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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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samedi 27 janvier 29 (23 Scébat)
- À la recherche de la maison du pharisien 150 - Une femme demande la guérison de son mari 151 - Elle met Jésus en garde contre Ismaël 152 - Son mari sera guéri s'il vient chez Ismaël 153 - Jésus est conduit chez le pharisien 154 - Ismaël accueille Jésus 154 - À Éléazar : Mon Royaume n'est pas humain 155 - Discussion sur l'intégrité de la Loi 156 - Plusieurs se vantent d'être miséricordieux 157 - Un cas de conscience soumis à Jésus 157 - Ismaël n'est pas d'accord avec Jésus 158 - Arrivée du mari hydropique 158 - Chanania ne conforme pas l'agir à la
parole 159 - Jésus guérit l'hydropique un jour de sabbat 160 - Rappelle à Ismaël les deux orphelins abandonnés 160 - Discours (Appel à l'humilité et à la conversion 162 - Commentaire de la parabole du banquet) 163 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5 5.23. |
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150> Je vois Jésus qui marche rapidement sur une grand-route que le
vent froid d'un matin d'hiver balaie et durcit. Les champs, des deux côtés de
la route, présentent à peine un timide duvet de moissons qui viennent de
percer, un voile fin de verdure qui annonce la promesse du futur pain, mais
une promesse vraiment à peine perceptible. Il y a encore, à l'ombre, des
sillons dépourvus de cette verdure naissante et bénie, et seuls les sillons
qui se trouvent dans les endroits plus ensoleillés ont cette verdure si
légère et pourtant déjà joyeuse puisqu'elle parle du printemps qui arrive.
Les arbres à fruits sont encore dépouillés sans un bourgeon qui se gonfle sur
leurs branches obscures. Seuls les oliviers ont leur couleur éternelle
gris-vert, aussi triste sous le soleil d'août que dans la faible clarté de
cette matinée d'hiver. Et avec eux montrent leur couleur verte, un vert
pâteux de céramiques à peine teintées, les feuilles grasses des cactées. Jésus chemine, comme
souvent, à deux ou trois pas en avant de ses disciples. Ils sont tous bien
enveloppés dans leurs manteaux de laine. À un certain moment,
Jésus s'arrête et se retourne pour interpeller ses disciples:
"Connaissez-vous le chemin ?" "C'est le
chemin, mais ensuite où se trouve la maison, nous ne le savons pas, car elle
est à l'intérieur des terres... Peut-être là où se trouve ce bosquet
d'oliviers..." "Non. Elle doit
être là-bas au fond, au contraire, où se trouvent ces gros arbres
dépouillés..." "Il devrait y
avoir une route pour les chars..." 151> En somme, ils ne savent rien de précis. On ne voit personne sur
la route ou dans les champs. Ils avancent au hasard, en cherchant leur route.
Ils trouvent une
petite maisonnette de pauvres avec deux ou trois petits champs autour. Une
fillette est en train de tirer de l'eau à un puits. "Paix à toi,
fillette" dit Jésus en s'arrêtant à la limite de la haie qui a un
passage pour la circulation. "Paix à toi. Que
veux-tu ?" "Un
renseignement. Où se trouve la maison d'Ismaël le pharisien ?" "Tu es égaré,
Seigneur. Il te faut revenir au carrefour et prendre celle qui va vers le
couchant du soleil. Mais il faut marcher beaucoup, beaucoup, car tu dois
retourner là, au carrefour, et puis marcher, marcher. As-tu mangé ? Il
fait froid, et avec l'estomac vide, on le sent davantage. Entre, si tu veux.
Nous sommes pauvres. Mais Toi aussi tu n'es pas riche. Tu peux t'en arranger.
Viens." Et d’une voix perçante, elle appelle :
"Maman !" S'amène sur le seuil
une femme d'environ trente-cinq, quarante ans. Son visage est honnête mais un
peu triste. Dans ses bras elle a un enfant d'environ trois ans, à peine vêtu.
"Entre. Le feu
est allumé. Je te donnerai du lait et du pain." "Je ne suis pas
seul, j'ai ces amis." "Qu'ils entrent
tous et la bénédiction de Dieu avec les pèlerins que je loge." Ils entrent dans une
cuisine basse et sombre qu'égaie un feu pétillant. Ils s'assoient çà et là
sur des coffres bruts. "Maintenant, je
vais préparer... C'est le matin... Je n'ai encore rien mis en ordre...
