|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
mercredi 5
janvier 28 (19 Tébeth)
- Les apôtres laissent Jésus seul 12 - Arrivée d'une femme 13 - Dialogue avec la Samaritaine : L'eau du puits et l'eau de
Jésus 13 - L'état peccamineux de l'interlocutrice 15 - Un culte spirituel dans un Royaume spirituel 16 - Je suis l'Attendu 16 - Départ de la femme et arrivée des apôtres 17 - Discours (Le semeur et les moissonneurs : Jésus et les
apôtres)17 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 3 3.3. |
||
|
12> "Je m'arrête ici. Allez en ville.
Achetez tout ce qu'il faut pour le repas. Nous mangerons ici." "Nous y allons
tous?" "Oui, Jean. C'est
bien que vous alliez en groupe." "Et Toi? Tu
restes seul... Ils sont samaritains..." "Ce ne seront
pas les pires parmi les ennemis du Christ. Allez, allez. Je prie, en vous
attendant, pour vous et pour eux." Les disciples s'en
vont à regret et à trois ou quatre reprises ils se retournent pour regarder
Jésus qui s'est assis sur un muret exposé au soleil près du bas et large bord
d'un puits. 13> Un
grand puits, presque
une citerne, tellement il est large. En été il doit être ombragé par de
grands arbres, maintenant dépouillés. On ne voit pas l'eau, mais le terrain,
près du puits, montre clairement qu'on a puisé de l'eau à cause des petites
mares et des empreintes circulaires laissées par les brocs humides. Jésus
s'assied et médite, dans son attitude ordinaire, les coudes appuyés sur les
genoux et les mains jointes en avant, le corps légèrement incliné et la tête
penchée vers la terre. Puis il sent un bon petit soleil qui le réchauffe et
il laisse glisser son manteau de dessus sa tête et de ses épaules tout en le
gardant encore replié sur sa poitrine. Il lève la tête pour
sourire à une bande de moineaux querelleurs qui se disputent une grosse mie
de pain perdue par quelque personne près du puits. Mais les oiseaux
s'enfuient à l'arrivée d'une femme qui vient au puits avec une amphore vide
qu'elle tient par une anse de la main gauche, pendant que sa main droite
écarte avec surprise son voile pour voir quel est l'homme assis là. Jésus
sourit à cette femme sur les trente cinq à quarante ans, grande, aux traits fortement
dessinés, mais beaux. Elle a, dirions-nous, le type presque espagnol avec son
teint olivâtre, les lèvres très rouges et plutôt épaisses, des yeux
démesurément grands et noirs sous des sourcils très touffus et les tresses
couleur de jais que l'on voit sous le voile léger. Même les formes, qui
tendent à l'embonpoint, présentent nettement le type oriental légèrement
adouci comme celui des femmes arabes. Elle est vêtue d'une étoffe à rayures
multicolores, serrée à la ceinture, tendue sur les hanches et la poitrine
grassouillettes, et retombant ensuite en une sorte de volant ondulant jusqu'à
terre. Quantité de bagues et de bracelets aux mains grassouillettes et brunes
et aux poignets que l'on voit sous les manches de lin. Au cou un lourd
collier d'où pendent des médailles, je dirais des amulettes car il y en a de
toutes les formes. De pesantes boucles d'oreilles descendent jusqu'au cou et
brillent sous le voile. "La paix soit
avec toi, femme. Me donnes-tu à boire ? J'ai beaucoup marché et j'ai
soif." "Mais, n'es-tu
pas juif ? Et tu me demandes à boire, à moi samaritaine. Qu'est-il donc
arrivé ? Sommes-nous réhabilités ou est-ce vous qui êtes humiliés ? [1] Sûrement un grand évènement est survenu si un juif parle
poliment à une samaritaine. Je devrais cependant te dire : Je ne te donne
rien pour punir en Toi toutes les insultes que depuis des siècles les juifs
nous adressent." 14>
"Tu as bien parlé. Un grand évènement est
survenu et pour cela beaucoup de choses sont changées et un plus grand nombre
changeront. Dieu a fait un grand don au monde et pour cela beaucoup de choses
