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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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mercredi 7 mars 29 (3 Nisan)
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Jésus enseigne à Margziam le respect des prêtres 383 -
Le mélange en l'homme du bien et du mal 384 -
À propos de Judas Margziam s'enfuit 385 -
L'accueil fait à Jésus à Gethsémani 386 -
Marie s'inquiète de l'absence de Margziam 386 -
Margziam se console à l'idée d'aller à Béthanie 387 -
Le service rendu autrefois par Marie à Noémi 387 -
Le fils guéri de Noémi devient disciple 389 -
Jésus avec le Zélote et Margziam vont à Béthanie 390 -
Les deux sœurs désirent la guérison de Lazare 390 -
Lazare, très malade, sera guéri plus tard 391 -
Deux lettres et la présence d'Anastasica 392 -
Discussion sur le comportement de Judas 393 -
Discours (Judas comparé à Gamaliel) 394 -
Les auditeurs se posent des questions 395 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5 5.55. |
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383> Jésus entre dans la
verdure tranquille du Jardin des Oliviers. Margziam est toujours à côté
de Lui, et il rit en pensant à la course haletante que certainement Pierre fera pour les
rejoindre. Il dit : "Oh ! Maître ! Qui sait ce qu'il va
dire ! Et si tu avais continué pour Béthanie sans t'arrêter ici,
il serait vraiment dans un triste état." Jésus
sourit Lui aussi en regardant le garçon et il lui répond : "Oui, il
va m'ensevelir sous ses lamentations. Mais cela lui servira la prochaine fois
à être plus attentif. Je parlais. Lui se distrayait en jasant avec l'un ou
l'autre..." "Ils
l'interrogeaient, Seigneur" dit pour l'excuser Margziam qui ne rit plus.
"Mais
alors, Seigneur, ce sera le pauvre Margziam qui parlera..." "N'importe.
C'est toujours Dieu qui parle par les lèvres de ses serviteurs, aux heures de
leur ministère. Et en tant que tels on doit les écouter en silence et avec
respect." Margziam
fait une grimace significative pour commenter son raisonnement intérieur. Jésus qui
l'observe lui dit : "Tu n'en es pas persuadé ? Pourquoi ce
visage ? Parle, fils, sans crainte." 384> "Ne
juge pas. Mais rappelle-toi cependant ce sentiment de dégoût. Qu'il te soit
présent dans l'avenir, et tends de toutes tes forces à ne pas être tel que
ceux qui te dégoûtent. Et que ne le soient pas ceux qui dépendront de toi. "Oh !
Seigneur ! Avant d'entrer dans la maison que l'on voit déjà, réponds
encore à une question ! Tu ne nies pas que le sacerdoce actuel soit
défectueux. Tu me dis à moi de ne pas juger. Mais Toi, tu juges et tu peux le
faire. Et tu juges avec justice. Maintenant, Seigneur, écoute ce que je
pense. Quand les prêtres actuels parlent de Dieu et de la religion, étant
tels qu'ils sont en plus grande partie, et je parle maintenant des plus
mauvais d'entre eux, faut-il encore les écouter comme s'ils disaient la
vérité ?" "Toujours,
mon fils, par respect pour leur mission. Quand ils font des actes de leur
ministère, ce n'est plus l'homme Anna ou l'homme Sadoc, et cetera, mais c'est "le
prêtre". Sépare toujours du ministère la pauvre humanité." "Mais
s'ils s'en acquittent mal..." "Dieu
suppléera. Et puis!... Écoute Margziam ! Il n'y a pas d'homme complètement
bon, ni d'homme complètement mauvais. Et personne n'est si complètement bon
qu'il soit en droit de juger ses frères complètement mauvais. Il faut tenir
compte de nos défauts, leur opposer les bonnes qualités de celui que nous
voulons juger, et alors nous aurons une juste mesure de charitable jugement.
