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Vision du mardi 29 mai 1945
186> Une matinée splendide où la pureté de
l'air est encore plus vive qu'à l'ordinaire. Le lointain semble plus proche
et on croit voir les choses à travers une loupe qui en montre clairement les
plus petits détails. La foule se prépare à écouter le Maître. De jour en jour
la nature se fait plus belle en se revêtant du vêtement opulent du cœur du
printemps, qui en Palestine me semble être exactement entre mars et avril parce
qu'après il prend déjà l'aspect estival avec les moissons mûres et les
frondaisons déjà touffues et fournies.
187> Maintenant ce
n'est qu'une fleur. Du haut de la montagne qui d'elle-même s'est revêtue de
fleurs même aux endroits qui se prêtent le moins à cette floraison, on voit
la plaine avec la houle de ses blés encore souples auxquels le vent donne un
mouvement de flots verts-glauques à peine teintés d'or pâle à la cime des
épis qui forment leurs grains au milieu de leur barbe. Au-dessus des moissons
que fait onduler un vent léger, les arbres à fruits se dressent tout habillés de pétales. On dirait de gigantesques
houppes de poudre ou encore des boules de gaze blanche, ou d'un rose très
léger, ou soutenu, ou d'un rouge vif. Recueillis dans leurs vêtements
d'ascètes pénitents, les oliviers prient, et leur prière se transforme en une
neige, encore incertaine maintenant, de fleurettes blanches.
L'Hermon a une cime d'albâtre rose que le soleil baise et d'où descendent
deux fils de diamant. D'ici, on dirait des fils d'où le soleil fait ressortir
un scintillement quasi irréel et puis ils disparaissent sous les galeries
vertes des bois et on ne les voit plus que dans les vallées où ils forment
des cours d'eau qui se dirigent sûrement vers le lac de Méron,
invisible d'ici , et puis en sortent avec les belles eaux du Jourdain
pour ensuite plonger de nouveau dans le saphir clair de la mer de Galilée qui
n'est qu'un scintillement d'éclats précieux dont le soleil tient lieu de
chatons et de flammes. On dirait que les voiles qui défilent sur ce miroir,
tranquille et resplendissant dans son cadre de jardins et de campagnes
merveilleuses, sont guidées par les nuages légers qui sillonnent l'autre mer
du ciel.
Vraiment la création rit en cette journée de printemps et à cette heure
matinale.
Et les gens affluent, affluent sans arrêt. Il en monte de tous les côtés :
des vieillards, des gens bien portants, des malades, des bébés, des époux qui
veulent inaugurer leur vie avec la bénédiction de la parole de Dieu, des
mendiants, des gens aisés qui appellent les apôtres et donnent leur offrande
pour ceux qui n'ont rien, et qui semblent se confesser tant ils se
dissimulent pour le faire. Thomas a pris un
de leurs sacs de voyage et y verse tranquillement tout ce trésor de pièces de
monnaie comme si c'était de la pâtée pour les poulets et puis il porte le
tout près du rocher d'où Jésus parle, et rit joyeux en disant :
"Réjouis-toi, Maître ! Aujourd'hui il y en a pour tous !"
Jésus sourit et
dit : "Et nous allons commencer tout de suite pour que ceux qui
sont tristes soient tout de suite contents. Toi et tes compagnons, repérez
les malades et les pauvres et amenez-les devant."
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188> Cela se fait en
un temps relativement court car on doit écouter le cas de tel ou tel et cela
aurait duré beaucoup plus longtemps sans l'organisation pratique de Thomas
qui monte sur un rocher pour qu'on le voie et crie de sa voix
puissante : "Que tous ceux qui souffrent en leur corps aillent à ma
droite, là où il y a de l'ombre."
L'Iscariote l'imite,
doué lui aussi d'une voix d'une puissance et d'une beauté peu communes, il
crie, à son tour : "Que tous ceux qui croient avoir droit à l'obole
viennent ici, autour de moi. Et faites bien attention à ne pas mentir car
l’œil du Maître lit dans les cœurs."
La foule s'agite et se sépare en trois groupes: les malades, les pauvres et
ceux qui attendent seulement l'enseignement. Mais, parmi ces derniers, deux,
puis trois semblent avoir besoin de quelque chose qui n'est ni la santé, ni
l'argent, mais qui est plus nécessaire que ces choses. Une femme et deux
hommes. Ils regardent, ils regardent les apôtres et n'osent pas parler. Simon le Zélote passe,
l'air sévère; puis c'est Pierre, affairé,
qui harangue une dizaine de diablotins auxquels il promet des olives s'ils
restent tranquilles jusqu'à la fin et des claques s'ils font du tapage
pendant que le Maître parle; Barthélemy passe,
âgé et sérieux; puis ce sont Matthieu et Philippe qui
portent dans leurs bras un estropié qui aurait eu trop de mal à se faire un
passage dans la foule serrée; puis les cousins du Seigneur qui donnent le
bras à un mendiant presque aveugle et à une pauvre femme, de je ne sais
combien d'années, qui pleure en racontant à Jacques tous ses
malheurs; puis c'est Jacques de Zébédée avec
au bras une pauvre fillette certainement malade qu'il a prise à sa mère, qui
le suit toute préoccupée, pour empêcher que la foule lui fasse du mal. Pour
finir, viennent à passer, je pourrais dire les deux inséparables, André et Jean, car si Jean
avec sa tranquille nature de saint enfant va également avec tous ses
compagnons, André à cause de sa grande timidité préfère aller avec son ancien
compagnon de pêche et de foi en Baptiste. Eux
étaient restés au croisement des deux sentiers principaux pour diriger encore la foule vers leurs places, mais
maintenant la montagne ne présente plus d'autres pèlerins sur ses voies
pierreuses et les deux se réunissent pour aller vers le Maître avec les
offrandes qu'ils ont reçues.
Jésus est déjà penché sur les malades, et l'hosanna de la foule ponctue
chaque miracle.
La femme, qui paraît toute en peine, ose tirer le vêtement de Jean qui parle
avec André et sourit. Il se penche et lui demande: "Que veux-tu,
femme ?"
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189> "Je
voudrais parler au Maître..."
"Es-tu malade ? Tu n'es pas pauvre..."
"Je ne suis pas malade et je ne suis
pas pauvre, mais j'ai besoin de Lui... car il y a des maux sans fièvre et des
misères sans pauvreté et la mienne... et la mienne..." et elle pleure.
"Tu vois, André, cette femme a un chagrin et elle voudrait le dire au
Maître. Comment allons-nous faire ?"
André regarde la femme et dit : "Certainement c'est une chose
qu'elle souffre de faire connaître..." La femme avec la tête fait signe
que oui.
André reprend: "Ne pleure pas... Jean, amène-la à notre tente. J'y
amènerai le Maître."
