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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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mardi
6 juin 28
- Les femmes et les hommes à l'étage supérieur 79 - La Madeleine accompagnera le groupe apostolique 80 - Elle sera un feu d'amour 81 - Discours : (La parabole du filet : Le tri des âmes) 82 -
Discussion sur la mission apostolique 85 |
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79> Tout le monde s'est réuni dans la vaste pièce à l'étage supérieur. L'orage violent s'est résolu en une pluie persistante qui tantôt se fait légère comme si elle voulait finir, et tantôt redouble avec une furie imprévue. Le lac aujourd'hui n'est vraiment pas d'azur mais jaunâtre, avec des traînées d'écume quand l'orage s'accompagne de rafales de vent; gris de plomb avec des écumes blanches quand l'orage se calme. Les collines, toutes ruisselantes, avec leurs frondaisons qui plient encore sous le poids de la pluie, avec des branches qui pendent, brisées par le vent, et quantité de feuilles arrachées par la grêle, forment des ruisseaux de tous côtés, aux eaux jaunâtres qui charrient dans le lac des feuilles, des pierres, de la terre arrachée aux pentes. La lumière est restée voilée, verdâtre. Dans la pièce se trouvent, assises près de la fenêtre qui ouvre sur les collines, Marie avec Marthe et Marie-Magdeleine et deux autres femmes dont je ne sais pas exactement qui elles sont. Mais j'ai l'impression qu'elles sont déjà connues de Jésus et de Marie et des apôtres, car elles sont à l'aise. Certainement plus que Marie-Magdeleine qui reste immobile, la tête baissée, entre la Vierge et Marthe. Elles ont remis leurs vêtements séchés devant le feu et débarrassés de la boue. Mais je m'exprime mal. 80> La Vierge a remis son vêtement de laine bleu foncé; mais Marie-Magdeleine a un vêtement d'emprunt, court et étroit pour elle qui est grande et bien formée, et elle cherche à parer aux défectuosités du vêtement en restant enveloppée dans le manteau de sa sœur. Elle a rassemblé ses cheveux en deux grosses tresses qu'elle noue sur la nuque n'importe comment parce que pour soutenir leur poids il faudrait bien plus que quelques épingles rassemblées par-ci par-là. En effet, depuis, j'ai toujours remarqué que Marie-Magdeleine complète les épingles avec un ruban qui est une sorte de fin diadème dont la couleur paille se confond avec l'or des cheveux. De l'autre côté de la pièce, assis sur des tabourets, sur les rebords des fenêtres, il y a Jésus avec les apôtres et le propriétaire de la maison [1]. Il manque le serviteur de Marthe. Pierre et les autres pêcheurs étudient le temps en faisant des pronostics pour le lendemain. Jésus écoute ou répond à ceci et à cela. "Si j'avais su, j'aurais dit à ma mère de venir. Il est bon que cette femme s'habitue à ses compagnes" dit Jacques de Zébédée en regardant du côté des femmes. "Hé ! si on avait su !... Mais pourquoi maman n'est-elle pas venue avec Marie ?" demande le Thaddée à son frère Jacques. "Je ne sais pas. Je me le demande moi aussi." "N'est-elle pas malade ?" "Marie l'aurait dit." "Je vais le lui demander" et le Thaddée va du côté des femmes. On entend la voix limpide de Marie répondre : "Elle va bien. C'est moi qui lui ai épargné une grande fatigue par cette chaleur. Nous nous sommes échappées comme deux fillettes, n'est-ce pas, Marie ? Marie est arrivée le soir, à la nuit, et nous sommes parties à l'aube. J'ai seulement dit à Alphée[2] : "Voici la clef. Je reviendrai bientôt. Dis-le à Marie". Et je suis venue." "Nous reviendrons ensemble, Mère. Dès que le temps sera beau et que Marie aura un vêtement, nous irons tous ensemble à travers la Galilée en accompagnant les sœurs jusqu'au chemin le plus sûr. Ainsi elles seront connues aussi par Porphyrée, Suzanne, par vos femmes et vos filles, Philippe et Barthélemy ." Elle est charmante, cette parole : "elles seront connues", pour ne pas dire : "Marie sera connue !" Elle est forte aussi et elle abat toutes les préventions et restrictions mentales des apôtres envers celle qui a été rachetée. Il l'impose, en vainquant leurs oppositions, la gêne qu'elle éprouve, tout. Marthe est rayonnante, Marie-Magdeleine rougit et elle a un regard suppliant, reconnaissant, troublé, que sais-je ?... Marie Très Sainte a son doux sourire. 