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347> Jésus est avec
tous les siens. Désormais ils sont à eux seuls treize et Lui est en plus. Ils sont sept par barque sur le lac
de Galilée. Jésus est dans la barque de Pierre, la première, avec Pierre, André, Simon, Joseph et les deux
cousins. Dans l'autre se trouvent les deux
fils de Zébédée avec les autres :
à savoir l'Iscariote, Philippe, Thomas, Nathanaël et Matthieu.
Les barques marchent rapidement à la voile, poussées par un vent frais de
borée, qui forme sur l'eau une multitude de rides légères, à peine marquées
par des lignes d'écume qui dessinent une sorte de tulle sur l'azur de
turquoise du beau lac tranquille. Elles avancent, laissant derrière elles,
deux sillages qui se rejoignent fondant leurs joyeuses écumes en une seule
trace riante à la surface de l'eau. Elles marchent, en effet de conserve,
celle de Pierre précédant à peine de deux mètres.
De barque à barque, rapprochées de quelques mètres l'une de l'autre, on
échange des conversations et des réflexions. J'en déduis que les Galiléens
montrent et expliquent aux Juifs les détails du lac, leurs commerces, leurs
personnalités, les distances entre les points de départ et d'arrivée, c'est à
dire, Capharnaüm et Tibériade. Les
barques ne servent pas pour la pêche, mais pour le transport des personnes.
Jésus est assis à la proue. Il jouit visiblement de la beauté qui l'entoure,
du silence, de tout cet azur pur du ciel et des eaux, encadré de vertes rives
où sont disséminés des villages tout blanc sur le fond de verdure. Il
s'abstrait des conversations des disciples, car il est tout à l'avant sur la
proue, presque allongé sur un tas de voiles, le visage souvent incliné sur ce
miroir de saphir qu'est le lac, comme s'il en étudiait le fond et
s'intéressait à tout ce qui vit dans ses eaux très limpides. Mais, qui sait à
quoi il pense... Pierre l'interroge par deux fois pour savoir si le soleil le
dérange. Le soleil, tout à fait levé à l'orient, atteint en plein la barque
par son rayonnement pas encore brûlant, mais déjà chaud. Une seconde fois il
Lui demande s'il veut aussi du pain et du fromage comme les autres. Mais
Jésus ne veut rien, ni toile ni pain. Et Pierre le laisse en paix.
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348> Un groupe de petites
barques que l'on emploie pour se promener sur le lac, des sortes de chaloupes,
mais ornées de riches baldaquins pourpre et d'agréables coussins, coupe la
route aux barques des pêcheurs. Bruits, éclats de rire, parfums passent avec
elles. Elles sont pleines de belles femmes et de joyeux Romains et
Palestiniens, mais plutôt Romains, ou du moins pas Palestiniens, car il doit
y avoir quelque Grec. Je le déduis des paroles d'un jeune homme maigre,
élancé, brun comme une olive presque mûre, tout pomponné. Il porte un court
vêtement rouge, bordé en bas par une lourde grecque et serré à la taille par
une ceinture qui est un chef d’œuvre d'orfèvrerie. Il dit :
"L'Hellade est belle, mais mon olympique patrie n'a tout de même pas cet
azur et ces fleurs. Et vraiment on ne s'étonne pas que les déesses l'aient
abandonnée pour venir ici. Effeuillons sur les déesses, non plus grecques
mais juives, les fleurs, les roses et nos hommages..." Et il jette sur
les femmes de sa barque des pétales de roses splendides et il en jette
d'autres sur la barque voisine. Un romain répond : "Effeuille,
effeuille, Grec ! Mais Vénus est avec moi. Moi je n’effeuille pas :
je cueille les roses sur cette belle bouche. C'est plus doux !" Et
il se penche pour embrasser, sur sa bouche souriante, Marie
de Magdala à moitié allongée sur les coussins, avec sa tête blonde
sur le sein du Romain.
