|
4 février 1945
339> Ce matin, je repensais à
l'expression que vous aviez hier, quand je vous faisais la lecture de la
vision. Vous étiez vraiment stupéfait. Et je l'ai dit à Jésus qui était à côté de moi. Il m'a répondu :
"C'est pour cela que je les donne. Tu ne peux imaginer avec quelle joie
je me fais lumière pour mes vrais amis.
Je me donne ainsi à mon Romuald, pour le réjouir, par amour, pour l'aider et
parce que Je le vois. Je n'avais
pas de secrets pour Jean. Je n'en ai pas pour les Jean (surnom affectueux de
Maria Valtorta donné par Jésus). Dis au vieux Jean que je lui donne grande
paix et bonne pêche. Pour toi, pas de pêche Pour toi le seul travail de
femme, celui de croiser les mailles des filets ave le fil que je te donne.
Travaille, travaille... Ne te fais pas de soucis s'il ne te reste pas de
temps pour faire autre chose. En ce travail il y a tout. Et ne te formalise pas si je ne viens pas te
dire : "La paix pour toi" ... Les salutations c'est quand on
arrive ou quand on part, mais pas de salut quand on est toujours présent. La
présence continuelle c'est déjà la paix. Ma
compagnie. Et ce n'est pas comme hôte que tu Me possèdes. Tu es vraiment
entre mes bras et je ne te dépose pas un moment. J'ai tant à te dire sur mon
existence mortelle. Pourtant, voilà : aujourd'hui je te fais plaisir et te
dis : "Ma paix soit avec toi"..."
Presque
aussitôt après, je vois ce qui suit.
Encore la place du marché de Capharnaüm. Mais c'est à une heure plus chaude
où le marché est déjà fini et sur la place il n'y a que des désœuvrés qui
parlent et des enfants qui jouent.
Jésus, au milieu de son groupe, vient du lac vers la place, caressant les
enfants qui accourent à sa rencontre et s'intéressant à leurs confidences.
Une bambine lui montre une grande éraflure saignante sur le front et elle
accuse son frère de la lui avoir faite.
"Pourquoi as-tu fait mal à ta sœur ? Ce n'est pas bien."
"Je ne l'ai pas fait exprès. Je voulais cueillir ces figues, et j'ai
pris un bâton, mais il était trop lourd et il est tombé sur elle... Je les
cueillais aussi pour elle."
Haut
de page
340> "C'est vrai, Jeanne ?"
"C'est vrai."
"Tu vois bien alors que ton frère n'a pas voulu te faire du mal. Il voulait même te faire plaisir. Aussi
maintenant, faites tout de suite la
paix et donnez-vous un baiser. Les bons frères et même les bons camarades ne
doivent jamais connaître la rancœur. Allons..."
Les deux enfants se baisent tout en larmes. Ils pleurent tous les deux :
l'une pour la souffrance de l'égratignure, l'autre par la douleur d'avoir
donné de la douleur.
Jésus sourit devant ce baiser baigné de larmes. "Oh ! voilà !
Maintenant, vu que vous êtes bons, je vais vous cueillir des figues, et sans
bâton." Je crois bien ! Grand comme il est, avec ses longs bras, il
y arrive sans peine. Il fait la cueillette et la distribution.
Une femme accourt : "Prends, prends, Maître, je vais t'apporter du
pain."
"Non, non, ce n’est pas pour Moi. C'est pour Jeanne et Tobie. Ils en avaient envie."
"Et vous avez dérangé le Maître pour çà ? Oh ! quels
indiscrets ! Pardonne,
Seigneur."
"Femme, c'était pour faire la paix... et je l'ai faite avec l'objet même
de la guerre : les figues. Mais les enfants ne sont jamais
indiscrets. Les douces figues, c'est un plaisir pour eux, et pour Moi, mon
plaisir c'est leurs douces âmes innocentes. Elles m'enlèvent tant
d'amertume...".
"Maître... ce sont les seigneurs qui ne t'aiment pas, mais nous, le
peuple, nous t'aimons bien. Eux ne sont que quelques-uns, mais nous, nous
sommes si nombreux !"
"Je le sais, femme. Merci de ton réconfort. La paix soit avec toi.
