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290> Jésus est encore à Jérusalem, mais pas à
l'intérieur du Temple. Il est pourtant certainement dans une vaste pièce bien
ornée, une des si nombreuses qui se trouvent à l'intérieur de l'enceinte,
grande comme un village.
Il y est entré depuis
peu; il est encore en train de marcher à côté de celui qui l'a invité à
entrer, peut-être pour le mettre à l'abri du vent froid qui court sur le Moriah, Derrière Lui, marchent les apôtres et quelques
disciples. Je dis "quelques" car, en dehors d'Isaac et de Margziam, il y a Jonathas et, parmi les gens
qui entrent derrière le Maître, il y a ce lévite Zacharie qui, peu de
jours avant, Lui a dit qu'il voulait être son disciple et il y a aussi deux
autres que j'ai déjà vus avec les disciples mais dont je ne connais pas le
nom. Mais parmi eux, bienveillants, il y a aussi les habituels, les
inévitables et immanquables pharisiens. Ils s'arrêtent presque sur la porte,
comme s'ils s'étaient trouvés là par hasard pour parler d'affaires, mais ils
sont là pour écouter. Vive est parmi ceux qui sont présents l'attente de la
parole du Seigneur. Il regarde cette assemblée de gens de nationalités
visiblement différentes, pas toutes palestiniennes, bien que de religion
hébraïque. 291> Il regarde cette assemblée de personnes dont
beaucoup de membres, demain peut-être, se répandront dans les régions d'où
ils viennent et y porteront sa parole en disant : "Nous avons entendu
l'Homme dont on dit qu'il est notre Messie." Et à eux, qui sont déjà
instruits dans la Loi, il ne parle pas de la Loi, comme souvent il le fait
quand il comprend qu'il a en face de Lui des gens ignorants ou dont la foi
est ébranlée. Mais il parle de Lui-même pour qu'ils le connaissent.
Il dit : "Je
suis la Lumière
du monde et celui qui me suit ne
marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie." Et il
se tait après avoir énoncé le thème du discours qu'il développera comme il
fait habituellement quand il va prononcer un grand discours. Il se tait pour
laisser aux gens le temps de décider si le sujet les intéresse ou non, et
aussi pour donner à ceux que le sujet annoncé n'intéresse pas le temps de
s'en aller. De ceux qui sont présents, personne ne s'en va; et même les
pharisiens, qui étaient sur la porte occupés à une conversation contrainte et
étudiée, se sont tus et se sont tournés vers l'intérieur de la synagogue au
premier mot de Jésus, et ils entrent en se frayant un passage, autoritaires
comme toujours.
Quand tout bruit a
cessé, Jésus répète la phrase
déjà dite, à plus forte voix encore. Il commence et poursuit : "Je suis
la Lumière du monde étant le Fils du Père qui est le Père de la Lumière. Le
fils ressemble toujours au père qui l'a engendré et il a la même nature. De
même, je ressemble à Celui qui m'a engendré et j'ai la même nature. Dieu, le Très-Haut,
l'Esprit Parfait et Infini, est Lumière d'Amour, Lumière de Sagesse, Lumière
de Puissance, Lumière de Bonté, Lumière de Beauté. Il est le Père des
Lumières et celui qui vit de Lui et en Lui voit parce qu'il est dans la
Lumière, de même que Dieu désire que les créatures voient. Il a donné à
l'homme l'intelligence et le sentiment pour qu'il puisse voir la Lumière,
c'est-à-dire Lui-même, et la comprendre et l'aimer. Et à l'homme Il a donné
les yeux pour qu'il puisse voir la chose la plus belle parmi les choses
créées, la perfection des éléments, qui rend visible la Création, celle qui
est une des premières actions du Dieu Créateur et porte le signe le plus
visible de Celui qui l'a créée : la lumière, incorporelle, lumineuse,
béatifique, consolante, nécessaire comme l'est le Père de tous : Dieu Éternel
et Très-Haut.