Maintenant les barquettes s'en vont directement contre les lourdes barques,
et soit à cause de la maladresse des rameurs, soit à cause du vent, il s'en
faut de peu qu'elles ne se heurtent. "Faites attention si vous tenez à
la vie" crie Pierre furieux pendant qu'il vire, donnant un coup de
barre, pour éviter le choc. Insultes des hommes et cris d'épouvante des
femmes circulent d'une barque à l'autre. Les Romains insultent les Galiléens
en disant : "Écartez- vous, chiens d'Hébreux que vous êtes."
Pierre et les autres Galiléens ne laissent pas tomber l'insulte et Pierre
spécialement, rouge comme la crête d'un coq, debout sur le bord de la barque
qui tangue fortement, les mains aux hanches, répond coup pour coup,
n'épargnant ni Romains, ni Grecs, ni Juifs, ni Juives. Au contraire il
adresse toute une collection d'appellations honorifiques que je ne transcris
pas. La prise de bec dure tant que l'enchevêtrement des quilles et des rames n'est
pas débrouillé, puis chacun va son chemin.
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349> Jésus n'a jamais changé de
position. Il est resté assis, absent, sans regards ni paroles pour les
barques et leurs occupants. Appuyé sur le coude, il a continué de regarder la
rive lointaine comme si rien n'arrivait. Il Lui arrive une fleur qu'on a
jetée. Je ne sais d'où elle vient, certainement d'une des femmes, car
j'entends son éclat de rire qui accompagne le geste. Mais Lui... rien. La fleur
le frappe presque au visage et tombe sur les planches, allant terminer sa
course aux pieds du bouillant Pierre.
Quand les barquettes sont sur le point de s'éloigner, je vois que la
Madeleine s'est dressée debout et suit la direction que lui indique une
compagne de vice, braquant ses yeux splendides sur le visage tranquille et
lointain de Jésus. Comme il est loin du monde ce visage ! ...
"Dis, Simon ! interpelle l'Iscariote. Toi qui es Juif comme moi,
dis-moi. Mais cette belle blonde, sur le sein du Romain, celle là qui s'est
levée tout à l'heure, n'est-ce pas la sœur de Lazare de
Béthanie ?"
"Moi, je ne sais rien" répond sèchement Simon le Cananéen "Il
y a peu de temps que je suis revenu parmi les vivants, et cette femme est
jeune..."
"Tu ne voudrais pas me dire que tu ne connais pas Lazare de Béthanie,
j'espère ! Je sais bien que tu es son ami et aussi que tu as été chez
lui avec le Maître."
"Et s'il en était ainsi ?"
"Étant donné qu'il en est ainsi, tu
dois connaître aussi la pécheresse qui est sœur de Lazare. Même les tombeaux
la connaissent ! Il y a dix ans qu'elle fait parler d'elle. A peine
pubère elle s'est montrée légère. Mais, depuis quatre ans ! Tu ne peux
ignorer le scandale, même si tu étais dans "la vallée des morts ".
Tout Jérusalem en a parlé. Et Lazare s'est alors retiré à Béthanie... Il
a bien fait, du reste. Personne n'aurait plus mis les pieds dans son
splendide palais de Sion où elle allait et venait encore. J'entends
dire : personne qui fut saint. A la campagne... on est au
courant !... Et puis, désormais elle est partout, sauf à sa maison.
Maintenant elle est sûrement à Magdala... Elle aura trouvé quelque nouvel
amour ...Tu ne réponds pas ? Peux-tu me démentir ?"
"Je ne démens pas. Je me tais."
"Alors, c'est elle ? Toi-même tu l'as reconnue !"
"Je l'ai vue toute jeune. Elle était pure, alors. Je la revois
maintenant... Mais je la reconnais. Bien qu'impudique, sa physionomie
rappelle celle de sa mère, une sainte."
