenir le pardon de Dieu."
Ils se présentent trois vieux déguenillés, deux aveugles et un bossu et puis
une veuve avec sept bambins émaciés.
Jésus les regarde attentivement, l'un après l’autre, sourit à la veuve et
surtout aux orphelins. Il donne même à Jean cet ordre : "Ceux-ci, mets les là, dans le jardin.
Je veux leur parler." Mais il devient sévère, l’œil flamboyant quand se
présente à Lui un petit vieux. Cependant, il ne dit rien pour le moment.
Il appelle Pierre et se fait donner la bourse reçue peu de temps
auparavant et une autre remplie de menue monnaie, oboles recueillies parmi de
braves gens. Il renverse tout sur une banquette qui est près du puits, compte
et fait six parts. Une très grosse toute en pièces d'argent et cinq tas plus
petits avec beaucoup de bronze et seulement quelques grosses pièces. Il
appelle ensuite les pauvres malades et leur demande : "Vous n'avez
rien à me dire."
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118> Les
aveugles se taisent. Le bossu dit : "Que Celui de qui tu viens te
protège." Rien de plus.
Jésus lui remet l'obole dans la main valide.
L'homme dit : "Dieu t'en récompense, mais voilà plus que cela, je
voudrais que tu me
guérisses."
"Tu ne l'as pas demandé."
"Je suis un pauvre ver de terre que les grands piétinent : je n'osais
espérer que tu aies pitié d'un mendiant."
"Je suis la Pitié qui se penche sur toute misère qui m'appelle. Je ne
refuse à personne. Je ne demande que l'amour et la foi pour répondre : je
t'écoute."
"Oh ! mon Seigneur ! Je crois et je t'aime ! Alors
sauve-moi ! Guéris ton serviteur ! "
Jésus lui met la main sur le dos courbé, la fait courir comme pour le
caresser et dit : "Je veux que tu sois guéri."
L'homme se redresse agile et intègre avec des bénédictions sans fin.
Jésus donne l'obole aux aveugles et attend un instant pour les congédier,
puis il les laisse aller. Il appelle les vieux, Au premier il fait l'aumône
et l'aide à mettre la monnaie dans sa ceinture. Il s'intéresse avec pitié aux
ennuis du second qui lui parle de la maladie d'une fille.
"Je n'ai qu'elle ! Et maintenant elle va mourir, qu'en sera-t-il de
moi ? Oh ! si tu venais ! Elle ne peut se tenir debout. Elle
voudrait bien, mais ne peut pas. Maître, Seigneur Jésus, aie pitié de
nous !"
"Où habites-tu, père ? "
"À Corozaïn. demande après Isaac de Jonas surnommé l'Adulte. Viendras-tu vraiment ?
N'oublieras-tu pas mon malheur ? Et, me la guériras-tu, la
fille ?"
"Peux-tu croire que Moi je puisse la guérir?"
"Oh! Si, je le crois ! C'est pour cela que je t'en
parle. "
"Rentre à la maison, père. Ta fille sera sur le pas de ta porte pour te
saluer."
"Mais elle est au lit, et ne peut se lever depuis trois... Ah ! je
comprends. Oh ! merci, bon Maître ! Sois béni, Toi et Celui qui t'a
envoyé ! Louange à Dieu et à son Messie !" Le vieux s'éloigne en
pleurant, cheminant plus vite. Mais quand il va sortir du jardin, il dit :
"Maître ! tu viendras quand même dans ma pauvre maison ? Isaac
t'attend pour te baiser les pieds, te les laver de ses larmes et t'offrir le
pain de l'amour. Viens Jésus. Je parlerai de Toi à mes concitoyens."
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119> "Je viendrai. Va en paix
et sois heureux."
Le troisième petit vieux s'avance ensuite. Il paraît le plus déguenillé de
tous. Mais Jésus n'a plus que le gros tas d'argent. Il appelle à haute voix :
"Femme, viens avec tes petits."
La femme, jeune et émaciée se présente, la tête inclinée. Elle paraît une
pauvre mère poule au milieu de ses pauvres poussins
"Depuis quand es-tu veuve, femme ?"
"Cela fait trois ans à la lune de Tisri."
"Quel âge as-tu ?"
"Vingt-sept ans. "
"Ce sont tous tes enfants ?"
"Oui Maître et... et je n'ai plus rien. J'ai tout dépensé, comment
puis-je travailler si personne ne veut de moi avec tous ces
petits ?"
"Dieu n'abandonne pas même le ver qu'Il a créé. il ne t'abandonnera pas,
femme. Où habites-tu ?"
"Sur le lac, à trois stades de Bethsaïda.
C'est lui qui m'a dit de venir... Mon mari est mort sur le lac. Il était
pêcheur...". ’’Lui’’ c'est André qui rougit et voudrait bien disparaître.
"Tu as bien fait, André de dire à la femme de venir me trouver."
André se rassure et murmure : "L'homme était mon ami, il était bon.
Il a péri sur le lac pendant une tempête, en perdant même la barque."
