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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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lundi 21 février 28 (8 Adar)
- Persécutions à venir et vengeance divine 229 - Ce qu'a été la conversion à Dieu du Zélote
230 - Discussion sur le Dieu immanent 231 - Jésus félicite Pierre et Simon le Zélote 332 - Discours (Pourquoi des paraboles ? 233 - Explication de la parabole du semeur) 234 - Le Baptiste livré par un des ses disciples
236 - Jésus sort seul 238 - Les apôtres craintifs font le guet 238 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 3 3.40. |
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229> Nous voici de nouveau
dans la cuisine de Pierre. Le repas a été copieux car les plats, avec les
restes de poisson et de viande, de fromage, de fruits secs ou du moins
flétris, de fouaces de miel, s'entassent sur une sorte de crédence qui
rappelle un peu nos maies de Toscane. Les amphores et les coupes sont encore
en désordre sur la table. L'épouse de Pierre a
fait des miracles pour faire plaisir à son mari et elle a travaillé toute la journée.
Maintenant, fatiguée mais contente, elle reste dans son coin et écoute ce que
dit son homme et ce que disent les autres. 230> Elle le regarde, son
Simon qui, pour elle, doit être un grand homme; même s'il est un peu
exigeant. Quand elle l'entend parler avec des paroles nouvelles lui qui
auparavant ne parlait que de barques, de filets, de poisson et d'argent, elle
cligne des yeux comme si elle était éblouie par une lumière trop vive.
Pierre, soit par joie d'avoir Jésus à sa table, soit par joie du copieux
repas qui a été servi, est vraiment en veine ce soir et en lui se révèle le
futur Pierre qui prêchera aux foules. Je ne sais quelle
observation d'un compagnon a donné naissance à la réponse bien frappée de
Pierre : "Il leur arrivera comme aux bâtisseurs de la tour de
Babel. Leur orgueil provoquera l'écroulement de leurs théories et ils en
seront écrasés." André objecte à son
frère : "Mais Dieu est Miséricorde. Il empêchera l'écroulement pour
leur donner le temps de se repentir." "Ne le pense
pas. Pour couronner leur orgueil, ils emploieront la calomnie et la
persécution. Oh ! moi, déjà je le pressens. Persécutions contre nous,
pour nous disperser comme des témoins odieux. Et comme ils attaqueront
traîtreusement la Vérité, Dieu exercera sa vengeance et ils périront." "Aurons-nous la
force de résister ?" demande Thomas. "Voilà... moi je
ne l'aurais pas, mais je me fie à Lui" et Pierre montre le Maître qui
écoute et se tait debout la tête un peu inclinée comme pour cacher son visage
expressif. "Je pense que
Dieu ne nous donnera pas d’épreuves supérieures à nos forces" dit
Mathieu. "Ou pour le
moins Il augmentera les forces en proportion des épreuves" conclut
Jacques d'Alphée. "Il le fait
déjà. J'étais riche et puissant. Si Dieu n'avait pas voulu me garder pour ses
desseins, j'aurais péri désespéré quand je fus persécuté et lépreux. Je me
serais acharné contre moi-même... Au lieu de cela, sur mon complet
écroulement descendit une richesse nouvelle que je n'avais jamais possédée
auparavant : la richesse d'une certitude : "Dieu existe".
Avant... Dieu... Oui, j'étais croyant, j'étais un fidèle israélite. Mais
c'était une foi de formalismes. Et il me semblait que sa récompense était toujours
inférieure à mes vertus. Je me permettais de discuter avec Dieu car je me
sentais encore quelque chose sur la terre. Simon Pierre a raison. Moi aussi
je construisais une tour de Babel avec les autolouanges
et les satisfactions de mon moi. Quand tout s'écroula sur moi et que
je fus un ver écrasé sous le poids de tout cet inutile humain, alors je n'ai
plus discuté avec Dieu mais avec moi-même, avec mon fou moi-même, et je finis
de le démolir. 231> Et plus je le faisais, en faisant un chemin
à ce que je pense qu'est le Dieu immanent au-dessus de notre être de
terrestres, voilà que je rejoignais une force, une richesse nouvelle. La
certitude que je n'étais pas seul et que Dieu veillait sur l'homme vaincu par
l'homme et par le mal." "Selon toi, que
penses-tu que soit Dieu, celui que tu as dit : "le Dieu immanent
au-dessus de notre être de terrestres" ? Que veux- tu dire ?