"Et alors pourquoi as-tu presque nié qu'elle était la sœur de ton
ami ?"
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350> "Nos plaies et celles de
ceux que nous aimons, on cherche à le cacher, surtout quand on est
honnête." Judas rit jaune.
"Tu parles bien, Simon. Et tu es un homme honnête." observe Pierre.
"Et tu l'avais reconnue ? Tu vas certainement à Magdala pour vendre
ton poisson, et qui sait combien de fois… tu l'as vue !..."
"Garçon, sache que lorsqu'on est fatigué par un honnête
travail, les femmes n'attirent plus. On
aime seulement le lit honnête de son épouse."
"Eh ! Mais ce qui est beau plaît à tout le monde ! Au moins
n'y aurait-il que cela, on regarde."
"Pourquoi ? Pour dire : "Ce n'est pas nourriture pour ta
table" ? Non, sais-tu. Le lac et le métier m'ont appris plusieurs
choses, et en voilà une : que poisson d'eau douce et de fond n'est pas
fait pour l'eau salée et les remous de surface."
"Tu veux dire ?"
"Je veux dire que chacun doit rester à sa place pour ne pas mourir de
malemort."
"Elle te faisait mourir, la Madeleine ?"
"Non, j'ai la peau dure. Mais... tu me le dis : c'est toi qui te
sens mal, peut-être ?"
"Moi, je ne l'ai pas même regardée!.."
"Menteur ! Je parie que tu t'es bien rongé au dedans pour ne pas te
trouver sur cette première barque et en être plus proche... Tu m'aurais même
supporté pour y être plus près... C'est si vrai ce que je dis, que c'est à
cause d'elle que tu me fais l'honneur de me parler après tant de jours de
silence."
"Moi ? Mais si elle ne m'aurait pas même vu ! Elle ne
regardait continuellement que le Maître, elle !"
"Ah ! Ah ! Ah ! et tu dis que tu ne la regardais
pas ! Comment as-tu fait pour voir où elle regardait, si tu ne la
regardais pas ?"
Tout le monde rit, sauf Judas, Jésus et le Zélote à la remarque de Pierre.
Jésus met fin à la discussion qu'il a affecté de ne pas entendre, en
demandant à Pierre : "C'est Tibériade ?"
"Oui, Maître. Maintenant je vais accoster"
"Attends, peux-tu te mettre dans ce golfe tranquille ? Je voudrais
parler, à vous seulement."
"Je mesure le fond et je vais te le dire." Pierre enfonce une
longue perche et va lentement vers la rive. "Oui, je peux, Maître.
Puis-je approcher encore davantage ?"
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351> "Le plus que tu
peux. Il y a de l'ombre et de la solitude. Cela me plaît."
Pierre va jusqu'aux abords de la rive. La terre n'est plus qu'à une quinzaine
de mètres, au maximum. "Maintenant je toucherais le fond"
"Arrête, et vous, venez le plus près possible et écoutez." Jésus
quitte sa place et vient s'asseoir au centre de la barque sur une banquette
qui va de bord à bord. Il a en face l’autre barque, et autour de Lui les
disciples de sa barque.
"Écoutez.
Il vous paraît que je m'abstrais parfois de vos conversations et que suis donc
un maître paresseux qui ne surveille pas ses propres élèves. Sachez que mon
âme ne vous quitte pas un instant Avez-vous jamais observé un médecin qui
étudie un malade dont la maladie n'est pas déterminée et qui présente des
symptômes qui s'opposent ? Il le tient à vue d’œil, après l'avoir visité
qu'il dorme ou veille, le matin comme le soir, quand il se tait ou qu'il
parle, car tout peut-être symptôme et indication pour déceler le mal caché et
indiquer un traitement. Je fais de même avec vous. Vous m'êtes reliés par des
fils invisibles, mais très sensibles qui me sont rattachés et me transmettent
jusqu'aux plus légères vibrations de votre moi. Je vous laisse croire à votre liberté, pour que vous
manifestiez toujours plus ce que vous êtes. C'est ce qui arrive quand un
écolier ou un maniaque se croit perdu de vue par le surveillant. Vous êtes un
groupe de personnes, mais vous formez un noyau, c'est à dire une seule chose.