Adieu, Jeanne ! Adieu, Tobie ! Soyez gentils. Sans vous faire de
mal et sans vous vouloir du mal. N'est-ce pas ?"
"Oui, oui, Jésus" répondent les deux petits.
Jésus se met en route et dit en souriant : "Oh ! maintenant
que grâce aux figues le tout s'est éclairci, allons à... Où dites-vous
d'aller ?"
Les apôtres ne savent pas, qui indique un endroit, qui un autre. Jésus secoue
toujours la tête et rit. Pierre dit :
"J'y renonce à moins que tu ne le dises... J'ai des idées noires
aujourd'hui. Tu ne l'as pas vu, mais quand nous débarquions, il y avait là Éli, le pharisien. Plus jaune que d'habitude. Et il nous
regardait d'un air !"
Haut
de page
341> "Laisse-le
regarder."
"Eh ! par force. Mais je t'assure, Maître, que pour faire la paix
avec celui-là il faudra plus de deux figues !"
"Qu'ai-je dit à la maman de Tobie ? "J'ai fait la paix avec
l'objet même de la guerre". Et ainsi je tâcherai à faire la paix en leur
témoignant du respect, puisque selon eux je les ai offensés, les notables de
Capharnaüm. Ainsi, même quelqu'un d'autre sera content"
"Qui ?"
Jésus ne répond pas à la demande et
continue : "Je ne réussirai pas probablement, car à eux, il leur
manque la volonté de faire la paix. Mais écoutez : si dans toutes les disputes le plus modéré savait céder et ne pas s'acharner à
avoir raison, et se montrait conciliant en partageant en deux l'objet du
litige même si, je veux l'admettre, ses réclamations étaient fondées, ce
serait mieux et plus saint. Ce n'est pas toujours que quelqu'un nuit par
parti-pris de nuire. Parfois on agit mal sans le vouloir. Pensez toujours à
cela et pardonnez. Éli et les autres croient servir Dieu avec justice en
agissant comme ils le font. Je chercherai, avec patience et constance et tant
d'humilité et de bonne grâce, à les persuader qu'un nouveau temps est venu et
que Dieu, maintenant, veut être
servi d'après mon enseignement. La ruse de l'apôtre : c'est la bonne grâce, son arme : la
constance, le secret de la réussite : l'exemple et la prière pour ceux
qu'il faut convertir."
Ils sont arrivés sur la place. Jésus va tout droit au comptoir de la gabelle
où Matthieu est en train de faire ses comptes et de vérifier les
monnaies qu'il répartit par catégories en les mettant dans des sacs de
diverses couleurs qu'il place dans un coffre de fer que deux serviteurs
attendent de transporter autre part. À peine l'ombre projetée par la grande
taille de Jésus s'allonge sur le comptoir, Matthieu lève la tête pour voir
celui qui vient payer en retard. Pierre, en attendant, dit à Jésus le tirant
par la manche : "Il n'y a rien à payer, Maître. Que fais-tu?"
Mais Jésus ne s'en occupe pas. Il fixe
Matthieu qui, tout de suite s'est levé par respect. Un second regard
pénétrant. Mais ce n'est pas, comme l'autrefois, le regard du juge sévère.
C'est un regard d'appel affectueux. Il l'enveloppe, le pénètre d'amour.
Matthieu devient rouge. Il ne sait que faire, que dire...
"Matthieu, fils d'Alphée, l'heure est sonnée. Viens.
Suis-Moi !" lui déclare Jésus majestueusement.
Haut
de page
342>
"Moi ? Maître, Seigneur ! Mais sais-tu qui je suis ?
C'est pour Toi, pas pour moi, que je le dis..."
"Viens, suis-Moi, Matthieu, fils d'Alphée" répète Jésus plus
doucement.
"Oh ! comment puis-je avoir trouvé grâce près de Dieu ? Moi...
Moi..."
"Matthieu, fils d'Alphée, j'ai lu dans ton cœur. Viens, Suis-Moi."
La troisième invitation est une caresse.
"Oh ! tout de suite, mon Seigneur !" et Matthieu, en
pleurant, sort de derrière le comptoir sans plus s'occuper de ramasser les
pièces de monnaies éparses, de fermer le coffre. Rien.
