"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

© Fondation héritière de Maria Valtorta.

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 6.364 - Al Tempio. Preghiera universale e parabola del figlio vero e dei figli bastardi.

 3.363 - At the Temple. The "Our Father" and a Parable on True Sons.

 4.364 - En el Templo. Oración universal y parábola del hijo verdadero y los hijos bastardos.

 6.411 - Jesus im Tempel; Vaterunser; Gleichnis über die Söhne.



Vue aérienne reconstituée de Jérusalem au temps de Jésus.


Mardi 7 mars 29
(5 Adar II 3789)
Jérusalem.


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 Sanctification de Maria Valtorta.

 Le Pater noster.

 La parabole sur les fils.

 Guérison collective des prosélytes.


 

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Ancienne édition : Tome 5, chapitre 54.
Nouvelle édition : Tome 6, chapitre 364.

Tome 6
Troisième année de la vie publique de Jésus
(suite)

364
Au Temple. Prière universelle (le Pater Noster) et la parabole du bon fils et des fils indignes.

Le mardi 1er janvier 1946,
à 6,35 heures du matin.

11>  364.1 - Jésus dit :      

"Lève-toi, Maria (Valtorta). Sanctifions le jour par une page d'Évangile. Car ma Parole est sanctification. Regarde, Maria. Parce que regarder les jours du Christ sur la terre, c'est sanctification. Écris, Maria. Parce qu'écrire sur le Christ, c'est sanctification. Parce que répéter ce que dit Jésus, c'est sanctification. Parce que prêcher Jésus, c'est sanctification. Parce qu'instruire les frères, c'est sanctification. Il te sera donné une grande récompense pour cette charité."      


 364.2 - Jésus a quitté Rama (vision du 17 décembre 1945) et il est déjà en vue de Jérusalem. Il avance, comme l'année précédente[1], en chantant les psaumes prescrits[2]. 

Beaucoup de gens, sur la route très fréquentée, se retournent pour regarder le groupe apostolique qui passe. Certains saluent respectueusement ; d'autres se bornent à jeter un coup d’œil en souriant avec vénération, ce sont surtout des femmes ; il y en a qui se contentent de regarder ; d'autres qui ont un sourire ironique et méprisant ; d'autres enfin passent hautains et manifestement malveillants. Jésus avance tranquillement, habillé proprement et convenablement. Comme tous les autres, Lui aussi a changé de vêtement en vue d'une entrée convenable et, je dirais, correcte, dans la cité sainte.    

Marziam aussi est cette année à la hauteur des circonstances avec ses habits neufs et il marche à côté de Jésus chantant de bon cœur d'une voix plutôt désagréable car elle est en mue. Mais sa tonalité imparfaite se perd dans le chœur fourni des voix de ses compagnons. Elle s'élève seule et argentine dans les notes élevées qu'il décroche encore avec netteté et sûreté. Il est heureux, Marziam...

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12> Ils vont entrer par la Porte de Damas[3] qui est déjà en vue mais il leur faut s'arrêter et interrompre les chants à cause d'une pompeuse caravane qui occupe toute la route et interrompt la circulation en obligeant de rester sur le bord du chemin. Mais cet itinéraire est le plus court. Marziam demande alors :        

"Mon Seigneur, ne vas-tu pas dire une autre belle parabole pour ton fils absent
[4] ? Je voudrais la joindre aux autres écrits que je possède, parce que sûrement nous trouverons à Béthanie ses envoyés et ses nouvelles. Et je désire lui donner une joie comme je l'ai promis et comme son cœur et le mien le désirent..."

"Oui, mon fils. Bien sûr que je vais te la donner."    

"Une qui vraiment le console et qui lui dise qu'il est toujours aimé de Toi..."        

"J'en parlerai ainsi et j'en aurai de la joie parce que ce sera une vérité qui sera dite."          

"Quand la diras-tu, Seigneur ?"

"Tout de suite. Nous allons tout de suite au Temple comme on le doit, et là je parlerai avant qu'on ne m'empêche de le faire."       

"Et tu parleras pour lui ?"         

"Oui, mon fils."    

"Merci, Seigneur ! Ce doit être tellement douloureux d'être ainsi séparés..." dit Marziam   

Une larme brille dans ses yeux noirs. 