Car vous êtes un ensemble complexe qui naît à l'existence et qu'on étudie
dans toutes ses caractéristiques, plus ou moins bonnes, pour le former,
l'amalgamer, l'émousser, le développer dans ses tendances multiformes, et en
faire un tout parfait. C'est pour cela que je vous étudie et que je fais sur
vous des observations, même quand vous dormez.
Qu'êtes-vous ? Que devez-vous devenir ? Vous êtes le sel de la terre.
C'est cela que vous devez devenir : sel de la terre. Avec le sel, on
préserve les viandes de la corruption et aussi beaucoup d'autres denrées. Mais
le sel pourrait-il saler s'il n'était pas salé ? C'est avec vous que je
veux saler le monde, pour lui donner une saveur céleste. Mais comment
pouvez-vous saler si vous me perdez, vous, la saveur ?
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352> Qu'est-ce qui vous fait
perdre la saveur céleste ? Ce qui
est humain. L'eau de mer, de la vraie mer, n'est pas bonne à boire, tant
elle est salée, n'est-ce pas ? Et pourtant, si quelqu'un prend une coupe
d'eau de mer et la verse dans une cruche d'eau douce, voici qu'on peut la
boire, parce que l'eau de mer est tellement diluée qu'elle a perdu son
mordant. L'humanité est comme l'eau douce qui se mélange à votre salinité
céleste. Et encore, en supposant qu'il soit possible de dériver un ruisselet
de la mer et de l'envoyer dans ce lac, pourriez-vous y retrouver ce filet
d'eau de mer ? Non. Il serait perdu dans une telle masse d'eau douce.
Ainsi il en est de vous quand vous plongez votre mission, ou plutôt la noyez,
dans tant d'humanité. Vous êtes des hommes. Oui. Je le sais. Mais, et Moi qui
suis-je ? Je suis Celui qui a en Lui toute force. Et que fais-je ?
Je vous communique cette force puisque je vous ai appelés. Mais à quoi sert
de vous la communiquer si vous la dispersez sous des avalanches de sensations
et de sentiments humains ?
Vous êtes, et devez être la lumière du
monde. Je vous ai choisis : Moi,
Lumière de Dieu, pour continuer d'éclairer le monde quand je serai retourné au
Père. Mais pouvez-vous donner la lumière si vous êtes des lanternes éteintes
ou fumeuses ? Non, la fumée incertaine d'un lumignon est pire que sa
mort totale et avec votre fumée vous obscurcirez cette lueur de lumière que
les cœurs peuvent encore avoir. Oh ! malheureux ceux qui, cherchant
Dieu, se tournent vers des apôtres qui au lieu de lumière ont de la
fumée ! Ils en recevront le scandale et la mort. Mais malédiction et
châtiment subiront les apôtres indignes.
Grande est votre
destinée ! Mais aussi : grande et redoutable est votre
mission ! Rappelez-vous que celui à qui on a plus
donné, est tenu à donner davantage. Et
à vous, c'est le maximum qui a été donné en fait d'instruction et de don.
Vous êtes instruits par Moi, Verbe de Dieu, et vous recevez de Dieu le don
d'être "les disciples", c'est à dire les continuateurs du Fils de
Dieu.