81> "Où irons-nous pour commencer, Maître ?" "A Bethsaïda, puis par Magdala, Tibériade, Cana, à Nazareth. De là, par Jafia et Semeron, nous irons à Bethléem de Galilée et puis à Sicaminon et à Césarée..." Jésus est interrompu par un sanglot de Marie-Magdeleine. Il lève la tête, la regarde, et puis reprend comme si de rien n'était : "A Césarée vous trouverez votre char. J'ai donné cet ordre au serviteur et vous irez à Béthanie. Nous reverrons ensuite, aux Tabernacles." Marie-Magdeleine se reprend vite et ne répond pas aux questions de sa sœur, mais elle sort de la pièce et se retire, à la cuisine peut-être, pendant un moment. "Marie souffre, Jésus, en entendant dire qu'elle doit aller dans certaines villes. Il faut la comprendre... Je le dis davantage pour les disciples que pour Toi, Maître" dit Marthe, humble et angoissée. "C'est vrai, Marthe. Mais il faut qu'il en soit ainsi. Si elle n'affronte pas tout de suite le monde, et ne brise pas cet horrible tyran qu'est le respect humain, son héroïque conversion reste paralysée. Tout de suite et avec nous." "Avec nous personne ne lui dira rien. Je te l'assure, Marthe, et aussi au nom de tous mes compagnons" promet Pierre. "Mais, bien sûr ! Nous l'entourerons comme une sœur. C'est ce qu'elle est, comme l'a dit Marie, et c'est cela qu'elle sera pour nous" confirme le Thaddée. "Et puis !... Nous sommes tous pécheurs, et le monde ne nous a pas épargnés, nous non plus. Aussi nous comprenons ses luttes" dit le Zélote. "Moi, je la comprends mieux que tous. Il est très méritoire de vivre dans les lieux où nous avons péché. Les gens savent qui nous sommes !... C'est une torture, mais c'est aussi une justice et une gloire d'y résister. Justement, parce qu’est évidente en nous la puissance de Dieu, nous amenons à des conversions, même sans ouvrir la bouche" dit Mathieu. "Tu le vois, Marthe, que ta sœur est comprise de tous et aimée de tous. Et elle le sera toujours plus. Elle deviendra un signal indicateur pour tant d'âmes coupables et tremblantes. C'est une grande force pour les bons aussi. Car, lorsque Marie aura brisé les dernières chaînes de ses sentiments humains, elle sera un feu d'amour. Elle a seulement changé de direction l'exubérance de son senti- ment. Elle a reporté sur un plan surnaturel la puissante faculté d'aimer qu'elle possède, et ensuite elle accomplira des prodiges. 82> Je vous l'assure. Maintenant elle est encore troublée, mais vous la verrez, jour après jour, se pacifier et se fortifier dans sa nouvelle vie. Dans la maison de Simon[3], j'ai dit : "Il lui a été beaucoup par- donné parce qu'elle aime beaucoup". Maintenant je vous dis qu'en vérité tout lui sera pardonné parce qu'elle aimera son Dieu de toute sa force, de toute son âme, de toute sa pensée, de tout son sang, de toute sa chair[4], jusqu'à l'holocauste." "Bienheureuse est celle de mériter ces paroles ! Je voudrais les mériter moi aussi" soupire André. "Toi ? Mais tu les mérites déjà ! Viens ici, mon pêcheur. Je veux te raconter une parabole qui semble faite justement pour toi." "Maître, attends. Je vais chercher Marie. Elle désire tant connaître ta doctrine !..." Pendant que Marthe sort, les autres disposent les sièges de manière à faire un demi-cercle autour de celui de Jésus. Les deux sœurs reviennent et reprennent leur place à côté de Marie très Sainte. Jésus