"Où allons- nous, Seigneur ? demande-t-il quand il est près de
Jésus. Où me conduis-tu?"
"Dans ta maison. Veux-tu donner l'hospitalité au Fils de l'homme ?"
"Oh !... mais... mais que vont-ils dire ceux qui te
haïssent ?"
"Moi, j'écoute ce qu'on dit au Ciel, et là, on dit : "Gloire à
Dieu pour un pécheur qui se sauve !", et le Père dit :
"Éternellement la Miséricorde se lèvera dans les Cieux et se répandra
sur la terre et puisque Je t'aime d'un amour éternel, d'un amour parfait,
voici qu'aussi, à ton égard J'use de miséricorde". Viens. Et par ma
venue, en plus du cœur, que ta maison soit sanctifiée."
"Je l'ai déjà purifiée par l'espérance que j'avais dans l'âme... mais
que mon esprit ne pouvait admettre qu'elle fût vraie... Oh ! moi avec
tes saints..." et il regarde les disciples.
"Oui, avec mes amis. Venez. Je vous unis. Et soyez frères." Les
disciples sont tellement stupéfaits qu'ils n'ont pas encore trouvé manière de
dire une parole. Ils ont cheminé en groupe, derrière Jésus et Matthieu, sur
la place toute ensoleillée, et maintenant absolument déserte, par un bout de
route qui brûle dans un soleil éblouissant. Il n'y a personne dans les rues.
Mais seulement le soleil et la poussière.
Ils entrent dans la maison. Une belle maison avec une large entrée qui donne
sur la rue. Une jolie cour ombragée et fraîche, au delà de laquelle on en
voit une grande organisée en jardin.
"Entre, mon Maître ! Apportez de l'eau et des boissons."
Les serviteurs accourent avec tout ce qu'il faut.
Haut
de page
343> Matthieu sort pour
donner des ordres, pendant que Jésus et les siens se rafraîchissent. Puis, il
revient. "Viens maintenant, Maître. La salle est plus fraîche...
Maintenant des amis vont venir ... Oh ! je veux que ce soit grande
fête ! C'est ma régénération... C'est ma... ma circoncision vraie,
celle-là... Tu m'as circoncis le cœur par ton amour ...Maître, ce sera la
dernière fête... Maintenant, plus de fêtes pour le publicain Matthieu. Plus
de fêtes de ce monde... Seulement la fête intérieure, celle d'être racheté et
de te servir... d'être aimé de Toi... Combien j'ai pleuré... Combien ces
derniers mois... Cela fait presque trois mois que je pleure... Je ne savais
comment faire... je voulais venir ...Mais, comment venir vers Toi, Saint,
avec mon âme souillée ?"
"Tu l'as lavée par ton repentir et par ta charité. Pour Moi et pour le
prochain. Pierre ? Viens ici."
Pierre qui n'a pas encore parlé, tant il est ébahi, s'avance. Les deux
hommes, âgés tous les deux, petits, trapus, sont en face l'un de l'autre, et
Jésus est entre eux deux, souriant, beau.
"Pierre, tu m'as demandé tant de fois qui était l'inconnu de la bourse
apportée par Jacques. Le voici : il est là."
"Qui ? Ce vol... Oh ! pardon, Matthieu ! Mais qui pouvait
penser que c'était toi, toi, vraiment. qui nous désespérais par ton usure,
que tu fusses capable de t'arracher chaque semaine un morceau de ton cœur
pour donner cette riche obole ?"
"Je le sais. Je vous ai injustement taxés. Mais, voici que je m'agenouille
devant vous tous et que je vous dis : ne me chassez pas ! Lui m'a
accueilli. Ne soyez pas plus sévères que Lui."
Pierre, qui a Matthieu à ses pieds, le relève d'un seul coup, rudement,
affectueusement : "Debout, debout ! Pas à moi, ni aux autres. Ce
n'est qu'à Lui qu'il faut demander pardon. Nous... allons, nous sommes tous
plus ou moins voleurs comme toi... Oh ! je l'ai dit ! Maudite
langue ! Mais moi, je suis fait comme ça : ce que je pense, je le
dis, ce que j'ai sur le cœur, je l'ai sur les lèvres. Viens, que nous
fassions un pacte d'affectueuse paix" et il embrasse Matthieu sur les
joues.