Et Jean, souriant, demande qu'on le laisse passer pendant qu'André va en
direction opposée vers Jésus. Mais les deux hommes affligés observent la
manœuvre et l'un d'eux arrête Jean et l'autre arrête André et voilà que peu
après les deux se trouvent avec Jean et la femme derrière l'abri de feuillage
qui sert de mur à la tente.
André rejoint Jésus au moment où il guérit
l'estropié qui lève ses béquilles comme deux trophées, agile comme un danseur
en criant sa bénédiction. André dit à voix basse : "Maître,
derrière notre tente il y en a trois qui pleurent. Mais ce sont des peines de
cœur qui ne peuvent être rendues publiques..."
"C'est bien. J'ai encore cette fillette et cette femme et puis je viens.
Va leur dire qu'ils aient foi."
André s'en va pendant que Jésus se penche sur la fillette que la mère a
reprise sur son sein: "Comment t'appelles-tu ?" lui demande
Jésus.
"Marie."
"Et Moi, comment je m'appelle ?"
"Jésus" répond la fillette.
"Et qui suis-je ?"
"Le Messie du Seigneur qui est venu pour faire du bien aux corps et aux
âmes."
"Qui te l'a dit ?"
"Maman et papa qui espèrent en Toi pour ma vie."
"Vis et sois bonne."
La fillette, je pense, souffrait de l'épine dorsale car, bien qu'elle eût
sept ans et davantage, elle ne remuait que les mains, et elle était serrée
des aisselles aux hanches avec des grosses bandes très dures. On les voit car
la mère a ouvert le petit vêtement pour les montrer.
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190> La fillette
reste immobile pendant quelques minutes, puis elle sursaute, glisse du sein
maternel par terre et court vers Jésus qui est en train de guérir la malade
dont je ne comprends pas le cas.
Les malades sont tous exaucés et ce sont eux qui crient le plus fort dans la
foule nombreuse qui applaudit le "Fils de David, gloire de Dieu et notre
gloire."
Jésus va vers la tente. Judas de Kériot crie : "Maître ! Et
eux ?"
Jésus se retourne et dit : "Qu'ils attendent où ils sont. Eux aussi
seront consolés" et il s'en va rapidement derrière les feuillages là où
sont, avec André et Jean, les trois personnes en peine.
"D'abord la femme. Viens avec Moi dans ces buissons. Parle sans
crainte."
"Seigneur, mon mari m'a abandonnée pour
une prostituée. J'ai cinq enfants et Le dernier a deux ans.., Ma douleur est
grande... et je pense à mes enfants... Je ne sais s'il les voudra ou s'il me
les laissera. Les garçons, l'aîné au moins, il le voudra... Et moi qui l'ai
mis au monde ne dois-je plus avoir la joie de le voir ? Et que
penseront-ils du père ou de moi ? Ils doivent penser du mal de l'un de
nous. Et moi, je ne voudrais pas qu'ils jugent leur père..."
"Ne pleure pas. Je suis le Maître de la vie et de la mort. Ton mari n'épousera
pas cette femme. Va en paix et sois toujours bonne."
"Mais... tu ne le tueras pas ? Oh ! Seigneur, je
l'aime !" Jésus sourit : "Je ne tuerai personne. Mais il
y aura quelqu'un qui fera son métier. Sache que le démon n'est pas au-dessus
de Dieu. En retournant dans ta ville, tu sauras que la créature malfaisante a
été tuée et de telle façon que ton mari comprendra ce qu'il allait faire et
il t'aimera d'un amour renouvelé."
La femme baise la main que Jésus lui avait mise sur la tête, et s'en va.
Un des deux hommes vient : "J'ai une fille, Seigneur.
Malheureusement, elle est allée à Tibériade avec des amies et c'est comme si
elle avait absorbé du poison. Elle m'est revenue comme ivre. Elle voulait
s'en aller avec un grec... et puis... Mais pourquoi m'est-elle née ? Sa
mère est malade de chagrin et peut-être elle en mourra... Moi... il n'y a que
tes paroles que j'ai entendues l'hiver dernier qui
me retiennent de la tuer. Mais, je te l'avoue, mon cœur l'a déjà
maudite."
"Non. Dieu qui est Père ne maudit que pour le péché accompli et obstiné.
Que veux-tu de Moi ?"
"Que tu la ramènes au repentir."
"Je ne la connais pas, et elle certainement ne vient pas vers Moi."
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191> "Mais Toi,
tu peux, même de loin, changer le cœur ! Sais-tu qui m'envoie vers
Toi ? Jeanne de Chouza. Elle
allait partir pour Jérusalem quand je suis allé à son palais lui demander si elle
connaissait ce grec infâme. Je pensais qu'elle ne le connaissait pas parce
qu'elle est bonne tout en vivant à Tibériade, mais puisque Chouza fréquente les gentils... Elle ne le connaît pas. Mais
elle m'a dit : "Va trouver Jésus. Lui a rappelé mon esprit de si
loin, et il m'a guérie de ma phtisie par ce rappel . Il guérira aussi le cœur de ta fille. Je vais prier,
et toi, aie foi". J'ai foi. Tu le vois. Aie pitié, Maître."
"Ta fille, d'ici ce soir, pleurera sur les genoux de sa mère en lui
demandant pardon. Toi aussi, sois bon comme sa mère : pardonne. Le passé
est mort."
"Oui, Maître. Comme tu veux et que tu sois béni."
Il se retourne pour s'en aller... puis
revient sur ses pas : "Pardon, Maître... mais j'ai si peur... La
luxure, c'est un tel démon ! Donne-moi un fil de ton vêtement. Je le
mettrai au chevet de ma fille. Pendant son sommeil, le démon ne la tentera
pas."
Jésus sourit et secoue la tête... mais il contente l'homme en lui
disant : "Pour que tu sois plus tranquille. Mais crois bien que
quand Dieu dit : "Je veux" le diable s'en va sans qu'il y ait
besoin d'autre chose. Je veux que tu gardes cela en souvenir de Moi" et
il lui donne une petite touffe de ses franges.
Le troisième se présente : "Maître, mon père est mort. Nous
croyions qu'il avait beaucoup d'argent. Nous n'en avons pas trouvé. Et ce ne
serait que demi-mal car entre frères nous ne manquons pas de pain. Mais,
étant l'aîné, je vivais avec mon père. Mes deux frères m'accusent d'avoir
fait disparaître l'argent et ils veulent me faire un procès pour vol. Tu vois
mon cœur. Je n'ai pas volé la plus petite pièce de monnaie. Mon père gardait
ses deniers dans un coffret, dans une cassette de fer. À sa mort nous avons
ouvert le coffret et la cassette n'y était plus. Eux disent: "C'est toi
qui l'as prise cette nuit pendant que nous dormions". Ce n'est pas vrai.
Aide-moi à rétablir la paix et l'estime entre
nous."
Jésus le regarde fixement et sourit. "Pourquoi souris-tu,
Maître ?"
