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Catéchèse et vision du jeudi 3
février 1944
15> Paroles de Jésus :
"Ce que tu as écrit le 30 janvier pourrait donner occasion à ceux qui
doutent, d'avancer leurs ’’mais’’ et leurs ‘’si’’. C'est Moi qui vais
répondre à ta place. Tu as écrit : quand je vois ainsi, mes
forces physiques et particulièrement cardiaques subissent une grande
dispersion. Il y aura certainement des docteurs de l'impossible qui
diront : C'est la preuve que ce qui lui arrive est humain, parce que le
surnaturel procure toujours force et jamais faiblesse.
Qu'ils m'expliquent alors pourquoi les
grands extatiques, après une extase au cours de laquelle ils ont dépassé les
possibilités humaines en supprimant la douleur, le poids de la matière
conséquences de blessures internes et d'importantes hémorragies, jouissant
d'une félicité qui les fait paraître beaux, même physiquement restent, dès
que l'extase cesse, évanouis par terre, de façon à faire penser que leur âme
s'est séparée d'eux. Qu'ils m'expliquent aussi pourquoi après quelques heures
de la plus atroce agonie qui répète la mienne, telle que celle de ma servante
Thérèse, telles que furent les agonies de ma sainte Gemma et de
beaucoup d'autres âmes que mon amour et leur amour a rendues
dignes de vivre ma Passion ces personnes reprennent ou reprenaient une force
et un équilibre physique que les personnes les plus saines ne possèdent pas.
Je suis le Maître de la vie et de la mort, de la santé et de la maladie.
J'use de mes serviteurs à mon gré, comme d'un joli fil qui serait un jouet
entre mes mains. Le miracle, en toi, un des miracles réside en ceci : Dans
l'état physique où te trouves, état qui se prolonge miraculeusement, c'est
que tu puisses arriver à cette béatitude sans en mourir, éprouvant ces
transports alors que tu te trouves dans un état de prostration qui pour
d'autres empêcherait même les pensées les plus rudimentaires. Le miracle
réside dans cette vitalité qui reflue en toi en ces heures comme elle a
reflué dans les heures où tu as écrit mes dictées ou celles des autres
Esprits qui t'apportent leur céleste parole. Le miracle réside dans cette réacquisition
subite de la force, après que la joie a consumé en toi ce reste de vitalité
qui te reste pour écrire. Mais cette vitalité, c'est Moi qui te la transfuse.
C'est comme du sang qui de Moi passe en tes veines épuisées, comme un flot
qui se déverse sur une rive et l'arrose. La rive reste arrosée tant que le
flot la baigne puis de nouveau reste aride jusqu'à un nouveau flot. C'est
comme une opération qui te vide de mon Sang jusqu'à une nouvelle transfusion.
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16> Toi, pour ton compte, tu
n'es qu'un rien. Tu es un pauvre être en agonie, qui travaille parce que je
le veux, pour ce que j'ai en vue. Tu es une pauvre
créature qui ne vaut que par ton amour. Tu n'as pas d'autres mérites. Amour
et désir d'être pour d'autres, cause d'amour pour ton Dieu. C'est cela qui
justifie ton être et ma bienveillance de te conserver en vie alors que,
humainement parlant, depuis longtemps ton être aurait dû se désagréger dans
la mort. Le sentiment d'être redevenue une loque, comme tu dis, lorsque j'ai
cessé de te porter avec Moi dans les champs de la contemplation et de te
parler est pour toi et pour les autres la preuve que tout ce qui arrive,
arrive par mon unique vouloir. Si quelqu'un pense humainement qu'avec
le même vouloir et le même amour je pourrais te guérir et que ce serait la
meilleure manière de prouver mon amour et ma bienveillance, je réponds que
j'ai toujours conservé la vie à mes serviteurs, tant que j'ai jugé que leur
mission devait continuer, mais je ne leur ai jamais procuré une vie
humainement heureuse parce que mes missions se réalisent dans et par la
souffrance et que d'autre part mes serviteurs n'ont qu'un désir semblable au
mien: souffrir pour racheter. Il ne faut donc pas parler de dispersion des
forces, mais dire : Après que la bonté de Jésus fait disparaître mon
état d'infirmité pour ses intentions et pour ma joie, je reviens à ce que sa
bonté m'a accordé d'être : crucifiée par son amour et pour son amour.