Excusez-moi." "Tu es
seule ?" C'est Jésus qui parle. "J'ai un mari et
des enfants. Sept. Les deux plus grands sont encore au marché de Naïm. Ils doivent y aller parce que mon mari est malade.
Une grande douleur !... Les fillettes m'aident. Celui-ci est le plus
petit, mais j'en ai encore un autre à peine plus grand." Le petit, maintenant
vêtu de sa tunique, accourt pieds nus vers Jésus et le regarde avec
curiosité. Jésus lui sourit. L'amitié se fait. "Qui es-tu ?"
demande l'enfant avec confiance. "Je suis
Jésus." La femme se retourne
pour le regarder attentivement. Elle est restée avec un pain dans les mains,
entre le foyer et la table. Elle ouvre la bouche pour parler, mais ensuite
elle se tait. 152> L'enfant continue : "Où vas-tu ?" "Sur les chemins
du monde." "Pour quoi
faire ?" "Pour bénir les
enfants qui sont bons et leurs maisons où l'on est fidèle à la Loi." La femme se retourne
pour faire un geste, puis elle fait un signe à Judas Iscariote qui est le
plus près d'elle. Lui se penche vers la femme qui demande : "Qui
est ton ami ?" Et Judas, hautain,
(il semble que le Messie soit tel grâce à son mérite et à sa bonté):
"C'est le Rabbi de Galilée : Jésus de Nazareth. Tu ne le sais pas,
femme ?" "La Galilée
n'est pas à notre portée et moi, j'ai tant de douleurs ! … Mais...
pourrais-je le lui dire." "Tu le
peux" dit avec hauteur Judas. Mais il semble un gros bonnet qui accorde
une audience... Jésus continue de
parler avec l'enfant qui Lui demande s'il a Lui aussi des enfants. Pendant que la
fillette déjà vue et une autre un peu plus grande apportent le lait et la vaisselle,
la femme va près de Jésus. Elle reste un peu hésitante, puis elle pousse un
cri étouffé : "Jésus, aie pitié de mon mari !" Jésus se lève. Il la
domine de sa grande taille, mais il la regarde avec tant de bonté qu'elle
s'enhardit. "Que veux-tu que je fasse ?" "Il est très
malade, gonflé comme une outre, il ne peut se baisser pour travailler. Il ne
trouve pas de repos, car il étouffe et s'agite... Et nous avons des enfants
encore petits..." "Tu veux que je
le guérisse ? Mais pourquoi le veux-tu de Moi ?" "Parce que c'est
Toi. Je ne te connaissais pas, mais j'ai entendu parler de Toi. Le sort t'a
conduit chez moi après que par trois fois je t'ai cherché à Naïm et à Cana. Deux fois, il y avait aussi mon mari. Il
te cherchait, malgré la souffrance qu'il éprouvait à aller en char...
Maintenant aussi il est parti avec son frère... On nous avait rapporté que le
Rabbi, ayant quitté Tibériade, allait à Césarée de Philippe. Il y est allé
pour t'attendre..." "Je ne suis pas
allé à Césarée. Je vais chez le pharisien Ismaël, et puis j'irai vers le
Jourdain..." "Toi, qui es
bon, chez Ismaël ?" "Oui. Pourquoi
?» "Parce que...
