|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
Samedi 23 décembre 28 (17 Tébeth)
- Discours de Pierre (Savant n'est pas saint, le Messie promis) 72 - Discours du Zélote (Réjouissons-nous. Jésus l'a guéri deux fois) 73 - Discours de Jacques d'Alphée (Jésus, le Verbe incarné) 74 - Discours d'André (Son désir du Messie Témoin du baptême de Jésus) 75
- Discours de Matthieu (Récit de sa conversion) 76 -Discours de Jacques de Zébédée (Sa hâte de revoir Jésus. Synthèse des
discours précédents) 77 - Discours de Jude (La chasteté. Humilité et amabilité de Jésus) 79 - Discours de Jean (Jésus, la Lumière fondue dans l'Amour. Appel à la
conversion) 81 - Pierre bénit Jean d'Endor et Sintica 81 - Et quitte en vitesse l'intendant Philippe 82 - [Commentaire de Jésus : La foi embryonnaire de Jude] 83 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5 5.12. |
||
|
71> Les apôtres sont de nouveau dans la maison d'Antioche et avec
eux les deux disciples et tous les hommes d'Antigonea, qui ne sont plus vêtus
de leurs courts habits de travail, mais de longs habits de fête. J'en conclus
que c'est le sabbat. 72> Philippe prie les
apôtres de parler au moins une fois à tout le monde, avant leur départ
désormais imminent. "Sur
quoi ?" "Sur ce que vous
voulez. Vous avez entendu ces jours-ci nos conversations,
inspirez-vous-en." Les apôtres se
regardent l'un l'autre. À qui cela revient-il ? À Pierre, c'est naturel. C'est le chef ! Mais Pierre ne
voudrait pas parler, et il donne à Jacques ou à Jean de Zébédée l'honneur de
le faire. Et c'est seulement quand il les voit inexorables, qu'il se décide à
parler.
Mais il n'y a pas
lieu de le reprocher au commentateur, qui a donné ce qu'il pouvait avec sa
sagesse mutilée de ce qu'il y a de meilleur : la connaissance du Messie
et du Temps nouveau amené par Lui. Nous ne faisons pourtant pas de critiques,
mais des prières pour qu'il arrive à connaître ces deux grâces et puisse les
accepter sans y mettre obstacle. Vous m'avez dit que
pendant la Pâque vous avez entendu parler avec foi, mais aussi avec mépris, du
Maître. Et que c'est seulement à cause de la grande foi qui remplit les cœurs
de la maison de Lazare, tous les cœurs, que vous avez pu résister à
l'embarras que les insinuations des autres vous mettaient au cœur, d'autant
plus que ces autres étaient justement les rabbis d'Israël.
Ces paroles ont été
crues par les plus humbles de ceux qui sont ici, car l'humilité aide à
parvenir à la Foi, alors que pour les orgueilleux le chemin est difficile -
empêtrés comme ils le sont - pour atteindre le sommet de la montagne où,
chaste et lumineuse, vit la Foi. Ces humbles, parce qu'ils étaient tels et
parce qu'ils ont cru, ont mérité d'être les premiers dans l'armée du Seigneur
Jésus. 73> Moi, je vous exhorte
et je vous pousse à avoir en vous ces deux qualités et alors vous
appartiendrez à l'armée du Seigneur et vous conquerrez le Royaume des
Cieux... A toi, Simon le
Zélote. Moi, j'ai fini. Toi, continue." Le Zélote, pris ainsi
à l'improviste, et si clairement indiqué comme second orateur, doit s'avancer
sans retard ni récrimination, et il le fait en disant :
Vraiment, il devrait
en être ainsi. Car, quand une promesse s'accomplit, une paix se fait, une
condamnation cesse et arrive le temps de la joie, les cœurs et les cités
devraient prendre des vêtements de fête pour relever les fronts courbés,
lorsqu'ils prennent conscience de n'être plus haïs, vaincus, frappés, mais
aimés et délivrés. Nous ne sommes pas
ici pour faire un procès à Jérusalem. La charité, la première entre toutes
les vertus, le défend. Cessons donc d'observer le cœur des autres et
regardons le nôtre. Revêtons de force notre cœur par cette foi dont a parlé
Simon, et prenons des vêtements de fête parce que notre foi séculaire au
Messie est maintenant couronnée par la réalisation de la chose. Le Messie, le
Saint, le Verbe de Dieu est réellement parmi nous. Et ce ne sont pas
seulement les âmes qui entendent les paroles de la Sagesse qui les fortifient
et versent en elles la sainteté et la paix, ce sont aussi les corps qui par
l’œuvre du Saint, auquel le Père a tout accordé, qui se voient délivrés des
maladies les plus atroces et jusque de la mort, pour que les terres et les vallées
de notre patrie résonnent des hosannas au Fils de David et au Très-Haut qui a
envoyé son Verbe comme Il l'avait promis aux Patriarches et aux Prophètes. Moi, qui vous parle,
j'étais lépreux, destiné à mourir après des années d'angoisse cruelle, dans la
solitude des bêtes fauves réservée aux lépreux. Parle, toi,
maintenant, Jacques
d'Alphée."