"Parce que le coupable, c'est ton père. Une faute d'enfant qui cache son
jouet pour qu'on ne le lui prenne pas."
"Mais il n'était pas avare. Crois-le. Il faisait du bien."
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192> "Je le
sais, mais il était très âgé... Ce sont les maladies des vieillards... Il
voulait mettre son argent à l'abri dans votre intérêt et il vous a désunis
par excès d'affection. Mais la cassette est enterrée au pied de l'escalier de
la cave. Je te le dis pour que tu saches que je le sais. Pendant que je te
parle, par pur hasard, ton frère cadet en frappant le sol avec colère l'a fait
vibrer et ils l'ont découverte. Ils sont confus et regrettent de t'avoir
accusé. Retourne tranquillement chez toi et sois gentil avec eux. Ne leur
reproche pas leur manque d'estime."
"Non, Seigneur. Je n'y vais même pas. Je reste à t'écouter. J'irai
demain."
"Et s'ils t'enlèvent de l'argent ?"
"Tu dis qu'il ne faut pas être avide. Je ne veux pas l'être. Il me
suffit qu'il y ait la paix entre nous. Du reste... je ne savais pas ce qu'il
y avait dans la cassette et je ne me mettrai pas en peine pour une
déclaration inexacte. Je pense que cet argent aurait pu être perdu... S'ils
me le refusent, je vivrai maintenant comme je vivais auparavant. Il me suffit
qu'ils ne m'appellent pas : voleur."
"Tu es très avancé sur le chemin de Dieu. Continue et que la paix soit
avec toi."
Et lui aussi s'en va content. Jésus retourne vers la foule, vers les pauvres
et il distribue les oboles comme il le juge bon. Maintenant tout le monde est
satisfait et Jésus peut parler.

"La paix soit avec vous.
Quand je vous explique les chemins du
Seigneur, c'est pour que vous les suiviez. Pourriez-vous suivre en même temps
le sentier qui descend à droite et celui qui descend à gauche ? Vous ne
pourriez pas, car si vous prenez l'un, vous devez laisser l'autre. Même si
les deux sentiers étaient voisins vous ne pourriez continuer à marcher un
pied dans l'un et l'autre pied dans l'autre. Vous finiriez par vous fatiguer
et par vous tromper même si vous aviez engagé un pari. Mais entre le sentier
de Dieu et celui de Satan, il y
a une grande distance et qui ne cesse d'augmenter, exactement comme ces deux
sentiers qui se rejoignent ici, mais qui, à mesure qu'ils descendent dans la
vallée s'écartent toujours plus l'un de l'autre, l'un allant vers Capharnaüm,
l'autre vers Ptolémaïs.
La vie est ainsi. Elle s'écoule entre le passé et l'avenir, entre le mal et
le bien. Au milieu se trouve l'homme avec sa volonté et son libre arbitre;
aux extrémités, d'une part Dieu et son Ciel, d'autre part Satan et son Enfer.
L'homme peut choisir. Personne ne le force. Qu'on ne me dise pas :
"Mais Satan nous tente" pour s'excuser de descendre par le sentier
du bas. Dieu aussi nous tente par son amour et cette tentation est bien
forte; par ses paroles, et elles sont bien saintes; par ses promesses, et
elles sont bien séduisantes ! Pourquoi alors se laisser tenter par un
seul des deux et par celui qui mérite le moins qu'on l'écoute ? Les
paroles, les promesses, l'amour de Dieu ne suffisent-ils pas à neutraliser le
poison de Satan ?
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193> Attention que cela ne tourne
pas mal pour vous. Quand quelqu'un est physiquement très sain, il n'est pas à
l'abri des contagions, mais il les surmonte facilement. Si au contraire il
est déjà malade et par conséquent affaibli, il périt presque certainement
avec une nouvelle infection, et s'il survit il est plus malade que la
première fois, car il n'a pas dans le sang la force de détruire complètement
les germes infectieux. C'est la même chose pour la partie supérieure. Si
quelqu'un est moralement et spirituellement sain et fort, croyez bien qu'il
n'est pas exempt de la tentation, mais le mal ne s'enracine pas en lui. Quand
j'entends quelqu'un me dire : "J'ai fréquenté celui-ci et celui-là,
j'ai lu ceci et cela, j'ai essayé d'amener au bien celui-ci et celui-là, mais
en réalité le mal qui était dans leur esprit et dans leur cœur, le mal qui
était dans le livre est entré en moi", je conclu : "Cela
prouve que tu avais déjà créé le terrain favorable à la pénétration.
Cela prouve que tu es un faible qui manque de nerf moral et spirituel. Car
même de nos ennemis nous devons faire sortir du bien. En observant leurs
erreurs, nous devons apprendre à n'y pas tomber. L'homme intelligent ne se
laisse pas séduire par la première doctrine qu'il écoute. L'homme qui est
tout imprégné d'une doctrine ne peut faire en lui une place pour les autres.
Ceci explique les difficultés que l'on rencontre pour essayer de persuader
ceux qui sont convaincus par d'autres enseignements de suivre la vraie
Doctrine. Mais si tu m'avoues que tu changes de pensée au moindre souffle de
vent, je vois que tu es plein de vides, ta force spirituelle est fissurée de
partout, les digues qui retiennent ta pensée sont défoncées en mille endroits
par où fuient les eaux saines et entrent les eaux corrompues, et tu es
tellement sot et apathique que tu ne t'en aperçois même pas et n'y portes
aucun remède. Tu es un malheureux;".
Sachez donc, entre les deux sentiers, choisir le bon et le suivre, en
résistant, en résistant, en résistant aux attraits de la sensualité, du
monde, de la science et du démon. Les fois mélangées, les compromis, les
pactes qui s'opposent l'un à l’autre, laissez-les aux gens du monde. Ils ne
devraient pas non plus exister parmi eux si les hommes étaient honnêtes. Mais
vous, vous au moins, hommes de Dieu, ne les ayez pas. Vous ne pouvez faire des arrangements ni
avec Dieu ni avec Mammon.
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194> Ne les ayez pas en
vous-mêmes, car ils seraient sans valeur. Vos actions, mélangées de ce qui
est bon et de ce qui ne l'est pas, n'auraient aucune valeur. Celles qui sont
complètement bonnes seraient annulées par celles qui ne le sont pas. Celles
qui sont mauvaises vous feraient tomber directement aux mains de l'Ennemi. Ne
les faites donc pas. Mais servez loyalement.
Personne ne peut servir deux maîtres dont la pensée est différente. S'il aime
l'un, il haïra l'autre et réciproquement. Vous ne pouvez appartenir également
à Dieu et à Mammon .