292> Par un ordre de sa Pensée, Il a créé le firmament et la terre, c'est-à-dire la masse de
l'atmosphère et la masse de la poussière, l'incorporel et le corporel, ce qui est très léger et ce qui est lourd, mais tous
les deux pauvres et vides encore, informes encore, parce qu'enveloppés dans
les ténèbres, sans astres et sans vie. Mais pour donner à la terre et au
firmament leur vraie physionomie, pour en faire deux choses belles, utiles,
adaptées à la continuation de l'œuvre créatrice, l'Esprit de Dieu — qui se
tenait au-dessus des eaux et qui était tout un avec le Créateur qui créait et
l'Inspirateur qui poussait à créer, pour pouvoir aimer non seulement Lui-même
dans le Père et dans le Fils, mais aussi un nombre infini de créatures
portant le nom d'astres, planètes, eaux, mers, forêts, plantes, fleurs,
animaux qui volent, se meuvent, rampent, courent, sautent, grimpent, et enfin
l'homme,
la plus parfaite des créatures, plus parfait que le soleil parce qu'il a une
âme en plus de la matière, l'intelligence en plus de l'instinct, la liberté
en plus de l'ordre, l'homme semblable à Dieu par l'esprit, semblable à
l'animal par la chair, le demi-dieu qui devient dieu par la grâce de Dieu et
sa propre volonté, l'être humain qui par sa volonté peut se transformer en
ange, le plus aimé de la Création sensible pour lequel, tout en le sachant
pécheur dès avant l'existence du temps, Il a préparé le Sauveur, la Victime
dans l'Être aimé sans mesure, dans le Fils, dans le Verbe, pour qui tout a
été fait — mais pour donner à la terre et au firmament leur vraie
physionomie, disais-je, voilà que l'Esprit de Dieu qui se tenait dans le
cosmos crie, et c'est la Parole qui pour la première fois se manifeste :
"Que la lumière soit", et la lumière existe, bonne, salutaire,
puissante pendant le jour, affaiblie pendant la nuit, mais qui ne périra pas
tant que le temps existera. De l'océan des merveilles qu'est le trône de Dieu,
le sein de Dieu, Dieu tire la gemme la plus belle, et c'est la lumière qui
précède la gemme la plus parfaite qui est la création de l'homme, en qui se
trouve non pas un joyau de Dieu, mais Dieu Lui-même, avec son souffle qu'il a
envoyé sur la boue pour en faire une chair et une vie et son héritier dans le
Paradis céleste où Lui attend les justes, ses enfants, pour jouir en eux et
eux en Lui.
Si au début de la
création Dieu a voulu sur ses œuvres la lumière, si pour faire la lumière Il
s'est servi de sa Parole, si Dieu donne à ceux qu'il aime davantage sa
ressemblance la plus parfaite : la
lumière, lumière matérielle
joyeuse et incorporelle, la lumière spirituelle sage et sanctifiante,
pourra-t-il n'avoir pas donné au Fils de son amour ce qu'il est Lui-même ? 293>
En vérité, à Celui en qui ab æterno , Il se complaît, le Très-Haut a tout donné, et de ce
tout, Il a voulu que la première chose et la plus puissante fût la Lumière, pour que sans attendre de monter au Ciel les hommes
connaissent la merveille de la Triade, ce qui fait chanter les Cieux dans les
chœurs bienheureux, chanter à cause de l'harmonie de la joie éblouie qui
vient aux anges de la contemplation de la Lumière, c'est-à-dire de Dieu, la
Lumière qui remplit le Paradis et fait la béatitude de tous ses habitants.