commence à parler : Une fois le filet tiré à bord, les pêcheurs commencèrent le triage. Les poissons étaient abondants, d'aspect, de grosseur et de couleurs différents. Il y en avait de bel aspect mais dont la chair était pleine d'arêtes, d'un goût détestable dont la panse était remplie de boue, de vers, d'herbes en décomposition qui augmentaient le goût détestable de la chair des poissons. D'autres, au contraire, avaient un aspect désagréable, une gueule qui semblait le visage d'un criminel ou d'un monstre de cauchemar, mais les pêcheurs savaient que leur chair est exquise. D'autres, parce qu'ils étaient insignifiants, passaient inaperçus. Les pêcheurs travaillaient, travaillaient. Les paniers étaient déjà remplis de poissons exquis, et dans le filet il y avait des poissons insignifiants. "Maintenant, cela suffit. Les paniers sont pleins. Jetons tout le reste à la mer" dirent de nombreux pêcheurs. 83> Mais l'un d'eux qui avait peu parlé, alors que les autres vantaient ou tournaient en ridicule les poissons qui leur tombaient entre les mains, resta à fouiller dans le filet et parmi le menu fretin découvrit encore deux ou trois poissons qu'il mit par-dessus les autres dans les paniers. "Mais, que fais-tu ?" demandèrent les autres. "Les paniers sont pleins, superbes. Tu les abîmes en mettant par-dessus, de travers, ce pauvre poisson-là. On dirait que tu veuilles le faire passer pour le plus beau". "Laissez-moi faire. Je connais cette race de poissons et je sais quel profit et quel plaisir ils donnent". C'est la parabole qui se termine avec la bénédiction du patron au pêcheur patient, connaisseur et silencieux qui a su distinguer dans la masse les meilleurs poissons.
Le maître de la cité affreuse, c'est Satan. La cité horrible, l'Enfer. Ses pêcheurs le monde, la chair, les passions mauvaises incarnées dans les serviteurs de Satan, soit spirituels c'est-à-dire les démons, soit humains qui sont les corrupteurs de leurs semblables. Les mauvais poissons, l'humanité indigne du Royaume des Cieux, les damnés.
Que vous importe si un des poissons que vous capturez pour Moi, montre les signes des luttes passées, présente les mutilations produites par tant de causes, si elles ne blessent pas son esprit ? Que vous importe si un de ceux-ci, pour se délivrer de l'Ennemi, s'est blessé et se présente avec ces blessures, si son intérieur manifeste la claire volonté de vouloir appartenir à Dieu ? 84> Âmes éprouvées, âmes sûres. Plus que celles qui sont comme des enfants sauvegardés par les langes, le berceau, la mère et qui dorment rassasiés et bons ou sourient tranquilles, mais qui pourtant par la suite, avec la raison et l'âge et les vicissitudes de la vie qui se présentent, pourront donner de douloureuses surprises de déviations morales. Je vous rappelle la parabole de l'enfant prodigue [5]. Vous en entendrez d'autres parce que je m'efforcerai toujours à faire pénétrer en vous la rectitude du discernement dans la manière d'examiner les consciences et de choisir le mode de guider les consciences qui sont uniques et chacune, par conséquent, a sa façon spéciale de sentir et de réagir devant les tentations et les enseignements. Ne croyez pas qu'il soit facile de faire le tri des âmes. C'est tout le contraire. Cela exige un œil spirituel tout éclairé par la lumière divine, cela exige une intelligence pénétrée par la divine Sagesse, cela exige la possession de vertus à un degré héroïque et avant toutes choses la charité. Cela exige la capacité de se concentrer dans la méditation car toute âme est un texte obscur qu'il faut lire et méditer. Cela exige une union continuelle avec Dieu en oubliant tous les intérêts égoïstes. Vivre pour les âmes et pour Dieu. Surmonter les préventions, les ressentiments, les antipathies. Etre doux comme des pères et de fer comme les guerriers. Doux pour conseiller et redonner du courage. De fer pour dire: "Cela n'est pas permis et tu ne le feras pas" ou: "cela est bon à faire et tu le feras". Parce que, pensez-y bien, beaucoup d'âmes seront jetées dans les marais infernaux. Mais il n 'y aura pas que des âmes de pécheurs. Il y aura aussi des âmes de pêcheurs évangéliques : celles d’entre elles qui auront failli à leur ministère en contribuant à la perte de beaucoup d'esprits. Un jour viendra, le dernier jour de la terre, le premier de la Jérusalem complète et éternelle, où les anges, comme les pêcheurs