Jésus lui met la main sur les cheveux,
 364.3 - se retourne pour faire signe aux douze de s'approcher pour reprendre la marche. Les douze, en effet, s'étaient arrêtés pour écouter des gens dont je ne sais s'ils croyaient au Maître ou s'ils désiraient le connaître, et qui s'étaient arrêtés eux aussi pour la même raison que Jésus et les siens.       

"Nous arrivons, Maître. Nous écoutions ces gens parmi lesquels il y a des prosélytes venus de loin, qui nous demandaient où ils auraient pu t'approcher" dit Pierre en accourant. 

"Pour quel motif le désiraient-ils ?"    

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13> Et
Pierre, maintenant aux côtés de Jésus qui reprend la marche, dit :        

"Par le désir d'entendre ta parole et aussi pour être guéris de certaines infirmités. Tu vois ce char couvert, tout en arrière ? Ce sont des prosélytes de la Diaspora, venus par mer ou par un long voyage, poussés par la foi en Toi en plus que par le respect pour la Loi, à faire ce voyage. Il y en a d'Éphèse
[5], de Pergé[6] et d'Iconium[7], et il y en a un, pauvre, de Philadelphie[8], qu'eux, riches marchands pour la plupart, ont accueilli par pitié sur leur char, en pensant se rendre propice le Seigneur."     

"Marziam, va leur dire de me suivre au Temple. Et ils auront l'une et l'autre chose : la santé pour l'âme par la parole, et la santé pour leurs corps s'ils savent avoir foi."  

L’adolescent s'en va rapidement, mais des douze s'élève un chœur de désapprobation pour "l'imprudence" de Jésus qui veut se mettre en évidence au Temple...          

"Nous y allons justement pour leur faire voir que je n'ai pas peur. Pour montrer qu'aucune menace ne peut me faire désobéir au précepte. Mais vous n'avez pas encore compris leur jeu ? Toutes ces menaces, tous ces conseils qui ne sont amicaux qu'en apparence, ont pour but de me faire pécher, pour avoir un véritable élément d'accusation. Ne soyez pas lâches. Ayez foi. Ce n'est pas mon heure."      

"Mais pourquoi ne vas-tu pas d'abord rassurer ta Mère ? Elle t'attend..." dit
Judas Iscariote.   

"Non. Je vais d'abord au Temple qui, jusqu'au moment marqué par l'Éternel, est la Maison de Dieu.
Ma mère souffrira moins, en m'attendant, qu'elle ne souffrirait en sachant que je suis à prêcher au Temple. Et de cette façon j'honore mon Père et ma Mère en donnant au Premier les prémices de mes heures pascales, et à la seconde la tranquillité. Allons, ne craignez pas. Du reste si quelqu’un a peur, qu'il aille au Gethsémani pour couver sa peur parmi les femmes."  

Les apôtres, fouettés par cette dernière observation, ne parlent plus. Ils se remettent en rangs, trois par trois, et ils sont quatre seulement au premier rang où se trouve Jésus, jusqu'à ce que Marziam vienne la compléter à cinq, si bien que le Thaddée et le Zélote passent derrière Jésus, resté au milieu entre Pierre et Marziam.          

 364.4 - À la Porte de Damas, ils voient Manahen.     

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14> "Seigneur, j'ai pensé qu'il valait mieux me faire voir pour enlever tout doute sur la situation. Je t'assure qu'il n'y a rien, en dehors de l'animosité des pharisiens et des scribes, de dangereux pour Toi. Tu peux aller en toute sûreté."        

"Je le savais, Manahen. Mais je te suis reconnaissant. Viens avec Moi au Temple, si cela ne te pèse pas..."           

"Me peser ? Mais, pour Toi je défierais le monde entier ! Rien ne me fatiguerait !"         

L'Iscariote marmonne quelque chose.

Manahen se retourne fâché. Il dit d'une voix assurée : "Non, homme, ce ne sont pas des "paroles". Je prie le Maître d'éprouver ma sincérité."       

"Il n'en est pas besoin, Manahen. Allons."     

Ils avancent à travers une foule serrée et, arrivés à une maison amie, ils se débarrassent des sacs que Jacques, Jean et André déposent pour tous dans un atrium long et sombre. Puis ils rejoignent leurs compagnons.      

