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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Vendredi 19 janvier 29 (15 Scébat)
- Une femme
attend Jésus 123 - Les grands
d'Israël en campagne contre lui 123 - Repas et départ 124 - Une femme
implore en vain Jésus pour sa fille 125 - Les apôtres ne
comprennent pas la dureté de Jésus 126 - Guérison de la fille de la Cananéenne 127 - Les brebis
d'Anna sont guéries 128 - Guérie, la
fille de la femme qui cherchait Jésus 129 - Et qui raconte
comment elle l'a cherché 130 - La foi d'une
mère hébraïque mariée à un romain 131 - Elle présente
à Jésus sa famille exemplaire 133 - Il faut
arriver à la domination de l'esprit 133 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5 5.19. |
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123> "Le Maître est-il avec toi ?" demande le vieux
paysan Jonas à Jude Thaddée qui
entre dans la cuisine. Déjà le feu est allumé pour chauffer le lait et
réchauffer la pièce, car il fait un peu froid dans ces premières heures d'une
matinée de fin janvier, je crois, ou de début février. La matinée est très
belle mais le froid est un peu piquant. "Il doit être
sorti pour prier. Il sort souvent à l'aube, quand il sait qu'il peut être
seul. Il va bientôt arriver. Pourquoi le demandes- tu ?" "Je l'ai demandé
aussi aux autres, qui maintenant se sont dispersés pour le chercher, car il y
a une femme à côté, avec mon épouse, C'est une femme d'un village d'au-delà
de la frontière et je ne sais pas vraiment dire comment elle a su que le
Maître est ici, mais elle le sait et elle veut Lui parler." "C'est bien.
Elle Lui parlera. Peut-être est-elle celle qu'il attend, avec une fillette
malade. C'est son esprit qui l'aura conduite ici." "Non. Elle est
seule, elle n'a pas d'enfant avec elle : Je la connais bien, parce que
les villages sont si voisins. ...et la vallée appartient à tous. Et puis, moi
je pense qu'il ne faut pas être cruel avec les voisins, même phéniciens, pour
servir le Seigneur. Je peux me tromper mais..." "C'est aussi ce
que dit toujours le Maître, qu'il faut avoir pitié de tous." "C'est ce qu'il
fait, n'est-ce pas ?" "Oui." "Anna m'a dit
aussi, que même maintenant on le traite mal. Mal, toujours mal !... En
Judée, comme en Galilée, partout. Pourquoi donc Israël est-il si mauvais avec
son Messie ? Je veux parler des plus grands parmi nous d'Israël, car le
peuple l'aime." "Comment sais-tu
ces choses ?" 124> "Oh ! je vis ici, au loin, mais je suis un fidèle
israélite. "Il les connaît
toutes. Et nous, plus ou moins, nous sommes aussi au courant, mais Lui ne
s'en frappe pas. Il continue son travail et le nombre des disciples ou des
croyants augmente chaque jour ." "Que Dieu
veuille qu'ils tiennent jusqu'à la fin, mais l'homme est instable dans ses pensées.
Il est faible... Voici le Maître qui vient vers la maison avec trois
disciples." Et le vieillard sort,
suivi de Jude Thaddée, pour vénérer Jésus qui, plein de majesté, se dirige vers la maison. "La paix soit
avec toi, aujourd'hui et toujours, Jonas." "Gloire et paix
avec Toi, Maître, toujours." "La paix à toi,
Jude. André et Jean ne sont-ils pas encore revenus ?" "Non, et je ne
les ai pas entendus sortir. Personne. J'étais fatigué et j'ai dormi comme une
souche." "Entre, Maître.