sont changées. "L'eau vive est
dans les veines de la terre, et ce puits la possède. Mais il est à
nous." La femme est railleuse et présomptueuse. "L'eau
appartient à Dieu. Comme la bonté appartient à Dieu. Comme la vie appartient
à Dieu. Tout appartient à un Dieu Unique, femme. Et tous les hommes viennent
de Dieu : les samaritains comme les juifs. Ce puits n'est-il pas celui de
Jacob ? Et Jacob n'est- il pas le chef de notre race ? Si par la suite une
erreur nous a séparés, cela ne change rien à notre origine." "Notre erreur,
n'est-ce pas ?" demande la femme agressive. "Ni la nôtre, ni
la vôtre. Erreur de quelqu'un qui avait perdu de vue la Charité et la
Justice. Moi, je ne t'attaque pas et je n'attaque pas ta race. Pourquoi
veux-tu être agressive ?" "Tu es le
premier juif que j'entends parler ainsi. Les autres... Mais, pour revenir au
puits, oui, c'est celui de Jacob et il a une eau si abondante et si claire
que nous de Sychar nous la préférons aux autres
fontaines. Mais il est très
profond [2]. Tu
n'as pas d'amphore ni d'outre. Comment pourrais-tu donc atteindre pour moi
l'eau vive? Es-tu plus que Jacob, notre saint Patriarche, qui a trouvé cette
veine abondante, pour lui, ses enfants, ses troupeaux et nous l'a laissée en
souvenir de lui et comme cadeau ?" "Tu l'as dit.
Mais qui boit de cette eau aura encore soif. Moi, au contraire, j'ai une eau
telle que celui qui l'aura bue ne sentira plus la soif. Mais elle
n'appartient qu'à Moi et je la donnerai à qui me la demande. Et en vérité je
te dis que celui qui aura de l'eau que je lui donnerai, aura toujours en lui
la fraîcheur et n'aura plus soif, car mon eau deviendra en lui une source
intarissable, éternelle." "Comment ? Je ne
comprends pas. Es-tu un mage ? Comment un homme peut-il devenir un puits ? Le
chameau boit et fait une provision d'eau dans le creux de son ventre. Mais
ensuite il la consomme et elle ne lui dure pas toute sa vie. Et tu dis que
ton eau dure toute la vie ?" "Davantage
encore: elle jaillira jusqu'à la vie éternelle. En celui qui la boit elle
jaillira jusqu'à la vie éternelle et donnera des germes de vie éternelle, car
c'est une source de salut." "Donne-moi de
cette eau s'il est vrai que tu la possèdes. Je me fatigue à venir jusqu'ici.
Si je l'ai, je n'aurai plus soif et je ne deviendrai jamais malade ni
vieille." 15> "Il n'y a que cela qui te fatigue ? Rien d'autre ? Et tu
n'éprouves pas d' autre besoin que de puiser pour boire, pour ton misérable
corps ? Penses-y. Il y a quelque chose qui est plus que le corps: c'est
l'âme. Jacob n'a pas seulement donné de l'eau du sol, pour lui et pour les
siens. Mais il s'est préoccupé de se procurer pour lui et de donner la
sainteté, l'eau de Dieu." "Vous nous dites
: païens, vous... Si c'est vrai ce que vous dites, nous ne pouvons pas être
saints..." La femme a perdu son ton impertinent et ironique et elle est
soumise et légèrement confuse. "Même un païen
peut être vertueux. Et Dieu, qui est juste, le récompensera pour le bien
qu'il aura fait. Ce ne sera pas une récompense parfaite, mais, je te le dis,
entre un fidèle souillé d'une faute grave et un païen sans faute, Dieu regarde
avec moins de rigueur le païen. Et pourquoi, si vous savez être tels, ne
venez-vous pas au Vrai Dieu ? Comment t'appelles-tu ?" "Fotinaï." "Eh bien,
réponds-moi, Fotinaï. Ne souffres-tu pas de ne
pouvoir aspirer à la sainteté parce que tu es païenne, comme tu dis, parce
que tu es dans les nuées d'une antique erreur, comme Moi je
dis ? " "Oui, que j'en
souffre. " "Et alors,
pourquoi ne vis-tu pas au moins en païenne vertueuse ? " "Seigneur !… " "Oui, peux-tu le
nier ? Va appeler ton mari et reviens avec lui. " "Je n'ai pas de
mari... " La confusion de la femme grandit. "Tu as bien dit.