Jésus de Nazareth est
notre Frère, ô hommes, parce qu'il est né d'une femme, et semblable à nous
dans son humanité. il est notre Maître car il est le Sage, il est la Parole
même de Dieu, venue pour nous parler de Dieu, pour nous faire appartenir à
Dieu. Et il est notre Dieu, étant un avec le Père et l'Esprit Saint, avec
lesquels il est toujours en union d'amour, de puissance, et de nature. Que cette vérité, qui
par des preuves manifestes fut par grâce connue du Juste qui fut mon parent,
soit en votre possession. Et à l'encontre du monde qui cherchera à vous
arracher au Christ en disant : "C'est un homme quelconque",
répondez : "Non. C'est le Fils de Dieu, c'est l'Etoile née de
Jacob, c'est la Verge qui se lève ici, en Israël, c'est le Dominateur".
Ne vous laissez détourner par rien. Cela c'est la Foi. A toi, André." "Cela,
c'est
la Foi. Moi, je suis un pauvre pêcheur du lac de Galilée, et dans les
silencieuses nuits de pêche, sous la lumière des astres, j'avais de muettes
conversations avec moi-même. Je disais : "Quand viendra-t-Il ?
Serai-je encore vivant ? Il manque encore plusieurs années, d'après la
prophétie". Pour l'homme dont la vie est limitée, même quelques dizaines
d'années sont des siècles... Je me demandais : "Comment
viendra-t-Il ? D'où ? De qui ?" Et mon humanité obtuse me
faisait rêver à des splendeurs royales, à des demeures de roi, à des
cortèges, à des sonneries retentissantes, à une puissance, à une majesté
insoutenable... Et je disais : "Qui pourra regarder ce grand
Roi ?" Je pensais que ses manifestations inspiraient plus de
terreur que Jéhovah Lui-même sur le Sinaï. 75> Je me
disais : "Les hébreux virent la montagne étinceler, mais ils ne
furent pas réduits en cendres car l'Éternel était au-delà des nuées. Mais
ici, Il nous regardera avec des yeux mortels et nous mourrons..." J'étais disciple du
Baptiste, et dans les pauses de la pêche, j'allais le trouver avec d'autres
compagnons. Mais je ne suis pas
mort. Je suis resté fasciné dans la contemplation du jeune inconnu qui, à son
tour, avait fixé son regard bleu sur le Baptiste. Et le Baptiste se retourna,
courut à Lui, s'inclina. Ils se parlèrent. Et comme la voix de Jean était un
continuel tonnerre, les mystérieuses paroles arrivèrent jusqu'à moi qui
écoutais, tendu par le désir de savoir qui était le jeune inconnu. Mon âme
sentait qu'il était différent de tout le monde. Elles disaient :
"C'est moi qui devrais être baptisé par Toi..." "Laisse faire
maintenant, il convient d'accomplir toute justice"... Jean avait déjà
dit : "Il va venir Celui auquel je ne suis pas digne de dénouer les
lacets des sandales". Il avait déjà dit : "Parmi vous en
Israël, se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas. Il tient déjà le van
en mains et il nettoiera son aire en brûlant les pailles par son feu
inextinguible". J'avais devant moi un
jeune homme du peuple, à l'aspect doux et humble, et pourtant j'ai senti que
c'était Celui auquel le Saint d'Israël, le dernier Prophète, le Précurseur,
n'était pas même digne de dénouer les sandales. J'ai senti que c'était Celui
que nous ne connaissions pas. Mais, je n'en eus pas peur. Au contraire, quand
Jean après le super-extasiant tonnerre de Dieu, après l'inconcevable
splendeur de la Lumière en forme de colombe de paix, eut dit :
"Voici l'Agneau de Dieu", moi, par la voix de mon âme, dans la
jubilation d'avoir pressenti le Roi Messie en ce jeune homme doux et humble
d'aspect, j'ai crié avec la voix de l'esprit : "Je
crois !" C'est par cette foi que je suis son serviteur. 76> Soyez-le vous aussi
et vous aurez la paix. Matthieu, à toi de raconter les autres gloires du
Seigneur."