Et maintenant vas de l'avant avec une obéissance pleine d'amour.
À la même date le 3-2-44, au soir :
Je
vois une plaine inhabitée et sans végétation. Il n'y a pas de champs cultivés,
quelques rares plantes formant çà et là des touffes, comme des familles de
végétaux là où le sol a un peu de profondeur et se trouve moins aride.
Remarquez que ce terrain aride et inculte est à ma droite alors que le Nord
se trouve derrière moi , et
se prolonge pour moi dans la direction du Sud.
À gauche, en revanche, je vois un fleuve aux berges plutôt basses qui coule
lentement lui aussi du Nord au Sud. D'après le mouvement très lent de l'eau,
je comprends que son lit n'a pas une pente très forte et que ce fleuve coule
dans une sorte de dépression de la plaine. Le courant est à peine suffisant
pour empêcher la stagnation de l'eau et la formation d'un marécage. L'eau n'a
pas de profondeur: c'est un point où l'on aperçoit le fond. J'estime qu'il
n'y a pas plus d'un mètre de profondeur, un mètre et demi au maximum. Large
comme l'Arno vers S. Minato-Empoli : je dirais vingt mètres. Mais je
n'ai pas le coup d’œil et mes estimations sont approximatives. Pourtant l'eau
est d'un azur légèrement vert à proximité des berges où l'humidité du sol
entretient une bande verte touffue qui réjouit l’œil fatigué de cette
morne étendue de pierres et de sable qui s'étend indéfiniment en avant.
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17> Cette voix intérieure
dont je vous ai expliqué que j'entends m'expliquer ce que je dois remarquer
et savoir, m'avertit que je vois la vallée du Jourdain. Je l'appelle vallée, parce que c'est l'appellation habituelle de la
place où coule un fleuve, mais ici, il me paraît inexact de lui donner ce nom
parce que une vallée suppose des collines et dans le voisinage je n'en vois
pas trace, En résumé, je me trouve près du Jourdain, et l'espace désolé que
j'aperçois sur ma droite est le désert de Juda.
Si parler de désert est juste pour désigner ce lieu inhabité et sans trace du
travail de l'homme, il convient moins à l'idée que nous nous faisons du
désert. Ici, pas de dunes du désert comme nous le concevons, mais seulement
une terre dénudée parsemée de pierres et de débris, comme sont les terrains
d'alluvion après une crue.
Dans le lointain, des collines. Et puis, près du Jourdain une grande paix,
une ambiance spéciale qui dépasse celle d'un paysage ordinaire, quelque chose
qui rappelle ce qu'on ressent sur les bords du lac Trasimène. C'est un lieu
qui évoque des vols angéliques et des voix célestes. Je ne sais pas bien
exprimer ce que j'éprouve, mais j'ai le sentiment de me trouver dans un lieu
qui parle à l'esprit.
Pendant ces observations, je vois la scène envahie par les gens le long - par
rapport à moi - de la rive droite du Jourdain. Il y a beaucoup d'hommes et
une grande variété d'habillements. Quelques-uns semblent des gens du peuple,
d'autres des riches, il yen a assez, plusieurs paraissent des pharisiens,
avec leurs vêtements ornés de franges et de galons.
Au milieu, debout sur un rocher un homme que je reconnais du premier coup
pour le Baptiste bien que ce soit la première
fois que je le vois. Il parle à la foule et je vous assure que sa prédication
manque plutôt de douceur. Jésus a appelé Jacques et Jean
"les fils du tonnerre", mais alors quel nom donner à ce fougueux
orateur ? On pourrait pour Jean Baptiste parler de coup de foudre,
d'avalanche, de tremblement de terre, tant il est impétueux et sévère dans
son discours et ses gestes.
Il parle de la venue du Messie et exhorte les auditeurs à préparer leurs
cœurs en les débarrassant de ce qui les encombre et en redressant leurs
pensées. Mais c'est un parler frénétique et rude : Le Précurseur n'a pas
la main légère de Jésus pour soigner les blessures des cœurs. C'est un
médecin qui les met à nu, fouille et taille sans pitié.