L'esprit de Dieu ne peut se concilier avec l'esprit du monde. L'un monte,
l'autre descend. L'un sanctifie, l'autre corrompt. Si vous êtes corrompus,
comment pouvez-vous agir avec pureté ? La sensualité s'enflamme chez
ceux qui sont corrompus et, à la suite de la sensualité, les autres désirs
malsains. Vous savez déjà comment Ève fut corrompue, et Adam par son
intermédiaire.
Satan embrassa l’œil de la femme et
l'ensorcela de telle façon que toute vision jusqu'alors pure prit pour elle
un aspect impur et éveilla des curiosités étranges. Puis Satan lui baisa les
oreilles et les ouvrit aux paroles d'une science inconnue : la sienne.
Même la pensée d'Ève voulut connaître ce qui n'était pas nécessaire. Puis
Satan montra à l’œil et à la pensée éveillés au Mal ce que tout d'abord ils
n'avaient pas vu ni compris, et tout en Ève s'éveilla et se corrompit. Et la
Femme, allant vers l'Homme, révéla son secret et persuada Adam de goûter le
nouveau fruit si beau à voir et interdit jusqu'alors. Et elle le baisa et le
regarda avec une bouche et des yeux où était déjà le trouble satanique. Et la
corruption pénétra en Adam qui vit, et dont l’œil désira le fruit défendu. Il
y mordit avec sa compagne, tombant d'une telle hauteur dans la boue.
Quand quelqu'un est corrompu, il entraîne l'autre dans la corruption à moins
que ce ne soit un saint au vrai sens du mot.
Attention à votre regard, hommes, au regard de l’œil et à celui de l'esprit.
S'ils sont corrompus, ils ne peuvent que corrompre le reste. L’œil est la
lumière du corps, ta pensée est la lumière du cœur . Mais
si ton œil n'est pas pur, tout en toi deviendra trouble et les nuées de la
séduction créeront en toi des imaginations impures, car par suite de la
soumission des organes à la pensée, une pensée corrompue corrompt les sens.
Tout est pur en celui qui a une pensée pure qui lui donne un regard pur, et
la lumière de Dieu descend en maîtresse là où les sens ne font pas obstacle.
Mais si par une mauvaise volonté tu as habitué l’œil à des visions
troubles, tout en toi deviendra ténèbres. Inutilement tu regarderas même les
choses les plus saintes. Dans la nuit il n'y aura que ténèbres et tu feras
des œuvres de ténèbres.
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195> Aussi, fils de Dieu,
protégez vous-mêmes contre vous-mêmes. Surveillez-vous attentivement contre
toutes les tentations. Être tenté n'est pas un mal. C'est par la lutte que l'athlète
prépare la victoire. Mais le mal c'est d'être vaincus faute d'entraînement et
d'attention. Je sais que tout sert à la tentation. Je sais que la défense
énerve. Je sais que la lutte épuise. Mais, allons, pensez à ce que vous
procurent ces choses. Et voudriez-vous pour une heure de plaisir, de
n'importe quelle espèce, perdre une éternité de paix ? Que vous laisse
le plaisir de la chair, de l'or et de la pensée ? Rien. Qu'acquérez-vous
en les repoussant ? Tout. Je parle à des pécheurs parce que l'homme est
pécheur. Eh bien, dites-moi, en vérité : après avoir satisfait les sens,
ou l'orgueil, ou la cupidité, vous êtes-vous sentis plus frais, plus
contents, plus tranquilles ? Dans l'heure qui suit la satisfaction et
qui est toujours une heure de réflexion, vous êtes-vous en réalité sentis
sincèrement heureux ? Moi, je n'ai pas goûté ce pain de la sensualité.
Mais je réponds pour vous : "Non. Flétrissure, mécontentement,
incertitude, nausée, peur, agitation. Voilà ce qu'a été le suc que vous a
procuré cette heure de plaisir".
Cependant, je vous en prie. Lorsque je vous
dis : "Ne faites jamais cela", je vous dis aussi :
"Ne soyez pas inexorables à ceux qui se trompent". Rappelez-vous
que vous êtes tous frères, faits d'une même chair et ayant une même âme.
Pensez que nombreuses sont les causes qui amènent quelqu'un à pécher. Soyez
miséricordieux envers les pécheurs, relevez-les avec bonté et amenez-les à Dieu
en leur montrant que le sentier qu'ils ont suivi est hérissé de dangers pour
la chair, pour la pensée et l'esprit. Faites cela et vous en serez grandement
récompensés. Parce que le Père qui est aux Cieux est miséricordieux avec les
bons et sait rendre au centuple.
Je vous dis donc..."
Vision du samedi 12 août 1944

Jésus me dit:
"Regarde et écris. C'est l'évangile de la Miséricorde que je
donne à tous et spécialement à ceux qui se reconnaîtront dans la pécheresse
et que j'invite à suivre dans sa rédemption.
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196> Jésus, debout sur un
rocher, parle à une foule nombreuse. C'est un endroit alpestre. Une colline solitaire
entre deux vallées. Le sommet de la colline est en forme de joug ou plutôt en
forme de bosse de chameau , de
sorte qu'à peu de mètres de la cime elle offre un amphithéâtre naturel où la
voix résonne avec netteté comme dans une salle de concert très bien
construite.
La colline n'est qu'une fleur. Ce doit être la belle saison. Les moissons des
plaines commencent à prendre une couleur blonde et seront bientôt prêtes pour
la faux. Au nord une montagne élevée resplendit avec son névé au soleil . Immédiatement
au-dessous, à l'orient, la mer de Galilée paraît un miroir brisé dont les
innombrables éclats semblent des saphirs embrasés par le soleil. Elle éblouit
avec son scintillement azur et or sur lequel ne se reflète que quelques
nuages floconneux qui traversent un ciel très pur et les ombres mobiles de
quelques voiles. Ce doit être encore les premières heures de la matinée car
l'herbe de la montagne a encore quelques diamants de rosée disséminés parmi
les tiges. Au-delà du lac de Génésareth il y a des plaines éloignées qui par
l'effet d'un léger brouillard, peut-être la rosée qui s'évapore, semblent
prolonger le lac mais avec des teintes d'opale veinée de vert, et plus loin
encore une chaîne de montagnes dont la côte très capricieuse fait penser à un
dessin de nuages sur un ciel serein.
Certains sont assis sur l'herbe ou sur des pierres, d'autres sont debout. Le
collège apostolique n'est pas au complet. Je vois Pierre et André, Jean et
Jacques, et j'entends qu'on appelle les deux autres Nathanaël et Philippe.
Puis, il y en a un autre qui est ou qui n'est pas dans le groupe. C'est
peut-être le dernier arrivé : ils l'appellent Simon . Les
autres ne sont pas là, à moins que je ne les distingue pas au milieu de la
foule nombreuse.
Le discours est déjà commencé depuis un moment. Je comprends qu'il s'agit du
sermon sur la montagne. Mais les béatitudes sont déjà énoncées. Je dirais
même que le discours approche de sa fin car Jésus dit : "Faites
ceci et vous en serez grandement récompensés, car le Père qui est aux Cieux
est miséricordieux avec les bons et sait rendre au centuple. Je vous dis
donc..."