Entrez. L'air est frais ce matin. Dans le bois il devait faire très froid. Il
y a ici du lait chaud pour tout le monde." Ils sont en train de
boire le lait et tous, sauf Jésus, y trempent de bons morceaux de pain, quand
surviennent André et Jean avec Anna, le berger. "Ah ! tu es
ici ? Nous revenions pour dire que nous ne t'avions pas trouvé..."
s’écrie André. Jésus donne le salut
de paix aux trois, et ajoute : "Vite, prenez votre part et partons
car je veux être, avant le soir, au moins au pied de la montagne d'Aczib. Ce soir commence le sabbat." "Mais, mes
brebis ?" 125> Jésus sourit et répond : "Elles seront guéries après
que je les aurai bénies." "Mais je suis à
l'orient de la montagne ! Et Toi, pour cette femme, tu vas au
couchant..." "Laisse faire
Dieu, et Lui pourvoira à tout." Le repas est fini, et les apôtres
montent prendre les sacs de voyage pour le départ. "Maître... cette
femme qui est là... tu ne l'écoutes pas ?" "Je n'ai pas le
temps, Jonas. La route est longue et, du reste, je suis venu pour les brebis
d'Israël. Adieu, Jonas. Que Dieu te récompense de ta charité. Ma bénédiction
est sur toi et sur tous tes parents, Allons." Mais le vieillard se
met à crier à tue-tête : "Enfants ! Femmes ! Le Maître
part ! Accourez !" Et comme une nichée
de poussins éparpillés dans un pailler accourent au cri de la mère poule qui
les appelle, ainsi de tous les côtés de la maison accourent femmes et hommes
occupés à leurs travaux ou encore à moitié endormis, et les enfants à moitié
nus qui sourient avec leurs visages à peine éveillés... Ils se serrent autour
de Jésus qui est au milieu de l'aire, et les mères enveloppent les enfants
dans leurs jupes pour les garantir de l'air, ou bien les serrent dans leurs
bras jusqu'à ce qu'une servante accoure avec des petits vêtements qui sont
vite passés.
En effet Jésus qui a
fini de bénir les membres de la famille et qui a réprimandé les adultes
d'avoir parlé de sa venue - et eux s'excusent en disant : "Nous
n'avons pas parlé, crois-le, Seigneur !" - s'en va montrant une
dureté inexplicable envers la pauvre femme qui se traîne sur les genoux en
tendant des bras suppliants, haletante alors qu'elle dit : "C'est
moi, moi qui t'ai vu hier pendant que tu passais le torrent, et j'ai entendu
qu'on te disait : "Maître". 126> Je vous ai suivis parmi les buissons et j'ai entendu leurs
conversations. J'ai compris qui tu es... Et ce matin, je suis venue alors
qu'il faisait encore nuit, pour rester ici sur le seuil comme un petit chien
jusqu'au moment où Sara s'est levée et m'a fait entrer. Oh ! Seigneur,
pitié ! Pitié ! D'une mère et d'une petite !" Mais Jésus marche
rapidement, sourd à tout appel. Ceux de la maison disent à la femme :
"Résigne-toi ! Il ne veut pas t'écouter. Il l'a dit : c'est
pour ceux d'Israël qu'il est venu..." Mais elle se lève, à
la fois désespérée et pleine de foi, et elle répond : "Non. Je le
prierai tant qu'il m'écoutera." Et elle se met à suivre le Maître ne
cessant de crier ses supplications qui attirent sur le seuil des maisons du
village tous ceux qui sont éveillés et qui, comme ceux de la maison de Jonas,
se mettent à la suivre pour voir comment la chose va finir. Les apôtres pendant
ce temps se regardent entre eux étonnés et ils murmurent :
"Pourquoi agit-il ainsi ? Il ne l'a jamais fait !..." Et
Jean dit : "A Alexandroscène il a pourtant guéri ces deux." "C'étaient des
prosélytes, pourtant" répond le Thaddée. "Et celle qu'il
va guérir maintenant ?" "Elle est
prosélyte, elle aussi" dit le berger Anna. "Oh ! mais
que de fois il a guéri aussi des gentils ou des païens ! La petite
romaine, alors ? ..." dit André désolé, qui ne sait pas se
tranquilliser de la dureté de Jésus envers la femme cananéenne. "Je vais vous
dire ce qu'il y a" s'exclame Jacques de Zébédée.