Je
voudrais que vous ne cessiez de méditer le choix dont vous êtes l'objet et
encore que vous examiniez et encore que vous pesiez... et vous vous rendiez
compte si vous n'êtes capables que d'être fidèles, seulement fidèles. Je ne
veux pas même dire si vous vous sentez pécheurs et endurcis, mais fidèles
seulement, sans avoir l'énergie d'un apôtre, il
faut alors vous retirer. Le monde, pour qui l'aime, est si vaste, si beau,
suffisant, varié ! 353> Il offre à tous les
fleurs et les fruits pour les jouissances des sens. Moi, je n'offre qu'une
chose : la sainteté. Sur
la terre, c'est la chose la plus étroite, la plus pauvre, la plus rude, la
plus épineuse, la plus persécutée qui existe. Au Ciel son étroitesse se
change en immensité, sa pauvreté en richesse, ses épines en un tapis de
fleurs, sa rudesse en un sentier facile et agréable, sa persécution en paix
et béatitude. Mais ici-bas, c'est un, effort héroïque que d'être saint. Moi,
je ne vous offre que cela.
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Voulez-vous rester avec Moi ? Ne vous sentez-vous pas le courage de le
faire ? Oh ! ne vous regardez pas, étonnés et affligés ! Vous
m'entendrez encore de nombreuses fois poser cette question. Et quand vous
l'entendrez, pensez que mon cœur pleure, parce qu'il est blessé de vous
trouver sourds à mon appel. Examinez-vous, alors, et puis jugez honnêtement
et sincèrement et décidez. Décidez pour n'être pas des réprouvés.
Dites : "Maître, amis, je me rends compte que je ne suis pas fait
pour suivre cette voie. Je vous donne le baiser d'adieu, et je vous
dis : priez pour moi" Cela vaut mieux que de trahir. Cela vaut
mieux...
Que dites-vous ? Trahir qui ? Qui ? Moi. Ma cause, c'est à
dire la cause de Dieu, car Je suis un avec le Père, et vous, oui ! vous
vous trahiriez, vous trahiriez votre âme en la donnant à Satan. Vous voulez rester juifs ? Et Moi, je ne vous
force pas à changer. Mais ne trahissez pas. Ne trahissez pas votre âme, le
Christ et Dieu. Je vous jure que ni Moi, ni ceux qui me sont fidèles ne vous
critiquerons, ne vous désignerons au mépris des foules fidèles. Il y a peu de
temps, un de vos frères a dit une grande
parole : "Nos plaies et celles de ceux que nous aimons nous
cherchons à les tenir cachées". Et celui qui se séparerait serait comme
une plaie, une gangrène survenue au sein de notre organisme apostolique. Il
se détacherait à cause de sa gangrène inguérissable, laissant une cicatrice
douloureuse que nous tiendrons cachée avec le plus grand soin.
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Non, ne pleurez pas, vous les meilleurs. Ne
pleurez pas. Je n'ai pas pour vous de rancœur et je ne suis pas intransigeant
pour vous voir si lents. Je viens de vous prendre et ne puis prétendre que
vous soyez déjà parfaits. Je ne le prétendrai même pas après des années,
après vous avoir dit cent et deux cent fois les mêmes choses inutilement. Au
contraire, écoutez : après des années vous serez moins ardents qu'à
cette heure où vous êtes néophytes. La vie est ainsi... l'humanité est
ainsi... On perd l'élan après le premier bond. 354> Mais (Jésus s'est brusquement
levé) je vous jure que Moi je vaincrai. Purifiés, par une sélection naturelle,
fortifiés par un breuvage surnaturel, vous, les meilleurs, vous deviendrez mes héros : Les héros du Christ. Les héros du Ciel. La
puissance des Césars sera poussière en comparaison de la royauté de votre
sacerdoce. Vous, pauvres pêcheurs de Galilée, vous, Juifs inconnus, vous,
nombres dans la masse des hommes qui vous entourent, vous serez plus connus,
acclamés, respectés que des Césars que tous les Césars que la terre a eus et
aura. Vous serez connus, vous serez bénis dans un avenir très prochain et
dans les siècles les plus reculés jusqu'à la fin du monde.