J'étais un pécheur,
un grand pécheur. Je vivais dans l'erreur complète. J'étais endurci et je ne
m'en sentais pas incommodé. Si quelquefois les pharisiens ou le chef de la
synagogue me fouettaient de leurs insultes ou de leurs reproches, en me
rappelant un Dieu qui était un Juge inexorable, j'avais un moment de
terreur... et puis je me complaisais dans la sotte idée : "De
toutes façons désormais je suis damné. Jouissons donc, ô mes sens, tant que
c'est possible". Et je sombrais plus que jamais dans le péché. Il y a deux
printemps, il vint à Capharnaüm
un Inconnu. Pour moi aussi, c'était un inconnu.
Il l'était pour tout le monde, parce que c'était le commencement de sa
mission. Seuls quelques hommes le connaissaient pour ce qu'il était
réellement. Ceux que vous voyez, et quelques autres encore. Je fus étonné par
sa merveilleuse virilité, chaste plus qu'une vierge. Ce fut la première chose
qui me frappa. Je le voyais austère et pourtant tout disposé à écouter les
enfants qui venaient à Lui, comme les abeilles vont aux fleurs. Son unique
distraction c'était leurs jeux innocents et leurs propos sans malice. Puis ce
fut sa puissance qui m'étonna. Il faisait des miracles. Je me dis :
"C'est un exorciste, un saint". Mais je me sentais tellement
affreux devant Lui, que je le fuyais. Lui me cherchait, ou
j'en avais l'impression. Il ne passait pas une fois devant mon comptoir sans
me regarder de son œil doux et un peu triste. Et chaque fois c'était comme un
sursaut de ma conscience engourdie, qui ne revenait plus au même niveau de
torpeur. Un jour - les gens
exaltaient toujours sa parole - j'eus le désir de l'écouter. Et me cachant
derrière une maison, je l'entendis parler à un petit groupe d'hommes. Il
parlait familièrement sur la charité qui est comme une indulgence pour nos
péchés... A partir de ce soir-là, moi, qui étais avide et qui avais le cœur dur,
je voulus me faire pardonner par Dieu mes nombreux péchés. Je faisais les
choses secrètement... Mais Lui savait que c'était moi, parce qu'il sait tout.
Une autre fois, je l'entendis expliquer justement le chapitre 52
d'Isaïe : il disait que dans son Royaume, la Jérusalem céleste, il n'y
aurait pas d'impurs ni de gens qui n'ont pas le cœur circoncis. 77> Il promettait cette
Cité céleste, de laquelle il disait les beautés, à ceux qui
viendraient à Lui, et sa parole était si persuasive que j'en eus la nostalgie.
Et puis... et puis...
Oh ! ce jour ce ne fut pas un regard triste, mais un regard impérieux.
Il me déchira le cœur, mit à nu mon âme, la cautérisa, la prit en main, cette
pauvre âme malade, et la tortura par son amour exigeant... et j'eus une âme nouvelle.
Je suis allé vers Lui avec repentir et désir. Il n'attendit, pas que je Lui
dise : "Seigneur, pitié !" Il me dit, Lui :
"Suis-moi !" Le Doux avait
vaincu Satan dans le cœur du pécheur. Que cela vous dise, si
quelqu'un parmi vous est troublé par ses fautes, que Lui est le bon Sauveur
et qu'il ne faut pas le fuir, mais plus on est pécheur plus il faut aller à
Lui avec humilité et repentir pour être pardonné. Jacques
de Zébédée, à toi de parler."
