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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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mardi
24 août 27
- De Capharnaüm à Tibériade par eau 347 - Rencontre tumultueuses avec des barques romaines 347 - Judas a reconnu Marie de Magdala 349 - Prise de bec entre Pierre et Judas 350 - Jésus veut parler à ses compagnons 350 - Discours (Je vous étudie pour faire de vous le sel de la terre et la lumière du monde 351 - Votre sainteté 353 - Les qualités de l'apôtre 354 - Père, hâte l'heure de la purification) 356 |
2.63. |
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347> Jésus est avec tous les siens. Désormais ils sont à eux seuls treize[1] et Lui est en plus. Ils sont sept par barque sur le lac de Galilée. Jésus est dans la barque de Pierre, la première, avec Pierre, André, Simon, Joseph et les deux cousins. Dans l'autre se trouvent les deux fils de Zébédée avec les autres : à savoir l'Iscariote, Philippe, Thomas, Nathanaël et Matthieu. Les barques marchent rapidement à la voile, poussées par un vent frais de borée, qui forme sur l'eau une multitude de rides légères, à peine marquées par des lignes d'écume qui dessinent une sorte de tulle sur l'azur de turquoise du beau lac tranquille. Elles avancent, laissant derrière elles, deux sillages qui se rejoignent fondant leurs joyeuses écumes en une seule trace riante à la surface de l'eau. Elles marchent, en effet de conserve, celle de Pierre précédant à peine de deux mètres. De barque à barque, rapprochées de quelques mètres l'une de l'autre, on échange des conversations et des réflexions. J'en déduis que les Galiléens montrent et expliquent aux Juifs les détails du lac, leurs commerces, leurs personnalités, les distances entre les points de départ et d'arrivée, c'est à dire, Capharnaüm et Tibériade. Les barques ne servent pas pour la pêche, mais pour le transport des personnes. Jésus est assis à la proue. Il jouit visiblement de la beauté qui l'entoure, du silence, de tout cet azur pur du ciel et des eaux, encadré de vertes rives où sont disséminés des villages tout blanc sur le fond de verdure. Il s'abstrait des conversations des disciples, car il est tout à l'avant sur la proue, presque allongé sur un tas de voiles, le visage souvent incliné sur ce miroir de saphir qu'est le lac, comme s'il en étudiait le fond et s'intéressait à tout ce qui vit dans ses eaux très limpides. Mais, qui sait à quoi il pense... Pierre l'interroge par deux fois pour savoir si le soleil le dérange. Le soleil, tout à fait levé à l'orient, atteint en plein la barque par son rayonnement pas encore brûlant, mais déjà chaud. Une seconde fois il Lui demande s'il veut aussi du pain et du fromage comme les autres. Mais Jésus ne veut rien, ni toile ni pain. Et Pierre le laisse en paix. Un groupe de petites barques que l'on emploie pour se promener sur le lac, des sortes de chaloupes, mais ornées de riches baldaquins pourpre et d'agréables coussins, coupe la route aux barques des pêcheurs. 348> Bruits, éclats de rire, parfums passent avec elles. Elles sont pleines de belles femmes et de joyeux Romains et Palestiniens, mais plutôt Romains, ou du moins pas Palestiniens, car il doit y avoir quelque Grec. Je le déduis des paroles d'un jeune homme maigre, élancé, brun comme une olive presque mûre, tout pomponné. Il porte un court vêtement rouge, bordé en bas par une lourde grecque et serré à la taille par une ceinture qui est un chef d’œuvre d'orfèvrerie. Il dit : "L'Hellade est belle, mais mon olympique patrie n'a tout de même pas cet azur et ces fleurs. Et vraiment on ne s'étonne pas que les déesses l'aient abandonnée pour venir ici. Effeuillons sur les déesses, non plus grecques mais juives, les fleurs, les roses