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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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vendredi 18 février 28 (5 Adar)
- L'horizon en ce matin de printemps 186 - Les malades et les pauvres sont mis à part
187 - L'activité des apôtres dans la foule 188 - Une femme et deux hommes veulent voir Jésus
188 - André en avertit Jésus 189 - Guérison d'une fillette immobile 189 - Jésus rassure une femme abandonnée par son
mari 190 - Promet à un père la conversion de sa fille
190 - Déclare réglé un conflit d'héritage 191 - Discours 1 (Les sentiers de Dieu et de Satan
192 - L'importance d'être fort spirituellement 193 - Pas de compromissions 193 - L'entraînement au mal 194 - Le mal ne rend pas heureux 195 - Soyez miséricordieux pour le pécheur) 195 - [Commentaire de Jésus : Localisation
du passage suivant] - [Commentaire de Jésus : Début de l'évangile de la miséricorde] 195 - Un même matin fleuri sur la montagne 195 - Arrivée pompeuse et provocatrice de la Madeleine
196 - Discours 2 (Le pardon plus utile que la
rancœur 198 - Malheur aux personnes impures) 198 - Nature de l'adultère) 199 - Marie-Madeleine s'enfuit 199 - Jésus donne un temps de repos à ses
auditeurs 199 - Demande à Pierre d'être discret sur l'événement
200 - Dit à Judas qu'il ira chez sa mère en Judée
200 - Pierre fait boire un œuf à Jésus 201 - Jésus invite ceux qui le doivent à quitter
202 - Discours 3 (L'adultère et son processus 202 - Le divorce, ses suites et ses causes 203 - Le mariage et le remariage 204 - L'amour du prochain 204- Pas de perles aux
pourceaux 205 - Mettre en pratique mes paroles) 205 - Jésus avec la foule descend vers Capharnaüm
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Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 3 3.34. |
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186> Une matinée splendide où la pureté de l'air
est encore plus vive qu'à l'ordinaire. Le lointain semble plus proche et on croit
voir les choses à travers une loupe qui en montre clairement les plus petits
détails. La foule se prépare à écouter le Maître. De jour en jour la nature
se fait plus belle en se revêtant du vêtement opulent du cœur du printemps,
qui en Palestine me semble être exactement entre mars et avril parce qu'après
il prend déjà l'aspect estival avec les moissons mûres et les frondaisons
déjà touffues et fournies. 187>
Maintenant ce n'est qu'une fleur. Du haut de la
montagne qui d'elle-même s'est revêtue de fleurs même aux endroits qui se
prêtent le moins à cette floraison, on voit la plaine avec la houle de ses
blés encore souples auxquels le vent donne un mouvement de flots
verts-glauques à peine teintés d'or pâle à la cime des épis qui forment leurs
grains au milieu de leur barbe. Au-dessus des moissons que fait onduler un
vent léger, les arbres à fruits se dressent tout habillés de pétales. On
dirait de gigantesques houppes de poudre ou encore des boules de gaze
blanche, ou d'un rose très léger, ou soutenu, ou d'un rouge vif. Recueillis
dans leurs vêtements d'ascètes pénitents, les oliviers prient, et leur prière
se transforme en une neige, encore incertaine maintenant, de fleurettes
blanches. L'Hermon a une cime
d'albâtre rose que le soleil baise et d'où descendent deux fils de diamant.
D'ici, on dirait des fils d'où le soleil fait ressortir un scintillement
quasi irréel et puis ils disparaissent sous les galeries vertes des bois et
on ne les voit plus que dans les vallées où ils forment des cours d'eau qui se
dirigent sûrement vers le lac de Méron, invisible
d'ici, et puis en sortent avec les belles eaux du Jourdain pour ensuite
plonger de nouveau dans le saphir clair de la mer de Galilée qui n'est qu'un
scintillement d'éclats précieux dont le soleil tient lieu de chatons et de
flammes. On dirait que les voiles qui défilent sur ce miroir, tranquille et
resplendissant dans son cadre de jardins et de campagnes merveilleuses, sont
guidées par les nuages légers qui sillonnent l'autre mer du ciel. Vraiment la création
rit en cette journée de printemps et à cette heure matinale. Et les gens affluent,
affluent sans arrêt. Il en monte de tous les côtés : des vieillards, des gens
bien portants, des malades, des bébés, des époux qui veulent inaugurer leur
vie avec la bénédiction de la parole de Dieu, des mendiants, des gens aisés
qui appellent les apôtres et donnent leur offrande pour ceux qui n'ont rien,
et qui semblent se confesser tant ils se dissimulent pour le faire. Thomas
a pris un de leurs sacs de voyage et y verse
tranquillement tout ce trésor de pièces de monnaie comme si c'était de la
pâtée pour les poulets et puis il porte le tout près du rocher d'où Jésus
parle, et rit joyeux en disant : "Réjouis-toi, Maître !
Aujourd'hui il y en a pour tous !" Jésus
sourit et dit : "Et nous allons
commencer tout de suite pour que ceux qui sont tristes soient tout de suite contents.