 364.5 - Ils entrent dans l'enceinte du Temple en passant près de l'Antonia. Les soldats romains regardent mais ne bougent pas. Ils parlent entre eux. Jésus les observe pour voir s'il y a quelqu'un de sa connaissance, mais il ne voit ni Quintilien ni le soldat Alexandre.        

Les voilà dans le Temple, dans le grouillement peu sacré des premières cours où sont les marchands et les changeurs
[9]. Jésus regarde et frémit. Il pâlit et paraît grandir encore tant est solennelle sa démarche sévère.       

L'Iscariote le tente :        

"Pourquoi ne répètes-tu pas le geste saint
[10] ? Tu le vois ? Ils ont oublié... et la profanation est de nouveau dans la Maison de Dieu. Tu ne t'en émeus pas ? Tu ne te dresses pas pour la défendre ?"  

Le visage brun et beau, mais ironique et faux malgré les efforts que fait Judas pour qu'il ne paraisse pas tel, est presque celui d'un renard quand, une peu penché comme par un respect plein de vénération, il dit ces paroles à Jésus en le scrutant par en-dessous.       

"Ce n'est pas l'heure. Mais tout cela sera purifié. Et pour toujours !..." dit Jésus avec décision.       

Judas sourit et commente :       

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15> "Le "pour toujours" des hommes !! Beaucoup trop précaire, Maître ! Tu le vois !..."      

Jésus ne lui répond pas, absorbé comme il l'est à saluer de loin
Joseph d'Arimathie qui passe, enveloppé dans son riche manteau, suivi par d'autres.        

Ils font les prières rituelles et puis reviennent à la Cour des Gentils, sous les portiques de laquelle se pressent les gens.     

 364.6 - Les prosélytes[11] rencontrés en route ont suivi Jésus. Ils ont traîné leurs malades avec eux, et maintenant ils les étendent à l'ombre sous les portiques, près du Maître. Leurs femmes, qui les attendent ici, s'approchent tout doucement. Toutes voilées. Mais une, peut-être malade, est déjà assise et ses compagnes la conduisent près des autres malades. D'autres gens se serrent autour de Jésus. Je vois que les groupes de rabbins sont stupéfaits et désorientés par la venue publique et la prédication de Jésus.        

"La paix soit avec vous, ô vous tous qui m'écoutez ! La Pâque sainte ramène les fils fidèles dans la Maison du Père. Elle semble, notre Pâque bénie, une mère soucieuse du bien de ses fils. Elle les appelle à haute voix pour qu'ils viennent, qu'ils viennent de partout, laissant en suspens tout souci pour un souci plus grand, l'unique vraiment grand et utile : celui d'honorer le Seigneur et Père. Cela fait comprendre comment nous sommes frères ; et de cela, par un suave témoignage, surgit l'ordre et l'engagement d'aimer le prochain comme soi-même. Nous ne nous sommes jamais vus ? Nous nous ignorions ? Oui. Mais si nous sommes ici, car fils d'un Unique Père qui nous veut dans sa Maison pour le banquet pascal, voilà que, si ce n'est par nos sens matériels, certainement par la partie supérieure, nous nous sentons des êtres égaux, des frères, venus d'Un Seul, et nous nous aimons comme si nous avions grandi ensemble. C'est une anticipation, cette union d'amour qui est la nôtre, de l'autre plus parfaite dont nous jouirons dans le Royaume des Cieux, sous le regard de Dieu, tous embrassés par son Amour : Moi, Fils de Dieu et de l'Homme, avec vous, hommes fils de Dieu. Moi, le Premier-né, avec vous, frères, aimés au-delà de toute mesure humaine, jusqu'à me faire Agneau pour les péchés des hommes.

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16> Mais nous qui jouissons au moment présent de notre fraternelle union dans la Maison du Père, souvenons-nous aussi de ceux qui sont loin et qui pourtant sont nos frères dans le Seigneur ou par l'origine. Ayons-les dans notre cœur. Portons-les dans notre cœur, eux, les absents, devant l'autel saint. Prions pour eux en recueillant avec l'esprit leurs voix lointaines, leur nostalgie d'être ici, leurs soupirs. Et comme nous recueillons ces soupirs conscients des Israélites absents, recueillons aussi ceux des âmes qui appartiennent à des hommes qui ne savent même pas qu'ils ont une âme et qu'ils sont les fils d'Un Seul. Toutes les âmes du monde crient dans la prison de leurs corps vers le Très-Haut. Dans leurs sombres prisons elles gémissent vers la Lumière. Nous, qui sommes dans la lumière de la vraie Foi, ayons pitié d'eux.      

