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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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samedi 6 avril 30 (15 Nisan) RÉSUMÉ - Dialogue de Marie avec Marie d'Alphée : Ma prière désolée s'en est
allée 357 - Quand tu étais vierge épouse ? 357 - Discours de Marie (Ma prière habituelle 358 - J'ai cru malgré l'abandon de Dieu) 358 - Votre difficulté de croire 358 - Dialogue de Marie avec Jean : Le manteau de l'agonie sanglant et
déchiré 359 - Dans quel état Jean a trouvé Pierre 360 - Dialogue de Marie avec Pierre : Elle réussit à le faire
entrer 361 - Discours de Marie : (Maintenant un homme, demain tu seras un saint
362 - Les démentis de ta raison 363 - Ose regarder son visage) 364 - Pierre demande pardon à son Seigneur 364 - Marie veille pendant que les autres dorment 365 |
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357> Marie d'Alphée entre avec circonspection et elle écoute.
Peut-être pense-t-elle que la Vierge s'est assoupie. Elle s'approche, se
penche et elle la voit à genoux, le visage par terre contre le Suaire. Elle
murmure : "Oh ! malheureuse ! Elle est restée ainsi !" Elle doit penser
qu'elle s'est endormie ou évanouie ainsi. Mais Marie, sortant de son oraison,
dit : "Non, je priais." "Mais à genoux
! Dans l'obscurité ! Dans le froid ! La fenêtre ouverte ! Regarde ? Tu es
glacée." "Mais je me
sens tellement mieux, Marie. Pendant que je priais — et l'Éternel seul sait comment
j'étais épuisée après avoir soutenu tant de fois qui vacillaient, éclairé
tant d'esprits que sa mort elle-même n'a pas éclairés — il m'a semblé sentir
un parfum angélique, une fraîcheur du Ciel, une caresse d'aile... Un
instant... Pas plus. Il m'a semblé que dans la mer de myrrhe, qui dans sa
furie me submerge depuis trois jours désormais [1], s'infusait une
goutte de pacifiante douceur. Il m'a semblé que la
voûte fermée du Ciel s'entrouvrait, et qu'un filet de lumineux amour
descendait sur l'Abandonnée. Il m'a semblé que, venant de distances infinies,
un murmure incorporel disait : "C'est réellement terminé". Ma
prière, désolée jusqu'à ce moment-là, s'est faite plus tranquille. Elle s'est
teinte de la paix lumineuse — oh ! à peine une nuance ! — de la lumineuse
paix qu'étaient mes contacts avec Dieu dans l'oraison... Mes oraisons !...
Marie, tu as beaucoup aimé, toi, ton Alphée quand tu étais la vierge épouse
?"
"Toi, Marie,
dis-le à mes fils... Que veux-tu que sache dire ta pauvre belle-sœur ? ! Oh !
pourtant ! S'ils étaient venus ! Patience, fuir à la première heure ! Mais
ensuite !" "Oui... Mais...
Oh ! quand je les verrai, je leur ferai d'âpres reproches. Ils ont été des
lâches. Que tous le soient, mais pas eux, mes fils ! Je ne leur pardonnerai
jamais..." "Pardonne,
pardonne... Cela a été un moment d'égarement... Ils ne croyaient pas que Lui
pouvait être pris. Lui l'avait dit..." "C'est bien
pour cela que je ne leur pardonne pas. Ils le savaient. Ils étaient donc déjà
préparés. Quand on sait une chose et que l'on croit celui qui la dit, rien
n'étonne plus !" "Marie, à vous
aussi il a dit : "Je ressusciterai". Et pourtant... Si je pouvais
vous ouvrir la poitrine et la tête, sur le cœur et sur le cerveau, je verrais
écrit : "Cela ne peut être"." "Mais au
moins... Oui... Il est difficile de croire... Mais nous sommes restées
pourtant sur le Calvaire."
"Et pourquoi
pas à eux ?" *Parce qu'ils seront
les prêtres de demain. lis doivent donc savoir. Savoir, pour l'avoir
éprouvé, comme il est facile à celui qui a été fidèle à un Credo d'abjurer.
Jésus ne veut pas de prêtres qui le sont si peu, qu'ils ont été ses ennemis
les plus tenaces..." *Tu parles de Jésus,
toi, comme s'il était déjà revenu." "Tu le vois ?
Toi aussi tu avoues que tu ne crois pas. Comment donc peux-tu faire des
reproches à tes fils ?" Marie d'Alphée ne
sait que répliquer. Elle reste tête basse, remue machinalement des objets.
Elle trouve la petite lampe et sort avec elle, pour revenir ensuite après
l'avoir allumée, et la met à sa place ordinaire. Marie s'est assise
de nouveau près du Suaire déplié. Le Suaire, à la lumière jaune de la lampe à
huile, avec sa flamme qui tremble, acquiert une vivacité particulière et
paraît mouvoir la bouche et les yeux. "Tu ne prends rien ?" demande
sa belle-sœur un peu mortifiée. "Un peu d'eau.