Toi et tes compagnons, repérez les malades et les pauvres et amenez-les
devant." 188> Cela se fait en un temps
relativement court car on doit écouter le cas de tel ou tel et cela aurait
duré beaucoup plus longtemps sans l'organisation pratique de Thomas qui monte
sur un rocher pour qu'on le voie et crie de sa voix puissante :
"Que tous ceux qui souffrent en leur corps aillent à ma droite, là où il
y a de l'ombre." [1]
L'Iscariote
l'imite, doué lui aussi d'une voix d'une puissance
et d'une beauté peu communes, il crie, à son tour : "Que tous ceux
qui croient avoir droit à l'obole viennent ici, autour de moi. Et faites bien
attention à ne pas mentir car l’œil du Maître lit dans les cœurs." La foule s'agite et
se sépare en trois groupes: les malades, les pauvres et ceux qui attendent
seulement l'enseignement. Mais, parmi ces derniers, deux, puis trois semblent
avoir besoin de quelque chose qui n'est ni la santé, ni l'argent, mais qui
est plus nécessaire que ces choses. Une femme et deux hommes. Ils regardent,
ils regardent les apôtres et n'osent pas parler. Simon le
Zélote passe, l'air sévère; puis c'est Pierre, affairé, qui harangue une dizaine de diablotins
auxquels il promet des olives s'ils restent tranquilles jusqu'à la fin et des
claques s'ils font du tapage pendant que le Maître parle; Barthélemy
passe, âgé et sérieux; puis ce sont Matthieu
et Philippe
qui portent dans leurs bras un estropié qui aurait
eu trop de mal à se faire un passage dans la foule serrée; puis les cousins
du Seigneur qui donnent le bras à un mendiant presque aveugle et à une pauvre
femme, de je ne sais combien d'années, qui pleure en racontant à Jacques
tous ses malheurs; puis c'est Jacques
de Zébédée avec au bras une pauvre
fillette certainement malade qu'il a prise à sa mère, qui le suit toute
préoccupée, pour empêcher que la foule lui fasse du mal. Pour finir, viennent
à passer, je pourrais dire les deux inséparables, André
et Jean, car si Jean avec sa tranquille nature de saint enfant
va également avec tous ses compagnons, André à cause de sa grande timidité
préfère aller avec son ancien compagnon de pêche et de foi en Baptiste. Eux étaient restés au croisement des deux sentiers
principaux pour diriger encore la foule vers leurs places, mais maintenant la
montagne ne présente plus d'autres pèlerins sur ses voies pierreuses et les
deux se réunissent pour aller vers le Maître avec les offrandes qu'ils ont
reçues. Jésus est déjà penché
sur les malades, et l'hosanna de la foule ponctue chaque miracle. La femme, qui paraît
toute en peine, ose tirer le vêtement de Jean qui parle avec André et sourit.
Il se penche et lui demande: "Que veux-tu, femme ?" 189> "Je voudrais parler au
Maître..." "Es-tu
malade ? Tu n'es pas pauvre..."
"Tu vois, André,
cette femme a un chagrin et elle voudrait le dire au Maître. Comment
allons-nous faire ?" André regarde la
femme et dit : "Certainement c'est une chose qu'elle souffre de
faire connaître..." La femme avec la tête fait signe que oui. André reprend:
"Ne pleure pas... Jean, amène-la à notre tente. J'y amènerai le
Maître."Et Jean, souriant, demande qu'on le laisse passer pendant
qu'André va en direction opposée vers Jésus. Mais les deux hommes affligés
observent la manœuvre et l'un d'eux arrête Jean et l'autre arrête André et
voilà que peu après les deux se trouvent avec Jean et la femme derrière
l'abri de feuillage qui sert de mur à la tente.
"C'est bien.
J'ai encore cette fillette et cette femme et puis je viens. Va leur dire
qu'ils aient foi." André s'en va pendant
que Jésus se penche sur la fillette que la mère a reprise sur son sein:
"Comment t'appelles-tu ?" lui demande Jésus. "Marie." "Et Moi, comment
je m'appelle ?" "Jésus"
répond la fillette. "Et qui
suis-je ?" "Le Messie du
Seigneur qui est venu pour faire du bien aux corps et aux âmes." "Qui te l'a dit ?" "Maman et papa
qui espèrent en Toi pour ma vie." "Vis et sois
bonne." La fillette, je
pense, souffrait de l'épine dorsale car, bien qu'elle eût sept ans et
davantage, elle ne remuait que les mains, et elle était serrée des aisselles
aux hanches avec des grosses bandes très dures. On les voit car la mère a
ouvert le petit vêtement pour les montrer. 190>
La fillette reste immobile pendant quelques
minutes, puis elle sursaute, glisse du sein maternel par terre et court vers
Jésus qui est en train de guérir la malade dont je ne comprends pas le cas. Les malades sont tous
exaucés et ce sont eux qui crient le plus fort dans la foule nombreuse qui
applaudit le "Fils de David, gloire de Dieu et notre gloire."
Jésus se retourne et
dit : "Qu'ils attendent où ils sont. Eux aussi seront
consolés" et il s'en va rapidement derrière les feuillages là où sont,
avec André et Jean, les trois personnes en peine. "D'abord la
femme. Viens avec Moi dans ces buissons. Parle sans crainte."
"Ne pleure pas.
Je suis le Maître de la vie et de la mort. Ton mari n'épousera pas cette
femme. Va en paix et sois toujours bonne." "Mais... tu ne
le tueras pas ? Oh ! Seigneur, je l'aime !" Jésus
sourit : "Je ne tuerai personne. Mais il y aura quelqu'un qui fera
son métier. Sache que le démon n'est pas au-dessus de Dieu. En retournant
dans ta ville, tu sauras que la créature malfaisante a été tuée et de telle
façon que ton mari comprendra ce qu'il allait faire et il t'aimera d'un amour
renouvelé." [2] La femme baise la
main que Jésus lui avait mise sur la tête, et s'en va. Un des deux hommes
vient : "J'ai une fille, Seigneur. Malheureusement, elle est allée à
Tibériade avec des amies et c'est comme si elle avait absorbé du poison. Elle
m'est revenue comme ivre. Elle voulait s'en aller avec un grec... et puis...