Je ne comprends pas et cela me semble une hérésie. Dieu est celui que nous
connaissons à travers la Loi et les Prophètes, Il n'y en a pas d'autre"
dit, un peu sévère, Judas l'Iscariote. "Si Jean était
là, il le dirait mieux que moi, mais moi je le dis comme je sais. Dieu est
celui que nous connaissons à travers la Loi et les Prophètes, c'est vrai.
Mais en quoi Le connaissons-nous ? Comment ?" Jude d'Alphée bondit ;
"Peu et mal. Les Prophètes, qui nous l'ont décrit, eux Le connaissaient
encore. Mais nous, nous en avons une idée confuse qui filtre au travers d'un
encombrement d'un tas d'explications qu'ont accumulées les sectes..." "Des
sectes ? Mais comment parles-tu ? Nous n'avons pas de sectes. Nous
sommes les fils de la Loi. Tous" dit l'Iscariote indigné, agressif. "Les fils des
lois, mais pas de la Loi. Il y a une légère différence entre le singulier
et le pluriel. Mais dans la réalité, voilà ce qu'il en est : nous sommes
les fils de ce que nous avons créé et non plus de ce que Dieu nous a
donné" réplique Thaddée. "Les lois sont
nées de la Loi" dit l'Iscariote. "Les maladies
aussi naissent de notre corps, et tu ne voudrais pas me dire que ce sont de
bonnes choses" réplique Thaddée. "Mais
permettez-moi de savoir ce qu'est le Dieu immanent de Simon le Zélote."
L'Iscariote, qui ne peut répliquer à l'observation de Jude d'Alphée, essaie
de ramener la question au point de départ. Simon le Zélote
dit ; "À nos sens, il faut toujours un terme pour saisir une idée.
Chacun de nous, je parle de nous qui croyons, croit par la force de la foi au
Très-Haut Seigneur et Créateur, Dieu éternel qui est au Ciel. Mais tout être
a besoin de physique, cette foi nue, vierge, incorporelle, apte et suffisante
aux anges qui voient et aiment Dieu spirituellement, partageant avec Lui la
nature spirituelle et ayant la capacité de voir Dieu. Nous nous avons besoin
de nous créer une "image" de Dieu. 232> Cette image est
faite des qualités essentielles que nous donnons à Dieu pour donner un nom à
sa perfection absolue, infinie. Plus l'âme se concentre, et plus elle arrive
à rejoindre l'exactitude dans la connaissance de Dieu. Voici ce que j'entends
par "le Dieu immanent". Je ne suis pas un philosophe. Peut-être le
terme s'applique-t-il mal. Mais en somme pour moi le Dieu immanent c'est le
sentiment de Dieu, la perception de Dieu en notre esprit, et Le sentir
et Le percevoir non plus comme une idée abstraite mais comme une présence réelle
qui nous donne une force et une paix nouvelle." "C'est bien.
Comment en as-tu le sentiment ? Quelle différence y a-t il entre sentir
par la foi et sentir par l'immanence ?" demande l'Iscariote un peu
ironique. "Dieu est
sécurité, garçon" dit Pierre. "Quand tu en as
le sentiment comme dit Simon, en employant ce terme que littéralement je ne
comprends pas mais dont je comprends l'esprit - et crois bien que notre mal
est de comprendre la lettre, mais pas l'esprit des paroles de Dieu - cela
veut dire que tu réussis à saisir non seulement le concept de la majesté
terrible mais de la très douce paternité de Dieu. Cela veut dire que tu as le
sentiment que quand le monde entier te jugerait et te condamnerait
injustement, Un seul, Lui, l'Éternel qui est pour toi un Père, ne te juge pas
mais t'absout et te console. Cela veut dire que tu as le sentiment que quand
tout le monde te haïrait tu sentirais sur toi un amour plus grand que le
monde entier. Cela veut dire qu'isolé dans une prison ou un désert tu
sentirais toujours que Quelqu'un te parle et te dit : "Sois saint
pour être comme ton Père". Cela veut dire que par un amour vrai envers
le Dieu Père, que finalement on arrive à percevoir tel, on accepte, on travaille,
on prend ou on laisse sans mesure humaine, en ne pensant qu'à rendre amour