Moi aussi, j'étais
avec André au Jourdain, mais je ne l'ai pas remarqué avant l'indication du
Baptiste. Moi aussi, j'ai tout de suite cru. Quand Lui fut parti après son
éclatante manifestation, je suis resté comme quelqu'un qui passe d'un sommet
ensoleillé à une sombre prison. Je brûlais de retrouver le Soleil. Le monde
était privé de toute lumière depuis que m'était apparue la Lumière de Dieu et
puis qu'elle était disparue. Au milieu des hommes, j'étais seul. Pendant que
je me rassasiais, j'avais faim. Pendant le sommeil, je veillais avec la
meilleure partie de moi-même, et argent, métier, affections, tout s'était
éloigné derrière ce désir ardent que j'avais de Lui, très loin, et n'exerçait
plus sur moi aucune attirance. Comme un enfant qui a perdu sa mère, je
gémissais : "Reviens, Agneau du Seigneur ! Très-Haut, comme Tu
as envoyé Raphaël pour conduire Tobie, envoie ton ange pour me conduire sur
les chemins du Seigneur pour que je le trouve, que je le trouve, que je le
trouve !" Pourtant, après des
dizaines de jours d'inutile attente, de recherches angoissées, qui par leur
inutilité rendaient plus douloureuse la perte de notre Jean arrêté une
première fois, quand il apparut, venant du désert, moi, je ne le reconnus pas
tout de suite. Et ici, frères dans
le Seigneur, je veux vous enseigner une autre route pour aller à Lui et le
reconnaître. Simon de Jonas a dit
qu'il faut la foi et l'humilité pour le reconnaître. Simon le Zélote a
réaffirmé l'absolue nécessité de la Foi pour reconnaître en Jésus de Nazareth
Celui qui est, au Ciel et sur la terre, comme il a été dit. 78> Et Simon le Zélote
avait besoin d'une foi bien grande pour avoir aussi l'espérance pour son
corps incurable. C'est Pour cela que Simon le Zélote dit que la Foi et
l'Espérance sont les moyens pour avoir le Fils de Dieu. Jacques, frère du
Seigneur, parle de la puissance de la Force pour conserver ce que l'on a
trouvé. La Force qui empêche les pièges du monde et de Satan d'ébranler notre
Foi. André fait voir toute la nécessité d'unir à la Foi une sainte soif de la
Justice, en cherchant à connaître et à garder la Vérité, quel que soit la
bouche sainte qui l'annonce, non par orgueil humain d'être savant mais par
désir de connaître Dieu. Celui qui s'instruit d'ans la Vérité trouve Dieu. Matthieu, autrefois
pécheur, vous indique un autre chemin pour atteindre Dieu : se
dépouiller des sens par esprit d'imitation, je dirais en reflétant Dieu qui est
Pureté infinie. Lui, le pécheur, fut d'abord frappé par la 'chaste virilité'
de l'Inconnu venu à Capharnaüm et, comme si celle-ci avait le pouvoir de
faire revivre sa continence morte, il commença par s'interdire le sens
charnel, désencombrant ainsi la route pour la venue de Dieu et la
résurrection des autres vertus mortes. De la continence, il passe à la
miséricorde, de celle-ci à la contrition, après la contrition, il se surmonte
tout entier et arrive à l'union à Dieu. "Suis-moi" "Je viens".
Mais son âme avait déjà dit : "Je viens", et le Sauveur avait
déjà dit : "Suis- moi !", du moment où, pour la première
fois, la Vertu du Maître avait attiré l'attention du pécheur. Imitez. Car toute
expérience d'autrui, même pénible, nous guide pour éviter le mal et trouver
le bien en ceux qui sont de bonne volonté. Moi, en ce qui me
concerne, je dis que plus l'homme s'efforce de vivre par l'esprit, et plus il
est capable de reconnaître le Seigneur, et que la vie angélique favorise cela
au suprême degré. Parmi nous, disciples de Jean, celui qui l'a reconnu après
son absence, ce fut l'âme vierge. Mieux encore qu'André il le reconnut, bien
que la pénitence eût changé le visage de l'Agneau de Dieu. Je vous dis
donc : "Soyez chastes pour pouvoir le reconnaître". Jude, veux-tu parler maintenant ?"