Les autres aussi le font avec plus ou moins d'affection. Je dis cela, car André est retenu par sa timidité, et Judas
Iscariote est glacial. On dirait qu'il
embrasse un tas de reptiles, tant son accolade est détachée et brève.
Matthieu sort, entendant du bruit.
"Pourtant, Maître, dit Judas Iscariote, il me semble que cela n'est pas
prudent. Déjà les pharisiens d'ici t'accusent, et Toi... Voilà un publicain
parmi les tiens ! Un publicain après une prostituée !... As-tu
décidé ta ruine ? S'il en est ainsi, dis-le, que..."
Haut
de page
344> "Que nous filions,
pas vrai ?" dit Pierre ironique.
"Et toi qui te parle ?"
"Je sais bien que tu ne t'adresses pas à moi, mais moi, par contre, je
parle à ton âme de grand seigneur, à ton âme très pure, à ton âme de sage. Je
sais que toi, membre du Temple, tu sens l'odeur de péché en nous, pauvres, et
qui ne sommes pas du Temple. Je sais bien, que toi, juif complet, mélange de
pharisien, de sadducéen et d'hérodien, à moitié scribe et un brin essénien -
veux-tu d'autres de nobles appellations ? - tu te sens mal à l'aise
parmi nous, comme une magnifique alose prise dans un filet rempli de goujons.
Mais, que veux-tu y faire ? Lui nous a pris et nous... nous restons. Si
tu te sens mal à l'aise... va-t'en, toi. Nous respirerons mieux, nous tous.
Même Lui, qui, tu le vois, est indigné par moi et par toi. Par moi parce que
je manque de patience et aussi... oui, et aussi de charité, mais plus par toi
qui ne comprends rien, avec toute ta chamarrure de nobles titres, et qui n'as
ni charité, ni humilité, ni respect. Tu n'as rien, garçon. Une grande fumée
seulement, et Dieu veuille qu'elle soit inoffensive."
Jésus a laissé Pierre parler. Il est resté debout, sévère, les bras croisés,
les lèvres serrées et les yeux... peu rassurants. À la fin il dit :
"As-tu tout dit, Pierre ? As-tu aussi libéré ton cœur de tout le
levain qu'il contenait ? Tu as bien fait. Aujourd'hui, ce sont les
Azymes de Pâques pour un fils d'Abraham. L'appel du Christ est comme le sang
de l'agneau sur vos âmes, et où il vient, la faute ne descendra plus. Elle ne
descendra pas, si celui qui le reçoit, lui est fidèle. Mon appel est
libération et il faut le fêter sans levain d'aucune sorte."
À Judas, pas un mot. Pierre se tait, mortifié.
"Notre hôte revient, dit Jésus. Il est avec des amis. Ne leur montrons
pas autre chose que la vertu. Si quelqu'un ne peut y parvenir, qu'il sorte.
Ne soyez pas semblables à des pharisiens qui accablent les gens de préceptes
qu'eux, les premiers, n'observent pas."
Matthieu rentre avec d'autres hommes et le repas se déroule. Jésus est au
centre, entre Pierre et Matthieu. Ils parlent de sujets divers et Jésus
répond patiemment à toutes les questions qu'on Lui pose. Ce sont aussi des
plaintes à l'égard des pharisiens qui les méprisent.
Haut
de page
345> "Eh bien !
venez à qui ne vous méprise pas et puis agissez de telle façon que les bons,
au moins, ne vous méprisent" répond Jésus.
"Tu es bon. Mais tu es le seul !"
"Non ceux-ci sont comme Moi et puis... c'est le Dieu Père qui aime qui
se repent et veut devenir son ami. Si tout manquait à l'homme, sauf le Père,
ne serait-elle pas complète la joie de l'homme ?"
Le repas en est au dessert, quand un serviteur fait signe au maître de maison
et lui dit quelque chose.
"Maître : Éli, Simon et Joachim demandent à entrer et à te parler. Veux-tu les
voir ?"
"Certainement."
"Mais... mes amis sont publicains."