parce que... Seigneur, je sais que tu dis de ne pas juger, de pardonner et de
s'aimer. Je ne t'ai jamais vu, mais j'ai cherché à savoir de Toi, le plus que
je pouvais, et j'ai prié l'Éternel de pouvoir t'entendre au moins une fois. 153> Je ne
veux pas faire une chose qui te déplaise... Mais comment on peut ne pas juger
Ismaël et l'aimer ? Moi, je n'ai rien de commun avec lui et je n'ai donc
rien à lui pardonner. Les insolences, qu'il nous jette à la figure quand il
rencontre notre pauvreté sur son chemin, nous les secouons avec la même
patience que nous secouons la boue ou la poussière qu'il projette sur nous en
passant rapidement avec son bige. Mais l'aimer et ne pas le juger, c'est trop
difficile... Il est tellement méchant !" "Il est
tellement méchant ? Avec qui ?" "Avec tout le
monde. Il opprime ses serviteurs, il prête avec usure, et il a des exigences
cruelles. Il n'aime que lui-même. Il est le plus cruel de la région. Il ne
mérite rien, Seigneur." "Je le sais. Tu
dis vrai." "Et tu vas chez
lui ?" "Il m'a
invité." "Méfie-toi,
Seigneur. il ne l'aura pas fait par amour. Il ne peut t'aimer. Et
Toi... tu ne peux l'aimer." "Moi, j'aime même
les pécheurs, femme. Je suis venu pour sauver celui qui est perdu..." "Mais lui, tu ne
le sauveras pas. Oh ! pardon d'avoir jugé ! Toi, tu sais... Tout
est bien de ce que tu fais ! Pardonne à ma sotte langue et ne me punis
pas." "Je ne te punis
pas, mais ne le fais plus. Aime même les méchants, non pas pour leur
méchanceté, mais parce que c'est par l'amour qu'on leur obtient la
miséricorde qui les convertit. Tu es bonne et désireuse de l'être encore
davantage, Tu aimes la Vérité, et la Vérité qui te parle te dit qu'Elle
t'aime, car selon la Loi, tu as de la pitié pour l'hôte et le pèlerin et
c'est ainsi que tu as élevé tes enfants. Dieu sera ta récompense. Je dois
aller chez Ismaël qui m'a invité pour me présenter à ses nombreux amis qui
veulent me connaître. Je ne puis attendre ton mari qui, sache-le, est sur le
chemin du retour. Mais dis-lui de souffrir encore un peu et de venir tout
de suite chez Ismaël. Viens toi aussi. Je le guérirai." «Oh !
Seigneur !..." la femme est à genoux aux pieds de Jésus et le
regarde riant et pleurant. Puis elle dit : "Mais c'est le sabbat,
aujourd’hui !…" "Je le sais.
J'ai besoin que ce soit le sabbat pour dire quelque chose à ce propos à
Ismaël. Tout ce que je fais, je le fais dans un but clair et exempt
d'erreur. Sachez-le tous, même vous, mes amis qui avez peur et voudriez
que je conforme ma conduite aux convenances humaines pour ne pas en subir de
dommage. 154> C'est l'amour qui vous guide, je le sais. Mais
vous devez savoir aimer mieux celui que vous aimez, en ne faisant jamais
passer l'intérêt divin après l'intérêt de celui que vous aimez. Femme, je
pars et je t'attends. Qu'il y ait une paix perpétuelle dans cette maison où
on aime Dieu et sa Loi, où on respecte le mariage et où on élève saintement
les enfants, où on aime le prochain et où on cherche la Vérité. Adieu." Jésus met la main sur
la tête de la femme et des deux fillettes, puis il se penche pour embrasser
les enfants plus petits, et il sort. Maintenant un faible
soleil d'hiver tempère la fraîcheur de l'air. Un garçon d'environ quinze ans
attend avec un char rustique en très mauvais état. "Je n'ai que
cela, Seigneur. Mais tu auras plus vite fait et plus commodément." "Non, femme.
Garde frais le cheval pour venir chez Ismaël. Montre-moi seulement la route
la plus courte." Le garçon se met à
côté de Lui et, à travers champs et prés, ils vont vers une ondulation de
terrain au-delà de laquelle il y a une vaste cuvette de quelques hectares
bien cultivée, au milieu de laquelle se trouve une belle maison, large et basse,
entourée d'un jardin bien cultivé. "Voici la
maison, Seigneur" dit le garçon. "Si tu n'as plus besoin de moi, je
vais rentrer à la maison pour aider la mère." "Va et sois
toujours un bon fils. Dieu est avec toi." Jésus entre dans la somptueuse
maison de campagne d'Ismaël. Des serviteurs, en
grand nombre, accourent à la rencontre de l'Hôte, certainement attendu.
D'autres vont prévenir le maître qui sort à la rencontre de Jésus en Lui
faisant de profondes inclinations. "Sois le
bienvenu, Maître, dans ma maison !" "Paix à toi,
Ismaël Ben Fabi. Tu m'as désiré. Je viens. Pourquoi
m'as-tu invité ?" "Pour avoir
l'honneur de t'avoir et te présenter à mes amis. Je veux qu'ils soient aussi
les tiens, comme je veux que tu sois pour moi un ami." "Je suis ami de
tout le monde, Ismaël." "Je le sais.
