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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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vendredi 5 avril 30 (15 Nisan) RÉSUMÉ - La course folle par les rues de la ville 241 - Mordu sur la joue par un gros chien gris 241 - Le sang du lieu de la capture le rend fou 242 - Fasciné par le manteau sur le rocher de l'agonie 243 - Le plus fort, c'est Satan ! 243 - Le sang de l'agonie lui fait perdre tout contrôle 244 - Voit le regard de Jésus et est piétiné par la foule 244 - Au Temple il maudit les synhédristes 245 - Deuxième rencontre avec Jésus 245 - Au Cénacle se reconnaît comme le Caïn de Dieu 245 - Rencontre Marie à laquelle il ne répond pas 246 - Rencontre Jean qui le maudit 247 - À travers la campagne tout liquide est du sang 247 - Du sommet d'une montagne il voit la crucifixion 247 - Judas se pend 248 - [Commentaire de M. V. : Une vision horrible] 248 |
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241> Je vois Judas. Il est seul. Il est vêtu de jaune clair avec un
cordon rouge à la taille. Mon admoniteur intérieur m'avertit que c'est depuis
peu qu'a été capturé Jésus et que Judas, qui s'est enfui tout de suite après,
est maintenant en proie à un contraste de pensées. En effet l'Iscariote
semble un fauve furieux et traqué par une meute de mâtins. Tout souffle de
vent dans les feuillages, un bruit quelconque sur la route, l'écoulement
d'une fontaine le font sursauter et se retourner soupçonneux et effrayé comme
s'il se sentait rejoint par un justicier. Il tourne la tête en la gardant
basse, le cou tordu, il tourne les yeux comme quelqu'un qui veut voir et a
peur de voir. Si un jeu de lumière de la lune crée une ombre d'apparence
humaine, il écarquille les yeux, fait un saut en arrière, devient encore plus
livide qu'il ne l'était, s'arrête un instant et puis s'enfuit précipitamment
en revenant sur ses pas, en se détournant par d'autres chemins jusqu'à ce
qu'un autre bruit, un autre jeu de lumière le fait s'arrêter et s'enfuir dans
une autre direction. Dans sa folle marche
il va ainsi vers l'intérieur de la ville, mais une clameur du peuple
l'avertit qu'il est près de la maison de Caïphe, et alors, en se portant les
mains à la tête et se penchant comme si ces cris étaient autant de pierres
qui le lapident, il s'enfuit, s'enfuit. Et dans sa fuite, il prend une ruelle
qui l'amène tout droit vers la maison où a été consommée la Cène. Il s'en
aperçoit quand il est en face à cause d'une fontaine qui coule à cet endroit
du chemin. Les pleurs de l'eau qui tombe goutte à goutte dans un petit bassin
de pierre, et un faible sifflement du vent qui s'insinue dans le chemin
étroit en produisant une lamentation étouffée, doivent lui sembler les pleurs
de Celui qu'il a trahi et la plainte du Supplicié. Il se bouche les oreilles
pour ne pas entendre et s'échappe, les yeux fermés, pour ne pas voir cette
porte par laquelle peu d'heures avant il est passé avec le Maître et par
laquelle il est sorti pour aller prendre les hommes armés pour se saisir de
Lui. Il a été vraiment
mordu à la joue, au point précis où il a baisé Jésus, La joue saigne et le
sang souille au cou le vêtement jaunâtre de Judas. Le sang lui fait une sorte
de collier, en imbibant le cordon rouge qui serre le vêtement au cou et il le
rend plus rouge encore. Judas met la main à sa joue, il regarde le chien qui
s'éloigne mais le guette dans l'ouverture d'une porte, il murmure :
"Belzébuth !" et poussant de nouveau un cri, il s'enfuit, poursuivi
par le chien pendant quelque temps. Il fuit jusqu'au petit pont qui est près
du Gethsémani. Là, soit fatigué de le suivre, soit que l'eau l'éloigné parce
qu'il est hydrophobe, le chien abandonne sa proie et revient en arrière en grognant.
