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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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samedi 17 juin 28 (5 Tammouz)
- L'apologue contre Abimélech (Jg 9, 1-21) 126 - Saisir l'esprit de la lettre 126 - Application actualisée de l'apologue - Discours (Les hautes structures sociales 127 - Le jugement de l'histoire 127 - La primauté du spirituel 128 - Douceur n'est pas faiblesse 128 - Les pièges du pouvoir 129 - Le rôle des saints 130 - On préfère la tyrannie à la bonté) 130 - Discours (Parabole de l'agneau qui devient roi : - Jésus et ses contemporains) 131 - Jude et Jacques blâment Simon et Joseph 134 - La foule ne sait que penser de Jésus 135 - Une mauvaise notion du prophète 135 |
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126> De nouveau la synagogue de Nazareth, le jour
du sabbat, cependant. Jésus a lu l'apologue
contre Abimélech et termine avec les paroles :
"qu'il sorte de lui un feu, et qu'il dévore les cèdres du Liban [1]" Puis il rend
le rouleau au chef de la synagogue. "Le reste, tu ne
le-lis pas ? Ce serait bon pour faire comprendre l'apologue" Lui
dit ce dernier. "Ce n'est pas
nécessaire. Le temps d'Abimélech est très lointain.
J'applique au moment présent l'apologue antique. Écoutez, gens de
Nazareth. Vous connaissez déjà, par les enseignements du chef de votre
synagogue, les applications de l'apologue contre Abimélech.
En effet, il a été instruit en son temps par un rabbi et celui-ci par un
autre encore et ainsi de suite au cours des siècles, et toujours avec la même
méthode et les mêmes conclusions. 127> De Moi, vous entendrez
une autre application. Et je vous prie, du reste, de savoir appliquer votre
intelligence et ne pas être comme les cordes disposées sur la poulie du
puits, et qui tant qu'elles ne sont pas usées vont de la poulie à l'eau, de
l'eau à la poulie sans jamais pouvoir changer. L'homme n'est pas un cordage
lié, ni un instrument mécanique. L'homme est pourvu d'un cerveau intelligent
et il doit s'en servir par lui-même selon les besoins et les circonstances.
J'ai dit : les
peuples sentent le besoin d'élire quelqu'un qui se charge de toutes les
responsabilités, envers les sujets, envers les nations voisines et envers
Dieu, ce qui est le plus redoutable de tout. Le jugement de
l'histoire est terrible, et c'est en vain que les intérêts des peuples
cherchent à le changer, car les événements et les peuples futurs le rendront
à sa vérité première, terrible, mais plus dur est le jugement de Dieu qui ne
subit aucunes pressions et qui n'est pas sujet à des changements d'humeur ou
de jugement, comme trop souvent les hommes le sont, et encore moins sujet à
des erreurs de jugement. 128> Il faudrait donc que ceux qui sont
élus pour être les chefs de peuples et les créateurs de l'histoire agissent
avec la justice héroïque qui est propre aux saints pour n'être pas déshonorés
dans les siècles futurs et punis par Dieu dans les siècles des siècles. Mais, revenons à
l'apologue d'Abimélech. Les arbres donc
voulurent élire un roi et allèrent trouver l'olivier. Mais ce dernier, arbre
sacré et consacré à des usages surnaturels à cause de l'huile qui brûle
devant le Seigneur et a une place prépondérante dans les dîmes et les
sacrifices, qui fournit son huile pour former le baume saint pour l'onction
de l'autel, des prêtres et des rois, et descend avec des propriétés, je
dirais de thaumaturgie, dans les corps ou sur les corps malades, celui-ci
répondit : "Comment puis-je manquer à ma vocation sainte et
surnaturelle pour m'abaisser aux choses de la terre ?" Oh ! la douce
réponse de l'olivier ! Pourquoi n'est-elle
pas apprise et pratiquée par tous ceux que Dieu choisit pour une sainte
mission, au moins par eux, je dis au moins ? Parce que, en vérité, il
faudrait bien qu'elle soit dite par tout homme pour répondre aux suggestions
du démon, étant donné que tout homme est roi et fils de Dieu, doué d'une âme
qui le rend tel, royal, filialement divin, appelé à un destin surnaturel. Il
a une âme qui est un autel et une demeure. L'autel de Dieu, la demeure où le
Père des Cieux descend pour recevoir l'amour et le respect de celui qui est