Mais, tu sais ! Il est bien d'avoir des amitiés en haut lieu. La mienne et
celle de mes amis sont telles. Toi, pardonne-moi de te le dire, tu négliges
trop ceux qui peuvent t'appuyer..." "Et tu es de
ceux-ci ? Pourquoi ?" 155> "Je
suis de ceux-ci. Pourquoi ? Parce que je t'admire et que je veux que tu
sois pour moi un ami."
"Mais c'est
justement parce que je veux être fidèle que je veux ton. amitié, Maître. Tu
ne le crois pas ? Regarde : voici Éléazar qui arrive.
Demande-lui comme Je t’ai défendu auprès des Anciens. Eléazar, je te salue.
Viens, car le Rabbi veut te demander une chose." Profondes salutations
et réciproques coups d’œil investigateurs. "Toi, Eléazar,
dis ce que j'ai dit du Maître la dernière fois que nous nous sommes
réunis." "Oh ! un
véritable éloge ! Une défense passionnée! Il m'est alors venu l'envie de
t'entendre, tant Ismaël parlait de Toi, Maître, comme du Prophète le plus
grand venu au peuple d'Israël. Je me souviens qu'il disait que personne
n'avait une parole plus profonde que la tienne, n'exerçait une fascination
plus grande, et que si tu sauras mettre en œuvre l'épée, comme tu sais parler,
il n'y aura pas de roi plus grand que Toi en Israël." "Mon
Royaume !... Il n'est pas humain, ce Royaume, Eléazar." "Mais le Roi
d'Israël ?!" "Que s'ouvrent
vos esprit pour comprendre les paroles secrètes. Il viendra le Royaume du Roi
des rois. Mais non pas selon les estimations humaines. Non pas pour ce qui
périt, mais pour ce qui est éternel. "Tu ne nous
crois pas capables de te suivre ?" "Si vous le
vouliez, vous le pourriez. Mais vous ne le voulez pas. Pourquoi vous ne
voulez pas ? Vous êtes âgés désormais. L'âge devrait vous donner
compréhension et justice. Justice aussi pour vous-mêmes. Les jeunes...
pourront se tromper et puis se repentir. 156> Mais
vous ! La mort est toujours proche pour les plus âgés. Eléazar, tu es
moins enveloppé dans les théories que beaucoup de tes semblables. Ouvre ton
cœur à la Lumière..." Ismaël revient avec
cinq autres pharisiens pompeux. "Venez donc dans la maison" dit le
maître. Et, quittant l'atrium garni de sièges et de tapis, ils entrent dans
une pièce où on leur apporte des amphores et des bassines pour les ablutions.
Puis ils passent dans la salle à manger très richement préparée. "Jésus à côté de
moi, entre Eléazar et moi" commande le maître. Et Jésus, qui s'était
tenu au fond de la salle près des disciples un peu intimidés et laissés de
côté, doit s'asseoir à la place d'honneur. Le repas commence avec de nombreux
plats de viandes et de poissons rôtis. Des vins et, me semble-t-il, des
sirops, ou au moins des eaux miellées, passent et repassent. Tous essaient de
faire parler Jésus. L'un d'eux, un vieillard tout tremblotant, demande d'une
voix éraillée de vieillard décrépit : "Maître, est-ce vrai ce qu'on
dit, que tu as l'intention de modifier la Loi ?" "Je ne changerai
pas un iota à la Loi. Au contraire, (et Jésus appuie sur les mots) je suis
justement venu pour la rendre de nouveau intègre comme quand elle fut donnée
à Moïse.» [1] "Voudrais-tu
dire qu'elle a été changée ?" "Non, jamais.
Uniquement qu'elle a subi le sort de toutes les choses élevées mises dans la
main de l'homme." "Que voudrais-tu
dire ? Précise." "Je veux dire
que l'homme, par suite de l'ancien orgueil ou pour l'ancien foyer de la triple
luxure, a voulu en retoucher les paroles droites et en a fait quelque chose
qui opprime les fidèles alors que, pour ceux qui les ont retouchées, ce n'est
qu'un amas de phrases... qu'on laisse à l'usage des autres." "Mais,
Maître ! Nos rabbins..." "C'est une
accusation !" "Ne nous déçois
pas dans notre désir de t'être utile !..." "Hé !
Hé ! Ils ont raison de t'appeler révolté !" "Silence !
