|
Vision du samedi 21
avril 1945
10> Jésus est
avec ses douze. L'endroit est toujours montagneux, mais la route étant
suffisamment praticable , ils
se tiennent tous en groupe et parlent entre eux.
"Mais bon, maintenant que nous sommes seuls , nous
pouvons le dire : pourquoi tant de jalousie entre deux groupes ?" dit Philippe.
"Jalousie ? réplique Jude d'Alphée. Mais non, ce n'est
que de l'orgueil !"
"Non. Je dis que ce n'est qu'un prétexte pour justifier, en quelque
sorte, leur conduite injuste envers le Maître. Sous le voile du zèle à
l'égard du Baptiste, on
arrive à s'éloigner sans trop dégoûter la foule." dit Simon.
"Je les démasquerais."
"Nous, Pierre, nous ferions tant de choses
que Lui ne fait pas."
"Pourquoi ne les fait-il pas ?"
"Parce qu'il sait qu'il est bien de ne pas les faire. Nous ne devons que
le suivre. Ce n'est pas à nous de le guider. Et il faut en être heureux.
C'est un grand soulagement d'avoir seulement à obéir..."
"Tu as bien parlé, Simon" dit Jésus qui, devant eux,
semblait absorbé dans ses pensées. " Tu as
bien parlé. Il est plus facile d'obéir que
de commander. Il n'y paraît pas. Mais
c'est ainsi. C'est certainement facile quand l'esprit est bon. Comme il est
difficile de commander quand on a l'esprit droit. Car si un esprit n'est pas
droit, il donne des ordres fous et plus que fous. Alors il est facile de
commander. Mais... comme il devient plus difficile d'obéir ! Quand
quelqu'un a la responsabilité d'être le premier d'un lieu ou d'une assemblée
il doit avoir toujours présents à son esprit : charité et justice,
prudence et humilité, tempérance et patience, fermeté et pourtant pas
d'entêtement. Oh : c'est difficile :... Vous, pour l'heure, n'avez
qu'à obéir. À Dieu et à votre Maître. Toi, et non pas toi seul, tu te demandes
pourquoi je fais ou ne fais pas certaines choses, tu te demandes pourquoi
Dieu permet ou ne permet pas de telles choses. Vois, Pierre, et vous tous,
mes amis. Un des secrets du parfait fidèle est de ne s'ériger jamais en interrogateur de Dieu. "Pourquoi
fais-Tu ceci ?" demande quelqu'un qui est peu formé à son Dieu. Et
il paraît prendre l'attitude d'un adulte devant un écolier pour dire :
"Ce n'est pas à faire. C'est une sottise. C'est une erreur". Qui
est supérieur à Dieu ?
Haut
de page
11> Maintenant, vous voyez que sous
prétexte de zèle pour Jean, je me trouve chassé. Et vous vous en scandalisez.
Et vous voudriez que je redresse l'erreur en prenant une attitude polémique à
l'égard de ceux qui soutiennent cette façon de voir. Non, cela ne sera
jamais. Vous avez entendu le Baptiste par la bouche de ses disciples : "Il faut que Lui croisse et que moi je
diminue" . Pas
de regrets, il ne s'accroche pas à sa situation... Le saint ne s'attache pas
à ces choses. Il travaille, pas pour le nombre de ses "propres"
fidèles. Lui n'a pas de propres fidèles. Mais il travaille pour
augmenter le nombre de ceux qui sont fidèles à Dieu. Dieu seul a le droit
d'avoir des fidèles. Par conséquent, je ne regrette pas que, de bonne ou de
mauvaise foi, tels ou tels demeurent disciples du Baptiste et de la même
façon, vous l'avez entendu, lui ne s'afflige pas qu'il vienne à Moi de ses
disciples. Il est tout à fait étranger à ces petits calculs statistiques. Il
regarde le Ciel. Et Moi, je regarde le Ciel. Ne restez donc pas à batailler
entre vous s'il est juste ou non que les juifs m'accusent de prendre des
disciples au Baptiste, s'il est juste ou non que cela se dise. Ce sont des
querelles de femmes bavardes autour d’une fontaine. Les saints se prêtent assistance, se donnent et
s'échangent les esprits sans regret et avec bonne humeur, souriant à l'idée
de travailler pour le Seigneur.
J'ai baptisé, et même je vous ai fait
donner le baptême car l'esprit est tellement appesanti, maintenant, qu'il
faut lui présenter la piété sous des formes
matérielles, le miracle sous des formes matérielles, l'enseignement sous
des formes matérielles. À cause de cette pesanteur spirituelle je devrai
recourir à des substances matérielles quand je voudrai faire de vous des
faiseurs de miracles. Mais croyez bien que ce ne sera pas dans l'huile, comme
ce n'est pas dans l'eau, comme ce n'est pas dans d'autres cérémonies que se
trouve la preuve de la sainteté. Il va venir le temps où une chose
impalpable, invisible, inconcevable pour les matérialistes, sera reine, la
reine qui est "revenue", cause de toute sanctification opérante en
toute sanctification. C'est par elle que l'homme redeviendra 'fils de Dieu'
et opérera ce que Dieu opère parce qu'il aura Dieu avec lui. La Grâce. La
voilà la reine revenue. Alors le baptême sera un sacrement. Alors l'homme
parlera et comprendra le langage de Dieu et il donnera vie et Vie, il donnera
le pouvoir de la science et de la puissance, alors... Oh ! alors !
Mais vous n'êtes pas encore mûrs pour savoir ce que vous apportera la Grâce.
Je vous en prie : aidez sa venue par un travail continuel de formation
sur vous-mêmes et laissez, laissez les préoccupations inutiles des esprits
mesquins...
Haut
de page
12> Nous voici aux confins de la Samarie . Croyez-vous
que je ferais bien de parler chez eux ?"
"Oh !" Ils sont tous plus ou moins scandalisés.
"En vérité, je vous dis que des samaritains, il y en a partout. Et si je
devais ne pas parler là où se trouve un samaritain, je ne devrais plus parler
nulle part. Venez donc. Je ne chercherai pas à parler. Mais je ne dédaignerai
pas de parler de Dieu si on vient m'en prier. Une année
finit. La seconde commence. Elle est à cheval entre le début et la fin . Au
début, dominait le Maître. Maintenant, voici que se révèle le Sauveur. La fin
aura le visage du Rédempteur. Allons. Le fleuve s'élargit en approchant de
son embouchure. Moi aussi, j'étends le travail de la miséricorde car
l'embouchure s'approche."
"Nous allons vers quelque grand fleuve, après la Galilée ? Au Nil,
peut-être ? À l'Euphrate ?" chuchotent certains.
|