"Tiens, femme. Ceci t'aidera un bon moment et puis un autre soleil se
lèvera sur ton jour. Sois bonne, élève tes enfants dans l'observance de la
Loi et l'aide de Dieu ne te fera pas défaut. Je te bénis, toi et les
petits " et il les caresse l'un après l'autre avec une grande
pitié.
La femme s'en va en serrant le trésor sur son cœur.
"Et à moi ? " demande le dernier petit vieux qui reste.
Jésus le regarde et se tait.
"Rien pour moi ? Tu n'es pas
juste ! À elle tu as donné six fois plus qu'aux autres, et à moi, rien,
mais voilà... c'était une femme !"
Jésus le regarde et se tait.
"Regardez, vous tous si c'est juste ! Je viens de loin parce que
l'on m'a dit qu'ici on donne de l'argent, et puis voilà, je vois qu'il y en a
à qui on donne trop, et à moi, rien... Un pauvre vieux malade ! Et il veut
que l'on croie en Lui !..."
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120> "Vieux, tu n'as pas
honte de mentir ainsi ? La mort t'est tout proche,
et tu mens, et tu cherches à voler ceux qui ont faim. Pourquoi veux-tu voler
à des frères l'obole que j'ai prise pour la distribuer aux petits, avec
justice ?"
"Mais moi... "
"Tais-toi ! Mon silence et ma façon d'agir auraient dû te faire
comprendre que je savais à qui j'avais à faire et tu aurais dû rester
silencieux comme Moi. Pourquoi veux-tu que je te couvre de
honte ? "
"Je suis pauvre"
"Mais non, tu es un avare et un voleur. Tu vis pour l'argent et pour
l'usure. "
"Je n'ai jamais pratiqué l'usure. Dieu m'est témoin."
"N'est-ce pas de l'usure cela et de la plus cruelle de voler qui est
réellement dans le besoin ? Va. Repents-toi pour
que Dieu te pardonne. "
"Je te jure... "
"Tais-toi ! Je te le commande ! Il
est dit : "Il ne faut pas faire de faux serments"
. Si
je ne respectais pas tes cheveux blancs, je fouillerais en ton sein et j'y
trouverais ta bourse remplie d'or, ton vrai cœur. Va-t'en !"
Mais maintenant le petit vieux s'en va sans insister, au ton de voix de
Jésus. La foule le menace, le raille et le traite
de voleur.
"Taisez-vous ! Si lui est sorti du bon chemin,
ne faites pas comme lui. Lui manque de sincérité : c'est un malhonnête.
Vous, en l'insultant, manquez à la charité. Il ne faut pas insulter le frère
qui a péché. Chacun a son péché; personne n'est parfait sauf Dieu. J'ai dû
lui faire honte parce qu'il n'est jamais permis d'être voleur. Jamais et
surtout pas avec les pauvres. Mais seul le Père sait si j'ai souffert de le
faire. Vous aussi devez éprouver de la souffrance de voir un Israélite
manquer à la Loi en cherchant à faire tort aux pauvres et à la veuve. Ne
soyez pas cupides. Que votre trésor soit votre âme et non pas l'argent. Ne
soyez pas parjures. Que votre langage soit pur et honnête comme vos actes. La
vie n'est pas éternelle, et l'heure de la mort approche. Vivez de telle façon
qu'à l'heure de la mort votre esprit puisse être en paix, dans la paix de
celui qui a vécu en juste. Rentrez dans vos maisons..."
"Pitié, Seigneur, mon fils que voilà est muet à
cause d'un démon qui le tourmente. "
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121> "Et mon frère que voilà
est semblable à une bête immonde. Il se roule dans la boue et mange les
excréments. C'est un esprit malin qui le porte à ces actions immondes, en
dépit de sa volonté. "
Jésus va vers le groupe qui l'implore. Il lève les bras et commande :
"Sortez de ceux-ci. Laissez à Dieu ses créatures. "
Au milieu des cris et des clameurs, les deux malheureux sont guéris. Les femmes qui les conduisaient se prosternent en
bénissant.
"Allez à vos maisons et soyez reconnaissants à Dieu. La paix tous.
Allez."
La foule s'en va en commentant les faits. Les quatre disciples se serrent
auprès du Maître.
"Amis, en vérité Je vous dis qu'en Israël se
trouvent tous le péchés et que les démons y ont établi leur demeure. Il n'y a
pas que les possessions qui rendent les lèvres muettes et celles qui poussent
à vivre en brute en mangeant les ordures. Mais les plus réelles et les plus
nombreuses sont celles qui ferment les cœurs à l'honnêteté et en font une
sentine de vices immondes. Oh! mon Père !" Jésus s'assied
accablé.
"Tu es fatigué, Maître ? "
"Fatigué, non, mon Jean, mais désolé par l'état des cœurs et le peu de volonté
de se corriger. Je suis venu... mais l'homme. L'homme... Oh ! mon
Père !..."
"Maître, je t'aime. Nous tous, nous t'aimons..."
"Je le sais, mais vous êtes si peu nombreux... et mon désir de sauver
est si grand !"
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