Jésus est mon hôte. Qu'il parle en toute liberté." "Nos rabbins,
pour commencer, se sont ingéniés et ont peiné dans l'intention sainte de
rendre plus facile l'application de la Loi. Dieu Lui-même a commencé cet
enseignement quand aux paroles des dix commandements Il a ajouté des
explications plus détaillées. Cela pour que l'homme n'eût pas l'excuse de ne
pas avoir su comprendre. 157> Œuvre sainte donc celle
des maîtres qui ont brisé en morceaux, pour les petits de Dieu, le pain donné
par Dieu à l'esprit. Mais sainte quand elle poursuivait un but qui était
droit. Il n'en fut pas toujours ainsi. Et maintenant moins que jamais.
Mais pourquoi voulez-vous me le faire dire, vous qui vous offensez si je vous
énumère les fautes des puissants !" "Des
fautes ! Des fautes ! Nous n'avons que des fautes,
nous ?" "Je voudrais que
vous n'aviez que des mérites !» "Mais nous ne
les avons pas. Tu le penses et ton regard le dit. Jésus, ce n'est pas en
critiquant que l'on acquiert l'amitié des puissants. Tu ne règneras pas. Tu
n'en connais pas l'art." "Je ne demande
pas de régner suivant vos idées, et je ne mendie pas des amitiés. C'est l'amour
que je veux, mais un amour honnête et saint. Un amour qui va de Moi à ceux
que j'aime, et qui se manifeste en usant à l'égard des pauvres de ce dont je
prêche l'usage: la miséricorde." "Moi, depuis que
je t'ai entendu, je ne prête plus à usure" dit l'un. "Et Dieu t'en
récompensera." "Le Seigneur
m'est témoin que je n'ai plus frappé mes serviteurs qui auraient mérité le
fouet, quand on m'a eu dit une de tes paraboles" dit un autre. "Et moi ?
C'est plus de dix boisseaux d'orge que j'ai laissés dans les champs pour les
pauvres !" dit encore un autre. Les pharisiens se
louent copieusement. Ismaël n'a pas parlé.
Jésus l'interpelle : "Et toi, Ismaël !" "Oh !
moi ! J'ai toujours usé de miséricorde. Je n'ai qu'à continuer
comme j'ai toujours fait." "C'est bien pour
toi ! S'il en est ainsi réellement, tu es l'homme qui ne connaît pas les
remords." "Oh !
certainement pas !" Jésus le transperce
de son œil de saphir. Eléazar touche le bras de Jésus : "Maître,
écoute-moi. J'ai un cas spécial à te soumettre. J'ai acquis récemment une
propriété d'un malheureux qui s'est ruiné pour une femme. Il me l'a vendue,
mais sans me dire qu'il y avait une vieille servante, sa nourrice, maintenant
aveugle et presque idiote. Le vendeur n'en veut pas. Moi... je n'en voudrais
pas. Mais, la jeter à la rue.., Que ferais-tu, Maître ?" «Toi, que ferais-tu
si tu devais donner un conseil à un autre ?" "Je
dirais : "Garde-la. Tu ne te ruineras pas pour un pain"." "Et pourquoi
parlerais-tu ainsi ?" "Mais !...
parce que je pense que c'est ainsi que j'agirais et je voudrais qu'on agisse
ainsi à mon égard..." 158> "Tu es très près de la Justice, Eléazar. Agis comme tu
conseillerais de le faire et le Dieu de Jacob sera toujours avec toi." "Merci,
Maître." Les autres bougonnent
entre eux. "Qu'avez-vous à murmurer ?" demande Jésus.
"N'ai-je pas parlé juste ? Et lui n'a-t-il pas parlé avec
justice ? Ismaël, défends tes hôtes, toi qui as toujours agi avec
miséricorde." "Maître, tu
parles bien, mais.,. si on agissait toujours ainsi !... On serait
victime des autres." "Et il vaut
mieux, selon toi, que ce soient les autres qui soient nos victimes, n'est-ce
pas ?" "Je ne dis pas
cela. Mais il y a des cas..." "La Loi dit
d'avoir miséricorde..." "Oui, pour le
frère pauvre, pour l'étranger, le pèlerin, la veuve et l'orphelin. Mais cette
vieille, qui est tombée dans les bras d'Eléazar, n'est pas sa sœur, ni
pèlerine, ni étrangère, ni orpheline ou veuve. Rien pour lui. Ni plus ni
moins qu'un vieux tableau, oublié par le vrai maître dans la propriété vendue.
