|
249>
Jésus dit:
"Horrible,
mais pas inutile. Trop de gens croient que Judas a commis une chose de peu
d'importance. Certains arrivent même à dire qu'il a eu du mérite car
sans lui la Rédemption ne serait pas venue et par conséquent il est
justifié devant Dieu.
En
vérité je vous dis que si l'Enfer n'avait pas déjà existé, et existé
parfait en ses tourments, il aurait été créé pour Judas encore plus
horrible et éternel, parce que de tous les pécheurs et de tous les damnés
il est le plus damné et le plus pécheur, et pour lui éternellement il
n'y aura pas d'adoucissement de sa condamnation.
Le
remords aurait pu aussi le sauver,
s'il avait fait du remords un repentir. Mais lui n'a pas voulu
se repentir. Au premier crime de trahison, encore pardonnable à cause de
la grande miséricorde qu'est mon affectueuse faiblesse, il a joint les
blasphèmes, les résistances aux voix de la Grâce qui voulaient encore
lui parler à travers les souvenirs, à travers les terreurs, à travers
mon Sang et mon manteau, à travers mon regard, à travers les traces de
l'institution de l'Eucharistie, à travers les paroles de ma Mère. Il
a résisté à tout. Il a voulu résister comme il avait voulu trahir.
Comme il a voulu maudire. Comme il a voulu se suicider.
C'est la volonté qui compte dans les choses, dans le bien comme
dans le mal.
Quand
quelqu'un tombe sans la volonté de tomber, je pardonne. Tu vois Pierre.
Il m'a renié. Pourquoi ? Il ne le savait même pas lui exactement. Un lâche,
Pierre ? Non. Mon Pierre n'était pas un lâche. Contre la cohorte et les
gardes du Temple il avait osé frapper Malchus pour me défendre et risqué
d'être tué de ce fait. Ensuite, il s'était enfui, sans avoir la volonté
de le faire. Ensuite, il avait renié, sans avoir la volonté de le faire.
Par la suite, il a bien su rester et avancer sur le chemin sanglant de la
Croix, sur mon Chemin, jusqu'à arriver à la mort de la croix. Il a su
par la suite donner de Moi un excellent témoignage au point d'être tué
à cause de sa foi intrépide. Je le défends, mon Pierre. Sa défaillance
a été la dernière de son humanité, mais sa volonté spirituelle n'était
pas présente à ce moment. Elle dormait, émoussée par le poids de son
humanité. Quand elle s'éveilla, elle ne voulut pas rester dans le péché
250>
et voulut être parfaite. Je lui ai pardonné tout de suite.
Judas
n'as pas voulu. Tu dis qu'il paraissait fou et enragé. Il l'était
d'une rage satanique. Sa terreur à la vue du chien, animal rare, en
particulier à Jérusalem, venait du fait qu'on l'attribuait à Satan,
depuis un temps immémorial, cette forme pour apparaître aux mortels.
Dans les livres de magie, on dit encore qu'une des formes préférées de
Satan pour apparaître est celle d'un chien mystérieux ou d'un chat ou
d'un bouc. Judas, déjà en proie à la terreur qui lui venait de son
crime, convaincu qu'il appartenait à Satan à cause de ce crime, vit
Satan en cette bête errante.
Celui
qui est coupable voit en tout des ombres de peur. C'est sa conscience
qui les crée. Ensuite Satan excite ces ombres qui pourraient encore
donner le repentir à un cœur, et en fait des larves horribles qui amènent
au désespoir. Et le désespoir porte au dernier crime, au suicide, A
quoi bon jeter le prix de la trahison, quand ce dépouillement n'est le
fruit que de la colère et n'est pas fortifié par une volonté droite de
se repentir ? Dans ce cas, se dépouiller des fruits du mal devient méritoire,
mais comme il l'a fait. non. Sacrifice inutile.
Ma
Mère, et c'était la Grâce qui parlait et la Trésorière qui donnait le
pardon en mon nom, lui dit : "Repens-toi, Judas. Il pardonne..."
Oh ! si je lui aurais pardonné ! S'il s'était jeté aux pieds de la Mère
en disant: "Pitié !", elle, la Mère de Pitié, l'aurait
recueilli comme un blessé et sur ses blessures sataniques, par lesquelles
l'Ennemi lui avait inoculé le Crime, aurait répandu ses larmes qui
sauvent et me l'aurait amené, au pied de la Croix, en le tenant par la
main pour que Satan ne pût le saisir et les disciples le frapper, amené
pour que mon Sang tombât d'abord sur lui, le plus grand des pécheurs. Et
elle aurait été, elle, la Prêtresse admirable sur son autel, entre la
Pureté et la Faute, parce qu'elle est la Mère des vierges et des saints,
mais aussi la Mère des pécheurs.
Mais
lui n'a pas voulu. Méditez le pouvoir de la volonté dont vous êtes
les arbitres absolus. Par
elle vous pouvez avoir le Ciel ou l'Enfer. Méditez ce que veut dire
persister dans la faute.
Le
Crucifié, Celui qui se tient les bras ouverts et attachés pour vous dire
qu'il vous aime, et qu'il ne veut pas vous frapper, qu'il ne peut vous
frapper parce qu'il vous aime et préfère se refuser de pouvoir vous
embrasser, unique douleur de son état de crucifié, plutôt que d'avoir
la liberté de vous punir, le Crucifié, objet de divine espérance pour
ceux qui se repentent et veulent quitter la faute, devient pour les
impénitents un objet d'une telle horreur 251>
qu'elle les fait blasphémer et user de violence envers eux-mêmes.
Meurtriers de leur esprit et de leur corps à cause de leur persistance
dans la faute. Et la vue de Celui qui est doux, qui s'est laissé immoler
dans l'espoir de les sauver, prend l'apparence d'un spectre horrifiant.
|