 364.7 - Prions : Notre Père qui es dans les Cieux, que ton Nom soit sanctifié par toute l'Humanité ! Le connaître, c'est aller vers la sainteté. Fais que les gentils et les païens connaissent ton existence, ô Père saint, et, comme les trois sages d'un temps désormais lointain mais pas inerte, car rien n'est inerte de ce qui se rapporte à l'avènement de la Rédemption dans le monde, qu'ils viennent vers Dieu, vers Toi, Père, guidés par l'Etoile de Jacob, par l'Etoile du Matin, par le Roi et le Rédempteur de la race de David, par Celui que Tu as oint, déjà offert et consacré afin d'être Victime pour les péchés du monde.      

Que vienne ton Règne en tout lieu de la terre où on te connaît et on t'aime, où encore on ne te connaît pas. Et qu'il vienne surtout pour ceux qui sont trois fois pécheurs, qui tout en te connaissant ne t'aiment pas dans tes œuvres et manifestations de Lumière, et qui cherchent à repousser et à étouffer la Lumière venue dans le monde parce que ce sont des âmes de ténèbres, qui préfèrent les œuvres de ténèbres et ne savent que vouloir étouffer la Lumière du monde et t'offenser Toi-même, car Tu es la Lumière très Sainte et le Père de toutes les lumières, en commençant par celle qui s'est faite Chair et Parole pour apporter ta Lumière à toutes les âmes de bonne volonté.     

Que soit faite, Père très Saint, ta Volonté en tout cœur qui existe dans le monde, c'est-à-dire que tout cœur se sauve et que pour aucun ne soit sans fruit le Sacrifice de la Grande Victime, parce que telle est ta Volonté : que l'homme se sauve et jouisse de Toi, Père Saint, après le pardon qui va être donné.

Donne-nous tes secours, ô Seigneur, tous tes secours. Et donne-les à tous ceux qui attendent, à ceux qui ne savent pas qu'ils attendent, donne-les aux pécheurs avec le repentir qui sauve, donne-les aux païens avec la blessure de ton appel qui secoue, donne-les aux malheureux, donne-les aux reclus, aux exilés, à ceux qui sont malades du corps ou de l'esprit, donne-les à tous, Toi qui es le Tout, parce que le temps de la Miséricorde est venu.       

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17> Pardonne, ô Père Bon, les péchés de tes fils. De ceux de ton peuple qui sont les plus graves, de ceux qui sont coupables de vouloir rester dans l'erreur, alors que ton amour de prédilection a justement donné à ce peuple la Lumière. Et donne le pardon à ceux qu'abrutit un paganisme corrompu qui enseigne le vice, et qui se noient dans ce paganisme lourd et méphitique, alors qu'il y a parmi eux des âmes de valeur elles aussi, et que Tu aimes puisque Tu les as créées. Nous pardonnons, Moi le premier je pardonne, pour que Tu puisses pardonner, et sur la faiblesse des créatures nous invoquons ta protection pour que Tu délivres du Principe du Mal, duquel viennent tous les crimes, toutes les idolâtries, toutes les fautes, toutes les tentations et erreurs, ceux que Tu as créés. Ô Seigneur, délivre-les du Prince horrible pour qu'ils puissent venir à la Lumière éternelle."

 364.8 – L’assistance a suivi avec attention cette solennelle prière. Des rabbins célèbres se sont approchés, parmi lesquels, tenant pensivement dans la main son menton barbu, il y a aussi Gamaliel... Un groupe de femmes se sont approchées, toutes enveloppées dans des manteaux avec une sorte de capuchon qui leur cache le visage. Et les rabbins se sont écartés dédaigneusement... Sont accourus aussi, attirés par la nouvelle de l'arrivée du Maître, de nombreux disciples fidèles parmi lesquels Hermas, Etienne, le prêtre Jean. Et puis Nicodème et Joseph, deux inséparables, et d'autres de leurs amis qu'il me semble avoir déjà vus.     