Je n'ai pas encore trouvé un homme complètement mauvais." "Pas
même Doras, Seigneur ?" "Pas
même lui, car c'est un mari honnête et un père affectueux." "Ni
même le
père
de Doras ?" "Lui
aussi était un mari honnête et un père affectueux." "Mais
il n'était pas que cela, pourtant !" "Il
n'était pas que cela, mais en cela il n'était pas mauvais. Il n'était donc
pas complètement mauvais." "Et
même Judas n'est pas mauvais ?" "Non." 385> "Mais il n'est pas bon,
cependant !" "Il
n'est pas totalement bon comme il n'est pas totalement mauvais. N'es-tu pas
convaincu de ce que je dis ?" "Je
suis convaincu que Toi, tu es totalement bon et que tu es absolument exempt
de méchanceté. Cela, oui. Tu l'es tellement que tu ne trouves jamais
d'accusation pour personne..."
"Oui,
Seigneur... (un profond soupir). Je m'en souviendrai... (nouveau soupir)...
Mais c'est bien difficile devant certaines évidences..." Jésus le
regarde fixement, mais du garçon il ne voit que le haut du front, car il
baisse beaucoup le visage. "Margziam,
lève ton visage. Regarde-moi. Et réponds-moi. Quelle est l'évidence qu'il est
difficile de négliger ?" Margziam
s'embrouille... Il rougit sous sa peau un peu brune... Il répond :
"Mais... il y en a tant, Seigneur..." Jésus le
presse : "Pourquoi as-tu nommé Judas ? Parce que c'est une
"évidence". Peut-être celle qu'il t'est le plus difficile de
surmonter... Que t'a fait Judas ? En quoi t'a-t-il
scandalisé ?" et Jésus met sa main sur les épaules du garçon qui
maintenant est tout empourpré tant il est rouge. 386> Margziam le regarde, les yeux
brillants, puis il se dégage et s'échappe en criant : "C'est un
profanateur, Judas !... Mais je ne puis dire... Respecte-moi,
Seigneur !..." et il va se cacher tout en larmes, appelé en vain
par Jésus qui a un geste de douleur découragée. Son cri a
pourtant attiré l'attention des gens de la maison du Gethsémani, et sur le
seuil de la cuisine apparaît Jonas et la Mère de Jésus, et en arrière les femmes
disciples : Marie de Cléophas, Marie Salomé et Porphyrée. Elles voient Jésus et se mettent à marcher
vers Lui. "La
paix à vous toutes ! Me voici, Maman !" "Seul ?
Pourquoi ?" "Je
suis accouru en avant. Les autres, je les ai quittés au Temple... Mais
j'étais avec Margziam..." "Et
où est maintenant mon fils que je ne vois pas ?" demande Porphyrée
un peu inquiète. "Il
est monté là-haut... Mais il va venir. Avez-vous de la nourriture pour tout
le monde ? Les autres vont arriver sous peu." "Non,
Seigneur. Tu avais dit que tu allais à Béthanie..." "Oui...
Mais j'ai pensé qu'il était bien de faire ainsi. Allez vite prendre ce qu'il
faut. Moi, je reste avec ma Mère." Les
femmes disciples obéissent sans discuter. Jésus
reste seul avec Marie, et ils marchent lentement sous l'entrelacement des
branches à travers lesquelles filtrent des rayons de soleil qui dessinent des
cercles d'or sur l'herbe verte et fleurie. "J'irai
après le repas à Béthanie. Avec Simon." "Simon
de Jonas ?" "Non,
avec Simon le Zélote. Et j'emmènerai avec Moi Margziam..." Jésus se tait
pensif. Marie
l'observe, puis elle demande : "Margziam te cause du
chagrin ?" "Non,
Maman. Au contraire ! Pourquoi penses-tu cela ?" "Pourquoi
es-tu pensif ?... Pourquoi l'as-tu appelé sur un ton de commandement ?