Je suis la Lumière du
monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la
lumière de la Vie ! De même que la lumière sur la terre informe a permis la
vie pour les plantes et les animaux, ainsi ma Lumière permet aux esprits la
Vie éternelle. Moi, la Lumière que je suis, je crée en vous la Vie et je la
conserve, la développe, vous recrée en elle, vous transforme, vous amène à la
Demeure de Dieu par des chemins de sagesse, d'amour, de sanctification. Celui
qui a en lui-même la Lumière, possède Dieu en lui, car la Lumière est une
avec la Charité et qui a la Charité possède Dieu. Celui qui a en lui-même la
Lumière a en lui la Vie, car Dieu est là où on accueille son Fils
bien-aimé."
"Tu dis des
paroles dépourvues de raison. Qui a vu ce qu'est Dieu ? Moïse même n'a pas vu
Dieu. En effet, sur l'Horeb, dès qu'il sut qui parlait du buisson ardent, il
se couvrit le visage; et même les autres fois il ne put le voir parmi les
éclairs éblouissants. Et tu dis que tu as vu Dieu ? À Moïse, qui seulement
l'entendit parler, il resta une splendeur sur le visage. Mais Toi, quelle
lumière as-tu sur le visage ? Tu es un pauvre galiléen dont le visage est
pâle comme la plupart d'entre vous. Tu es un malade, fatigué et maigre. En
vérité, si tu avais vu Dieu et s'il t'aimait, tu ne serais pas comme
quelqu'un qui est près de mourir. Tu veux donner la vie, Toi qui ne l'as même
pas pour Toi-même ?" et ils secouent la tête avec une compassion
ironique.
"Dieu est Lumière et Moi, je sais ce
qu'est sa Lumière car les enfants connaissent leur père et chacun se connaît
lui-même. Moi, je connais mon Père, et je sais qui je suis. Je suis la
Lumière du monde. Je suis la Lumière car mon Père est la Lumière et qu'il m'a
engendré en me donnant sa Nature. La Parole n'est pas dissemblable de la
Pensée car la parole exprime ce que pense l'intelligence. Et, du reste, ne
connaissez-vous plus les prophètes ? Ne vous rappelez-vous pas Ezéchiel et
surtout Daniel ? 294> Pour décrire Dieu, dont il avait la vision
sur le char des quatre animaux, le premier dit : "Sur le trône se
trouvait quelqu'un dont l'aspect semblait celui d'un homme et en lui
et autour de lui, je vis une sorte d'ambre jaune miel qui avait l'apparence
du feu, et de ses reins, au-dessus et au-dessous, j'ai
vu comme une sorte de feu qui resplendissait tout autour, ayant l'aspect de
l'arc-en-ciel quand il se forme dans les nuages un jour de pluie, tel était
l'aspect de cette splendeur tout alentour" . Et Daniel dit :
"J'étais occupé à regarder jusqu'à ce qu'on élevât des trônes et que
s'assît l'Ancien des jours. Ses vêtements étaient blancs comme la neige, ses
cheveux comme de la laine d'une blancheur éclatante, son trône était des
flammes vives et les roues de son trône était un feu flamboyant. Un fleuve de
feu courait avec rapidité devant sa face" . C'est ainsi qu'est Dieu, et c'est ainsi que je serai quand je
viendrai vous juger."
"Ton témoignage
n'est pas valable. Tu te rends témoignage à Toi-même. Alors ton témoignage
quelle valeur a-t-il ? Pour nous, il n'est pas vrai."
"Bien que je me rende témoignage à Moi-même, mon témoignage est vrai
car je sais d'où je suis venu et où je vais. Mais vous vous ne savez ni d'où je
viens ni où je vais. Vous avez pour sagesse ce que vous voyez. Moi, je
connais au contraire tout ce qui est inconnu à l'homme, et je suis venu pour
que vous aussi le connaissiez. C'est pour cela que j'ai dit que je suis
Lumière, car la lumière fait connaître ce qui était caché par les ombres.