Pendant la pause qui succède à la prière du Seigneur, qui se recueille en Lui-même avec une austérité solennelle, on entend Joseph d'Arimathie qui dit :        

"Eh bien, Gamaliel ? Cela ne te paraît, ne te paraît pas encore, une parole du Seigneur ?"

"Joseph, il m'a été dit : "Ces pierres frémiront au son de mes paroles" répond Gamaliel.

Étienne crie avec impétuosité :

"Accomplis le prodige, Seigneur ! Commande, et elles s'ébranleront ! Que croule l'édifice, mais que s'élèvent dans les cœurs les murs de la Foi en Toi, ce serait un grand don ! Fais-le pour mon maître !"     

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18> "Blasphémateur !" crie un groupe furieux de rabbins et de leurs élèves.        

"Non" crie à son tour Gamaliel. "Mon disciple parle en disant une parole inspirée. Mais nous nous ne pouvons l'accepter parce que l'Ange de Dieu ne nous a pas encore purifiés du passé avec le charbon pris à l'Autel de Dieu
[12]... Et peut-être, même si son cri - et il montre Jésus - arrachait les gonds de ces portes, nous ne saurions pas encore croire..."

Il relève un pan de son ample manteau très blanc, et s'en couvre la tête en cachant presque son visage, et il s'en va.        

Jésus le regarde partir... 
 364.9 - Puis il reprend la parole pour répondre à certains qui murmurent entre eux et qui paraissent scandalisés et qui, pour rendre plus explicite leur scandale, s'en déchargent sur Judas de Kérioth avec toute une suite de plaintes que l'apôtre subit sans réagir en haussant les épaules et en montrant un visage pas du tout satisfait.       

Jésus dit :  

"En vérité, en vérité je vous dis que ceux qui paraissent bâtards sont de vrais fils et ceux qui sont de vrais fils deviennent bâtards.

Écoutez, vous tous, une parabole.        

 Il y avait une fois un homme qui pour ses affaires dut s'absenter longtemps de sa maison en laissant des fils encore enfants. De l'endroit où il se trouvait, il écrivait des lettres à ses fils aînés pour les garder toujours dans le respect du père absent et pour leur rappeler ses instructions. Le dernier, qui était né après son départ, était encore en nourrice chez une femme éloignée de l'endroit et qui était du pays de son épouse, femme d'une autre race. L'épouse mourut alors que ce fils était encore petit et loin de la maison. Les frères dirent : "Laissons-le là où il est, chez les parents de notre mère. Peut-être le père l'oubliera et ce sera à notre avantage, ayant à partager l'héritage avec un de moins, quand notre père viendra à mourir". Et ils agirent ainsi. De cette façon, l'enfant qui était au loin, vécut, élevé par ses parents maternels, ignorant les instructions du père, ignorant qu'il avait un père et des frères ou, ce qui est pire, connaissant l'amertume de cette réflexion : "Tous m'ont repoussé comme si j'étais un bâtard", et il en arriva à croire qu'il l'était, tant il se sentait rejeté par son père.        

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19> Devenu homme il prit un emploi. En effet, aigri comme il l'était par ces pensées, il avait pris en haine même la famille de sa mère qu'il pensait coupable d'adultère. Le hasard voulut que ce jeune homme s'en allât dans la ville où était son père. Et sans savoir qui il était, il le fréquenta et il eut l'occasion de l'entendre parler. L'homme était un sage. Et comme il n'avait pas de satisfactions avec ses fils éloignés de lui — désormais ils agissaient à leur guise, ne maintenant que des rapports conventionnels avec leur père qui vivait au loin, tout juste pour qu'il se rappelât qu'ils étaient "ses" fils et pour qu'il s'en souvienne dans son testament — il donnait des conseils raisonnables à des jeunes qu'il avait l'occasion d'approcher dans la ville où il était. Le jeune homme fut attiré par cette droiture toute paternelle à l'égard de tant de jeunes et non seulement il le fréquenta mais il se fit un trésor de toutes ses paroles et en rendit meilleur son esprit aigri.      

L'homme tomba malade, et il dut se décider à retourner dans sa patrie. Le jeune homme lui dit : "Seigneur, toi seul m'as parlé avec justice en élevant mon âme. Permets-moi de te suivre comme serviteur. Je ne veux pas retomber dans le mal où j'étais". "Viens avec moi. Tu prendras la place du fils dont je n'ai pu avoir de nouvelles". Et ils retournèrent ensemble à la maison paternelle.        