Mais pourquoi m'est-elle née ? Sa mère est malade de chagrin et
peut-être elle en mourra... Moi... il n'y a que tes paroles que j'ai
entendues l'hiver dernier [3] qui me retiennent de
la tuer. Mais, je te l'avoue, mon cœur l'a déjà maudite." "Non. Dieu qui
est Père ne maudit que pour le péché accompli et obstiné. Que veux-tu de
Moi ?" "Que tu la
ramènes au repentir." "Je ne la
connais pas, et elle certainement ne vient pas vers Moi." 191> "Mais Toi, tu peux, même
de loin, changer le cœur ! Sais-tu qui m'envoie vers Toi ? Jeanne de Chouza.
Elle allait partir pour Jérusalem quand je suis allé à son palais lui
demander si elle connaissait ce grec infâme. Je pensais qu'elle ne le
connaissait pas parce qu'elle est bonne tout en vivant à Tibériade, mais
puisque Chouza
fréquente les gentils... Elle ne le connaît pas. Mais elle m'a dit :
"Va trouver Jésus. Lui a rappelé mon esprit de si loin, et il m'a guérie
de ma phtisie par ce rappel. Il guérira aussi le cœur de ta fille. Je vais
prier, et toi, aie foi". J'ai foi. Tu le vois. Aie pitié, Maître." "Ta fille, d'ici
ce soir, pleurera sur les genoux de sa mère en lui demandant pardon. Toi
aussi, sois bon comme sa mère : pardonne. Le passé est mort." "Oui, Maître.
Comme tu veux et que tu sois béni."
Jésus sourit et
secoue la tête... mais il contente l'homme en lui disant : "Pour
que tu sois plus tranquille. Mais crois bien que quand Dieu dit :
"Je veux" le diable s'en va sans qu'il y ait besoin d'autre chose.
Je veux que tu gardes cela en souvenir de Moi" et il lui donne une
petite touffe de ses franges. Le troisième se
présente : "Maître, mon père est mort. Nous croyions qu'il avait
beaucoup d'argent. Nous n'en avons pas trouvé. Et ce ne serait que demi mal
car entre frères nous ne manquons pas de pain. Mais, étant l'aîné, je vivais
avec mon père. Mes deux frères m'accusent d'avoir fait disparaître l'argent
et ils veulent me faire un procès pour vol. Tu vois mon cœur. Je n'ai pas
volé la plus petite pièce de monnaie. Mon père gardait ses deniers dans un
coffret, dans une cassette de fer. A sa mort nous avons ouvert le coffret et
la cassette n'y était plus. Eux disent: "C'est toi qui l'as prise cette
nuit pendant que nous dormions". Ce n'est pas vrai. Aide-moi
à rétablir la paix et l'estime entre nous." Jésus le regarde
fixement et sourit. "Pourquoi souris-tu, Maître ?" "Parce que le
coupable, c'est ton père. Une faute d'enfant qui cache son jouet pour qu'on
ne le lui prenne pas." "Mais il n'était
pas avare. Crois-le. Il faisait du bien." "Je le sais,
mais il était très âgé... Ce sont les maladies des vieillards... Il voulait
mettre son argent à l'abri dans votre intérêt et il vous a désunis par excès
d'affection. 192> Mais
la cassette est enterrée au pied de l'escalier de la cave. Je te le dis pour
que tu saches que je le sais. Pendant que je te parle, par pur hasard, ton
frère cadet en frappant le sol avec colère l'a fait vibrer et ils l'ont
découverte. Ils sont confus et regrettent de t'avoir accusé. Retourne
tranquillement chez toi et sois gentil avec eux. Ne leur reproche pas leur
manque d'estime." "Non, Seigneur.
Je n'y vais même pas. Je reste à t'écouter. J'irai demain." "Et s'ils
t'enlèvent de l'argent ?" "Tu dis qu'il ne
faut pas être avides. Je ne veux pas l'être. Il me suffit qu'il y ait la paix
entre nous. Du reste... je ne savais pas ce qu'il y avait dans la cassette et
je ne me mettrai pas en peine pour une déclaration inexacte. Je pense que cet
argent aurait pu être perdu... S'ils me le refusent, je vivrai maintenant
comme je vivais auparavant. Il me suffit qu'ils ne m'appellent pas :
voleur." "Tu es très
avancé sur le chemin de Dieu. Continue et que la paix soit avec toi." Et lui aussi s'en va
content. Jésus retourne vers la foule, vers les pauvres et il distribue les
oboles comme il le juge bon. Maintenant tout le monde est satisfait et Jésus
peut parler. "La paix soit
avec vous.
La vie est ainsi.
Elle s'écoule entre le passé et l'avenir, entre le mal et le bien. Au milieu
se trouve l'homme avec sa volonté et son libre arbitre; aux extrémités, d'une
part Dieu et son Ciel, d'autre part Satan et son Enfer. L'homme peut choisir.
Personne ne le force. Qu'on ne me dise pas : "Mais Satan nous
tente" pour s'excuser de descendre par le sentier du bas. Dieu aussi
nous tente par son amour et cette tentation est bien forte; par ses paroles,
et elles sont bien saintes; par ses promesses, et elles sont bien
séduisantes ! 193> Pourquoi
alors se laisser tenter par un seul des deux et par celui qui mérite le moins
qu'on l'écoute ? Les paroles, les promesses, l'amour de Dieu ne
suffisent-ils pas à neutraliser le poison de Satan ? Attention que cela ne
tourne pas mal pour vous. Quand quelqu'un est physiquement très sain, il
n'est pas à l'abri des contagions, mais il les surmonte facilement. Si au
contraire il est déjà malade et par conséquent affaibli, il périt presque
certainement avec une nouvelle infection, et s'il survit il est plus malade
que la première fois, car il n'a pas dans le sang la force de détruire
complètement les germes infectieux. C'est la même chose pour la partie
supérieure. Si quelqu'un est moralement et spirituellement sain et fort,
croyez bien qu'il n'est pas exempt de la tentation, mais le mal ne s'enracine
pas en lui. Quand j'entends quelqu'un me dire : "J'ai fréquenté
celui-ci et celui-là, j'ai lu ceci et cela, j'ai essayé d'amener au bien
celui-ci et celui-là, mais en réalité le mal qui était dans leur esprit et
dans leur cœur, le mal qui était dans le livre est entré en moi", je
conclu : "Cela prouve que tu avais déjà créé le terrain
favorable à la pénétration. Cela prouve que tu es un faible qui manque de
nerf moral et spirituel. Car même de nos ennemis nous devons faire sortir du
bien. En observant leurs erreurs, nous devons apprendre à n'y pas tomber.