Un grand mouvement se produit dans la foule qui se trouve vers le sentier
conduisant au plateau. Les gens les plus proches de Jésus se retournent.
L'attention se détourne. Jésus cesse de parler et tourne son regard dans la
même direction que les autres. Il est sérieux et beau dans son habit bleu foncé , avec
les bras croisés sur la poitrine et le soleil qui effleure son visage avec le
premier rayon qui passe au-dessus du pic oriental de la colline.
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197> "Faites place,
plébéiens" crie une coléreuse voix d'homme. "Faites place à la
beauté qui passe"... quatre jolis-cœurs tout pomponnés s'avancent et
l'un est certainement un romain car il porte la toge. Ils portent en triomphe
sur leurs mains croisées pour faire un siège Marie
de Magdala, encore grande pécheresse.
Elle rit de sa bouche très belle, elle rejette en arrière sa tête à la
chevelure d'or toute en tresses et boucles retenues par des épingles
précieuses et par une lame d'or parsemée de perles qui enserre le sommet du
front comme un diadème et d'où descendent de légères boucles pour voiler ses
yeux splendides rendus encore plus grands et plus séduisants par un savant
artifice. Le diadème, ensuite, disparaît derrière les oreilles sous la masse
des tresses qui retombent sur le cou très blanc et découvert. Et même... le
découvert va bien au-delà du cou. Les épaules sont découvertes jusqu'aux
omoplates et la poitrine beaucoup plus encore. Son vêtement est retenu aux
épaules par deux chaînettes d'or. Les manches sont inexistantes. Le tout est
recouvert, si l'on peut dire, par un voile qui sert uniquement à mettre la
peau à l'abri du bronzage. Le vêtement est très léger et la femme se jetant,
comme elle fait, par cajolerie, sur l'un ou l'autre de ses adorateurs, semble
se jeter nue sur eux. J'ai l'impression que le romain est le préféré, car
c'est à lui que s'adressent de préférence les sourires et les coups d’œil et
il reçoit plus souvent la tête sur son épaule .
"Voilà, la déesse est satisfaite" dit le romain. "Rome a donné
une monture à la nouvelle Vénus et là se trouve l'Apollon que tu as voulu
voir. Charme-le donc... mais laisse-nous aussi quelques bribes de tes
charmes."
Marie rit et d'un mouvement agile et provocant se jette à terre découvrant
ses pieds chaussés de sandales blanches avec des boucles d'or et une partie
de la jambe. Puis couvrant le tout, le vêtement très ample, de laine fine
comme le voile et très blanc, retenu à la taille, mais très bas à la hauteur des
hanches, par une ceinture à boucles d'or dénouées. Et la femme se dresse
comme une fleur de chair, une fleur impure, éclose par un sortilège sur le
plateau vert où se trouvent quantité de muguets et de narcisses sauvages.
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198> Elle est belle plus que
jamais. La bouche petite et pourpre semble un œillet qui se détache sur la
blancheur d'une dentition parfaite. Le visage et le corps pourraient
satisfaire le peintre ou le sculpteur le plus difficile tant pour les teintes
que pour les formes. Large de poitrine avec des hanches bien proportionnées,
avec une taille naturellement souple et fine en comparaison de la
poitrine et des hanches, elle semble une déesse comme l'a dit le romain, une déesse
sculptée dans un marbre légèrement rosé sur lequel l'étoffe légère se tend
sur les côtés pour retomber ensuite en plis nombreux sur le devant. Tout est
étudié pour plaire.
Jésus la regarde fixement, et elle soutient effrontément son regard en riant
et en se tournant légèrement à cause des chatouilles que le romain, lui fait
en passant sur ses épaules et sur son sein découverts un brin de muguet
cueilli dans l'herbe. Marie, avec un courroux étudié et faux, relève son
voile en disant : "Respecte ma candeur" ce qui fait éclater
les quatre en un bruyant éclat de rire.
Jésus continue de la fixer. Quand le bruit des éclats de rire s'atténue,
comme si l'apparition de la femme avait rallumé la flamme du discours qui
tombait, Jésus reprend la parole et ne la regarde plus. Mais il
regarde ses auditeurs qui paraissent agités et scandalisés par cette
aventure.
Jésus reprend : "J'ai dit d'être fidèles à la Loi, humbles,
miséricordieux, d'aimer non seulement les frères nés des mêmes parents mais
tous ceux qui sont pour vous des frères parce qu'ils ont la même origine
humaine. Je vous ai dit que le pardon est plus utile que la rancœur, qu'il
vaut mieux compatir que d'être inexorables . Mais
maintenant je vous dis qu'on ne doit pas condamner si on n'est pas exempt du
péché qui nous porterait à condamner. Ne faites pas comme les scribes et les
pharisiens qui sont sévères avec tout le monde, mais pas avec eux-mêmes. Ils
appellent impur ce qui est extérieur et peut ne souiller que l'extérieur, et
ils accueillent l'impureté au plus profond de leur sein, dans leur cœur.
Dieu n'est pas avec ceux qui sont impurs,
car l'impureté corrompt ce qui est la propriété de Dieu : les âmes, et
surtout les âmes des petits qui sont les anges répandus sur la terre. Malheur
à ceux qui leur arrachent les ailes avec la cruauté de fauves démoniaques et
qui jettent dans la boue ces fleurs du Ciel en leur faisant connaître le goût
de la matière ! Malheur !... Il vaudrait mieux qu'ils meurent
brûlés par la foudre plutôt que d'arriver à un tel péché !
Malheur à vous, riches et jouisseurs ! Car c'est justement parmi vous
que fermente la plus grande impureté à laquelle l'oisiveté et l'argent
servent de lit et d'oreiller ! Maintenant, vous êtes repus. La
nourriture des concupiscences vous arrive jusqu'à la gorge et vous étrangle.
Mais vous aurez faim, une faim redoutable et que rien ne rassasiera ni
n'adoucira pendant l'éternité. Maintenant vous êtes riches. Que de bien vous
pourriez faire avec votre richesse !
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199> Mais vous en faites un mal
pour vous et pour les autres. Vous connaîtrez une pauvreté atroce un jour,
lequel n'aura pas de fin. Maintenant vous riez. Vous vous prenez pour des
triomphateurs. Mais vos larmes rempliront les étangs de la Géhenne et elles
ne s'arrêteront plus.