C'est pour cette sublime destinée que je vous ai choisis. Vous qui avez une
honnête volonté et qui avez la capacité de la suivre, je vous donne les
lignes essentielles de votre caractère d'apôtres.
Être
toujours vigilants et prêts. Que vos reins soient ceints, toujours ceints, et
vos lampes
allumées comme des gens qui doivent
partir d'un moment à l'autre ou courir à la rencontre de quelqu'un qui
arrive. En fait, vous êtes, vous serez jusqu'à ce que la mort vous arrête,
d'inlassables pèlerins à la recherche de qui est errant; et jusqu'à ce que la
mort ne vous arrête, vous devez tenir votre lampe haute et allumée pour
indiquer la route aux égarés qui viennent vers le bercail du Christ.
Fidèles, vous devez l'être au Maître, qui
vous a préposés à ce service. Il sera récompensé ce serviteur que le maître trouvera toujours vigilant et que la mort
surprend en état de grâce. Vous ne pouvez pas, vous ne devez pas dire :
"Je suis jeune, j'ai le temps de faire ceci et cela et ensuite penser au
Maître, à la mort, à mon âme". Les jeunes meurent comme les vieux, les
forts comme les faibles. Et les vieux comme les jeunes, les forts comme les
faibles, sont également exposés à l'assaut de la tentation. Sachez que l'âme peut mourir avant le corps et que vous pouvez porter,
sans le savoir, en votre sein une âme en putréfaction. C'est tellement
insensible la mort d'une âme ! C'est comme la mort d'une fleur. Sans un
cri, sans convulsion... elle laisse baisser sa flamme comme une corolle
flétrie et elle s'éteint. Après, longtemps après pour l'une, aussitôt après
pour l'autre, le corps s'aperçoit qu'il porte en lui un cadavre vermineux. Il
devient fou d'épouvante et se tue pour échapper à cette union... Oh ! il
n'échappe pas ! Il tombe, vraiment, avec son âme vermineuse sur un
grouillement de serpents dans la Géhenne.
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355> Ne soyez pas malhonnêtes
comme des courtiers ou des avocats qui ménagent deux clients ennemis. Ne
soyez pas faux comme de politiciens qui disent "ami" à tel ou tel
et ensuite ils en sont ennemis. N'essayez pas de suivre deux manières de
faire. On ne se moque pas de Dieu et on ne Le trompe pas. Agissez avec les
hommes comme vous agissez avec Dieu, car toute offense aux hommes est une
offense à Dieu. Ayez le souci que Dieu vous voie comme vous voulez être vus
par les hommes.
Soyez humbles. Vous ne
pouvez pas reprocher à votre Maître de ne pas l'être. Je vous donne l'exemple.
Agissez comme j'agi. Soyez humbles, doux, patients. C'est ainsi que l'on
conquiert le monde, non par la violence et la force. Soyez forts et violents contre vos vices,
Déracinez-les, même s'il vous faut déchirer votre cœur. Je vous ai dit, il y
a quelques jours, de veiller sur vos regards. Mais vous ne savez pas le faire.
Je vous dis, Moi : il vaudrait mieux devenir aveugles en vous arrachant des yeux plein de convoitises, plutôt que de devenir luxurieux.
Soyez sincères. Je suis
la Vérité. Dans les choses d'en haut comme dans les choses humaines. Je veux
que vous soyez francs vous aussi. Pourquoi user de tromperie avec Moi, ou
avec de frères, ou avec le prochain ? Pourquoi s'amuser à tromper !
Quoi ! Orgueilleux comme vous l'êtes, et vous n'avez pas la fierté de
dire : "Je ne veux pas qu'on me découvre menteur" ? Et
soyez francs avec Dieu. Croyez-vous de Le tromper avec des prières longues et
manifestes ? Oh ! pauvres fils ! Dieu voit le cœur !