L'homme intelligent ne se laisse pas séduire par la première doctrine qu'il
écoute. L'homme qui est tout imprégné d'une doctrine ne peut faire en lui une
place pour les autres. Ceci explique les difficultés que l'on rencontre pour
essayer de persuader ceux qui sont convaincus par d'autres enseignements de
suivre la vraie Doctrine. Mais si tu m'avoues que tu changes de pensée au
moindre souffle de vent, je vois que tu es plein de vides, ta force
spirituelle est fissurée de partout, les digues qui retiennent ta pensée sont
défoncées en mille endroits par où fuient les eaux saines et entrent les eaux
corrompues, et tu es tellement sot et apathique que tu ne t'en aperçois même
pas et n'y portes aucun remède. Tu es un malheureux;". Sachez donc, entre les
deux sentiers, choisir le bon et le suivre, en résistant, en résistant, en
résistant aux attraits de la sensualité, du monde, de la science et du démon.
Les fois mélangées, les compromis, les pactes qui s'opposent l'un à l’autre,
laissez-les aux gens du monde. Ils ne devraient pas non plus exister parmi
eux si les hommes étaient honnêtes. Mais vous, vous au moins, hommes de Dieu,
ne les ayez pas. Personne ne peut
servir deux maîtres dont la pensée est différente. S'il aime l'un, il haïra
l'autre et réciproquement. Vous ne pouvez appartenir également à Dieu et à
Mammon. L'esprit de Dieu ne peut se concilier avec l'esprit du monde. L'un
monte, l'autre descend. L'un sanctifie, l'autre corrompt. Si vous êtes
corrompus, comment pouvez-vous agir avec pureté ? La sensualité
s'enflamme chez ceux qui sont corrompus et, à la suite de la sensualité, les
autres désirs malsains. Vous savez déjà comment Ève fut corrompue, et Adam
par son intermédiaire.
Quand quelqu'un est corrompu,
il entraîne l'autre dans la corruption à moins que ce ne soit un saint au
vrai sens du mot. Attention à votre
regard, hommes, au regard de l’œil et à celui de l'esprit. S'ils sont
corrompus, ils ne peuvent que corrompre le reste. L’œil est la lumière du
corps, ta pensée est la lumière du cœur. Mais si ton œil n'est pas pur, tout
en toi deviendra trouble et les nuées de la séduction créeront en toi des
imaginations impures, car par suite de la soumission des organes à la pensée,
une pensée corrompue corrompt les sens. Tout est pur en celui qui a une
pensée pure qui lui donne un regard pur, et la lumière de Dieu descend en
maîtresse là où les sens ne font pas obstacle. 195> Mais si par une mauvaise volonté tu as habitué l’œil à des visions
troubles, tout en toi deviendra ténèbres. Inutilement tu regarderas même les
choses les plus saintes. Dans la nuit il n 'y aura que ténèbres et tu feras
des œuvres de ténèbres. Aussi, fils de Dieu,
protégez vous-mêmes contre vous-mêmes. Surveillez-vous attentivement contre
toutes les tentations. Être tenté n'est pas un mal. C'est par la lutte que
l'athlète prépare la victoire. Mais le mal c'est d'être vaincus faute
d'entraînement et d'attention. Je sais que tout sert à la tentation. Je sais
que la défense énerve. Je sais que la lutte épuise. Mais, allons, pensez à ce
que vous procurent ces choses. Et voudriez-vous pour une heure de plaisir, de
n'importe quelle espèce, perdre une éternité de paix ? Que vous laisse
le plaisir de la chair, de l'or et de la pensée ? Rien. Qu'acquérez-vous
en les repoussant ? Tout. Je parle à des pécheurs parce que l'homme est
pécheur. Eh bien, dites-moi, en vérité : après avoir satisfait les sens,
ou l'orgueil, ou la cupidité, vous êtes-vous sentis plus frais, plus
contents, plus tranquilles ? Dans l'heure qui suit la satisfaction et
qui est toujours une heure de réflexion, vous êtes-vous en réalité sentis
sincèrement heureux ? Moi, je n'ai pas goûté ce pain de la sensualité.
Mais je réponds pour vous : "Non. Flétrissure, mécontentement, incertitude,
nausée, peur, agitation. Voilà ce qu'a été le suc que vous a procuré cette
heure de plaisir".
Je vous dis
donc..." Jésus me dit: "Regarde et
écris. C'est l'évangile de la Miséricorde que je donne à tous et spécialement
à ceux qui se reconnaîtront dans la pécheresse et que j'invite à suivre dans
sa rédemption.. Jésus, debout sur un
rocher, parle à une foule nombreuse. 196> C'est un endroit
alpestre. Une colline solitaire entre deux vallées. Le sommet de la colline
est en forme de joug ou plutôt en forme de bosse de chameau, de sorte qu'à
peu de mètres de la cime elle offre un amphithéâtre naturel où la voix
résonne avec netteté comme dans une salle de concert très bien construite. La colline n'est
qu'une fleur. Ce doit être la belle saison. Les moissons des plaines
commencent à prendre une couleur blonde et seront bientôt prêtes pour la
faux. Au nord une montagne élevée resplendit avec son névé au soleil.