Et pourquoi lui t'a-t-il quitté ? Pourquoi s'est-il détaché de Toi comme
s'il avait honte ? Il n'est même pas venu saluer sa mère et
moi !" "L'enfant
s'est enfui à cause d'une question que je lui posais." "Oh!..."
Marie est dans une profonde stupeur. Elle se tait un instant, et puis elle
murmure comme si elle se parlait à elle-même : "Les deux dans le
Paradis Terrestre s'enfuirent, après le péché, en entendant la voix de
Dieu... Mais, ô mon Fils, il faut avoir pitié de l'enfant. 387> Il commence à devenir homme... et peut-être... Mon Fils, Satan
mord tous les hommes..." Marie est toute pitié et supplication... Jésus la
regarde et lui dit : "Comme tu es mère ! Comme tu es "la
Mère" ! Mais ne crois pas que l'enfant ait péché. Au contraire tu
dois croire qu'il souffre à cause du choc d'une révélation. Il est très pur.
Il est très bon... Je vais l'emmener avec Moi aujourd'hui pour lui faire
comprendre, sans paroles, que je le comprends. Toute parole serait de trop...
et je n'en trouverais pas une pour excuser celui qui a violé une
innocence." Jésus est sévère dans ces dernières paroles. "Oh !
mon Fils ! Nous en sommes là ! Je ne te demande pas de nom. Mais si
parmi nous quelqu'un a été capable de troubler l'enfant, il n'y en a qu'un
qui a pu l'être... Quel démon !" "Allons
chercher Margziam, Maman. Il ne s'enfuira pas devant toi." Ils vont
et le découvrent derrière un buisson d'aubépine. "Cueillais-tu
des fleurs pour moi, mon fils ?" demande Marie en s'approchant de
lui et en l'embrassant... "Non,
mais je te désirais" dit Margziam avec encore des larmes sur le visage. "Et
moi, je suis venue. Allons, vite ! C'est qu'aujourd'hui tu dois aller
avec mon Jésus à Béthanie ! Et tu dois être en tenue comme il
convient." Le visage
de Margziam s'illumine, déjà oublieux du trouble qu'il éprouvait, et il
dit : "Moi seul avec Lui ?" "Et
avec Simon le Zélote." Margziam,
encore très enfant, bondit de joie et court hors de sa cachette pour aller
tomber sur la poitrine de Jésus... Il se trouve confus. Mais Jésus rit et
l'excite en lui disant : "Cours voir si ton père est venu." Et
pendant que Margziam part en courant, Jésus observe : "C'est un
véritable enfant bien que sa pensée soit déjà mûre. Lui troubler le cœur est
un grand crime, mais j'y veillerai" et tout en parlant il va vers la
maison avec Marie. Mais ils ne sont pas arrivés qu'ils voient Margziam qui
revient en arrière en galopant. "Maître...
Mère... Il y a des personnes... de celles qui étaient dans le Temple... Les
prosélytes... Il y a une femme... Une femme qui veut te voir, ô Mère... Elle
dit qu'elle t'a connue à Bethléem... Elle s'appelle Noémi." "J'en
ai tant connues, alors ! Mais allons..." 388> Ils arrivent à la petite place où se
trouve la maison. Un groupe de personnes attendent et dès qu'elles voient
Jésus, elles se prosternent. Mais tout de suite une femme se lève et va se
jeter aux pieds de Marie, en la nommant par son nom. "Qui
es-tu ? Moi, je ne me souviens pas de toi. Lève-toi." La femme
se lève et va parler quand arrivent, hors d'haleine, les apôtres. "Mais
Seigneur ! Mais pourquoi ? Nous avons couru comme des fous à
travers Jérusalem. Nous croyions que tu étais allé chez Jeanne ou chez Annalia... Pourquoi ne t'es-tu pas arrêté ?"