Judas, qui s'était jeté dans le torrent pour prendre des pierres et les jeter
au chien, le voyant s'éloigner, regarde autour de lui et s'aperçoit qu'il a
de l'eau jusqu'à mi-mollet. Sans s'occuper de son vêtement de plus en plus
trempé, il se penche sur l'eau et boit comme s'il était brûlé par la fièvre
et il lave sa joue qui saigne et doit lui faire mal. A la clarté d'un premier
éveil de l'aube il remonte sur la berge, de l'autre côté comme s'il avait
encore peur du chien et n'osait pas revenir vers la ville. Il fait quelques
mètres et se trouve à l'entrée du Jardin des Oliviers. Il crie : "Non !
Non !" en reconnaissant l'endroit. Mais ensuite, je ne sais par quelle
force irrésistible ou par quel sadisme satanique et criminel, il avance en
cet endroit. Il cherche l'endroit où est arrivée la capture. La terre du
sentier, foulée par de nombreux pieds, l'herbe piétinée en un point donné et
du sang par terre, peut-être celui de Malchus, lui
montrent que c'est là qu'il a indiqué l'Innocent aux bourreaux. Il marche. Il
retrouve la trace du feu allumé par Pierre au pied d'un olivier, mais il ne
sait pas que c'est Pierre qui l'a fait et croit que Jésus était là. Il crie :
"Allez ! Allez !" et avec les deux mains tendues en avant, il
paraît repousser un fantôme qui le tourmente. Il s'échappe et va finir
justement contre le rocher de l'Agonie. Maintenant l'aube est
nette et permet de bien voir et tout de suite. Judas voit le manteau de Jésus
laissé plié sur le rocher. Il le reconnaît. Il veut le toucher. Il a peur. Il
allonge la main et la retire. Il veut. Il ne veut pas. Mais ce manteau le
fascine. Il gémit : "Non ! Non !" Puis il dit : "Oui, par
Satan ! Oui, je veux le toucher. Je n'ai pas peur ! Je n'ai pas peur !"
Il dit qu'il n'a pas peur, mais la terreur lui fait claquer des dents, et le
bruit que fait au-dessus de sa tête une branche d'olivier remuée par le vent
et qui heurte un tronc voisin, le fait crier de nouveau. Pourtant il fait un
effort et saisit le manteau. Et il rit. Un rire de fou, de démon. Un rire
hystérique, saccadé, lugubre, qui n'en finit pas, car il a vaincu sa peur, et
il le dit : "Tu ne me fais pas peur, Christ. Plus peur. J'avais si grand
peur de Toi car je te croyais Dieu et fort. Maintenant tu ne me fais plus
peur, car tu n'es pas Dieu. Tu es un pauvre fou, un faible. Tu n'as pas su te
défendre. Tu ne m'as pas réduit en cendres, comme tu n'as pas lu dans mon
cœur la trahison. Mes peurs !... Quel
sot ! Quand tu parlais, même hier soir, je croyais que tu savais. Tu ne
savais rien. C'était ma peur qui donnait un sens prophétique à tes paroles
toutes ordinaires. Tu n'es rien. Tu t'es laissé vendre, indiquer, prendre
comme une souris dans son trou. Ta puissance ! Ton origine ! Ah ! Ah ! Ah !
Bouffon ! Le fort, c'est Satan ! Plus fort que Toi. Il t'a vaincu ! Ah ! Ah !
Ah ! Le Prophète ! Le Messie ! Le Roi d'Israël ! Et tu m'as assujetti pendant
trois années ! Avec la peur toujours au cœur ! Et je devais mentir pour te
tromper avec finesse quand je voulais jouir de la vie ! 244> Mais même si j'avais
volé et forniqué sans toute l'astuce que je mettais en œuvre, tu ne
m'aurais rien fait. Poltron ! Fou ! Lâche ! Tiens ! Tiens ! Tiens ! J'ai eu
tort de ne pas te faire à Toi ce que je fais à ton manteau pour me venger du
temps où tu m'as tenu esclave par la peur. Peur d'un lapin !... Tiens ! Tiens
! Tiens !" "Ah !... Du sang
! Du sang ! Le sien... Non !" Judas laisse tomber le manteau et regarde
autour de lui. Contre le rocher aussi, là où Jésus s'est appuyé le dos quand
l'ange le réconfortait, il y a une tache sombre de sang qui sèche. "Là
!... Là !... Du sang ! Du sang !..." Il baisse les yeux pour ne pas
voir, et il voit l'herbe toute rougie par le sang qui est tombé sur elle.