Tu n'as pas de mari. Tu as eu cinq hommes et maintenant tu as avec toi
quelqu'un qui n'est pas ton mari. Était-ce nécessaire, cela ? Même ta religion
ne conseille pas l'impureté. Le Décalogue, vous l'avez, vous aussi. Pourquoi
alors, Fotinaï, vis-tu ainsi ? Ne te sens-tu
pas lasse d'être la chair de tant d'hommes, au lieu d'être l'honnête épouse
d'un seul ? N'as-tu pas peur de ta vieillesse, quand tu te trouveras
seule avec tes souvenirs ? Avec tes regrets ? Avec tes peurs ?
Oui, même celles-là. La peur de Dieu et des spectres. Où sont tes
enfants ? " La femme baisse
complètement la tête et ne parle pas. "Tu ne les as
pas sur la terre. Mais leurs petites âmes, auxquelles tu as interdit de voir
la lumière du jour, t'adressent des reproches. Toujours. Bijoux... beaux
vêtements... riche maison... table bien garnie... Oui. Mais le vide, les
larmes et la misère intérieure. Tu es une délaissée, Fotinaï.
Et ce n'est qu'avec un repentir sincère, moyennant le pardon de Dieu et par
conséquent de tes enfants que tu peux devenir riche. " 16> "Seigneur, je vois que tu es un prophète, et j'ai
honte..." "Et à l'égard du
Père qui est aux Cieux, tu n’éprouvais pas cette honte, quand tu faisais le
mal? Ne pleure pas de découragement devant l'Homme... Viens ici, Fotinaï, près de Moi. Je te parlerai de Dieu. Peut-être
tu ne Le connaissais pas bien. Et c'est pour cela, certainement pour cela,
que tu as tant erré. Si tu avais bien connu le vrai Dieu, tu ne te serais pas
ainsi avilie. Lui t'aurait parlé et t'aurait soutenue..." "Seigneur, nos
pères ont adoré sur cette montagne. Vous dites que c’est seulement à
Jérusalem que l'on doit adorer. Mais, tu le dis: il n'y a qu'un seul Dieu. Aide-moi à voir où et comment je dois adorer..." "Femme,
crois-moi. Bientôt viendra l'heure où ce ne sera ni sur la montagne de
Samarie ni à Jérusalem que sera adoré le Père. Vous adorez Celui que vous ne
connaissez pas. Nous adorons Celui que nous connaissons, car le salut vient
des juifs. Je te rappelle les Prophètes. Mais l 'heure viendra. Déjà elle est
commencée où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité,
non plus suivant les rites antiques mais avec le rite nouveau où il n'y aura
plus de sacrifices, ni d'hosties d'animaux consumés par le feu. Mais le
sacrifice éternel de l'Hostie Immaculée brûlée par le Feu de la Charité.
Culte spirituel dans un Royaume spirituel. -Et il sera compris de ceux qui
savent adorer en esprit et en vérité. Dieu est Esprit. Ceux qui l'adorent
doivent l'adorer spirituellement." "Tu as de
saintes paroles. Moi, je sais, car nous aussi nous savons quelque: chose, que
le Messie est sur le point de venir. Le Messie; Celui qu'on appelle aussi
"le Christ". Quand il sera venu, il nous enseignera toutes choses.
Tout près d'ici [3] se trouve aussi
celui qu'on dit être son Précurseur. Et beaucoup vont l'écouter. Mais il est
si sévère !... Toi, tu es bon... et les pauvres âmes n'ont pas peur de
Toi. Je pense que le Christ sera bon. On l'appelle le Roi de la Paix.