questions et informations se croisent confusément. "Maintenant
nous sommes ensemble. Inutile d'expliquer le pourquoi. Laissez cette femme
parler en paix." Tous se
groupent pour écouter. "Tu
ne te souviens pas de moi, ô Marie de Bethléem. Mais moi, depuis trente et un
ans, je me rappelle ton nom et ton visage comme celui de la pitié. J'étais
venue, moi aussi de loin, de Pergé, pour l'Édit. Et
j'étais enceinte. Mais j'espérais revenir à temps. Mon mari tomba malade en
route, et à Bethléem il languit jusqu'à mourir. J'avais enfanté depuis vingt
jours au moment de sa mort. Mes cris percèrent le ciel et tarirent mon lait
ou le rendirent mauvais. Je me couvris de pustules et mon fils s'en couvrit
aussi... Et on nous jeta dans une caverne pour y mourir... Eh bien... Toi,
toi seule tu es venue avec précaution, pendant presque toute une lune, pour
m'apporter de la nourriture et soigner mes plaies, pleurant avec moi, donnant
du lait à mon enfant qui est vivant grâce à toi, à toi seule... Tu as risqué
d'être tuée à coups de pierres parce qu'ils m'appelaient "la lépreuse"...
Oh ! ma douce étoile ! Je n'ai pas oublié cela. Je suis partie
après ma guérison. J'ai appris le massacre à Éphèse. Je t'ai tant
cherchée ! Tant ! Tant ! Je ne pouvais croire que tu avais été
tuée avec ton Fils dans cette nuit affreuse. Mais je ne t'ai jamais trouvée.
L'été dernier, quelqu'un d'Éphèse a entendu ton Fils, il a su qui il était,
il l'a suivi quelque temps, il a été avec d'autres à sa suite aux
Tabernacles... Et à son retour, il a parlé. Moi, je suis venue pour te voir,
ô Sainte, avant de mourir. Pour te bénir autant de fois que tu as donné de
gouttes de lait à mon Jean, en l'enlevant à ton Fils béni..." La femme
pleure en une attitude respectueuse, un peu penchée, serrant de ses mains les
bras de Marie... "Le
lait, on ne le refuse jamais, ma sœur. Et..." 389> "Oh ! non. Je ne suis pas ta
sœur ! Toi, Mère du Sauveur; moi, pauvre femme, perdue, loin de sa
maison, veuve avec un fils sur mon sein, sur mon sein desséché comme un
torrent en été... Sans toi, je serais morte. Tu m'as tout donné, et j'ai pu
retourner chez mes frères, marchands à Éphèse, grâce à toi." "Nous
étions deux mères, deux pauvres mères, avec deux bébés, dans le monde. Toi,
tu avais la douleur du veuvage, moi celle de devoir être transpercée en mon
Fils, comme disait au Temple le vieux Siméon. Je n'ai fait que mon devoir de
sœur en te donnant ce que tu n'avais plus. Et ton fils, il est vivant?" "Il
est là. Et ton Fils saint me l'a guéri ce matin. Qu'il en soit
béni !" et la femme se prosterne devant le Sauveur en criant :
"Viens, Jean, remercier le Seigneur." Quittant
ses compagnons, un homme de l'âge de Jésus, s'avance robuste, au visage loyal
à défaut de beauté. De beau, il a l'expression de ses yeux profonds. "La
paix à toi, frère de Bethléem. De quoi t'ai-je guéri ?" "De
la cécité, Seigneur. Un œil perdu, et l'autre presque. J'étais chef de la
synagogue, mais je ne pouvais plus lire les rouleaux sacrés." "Maintenant
tu les liras avec une plus grande foi." "Non,
Seigneur. Maintenant c'est Toi que je lirai. Je veux rester comme disciple,
et sans faire valoir les droits pour les gouttes de lait que j'ai sucées au
sein qui t'a nourri. Ce ne sont rien les jours d'une lune pour créer un lien,
mais c'est tout que la pitié de ta Mère alors, et que la tienne ce
matin." Jésus se tourne
vers la femme : "Et toi, qu'en penses-tu?" "Que
mon fils t'appartienne deux fois. Accepte-le, Seigneur, et le rêve de la
pauvre Noémi sera réalisé." "C'est
bien. Tu seras du Christ. Vous, recevez ce compagnon au nom du Seigneur"
dit-il en s'adressant aux apôtres. Les
prosélytes s'exaltent par l'émotion. Les hommes voudraient rester tout de
suite. Tous. Mais Jésus dit avec fermeté : "Non. Vous, restez ce
que vous êtes. Retournez à vos maisons en conservant la foi et en attendant
l'heure de l'appel. Et que le Seigneur soit toujours avec vous. Allez." "Pourrons-nous
encore te trouver ici ?" demandent-ils. "Non.