Celui-ci, à cause de la rosée qui l'a dilué, paraît tombé depuis peu. Il est
rouge et brille au premier soleil. "Non ! Non ! Non ! Je ne veux pas
voir ! Je ne puis voir ce sang ! Au secours !" Il porte les mains à sa
gorge et perd tout contrôle comme s'il se noyait dans une mer de sang.
"Arrière ! Arrière ! Laisse-moi ! Laisse-moi ! Maudit ! Mais ce sang,
c'est une mer ! Il couvre la Terre ! La Terre ! La Terre ! Et sur la Terre il
n'y a pas de place pour moi, car je ne puis voir ce sang qui la couvre. Je
suis le Caïn de l'Innocent !" L'idée du suicide je crois qu'elle est
venue en ce moment en ce cœur. Le visage de Judas
fait peur. Il se jette du talus et s'enfuit par l'oliveraie, sans revenir par
la route déjà faite. Il semble poursuivi par des fauves. Il revient dans la
ville. Il s'enveloppe comme il peut dans son manteau et cherche à couvrir sa
blessure et son visage autant qu'il le peut. Il se dirige vers le Temple.
Mais pendant qu'il va dans cette direction, à un carrefour il se trouve en
face des canailles qui traînent Jésus chez Pilate. Il ne peut se retirer car
une autre foule le pousse dans le dos, en accourant pour voir. Et grand comme
il est, il domine forcément et il voit. Et il rencontre le regard du
Christ... Les deux regards
s'enlacent un moment. Puis le Christ passe, lié, frappé, et Judas tombe à la
renverse comme s'il s'évanouissait. La foule le piétine sans pitié, et il ne
réagit pas. Il doit préférer être piétiné par tout un monde plutôt que de
rencontrer ce regard. "Votre argent,
maudits, je n'en veux pas" crie-t-il debout au milieu de la salle, à
l'endroit où était avant Jésus. On dirait un démon qui débouche de l'enfer.
Ensanglanté, dépeigné, enflammé par le délire, la bave à la bouche, les mains
comme des griffes, il crie et semble aboyer tant sa voix est perçante,
rauque, hurlante. "Votre argent, maudits, je n'en veux pas. Vous m'avez
perdu. Vous m'avez fait commettre le plus grand péché. Comme vous, comme vous
je suis maudit ! J'ai trahi le Sang innocent. Qu'ils retombent sur vous ce
Sang et ma mort. Sur vous... Non ! Ah !..." Judas voit le pavé baigné de
sang. "Même ici, même ici, il y a du sang ? Partout ! Partout il y a son
sang ! Mais combien de sang a l'Agneau de Dieu pour en couvrir ainsi la Terre
et ne pas en mourir ? Et c'est moi qui l'ai répandu ! A votre instigation.
Maudits ! Maudits ! Maudits pour l'éternité ! Malédiction à ces murs !