fils et sujet. Tout homme a une âme, et toute âme, étant un autel, fait de
1'homme qui la contient un prêtre, gardien de l'autel, et il est dit dans le
Lévitique : "Que le prêtre ne se contamine pas". L'homme donc aurait
le devoir de répondre à la tentation du Démon, du monde et de la chair :
"Puis-je cesser d'être spirituel pour m'occuper de choses matérielles et
qui portent au péché ?" Les arbres allèrent
alors trouver le figuier en l'invitant à régner sur eux. Mais le figuier
répondit : "Comment puis-je renoncer à ma douceur et à mes fruits si
savoureux pour devenir votre roi ?" Nombreux sont ceux
qui se tournent vers celui qui est doux pour l'avoir comme roi, pas tant par
admiration pour sa douceur que parce qu'ils espèrent qu'à force d'être doux il
finira par devenir un roi de comédie duquel on peut attendre tout
consentement et avec lequel on peut se permettre toutes libertés. Mais la douceur n'est
pas la faiblesse, c'est la bonté. Elle est juste, intelligente, ferme. Ne
confondez jamais la douceur avec la faiblesse. La première est une vertu, la
seconde un défaut. 129> Et parce qu'elle est une vertu, elle
communique à celui qui la possède une droiture de conscience qui lui permet
de résister aux sollicitations et aux séductions humaines, attentives à le
tourner vers leurs intérêts, qui ne sont pas les intérêts de Dieu. Elle
demeure à tout prix fidèle à sa destinée. Celui qui est doux ne
rejettera jamais avec âpreté les réprimandes d'autrui. Il ne repoussera
jamais avec dureté celui qui le réclame. Mais en pardonnant et en souriant,
il dira toujours : "Frère, laisse-moi à ma douce destinée. Je suis
ici pour te consoler et t'aider, mais je ne peux devenir un roi tel que tu
l'envisages parce que je me soucie et me préoccupe d'une seule royauté, pour
mon âme et la tienne : de celle de l'esprit". Les arbres allèrent
trouver la vigne et lui demandèrent d'être leur roi. Mais la vigne
répondit : "Comment puis-je, moi, renoncer à être l'allégresse et
la force pour devenir votre roi ?" Etre roi, à cause de
la responsabilité et des remords, car plus rare que le diamant noir est le
roi qui ne pèche pas et ne se crée pas des remords, cela amène toujours à
s'obscurcir l'esprit. La puissance séduit tant qu'elle brille de loin comme
un phare, mais quand on l'a rejointe, on voit que ce n'est qu'une lumière de
luciole et non d'étoile. Et encore : la
puissance n'est qu'une force liée par les mille cordages des mille intérêts
qui s'agitent autour d'un roi. Intérêts des courtisans, intérêts des alliés,
intérêts personnels et de la parenté. Combien de rois se jurent, pendant que
1'huile les consacre: "Moi, je serai impartial" et ensuite, ils ne
savent pas l'être ? Comme un arbre puissant qui ne se révolte pas au premier
embrassement du lierre tendre ou fin en disant : "Il est si faible
qu'il ne peut me nuire" et même il se plaît à en être enguirlandé et
d'en être le protecteur qui le soutient quand il s'élève, souvent je pourrais
dire : toujours, le roi cède au premier embrassement d'un intérêt
courtisan, allié, personnel ou de parenté qui se tourne vers lui, et il se
plaît à en être un munificent protecteur. "C'est si peu de
chose !" dit-il quand la conscience lui crie : "Gare à
toi !" et il pense que cela ne peut pas lui nuire ni dans sa
puissance, ni dans son renom, L'arbre aussi le croit. Mais un jour vient où,
branche après branche, croissant en force et en longueur, croissant par sa
voracité de sucer la sève du sol et de monter à la conquête de la lumière et du
soleil, le lierre embrasse tout entier l'arbre puissant, l'accable,
l'étouffe, le tue. Et il était si faible ! Et lui était si fort ! 130> Pour les rois aussi,
c'est la même chose. Un premier compromis avec sa propre mission, un premier
haussement d'épaules à la voix de la conscience parce que les louanges sont
douces, parce que l'air de protecteur que l'on recherche est agréable, et il
vient un moment où le roi ne règne pas mais où règnent les intérêts des
autres et ils l'emprisonnent, le bâillonnent jusqu'à l'étouffer, et ils le
suppriment si, devenus plus forts que lui, ils voient qu'il n'est pas pressé
de mourir.