Comme un oiseau qui vole de branche en branche, j'irai sans m'arrêter. Vous
ne me trouverez pas ici. Je n'ai pas d'itinéraire ni de demeure fixe. Mais,
s'il est juste, nous nous verrons et vous m'entendrez. Allez. Que la femme
reste avec le nouveau disciple." 390> Et il entre dans la maison suivi des
femmes et des apôtres qui commentent avec émotion l'épisode jusqu'alors
ignoré et la charité profonde de Marie. Jésus,
d'un pas rapide, se rend à Béthanie. Il a à ses côtés Simon le Zélote et
Margziam, heureux d'avoir été tous les deux choisis pour cette visite.
Margziam, complètement rasséréné, pose mille questions sur la femme venue
d'Ephèse. Il demande si Jésus connaissait ce fait, et cetera. "Je
ne le connaissais pas. Les bontés de ma Mère sont infinies et accomplies avec
un si doux silence que la plupart restent ignorées." "Il
est très beau, pourtant, l'épisode" dit le Zélote. "Oui.
Tellement que je veux le faire connaître à Jean d'Endor. Que dis-tu,
Maître ? Trouverons-nous ses lettres à Béthanie ?" "J'en
suis presque certain." "Nous
devrions trouver aussi la femme guérie de la lèpre" [1] observe le Zélote. "Oui,
elle a fidèlement observé les préceptes, mais maintenant le temps de la
purification doit être accompli." Béthanie
apparaît sur son plateau. Ils
passent devant la maison où autrefois il y avait des paons et des flamants.
Maintenant elle est abandonnée et fermée [2]. Simon le remarque,
mais son observation est interrompue par le joyeux salut de Maximin qui
débouche hors du portail. "Oh !
Maître saint ! Quel bonheur dans une si grande douleur !" "Paix
à toi. Pourquoi douleur?" "Parce
que Lazare souffre à cause de ses jambes ulcérées, et nous ne savons que
faire pour soulager cette souffrance. Mais en te voyant, il ira mieux, au
moins pour l'esprit." Ils
entrent dans le jardin, et alors que Maximin court en avant, eux avancent
lentement vers la maison. Marie de
Magdala accourt dehors avec son cri d'adoration : "Rabbouni" et elle est suivie par Marthe qui est plus
calme. Toutes les deux sont pâles comme des personnes qui ont souffert et
veillé. "Levez-vous.
Allons tout de suite voir Lazare." "Oh!
Maître! Maître qui peux tout, guéris mon frère!" dit Marthe suppliante. "Oui,
bon Maître! Il souffre plus qu'il ne peut supporter ! Il s'épuise, il
gémit. Il va certainement mourir si cela continue. Aie pitié de lui,
Seigneur !" insiste Marie. 391> "Je suis toute pitié. Mais ce
n'est pas pour lui l'heure du miracle. Qu'il soit courageux, et vous avec
lui. Aidez-le à faire la volonté du Seigneur." "Ah !
Tu veux dire qu'il doit mourir ?!" gémit et demande Marthe toute en
larmes. Marie a
les yeux noyés de larmes et qui brillent de passion, d'une double passion
pour Jésus et pour son frère : "Oh ! Maître, mais en agissant
ainsi, tu m'empêches de te suivre et de te servir, et tu empêches mon frère
de jouir de ma résurrection. Ne veux-tu donc pas que dans la maison de Lazare
on jouisse pour une résurrection ?" Jésus la
regarde avec un fin et bon sourire et il dit : "Pour une ? Une
seule ? Allons ! Vous me croyez bien peu de chose, si vous croyez
que je ne puisse qu'une seule chose ! Soyez bonnes et courageuses. Allons.