"C'est que le Maître est indigné. Sa patience est à bout, devant tant
d'assauts de la méchanceté humaine. Ne voyez-vous pas comme il est
changé ? Il a raison ! Désormais il ne vase donner qu'à ceux qu'il
connaît. Et il fait bien !" "Oui. Mais en
attendant, elle nous suit en criant, avec une foule de gens à sa suite. Lui,
s'il veut passer inaperçu, a trouvé moyen d'attirer l'attention même des
arbres..." bougonne Matthieu. "Allons Lui dire
de la renvoyer... Regardez ici le beau cortège qui nous suit ! Si nous
arrivons ainsi sur la route consulaire, nous allons être frais ! Et
elle, s'il ne la chasse pas, ne va pas nous lâcher..." dit le Thaddée
fâché, qui de plus se retourne et dit à la femme : "Tais-toi et
va-t-en !" Et ainsi fait Jacques de Zébédée. Mais la femme ne
s'impressionne pas des menaces et des injonctions et continue de supplier. "Allons le dire
au Maître, qu'il la chasse, Lui, puisqu'il ne veut pas l'écouter, Cela ne
peut pas durer ainsi !" dit Matthieu, alors qu'André murmure :
"La pauvre !" et Jean ne cesse de répéter : 127> "Moi, je ne comprends pas... Moi, je ne comprends
pas..." Il est bouleversé, Jean, de la façon d'agir de Jésus. Mais désormais, en
accélérant leur marche, ils ont rejoint le Maître qui s'en va rapidement
comme si on le poursuivait. "Maître ! Mais renvoie cette
femme ! C'est un scandale ! Elle crie derrière nous ! Elle
nous fait remarquer de tout le monde ! La route se remplit toujours plus
de passagers... et beaucoup la suivent. Dis-lui qu'elle s'en aille." "Dites-le-lui,
vous. Moi, je lui ai déjà répondu." "Elle ne nous
écoute pas. Allons ! Dis-le-lui, Toi. Et avec sévérité." Jésus s'arrête et se
retourne. La femme prend cela pour un signe de grâce, et elle hâte le pas, elle
élève le ton déjà aigu de sa voix et son visage pâlît car son espoir grandit. "Tais-toi,
femme, et retourne chez toi ! Je l'ai déjà dit: "Je suis venu pour
les brebis d'Israël". Pour guérir les malades et rechercher celles
d'entre elles qui sont perdues. Toi, tu n'es pas d'Israël." Mais la femme est
déjà à ses pieds et les baise en l'adorant et en tenant serrées ses
chevilles, comme si elle était une naufragée qui a trouvé un rocher où se
réfugier, et elle gémit : "Seigneur, viens à mon secours ! Tu
le peux, Seigneur. Commande au démon, Toi qui es saint... Seigneur, Seigneur,
tu es le Maître de tout, de la grâce comme du monde. Tout t'est soumis,
Seigneur. Je le sais. Je le crois. Prends donc ce qui est en ton pouvoir et
sers-t-en pour ma fille." "Il n'est pas
bien de prendre le pain des enfants de la maison et de le jeter aux chiens de
la rue." "Moi, je crois
en Toi. En croyant, de chien de la rue je suis devenue chien de la maison. Je
te l'ai dit : je suis venue avant l'aube me coucher sur le seuil de la
maison où tu étais, et si tu étais sorti de ce côté là, tu aurais buté contre
moi. Mais tu es sorti de l'autre côté et tu ne m'as pas vue. Tu n'as pas vu
ce pauvre chien tourmenté, affamé de ta grâce, qui attendait pour entrer en
rampant où tu étais, pour te baiser ainsi les pieds, en te demandant de ne
pas le chasser..." "Il n'est pas
bien de jeter le pain des enfants aux chiens" répète Jésus. "Mais pourtant
les chiens entrent dans la pièce où le maître mange avec ses enfants, et ils
mangent ce qui tombe de la table, ou les restes que leur donnent les gens de
la maison, ce qui ne sert plus. Je ne te demande pas de me traiter comme une
fille et de me faire asseoir à ta table : 128> Mais donne-moi, au moins, les miettes..." Jésus sourit.