Et ils peuvent dire
encore ces bienheureux pauvres en esprit qui ne visent qu'à posséder le
Royaume des Cieux et méprisent toute richesse qui n'est pas ce royaume, et
ils peuvent dire aussi : "Et comment pourrions-nous en venir à
amoindrir notre mission qui est de faire mûrir des sucs fortifiants et
porteurs de joie, pour cette humanité, notre sœur qui vit dans le désert
aride de l'animalité et qui a besoin d'être désaltérée pour ne pas mourir,
pour être nourrie de sucs vitaux comme un enfant privé de nourrice ?
Nous sommes les nourrices de 1'humanité qui a perdu le sein de Dieu, qui
erre, stérile et malade, qui en arriverait à la mort désespérée, au noir
scepticisme, si elle ne nous trouvait pas nous qui, par le joyeux labeur de
ceux qui sont libres de toute attache terrestre, nous ne leur donnions pas la
certitude qu'il existe une Vie, une Joie, une Liberté, une Paix. Nous ne
pouvons renoncer à cette charité pour un intérêt mesquin". Les arbres s'en
allèrent alors vers la ronce. Elle ne les repoussa pas mais leur imposa un
pacte sévère : "Si vous me voulez pour roi, venez au-dessous de
moi. Mais, si vous ne voulez pas le faire, après m'avoir élue, je ferai de
toute épine un tourment ardent et je vous brûlerai tous, même les cèdres du
Liban". Voici la royauté que
pourtant le monde regarde comme vraie ! L'humanité corrompue prend la
tyrannie et la férocité pour la vraie royauté, alors que l'on considère la
douceur et la bonté comme de la sottise et de la bassesse. 131> L'homme ne se soumet pas au Bien, mais il se
soumet au Mal. Il en est séduit et en conséquence il en est brûlé.