"Et c'est justement pour cela qu'ils viennent. Laissons, qu'ils voient.
Il ne servirait à rien de dissimuler. Cela ne servirait pas au bien, et la
malice augmenterait l'épisode jusqu'à dire qu'il y avait des courtisanes,
Qu'ils entrent."
Les trois pharisiens entrent. Ils regardent tout autour avec un rire méchant
et vont parler. Mais Jésus, qui s'est levé et est allé leur rencontre avec
Matthieu, les devance. Il met une main sur l'épaule de Matthieu et dit :
"O vrais fils d'Israël, je vous salue et vous donne une grande nouvelle
qui certainement comblera de joie votre cœur de parfaits Israélites, qui
soupire après l'observance de la Loi par tous les cœurs, pour donner gloire à
Dieu. Voici : Matthieu fils d'Alphée, n'est plus, à partir
d'aujourd'hui, le pécheur, le scandale de Capharnaüm. Une brebis galeuse
d'Israël est guérie. Réjouissez-vous ! Après lui, d'autres brebis
pécheresses redeviendront saines et votre cité, à la sainteté de laquelle
vous vous intéressez tant, deviendra par sa sainteté agréable au Seigneur.
Lui laisse tout pour servir Dieu. Donnez le baiser de paix à l'Israélite
égaré qui revient dans le sein d'Abraham."
"Et y revient avec les publicains ? Dans un gai banquet ?
Oh ! vraiment, c'est une conversion avantageuse ! Tiens,
regarde-là, Éli c'est Josias, le
souteneur."
"Et celui-ci Simon d'Isaac,
l'adultère."
"Et celui-là ? C'est Azarias, le tenancier du tripot, où Romain et Juifs vont jouer,
se quereller, s'enivrer et se livrer à la débauche."
"Mais, Maître, sais-tu au moins qui sont ces gens-là ? Le
savais-tu ?"
Haut
de page
346> "Je le
savais."
"Et vous, alors, vous de Capharnaüm, vous disciples, pourquoi avez-vous
permis la chose ? Tu me stupéfies, Simon de Jonas !"
"Et toi, Philippe, bien connu ici, et toi, Nathanaël ! Mais j'en suis fort stupéfait ! Comment
as-tu pu supporter que ton Maître mange avec des publicains et des
pécheurs ?"
"Mais, il n'y a donc plus de retenue en Israël ?" Les trois
sont tout à fait scandalisés.
Jésus dit : "Laissez en paix mes disciples. C'est Moi qui l'ai
voulu. Moi seul."
"Oh ! oui, on comprend. Quand on veut faire les saints et qu'on ne
l'est pas, on tombe vite dans des erreurs impardonnables!"
"Et quand on habitue les disciples à manquer de respect - il me brûle
encore l'éclat
de rire irrespectueux de celui-ci, juif
et du Temple, à moi, Éli le pharisien ! - on ne peut qu'être sans
respect pour la Loi. On enseigne ce qu'on sait. "
"Tu te trompes, Éli. Vous vous trompez tous. On enseigne ce qu'on sait,
c'est vrai. Et Moi qui connais la
Loi, je l'enseigne à qui ne la connaît pas : aux pécheurs par
conséquent. Vous... je sais bien que vous êtes maîtres de votre âme. Les
pécheurs ne le sont pas. Je recherche leur âme, je la leur rends, pour que à
leur tour, ils me la rapportent comme elle est : malade, blessée,
souillée, pour que je la soigne et la purifie. Je suis venu pour cela. Ce
sont les pécheurs qui ont besoin du Sauveur et Moi, je viens les sauver.
Comprenez-moi... et ne me haïssez pas sans raison."
Jésus est doux, persuasif, humble... Mais les trois sont trois chardons tout
hérissés de piquants... et ils sortent avec une moue de dégoût.
"Ils sont partis... Maintenant, ils vont nous critiquer partout"
murmure Judas l'Iscariote.
"Et, laisse-les faire ! Agis seulement de façon à ce que le Père
n'ait pas à te critiquer. Ne sois pas mortifié, Matthieu, ni vous, ses amis.
La conscience nous dit : "Vous ne faites pas de mal". Cela
suffit."
|