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18> Pendant que je l'écoute - je ne rapporte pas ses paroles, parce que ce
sont celles des Évangélistes mais qui dévalent en un discours torrentiel - je
vois s'avancer le long d'un sentier le long de la bordure herbeuse et
ombragée qui côtoie le Jourdain, mon Jésus. Ce chemin de campagne, plutôt
sentier que chemin, semble dessiné par les caravanes et les voyageurs qui
pendant des années et des siècles l'ont parcouru pour arriver à un point où
le fond du lit se relève et permet de passer à gué. Le sentier continue sur
l'autre rive du fleuve et se perd dans la verdure de l'autre berge.
Jésus est seul. Il marche lentement et en avançant il arrive derrière Jean.
Il avance sans bruit, tout en écoutant la voix tonnante du Pénitent du
désert, comme si Jésus était aussi une des nombreuses personnes qui venaient
vers Jean pour se faire baptiser et se préparer à la purification pour la
venue du Messie. Rien ne distingue Jésus des autres gens. Il semble un homme
du peuple pour son vêtement, un seigneur pour la beauté de ses traits, mais
aucun signe divin ne le distingue de la foule.
Cependant on dirait que Jean sent une particulière émanation spirituelle. Il
se retourne et identifie tout de suite la source de cette émanation. Il
descend vivement du rocher qui lui servait de chaire et s'en, va d'un air
dégagé vers Jésus qui est arrêté à quelques mètres d'un groupe et s'appuie au
tronc d'un arbre.
Jésus et Jean se fixent un moment. Jésus,
avec son regard d'azur, si doux. Jean avec son œil sévère, très noir, plein
d'éclairs. Les deux, vus rapprochés, sont l'antithèse l'un de l'autre. Tous
les deux grands - c'est leur unique ressemblance - ils sont différents pour
tout le reste. Jésus blond, aux longs cheveux peignés, au teint blanc ivoire,
aux yeux d'azur, au vêtement simple, mais majestueux. Jean, hirsute aux
cheveux noirs qui retombent à plat sur les épaules et taillés en
escalier, avec une barbe noire coupée à ras qui lui couvre presque tout le
visage qui n'empêche pas de découvrir ses joues creusées par le jeûne, des
yeux noirs fiévreux, la peau bronzée par le soleil et les intempéries et le
poil épais qui la couvre, demi-nu avec son vêtement de peau de chameau retenu
à la taille par une ceinture de peau et qui lui couvre le torse, descendant à
peine au dessous de ses flancs amaigris et laissant à droite les côtes
découvertes, les côtes sur lesquelles se trouve, unique tissu, la peau tannée
par l'air : En vis à vis, on dirait un sauvage et un ange.
Jean, après avoir fixé sur Lui son regard pénétrant, s'écrie :
"Voici l'Agneau de Dieu. Comment peut-il se faire que mon Seigneur
vienne vers moi ?"
Jésus répond tranquillement : "C'est pour accomplir
le rite de pénitence."
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19> "Jamais, Seigneur. C'est
moi qui dois venir à Toi pour être sanctifié, et c'est Toi qui viens vers
moi ?"
Et Jésus, en lui mettant une main sur la tête, parce que Jean s'était incliné
devant Jésus, lui répond : "Permets que tout se fasse comme je
veux, pour que s'accomplisse toute justice et que ton rite achemine les
hommes vers un plus haut mystère et qu'il leur soit annoncé que la Victime
est dans ce monde."
Jean l'observe avec un œil dont une larme adoucit le regard, et le précède
vers la rive. Jésus enlève son manteau et sa tunique, gardant une sorte de
caleçon court et descend dans l'eau où se trouve déjà Jean. Jean le baptise
en Lui versant sur la tête de l'eau du fleuve, avec une sorte de tasse
suspendue à sa ceinture et qui semble être une coquille ou une demi-calebasse
séchée et vidée.
Jésus est proprement l'Agneau, Agneau dans la blancheur de sa chair, la
modestie de ses traits, la douceur de son regard.
Pendant que Jésus remonte sur la rive, et qu'après s'être vêtu; il se
recueille en prière, Jean le montre à la foule et témoigne de l'avoir reconnu
au signe que l'Esprit de Dieu lui avait indiqué et qui désignait
infailliblement le Rédempteur.
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