Soyez discrets en
faisant le bien. Même en faisant l'aumône. Un publicain a su y être avant sa conversion. Et vous, vous ne saurez pas
l'être ? Oui, je te loue, Matthieu, de la discrète offrande de chaque
semaine que le Père et Moi étions seuls à connaître et je te cite en exemple.
Cette réserve est aussi une forme de chasteté, amis. Ne découvrez pas votre
bonté, comme vous ne découvririez pas une toute jeune fille aux yeux d'une
foule. Soyez vierges en faisant le bien. Une bonne action est virginale quand
elle ne s'allie pas avec une arrière-pensée de louange ou d'estime
ou de sentiments d'orgueil.
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Soyez des époux fidèles de votre vocation à Dieu. Vous ne pouvez servir deux maîtres. Le lit nuptial ne peut accueillir en même temps deux
épouses. Dieu et Satan ne peuvent se partager vos embrassements. L'homme ne
peut pas, et Dieu non plus, ni Satan partager un triple embrassement entre
trois êtres qui sont en opposition l'un de l'autre. 356>
Soyez contraires au désir de l'or comme au désir de la chair; au désir
charnel comme au désir de la puissance. Voilà ce que Satan vous offre.
Oh ! ses richesses trompeuses ! Honneurs, réussite, pouvoir,
argent : marchandises impures que vous achetez au prix de votre âme.
Soyez contents de peu. Dieu vous donne le nécessaire. Cela suffit. Ceci, Il
vous le garantit, comme Il le garantit à l'oiseau de l'air, et vous êtes
beaucoup .plus que des oiseaux. Mais Il veut de vous confiance et sobriété.
Si vous avez confiance, Lui ne vous décevra pas. Si vous êtes sobres, son don
journalier vous suffira.
Ne soyez pas païens, tout en appartenant, de nom, à Dieu. Ce sont les païens,
ceux qui, plus que Dieu, aiment l'or et la puissance pour paraître des
demi-dieux. Soyez saints et vous serez semblables à Dieu pour l'éternité.
Ne soyez pas intransigeants. Tous pécheurs, il vous faut vouloir être avec
les autres comme vous voudriez que les autres fussent avec vous : c'est
à dire compatissants et disposés au pardon.
Ne jugez pas. Oh ! ne jugez pas ! C'est depuis peu que vous êtes avec Moi et
pourtant vous voyez combien de fois Moi, innocent, j'ai été à tort mal jugé
et accusé de péchés inexistants. Mal juger, c'est offenser, Et seul celui qui
est vraiment saint ne répond pas à l'offense par l'offense. Abstenez-vous
donc d'offenser pour n'être pas offensés. Vous ne manquerez ainsi ni à la
charité, ni à la sainte, chère et douce humilité, ennemie de Satan, avec la
chasteté. Pardonnez, pardonnez toujours. Dites : "Je pardonne, ô
Père, pour être pardonné par Toi pour mes péchés sans nombre".
Améliorez-vous d'heure en heure, avec patience, avec fermeté, héroïquement.
Et, qui vous dit que devenir bon ne soit pas pénible ? Je vous dis
même : c'est le plus dur travail. Mais le Ciel est la récompense et il
vaut la peine de s'épuiser dans cet effort.
Et aimez. Oh ! quelle parole, quelle parole dois-je dire pour vous
inculquer l'amour ? Aucune n'est capable de vous convertir à l'amour,
pauvres hommes que Satan excite ! Et alors voilà que je dis : "Père, hâte l'heure de la purification.
Cette terre est aride, et malade est ce troupeau, ton troupeau. Mais il y a
une rosée qui peut tout adoucir et purifier. Ouvre, ouvre la source de cette
rosée. C'est Moi que Tu dois ouvrir, Moi. Voici, Père. Je brûle d'accomplir
ton désir qui est le mien et celui de l'Amour Éternel. Père, Père,
Père ! Regarde ton Agneau et sois-en le Sacrificateur".
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