Eléazar pourrait donc la chasser sans scrupules d'aucune sorte. Enfin la
responsabilité de la mort de la vieille ne lui reviendrait pas, mais
reviendrait à son vrai maître..." "...qui ne peut
plus la garder puisqu'il est pauvre lui aussi, et par conséquent lui aussi
est exempt d'obligations. De sorte que si la petite vieille meurt de faim,
c'est elle qui est coupable, n'est-ce pas ?" "C'est cela,
Maître. C'est le sort de ceux... qui ne servent plus. Les malades, les vieux,
les incapables, sont condamnés à la misère, à la mendicité. Et la mort est ce
qu'il y a de meilleur pour eux... C'est ainsi depuis que le monde est monde
et il en sera toujours ainsi..." "Jésus, aie
pitié de moi !" Un cri de détresse entre par les fenêtres fermées,
car la salle est fermée et avec les lampes allumées, peut-être à cause du
froid. "Qui
m'appelle ?" "Quelque
importun. Je le ferai chasser. Ou quelque mendiant. Je lui ferai donner un
pain." "Jésus, je suis
malade. Sauve-moi !" "Je l'ai
dit : un importun. Je punirai les serviteurs pour l'avoir fait
passer." Et Ismaël se lève. Mais Jésus, plus
jeune d'au moins vingt ans et qui le dépasse du cou et de la tête, le fait se
rasseoir en lui mettant la main sur l'épaule et en commandant :
"Reste, Ismaël. Je veux voir celui qui me cherche. Faites-le
entrer." 159> L'homme avance avec
peine à cause de la maladie et de la crainte. Il voit qu'on le regarde d'un
si mauvais œil ! Mais Jésus a quitté sa place et il est allé vers le
malheureux en le prenant par la main et en l'amenant au milieu de la salle
dans l'espace vide entre les tables disposées en fer à cheval. Exactement
sous le lampadaire. "Que veux-tu de
Moi ?" "Maître... je
t'ai tant cherché... depuis si longtemps... Je ne veux rien que la santé...
pour mes enfants et ma femme... Toi, tu peux tout... Vois à quoi je suis
réduit..." "Et tu crois que
je puis te guérir ?" "Si je le
crois !... Tout pas m'est douloureux... toute secousse pénible... mais
pourtant j'ai fait des milles pour te chercher... et puis avec le char je
t'ai suivi aussi... mais je ne te rattrapais jamais… Si je le crois !...
Je suis étonné de n'être pas encore guéri, depuis que ma main est dans la
tienne, car tout en Toi est saint, ô Saint de Dieu." Le pauvre souffle
comme un phoque par l'effort qu'il fait pour tant parler. La femme regarde
son mari et Jésus, et elle pleure. Jésus les regarde et
il sourit. Puis il se tourne et il demande : "Toi, vieux scribe,
(il parle au vieux à la voix chevrotante qui a parlé le premier)
réponds-moi : est-il permis de guérir pendant le sabbat ?" [1] "Pendant le
sabbat il n'est permis de faire aucun travail." "Même pas de
sauver quelqu'un du désespoir ? Ce n'est pas un travail manuel." "Le sabbat est
consacré au Seigneur." "Quelle œuvre
plus digne d'un jour sacré que de faire qu’un fils de Dieu dise à son
Père : "Je t'aime et te loue parce que Tu m'as guéri
" ?!" "Il doit le
faire, même s'il est malheureux." "Chanania, sais-tu qu'en ce moment ton bois le plus beau
est en train de brûler, et que toute la pente de l'Hermon rougit de l'éclat
des flammes ?" 160> Le
vieil homme bondit comme si un aspic l'avait mordu : "Maître, tu
dis la vérité ou bien est-ce une plaisanterie ?" "Je dis la
vérité. Je vois et je sais." "Oh !
malheureux que je suis ! Mon bois le plus beau ! Des milliers de
sicles [2] en cendre !
Malédiction ! Maudits soient les chiens qui m'y ont mis le feu !
Que leurs viscères brûlent comme mon bois !" Le petit vieux est
désespéré. "Ce n'est qu'un
bois, Chanania, et tu te plains ! Pourquoi ne
donnes-tu pas louange au Seigneur, dans ce malheur ? Lui ne perd pas du
bois qui renaît, mais la vie et le pain de ses enfants, et il devrait donner
la louange que toi tu ne donnes pas ? Donc scribe, il ne m'est pas
permis de le guérir le jour du sabbat ?" "Maudit sois-tu,
lui et le sabbat ! J'ai bien autre chose à penser, moi..." et,
bousculant Jésus qui lui avait mis une main sur le bras, il sort furieux et on
l'entend brailler de sa voix chevrotante pour avoir son char. "Et
maintenant ?" demande Jésus en tournant son regard vers les autres.