Immédiatement au-dessous, à l'orient, la mer de Galilée paraît un miroir
brisé dont les innombrables éclats semblent des saphirs embrasés par le
soleil. Elle éblouit avec son scintillement azur et or sur lequel ne se
reflète que quelques nuages floconneux qui traversent un ciel très pur et les
ombres mobiles de quelques voiles. Ce doit être encore les premières heures
de la matinée car l'herbe de la montagne a encore quelques diamants de rosée
disséminés parmi les tiges. Au-delà du lac de Génésareth il y a des plaines
éloignées qui par l'effet d'un léger brouillard, peut-être la rosée qui
s'évapore, semblent prolonger le lac mais avec des teintes d'opale veinée de
vert, et plus loin encore une chaîne de montagnes dont la côte très
capricieuse fait penser à un dessin de nuages sur un ciel serein. Certains sont assis
sur l'herbe ou sur des pierres, d'autres sont debout. Le collège apostolique
n'est pas au complet. Je vois Pierre et André, Jean et Jacques, et j'entends
qu'on appelle les deux autres Nathanaël et Philippe. Puis, il y en a un autre
qui est ou qui n'est pas dans le groupe. C'est peut-être le dernier
arrivé : ils l'appellent Simon. Les autres ne sont pas là, à moins que
je ne les distingue pas au milieu de la foule nombreuse. Le discours est déjà
commencé depuis un moment. Je comprends qu'il s'agit du sermon sur la
montagne. Mais les béatitudes sont déjà énoncées. Je dirais même que le
discours approche de sa fin car Jésus dit : "Faites ceci et vous en
serez grandement récompensés, car le Père qui est aux Cieux est
miséricordieux avec les bons et sait rendre au centuple. Je vous dis donc..." Un grand mouvement se
produit dans la foule qui se trouve vers le sentier conduisant au plateau.
Les gens les plus proches de Jésus se retournent. L'attention se détourne.
Jésus cesse de parler et tourne son regard dans la même direction que les
autres. Il est sérieux et beau dans son habit bleu foncé, avec les bras
croisés sur la poitrine et le soleil qui effleure son visage avec le premier
rayon qui passe au-dessus du pic oriental de la colline. 197> "Faites place,
plébéiens" crie une coléreuse voix d'homme. "Faites place à la
beauté qui passe"... quatre jolis-cœurs tout pomponnés s'avancent et
l'un est certainement un romain car il porte la toge. Ils portent en triomphe
sur leurs mains croisées pour faire un siège Marie de Magdala, encore grande
pécheresse. Elle rit de sa bouche
très belle, elle rejette en arrière sa tête à la chevelure d'or toute en
tresses et boucles retenues par des épingles précieuses et par une lame d'or parsemée
de perles qui enserre le sommet du front comme un diadème et d'où descendent
de légères boucles pour voiler ses yeux splendides rendus encore plus grands
et plus séduisants par un savant artifice. Le diadème, ensuite, disparaît
derrière les oreilles sous la masse des tresses qui retombent sur le cou très
blanc et découvert. Et même... le découvert va bien au-delà du cou. Les
épaules sont découvertes jusqu'aux omoplates et la poitrine beaucoup plus
encore. Son vêtement est retenu aux épaules par deux chaînettes d'or. Les
manches sont inexistantes. Le tout est recouvert, si l'on peut dire, par un
voile qui sert uniquement à mettre la peau à l'abri du bronzage. Le vêtement
est très léger et la femme se jetant, comme elle fait, par cajolerie, sur
l'un ou l'autre de ses adorateurs, semble se jeter nue sur eux. J'ai
l'impression que le romain est le préféré, car c'est à lui que s'adressent de
préférence les sourires et les coups d’œil et il reçoit plus souvent la tête
sur son épaule [4]. "Voilà, la
déesse est satisfaite" dit le romain. "Rome a donné une monture à
la nouvelle Vénus et là se trouve l'Apollon que tu as voulu voir. Charme-le
donc... mais laisse-nous aussi quelques bribes de tes charmes." Marie rit et d'un
mouvement agile et provocant se jette à terre découvrant ses pieds chaussés
de sandales blanches avec des boucles d'or et une partie de la jambe. Puis
couvrant le tout, le vêtement très ample, de laine fine comme le voile et
très blanc, retenu à la taille, mais très bas à la hauteurs des hanches, par
une ceinture à boucles d'or dénouées. Et la femme se dresse comme une fleur
de chair, une fleur impure, éclose par un sortilège sur le plateau vert où se
trouvent quantité de muguets et de narcisses sauvages. Elle est belle plus
que jamais. La bouche petite et pourpre semble un œillet qui se détache sur
la blancheur d'une dentition parfaite. Le visage et le corps pourraient
satisfaire le peintre ou le sculpteur le plus difficile tant pour les teintes
que pour les formes. 198> Large de poitrine
avec des hanches bien proportionnées, avec une taille naturellement souple et fine en
comparaison de la poitrine et des hanches, elle semble une déesse comme l'a
dit le romain, une déesse sculptée dans un marbre légèrement rosé sur lequel
l'étoffe légère se tend sur les côtés pour retomber ensuite en plis nombreux
sur le devant. Tout est étudié pour plaire. Jésus la regarde
fixement, et elle soutient effrontément son regard en riant et en se tournant
légèrement à cause des chatouilles que le romain, lui fait en passant sur ses
épaules et sur son sein découverts un brin de muguet cueilli dans l'herbe.
