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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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vendredi 24 mars 28 vers
Jérusalem
- L'expérience de Jean d'Endor et de Judas 318 - Jésus confirme la sagesse de Jean d'Endor 319 - Réaction des apôtres à la colère de Judas 320 - Les apôtres se mettent en tenue 320 - L'entrée à Jérusalem de la foule 321 - Et du groupe apostolique 321 |
3.56. |
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318> Le temps est à la
pluie et Pierre me paraît un Énée retourné, car au
lieu d'emmener son père, il a sur ses épaules le petit Jabé tout recouvert du
manteau de Pierre. Sa petite tête émerge au-dessus de la tête grisonnante de
Pierre qui a les bras du petit autour de son cou et qui rit en pataugeant
dans les mares. "On pouvait nous épargner celle-là"
bougonne l'Iscariote énervé par l'eau qui
tombe du ciel et qui du sol gicle sur les vêtements. "Hé ! Il y a tant de choses qu'on
pourrait s'épargner !" répond Jean d'Endor en fixant de son œil
unique, qui je crois voit comme deux, le beau Judas. "Que veux-tu dire ?" "Je veux dire qu'il est inutile de
prétendre que les éléments aient des égards pour nous quand nous n'en avons
pas pour nos semblables, et en des matières bien plus graves que ne le sont
deux gouttes d'eau ou une éclaboussure." "C'est vrai, mais j'aime entrer dans la
ville en tenue et propre. J'ai beaucoup d'amis, moi, et haut placés." "Attention, alors, à ne pas
tomber." "Tu me taquines ?" "Non ! Mais je suis un vieux maître
et... un vieil écolier. Depuis que je vis, j'apprends. D'abord, j'ai appris à
végéter, puis j'ai observé la vie, puis j'ai Connu l'amertume de la vie, j'ai
exercé une justice inutile: celle de celui qui est "seul " contre
Dieu et contre la société. Dieu m'a châtié par le remords, la société par les
chaînes, par conséquent au fond c'est moi qui suis tombé sous les coups de la
justice. Enfin, maintenant j'ai appris, je suis en train d'apprendre, à
"vivre". Maintenant, étant maître et écolier, tu comprends qu'il
m'est... naturel de répéter les leçons." "Mais moi, je suis l'apôtre..." "Et moi, je suis un malheureux, je le
sais et je ne devrais pas me permettre de te faire la leçon. Mais, vois-tu,
on ne sait jamais ce qu'on peut devenir. Je croyais mourir à Chypre,
pédagogue honnête et respecté, et je suis devenu un homicide et un forçat.
Mais quand je levais le couteau pour me venger, et quand je traînais mes
chaînes en haïssant l'univers, si on m'avait dit que je deviendrais un
disciple du Saint, j'aurais douté de la raison de celui qui me l'aurait dit.
Et pourtant... tu le vois! Qui sait donc si même à toi, apôtre, je ne peux
donner quelque bonne leçon ? A cause de mon expérience, non à
cause de ma sainteté. Je n'y pense même pas." 319> "Il a raison ce
romain de t'appeler Diogène." "Bien sûr. Mais Diogène cherchait
l'homme et ne le trouva pas. Moi, plus heureux que lui, j'ai trouvé un
serpent où je croyais qu'il y avait une femme et un coucou dans l'homme que
je regardais comme un ami, mais après avoir erré pendant tant d'années rendu
fou par cette connaissance, j'ai trouvé l'Homme, le Saint." "Moi, je ne connais d'autre sagesse que
celle d'Israël." "S'il en est ainsi, tu as déjà de quoi
te sauver. Maintenant, cependant tu as aussi la science, ou plutôt la sagesse
de Dieu." "C'est la même chose." "Oh ! non ! C'est comme un
jour brumeux, par rapport à un jour ensoleillé." "En somme, tu veux me donner des leçons?
Moi, je n'en veux pas." "Laisse-moi parler ! D'abord je
parlais aux enfants : ils étaient distraits. Ensuite aux ombres: elles me
maudissaient. Après cela, aux poulets: ils étaient meilleurs que les deux
premiers, bien meilleurs. Maintenant je parle avec moi-même, ne pouvant
encore parler avec Dieu. Pourquoi veux-tu m'en empêcher? Je n'ai que la
moitié de la vue, ma vie est brisée par les mines, j'ai le cœur malade depuis
tant d'années. Permets au moins que ma pensée ne devienne pas stérile." "Jésus est Dieu." "Je le sais, je le crois. Plus que toi,
car je suis revenu à la vie grâce à Lui, toi non. Mais bien que Lui soit le
Bien, c'est toujours Lui: Dieu, et le pauvre malheureux que je suis n'ose pas
le traiter familièrement comme tu le fais. Mon âme Lui parle... mais les
lèvres n'osent pas. L'âme, et je pense que Lui la sent au milieu de ses
pleurs de reconnaissance et d'amour repentant." "C'est vrai, Jean. Je sens ton âme - Jésus entre dans la conversation. Judas rougit de
honte, l'homme d'Endor, de joie - Je sens ton âme, c'est vrai. Et je sens
aussi le travail de ton esprit. Tu as bien dit. Quand tu te seras formé en
Moi, cela te servira d'avoir été un maître et un écolier attentif. Parle,
parle, même avec toi-même..." "Une fois, Maître, et il n'y a pas
longtemps, tu m'as dit que c'était mal de parler avec son propre moi"
observe Judas avec impertinence. "C'est vrai, je l'ai dit. Mais c'est
parce que tu médisais avec ton propre moi. Cet homme ne médit
pas : il médite et dans un but excellent. Il n'agit pas mal." 320> "En somme, j'ai
tort !" Judas est agressif. "Non. Il pleut dans ton cœur. Mais le
temps ne peut pas toujours être serein. Les paysans désirent la pluie et
c'est charité de prier pour qu'elle vienne. La pluie aussi c'est charité. Mais
regarde, voici un bel arc-en-ciel qui d'Atarot se
courbe sur Rama. Nous avons déjà dépassé Atarot. Le triste vallon est franchi, Ici tout est
cultivé et riant sous le soleil qui disloque les nuages, Quand nous serons à Rama, nous serons à trente-six stades [1] de Jérusalem. Nous
la reverrons après cette colline qui marque le lieu de l'horrible débauche à
laquelle se sont livrés les Gabaonites [2]. C'est une chose
redoutable que la morsure de la chair, Judas..." Judas ne répond pas et s'éloigne en
pataugeant avec colère dans les flaques d'eau. "Mais qu'est-ce qu'il a,
aujourd'hui ?" demande Barthélemy. "Tais-toi, que Simon de Jonas n'entende pas.