Oh ! comme son visage se transfigure dans ce sourire de joie !… Les gens, les
apôtres, la femme, le regardent avec admiration... sentant que quelque chose
va arriver. Et Jésus dit :
"Oh ! femme ! Grande est ta foi. Et par elle tu consoles mon
esprit. Va donc, et qu'il te soit fait comme tu veux. Dès ce moment, le démon
est sorti de ta petite. Va en paix. Et comme de chien perdu tu as su vouloir
être chien domestique, ainsi sache à l'avenir être fille, assise à la table
du Père. Adieu." "Oh !
Seigneur ! Seigneur ! Seigneur !... Je voudrais courir pour
voir ma Palma chérie... Je voudrais rester avec Toi, te suivre !
Béni ! Saint !" "Va, va, femme.
Va en paix." Et Jésus reprend sa
route alors que la cananéenne, plus agile qu'une enfant, s'éloigne en
courant, suivie de la foule curieuse de voir le miracle... "Mais pourquoi,
Maître, l'as-tu faite tant prier pour ensuite l'écouter ?" demande
Jacques de Zébédée. "A cause de toi
et de vous tous. Cela n'est pas une défaite, Jacques. Ici, je n'ai pas été
chassé, ridiculisé, maudit... Que cela relève votre esprit abattu. J'ai déjà
eu aujourd'hui ma nourriture très douce. Et j'en bénis Dieu. Et maintenant
allons trouver cette autre qui sait croire et attendre avec une foi
assurée." "Et mes brebis,
Seigneur ? Bientôt je devrai prendre une autre route que la tienne pour
aller à ma pâture..." Jésus sourit, mais ne
répond pas. Il est beau d'aller,
maintenant que le soleil réchauffe l'air et fait resplendir comme des
émeraudes les feuilles nouvelles des bois et les herbes des prairies,
changeant en chaton tout calice de fleur à cause des gouttes de rosée qui
brillent dans les pétales multicolores des fleurettes des champs. Et Jésus
va, souriant. Et les apôtres, qui ont subitement repris courage, le suivent
en souriant... Ils arrivent au
carrefour. Le berger Anna, mortifié, dit : "C'est ici que je
devrais te quitter... Tu ne viens donc pas guérir mes brebis ? Moi
aussi, j'ai foi, et je suis prosélyte... Me promets-tu, au moins, de venir
après le sabbat ?" "Oh !
Anna ! Mais tu n'as pas encore compris que tes brebis sont guéries
depuis le moment où j'ai levé la main vers Lesemdan ?
Va donc, toi aussi, pour voir le miracle et bénir le Seigneur" 129> Je crois que la femme de Loth, quand elle eut été changée en
sel, n'a pas été différente du berger qui est resté comme il était, un peu
incliné mais la tête relevée vers Jésus pour le regarder, un bras à demi
tendu en l'air... Il semble être une statue. Et on pourrait lui mettre
l'inscription : "Le Suppliant." Mais ensuite il se redresse et
se prosterne, en disant : "Béni, sois-tu ! Toi, bon !
Toi, saint !... Mais je t'ai promis beaucoup d'argent, et ici, je n'ai
que quelques drachmes... Viens, viens chez moi après le sabbat..." "Je viendrai, non
pour l'argent mais pour te bénir encore pour ta simple foi. Adieu, Anna. La
paix soit avec toi." Et ils se séparent...