Marie, avec un courroux étudié et faux, relève son voile en disant :
"Respecte ma candeur" ce qui fait éclater les quatre en un bruyant
éclat de rire. Jésus continue de la
fixer. Quand le bruit des éclats de rire s'atténue, comme si l'apparition de
la femme avait rallumé la flamme du discours qui tombait, Jésus reprend la
parole et ne la regarde plus. Mais il regarde ses auditeurs qui
paraissent agités et scandalisés par cette aventure. Jésus reprend :
"J'ai dit d'être fidèles à la Loi, humbles, miséricordieux, d'aimer non
seulement les frères nés des mêmes parents mais tous ceux qui sont pour vous
des frères parce qu'ils ont la même origine humaine. Je vous ai dit que le
pardon est plus utile que la rancœur, qu'il vaut mieux compatir que d'être
inexorables. Mais maintenant je vous dis qu'on ne doit pas condamner si on
n'est pas exempt du péché qui nous porterait à condamner. Ne faites pas comme
les scribes et les pharisiens qui sont sévères avec tout le monde, mais pas
avec eux-mêmes. Ils appellent impur ce qui est extérieur et peut ne souiller
que l'extérieur, et ils accueillent l'impureté au plus profond de leur sein,
dans leur cœur.
Malheur à vous,
riches et jouisseurs ! Car c'est justement parmi vous que fermente la
plus grande impureté à laquelle l'oisiveté et l'argent servent de lit et
d'oreiller ! Maintenant, vous êtes repus. La nourriture des concupiscences
vous arrive jusqu'à la gorge et vous étrangle. Mais vous aurez faim, une faim
redoutable et que rien ne rassasiera ni n'adoucira pendant l'éternité.
Maintenant vous êtes riches. Que de bien vous pourriez faire avec votre
richesse ! 199> Mais
vous en faites un mal pour vous et pour les autres. Vous connaîtrez une
pauvreté atroce un jour, lequel n'aura pas de fin. Maintenant vous riez. Vous
vous prenez pour des triomphateurs. Mais vos larmes rempliront les étangs de
la Géhenne et elles ne s'arrêteront plus.
Marie, au
commencement, a écouté avec un visage qui était un poème de séduction et
d'ironie, éclatant de temps à autre en rires méprisants. Sur la fin du
discours elle devient rouge de colère. Elle comprend que, sans la regarder,
c'est à elle que Jésus parle. Sa colère s'enflamme toujours plus. Elle
se révolte et à la fin elle n'y résiste plus. Elle s'enveloppe méprisante
dans son voile et, suivie par les regards de la foule qui la méprise et par la
voix de Jésus qui la poursuit, elle se sauve à toutes jambes sur la pente en
laissant des morceaux de vêtements aux chardons et aux églantiers qui sont
aux bords du sentier. Elle rit de rage et de mépris. Je ne vois rien
d'autre. Mais Jésus me dit : "Tu vas encore voir." Jésus reprend :
"Vous êtes indignés de cet événement. Cela fait deux jours que notre
refuge, bien au-dessus de la boue, est troublé par le sifflement de Satan [5]. Ce n'est donc plus
un refuge, et nous allons le quitter. Mais je veux terminer pour vous ce code
du "plus parfait" dans cette ampleur de lumière et d'horizon. 200>
Ici, réellement, Dieu apparaît dans sa majesté de
Créateur et, en voyant ses merveilles, nous pouvons croire fermement que le
Maître c'est Lui et non pas Satan. Le Malin ne pourrait même pas créer un
brin d'herbe. Mais Dieu peut tout. Que cela nous réconforte. Mais vous êtes
maintenant tous au soleil. Et cela vous gêne. Dispersez-vous alors sur les
pentes. Il y a de l'ombre et de la fraîcheur. Prenez votre repas, si vous
voulez. Je vous parlerai du même sujet. Plusieurs raisons nous ont retardés.
Mais ne le regrettez pas. Ici, vous êtes avec Dieu." La foule crie :
"Oui, oui, avec Toi" et les gens s'en vont sous les bosquets épars
du côté de l'orient de façon que le versant de la colline et les branches les
abritent du soleil déjà trop chaud. Entre temps, Jésus
dit à Pierre de démonter la tente. "Mais... nous
partons réellement ?" "Oui." "Parce qu'elle
est venue, elle ? ..." "Oui, mais ne le
dis à personne et surtout pas au Zélote. Il en resterait affligé à cause de Lazare. Je ne puis permettre que la
parole de Dieu soit exposée au mépris des païens..." "Je comprends,
je comprends..." "Alors, comprends
aussi une autre chose." "Laquelle,
Maître ?" "La nécessité de
se taire en certains cas. Je me fie à toi. Tu m'es si cher mais tu es aussi
d'une impulsivité qui te fait faire des observations blessantes." "Je comprends...
tu ne veux pas à cause de Lazare et de Simon..." "Et pour
d'autres encore." "Tu penses qu'il
y en aura aujourd'hui ?" "Aujourd'hui,
demain et après demain et toujours. Et il sera toujours nécessaire de
surveiller l'impulsivité de mon Simon de Jonas. Va, va faire ce que je t'ai
dit." Pierre s'en va, en
appelant à son aide ses compagnons. L'Iscariote est resté pensif dans un
coin. Jésus l'appelle par trois fois parce qu'il n'entend pas. A la fin, il
se retourne : "Tu me veux, Maître ?" demande-t-il. "Oui, va toi
aussi prendre ta nourriture et aider tes compagnons." "Je n'ai pas
faim. Ni Toi non plus." "Moi non plus,
mais pour des motifs opposés. Tu es troublé, Judas ?" "Non, Maître.
Fatigué..." 201> "Maintenant nous allons sur
le lac, et puis en Judée, Judas. Et chez ta mère. Je te l'ai
promis..." Judas se sent mieux.