Où se niche l'adultère ? Où se niche la
corruption des jeunes filles ? Qui a deux ou trois lits de débauche, en
plus de son lit d'époux, et sur lesquels il répand son argent et la vigueur
d'un corps que Dieu lui a donné sain pour qu'il travaille pour sa famille
et non pour qu'il s'épuise en débauches dégoûtantes qui le mettent au-dessous
d'une bête immonde ? Vous avez appris qu'il a été dit : "Ne
commets pas l'adultère" . Mais
Moi, je vous dis que celui qui aura regardé une femme avec un désir impur,
que celle qui est allée vers un homme avec un désir impur, avec cela
seulement, a déjà commis l'adultère en son cœur. Aucune raison ne
justifie la fornication, Aucune. Ni l'abandon et la répudiation d'un
mari. Ni la pitié envers une femme répudiée. Vous n'avez qu'une seule âme.
Quand elle est engagée avec une autre par un pacte de fidélité, qu'elle ne
mente pas, autrement ce beau corps avec lequel vous péchez ira avec vous,
âmes impures, dans des flammes qui ne s'éteindront pas. Mutilez-le plutôt,
mais ne le tuez pas pour toujours par la damnation. Redevenez hommes, vous,
les riches, sentines vermineuses du vice, redevenez hommes pour ne pas
inspirer le dégoût au Ciel..."
Marie, au commencement, a écouté avec un visage qui était un poème de
séduction et d'ironie, éclatant de temps à autre en rires méprisants. Sur la
fin du discours elle devient rouge de colère. Elle comprend que, sans la
regarder, c'est à elle que Jésus parle. Sa colère s'enflamme toujours
plus. Elle se révolte et à la fin elle n'y résiste plus. Elle s'enveloppe
méprisante dans son voile et, suivie par les regards de la foule qui la
méprise et par la voix de Jésus qui la poursuit, elle se sauve à toutes
jambes sur la pente en laissant des morceaux de vêtements aux chardons et aux
églantiers qui sont aux bords du sentier. Elle rit de rage et de mépris.
Je ne
vois rien d'autre. Mais Jésus me dit : "Tu vas encore voir."
Vision du mardi 29 mai 1945 (suite)
Jésus
reprend : "Vous êtes indignés de cet événement. Cela fait deux
jours que notre refuge, bien au-dessus de la boue, est troublé par le
sifflement de Satan . Ce
n'est donc plus un refuge, et nous allons le quitter. Mais je veux terminer
pour vous ce code du "plus parfait" dans cette ampleur de lumière
et d'horizon.
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200> Ici, réellement, Dieu
apparaît dans sa majesté de Créateur et, en voyant ses merveilles, nous pouvons
croire fermement que le Maître c'est Lui et non pas Satan. Le Malin ne
pourrait même pas créer un brin d'herbe. Mais Dieu peut tout. Que cela nous
réconforte. Mais vous êtes maintenant tous au soleil. Et cela vous gêne.
Dispersez-vous alors sur les pentes. Il y a de l'ombre et de la fraîcheur .
Prenez votre repas, si vous voulez. Je vous parlerai du même sujet. Plusieurs
raisons nous ont retardés. Mais ne le regrettez pas. Ici, vous êtes avec
Dieu."
La foule crie : "Oui, oui, avec Toi" et les gens s'en vont
sous les bosquets épars du côté de l'orient de façon que le versant de la
colline et les branches les abritent du soleil déjà trop chaud.
Entre temps, Jésus dit à Pierre de démonter la tente.
"Mais... nous partons réellement ?"
"Oui."
"Parce qu'elle est venue, elle ? ..."
"Oui, mais ne le dis à personne et surtout pas au Zélote. Il en
resterait affligé à cause de Lazare. Je
ne puis permettre que la parole de Dieu soit exposée au mépris des
païens..."
"Je comprends, je comprends..."
"Alors, comprends aussi une autre chose."
"Laquelle, Maître ?"
"La nécessité de se taire en certains cas. Je me fie à toi. Tu m'es si
cher mais tu es aussi d'une impulsivité qui te fait faire des observations
blessantes."
"Je comprends... tu ne veux pas à cause de Lazare et de Simon..."
"Et pour d'autres encore."
"Tu penses qu'il y en aura aujourd'hui ?"
"Aujourd'hui, demain et après-demain et toujours. Et il sera toujours
nécessaire de surveiller l'impulsivité de mon Simon de Jonas. Va, va faire ce
que je t'ai dit."
Pierre s'en va, en appelant à son aide ses compagnons. L'Iscariote est resté
pensif dans un coin. Jésus l'appelle par trois fois parce qu'il n'entend pas.
À la fin, il se retourne : "Tu me veux, Maître ?"
demande-t-il.
"Oui, va toi aussi prendre ta nourriture et aider tes compagnons."
"Je n'ai pas faim. Ni Toi non plus."
"Moi non plus, mais pour des motifs opposés. Tu es troublé,
Judas ?"
"Non, Maître. Fatigué..."
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201> "Maintenant nous allons
sur le lac, et puis en Judée, Judas. Et chez ta mère. Je te l'ai
promis..."
Judas se sent mieux. "Tu viens bien avec moi seul ?"
"Mais certainement. Aime-moi bien, Judas. Je
voudrais que mon amour fût en toi au point de te préserver de tout mal."
"Maître... je suis un homme. Je ne suis pas un ange. J'ai des moments de
fatigue. Est-ce un péché d'avoir besoin de dormir ?"
"Non, si tu dors sur ma poitrine. Regarde là les gens, comme ils sont
heureux et comme il est gai d'ici, le paysage. Cependant la Judée aussi doit
être très belle au printemps."
"Très belle, Maître. Seulement, là-bas sur les montagnes qui sont plus
élevées qu'ici, le printemps est plus tardif . Mais
les fleurs sont très belles. Les pommeraies sont une splendeur. La mienne,
grâce aux soins de maman, est une des plus belles. Et quand elle s'y promène
avec des colombes qui lui Courent après pour avoir du grain, crois bien que
c'est une vue apaisante pour le cœur."
"Je le crois. Si ma Mère n'est pas trop fatiguée, j'aurais plaisir à
l'amener chez la tienne. Elles s'aimeraient, car elles sont bonnes toutes les
deux."
Judas, séduit par cette idée, redevient tranquille. Il oublie son manque
d'appétit et sa fatigue et court vers ses compagnons en riant joyeusement.
Grand comme il est, il défait sans fatigue les nœuds les plus élevés et il
mange son pain et ses olives, joyeux comme un enfant. Jésus le regarde avec
compassion et puis se dirige vers ses apôtres.
"Voici du pain, Maître, et un œuf. Je me le suis fait donner par ce
riche habillé de rouge. Je lui ai dit : "Tu es heureux d'écouter.
Lui parle et il est épuisé. Donne-moi un de tes œufs. Cela fera plus de bien
à Lui qu'à toi".
"Mais, Pierre !"
"Non, Maître ! Tu es pâle comme un bébé qui suce un sein épuisé, et
tu es en train de devenir maigre comme un poisson après les amours.