pour amour, qu'à copier Dieu le plus possible dans ses propres actions." "Tu es
orgueilleux ! Copier Dieu ! Cela ne t'est pas accordé" juge
l'Iscariote. "Ce n'est pas de
l'orgueil. L'amour mène à l'obéissance. Copier Dieu me semble encore une
forme d'obéissance puisque Dieu dit nous avoir fait à son image et à sa
ressemblance" réplique Pierre. "Il nous a
faits. Nous, nous ne devons pas monter plus haut." "Mais tu es un
malheureux, si tu penses ainsi, cher garçon ! Tu oublies que nous sommes
déchus et que Dieu veut nous ramener à ce que nous étions." 233> Jésus prend la
parole : "Davantage encore, Pierre, Judas et vous tous. La perfection
d'Adam était encore susceptible de grandir grâce à l'amour qui l'aurait amené
à une image toujours plus exacte de son Créateur. Adam, sans la tache du
péché, aurait été un très pur miroir de Dieu. C'est pour cela que je
dis : "Soyez parfaits comme est parfait le Père qui est aux
Cieux". Comme le Père, donc comme Dieu. Pierre a très bien parlé, ainsi
que Simon. Je vous prie de vous rappeler leurs paroles et de les appliquer à
vos âmes." Il s'en faut de peu
que l'épouse de Pierre s'évanouisse de joie d'entendre louer ainsi son mari.
Elle pleure derrière son voile, tranquille et bienheureuse. Pierre semble
avoir une attaque d'apoplexie tant il devient rouge. Il reste muet un moment,
et puis il dit : "Eh bien, alors, donne-moi la récompense. La
parabole de ce matin..." Les autres aussi
s'unissent à Pierre en disant : "Oui, tu l'as dit. Les paraboles
sont bien utiles pour faire comprendre la comparaison, mais nous, nous
comprenons qu'elles ont un sens qui dépasse la comparaison. "Parce qu'à eux
il n'est pas accordé de comprendre plus que ce que j'explique. A vous il est donné
beaucoup plus parce que vous, mes apôtres, devez connaître le mystère, et il
vous est par conséquent donné de comprendre les mystères du Royaume des
Cieux. C'est pour cela que je vous dis: "Demandez si vous ne comprenez
pas l'esprit de la parabole". Vous donnez tout et tout vous est donné
pour qu'à votre tour vous puissiez tout donner. Vous donnez tout à Dieu:
affections, temps, intérêts, liberté, vie. Et Dieu vous donne tout en
compensation et pour vous rendre capables de tout donner au nom de Dieu à qui
vient après vous. Ainsi à celui qui a donné il sera donné et abondamment.
Mais à celui qui n'a donné qu'en partie ou qui n'a pas donné du tout, on
enlèvera même ce qu'il a.
Seul Dieu se révèle
Lui-même. Quand sa lumière se retire, ayant atteint son but d'éclairer le
mystère, l'incapacité de comprendre enserre, comme les bandelettes d'une
momie, la vérité royale de la parole reçue. C'est pour cela que je t'ai dit
ce matin : "Un jour viendra où tu retrouveras tout ce que je t'ai
donné". Maintenant tu ne peux retenir. Mais plus tard la lumière viendra
sur toi, non pas pour un instant, mais pour un indissoluble mariage de
l'Esprit Éternel avec le tien, qui rendra infaillible ton enseignement en ce
qui concerne le Royaume de Dieu. Et comme ce sera pour toi, ce sera pour tes
successeurs s'ils vivent de Dieu comme d'un unique pain.
Nous avons les
esprits honnêtes, les esprits de bonne volonté, préparés par leur travail et
par le bon travail d'un apôtre, d'un "véritable" apôtre, car il y
en a qui en ont le nom, mais pas l'esprit. Ils sont plus meurtriers sur les
esprits en voie de formation que les oiseaux, les épines et les cailloux
eux-mêmes. Avec leurs intransigeances, leurs hâtes, leurs reproches, avec
leurs menaces, ils déroutent de telle façon qu'ils éloignent pour toujours de
Dieu. Il y en a d'autres à l'opposé qui, par un arrosement continuel de
bienveillance déplacée, font pourrir la semence dans une terre trop molle.
Par leur manque de virilité ils dévirilisent les âmes dont ils s'occupent.