"Tu viens bien avec moi seul ?" "Mais
certainement. Aime-moi bien, Judas. Je voudrais que
mon amour fût en toi au point de te préserver de tout mal." "Maître... je
suis un homme. Je ne suis pas un ange. J'ai des moments de fatigue. Est-ce un
péché d'avoir besoin de dormir ?" "Non, si tu dors
sur ma poitrine. Regarde là les gens, comme ils sont heureux et comme il est
gai d'ici, le paysage. Cependant la Judée aussi doit être très belle au
printemps." "Très belle,
Maître. Seulement, là-bas sur les montagnes qui sont plus élevées qu'ici, le
printemps est plus tardif. Mais les fleurs sont très belles. Les pommeraies
sont une splendeur. La mienne, grâce aux soins de maman, est une des plus
belles. Et quand elle s'y promène avec des colombes qui lui Courent après
pour avoir du grain, crois bien que c'est une vue apaisante pour le
cœur." "Je le crois. Si
ma Mère n'est pas trop fatiguée, j'aurais plaisir à l'amener chez la tienne.
Elles s'aimeraient, car elles sont bonnes toutes les deux." Judas,
séduit par cette idée, redevient tranquille. Il oublie son manque d'appétit
et sa fatigue et court vers ses compagnons en riant joyeusement. Grand comme
il est, il défait sans fatigue les nœuds les plus élevés et il mange son pain
et ses olives, joyeux comme un enfant. Jésus le regarde avec compassion et
puis se dirige vers ses apôtres. "Voici du pain,
Maître, et un œuf. Je me le suis fait donner par ce riche habillé de rouge.
Je lui ai dit : "Tu es heureux d'écouter. Lui parle et il est
épuisé. Donne-moi un de tes œufs. Cela fera plus de bien à Lui qu'à
toi"." "Mais,
Pierre !" "Non,
Maître ! Tu es pâle comme un bébé qui suce un sein épuisé, et tu es en
train de devenir maigre comme un poisson après les amours. Laisse-moi faire;
je ne veux pas avoir de reproches à me faire. Maintenant, je vais le mettre
dans cette cendre chaude. Ce sont les branchages que j'ai brûlés. Tu vas le
boire. Je ne sais combien de temps il y a... combien de jours ? Des
semaines certainement qu'on ne mange que du pain et des olives et un peu de
lait... Hum ! On dirait qu'on se purge. Et Toi, tu manges moins que tous
et tu parles pour tous. Voici l’œuf. Bois-le tant qu'il est tiède. Cela te
fera du bien." Jésus obéit et voyant
que Pierre ne mange que du pain, il lui demande : 202> "Et toi ?
Les olives ?" "Chut !
Elles vont me servir après. Je les ai promises." "A
qui ?" "A des enfants.
Pourtant, s'ils ne se tiennent pas tranquilles jusqu'à la fin, je mange les olives
et je leur donne les noyaux, c'est-à-dire des claques." "Mais, très
bien !" "Hé ! je ne
les donnerai jamais. Mais si on ne fait pas ainsi ! J'en ai tant reçu,
moi aussi, et si on avait dû me donner toutes celles que je méritais pour mes
gamineries, j'aurais dû en recevoir dix fois plus ! Mais cela fait du
bien. C'est parce que j'en ai reçu que je suis ainsi." Tout le monde rit de
la sincérité de l'apôtre. "Maître, je voudrais te dire qu'aujourd'hui
c'est vendredi et que ces gens... je ne sais s'ils pourront se procurer des
vivres à temps pour demain ou regagner leurs maisons" dit Barthélemy. "C'est
vrai ! C'est vendredi !" disent plusieurs. "Peu importe.
Dieu y pourvoira, mais nous le leur dirons." Jésus se lève et va à sa
nouvelle place au milieu de la foule éparse parmi les bosquets. "En
premier lieu, je vous rappelle que c'est vendredi. Maintenant je vous dis que
ceux qui craignent de ne pouvoir regagner à temps leurs maisons ou n'arrivent
pas à croire que Dieu donnera demain la nourriture à ses fils, peuvent se
retirer tout de suite pour que la nuit ne les surprenne pas en route." Sur toute la foule,
une cinquantaine de personnes se lèvent. Les autres restent où elles sont. Jésus sourit et
commence à parler. "Vous avez appris qu'il a été dit autrefois :
"Ne commets pas l'adultère" [6]. Ceux parmi vous,
qui m'ont entendu dans d'autres endroits, savent que plusieurs fois j'ai
parlé de ce péché. Parce que, faites bien attention, ce péché n'intéresse pas
une seule personne, mais intéresse deux ou trois personnes. Et je m'explique.
Celui qui commet l'adultère pèche pour lui-même, il pèche pour sa complice,
il pèche en portant au péché la femme ou le mari trahi qui peuvent en arriver
au désespoir ou à pécher eux-mêmes. Ceci pour le péché consommé. Mais je vous
dis en plus. Je vous dis : "Non seulement le péché consommé, mais
le désir de le consommer est déjà péché". Qu'est-ce que
l'adultère ? C'est le désir fiévreux de celui ou de celle qui n'est pas
à nous. On commence à pécher par le désir, on continue par la séduction, on
complète par la persuasion, l'acte couronne le tout. 203> Comment commence-t-on ? Généralement
par un regard impur. Et cela nous ramène à ce que je disais auparavant. L’œil
impur voit ce qui est caché à celui qui est pur, et par l’œil, la soif entre
dans le gosier, la faim dans le corps, la fièvre dans le sang. Soif, faim,
fièvre charnelle. C'est le commencement du délire. Si l'autre, la personne
regardée est honnête, celui qui délire reste seul à se retourner sur des
charbons ardents, ou bien il en arrive à calomnier pour se venger. Si elle
est malhonnête, elle se fait complice du regard et alors commence la descente
vers le péché. Aussi je vous dis : "Celui qui regarde une femme en
la désirant, a déjà commis l'adultère car dans sa pensée il a déjà commis
l'acte qu'il désire.