de la parabole, sépareront les justes des mauvais pour qu'au commandement inexorable du Juge les bons aillent au Ciel et les mauvais au feu éternel. Et alors sera connue la vérité en ce qui concerne les pêcheurs et ceux qu'ils auront pêchés, les hypocrisies tomberont et le peuple de Dieu apparaîtra tel qu'il est avec ses chefs et ceux qu'ils auront sauvés. Nous verrons alors que tant de ceux qui sont extérieurement les plus insignifiants ou extérieurement les plus malmenés, sont les splendeurs du Ciel et que les pêcheurs tranquilles et patients sont ceux qui ont fait davantage et qui resplendissent maintenant de pierres précieuses pour tous ceux qu'ils auront sauvés. 85> La parabole est dite et expliquée." "Et mon frère ?!… Oh ! mais !…" Pierre le regarde, le regarde... puis regarde Marie-Magdeleine... "Non, Simon. Pour elle, je n'ai aucun mérite. Le Maître seul a agi" dit André avec franchise. "Mais les autres pêcheurs, ceux de Satan, ils prennent donc les restes ?" demande Philippe. "Ils essaient de prendre les meilleurs, les âmes capables d'un plus grand prodige de la Grâce et ils se servent des hommes eux- mêmes pour le faire, en plus de leurs tentations. Il y en a tant dans le monde qui, pour un plat de lentilles, renoncent à leur droit d'aînesse !" "Maître, tu disais l'autre jour qu'il y en a beaucoup qui se laissent séduire par les choses du monde. Ce seraient encore ceux qui pêchent pour Satan ?" demande Jacques d'Alphée. "Oui,
mon frère. Dans cette parabole, 1'homme se laisse séduire par la
richesse qui pouvait lui donner beaucoup de jouissances en perdant tout
droit au Trésor du Royaume. Mais en vérité je vous dis que sur cent
hommes il n'y en a qu'un tiers qui sait résister à la tentation de
l'or ou à d'autres séductions et de ce tiers il n'y en a que la moitié
qui sache le faire d'une manière héroïque. Le monde meurt asphyxié
parce qu'il s'enserre volontairement dans les liens du péché. Il vaut
mieux être dépouillé de tout que d'avoir des richesses dérisoires et
illusoires. "Mais alors pourquoi Toi-même fais-tu des différences dans les missions que tu donnes aux personnes qui te suivent, et pourquoi nous dis-tu que nous les missions nous devons les regarder comme un don de Dieu? Alors il faudrait aussi renoncer à ces missions parce que ce sont des choses insignifiantes par rapport au Royaume des Cieux" dit Barthélemy. "Ce ne sont pas des choses insignifiantes : ce sont des moyens. Ce seraient des choses sans importance ou, pour mieux dire, ce seraient des fétus de paille souillés s'ils devenaient un but humain dans la vie. Ceux qui manœuvrent pour avoir un poste dans un but humain intéressé, font de ce poste, même s'il est saint, un fétu de paille souillé. 86> Mais faites-en une acceptation obéissante, un devoir joyeux, un holocauste .total, et vous en ferez une perle rarissime. La mission est un holocauste, si on l'accomplit sans réserves, c'est un martyre, c'est une gloire. Elle fait couler larmes, sueur et sang, mais elle forme la couronne d'une royauté éternelle." "Tu sais vraiment répondre à tout !" "Mais m'avez-vous compris ? Comprenez-vous ce que je vous dis par des comparaisons trouvées dans les choses de chaque jour, éclairées pourtant par une lumière surnaturelle qui en fait une explication pour des choses éternelles ?" "Oui, Maître." "Rappelez-vous alors la méthode pour instruire les foules. Car c'est un des secrets des scribes et des rabbis: le souvenir. En vérité je vous dis que chacun de vous, instruit de la sagesse qui assure la possession du Royaume des Cieux, est semblable à un père de famille qui sort de son trésor les choses utiles pour sa famille en utilisant les choses anciennes ou les nouvelles dans l'unique but de procurer le bien-être à ses propres enfants. La pluie s'est arrêtée. Laissons les femmes en paix et allons chez le vieux Tobie qui va ouvrir les yeux de son esprit sur les choses de l'au-delà. La paix à vous, femmes." |
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[6] Cf. Matthieu 13,45-46 |