Mais n'envisageons que les vrais apôtres, ceux qui sont de purs miroirs de
Dieu. Ils sont paternels, miséricordieux, patients et en même temps forts
comme leur Seigneur. Voilà que les esprits préparés par eux et par leur
propre volonté sont comparables aux champs fertiles sans cailloux et sans
ronces, nets de chiendent et d'ivraie. En eux prospère la parole de Dieu et
toute parole : une semence fait une touffe et des épis, en donnant ici le cent pour cent,
ailleurs le soixante, ailleurs encore le trente pour cent. 235> Y en a-t-il parmi
ceux qui me suivent ? Certainement et ils seront saints. Parmi eux, il y
en a de toutes les castes, de tous les pays. Il y a même des gentils et qui
pourtant donneront le cent pour cent par leur bonne volonté, uniquement par
elle, ou bien par elle et celle d'un apôtre ou d'un disciple qui me les
prépare. Les champs épineux
sont ceux où l'incurie a laissé pénétrer les enchevêtrements épineux des
intérêts personnels qui étouffent la bonne semence. Il faut se surveiller
toujours, toujours, toujours. Il ne faut jamais dire : "Oh !
désormais je suis formé, ensemencé, je puis être tranquille que je donnerai
des semences de vie éternelle". Il faut se surveiller : la lutte
entre le Bien et le Mal est continuelle. Avez-vous jamais observé une tribu
de fourmis qui s'installent dans une maison ? Les voilà sur le foyer. La
femme n'y laisse plus de nourriture et la met sur la table; et elles flairent
l'air et donnent l'assaut à la table. La femme les met dans la crédence, et
elles passent par la serrure. La femme suspend ses provisions au plafond, et
elles font un long chemin le long des murs et des soliveaux, elles descendent
le long des cordes et dévorent. La femme les brûle, les empoisonne et puis
reste tranquille, croyant les avoir détruites. Oh ! si elle ne veille
pas, quelle surprise ! Voilà que sortent celles qui viennent de naître
et tout est à recommencer. C'est ainsi tant qu'on vit. Il faut se surveiller
pour extirper les mauvaises plantes dès qu'elles sortent, dans le cas
contraire elles font un plafond de ronces et étouffent la graine. Les soucis
mondains, la duperie des richesses créent l'enchevêtrement, noient les
plantes semées par Dieu et les empêchent de former l'épi. Voici maintenant les
champs pleins de cailloux. Combien il y en a en Israël ! Ce sont ceux
qui appartiennent aux "fils des lois" comme l'a dit très justement
mon frère Jude. Il ne s'y trouve pas la Pierre unique du Témoignage, il n'y a
pas la Pierre de la Loi. Il y a la pierraille des petites, pauvres lois
humaines créées par les hommes. Tant et tant qui, par leur poids, ont fait
une carapace même à la Pierre de la Loi. C'est une ruine qui empêche tout
enracinement de la semence. La racine n'est plus nourrie. Il n'y a plus de
terre, plus de sucs nourriciers. L'eau fait pourrir parce qu'elle stagne sur
les pavés des sillons. Le soleil échauffe les sillons et brûle les petites
plantes. Ce sont les esprits de ceux qui ont remplacé par des doctrines humaines
compliquées la simple doctrine de Dieu. Ils reçoivent, et même avec joie, ma
parole. 236> Sur le coup, elle les ébranle et les séduit. Mais
ensuite... Il faudrait de l'héroïsme pour piocher jusqu'à débarrasser le
champ, l'âme et l'esprit de toute la pierraille des rhéteurs. Alors la
semence s'enracinerait et formerait une forte touffe. Autrement... elle ne
donne rien. Il suffit de la crainte de représailles humaines. Il suffit d'une
réflexion : "Mais, après cela ? Que me feront-ils, les puissants ?"