"Et cela aussi, n'est pas une défaite, amis ! Et ici aussi, je n'ai
pas été ridiculisé, chassé et maudit !... Allons ! Il y a une mère
qui nous attend depuis plusieurs jours..." Et la marche
continue, avec un petit arrêt pour manger du pain et du fromage et boire à
une source... Le soleil est au midi
quand on voit apparaître le carrefour . "Voici le commencement des
escales de Tyr là, au fond" dit Matthieu. Et il se réjouit à la pensée
que la plus grande partie du parcours est faite. Justement, adossée à
une borne romaine, il y a une femme. A ses pieds, sur un strapontin, une
fillette sur les sept ou huit ans. La femme regarde dans toutes les
directions, vers les escales dans les rochers, vers la route de Ptolémaïs, vers celle que parcourt Jésus, et de temps à
autre elle se penche pour caresser sa petite, pour lui garantir la tête du
soleil avec une toile, lui recouvrir les pieds et les mains avec un châle... "Voilà la
femme ! Mais où aura-t-elle dormi pendant ces jours ?" demande
André. "Peut-être dans
cette maison tout près du carrefour. Il n'y a pas d'autres maisons dans le
voisinage" répond Matthieu. "Ou à la belle
étoile" dit Jacques d'Alphée. "Non. A cause de
la fillette, non" répond son frère. "Oh ! pour
obtenir la grâce !..." dit Jean. Jésus ne parle pas,
mais il sourit. Tous en rang, trois d'un côté, trois de l'autre, avec Lui au
milieu, ils occupent la route à cette heure de pose des voyageurs, occupés à
manger là où les a pris le milieu du jour. Jésus sourit, grand,
beau, au milieu du rang. Et il semble que toute la lumière du soleil se soit
concentrée sur son visage, tant il est radieux. Il semble émettre des rayons. 130> La femme lève les yeux... Ils sont désormais à une
cinquantaine de mètres. Peut-être Jésus a attiré son attention, distraite par
une plainte de la fille, par son regard fixé sur elle. Elle regarde... Elle
porte les mains à son cœur par un mouvement involontaire, provoqué par
l'angoisse, elle sursaute. Jésus épanouit son
sourire. Et ce sourire resplendissant, inexprimable, doit dire tant de choses
à la femme qui, non plus anxieuse mais souriante, comme si déjà elle
éprouvait son futur bonheur, se penche pour prendre sa petite et la levant de
son strapontin, la portant les bras tendus, comme si elle l'offrait à Dieu,
elle s'avance et quand elle est arrivée aux pieds de Jésus, elle s'agenouille
en levant le plus qu'elle peut la fillette allongée qui regarde, extasiée, le
très beau visage de Jésus. La femme ne dit pas
un mot. Et que doit-elle dire de plus profond que ce qu'elle dit par toute
son attitude ?…
Et l'enfant, avec un
cri d'alouette libérée de la cage, crie : "Maman !" et
elle s'assied tout d'un coup, glisse à ses pieds, et embrasse sa mère qui,
épuisée, vacille et va tomber à la renverse, s'évanouissant par suite de la
fatigue, de l'angoisse subitement apaisée, de la joie qui dépasse les forces
du cœur déjà affaibli par tant de souffrances passées. Jésus la soutient
promptement. Son intervention est plus efficace que celle de la fillette qui,
alourdissant de son poids les bras maternels, ne l'aide pas précisément à la
soutenir. Jésus la fait asseoir et fait passer la force en elle... Et il la regarde
pendant que des larmes muettes descendent sur le visage à la fois fatigué et
bienheureux de la femme. Puis viennent les paroles : "Merci, mon
Seigneur ! Merci et bénédictions ! Mon espérance a été couronnée...
Je t'ai tant attendu... Mais maintenant je suis heureuse..." La femme, après avoir
surmonté son évanouissement, se remet à genoux, adorant, tenant devant elle
la fillette que Jésus caresse. Elle explique : "Il y a deux ans que
dans l'échine un os se détériorait la paralysant et l'amenant à la mort
lentement et en la faisant beaucoup souffrir. Nous l'avions fait voir à des
médecins d'Antioche, de Tyr, de Sidon et même de Césarée et de Panéade, faisant tant de dépenses pour les médecins et
les remèdes que nous avons dû vendre la maison que nous avions en ville et nous retirer
dans celle de campagne, et congédier les serviteurs de la maison pour
ne garder que ceux de la campagne, vendre nos productions qu'auparavant nous
consommions... 131> Et rien ne servait ! Je t'ai vu. Je
savais ce que tu fais ailleurs. J'ai espéré ta grâce aussi pour moi... Et je
l'ai eue ! Maintenant je retourne à la maison, légère, joyeuse... et à
mon époux, je donnerai la joie... A mon Jacques, lui qui m'a mis au cœur
l'espérance, en me racontant ce qui était arrivé par ta puissance en Galilée
et en Judée. Oh ! si nous n'avions pas craint de ne pas te trouver, nous
serions venus avec la fillette. Mais tu es toujours en route" "En cheminant,
je suis venu vers toi... Mais où as-tu séjourné pendant ces
jours ?" "Dans cette
maison... Mais la nuit, la fillette seule y restait. il y a là une brave
femme : elle en prenait soin à ma place pendant la nuit. Moi, je suis
restée toujours ici, par crainte de te manquer si tu passais de nuit." Jésus lui met la main
sur la tête : "Tu es une bonne mère. Dieu t'aime à cause de cela.