Ni le père, ni les frères, ni le jeune homme lui-même, ne se rendirent compte que le Seigneur avait réuni de nouveau ceux d'un même sang sous un même toit. Mais le père dut beaucoup pleurer pour les fils qu'il connaissait, car il les trouva oublieux de ses enseignements, avides, le cœur dur, sans plus de foi en Dieu, mais au contraire avec beaucoup d'idolâtries dans le cœur : orgueil, avarice et luxure étaient leurs dieux, et ils ne voulaient pas entendre parler d'autre chose que d'intérêts humains. L'étranger, au contraire, s'approchait toujours plus du Seigneur, devenait juste, bon, affectueux, obéissant. Les frères le haïssaient parce que le père aimait cet étranger. Lui pardonnait et aimait car il avait compris que c'est dans l'amour que réside la paix.  

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20> Un jour le père, dégoûté de la conduite de ses fils, leur dit : "Vous vous êtes désintéressés des parents de votre mère et jusque de votre frère. Vous me rappelez la conduite des fils de Jacob envers leur frère Joseph[13]. Je veux aller dans ce pays pour avoir de ses nouvelles ; il peut se faire que je le retrouve et que j'en sois réconforté". Et il prit congé tant de ses fils que du jeune inconnu, en donnant à ce dernier un petit capital pour qu'il pût retourner à l'endroit d'où il était venu et y monter un petit commerce. 

Lorsqu’il fut arrivé à la ville de l'épouse qu'il avait perdue, les parents de celle-ci lui racontèrent que le fils abandonné, qui portait d'abord le nom de Moïse, avait pris le nom de Manassé
[14] parce que lui en naissant avait fait oublier à son père d'être juste puisqu'il l'avait abandonné.     

"Ne me faites pas tort ! On m'avait dit que l'on avait perdu les traces de l'enfant, et je n'espérais même plus trouver quelqu'un d'entre vous. Mais parlez-moi de lui. Comment est-il ? Est-il devenu fort ? Ressemble-t-il à mon épouse aimée, qui mourut en me le donnant ? Est-il bon ? M'aime-t-il ?"

"Pour être fort, il l'est, et il est beau comme sa mère, à part qu'il a les yeux franchement noirs. Mais de sa mère il a pris jusqu'à son envie de caroube au côté. De toi, au contraire, il a le léger zézaiement. Devenu adulte il est parti d'ici, aigri par sa situation, ayant des doutes sur l'honnêteté de sa mère et de la rancœur à ton égard. Il aurait été bon s'il n'avait pas eu cette rancœur dans l'âme. Il est parti au-delà des monts et du fleuve à Trapezius
[15] pour..."  

"À Trapezius, vous dites ? Dans le Sinope
[16] ? Oh ! dites-moi ! Là-bas j'y étais et j'ai connu un jeune homme qui zézayait un peu, seul et triste, et si bon sous son apparente dureté. C'est lui ? Dites ?"       

"C'est peut-être lui. Recherche-le. Au côté droit il a une caroube en relief et sombre comme l'avait ta femme".       

L'homme partit précipitamment dans l'espoir de retrouver encore l'étranger chez lui. Il était parti pour retourner à la colonie de Sinope. Et l'homme y revint... Il le trouva. Il le fit venir pour découvrir son côté. Il le reconnut. Il tomba à genoux en louant Dieu de lui avoir rendu son fils qui était meilleur que les autres qui s'abêtissaient de plus en plus alors que lui, pendant les mois qui s'étaient écoulés, était devenu de plus en plus saint. Et il dit à son bon fils : "Tu auras la part de tes frères, puisque toi, sans amour de la part de personne, tu t'es rendu plus juste que tout autre".  

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21> Et n'était-ce pas justice ? Bien sûr que si. En vérité je vous dis que sont de vrais fils du Bien ceux qui, rejetés par le monde, méprisés, haïs, critiqués, abandonnés comme bâtards, considérés comme une honte et une mort, savent surpasser les fils qui ont grandi dans la maison mais qui sont rebelles à ses lois. Ce n'est pas d'appartenir à Israël qui donne droit au Ciel, ni d'être pharisien, scribe ou docteur qui assure ce sort. C'est d'avoir une volonté bonne et de venir généreusement à la Doctrine de l'amour, de se renouveler en elle, pour devenir par elle fils de Dieu en esprit et en vérité.      