"Et maintenant vous, dites-moi: est-ce permis ou non ?" Personne ne répond.
Eléazar baisse la tête après avoir entrouvert les lèvres, que pourtant il
referme, saisi par le froid qui a envahi la salle. "Eh bien, Moi,
je vais parler" dit Jésus. Et son aspect est imposant et sa voix est un
tonnerre comme toujours quand il va opérer un miracle. "Je vais parler.
Je parle. Je dis : homme, qu'il te soit fait selon ce que tu crois. Tu
es guéri. Loue l'Eternel. Va en paix." L'homme reste
interdit. Peut-être pensait-il redevenir d'un coup agile comme autrefois. Et
il lui semble qu'il n'est pas guéri. Mais qui sait ce qu'il ressent... il
pousse un cri de joie, se jette aux pieds de Jésus et les baise. "Va, va !
Sois toujours bon. Adieu !" L'homme sort suivi de la femme qui,
jusqu'au dernier moment, se retourne pour saluer Jésus. "Pourtant,
Maître... Dans ma maison... Le jour du sabbat..." "Tu n'approuves
pas ! Je le sais. Et c'est pour cela que je suis venu. Ami, toi ?
Non. Mon ennemi. Tu n'es pas sincère avec Moi, ni avec Dieu." "Tu m'offenses,
maintenant ?"
"Je ne sais
pas... Ils sont disparus, un jour." "Ne mens pas
maintenant. Il suffit d'avoir été cruel. Il ne faut pas ajouter le mensonge
pour rendre tes sabbats odieux à Dieu, même s'ils sont exempts d’œuvres
serviles. Où sont ces petits ?" "Je ne sais pas.
Je ne sais plus, crois-le." "Moi, je le
sais. Je les ai trouvés un soir de novembre, froid, pluvieux, sombre. Je les
ai trouvés affamés et tremblants, près d'une maison, comme deux petits chiens
à la recherche d'une bouchée de pain... Maudits et chassés par un homme qui
avait des entrailles de chien, un homme pire qu'un chien, car un chien aurait
eu pitié de ces deux orphelins. Et toi et cet homme, vous n'avez pas eu
pitié. Leurs parents ne te servaient plus, n'est-ce pas ? Ils étaient
morts. Les morts ne peuvent que pleurer dans leurs tombeaux, en entendant les
sanglots de leurs enfants malheureux dont les autres ne s'occupent pas.
Cependant les morts portent à Dieu, par leur esprit, leurs pleurs et ceux de
leurs enfants orphelins, et ils disent : "Seigneur, exerce Toi nos
vengeances, puisque le monde opprime quand il ne peut plus exploiter".
Les deux petits n'étaient pas encore en âge de te servir, n'est-ce pas ?
Oui et non, car la petite pouvait servir pour glaner... Et tu les as chassés,
en leur refusant même le peu de bien qui appartenait au père et à la mère.
Ils pouvaient mourir de faim et de froid comme deux chiens sur un chemin. Ils
pouvaient vivre en devenant l'un voleur l'autre une prostituée, car la faim
porte au péché. Mais que t'importait ? Il y a un moment, tu
as cité la Loi à l'appui de tes théories. Et la Loi ne dit-elle pas
alors : "Ne faites pas de tort à la veuve et à l'orphelin. Si vous
leur faites du tort, leurs voix s'élèveront vers Moi, J'entendrai leurs cris et
ma fureur s'enflammera et je vous exterminerai par l'épée, et vos femmes
resteront veuves et vos enfants orphelins" [3] ? N'est-ce pas
ce que dit la Loi ? Et alors, pour- quoi ne l'observes-tu pas ? Tu
m'as défendu auprès des autres ? Et alors pourquoi ne prends-tu pas, en
toi-même, la défense de ma Doctrine ? Tu veux être pour Moi un
ami ? Et alors pourquoi fais-tu le contraire de ce que je dis ? 162> L'un de vous est en
train de courir à perdre haleine, s'arrachant les cheveux à cause de la ruine
de son bois. Et il ne se les arrache pas pour les ruines de son cœur !