Tardera-t-il beaucoup à venir ? " "Je t'ai dit que
son temps est déjà présent." "Comment le
sais-tu ? Tu es peut-être son disciple ? Le Précurseur a beaucoup de
disciples. Le Christ aussi en aura." "C'est Moi, qui
te parle, qui suis le Christ Jésus." "Toi!...
Oh!..." La femme, qui s'était assise près de Jésus, se lève et va
s'enfuir. "Pourquoi
t'enfuis-tu, femme?" "C'est que je
suis horrifiée de me mettre près de Toi. Tu es saint..." 17> "Je suis le Sauveur. Je suis venu ici - ce n'était pas
nécessaire - parce que je savais que ton âme était lasse d'être errante. Tu
as la nausée de ta nourriture... Je suis venu te donner une nourriture
nouvelle et qui t'enlèvera nausée et fatigue... Voici mes disciples qui
reviennent avec mon pain. Mais déjà je suis nourri de t'avoir donné les
premières miettes de ta rédemption." Les disciples
lorgnent plus ou moins discrètement la femme, mais personne ne parle. Elle
s'en va sans plus penser à l'eau ni à son amphore. "Voici,
Maître" dit Pierre. "Ils nous ont bien traités. Il y a du fromage,
du pain frais, des olives et des pommes. Prends ce que tu veux. Cette femme a
bien fait de laisser son amphore. Nous aurons plus vite fait qu'avec nos
petites gourdes. Nous boirons et nous les remplirons sans avoir à demander
autre chose aux samaritains, et sans les côtoyer aussi à leurs fontaines. Tu
ne manges pas ? Je voulais trouver du poisson pour Toi, mais il n 'yen a pas.
Peut-être cela t'aurait-il plu davantage. Tu es fatigué et pâle." "J'ai une
nourriture que vous ne connaissez pas. Ce sera mon repas. Je serai bien
restauré." Les disciples se regardent entre eux,
s'interrogeant du regard. Jésus répond à leurs muettes interrogations:
"Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé pour
achever l’œuvre qu'Il désire que j'accomplisse. Quand le semeur jette la
semence, peut-il dire qu'il a déjà tout fait pour dire qu'il a la récolte?
Non, certainement pas, combien il a encore à faire pour dire: "Voici que
mon travail est achevé ! Et jusqu'à cette heure, il lie peut se reposer.
Regardez ces champs sous le gai soleil de la sixième heure. Il y a seulement
un mois, et même moins, la terre était nue, sombre parce que les pluies
l'avaient battue. Maintenant, regardez. Des tiges innombrables de blé, qui
viennent de percer, d'un vert très tendre qui dans cette grande lumière
semble encore plus clair, la couvrent, pour ainsi dire, d'un voile léger
presque blanc. C'est la moisson future et vous dites en la voyant: "Dans
quatre mois, c'est la récolte. Les semeurs engageront des moissonneurs, parce
que si un semeur suffit pour ensemencer, il faut un grand nombre d'ouvriers
pour moissonner. Semeurs et moissonneurs sont heureux; Celui quia semé un
petit sac de grains et qui doit maintenant préparer ses greniers pour la
récolte, aussi bien que ceux qui, en quelques jours, gagnent de quoi vivre
pendant quelques mois". 18> Dans le champ de
l'esprit, aussi, ceux qui moissonnent ce que j'ai semé se réjouissent avec
Moi et comme Moi, parce que je leur donnerai mon salaire et ce qu'il leur est dû.
Je leur donnerai de quoi vivre dans mon Royaume éternel. Vous, vous n'avez
qu'à moissonner; le travail le plus dur, c'est Moi qui l'ai fait. Et pourtant
je vous dis: "Venez faire la moisson dans mon champ. Je suis heureux de
vous voir chargés des gerbes de ma. récolte. Quand j'aurai semé tout mon
grain, inlassablement, partout, et que vous aurez fait la récolte, alors sera
accomplie la volonté de Dieu et je m'assiérai au banquet de la céleste
Jérusalem". Voici qu'arrivent les samaritains avec Fotinaï.
Usez de charité envers eux. Ce sont des âmes qui viennent à Dieu. " |
|||
|
|
|||