Les animaux pensèrent
à élire un roi et comme ils étaient astucieux pensèrent choisir un animal qui
ne leur donnât pas la crainte d'être fort ou féroce. Ils écartèrent donc
le lion et tous les félins. Ils déclarèrent ne pas vouloir des aigles à cause
de leurs becs, ni d'aucun oiseau de proie. Ils se défièrent du cheval qui,
grâce à sa rapidité, pouvait les rattraper et voir ce qu’ils faisaient. Ils
se défièrent encore plus de l'âne dont ils connaissaient la patience, mais aussi
les subites furies et les puissants sabots. Ils étaient horrifiés à l'idée
d'avoir pour roi la guenon parce que trop intelligente et vindicative. Avec
l'excuse que le serpent s'était prêté à Satan pour séduire l'homme, ils
déclarèrent ne pas le vouloir pour roi malgré ses couleurs gracieuses et
l'élégance de ses mouvements. En réalité, ils n'en voulurent pas parce qu'ils
connaissaient sa marche silencieuse, la grande puissance de ses muscles,
l’action redoutable de son venin. Se donner pour roi un taureau ou un autre
animal armé de cornes pointues ? Fi donc ! "Le diable aussi en
a" dirent-ils. Mais ils pensaient: "Si un jour nous nous révoltons,
il va nous exterminer avec ses cornes". Après des recherches
inutiles, ils virent un agnelet grassouillet et blanc qui gambadait
joyeusement dans un pré vert et qui s'alimentait à la mamelle gonflée de sa
mère. Il n'avait pas de cornes, mais il avait des yeux doux comme un ciel
d'avril. Il était doux et simple. Il était content de tout : de l'eau
d'un petit ruisseau où il buvait en y plongeant son petit museau rose; des
fleurs de goûts différents qui plaisaient à son oeil
et à son palais; de l'herbe touffue où il était agréable de se coucher quand
il était rassasié; et des nuées qui paraissaient être d'autres agneaux qui
s'ébattaient là- haut, au-dessus des prés azurés et qui l'invitaient à jouer
en courant dans le pré, comme eux dans le ciel, et surtout des caresses de la
mère qui lui permettait encore de téter son lait tiède, pendant qu'elle
léchait la blanche toison avec sa langue rose; du bercail bien protégé et à
l'abri du vent, de la litière douce et parfumée sur laquelle il était
agréable de dormir près de sa mère. "Il est facile à
contenter. Il est sans armes ni venin. Il est naïf. Faisons-Le roi". 132> Et ils le firent roi. Et ils s'en
glorifiaient parce qu'il était beau et bon, admiré des peuples voisins, aimé
de ses sujets à cause de sa patiente douceur. Le temps passa et
l'agneau devint mouton et dit : "Maintenant c'est le moment de
gouverner réellement. Maintenant je possède pleinement la connaissance
de ma mission. La volonté de Dieu qui a permis que je fusse élu roi, m'a
formé à cette mission en me donnant la capacité de régner. Il est donc juste
que je l'exerce d'une manière parfaite, même pour ne pas négliger les dons de
Dieu". Voyant des sujets qui
faisaient des choses contraires à l'honnêteté des mœurs, ou à la charité, ou
à la douceur, ou à la loyauté, à la tempérance, à l'obéissance, au respect, à
la prudence et ainsi de suite, il éleva la voix pour les réprimander. Ses sujets se
gaussèrent de son bêlement sage et doux qui ne faisait pas peur comme le
rugissement des félins, ni comme le cri des vautours quand ils descendent d'un
vol rapide sur leur proie, ni comme le sifflement du serpent, et ni même
comme l'aboiement du chien qui inspire la crainte. L'agneau devenu
mouton ne se borna pas à bêler, mais il alla trouver les coupables pour les
ramener à leur devoir. Mais le serpent se glissa dans ses pattes. L'aigle
s'éleva dans les hauteurs en le laissant en plan. Les félins, d'un coup de
patte feutrée, le bous- culèrent en le menaçant : "Tu vois ce qu'il
y a dans notre patte feutrée qui pour l'instant te bouscule seulement ?