Et toi, qu'attends-tu pour le faire ? Pourquoi voulez-vous vous croire
parfaits, vous auxquels le sort a donné une haute situation ? Et si vous
l'êtes en quelque chose, pourquoi ne cherchez-vous pas à l'être en
tout ? Pourquoi me haïssez-vous parce que je découvre vos plaies ?
Je suis le Médecin de votre esprit. Est-ce qu'un médecin peut guérir sans
découvrir et nettoyer les plaies ? Mais ne savez-vous pas qu'un grand
nombre, et cette femme qui est sortie est une de ceux-là, méritent la
première place au banquet de Dieu en dépit de leur apparence mesquine !
Ce n'est pas l'extérieur, c'est le cœur et l'esprit qui ont de la valeur.
Dieu vous voit, du haut de son trône, et Il vous juge. Combien Il en voit qui
valent mieux que vous ! Par conséquent, écoutez.
Ismaël, ne me hais
pas parce que Moi je te soigne. Moi, je ne te hais pas. Je suis venu pour te
guérir. Tu es plus malade que cet homme. Tu m'as invité pour te donner du
lustre à toi-même et satisfaire tes amis. Souvent tu invites, mais par
orgueil et pour ton plaisir. Ne le fais pas. N'invite pas les riches, les
parents, les amis. Mais ouvre ta maison, ouvre ton cœur aux pauvres, aux
mendiants, aux estropiés, aux boiteux, aux orphelins et aux veuves. Ils ne te
donneront en échange que des bénédictions. Mais Dieu les changera pour toi en
grâces. Et à la fin. ..oh ! à la fin, quel sort bienheureux pour tous
les miséricordieux qui seront récompensés par Dieu à la résurrection des
morts ! Malheur à ceux qui
caressent seulement une espérance de profit et puis ferment leur cœur au
frère qui ne peut plus servir. Malheur à eux ! Je ferai les vengeances
de ceux qui ont été abandonnés." "Maître... je...
je veux te satisfaire. Je prendrai encore ces enfants." "Non." "Pourquoi
?" "Ismaël ?!…" 163> Ismaël baisse la tête. Il veut faire l'humble. Mais c'est une
vipère à laquelle on a pressé le venin et elle ne mord plus parce qu'elle
sait qu'elle n'en a plus, mais pourtant elle attend le moment de mordre... Eléazar essaie de
ramener la paix en disant : "Bienheureux ceux qui prennent part au
banquet de Dieu dans leur esprit et dans le Royaume éternel. Mais crois-le,
Maître, c'est la vie qui nous apporte des obstacles. Les charges... les
occupations..."
Ismaël, je te salue.
Ne me hais pas. Réfléchis. Et rends-toi compte que j'ai été sévère par amour,
non par haine. Paix à cette maison et à ceux qui l'habitent, paix à tous si
vous la méritez." |
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[7][1] Matthieu 5,17 |
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[2] Sicle d’or : deux
mois et demi d'un manoeuvre soit 2.500 € (référence
salaire minimum France) - Sicle d’argent : quatre journées soit 160 € -
voir la note sur
les monnaies
[5] Un jour, un homme avait
organisé une grande réception. Il avait invité beaucoup de monde. Lorsque le
moment du festin arriva, il envoya son serviteur dire aux invités :
"Venez maintenant, tout est prêt." Mais ceux-ci s’excusèrent tous
l’un après l’autre. Le premier lui fit dire : "J’ai acheté un champ
et il faut absolument que j’aille le voir. Excuse-moi, je te prie." Un
autre dit : "Je viens d’acquérir cinq paires de bœufs, et je m’en
vais les essayer. Excuse- moi, je te prie." Un autre encore dit: "Je
viens de me marier, il m’est donc impossible de venir." Quand le serviteur
fut de retour auprès de son maître, il lui rapporta toutes les excuses qu’on
lui avait données. Alors le maître de la maison se mit en colère et dit à son
serviteur : "Dépêche-toi ! Va-t’en sur
les places et dans les rues de la ville et amène ici les pauvres, les
estropiés, les aveugles, les paralysés… !" Au bout d’un moment, le
serviteur vint dire : "Maître, j’ai fait ce que tu m’as dit, mais il
y a encore de la place." - "Eh bien, lui dit le maître, va sur les
chemins, le long des haies, fais en sorte que les gens viennent, pour que ma
maison soit pleine. Une chose est sûre: pas un seul des premiers invités ne
goûtera à mon festin." (Luc 14,1-24)
[6] Éléazar ?