Matthieu a dit
comment le Seigneur expliquait qu'il n'y aura rien d'immonde ni de séparé de
Dieu dans la Jérusalem céleste. Oui. Mais il ne faut pas être impur ici-bas,
ni séparé de Dieu, pour pouvoir y entrer. Malheureux ceux qui attendent la
dernière heure pour se repentir. Ils n'auront pas toujours le temps de le
faire. Comme ceux qui maintenant le calomnient n'auront pas le temps de se
refaire un cœur au moment de son triomphe et ne jouiront donc pas de ses
fruits. Ceux qui dans le Roi
saint et humble espèrent voir un monarque. terrestre, et plus encore ceux qui
craignent de voir en Lui un monarque terrestre, ne seront pas préparés pour
cette heure, induits en erreur, et déçus dans leur pensée, qui n'est pas la
pensée de Dieu mais une pauvre pensée humaine, pécheront bien plus. Il porte
l'humiliation d'être l'Homme, cela nous devons nous le rappeler. Isaïe dit
que tous nos péchés tiennent la Personne Divine mortifiée sous une apparence
commune. Quand je pense que le Verbe de Dieu a autour de Lui, comme une
croûte souillée, toute la misère de l'humanité depuis qu'elle existe, je
pense avec une profonde compassion et une profonde compréhension à la
souffrance que doit en avoir son âme sans tache, La répulsion d'un homme sain
qui se voit recouvert des haillons et des souillures d'un lépreux. Il a été
vraiment transpercé par nos péchés, couvert de plaies par toutes les
concupiscences de l'homme. Son âme, qui vit parmi nous, doit trembler à ce
contact comme si elle éprouvait le dégoût de la fièvre. Pourtant Lui ne parle
pas. Il ne parle pas pour dire : "Vous me faites horreur".
Mais il ne parle que pour dire : "Venez à Moi, pour que j'enlève
vos fautes". C'est le Sauveur. Dans son infinie bonté, il a voulu voiler
son insoutenable beauté, elle qui, si elle nous était apparue telle qu'elle
est au Ciel, nous aurait réduits en cendres, comme dit André. Maintenant elle
s'est faite attrayante, comme celle d'un doux Agneau, pour pouvoir nous
approcher et nous sauver. Son accablement, sa condamnation durera jusqu'à ce
que, consumé par l'effort d'être l'Homme parfait parmi les hommes imparfaits,
il se dressera au-dessus de la multitude des rachetés, dans le triomphe de sa
royauté sainte. Dieu qui connaît la mort pour nous donner la Vie ! Que
ces pensées vous le fassent aimer au-dessus de tout. Lui est le Saint. Je
peux le dire, moi qui, avec Jacques, ai grandi avec Lui. 80> Et je le dis et le dirai, tout disposé à donner ma vie pour le
reconnaître, pour que les hommes croient en Lui et aient la Vie éternelle. Jean de
Zébédée, à toi de parler."
Je suis vraiment
étonné de voir que les collines ne tressaillent pas de joie et que n'exultent
pas de joie les cours d'eau de la Patrie, à la caresse de ses pieds. Mais ce
qui m'étonne davantage, c'est de voir que ne tressaillent pas les cœurs et
qu'ils n'exultent pas de joie en disant : "Louange au
Seigneur ! L'Attendu est venu ! Béni , Celui qui vient au nom du
Seigneur ! [5]" Celui qui
répand grâces et bénédictions, paix et salut, et qui appelle au Royaume en
nous en ouvrant le chemin, Celui, surtout, qui répand l'amour par tous ses
actes ou paroles, par tous ses regards, à chacune de ses respirations. Qu'est donc ce monde
pour être aveugle devant la Lumière qui est parmi nous ? Quelles
plaques, plus épaisses que la pierre qui ferme les tombeaux, a donc emmuré la
vue de l' âme pour qu'elle ne voie pas cette Lumière ? Quelle montagne
de péchés a-t-elle sur lui pour être ainsi accablé, séparé, aveuglé, rendu
sourd, enchaîné, paralysé, pour rester inerte devant le Sauveur ? Qu'est-ce que le
Sauveur ? C'est la Lumière fondue avec l'Amour. La bouche de mes frères
a magnifié les louanges du Seigneur, évoqué ses œuvres, indiqué les vertus à
pratiquer pour arriver à son chemin. Moi, je vous dis : aimez. Il n'y a
pas d'autre vertu plus grande et plus semblable à sa Nature. Abandonnez toute
route qui n'est pas la sienne. Dégagez-vous de toute brume. Allez à la
Lumière. Ne soyez pas comme le monde qui ne veut pas voir la Lumière, qui ne
veut pas la connaître. Comme toujours, Jean,
en montant dans ses vols d'amour, emmène avec lui les âmes là où l'amour se
perd et dans le silence mystique. Ce n'est qu'après un
moment que la parole revient sur les lèvres de ceux qui écoutent. Et le
premier qui parle, c'est Philippe s'adressant à Pierre : "Et Jean, le pédagogue, il ne parle pas ?" "Il vous parlera
continuellement à notre place. Pour l'instant, laissez-le dans sa paix et
laissez-nous un peu avec lui. Toi, Saba, fais ce que je t'ai dit auparavant.