et la pauvre semence languit sans nourriture. Il suffit que toute la
pierraille s'agite avec le son vain des cent et cent préceptes qui se sont
substitués au Précepte et voilà que l'homme périt avec la semence qu’il a
reçue... Israël est rempli de ces hommes. Ceci explique comment le chemin
vers Dieu va en sens inverse de celui de la puissance humaine. Enfin, pour finir,
les champs pleins de sentiers, poussiéreux, dénudés. Ce sont ceux des
mondains, des égoïstes. Leur confort est leur loi, la jouissance est leur
but. Ne pas se fatiguer, sommeiller, rire, manger... L'esprit du monde est
roi chez eux. La poussière de la mondanité couvre le terrain qui devient
stérile. Les oiseaux, qui symbolisent la dissipation, se précipitent sur les
mille sentiers qu'on a ouverts pour rendre la vie plus facile. L'esprit du
monde, c'est-à-dire du Malin, dévore et détruit toute semence qui tombe sur
ce terrain ouvert à toutes les sensualités et à toutes les légèretés. Avez-vous
compris ? Avez-vous autre chose à demander ? Non ? Alors nous
pouvons aller nous reposer pour partir demain pour Capharnaüm. Je dois aller
encore dans un endroit avant de commencer le voyage vers Jérusalem pour la
Pâque." "Passerons-nous
encore par Arimathie ?" demande l'Iscariote. "Ce n'est pas
sûr. Cela dépend des..." On a frappé violemment à la porte. "Mais qui
peut-il être à cette heure ?" dit Pierre en se levant pour aller
ouvrir. C'est Jean qui se présente,
bouleversé, couvert de poussière avec des marques visibles de pleurs sur le
visage. "Toi
ici ?" s'écrient-ils tous. "Mais qu'est-il arrivé ?" Jésus qui s'est levé
dit seulement : "La Mère, où est-elle ?" Jean s'avance, va s'agenouiller
aux pieds de son Maître, tendant les bras comme pour avoir du secours et
dit : "La Mère se porte bien, mais elle est en larmes comme moi,
comme tant de gens et elle te prie de ne pas venir en suivant le Jourdain de
notre côté. Elle m'a fait revenir pour cela parce que... parce que Jean, ton
cousin a été fait prisonnier..." Et Jean pleure alors qu'un grand émoi
saisit ceux qui sont présents. 237> Jésus devient très
pâle mais ne se trouble pas. Il dit seulement: "Lève-toi et
raconte." "J'allais vers
le sud avec la Mère et les femmes. Isaac et aussi Timon étaient avec nous.
Trois femmes et trois hommes. J'ai obéi à ton ordre de conduire Marie auprès
de Jean... ah ! Tu le savais que c'était le dernier adieu !... Que
ce devait être le dernier adieu. Les orages des jours derniers nous ont fait
arrêter quelques heures, mais cela a suffi pour que Jean ne pût plus voir
Marie,.. Nous sommes arrivés à la sixième heure et lui avait été pris au chant
du coq..." "Mais où ?
Mais comment ? Par qui ? Dans sa grotte ?" tout le monde
questionne, tous veulent savoir. "Il a été trahi.
On s'est servi de ton Nom pour le trahir !" "Quelle
horreur ! Mais qui était-ce ?" crient-ils tous. Et Jean, en
frissonnant dit tout bas cette horreur que l'air lui-même ne devrait pas
entendre : "Par l'un de ses disciples..." L'émoi est à son
comble. Les uns maudissent, d'autres pleurent, d'autres abasourdis restent
immobiles comme des statues. Jean s'attache au cou
de Jésus et crie : "J'ai peur pour Toi ! pour Toi ! pour
Toi ! Les saints ont leurs traîtres qui se vendent pour de l'or, pour de
l'or et par peur des grands, par l'appât d'une récompense, par... par
soumission à Satan. Pour mille et mille choses ! Oh ! Jésus, Jésus,
Jésus ! Quelle douleur ! Mon premier maître ! Mon Jean qui m'a
donné à Toi !" "Du calme !
Il ne m'arrivera rien pour le moment." "Mais
après ? Mais après ? Je me regarde... je regarde ceux-ci,.. j'ai
peur de tous, même de moi. Il y aura parmi nous ton traître..." "Mais tu es
fou ? Et tu crois que nous ne le mettrions pas en pièces ?"
crie Pierre. Et l'Iscariote:
"Oh ! vraiment fou ! Moi, je ne trahirai jamais. Mais, si je
me sentais affaibli au point de le faire, je me tuerais. Cela vaut mieux que
d'être le meurtrier de Dieu." Jésus se dégage de
l'étreinte de Jean et secoue rudement l'Iscariote en lui disant :
"Ne blasphème pas ! Rien ne pourra t'affaiblir si tu ne le veux
pas. Et si cela arrivait, il faudrait pleurer et ne pas commettre un
crime qui s'ajoute au déicide. Devient faible celui qui rompt le lien vivant
avec Dieu." Puis il se tourne vers Jean qui pleure, la tête appuyée sur
la table et il dit : "Parle avec ordre. Moi aussi je souffre.