Dans le Ciel, il y a la Lumière; sur la Terre, c'est surtout le règne des
Ténèbres, et elles cachent les vérités aux esprits car les Ténèbres haïssent
les esprits des hommes et elles ne veulent pas qu'ils connaissent la Vérité
et les vérités pour qu'ils ne se sanctifient pas. Et c'est pour cela que je
suis venu, pour que vous ayez la Lumière et par conséquent la Vie. Mais vous
vous ne voulez pas m'accueillir. Vous voulez juger ce que vous ne connaissez
pas et cela vous ne pouvez juger, car c'est tellement au-dessus de vous et
c'est incompréhensible pour quiconque ne le contemple pas avec l'œil de
l'esprit et un esprit humble et nourri de foi. Mais vous, vous jugez selon la
chair et vous ne pouvez être dans la vérité de jugement. Moi, au contraire,
je ne juge personne pourvu que je puisse m'abstenir de juger. Je vous regarde
avec miséricorde et je prie pour vous; pour que vous vous ouvriez à la
Lumière. Mais quand je dois vraiment juger, alors mon jugement est vrai car je
ne suis pas seul, mais je suis avec le Père qui m'a envoyé et Lui, de sa
gloire, voit l'intérieur des cœurs. Et comme Il voit le vôtre, Il voit le
mien. Et s'il voyait dans mon cœur un jugement injuste, par amour pour Moi et
pour l'honneur de sa Justice, il m'en avertirait. Mais le Père et Moi, nous
jugeons d'une seule manière, et nous sommes à deux et non à un seul pour
juger et témoigner. Dans votre Loi, il est écrit que le témoignage de deux témoins qui affirment la même chose doit être compté pour vrai
et valable. 295> Je rends donc témoignage à ma Nature et avec
Moi le Père qui m'a envoyé témoigner de la même chose. Par conséquent ce que
je dis est vrai."
"Nous, nous
n'entendons pas la voix du Très-Haut. C'est Toi qui dis qu'il est ton
Père..."
"Il vous a parlé
de Moi sur le Jourdain..."
"C'est bien.
Mais tu n'étais pas seul au Jourdain, il y avait Jean aussi. Il pouvait parler de lui. C'était un
grand prophète."
"C'est par vos
propres lèvres que vous vous condamnez. Dites-moi : qui parle sur les lèvres
des prophètes ?"
"L'Esprit de
Dieu."
"Et pour vous,
Jean était un prophète ?"
"Un des plus
grands, sinon le plus grand."
"Et alors, pourquoi n'avez-vous pas cru
à ses paroles et pourquoi n'y croyez-vous pas ? Lui m'avait indiqué comme l'Agneau de Dieu, venu pour effacer
les péchés du monde. À qui lui demandait s'il était le Christ, il disait :
"Je ne suis pas le Christ, mais celui qui le précède. Et derrière moi
est Celui qui en réalité me précède car il existait avant moi, et moi, je ne
le connaissais pas, mais Celui qui m'a pris du ventre de ma mère, et qui m'a
investi dans le désert et m'a envoyé baptiser m'a dit : 'Celui sur lequel tu
verras descendre l'Esprit est celui qui baptisera avec L'Esprit Saint et dans
le feu" . Vous ne vous le
rappelez pas ? Et pourtant beaucoup d'entre vous étaient présents... Pourquoi
donc ne croyez-vous pas au prophète qui m'a désigné après avoir entendu les
paroles du Ciel ? Est-ce cela que je dois dire à mon Père que son peuple ne
croit plus aux prophètes ?"
"Et où est donc
ton père ? Joseph le menuisier dort depuis des
années dans le tombeau. Tu n'as plus de père."
"Vous ne
connaissez ni mon Père, ni Moi. Mais si vous vouliez me connaître, vous
connaîtriez aussi mon vrai Père."
"Tu es un obsédé
et un menteur. Tu es un blasphémateur quand tu veux soutenir que le Très-Haut
est ton Père. Et tu mériterais que l'on te frappe conformément à la
Loi."
Les pharisiens et
d'autres du Temple poussent des cris menaçants alors que les gens les
regardent de travers, pour défendre le Christ.
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