et nos hommages..." Et il jette sur les femmes de sa barque des pétales de roses splendides et il en jette d'autres sur la barque voisine. Un romain répond : "Effeuille, effeuille, Grec ! Mais Vénus est avec moi. Moi je n’effeuille pas : je cueille les roses sur cette belle bouche. C'est plus doux !" Et il se penche pour embrasser, sur sa bouche souriante, Marie de Magdala à moitié allongée sur les coussins, avec sa tête blonde sur le sein du Romain. Maintenant les barquettes s'en vont directement contre les lourdes barques, et soit à cause de la maladresse des rameurs, soit à cause du vent, il s'en faut de peu qu'elles ne se heurtent. "Faites attention si vous tenez à la vie" crie Pierre furieux pendant qu'il vire, donnant un coup de barre, pour éviter le choc. Insultes des hommes et cris d'épouvante des femmes circulent d'une barque à l'autre. Les Romains insultent les Galiléens en disant : "Écartez- vous, chiens d'Hébreux que vous êtes." Pierre et les autres Galiléens ne laissent pas tomber l'insulte et Pierre spécialement, rouge comme la crête d'un coq, debout sur le bord de la barque qui tangue fortement, les mains aux hanches, répond coup pour coup, n'épargnant ni Romains, ni Grecs, ni Juifs, ni Juives. Au contraire il adresse toute une collection d'appellations honorifiques que je ne transcris pas. La prise de bec dure tant que l'enchevêtrement des quilles et des rames n'est pas débrouillé, puis chacun va son chemin. Jésus n'a jamais changé de position. Il est resté assis, absent, sans regards ni paroles pour les barques et leurs occupants. Appuyé sur le coude, il a continué de regarder la rive lointaine comme si rien n'arrivait. Il Lui arrive une fleur qu'on a jetée. 349> Je ne sais d'où elle vient, certainement d'une des femmes, car j'entends son éclat de rire qui accompagne le geste. Mais Lui... rien. La fleur le frappe presque au visage et tombe sur les planches, allant terminer sa course aux pieds du bouillant Pierre. Quand les barquettes sont sur le point de s'éloigner, je vois que la Madeleine s'est dressée debout et suit la direction que lui indique une compagne de vice, braquant ses yeux splendides sur le visage tranquille et lointain de Jésus. Comme il est loin du monde ce visage ! ... "Dis, Simon ! interpelle l'Iscariote.Toi qui es Juif comme moi, dis-moi. Mais cette belle blonde, sur le sein du Romain, celle là qui s'est levée tout à l'heure, n'est-ce pas la sœur de Lazare de Béthanie ?" "Moi, je ne sais rien" répond sèchement Simon le Cananéen "Il y a peu de temps que je suis revenu parmi les vivants, et cette femme est jeune..." "Tu ne voudrais pas me dire que tu ne connais pas Lazare de Béthanie, j'espère ! Je sais bien que tu es son ami et aussi que tu as été chez lui avec le Maître." "Et s'il en était ainsi ?" "Étant donné qu'il en est ainsi, tu dois connaître aussi la pécheresse qui est sœur de Lazare. Même les tombeaux la connaissent ! Il y a dix ans qu'elle fait parler d'elle. A peine pubère elle s'est montrée légère. Mais, depuis quatre ans ! Tu ne peux ignorer le scandale, même si tu étais dans "la vallée des morts ". Tout Jérusalem en a parlé. Et Lazare s'est alors retiré à Béthanie... Il a bien fait, du reste. Personne n'aurait plus mis les pieds dans son splendide palais de Sion où elle allait et venait encore. J'entends dire : personne qui fut saint. A la campagne... on est au courant !... Et puis, désormais elle est partout, sauf à sa maison. Maintenant elle est sûrement à Magdala... Elle aura trouvé quelque nouvel amour ...Tu ne réponds pas ? Peux-tu me démentir ?" "Je ne démens pas. Je me tais." "Alors, c'est elle ? Toi-même tu l'as reconnue !" "Je l'ai vue toute jeune. Elle était pure, alors. Je la revois maintenant... Mais je la reconnais. Bien qu'impudique, sa physionomie rappelle celle de sa mère, une sainte." "Et alors pourquoi as-tu presque nié qu'elle était la sœur de ton ami ?" 