Tu vois qu'il t'a aidée en tout." "Oh !
oui ! Je l'ai bien senti pendant que je venais. J'étais venue de la
maison à la ville, croyant t'y trouver, par conséquent avec peu d'argent et
seule. Puis, suivant le conseil de l'homme [1], j'ai poursuivi ma route
pour ce lieu. J'ai envoyé prévenir à la maison et je suis venue... et il ne
m'a rien manqué. Ni pain, ni abri, ni force." "Toujours avec
ce fardeau dans les bras ? Ne pouvais-tu pas louer un
char ?.." demande peiné Jacques d'Alphée. "Non. Elle
aurait trop souffert, à en mourir. C'est dans les bras de sa mère que ma
Jeanne est venue à la Grâce." Jésus caresse leurs
cheveux à toutes les deux : "Maintenant partez et soyez toujours
fidèles au Seigneur. Que le Seigneur soit avec vous et qu'avec vous soit ma
paix." Jésus reprend sa
marche sur la route qui va à Ptolémaïs. "Et cela aussi
n'est pas une défaite, amis. Et ici aussi, je n'ai été ni chassé, ni
ridiculisé, ni maudit" En suivant la route
directe, ils ont vite fait de rejoindre la maréchalerie, près du pont. Le
maréchal romain se repose au soleil, assis contre le mur de la maison. Il
reconnaît Jésus et le salue. Jésus lui rend son salut et il ajoute :
"Me permets-tu de rester ici, pour reposer un peu et manger un peu de
pain ?" "Oui, Rabbi. Ma
femme voulait te voir... car je lui ai dit ce que j'avais entendu de ton
discours de l'autre fois. Esther est hébraïque. Mais je n'osais
te le dire, moi je suis romain. Je te l'aurais envoyée..." 132> "Appelle-la
donc." Et Jésus s'assoit sur le banc qui est contre le mur, alors que
Jacques de Zébédée distribue le pain et le fromage... Une femme d'environ
quarante ans sort, confuse, rouge de honte. "La paix à toi,
Esther. Il t'est venu le désir de me connaître ? Pourquoi ?" "A cause de ce
que tu as dit... Les rabbins nous méprisent, nous, qui avons épousé un
romain... Mais mes enfants je les ai tous portés au Temple et les garçons
sont tous circoncis. Je l'ai dit d'avance à Titus, quand il voulait
m'épouser... Et lui est bon... Il me laisse toujours faire avec les enfants.