Les griffes". Les chevaux, et tous les coureurs en général, se mirent à
courir au galop autour de lui, en le tournant en ridicule. Les éléphants
massifs et autres pachydermes, d'un coup de museau, le jetèrent çà et là,
pendant que les guenons du haut des arbres lui lançaient des projectiles. L'agneau devenu
mouton finit par s'inquiéter et il dit : " Je ne voulais pas me
servir de mes cornes ni de ma force car, moi aussi, j'ai une force dans ce
cou et on la prendra comme modèle pour abattre les obstacles en temps de
guerre. Je ne voulais pas m'en servir, parce que je voulais user d'amour et
de persuasion, mais puisque vous m'attaquez avec ces armes, voilà que je vais
user de ma force parce que, si vous manquez à votre devoir envers moi et
envers Dieu, moi, je ne veux pas manquer à mon devoir envers Dieu et envers
vous. J'ai été mis à cette place, par vous et par Dieu, pour vous conduire à
la Justice et au Bien. Et je veux que règnent ici la Justice et le Bien,
c'est-à-dire l'Ordre". 133> Et il se servit de
ses cornes pour punir, légèrement parce qu'il était bon, un roquet têtu qui
continuait à importuner ses voisins et puis, de son cou puissant, il défonça
la porte d'une tanière où un porc goulu et égoïste avait accumulé des vivres
au détriment des autres, et il abattit aussi le buisson de lianes choisi par
deux singes luxurieux pour leurs amours illicites. "Ce roi est
devenu trop puissant. Il veut vraiment régner. Il veut absolument que nous
vivions en sages. Cela ne nous plaît pas. Il faut le détrôner"
décidèrent-ils. Mais un astucieux
petit singe leur conseilla: "Ne le faisons que sous l'apparence d'un
juste motif. Autrement nous ferions piètre figure auprès des peuples et nous
serions odieux à Dieu. Epions donc chaque action de l'agneau devenu mouton
pour pouvoir l'accuser avec un semblant de justice". "J'y pense,
moi" dit le serpent. "Et moi
aussi" dit la guenon. L'un, en se glissant dans
les herbes, l'autre, en restant en haut des arbres ne perdirent plus de vue
l'agneau devenu mouton. Chaque soir, quand lui se retirait pour se reposer
des fatigues de la mission et réfléchir sur les mesures à adopter et les
paroles à employer pour dompter la révolte et triompher des péchés de ses
sujets, ceux-ci, à part quelques rares personnes honnêtes et fidèles, se
réunissaient pour écouter le rapport des deux espions et des deux traîtres. Car c'était bien cela
qu'ils étaient. Le serpent disait à son roi : " Je te suis parce
que je t'aime et si je voyais qu'on t'attaque, je veux pouvoir te
défendre". La guenon disait à
son roi : "Comme je t'admire ! Je veux t'aider. Regarde :
d'ici je vois qu'au-delà du pré on est en train de pécher. Cours !"
et ensuite, elle disait à ses compagnons: " Aujourd'hui aussi, il a pris
part au banquet de certains pécheurs. Il a feint d'y aller pour les convertir
mais ensuite, en réalité, il a été complice de leur ripaille". Et le serpent
rapportait : "Il est allé jusqu'en dehors de son peuple,
fréquentant les papillons, les mouches et les limaces visqueuses. C'est un
infidèle. il entretient des relations avec des étrangers immondes". Ainsi parlaient-ils
aux dépens de l'innocent, s'imaginant que celui-ci ne savait rien. Mais l'esprit du
Seigneur, qui l'avait formé pour sa mission, l'éclairait aussi sur les
complots de ses sujets. Il aurait pu s'enfuir, indigné, en les maudissant.