Moi, je vous dis:
"Quiconque renvoie sa propre femme, excepté le cas de l'adultère bien
établi, l'expose à l'adultère". 204> Parce
que, en effet, que fera dans quatre-vingt-dix pour cent des cas la femme
répudiée ? Elle fera un second mariage. Avec quelles conséquences ?
Oh! il y en aurait à dire sur ce sujet ! Ne savez-vous pas que vous
pouvez provoquer des incestes involontaires avec cette manière d'agir ?
Que de larmes versées pour une luxure ! Oui. Une luxure. Cela n'a pas
d'autre nom. Soyez francs. On peut tout surmonter quand l'esprit est droit.
Mais tout se prête à motiver les satisfactions de la sensualité quand
l'esprit est luxurieux. Frigidité de la femme, lourdeur, inaptitude aux
affaires, humeur grincheuse, amour du luxe, on peut tout surmonter, même les
maladies, même l'irascibilité, si on s'aime saintement. Mais comme après
quelque temps on ne s'aime plus comme au premier jour, voilà qu'alors on
regarde comme impossible ce qui est plus que possible et l'on jette une pauvre
femme à la rue et on l'envoie à sa perdition. Commet l'adultère celui qui
répudie sa femme, et celui qui l'épouse après la répudiation. Seule la mort
rompt le mariage. Souvenez-vous-en. Et si vous avez fait un choix malheureux,
portez-en les conséquences comme une croix. Vous serez deux malheureux mais
saints, vous ne ferez pas de vos enfants des êtres plus malheureux, ces
innocents qui ont davantage à souffrir de ces situations difficiles. L'amour
de vos enfants devrait vous faire réfléchir cent et cent fois, même dans le
cas de la mort du conjoint. Oh ! si vous savez vous contenter de ce que
vous avez eu et auquel Dieu a dit: "Cela suffit" ! Si vous
saviez, vous veufs et vous veuves, voir dans la mort non pas un
amoindrissement mais une élévation à une perfection de procréateurs !
Être mère, même pour la mère défunte. Être père, même pour le père disparu.
Avoir deux âmes en une, recueillir l'amour des enfants sur les lèvres
refroidies de la personne qui meurt et dire : "Pars en paix, sans
crainte pour ceux qui sont venus de toi. Je continuerai à les aimer, pour toi
et pour moi, de les aimer deux fois, je serai père et mère, et l'infortune de
l'orphelin ne pèsera pas sur eux. Ils ne connaîtront pas la jalousie
naturelle de l'enfant du conjoint remarié pour celui ou celle qui prend la
place sacrée d'une mère, d'un père appelés par Dieu à une autre
demeure". Fils, mon
enseignement arrive à sa fin, comme va vers sa fin le jour qui déjà décline,
avec le soleil, vers l'occident. De cette rencontre sur la montagne, je veux
que vous vous rappeliez les paroles. Gravez-les dans vos cœurs. Relisez-les
souvent. Qu'elles soient pour vous un guide perpétuel. Et par-dessus tout
soyez bons avec ceux qui sont faibles. Ne jugez pas pour n'être pas jugés. 205>
Souvenez-vous qu'il pourrait arriver le moment où
Dieu vous rappellerait : "C'est ainsi que tu as jugé. Tu savais
donc que c'était mal. Tu as donc commis le péché en sachant bien ce que tu
faisais. Maintenant subis ta peine". La charité est déjà
une absolution. Ayez la charité en vous, pour tous et à tout propos. Si Dieu
vous donne tant de secours pour vous garder droits, ne vous enorgueillissez
pas. Mais cherchez à monter , si longue que soit l'échelle de la perfection,
et tendez la main à ceux qui sont fatigués, ignorants, à ceux qui sont
victimes de subites déceptions. Évitez aussi
l'imprudence comme le manque de charité. Je vous ai dit: "Tendez la main
à ceux qui sont fatigués, ignorants, victimes de déceptions imprévues".
Mais, si c'est charité d'instruire les ignorants, d'encourager ceux qui n'en
peuvent plus, de donner de nouvelles ailes à ceux qui pour de multiples
raisons ont brisé les leurs, c'est une imprudence de dévoiler les vérités
éternelles à ceux qui sont infectés par le satanisme. Ils s'en empareront
pour jouer aux prophètes, pour se glisser parmi les simples, pour corrompre,
détourner, souiller de manière sacrilège les choses de Dieu. Respect absolu,
savoir parler et savoir se taire, savoir réfléchir et savoir agir, voilà les
vertus du vrai disciple pour faire des prosélytes et servir Dieu. Vous avez
une raison et, si vous êtes justes, Dieu vous donnera toutes ses lumières
pour guider encore mieux votre raison.
J'ai fini. Maintenant
je descends vers le lac et je vous bénis au nom du Dieu Un et Trin. Que ma
paix soit avec vous." Mais la foule
crie : "Nous venons avec Toi. Laisse-nous venir ! Personne n'a
des paroles comme les tiennes !" Et ils se mettent à suivre Jésus qui descend non pas du côté par où il est monté, mais par le côté opposé et s'en va directement vers Capharnaüm. La descente est plus abrupte, mais beaucoup plus rapide, et ils ont vite fait d'arriver au pied de la montagne qui débouche dans une plaine verte et fleurie. |
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(Jésus dit: "Cela suffit pour aujourd'hui. Demain...") |
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[1] Donc à l’Est, puisque le
soleil se lève. Jésus regarde au nord.
[2] Cette femme viendra
remercier Jésus à l’automne de la deuxième année, lors de son passage à Bozra. Cf. 4.157.
[3] Probablement à la
Belle-Eau.
[8] Ce mot en latin, vient
de vir (homme) et désigne une femme qui est comme un
homme. Il n’est pas employé ici dans le sens péjoratif français de femme
criarde.