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Vision du mardi 15
mai 1945
102> Cette nuit, l'apparition
horrible du visage que vous savez, tel
que je le vois et j'en suis terrorisée.
Les
barques de Pierre et de Jean voguent sur le lac
tranquille, suivies de toutes les embarcations qui sont sur les rives de
Tibériade, je crois, tellement nombreuses sont les barques et les petits
bateaux qui vont et viennent, cherchant à rejoindre, à dépasser la barque de Jésus, pour
après se mettre de nouveau à la suite. Et prières, supplications, cris,
demandes se croisent sur les flots azurés.
Jésus a dans sa barque Marie et la mère de Jacques et de Jude alors
que dans l'autre barque, avec son fils Jean, se trouve Marie de Salomé avec Suzanne. Jésus promet, répond, bénit
inlassablement. "Je reviendrai, oui. Je vous le promets. Soyez bons.
Rappelez-vous mes paroles pour les unir à celles que je vous dirai plus tard.
La séparation sera brève. Ne soyez pas égoïstes. Je suis venu aussi pour les
autres. Du calme ! Du calme ! Autrement vous vous ferez mal. Oui,
je prierai pour vous. Je vous serai toujours proche. Le Seigneur soit avec
vous. Bien sûr que je me souviendrai de tes pleurs et tu seras consolé.
Espère. Aie foi !"
Et avançant ainsi, avec les bénédictions et les promesses, la barque aborde à
la rive. Ce n'est pas Tibériade, mais un tout petit pays, exactement un petit
groupe de maisons, pauvres, presque délaissées .
Jésus et les siens descendent et les barques rebroussent chemin, conduites
par les garçons et par
Zébédée. Les autres barques les
imitent, pourtant plusieurs qui s'y trouvent descendent et veulent à tout
prix suivre Jésus. Parmi eux, je vois Isaac avec ses deux protégés :
Joseph et Timon. Je n'en reconnais pas
d'autres parmi les gens nombreux de tous âges, des adolescents aux
vieillards.
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103> Jésus quitte le
pays dont les habitants restent indifférents. Ils sont peu nombreux et mal vêtus.
Jésus leur fait distribuer des aumônes et rejoint la route principale. Il
s'arrête. "Et maintenant séparons-nous" dit-il. "Mère, avec
Marie et Salomé, va à Nazareth. Suzanne peut retourner à Cana. Je reviendrai
bientôt. Vous savez ce qu'il y a à faire. Dieu soit avec vous !"
Mais, pour sa Mère, il a un salut spécial tout souriant, et lorsque Marie
s'agenouille, en donnant l'exemple aux autres pour recevoir la bénédiction,
Jésus sourit avec une douceur extrême. Les femmes, avec lesquelles se trouvent
Alphée de Sara et Simon,
regagnent leur ville.
Jésus se tourne vers ceux qui restent : "Je vous quitte mais je ne
vous renvoie pas. Je vous laisse pour quelques temps. Je me retire avec eux
dans ces gorges que vous voyez là-bas . Que ceux qui veulent m'attendre restent dans cette
plaine, que les autres retournent chez eux. Je fais une retraite de prières
parce que je suis à la veille de grandes choses. Que ceux qui aiment la cause
du Père prient, en s'unissant en esprit à Moi. La paix soit avec vous, fils.
Isaac, tu sais ce que tu dois faire. Je te bénis, petit pasteur." Jésus
sourit au pauvre Isaac, désormais pasteur d'hommes qui se groupent autour de
lui.
Jésus marche en tournant maintenant le dos au lac, se dirigeant avec
assurance vers une gorge qui se trouve entre les collines qui vont du lac
vers l'ouest en lignes je dirais presque parallèles. Entre deux collines
rocheuses, raboteuses, qui tombent à pic comme un fiord, un petit torrent qui
écume descend avec fracas , et au-dessus c'est l'escarpement de la montagne
sauvage avec des plantes qui ont poussé en tous sens, comme elles ont pu,
entre les pierres. Un sentier de chèvre monte à l'assaut de la colline la
plus raboteuse, et c'est celui que prend Jésus.
Les disciples le suivent, harassés, en file indienne, dans le silence le plus
absolu. Seulement quand Jésus s'arrête pour leur permettre de souffler, dans
un endroit un peu plus large du sentier qui semble une écorchure sur cette
pente inaccessible, ils se regardent sans parler. Leurs regards disent :
"Mais, où nous conduit-il ?" Mais ils ne parlent pas.