350> "Nos plaies et celles de ceux que nous aimons, on cherche à le cacher, surtout quand on est honnête." Judas rit jaune. "Tu parles bien, Simon. Et tu es un homme honnête." observe Pierre. "Et tu l'avais reconnue ? Tu vas certainement à Magdala pour vendre ton poisson, et qui sait combien de fois… tu l'as vue !..." "Garçon, sache que lorsqu'on est fatigué par un honnête travail, les femmes n'attirent plus. On aime seulement le lit honnête de son épouse." "Eh ! Mais ce qui est beau plaît à tout le monde ! Au moins n'y aurait-il que cela, on regarde." "Pourquoi ? Pour dire : "Ce n'est pas nourriture pour ta table" ? Non, sais-tu. Le lac et le métier m'ont appris plusieurs choses, et en voilà une : que poisson d'eau douce et de fond n'est pas fait pour l'eau salée et les remous de surface." "Tu veux dire ?" "Je veux dire que chacun doit rester à sa place pour ne pas mourir de malemort." "Elle te faisait mourir, la Madeleine ?" "Non, j'ai la peau dure. Mais... tu me le dis : c'est toi qui te sens mal, peut-être ?" "Moi, je ne l'ai pas même regardée!.." "Menteur ! Je parie que tu t'es bien rongé au dedans pour ne pas te trouver sur cette première barque et en être plus proche... Tu m'aurais même supporté pour y être plus près... C'est si vrai ce que je dis, que c'est à cause d'elle que tu me fais l'honneur de me parler après tant de jours de silence." "Moi ? Mais si elle ne m'aurait pas même vu ! Elle ne regardait continuellement que le Maître, elle !" "Ah ! Ah ! Ah ! et tu dis que tu ne la regardais pas ! Comment as-tu fait pour voir où elle regardait, si tu ne la regardais pas ?" Tout le monde rit, sauf Judas, Jésus et le Zélote à la remarque de Pierre. Jésus met fin à la discussion qu'il a affecté de ne pas entendre, en demandant à Pierre : "C'est Tibériade ?" "Oui, Maître. Maintenant je vais accoster" "Attends, peux-tu te mettre dans ce golfe tranquille ? Je voudrais parler, à vous seulement." "Je mesure le fond et je vais te le dire." Pierre enfonce une longue perche et va lentement vers la rive. "Oui, je peux, Maître. Puis-je approcher encore davantage ?" 351> "Le plus que tu peux. Il y a de l'ombre et de la solitude. Cela me plaît." Pierre va jusqu'aux abords de la rive. La terre n'est plus qu'à une quinzaine de mètres, au maximum. "Maintenant je toucherais le fond" "Arrête, et vous, venez le plus près possible et écoutez." Jésus quitte sa place et vient s'asseoir au centre de la barque sur une banquette qui va de bord à bord. Il a en face l’autre barque, et autour de Lui les disciples de sa barque.
Qu'êtes-vous ?
Que devez-vous devenir ? 352> Qu'est-ce qui vous fait perdre la saveur céleste ? Ce qui est humain. L'eau de mer, de la vraie mer, n'est pas bonne à boire, tant elle est salée, n'est-ce pas ? Et pourtant, si quelqu'un prend une coupe d'eau de mer et la verse dans une cruche d'eau douce, voici qu'on peut la boire, parce que l'eau de mer est tellement diluée qu'elle a perdu son mordant. L'humanité est comme l'eau douce qui se mélange à votre salinité céleste. Et encore, en supposant qu'il soit possible de dériver un ruisselet de la mer et de l'envoyer dans ce lac, pourriez-vous y retrouver ce filet d'eau de mer ? Non. Il serait perdu dans une telle masse d'eau douce. Ainsi il en est de vous quand vous plongez votre mission, ou plutôt la noyez, dans tant d'humanité. Vous êtes des hommes. Oui. Je le sais. Mais, et Moi qui suis-je ? Je suis Celui qui a en Lui toute force. Et que fais-je ? Je vous communique cette force puisque je vous ai appelés. Mais à quoi sert de vous la communiquer si vous la dispersez sous des avalanches de sensations et de sentiments humains ?