J'ai soif." Marie va et revient... avec du lait. "N'insiste pas,
je ne puis pas. De l'eau, oui. Je n'ai plus d'eau en moi... Je crois n'avoir
pas de sang non plus. Mais..." On frappe à la porte. Marie d'Alphée
sort. Un chuchotement dans le vestibule et puis Jean passe la tête à
l'intérieur.
Marie n'a fait que
caresser et baiser le lourd manteau rouge de son Fils, mais pressée par Jean,
elle l'ouvre et voit les empreintes de sang, foncées sur la couleur rouge du
Sang et les déchirures des dents. Elle tremble et murmure : "Que de sang
!" Elle paraît ne voir que lui. "Mère... la
terre en est rougie. Simon, qui est accouru là-haut aux premières heures du
matin, dit que l'herbe avait encore du sang frais sur les feuilles...
Jésus... Je ne sais pas... Il ne nie paraissait pas blessé... D'où venait
tant de sang ?" "De son Corps.
Dans l'angoisse... Oh ! Jésus-Victime totale ! Oh ! mon Jésus !" Marie
pleure avec tant d'angoisse, avec une lamentation épuisée, que les femmes se
présentent à la porte, regardent et puis se retirent. "Cela, cela alors
que tous t'abandonnaient... Vous, que faisiez-vous, pendant que Lui souffrait
sa première agonie ?" "Nous dormions,
Mère..." Jean pleure. "Simon était là
? Raconte." "J'étais allé chercher
le manteau. J'avais pensé le demander à Jonas et à Marc... Mais ils se sont
enfuis. La maison est fermée et tout est à l'abandon. Alors je suis descendu
aux murs pour faire toute la route faite jeudi... J'étais tellement las ce
soir, et affligé, que je ne pouvais maintenant me rappeler où Jésus avait
quitté son manteau. Il me semblait qu'il l'avait et puis qu'il ne l'avait
pas... A l'endroit de la capture, rien... Où nous étions tous les trois,
rien... Je suis allé par le sentier pris par le Maître... Et j'ai cru que
Simon Pierre était mort lui aussi, car je l'ai vu là tout blotti contre un
rocher. J'ai crié. Il a levé la tête... et je l'ai cru fou tant il était
changé. Il a poussé un cri et a cherché à fuir. Mais il titubait, aveuglé par
les larmes qu'il avait versées, et je l'ai saisi. Il m'a dit :
"Laisse-moi. Je suis un démon. Je l'ai renié, comme Lui disait... et le
coq a chanté et Lui m'a regardé. Je me suis enfui... 361> j'ai couru de tous côtés à travers la campagne et puis je me suis trouvé ici. Et tu
vois ? Ici Jéhovah m'a fait trouver
son Sang pour m'accuser. Du sang partout ! Du sang partout ! Sur la roche,
sur la terre, sur l'herbe. C'est moi qui l'ai fait répandre. Comme toi, comme
tous. Mais moi, ce Sang, je l'ai renié". Il me paraissait en délire.
J'ai essayé de le calmer et de l'éloigner. Mais il ne voulait pas. Il disait
: "Ici ! Ici ! Pour garder ce Sang et son manteau. Et c'est avec mes
larmes que je veux le laver. Quand il n'y aura plus de sang sur l'étoffe,
peut-être alors je reviendrai parmi les vivants en me battant la poitrine et
en disant : 'J'ai renié le Seigneur' ". Je lui ai dit que tu le voulais,
que tu m'avais envoyé le chercher. Mais il ne voulait pas le croire. Alors je
lui ai dit que tu voulais aussi Judas pour lui pardonner et que tu souffrais
de ne pouvoir plus le faire à cause de son suicide. Alors il a pleuré avec
plus de calme. Il a voulu savoir. Tout. Et il m'a raconté que l'herbe
avait encore du Sang frais et que le manteau était tout maltraité par Judas,
dont il avait trouvé un morceau de vêtement. Je l'ai laissé parler, parler,
et puis je lui ai dit : "Viens près de la Mère". Oh ! combien j'ai
dû prier pour le persuader ! Et quand il me semblait avoir réussi à le persuader,
et que je me levais pour venir, lui ne voulait plus. C'est seulement vers le
soir qu'il est venu. Mais après avoir passé la porte, il s'est caché de
nouveau dans un jardin désert en disant : "Je ne veux pas que les gens
me voient. Je porte écrite sur mon front la parole : Celui qui renie
Dieu". Maintenant qu'il fait tout à fait nuit, j'ai réussi à le traîner
jusqu'ici." "Où est-il
?" "Derrière cette
porte." "Fais-le
entrer." "Mère..." "Jean..." "Ne lui fais
pas de reproches. Il est repenti." "Me connais-tu
si peu encore ? Fais-le entrer." Jean sort. Il
revient seul. Il dit : "Il n'ose pas. Essaie de l'appeler, toi." Et Marie doucement :
"Simon de Jonas, viens." Rien. "Simon Pierre, viens."