C'était mon sang et mon Précurseur." "Je n'ai vu que
ses disciples, une partie d'entre eux, consternés et furieux contre le
traître. Les autres ont accompagné Jean à la prison pour être à côté de lui à
sa mort." 238> "Mais il n'est pas
encore mort... l'autre fois il a pu s'enfuir" dit le Zélote qui aime
beaucoup Jean, pour essayer de le réconforter. "Il n'est pas
encore mort, mais il mourra" répond Jean. "Oui, il mourra.
Il le sait comme Moi, je le sais. Rien, ni personne ne le sauvera cette fois.
Quand ? Je ne sais pas. Je sais qu'il ne sortira pas vivant des mains
d'Hérode." "Oui, d'Hérode. Écoute. Il est allé vers cette gorge par
laquelle nous sommes passés, nous aussi en revenant en Galilée, entre les
monts Ebal et Garizim, parce que le traître lui
avait dit : "Le Messie est mourant après avoir été assailli par des
ennemis. Il veut te voir pour te confier un secret". Et il est parti
avec le traître et quelques autres. A l'ombre du vallon étaient les soldats
d'Hérode qui l'ont pris. Les autres se sont enfuis, apportant la nouvelle aux
disciples restés près d'Hennon. Ils venaient
d'arriver quand je les ai rejoints avec la Mère. Et ce qui est horrible,
c'est que c'était un de nos régions... et que ce sont les pharisiens de
Capharnaüm qui sont à la tête du complot. Ils étaient allés le trouver en
disant que tu avais été leur hôte et que, de là, tu étais parti pour la
Judée... Il ne serait pas sorti de son refuge pour un autre que Toi..." Un silence de mort
succède au récit de Jean. Jésus semble à bout: ses yeux d'un bleu très sombre
sont comme embués. Il est là, la tête inclinée, la main encore posée sur
l'épaule de Jean et sa main est agitée par un léger tremblement. Personne
n'ose parler. Jésus rompt le silence : "Nous irons en Judée par une
autre route. Mais demain je dois aller à Capharnaüm, le plus tôt possible.
Reposez- vous. Je monte dans les oliviers. J'ai besoin d'être seul." Et
il sort sans rien ajouter. "Il va
certainement pleurer" murmure Jacques d'Alphée. "Suivons-le,
frère" dit Jude Thaddée. "Non, laissez-le
pleurer. Seulement, sortons doucement et soyons à l'écoute. Je crains des
pièges de tous côtés" répond le Zélote. "Oui, allons.
Nous pêcheurs sur la rive et si quelqu'un vient du large, nous le verrons. Vous
parmi les oliviers. Il est sûrement à sa place habituelle, près du noyer. A
l'aube nous préparerons les barques pour partir au plus vite. Ces
serpents ! Hé ! je l'ai dit, moi ! Dis, garçon ? Mais...
la Mère est elle bien en sûreté ?" "Oh !
oui ! Même les bergers disciples de Jean sont allés avec elle. André...
nous ne le verrons plus, notre Jean !" "Tais-toi !
Tais-toi ! Il me semble que c'est comme le chant du coucou... L'un
précède l'autre et... et..." 239> "Pour l'Arche
Sainte ! Taisez-vous ! Si vous parlez encore de malheur au Maître,
je commence par vous faire apprécier le goût de ma rame sur vos
reins !" crie Pierre furieux. "Vous" dit-il ensuite à
ceux qui restent parmi les oliviers "prenez des bâtons, de grosses
branches. Il y en a là, dans le bûcher et disséminez-vous avec vos armes. Le
premier qui s'approche de Jésus pour Lui nuire, qu'on le tue." "Les
disciples ! Les disciples ! Il faut être prudent avec les
nouveaux !" s'exclame Philippe. Le nouveau disciple
se sent blessé et dit : "Doutes-tu de moi ? C'est Lui qui m'a
choisi et voulu." "Pas de toi, mais de ceux qui sont
scribes et pharisiens et de ceux qui les adorent. C'est de là que viendra la
ruine, croyez-le." |
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Ils sortent et s'éparpillent les uns dans les barques, les
autres dans les oliviers des collines, et tout prend fin. |
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