Malédiction à ce Temple profané ! Malédiction au Pontife déicide ! Malédiction
aux prêtres indignes, aux faux docteurs, aux pharisiens hypocrites, aux juifs
cruels, aux scribes sournois ! Malédiction à moi ! A moi, malédiction ! A moi
! Prenez votre argent et qu'il vous étrangle l'âme dans la gorge, comme à moi
la corde" et il jette la bourse à la figure de Caïphe et s'en va en
poussant un cri alors que les pièces résonnent en s'éparpillant sur le sol
après avoir frappé, en la faisant saigner, la bouche de Caïphe. Personne n'ose le
retenir. Il sort. Il court à travers les chemins. Et fatalement il se trouve
à rencontrer deux fois Jésus à l'aller et au retour de chez Hérode. Il
abandonne le centre de la ville pour prendre au hasard les ruelles les plus
misérables et il finit de nouveau contre la maison du Cénacle. Elle est entièrement
fermée, comme abandonnée. Il s'arrête, la
regarde. "La Mère !" murmure-t-il. "La Mère !..." Il
reste indécis... "Moi aussi, j'ai une mère ! Et j'ai tué un fils à une
mère !... Pourtant... je veux entrer... revoir cette pièce. Là, il n'y a pas
de sang..." Il donne un coup à la porte, un autre... un autre... Il court vers la
petite porte qui donne sur le Cénacle. Il l'ouvre. Il entre. Un beau soleil
entre par les fenêtres grandes ouvertes. Judas pousse un soupir de
soulagement. Il entre. Ici, tout est calme et silencieux. La vaisselle est
encore comme on l'a laissée. On comprend que pour le moment, personne ne s'en
est occupé. On pourrait croire qu'on va se mettre à table. Judas va vers la
table. Il regarde s'il y a du vin dans les amphores. Il y en a. Il boit
avidement à l'amphore elle-même qu'il soulève à deux mains. Puis il se laisse
tomber assis et appuie sa tête sur ses bras croisés sur la table. Il ne
s'aperçoit pas qu'il est assis justement à la place de Jésus et qu'il a
devant lui le calice qui a servi pour l'Eucharistie. Il s'arrête un moment
jusqu'à ce que s'apaise l'essoufflement causé par sa longue course. Puis il
lève la tête et voit le calice, et il reconnaît où il s'est assis. Il se lève comme
possédé. Mais le calice le fascine. Il y a encore au fond un peu de vin rouge
et le soleil, en frappant le métal (qui paraît de l'argent) fait briller ce
liquide. "Du sang ! Du sang ! Du sang ici aussi ! Son Sang ! Son Sang !..."
Faites cela en mémoire de Moi !... Prenez et buvez. Ceci est mon Sang... Le
Sang du nouveau testament qui sera versé pour vous..." Ah ! Maudit que
je suis ! Pour moi il ne peut plus être versé pour la rémission de mon péché.
Je ne demande pas pardon car Lui ne peut me pardonner. Hors d'ici ! Hors
d'ici ! Il n'y a plus d'endroit où le Caïn de Dieu puisse connaître le repos.
A mort ! A mort !..." Il sort. Il se trouve
en face de Marie, debout à la porte de la pièce où Jésus l'a quittée. Elle,
entendant du bruit, s'est montrée espérant peut-être voir Jean qui est absent
depuis tant d'heures. Elle est pâle comme si elle avait perdu son sang. Elle
a des yeux que la douleur rend encore plus semblables à ceux de son Fils.
Judas rencontre ce regard qui le regarde avec la même connaissance affligée
et consciente dont Jésus l'a regardé en route, et avec un "Oh !"
effrayé il s'adosse au mur. "Judas !"
dit Marie, "Judas, qu'es-tu venu faire ?" Les paroles mêmes de
Jésus, et dites avec un amour douloureux. Judas s'en souvient et pousse un
cri. "Judas"
répète Marie "qu'as-tu fait ? À tant d'amour tu as répondu en trahissant
?" La voix de Marie est une caresse tremblante. Il s'en va
précipitamment. Il rencontre Jean qui accourt vers la maison pour prendre
Marie. La sentence est prononcée. Jésus va aller au Calvaire. C'est le moment
de conduire la Mère à son Fils. Jean reconnaît Judas, bien qu'il reste bien
peu du beau Judas d'il y a peu de temps. "Toi ici ?" lui dit Jean
avec un dégoût visible. "Toi ici ? Malédiction à toi, meurtrier du Fils
de Dieu ! Le Maître est condamné. Réjouis-toi, si tu le peux, mais dégage le
chemin. Je vais prendre la Mère. Qu'elle, ton autre Victime, ne te rencontre
pas, reptile." Judas s'enfuit. Il
s'est enveloppé la tête dans les lambeaux de son manteau en laissant
seulement une fente pour les yeux. Les gens, le peu de gens qui ne sont pas
vers le Prétoire, l'évitent comme s'ils voyaient un fou. Et il semble tel. Il erre à travers la
campagne. Le vent apporte de temps à autre un écho de la clameur qui vient de
la foule qui suit Jésus en Lui adressant des imprécations. Chaque fois qu'un
pareil écho arrive à Judas, il hurle comme un chacal. Je crois qu'il est
réellement devenu fou car il cogne la tête rythmiquement contre les murets de
pierre. Ou bien il est devenu hydrophobe parce que, quand il voit un liquide
quelconque : eau, lait porté par un enfant dans un récipient, de l'huile qui
coule d'une outre, il hurle, il hurle et crie : "Du sang ! Du sang ! Son
Sang !" Il voudrait boire aux
ruisseaux et aux fontaines. Il ne le peut car l'eau lui paraît du sang et il
le dit : "C'est du sang ! C'est du sang ! Il me noie ! Il me brûle !