Et, toi aussi, bonne Bérénice..." Tout le monde sort,
en laissant dans la grande pièce les huit avec les deux. Il se fait un silence
grave. Ils sont tous un peu pâles, les apôtres parce qu'ils savent ce qui va
arriver, les deux disciples parce qu'ils le pressentent. 82> Pierre prend la
parole, mais il ne dit que : "Prions", et il entonne le
"Pater Noster". Puis, et il est vraiment pâle comme il ne le sera
peut-être pas le jour de sa mort, il dit, en allant entre les deux et en leur
mettant la main sur l'épaule : "C'est l'heure des adieux, mes fils.
Que dois-je dire au Seigneur en votre nom ? A Lui qui certainement
attendra avec angoisse d'avoir des nouvelles de votre sainteté ?" Sintica glisse à ses
genoux en se couvrant le visage de ses mains et Jean l'imite. Pierre les a à
ses pieds, et machinalement les caresse de la main en se mordant les lèvres
pour ne pas céder à l'émotion. Jean d'Endor relève
son visage que l'émotion déchire et dit : "Tu diras au Maître que
nous faisons sa volonté..." Et Sintica : "Qu'il nous aide à l'accomplir jusqu'à la
fin..." Mais les larmes leur interdisent de plus longues phrases. "C'est bien.
Donnons-nous le baiser d'adieu. Cette heure devait venir..." Pierre
aussi s'arrête, la gorge serrée par un sanglot. "Bénis-nous
d'abord" lui demande Sintica. "Non. Pas moi,
il vaut mieux que ce soit un frère de Jésus..." "Non, c'est toi
le chef. Nous, nous les bénirons par un baiser. Bénis-nous tous, tant les
partants que ceux qui restent" dit le Thaddée en s'agenouillant le
premier.
Puis il se penche,
baise au front la femme comme si c'était une sœur, il relève et embrasse
intensément Jean, en lui donnant un baiser et... il s'échappe avec courage de
la pièce pendant que les autres imitent son attitude envers les deux qui
restent... Dehors, le char est
déjà prêt. Il n'y a de présents que Philippe et Bérénice, et le serviteur qui
tient le cheval. Pierre est déjà sur le char... "Tu diras à mon
maître qu'il soit tranquille pour les siens qu'il m'a recommandés" dit
Philippe à Pierre. "Tu diras à
Marie que j’éprouve la paix d'Euchérie depuis qu'elle est la disciple"
dit doucement Bérénice au Zélote. "Vous direz au
Maître, à Marie, à tous, que nous les aimons et que... Adieu !
Adieu ! Oh ! nous ne les reverrons plus ! Adieu, frères !
Adieu..." Les deux disciples
courent dehors sur le chemin... Mais le char, qui est parti au trot, a
maintenant dépassé le tournant... Disparu... 83> "Sintica !" "Jean !" "Nous sommes
seuls !" "Dieu est avec
nous !... Viens, pauvre Jean. Le soleil se couche, cela va te faire mal de
rester ici..." "Le soleil est
tombé pour toujours pour moi... Il ne se lèvera plus qu'au Ciel." Ils entrent dans la
pièce où ils étaient avant avec les autres et, s'abandonnant sur une table,
ils pleurent sans plus se retenir... |
|||
|
Jésus dit : "Et le tourment causé
par un nomme, que n'avait voulu personne d'autre que l'homme méchant, fut
accompli, en s'arrêtant comme le cours d'eau qui s'arrête dans un lac après
avoir achevé son parcours... Je te fais remarquer comment Jude d'Alphée, bien
que nourri de sagesse plus que les autres, donne au passage d'Isaïe sur mes
souffrances de Rédempteur une explication humaine. Et ainsi était Israël tout
entier, qui se refusait à accepter la réalité prophétique et contemplait les
prophéties relatives à mes douleurs comme des allégories et des symboles. La
grande erreur pour laquelle, à l'heure de la Rédemption, bien peu de
personnes en Israël surent encore voir le Messie dans le Condamné. La Foi
n'est pas seulement une couronne de fleurs, elle a aussi des épines. Et il
est saint celui qui sait croire aux heures de gloire mais aussi aux heures
tragiques, et sait aimer quand Dieu le couvre de fleurs, mais aussi quand Il
l'étend sur les épines." |
|||