Rien. "Pierre de Jésus et de Marie, viens." Un âpre accès de
pleurs. Mais il n'entre pas. Marie se lève. Elle laisse le manteau sur la
table et va à la porte. Pierre va à ses
pieds, à genoux, et il pleure sans retenue. Marie caresse ses cheveux
grisonnants, tout en sueur à cause de la douleur. Pas autre chose que cette
caresse jusqu'à ce qu'il soit plus calme. Enfin, quand Pierre dit : "Tu
ne peux me pardonner. Ne me caresse donc pas, car je l'ai renié", Marie
dit : "Pierre, tu l'as renié, c'est vrai. Tu as eu le courage de le
renier en public, le lâche courage de le faire. Les autres... Tous, sauf les
bergers, Manaën, Nicodème et Joseph et Jean, n'ont eu que la lâcheté. Ils
l'ont renié tous : hommes et femmes d'Israël, sauf quelques femmes... Je ne
nomme pas les neveux et Alphée de Sara : eux étaient parents et amis. Mais
les autres !... Et ils n'ont même pas eu le courage satanique de mentir pour
se sauver, ni le courage spirituel de se repentir et de pleurer, ni celui
encore plus grand de reconnaître publiquement l'erreur. Tu es un pauvre
homme. Tu l'étais, plutôt, tant que tu as présumé de toi. Maintenant tu es un
homme. Demain, tu seras un saint. Mais même si tu n'avais pas été ce que tu
es, je t'aurais cependant quand même pardonné. J'aurais pardonné à Judas,
pour sauver son esprit. "Pierre,
réponds-moi. Quel est pour toi le dernier miracle de ton Seigneur ?" "Celui de
l'Eucharistie. Ou plutôt, non. Celui du soldat guéri là-bas... là-bas... Oh !
ne me fais pas souvenir !..." "Une femme
fidèle, aimante, courageuse, l'a rejoint sur le Calvaire et a essuyé son
Visage. Et Lui, pour dire ce que peut l'amour, a fixé son Visage sur la
toile. Le voilà, Pierre. Voilà ce qu'a obtenu Une femme à l'heure des
ténèbres infernales et du courroux divin, seulement parce qu'elle a aimé.
Rappelle-le-toi cela, Pierre, pour les heures où il te semblera que le Démon
est plus fort que Dieu. Dieu était prisonnier des hommes, déjà accablé,
condamné, flagellé, déjà mourant... "Pas cela. Une
autre parole." "Je
crois." "Une
autre." "Je ne sais
pas..."
Pierre lève
finalement la tête des genoux de Marie et la regarde, avec ses yeux rougis
par les larmes, dans un visage de vieil enfant désolé et étonné du mal fait
et du si grand bien qu'il trouve. Puis, dans la maison
qui plus calme en cette seconde nuit depuis sa mort, tend à revenir aux
habitudes humaines du sommeil et de la nourriture, et présente l'aspect las
et résigné des habitations où les survivants reviennent doucement du coup de
la mort, Marie seule veut rester debout, ferme à sa place, en son attente, en
sa prière. Toujours. Toujours. Toujours. Pour les vivants et pour les morts.
Pour les justes et les coupables. Pour le retour, le retour, le retour du
Fils. Sa belle-sœur a
voulu rester avec elle mais maintenant elle dort lourdement assise dans un
coin, la tête renversée contre le mur. Marthe et Marie viennent deux fois,
mais ensuite endormies se retirent dans une pièce voisine et après quelques
mots tombent elles aussi dans le sommeil... Et plus loin, dans une chambre
petite comme un jouet, Salomé dort avec Suzanne, alors que sur deux nattes
jetées sur le sol, dorment bruyamment Pierre et Jean. Le premier avec encore
un sanglot machinal perdu dans son ronflement, le second avec un sourire
d'enfant qui rêve quelque joyeuse vision. La vie reprend son
activité, et la chair ses droits... Seule l'Étoile du Matin brille sans
sommeil, avec son amour qui veille près de l'image de son Fils. Et la nuit du Samedi
Saint passe ainsi, jusqu'au moment où le chant du coq, à la première clarté
de l'aube, fait lever Pierre avec un cri et son cri apeuré et douloureux
réveille les autres dormeurs. |
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La trêve est finie
pour eux, et la peine recommence. Alors que pour Marie ne fait que grandir
l'anxiété de l'attente. |
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