Coutumes, rites, tout est hébraïque ici !... Mais les rabbins, les chefs
de synagogues, nous maudissent. Toi, pas... Tu as des paroles de pitié pour
nous... Oh ! sais-tu ce que c'est pour nous ? C'est comme sentir
autour de soi les bras du père et de la mère qui nous ont répudiées et
maudites, ou qui sont sévères avec nous... C'est comme remettre les pieds
dans la maison que l'on a quittée et ne plus s'y sentir étrangère... Titus
est bon. Pendant nos fêtes, il ferme la maréchalerie en perdant ainsi beaucoup
d'argent et il m'accompagne avec les enfants au Temple, car il dit que l'on
ne peut rester sans religion. Lui dit que la sienne est celle de la famille
et du travail, comme auparavant c'était celle du devoir de soldat... Mais
moi ? Seigneur... j'ai voulu te demander une chose... Tu as dit que ceux
qui suivent le vrai Dieu doivent prélever un peu de leur levain saint et le
mettre dans la bonne farine pour la faire fermenter saintement. Je l'ai fait
avec mon époux. J'ai cherché, pendant ces vingt années que nous sommes
ensemble, de travailler son âme qui est bonne avec le levain d'Israël. Mais
lui ne se décide jamais... et il est âgé... Je le voudrais avec moi dans
l'autre vie... Unis par la foi, comme nous le sommes par l'amour... Je ne te
demande pas la richesse, le bien-être, la santé. Ce que nous avons nous
suffit, Dieu en soit loué ! Mais cela, je le voudrais... Prie pour mon
époux ! Qu'il appartienne au vrai Dieu..." "Oui, il aura
cette grâce. Sois-en assurée. Tu demandes une chose sainte et tu l'auras. Tu
as compris les devoirs de la femme envers Dieu et envers son époux. Il
faudrait qu'il en fût ainsi de toutes les épouses ! En vérité je te dis
que beaucoup devraient t'imiter. Continue d'être ainsi, et tu auras la joie
d'avoir ton Titus à tes côtés, dans la prière et au
Ciel. Fais-moi voir tes enfants." 133> La femme appelle ses
nombreux enfants : "Jacob, Judas, Lévi, Marie, Jean, Anne, Élise,
Marc" et puis elle entre dans la maison et en revient avec un enfant qui
marche à peine et une autre de trois mois, au plus : "Et lui est
Isaac, et la toute petite c'est Judith" dit-elle en terminant la
présentation. "Abondance !"
dit en riant Jacques de Zébédée. Et Jude
s'écrie : "Six garçons ! Et tous circoncis ! Et avec des
noms purs ! Bravo !" La femme est heureuse
et elle fait l'éloge de Jacob, Judas et Lévi qui aident leur père "tous
les jours sauf le sabbat, jour où Titus travaille seul pour mettre les fers
faits d'avance" dit-elle. Et elle loue Marie et Anne "qui aident
leur mère." Mais elle ne se fait pas faute de louer les quatre plus
petits "bons et sans caprices. Titus m'aide à les éduquer, lui qui a été
un soldat discipliné" dit-elle en regardant affectueusement l'homme qui,
adossé à l'huisserie, une main sur la hanche, a écouté tout ce qu'a dit sa
femme avec un franc sourire sur son visage ouvert et qui maintenant se
rengorge en entendant rappeler ses mérites de soldat.
La mère et les
enfants s'agenouillent pendant que Jésus lève la main pour les bénir.
L'homme, comme s'il était de nouveau le soldat de Rome devant son empereur,
se met au garde-à-vous, en saluant à la romaine. Et ils s'en vont...
Après quelques mètres, Jésus met la main sur l'épaule de Jacques: "Et
encore une fois, la quatrième de la journée, je te fais remarquer que ce
n'est pas une défaite, ce n'est pas être chassé, ridiculisé, maudit... Et
maintenant, qu'en dis-tu ?" "Que je suis un
sot, Seigneur" dit impétueusement Jacques de Zébédée. |
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"Non. Toi et
vous tous, vous êtes encore et toujours trop humains, et vous éprouvez toutes
les sautes d'humeur de celui qui est plus dominé par l'humanité que par
l'esprit. 134> L'esprit, quand il est souverain, ne
change pas à tout souffle de vent qui ne peut être toujours une brise
parfumée... Il pourra souffrir, mais sans s'altérer. Je ne cesse de prier
pour que vous arriviez à cette domination de l'esprit. Mais vous devez
m'aider par votre effort... Eh bien ! Le voyage est terminé. Pendant ce
temps, j'ai semé ce qu'il faut pour préparer le travail pour le temps où ce
sera vous qui serez les évangélisateurs. Maintenant nous pouvons aller
au repos du sabbat avec la conscience d'avoir fait notre devoir. Et nous
attendrons les autres... puis nous irons... encore... toujours... jusqu'à ce
que tout soit accompli…" |
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