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104> Ils se regardent et
avec toujours plus de désolation chaque fois qu'ils voient Jésus reprendre la
marche à travers la gorge sauvage, remplie de grottes, d'accidents du sol, de rochers qui rendent difficile la marche par eux-mêmes, par les ronces
et mille autres plantes qui accrochent les vêtements de tous côtés, qui
griffent, qui font trébucher et frappent le visage. Même les plus jeunes,
chargés de sacs pesants, ont perdu leur bonne humeur.
Finalement
Jésus s'arrête et dit : "Et ici, nous resterons pendant une semaine en prière. Pour
vous préparer à une grande chose. C'est pour cela que j'ai voulu m'isoler
ainsi, dans un lieu désert loin de tout chemin, de tout pays. Ici, il y a des
grottes qui ont servi autrefois à des hommes .
Elles nous serviront aussi à nous. Ici, il y a des eaux fraîches et
abondantes alors que le terrain est sec. Nous avons suffisamment de pain et de
vivres pour notre séjour. Ceux qui l'an dernier ont été avec Moi dans le
désert savent comment j'y ai vécu . Ici,
c'est une résidence royale en comparaison de ce lieu, et la saison désormais
clémente enlève la rigueur du gel et celle du soleil à notre séjour. Veuillez
donc y séjourner de bon cœur. Jamais plus, peut-être, nous ne serons ainsi
tous ensemble et tout à fait seuls .
Cette halte doit vous unir, en faisant de vous non plus un groupe de douze
hommes, mais une seule organisation.
Vous ne parlez pas ? Vous ne me demandez rien ? Déposez sur ce
rocher les fardeaux que vous portez et jetez au fond de la vallée l'autre
poids que vous avez sur le cœur : votre humanité. Je vous ai amenés ici
pour parler à votre esprit, pour nourrir votre esprit, pour vous rendre
esprit. Et je ne dirais pas beaucoup de paroles. J'en ai tant dit depuis un
an environ que je suis avec vous ! C'en
est assez maintenant. Si c'était par la parole que je devais vous changer, je
devrais vous garder dix et cent années et vous seriez toujours imparfaits.
Maintenant c'est le moment de me servir de vous et, pour cela, je dois vous
former. Je
recours au grand remède, à la grande arme : la
prière. J'ai toujours prié pour vous. Mais maintenant, je veux que
vous priiez par vous-mêmes. Je ne vous enseigne pas encore ma prière , mais
je vous fais connaître comment on prie et ce que c'est que la prière. C'est
une conversation de fils avec le Père, d'esprits à Esprit, ouverte, chaude,
confiante, recueillie, franche. La prière est tout : c'est aveu, c'est
connaissance de nous-mêmes, c'est pleurs sur nous-mêmes, c'est engagement à
notre égard et à l'égard de Dieu, c'est demande à Dieu, le tout aux pieds du
Père. Elle ne peut se faire dans le vacarme, parmi les distractions, à moins
d'être des colosses en fait de prière. Et même les colosses souffrent des
chocs et des rumeurs du monde pendant leurs heures de prière. Vous n'êtes pas
des colosses mais des pygmées . Vous
n'êtes que des enfants pour l'esprit. Vous n'êtes que des déficients au point
de vue spirituel. Ici, vous atteindrez l'âge de raison spirituel. Le reste
viendra ensuite.
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105> Le matin, à midi et le soir
nous nous réunirons pour prier ensemble avec les antiques paroles d'Israël et
pour rompre le pain. Puis chacun retournera dans sa grotte en restant en face
de Dieu et de son âme, de tout ce que je vous ai dit sur votre mission, et de
vos moyens. Mesurez-vous, auscultez-vous, décidez. C'est la dernière fois que
je vous le dis. Mais après, vous devrez être parfaits autant que vous le
pouvez, sans lassitude ni humanité. Ensuite, vous ne serez plus Simon de
Jonas et Judas de Simon. Vous ne serez plus André ou Jean, Mathieu ou Thomas.
Mais vous serez mes ministres. Allez. Chacun tout seul. Je serai dans cette
grotte, toujours présent. Mais ne venez pas sans raison sérieuse. Vous devez
apprendre à agir par vous-mêmes, à vous suffire. Parce que, en vérité, je
vous le dis : il y a un an, nous étions sur le point de nous connaître
et dans deux années nous serons sur le point de nous quitter .
Malheur à vous et malheur à Moi si vous n'avez pas appris à agir par
vous-mêmes. Dieu soit avec vous. Judas, Jean, portez à l'intérieur de ma
grotte, celle-ci, les vivres. Il faudra qu'ils durent et c'est Moi qui ferai
la distribution."
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