Évitons les discussions et... et n'empoisonnons pas Simon. Il est si heureux
avec son enfant !" "Oui, Maître. Mais ce n'est pas bien. Je
le lui dirai." "Il est jeune, Nathanaël. Toi aussi tu
l'as été..." "Oui... mais... il ne doit pas te
manquer de respect !" Sans le vouloir, il élève la voix. Pierre accourt : "Qu'est-ce qu'il y
a ? Qui manque de respect ? Le nouveau disciple ?" et il
regarde Jean d'Endor qui s'est discrètement effacé quand il a compris que
Jésus corrigeait l'apôtre, et qui est en train de parler avec Jacques d'Alphée et Simon le Zélote. "Pas du tout. Il est respectueux comme
une fillette." "Ah ! bien ! Autrement...
hein ! son œil était en danger. Alors... alors c'est
Judas !..." "Écoute, Simon, ne pourrais-tu pas
t'occuper de ton petit ? Tu me l'as pris, et puis tu veux te mêler d'une
conversation amicale entre Nathanaël et Moi. Ne te semble-t-il pas que tu
veuilles faire trop de choses ?" Jésus sourit si tranquillement que
Pierre reste indécis sur son jugement. Il regarde Barthélemy... mais il a
levé son visage aquilin pour regarder le ciel... Pierre sent s'évanouir son
soupçon. L'apparition de la Cité finit de le distraire
de tout. Elle est désormais voisine, visible dans toute sa beauté de
collines, d'oliveraies, de maisons, du Temple en particulier. Cette vue
devait être toujours une source d'émotion et d'orgueil pour les israélites.
Le soleil très chaud de l'avril de Judée a vite essuyé les pierres de la
route consulaire. 321> Maintenant les flaques d'eau il
faudrait vraiment les chercher. Les apôtres se mettent en tenue sur le bord
de la route, ils laissent retomber leurs vêtements qu'ils avaient relevés.
Ils lavent leurs pieds boueux dans un clair ruisseau, mettent en ordre leurs
chevelures, se drapent dans leurs manteaux. Et ainsi fait Jésus. Je vois que
tout le monde fait la même chose.
Ici, la troupe apostolique se forme ainsi:
devant Jésus et Pierre avec l'enfant au milieu; derrière Simon, l'Iscariote
et Jean; puis André qui a obligé Jean d'Endor à se mettre entre
lui et Jacques de Zébédée; au quatrième rang,
les deux cousins du Seigneur avec Matthieu; enfin Thomas avec Philippe et Barthélemy. Ici,
c'est Jésus qui entonne de sa puissante et très belle voix de baryton léger
qui fait ressortir les vibrations du ténor, et auquel répond Judas Iscariote,
un vrai ténor, et Jean à la voix limpide et encore jeune, et les deux voix de
baryton des cousins de Jésus et la voix de basse de Thomas, baryton tellement
profond qu'il n'est plus guère baryton. Les autres, doués de voix moins
belles, accompagnent en sourdine le chœur des virtuoses du groupe. (Les
psaumes sont les psaumes connus, appelés graduels). Le petit Jabé, voix d'ange au milieu des voix robustes des hommes,
chante très bien, parce qu'il le connaît peut-être mieux que les autres, le
psaume CXXI [3] : "Je me suis
réjoui parce qu'on m'a dit : "Nous irons vers la maison du
Seigneur". Vraiment il est tout lumineux de joie le petit visage si
triste il y a seulement quelques jours. 322> Voici les murailles désormais toutes proches. Voici la Porte
des Poissons [4]. Voici les rues
encombrées par la foule. Tout de suite au Temple pour une première
prière. Et puis la paix, dans la paix de Gethsémani, le souper, le repos. Le voyage vers Jérusalem est terminé. |
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[1] 6,6 km : 36 x 185 m
[2] Référence non trouvée.
Il ne semble pas que cela fasse référence au meurtre, en représailles, des fils
de Saül (2Samuel 21,1-10)
[3] Psaume
122 (121) - Chant des pèlerinages, appartenant au recueil de David. Quelle
joie, quand on m’a dit: Nous allons à la maison du Seigneur ! Nos pas
s’arrêtent enfin chez toi, Jérusalem, Jérusalem, ville bien bâtie, bien
ceinturée de ses murailles. C’est chez
toi que les tribus d’Israël, les tribus du Seigneur, viennent en pèlerinage pour louer le Seigneur. Telle est la règle en Israël.
C’est chez toi aussi que se trouve le trône du descendant de David, où il siège
pour rendre la justice.