Voulez-vous rester avec Moi ? Ne vous sentez-vous pas le courage de le faire ? Oh ! ne vous regardez pas, étonnés et affligés ! Vous m'entendrez encore de nombreuses fois poser cette question. Et quand vous l'entendrez, pensez que mon cœur pleure, parce qu'il est blessé de vous trouver sourds à mon appel. Examinez-vous, alors, et puis jugez honnêtement et sincèrement et décidez. Décidez pour n'être pas des réprouvés. Dites : "Maître, amis, je me rends compte que je ne suis pas fait pour suivre cette voie. Je vous donne le baiser d'adieu, et je vous dis : priez pour moi" Cela vaut mieux que de trahir. Cela vaut mieux... Que dites-vous ? Trahir qui ? Qui ? Moi. Ma cause, c'est à dire la cause de Dieu, car Je suis un avec le Père, et vous, oui ! vous vous trahiriez, vous trahiriez votre âme en la donnant à Satan. Vous voulez rester juifs ? Et Moi, je ne vous force pas à changer. Mais ne trahissez pas. Ne trahissez pas votre âme, le Christ et Dieu. Je vous jure que ni Moi, ni ceux qui me sont fidèles ne vous critiquerons, ne vous désignerons au mépris des foules fidèles. Il y a peu de temps, un de vos frères a dit une grande parole : "Nos plaies et celles de ceux que nous aimons nous cherchons à les tenir cachées". Et celui qui se séparerait serait comme une plaie, une gangrène survenue au sein de notre organisme apostolique. Il se détacherait à cause de sa gangrène inguérissable, laissant une cicatrice douloureuse que nous tiendrons cachée avec le plus grand soin.
C'est pour cette sublime destinée que je vous ai choisis. Vous qui avez une honnête volonté et qui avez la capacité de la suivre, je vous donne les lignes essentielles de votre caractère d'apôtres.
355> Ne soyez pas malhonnêtes comme des courtiers ou des avocats qui ménagent deux clients ennemis. Ne soyez pas faux comme de politiciens qui disent "ami" à tel ou tel et ensuite ils en sont ennemis. N'essayez pas de suivre deux manières de faire. On ne se moque pas de Dieu et on ne Le trompe pas. Agissez avec les hommes comme vous agissez avec Dieu, car toute offense aux hommes est une offense à Dieu. Ayez le souci que Dieu vous voie comme vous voulez être vus par les hommes. Soyez
humbles. Vous ne pouvez pas reprocher à votre Maître de ne pas l'être.
Je vous donne l'exemple. Agissez comme j'agi. Soyez humbles, doux,
patients. C'est ainsi que l'on conquiert le monde, non par la violence et
la force.
Soyez
des époux fidèles de votre vocation à Dieu.
Ne soyez pas païens, tout en appartenant, de nom, à Dieu. Ce sont les païens, ceux qui, plus que Dieu, aiment l'or et la puissance pour paraître des demi-dieux. Soyez saints et vous serez semblables à Dieu pour l'éternité. Ne soyez pas intransigeants. Tous pécheurs, il vous faut vouloir être avec les autres comme vous voudriez que les autres fussent avec vous : c'est à dire compatissants et disposés au pardon.
Améliorez-vous d'heure en heure, avec patience, avec fermeté, héroïquement. Et, qui vous dit que devenir bon ne soit pas pénible ? Je vous dis même : c'est le plus dur travail. Mais le Ciel est la récompense et il vaut la peine de s'épuiser dans cet effort. Et
aimez. Oh ! quelle parole, quelle parole dois-je dire pour vous
inculquer l'amour ? Aucune n'est capable de vous convertir à
l'amour, pauvres hommes que Satan excite ! Et alors voilà que je
dis : 357> Jésus est réellement inspiré. Debout, les bras en croix, le visage tourné vers le ciel, il se détache avec son blanc vêtement de lin sur le fond d'azur du lac, comme un archange en prière. C'est sur cet acte que pour moi la vision s'évanouit. |
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[1] Les douze apôtres, désormais au complet, plus Joseph le berger. |