Vous tous qui écoutez, sachez que beaucoup qui se croient sûrs en Israël seront supplantés par ceux qui sont pour eux des publicains, des prostituées, des gentils, des païens et des galériens. Le Royaume des Cieux appartient à ceux qui savent se renouveler en accueillant la Vérité et l'Amour."       

 364.10 - Jésus se retourne et il va vers le groupe des malades prosélytes. "Savez-vous croire en ce que j'ai dit ?" demande-t-il à haute voix. 

"Oui, ô Seigneur !" répondent-ils en chœur.  

"Voulez-vous accueillir la Vérité et l'Amour ?"         

"Oui, ô Seigneur."

"Si je ne vous donnais que cela, seriez-vous contents ?"     

"Seigneur, tu sais ce dont nous avons le plus besoin. Donne-nous surtout ta paix et la Vie éternelle." 

"Levez-vous et allez louer le Seigneur ! Vous êtes guéris au Nom saint de Dieu."        

Et rapidement il se dirige vers la première porte qu'il trouve, en se mêlant à la foule qui remplit Jérusalem, avant même que la foule exaltée et stupéfaite qui se trouve dans la Cour des Païens puisse le rechercher en criant des hosannas...



Les apôtres, désorientés, le perdent de vue. Seul Marziam qui n'a jamais cessé de tenir un pan de son manteau, court heureux à son côté en disant : "Merci, merci, merci, Maître ! Merci pour Jean ! J'ai tout écrit pendant que tu parlais. Je n'ai qu'à ajouter le miracle. Oh ! c'est beau ! Vraiment pour lui ! Il en sera si heureux… !"         

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Fiche mise à jour le
22/11/2023.

 



[1] Comme l’année précédente : voir EMV 195.4.   

[2] Les cantiques des montées : ensemble de 15 psaumes chantés lors des pèlerinages. Voir la note 1 d'EMV 367. 

[3] Porte au nord-ouest de la Ville. 

[4] Il s'agit de Jean d’Endor, précepteur du jeune Margziam, exilé par force à Antioche.           

[5] Éphèse - En Turquie (Selçuk), sur la mer Égée, à 60 km au sud de Smyrne. Son temple de Cybèle comptait pour l’une des sept merveilles du monde. Elle devient la capitale de l’Asie romaine avec plus de 200.000 habitants. Selon l'Apocalypse, c’est une des sept églises : elle est fidèle, mais endormie dans sa gloire passée.       

[6] Pergé : Une des villes principales de la Pamphylie. Région de la côte méridionale de la Turquie, à l’ouest de la Cilicie. Ses habitants sont présents à Jérusalem, lors de l’effusion de l’Esprit-Saint sur les apôtres, à la Pentecôte.       

[7] Iconium : Konya de Turquie, à 230 km au sud d’Ankara. Capitale de la Lycaonie région de la Cappadoce. 

[8] Philadelphie : Située en Lydie (ouest de la Turquie) entre Sardes et Colosses. Aujourd’hui Alashehir. Ce sera une des sept églises citées par Jean dans son Apocalypse comme étant la plus fidèle.  

[9] Pour localiser l’endroit du Temple où se trouvent les marchands, se reporter à la note 3 d’EMV 53.1.

[10] Celui où Jésus chasse pour la première fois les marchands du Temple (EMV 53.4).          

[11] Pour la définition d’un prosélyte, voir la note 7 d’EMV 323.8.           

[12] Purification comme dans Isaïe 6,6-7.  

[13] Les frères de Joseph, jaloux de l’affection que lui portait son père Jacob, le vendirent aux égyptiens (Genèse 37,3-28).          

[14]  Manassé veut dire "il fait oublier". Cela est expliqué en Genèse 41,51.       

[15] Trapezius ou Trapézous : Au nord de l’Arménie sur la mer noire. Voir l’article sur Sinope et Trapézous dans l’Antiquité.          

[16] Sinope ou Sinop : Au nord de la Turquie, en bordure de la mer noire (Pont-Euxin) Capitale ou ville principale du royaume du Pont.