Mais l'agneau était doux et humble de cœur. 134> Il aimait. Il avait
le tort d'aimer, et il avait le tort encore plus grand de persévérer, en
aimant et pardonnant, dans sa mission, au prix de sa vie, pour accomplir la
volonté de Dieu. Oh ! quels torts
que ceux-là, auprès des hommes ! Impardonnables ! Et ils l'étaient
tant qu'ils lui valurent la condamnation. "Qu'il soit tué ! Pour
qu'on soit délivré de son oppression". Et le serpent se chargea de le
tuer, parce que le serpent est toujours le traître... C'est le second
apologue. À toi de le comprendre, peuple de Nazareth ! Quant à Moi, à
cause de l'amour qui m’attache à toi, je te souhaite d'en rester au moins à
l'hostilité, et de ne pas aller au-delà. L'amour de la terre où je suis venu
tout enfant, où j'ai grandi en vous aimant et en recevant de l'amour, me fait
vous dire à vous tous : "Ne soyez pas plus qu'hostiles. N'agissez
pas de façon que l'histoire dise : C'est de Nazareth qu'est venu le
traître qui l'a livré et aussi ses juges iniques". Adieu. Soyez droits
dans vos jugements et constants dans votre volonté. La première chose, pour
vous tous, mes concitoyens. La seconde pour ceux d'entre vous qui sont
troublés par des pensées qui ne sont pas honnêtes. Je pars... La paix soit
avec vous." Et Jésus, au milieu
d'un silence pénible, rompu seulement par deux ou trois voix qui
l'approuvent, sort, triste, la tête baissée, de la synagogue de Nazareth. Il
est suivi par les apôtres. Tout à fait en queue
sont les fils d'Alphée et leurs yeux ne sont certainement
pas les yeux d'un doux agneau... Ils regardent sévèrement la foule hostile et
Jude Thaddée n'hésite pas à se planter droit en
face de son frère Simon et à lui dire :
"Je croyais avoir un frère plus honnête et ayant plus de
caractère." Simon baisse la tête
et se tait, mais l'autre frère, encouragé par les
autres de Nazareth, dit : "Tu n'a pas honte d'offenser ton frère
aîné !" "Non. J'ai honte
de vous, de vous tous. Ce n'est pas une marâtre, mais une marâtre dépravée
qu'est Nazareth pour le Messie. Écoutez pourtant ma prophétie. Vous pleurerez
des larmes, assez pour alimenter une fontaine, mais elles ne suffiront pas à
effacer des livres de l'histoire le vrai nom de cette cité et le vôtre. Vous
savez lequel ? "Sottise". Adieu." Jacques ajoute un salut plus large en leur
souhaitant la lumière de la sagesse et ils sortent avec Alphée de Sara et deux jeunes garçons, si je les
reconnais bien, ce sont les deux âniers [2] qui escortèrent les
ânes qui avaient servi pour aller à la rencontre de Jeanne de Chouza mourante. 135> La foule, restée
interdite, murmure : "Mais d'où Lui vient tant de
sagesse ?" "Et les miracles
d'où en a-t-il le pouvoir ? Car, pour en faire, il en fait. Toute la
Palestine en parle." "N'est-ce pas le
fils de Joseph le menuisier ? Nous l'avons tous
vu à son établi de Nazareth faire des tables et des lits, et ajuster des
roues et des serrures. Il n'est même pas allé à l'école et sa Mère seule fut
sa maîtresse." "Un scandale
aussi cela que notre père a critiqué" dit Joseph d'Alphée. "Mais tes frères
aussi ont terminé l'école avec Marie de Joseph." "Hé ! mon
père fut faible avec son épouse..." répond encore Joseph. "Et aussi le
frère de ton père, alors?" "Aussi." "Mais est-ce
bien le fils du menuisier ?" "Et tu ne le
vois pas ?" "Oh ! il y
en a tant qui se ressemblent ! Moi je pense que c'est quelqu'un qui veut
se faire passer pour lui." "Et alors où est
Jésus de Joseph ?" "Crois-tu que sa
Mère ne le connaît pas?" "Il a ici ses
frères et ses sœurs et tous l'appellent parent. N'est-ce pas vrai, peut-être,
vous deux ?" Les deux aînés
d'Alphée font signe que oui. "Alors il est
devenu fou ou possédé, car ce qu'il dit ne peut venir d'un menuisier." "Il faudrait ne
pas l'écouter. Sa prétendue doctrine c'est du délire ou de la
possession." Jésus s'est arrêté
sur la place, attendant Alphée de Sara qui parle avec un homme. Et pendant
qu'il attend, un des deux âniers qui était resté près de la porte de la
synagogue Lui rapporte les calomnies qu'on y a dites.
136> "Merci, Maître, d'avoir guéri ma
mère." |
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"Tu le méritais
parce que tu as su croire. Mon pouvoir, ici, est impuissant, car il n'y a pas
de foi, Allons, amis. Demain à l'aube nous partirons." |
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