Laisse-moi faire; je ne veux pas avoir de reproches à me faire. Maintenant,
je vais le mettre dans cette cendre chaude. Ce sont les branchages que j'ai
brûlés. Tu vas le boire. Je ne sais combien de temps il y a... combien de
jours ? Des semaines certainement qu'on ne mange que du pain et des
olives et un peu de lait ...
Hum ! On dirait qu'on se purge. Et Toi, tu manges moins que tous et tu
parles pour tous. Voici l’œuf. Bois-le tant qu'il est tiède. Cela te fera du
bien."
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202> Jésus obéit et voyant
que Pierre ne mange que du pain, il lui demande : "Et
toi ? Les olives ?"
"Chut ! Elles vont me servir après. Je les ai promises."
"À qui ?"
"À des enfants .
Pourtant, s'ils ne se tiennent pas tranquilles jusqu'à la fin, je mange les
olives et je leur donne les noyaux, c'est-à-dire des claques."
"Mais, très bien !"
"Hé ! je ne les donnerai jamais. Mais si on ne fait pas
ainsi ! J'en ai tant reçu, moi aussi, et si on avait dû me donner toutes
celles que je méritais pour mes gamineries, j'aurais dû en recevoir dix fois
plus ! Mais cela fait du bien. C'est parce que j'en ai reçu que je suis
ainsi."
Tout le monde rit de la sincérité de l'apôtre. "Maître, je voudrais te
dire qu'aujourd'hui c'est vendredi et que ces gens... je ne sais s'ils
pourront se procurer des vivres à temps pour demain ou regagner leurs
maisons" dit Barthélemy.
"C'est vrai ! C'est vendredi !" disent plusieurs.
"Peu importe. Dieu y pourvoira, mais nous le leur dirons." Jésus se
lève et va à sa nouvelle place au milieu de la foule éparse parmi les
bosquets. "En premier lieu, je vous rappelle que c'est vendredi.
Maintenant je vous dis que ceux qui craignent de ne pouvoir regagner à temps
leurs maisons ou n'arrivent pas à croire que Dieu donnera demain la
nourriture à ses fils, peuvent se retirer tout de suite pour que la nuit ne
les surprenne pas en route."
Sur toute la foule, une cinquantaine de personnes se lèvent. Les autres
restent où elles sont.

Jésus sourit et commence à parler. "Vous avez appris qu'il a été dit
autrefois : "Ne commets pas l'adultère" . Ceux
parmi vous, qui m'ont entendu dans d'autres endroits, savent que plusieurs
fois j'ai parlé de ce péché .
Parce que, faites bien attention, ce péché n'intéresse pas une seule
personne, mais intéresse deux ou trois personnes. Et je m'explique. Celui qui
commet l'adultère pèche pour lui-même, il pèche pour sa complice, il pèche en
portant au péché la femme ou le mari trahi qui peuvent en arriver au
désespoir ou à pécher eux-mêmes. Ceci pour le péché consommé. Mais je vous
dis en plus. Je vous dis : "Non seulement le péché consommé, mais
le désir de le consommer est déjà péché". Qu'est-ce que
l'adultère ? C'est le désir fiévreux de celui ou de celle qui n'est pas
à nous. On commence à pécher par le désir, on continue par la séduction, on
complète par la persuasion, l'acte couronne le tout.
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203> Comment commence-t-on ?
Généralement par un regard impur. Et cela nous ramène à ce que je disais
auparavant. L’œil impur voit ce qui est caché à celui qui est pur, et par
l’œil, la soif entre dans le gosier, la faim dans le corps, la fièvre dans le
sang. Soif, faim, fièvre charnelle. C'est le commencement du délire. Si
l'autre, la personne regardée est honnête, celui qui délire reste seul à se
retourner sur des charbons ardents, ou bien il en arrive à calomnier pour se
venger. Si elle est malhonnête, elle se fait complice du regard et alors
commence la descente vers le péché. Aussi je vous dis : "Celui qui
regarde une femme en la désirant, a déjà commis l'adultère car
dans sa pensée il a déjà commis l'acte qu'il désire. Plutôt que cela, si ton œil droit est pour
toi occasion de scandale, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour
toi être borgne que de tomber pour toujours dans les ténèbres infernales. Et
si ta main droite a péché, coupe-la et jette-la. Il
vaut mieux pour toi avoir un membre de moins plutôt que de tomber tout entier
dans l'enfer . Il
est vrai qu'il est dit que ceux qui sont difformes ne peuvent servir Dieu
dans le Temple . Mais
après la vie, ceux qui sont difformes de naissance, s'ils sont saints ou ceux
qui le sont par vertu, deviendront plus beaux que des anges et serviront Dieu
en l'aimant dans la joie du Ciel.
Il a été dit aussi : "Que celui
qui renvoie sa femme lui donne un libellé de divorce" . Mais
c'est une chose à réprouver. Elle ne vient pas de Dieu. Dieu dit à
Adam : "C'est la compagne que j'ai faite pour toi
.
Croissez et multipliez-vous sur la terre, remplissez-la et soumettez-la à
votre pouvoir" . Et
Adam, rempli d'une intelligence supérieure car le péché n'avait pas encore
troublé sa raison sortie parfaite de Dieu, s'écria : "Voilà enfin
l'os de mes os et la chair de ma chair. On l'appellera Virago ,
c'est-à-dire un autre moi-même parce qu'elle est tirée de l'homme . Pour
ce motif, l'homme laissera son père et sa mère et les deux seront une seule
chair" . Et
avec l'éclat d'une splendeur accrue, l'éternelle Lumière approuva avec un
sourire ce qu'avait dit Adam et qui devint la loi première, irréformable. Maintenant,
si à cause de la dureté toujours plus grande de l'homme, le législateur
humain dut faire une nouvelle loi; si à cause de l'inconstance croissante de
l'homme, il dut mettre un frein et dire : "Si pourtant tu l'as
répudiée, tu ne peux la reprendre" , cela
n'efface pas la loi première, authentique, née au Paradis Terrestre et
approuvée par Dieu.
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204> Moi, je vous dis:
"Quiconque renvoie sa propre femme, excepté le cas de l'adultère bien
établi, l'expose à l'adultère" .
Parce que, en effet, que fera dans quatre-vingt-dix pour cent des cas la
femme répudiée ? Elle fera un second mariage. Avec quelles conséquences ?
Oh! il y en aurait à dire sur ce sujet ! Ne savez-vous pas que vous
pouvez provoquer des incestes involontaires avec cette manière d'agir ?
Que de larmes versées pour une luxure ! Oui. Une luxure. Cela n'a pas
d'autre nom. Soyez francs. On peut tout surmonter quand l'esprit est droit.