J'ai le feu ! Son Sang, qu'il m'a donné hier, est devenu du feu en moi !
Malédiction à moi et à Toi !" Il monte et descend
les collines qui entourent Jérusalem. Et son œil, irrésistiblement, va au
Golgotha. Et par deux fois il voit de loin le cortège qui monte en serpentant
la côte, il regarde et pousse un cri. Le voilà au sommet.
Judas aussi est au sommet d'une petite colline couverte d'oliviers. Il y est pénétré
en ouvrant une fermeture rustique comme s'il en était le maître ou pour le
moins très habitué. J'ai l'impression que Judas ne se souciait pas beaucoup
de la propriété d'autrui. Debout sous un olivier à l'extrémité d'un talus, il
regarde vers le Golgotha. Il voit se dresser les croix et il comprend que Jésus est crucifié. Il ne peut voir ou entendre, mais le
délire ou un maléfice de Satan lui font voir et entendre comme s'il était au
sommet du Calvaire. Son visage est
tellement hagard, qu'on ne peut le regarder. Deux filets de bave descendent
de sa bouche hurlante. La joue mordue est livide et enflée et fait paraître
son visage déformé. Les cheveux collés, sa barbe très noire qui a poussé sur
ses joues en ces heures, mettent un bâillon lugubre sur ses joues et son
menton. Les yeux, ensuite !... Ils roulent, ils louchent, ils sont
phosphorescents. Des yeux de démon. Il arrache de sa taille le cordon de
grosse laine rouge qui la ceint de trois tours. Il en éprouve la solidité en
l'enroulant autour d'un olivier et en tirant de toutes ses forces. Il
résiste. Il est solide. Il choisit un olivier qui se prête à ce qu'il veut
faire. Voilà. Celui qui penche au-delà du talus, avec sa chevelure en
désordre, va bien. Il monte sur l'arbre. Il assure solidement un nœud coulant
à une branche des plus robustes et qui pend sur le vide. Il a déjà fait le
nœud coulant. Il regarde une dernière fois vers le Golgotha, puis il enfile la
tête dans le nœud coulant. Maintenant il paraît avoir deux colliers rouges à
la base du cou. Il s'assoit sur le talus puis d'un coup se laisse glisser
dans le vide. Le nœud le serre. Il
se débat quelques minutes. Ses yeux chavirent, l'asphyxie le rend noir, il
ouvre la bouche, les veines du cou se gonflent et deviennent noires. Il
envoie quatre ou cinq coups de pieds dans l'air, dans les dernières
convulsions. Puis la bouche s'ouvre et la langue pend noire et baveuse, les
globes oculaires ouverts sortent de la tête montrant le blanc de l'œil
injecté de sang, l'iris disparaît vers le haut. Il est mort. Le vent fort,
qui s'est levé avant l'orage imminent, balance le macabre pendule et le fait
tourner comme une horrible araignée suspendue au fil de sa toile. |
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La vision finit et j'espère
arriver à oublier bientôt tout ceci car je vous assure que c'est une vision
horrible.
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