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Vision du vendredi 27
avril 1945
32> Une nuit avec un clair de lune si
limpide qu'il révèle tous les détails du terrain et, avec le jeune blé en
herbe, les champs semblent des tapis de peluche vert-argenté
traversés par les rubans sombres des sentiers et gardés par les arbres tout
éclairés du côté de la lune, tout noirs à l'opposé.
Jésus chemine, tranquille et seul.
Il suit très rapidement son chemin jusqu'à ce qu'il trouve un cours d'eau qui
descend en bouillonnant vers la plaine en direction nord-est
. Il
le remonte jusqu'à un endroit solitaire près d'une pente boisée. Il tourne
encore, grimpe un sentier et arrive à un abri naturel au flanc de la colline.
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33> Il entre et se penche sur un
être couché qu'on distingue à peine au clair de la lune qui éclaire le
sentier mais ne pénètre pas dans la grotte. Il l'appelle : "Jean"
L'homme se réveille et s'assoit, encore pris par le sommeil. Mais vite, il
comprend quel est Celui qui l'appelle et se lève vivement, pour ensuite se
prosterner à terre en disant : "Comment se fait-il que mon Seigneur
soit venu jusqu'à moi ?"
"Pour réjouir ton cœur et le mien. Tu m'as désiré, Jean. Me voici.
Lève-toi. Sortons au clair de lune et assoyons-nous, pour parler, sur ce
rocher près de la grotte."
Jean obéit, se lève et sort. Mais, quand Jésus est assis, lui, dans sa peau
de brebis qui couvre mal son corps amaigri, se met à genoux en face du
Christ, renvoie en arrière ses cheveux longs et en désordre, qui lui
retombent sur les yeux, pour mieux voir le Fils de Dieu.
Cela fait un très grand contraste. Jésus, pâle et blond, aux cheveux soyeux
et peignés, avec une barbe courte au bas du visage. L'autre qui n'est qu'un
buisson de poils très noirs d'où émergent seulement deux yeux enfoncés, je
dirais fiévreux, tant ils brillent de leur couleur noir de jais.
"Je suis venu te dire "merci". Tu as accompli et tu accomplis,
avec toute la perfection de la Grâce qui est en toi, ta mission d'être mon
Précurseur. Quand l'heure viendra, tu entreras au Ciel à mes côtés, car tu
auras tout mérité de Dieu. Mais, en attendant, tu seras déjà dans la paix du
Seigneur, mon ami bien aimé"
"Bientôt j'entrerai dans la paix. Mon Maître et mon Dieu, bénis ton
serviteur pour le fortifier dans la dernière épreuve. Je n'ignore pas qu'elle
est désormais très proche et que je dois encore donner un témoignage: celui
du sang . Et à
Toi, plus encore qu'à moi, ce n'est pas chose inconnue que mon heure va
arriver. Ta venue, C'est la miséricordieuse bonté de ton cœur de Dieu qui l'a
voulue pour fortifier le dernier martyr d'Israël et le premier martyr des
temps nouveaux. Mais dis-moi seulement: aurai-je à attendre beaucoup ta
venue ?"
"Non, Jean, pas beaucoup plus qu'il ne s'est écoulé de temps de ta
naissance à la mienne"
"Que le Très-Haut en soit béni. Jésus... puis-je t'appeler
ainsi ?"
"Tu le peux, à cause des liens du sang et de ta sainteté. Ce nom, que
disent même les pécheurs, peut être dit par le saint d'Israël. Pour eux c'est
le salut, pour toi la douceur. Que veux-tu de Jésus, ton Maître et ton
cousin ?"
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34> "Je vais mourir. Mais
comme un père se préoccupe de ses enfants, je me préoccupe de
mes disciples. Mes disciples... Tu es Maître et tu sais combien vif est en
nous l'amour pour eux. L'unique peine de ma mort, c'est la crainte qu’ils se
perdent comme des brebis sans berger. Recueille-les Toi. Je te rends les
trois qui sont à Toi et qui furent pour moi de parfaits disciples, en t'attendant , Toi.
En eux et spécialement en Mathias, la
Sagesse est réellement présente. J'en ai d'autres, et ils viendront à Toi.
Mais ceux-ci, permets que je te les confie nommément. Ce sont les trois qui me
sont les plus chers."
"Et ils me sont chers; à Moi aussi. Pars tranquille, Jean. Ils ne
périront pas. Ni ceux-ci, ni les autres qui sont tes vrais disciples.
Je recueille ton héritage et je veillerai sur lui comme sur le trésor le plus
cher qui me vient de mon parfait ami et du serviteur du Seigneur. "
Jean s'abaisse jusqu'à terre et, chose qui paraît impossible chez un
personnage si austère, il pleure secoué par de forts sanglots de joie
spirituelle.
Jésus lui met la main sur la tête: "Tes pleurs, qui sont joie et
humilité, se rencontrent avec un chant lointain au son duquel ton petit cœur
a tressailli de joie. Ce chant et ces pleurs sont le même hymne de louange à
l'Éternel qui a fait de grandes choses, Lui qui est puissant chez les esprits
humbles. Ma Mère aussi, va de nouveau entonner son cantique qu'elle chanta
alors. Mais ensuite, pour Elle aussi viendra la plus grande gloire, comme
pour toi, après le martyre. Je t'apporte aussi son salut. Tous les souhaits
et tous les réconforts. Tu les mérites. Ici ce n'est que la main du Fils de
l'homme qui se tient sur ta tête, mais du Ciel ouvert descend la Lumière et
l'Amour pour te bénir, Jean."
"Je ne mérite pas tant. Je suis ton serviteur."
"Tu es mon Jean. Ce jour-là, au Jourdain, je fus le Messie qui se
manifestait; ici, maintenant, c'est le cousin et le Dieu qui veut te donner
le viatique de son amour de Dieu et de parent. Lève-toi, Jean. Donnons-nous
le baiser d'adieu."
"Je ne mérite pas tant... Je l'ai toujours désiré, pendant toute ma vie,
mais je n'ose faire cet acte sur Toi. Tu es mon Dieu."
"Je suis ton Jésus. Adieu. Mon âme sera proche de la tienne, jusqu'à la
paix. Vis et meurs en paix pour tes disciples. Je ne puis te donner que cela,
à présent. Mais au Ciel je te donnerai le centuple, car tu as trouvé toute
grâce aux yeux de Dieu."
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