Mais tout se prête à motiver les satisfactions de la sensualité quand
l'esprit est luxurieux. Frigidité de la femme, lourdeur, inaptitude aux
affaires, humeur grincheuse, amour du luxe, on peut tout surmonter, même les
maladies, même l'irascibilité, si on s'aime saintement. Mais comme après
quelque temps on ne s'aime plus comme au premier jour, voilà qu'alors on
regarde comme impossible ce qui est plus que possible et l'on jette une
pauvre femme à la rue et on l'envoie à sa perdition. Commet l'adultère celui
qui répudie sa femme, et celui qui l'épouse après la répudiation. Seule la
mort rompt le mariage. Souvenez-vous-en. Et si vous avez fait un choix
malheureux, portez-en les conséquences comme une croix. Vous serez deux
malheureux mais saints, vous ne ferez pas de vos enfants des êtres plus
malheureux, ces innocents qui ont davantage à souffrir de ces situations
difficiles. L'amour de vos enfants devrait vous faire réfléchir cent et cent
fois, même dans le cas de la mort du conjoint. Oh ! si vous savez vous
contenter de ce que vous avez eu et auquel Dieu a dit: "Cela
suffit" ! Si vous saviez, vous veufs et vous veuves, voir dans la
mort non pas un amoindrissement mais une élévation à une perfection de
procréateurs ! Être mère, même pour la mère défunte. Être père, même
pour le père disparu. Avoir deux âmes en une, recueillir l'amour des enfants
sur les lèvres refroidies de la personne qui meurt et dire : "Pars
en paix, sans crainte pour ceux qui sont venus de toi. Je continuerai à les
aimer, pour toi et pour moi, de les aimer deux fois, je serai père et mère,
et l'infortune de l'orphelin ne pèsera pas sur eux. Ils ne connaîtront pas la
jalousie naturelle de l'enfant du conjoint remarié pour celui ou celle qui
prend la place sacrée d'une mère, d'un père appelés par Dieu à une autre
demeure".

Fils, mon enseignement arrive à sa fin, comme va vers sa fin le jour qui déjà
décline, avec le soleil, vers l'occident . De
cette rencontre sur la montagne, je veux que vous vous rappeliez les paroles.
Gravez-les dans vos cœurs. Relisez-les souvent. Qu'elles soient pour vous un
guide perpétuel. Et par-dessus tout soyez bons avec ceux qui sont faibles. Ne
jugez pas pour n'être pas jugés .
Souvenez-vous qu'il pourrait arriver le moment où Dieu vous
rappellerait : "C'est ainsi que tu as jugé. Tu savais donc que
c'était mal. Tu as donc commis le péché en sachant bien ce que tu faisais. Maintenant
subis ta peine".
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205> La charité est déjà une absolution.
Ayez la charité en vous, pour tous et à tout propos. Si Dieu vous donne tant
de secours pour vous garder droits, ne vous enorgueillissez pas. Mais
cherchez à monter, si longue que soit l'échelle de la perfection, et tendez
la main à ceux qui sont fatigués, ignorants, à ceux qui sont victimes de
subites déceptions. Pourquoi
regarder avec tant d'attention le fétu dans l’œil de ton frère si tu ne te
soucies pas d'abord d'enlever la
poutre qui est dans le tien? Comment peux-tu dire à ton prochain:
"Laisse-moi enlever ce fétu de ton œil" alors que t'aveugle la
poutre qui est dans le tien? Ne sois pas hypocrite, fils. Enlève d'abord la
poutre que tu as dans le tien et alors tu pourras enlever le fétu à ton frère
sans l'abîmer complètement.
Évitez aussi l'imprudence comme le manque de charité. Je vous ai dit:
"Tendez la main à ceux qui sont fatigués, ignorants, victimes de
déceptions imprévues". Mais, si c'est charité d'instruire les ignorants,
d'encourager ceux qui n'en peuvent plus, de donner de nouvelles ailes à ceux
qui pour de multiples raisons ont brisé les leurs, c'est une imprudence de
dévoiler les vérités éternelles à ceux qui sont infectés par le satanisme.
Ils s'en empareront pour jouer aux prophètes, pour se glisser parmi les
simples, pour corrompre, détourner, souiller de
manière sacrilège les choses de Dieu. Respect absolu, savoir parler et savoir
se taire, savoir réfléchir et savoir agir, voilà les vertus du vrai disciple
pour faire des prosélytes et servir Dieu. Vous avez une raison et, si vous
êtes justes, Dieu vous donnera toutes ses lumières pour guider encore mieux
votre raison. Pensez que les vérités éternelles
ressemblent à des perles. On n'a jamais vu jeter des perles aux pourceaux qui
préfèrent des glands et de puantes eaux de vaisselle aux perles précieuses.
Ils les piétineraient sans pitié et après, furieux d'avoir été trompés, ils
se retourneraient contre vous pour vous mettre en pièces. Ne donnez pas les
choses saintes aux chiens. Ceci pour maintenant et pour plus tard.
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206> Je vous ai parlé longuement, mes fils.
Écoutez mes paroles. Celui qui les écoute et les met en pratique est comparable
à un homme réfléchi qui, voulant construire une maison, choisit un terrain rocheux .
Certes il peinera pour faire les fondations. Il lui faudra travailler avec le
pic et le ciseau, se durcir les mains et se fatiguer les reins. Mais ensuite
il pourra couler la chaux dans les fentes de la roche et y poser les briques
serrées comme dans une muraille de forteresse et la maison s'élèvera solide
comme une montagne. Que viennent les intempéries, les ouragans, que les
pluies fassent déborder les fleuves, que les vents soufflent, que les flots
la frappent, la maison résistera à tout. Ainsi en est-il de celui dont la foi
a de solides fondations. Au contraire, celui qui écoute sans se laisser
pénétrer et ne s'efforce pas de graver mes paroles dans son cœur parce qu'il
sait que pour cela il devrait se donner de la peine, éprouver de la
souffrance, extirper trop de choses, celui-là est semblable à celui qui par
paresse et sottise construit sa maison sur le sable. Sitôt que viennent les
intempéries, la maison vite construite aussi vite s'écroule et l'imbécile
regarde désolé les décombres et l'anéantissement de son capital. Et ici, il
ne reste qu'une ruine qu'on peut réparer en faisant des frais et en se
donnant du mal. Mais pour l'édifice d'un esprit qui s'est écroulé parce qu'il
était mal bâti, il ne reste plus rien pour la reconstruction. Dans l'autre
vie, pas de construction. Malheur à celui qui n'a que des décombres à
présenter !
J'ai fini. Maintenant je descends vers le lac et je vous bénis au nom du Dieu
Un et Trin. Que ma paix soit avec vous."
Mais la foule crie : "Nous venons avec Toi. Laisse-nous
venir ! Personne n'a des paroles comme les tiennes !"
Et ils se mettent à suivre Jésus qui descend non pas du côté par où il est
monté, mais par le côté opposé et s'en va directement vers Capharnaüm
. La
descente est plus abrupte, mais beaucoup plus rapide, et ils ont vite fait
d'arriver au pied de la montagne qui débouche dans une plaine verte et
fleurie.
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