Et ne pleurez pas ainsi. Vous l'accableriez de soupçons pénibles." Et il
s'éloigne le premier. Lazare,
certainement pour faciliter les soins, a été transporté dans une salle près
de la bibliothèque, en face de la grande salle réservée aux banquets. Maximin
Lui indique la porte, mais il laisse Jésus entrer seul. "Paix
à toi, Lazare, mon ami !" "Oh !
Maître saint ! Paix à Toi. Pour moi, dans mes membres, il n'y a plus de
paix. Mon esprit est accablé. Je souffre tant, Seigneur ! Donne-moi ton
cher commandement : "Lazare, viens dehors" et je me lèverai
guéri pour te servir..." "Je
te le donnerai. Mais pas maintenant" répond Jésus en l'embrassant. Lazare
est très maigre, jaune, les yeux enfoncés. Il est visiblement très malade et
très affaibli. Il pleure comme un enfant en montrant ses jambes enflées,
bleuâtres, avec des plaies que j'appellerais variqueuses, ouvertes en
plusieurs endroits. Il espère peut-être qu'en montrant à Jésus cette ruine
Jésus sera ému et fera un miracle. Mais Jésus se borne à replacer délicatement
sur les plaies les linges enduits de baume. "Tu
es venu pour rester ?" demande Lazare déçu. "Non,
mais je viendrai souvent." "Comment ?
Tu ne fais pas la Pâque avec moi, même cette année ? Je me suis fait
porter ici exprès. Tu m'avais promis aux Tabernacles que tu serais resté si
longtemps avec moi après les Encénies..." "Et
j'y resterai, mais pas maintenant. Je te gêne à rester ici assis sur le bord
de ton lit ?" "Oh !
non. La fraîcheur de ta main semble adoucir l'ardeur de ma fièvre. Pourquoi
ne restes-tu pas, Seigneur ?" 392> "Parce que comme tu es tourmenté
par tes plaies, Moi je le suis par mes ennemis. Bien que Béthanie soit
compris dans les limites pour la Cène, et pour tous, pour Moi, on considérerait
comme un péché de consommer la Pâque ici. Pour le Sanhédrin et les
pharisiens, tout ce que je fais est chameau et poutre..." "Ah !
les pharisiens ! C'est vrai ! Mais dans une de mes maisons,
alors... Cela au moins !" "Cela,
oui. Mais, par prudence, je le dirai au dernier moment." "Oh!
oui. Ne te fies pas. Tout s'est bien passé avec Jean. Tu sais? Hier Ptolmaï est venu avec d'autres, et il m'a apporté des
lettres pour Toi. Ce sont mes sœurs qui les ont. Mais où sont restées Marthe
et Marie ? Elles ne se préoccupent pas de te faire honneur ?"
Lazare est irrité comme beaucoup de malades. "Sois
tranquille ! Elles sont dehors avec Simon et Margziam. Je suis venu avec
eux et je n'ai besoin de rien. Je vais les appeler." Et en effet il
appelle ceux qui, prudents, étaient restés dehors. Marthe
sort et revient avec deux rouleaux qu'elle donne à Jésus. Marie rapporte que
le serviteur de Nicodème a dit qu'il précédait son maître qui vient avec
Joseph d'Arimathie. Et, en même temps, Lazare se souvient d'une femme
"qui s'est présentée hier en ton nom" dit-il. "Ah !
oui ! Tu sais qui c'est ?" "Elle
nous l'a dit. C'est la fille d'un riche de Jéricho, qui est parti en Syrie
tout jeune, depuis des années. Il l'a appelée Anastasica,
en souvenir de la fleur du désert. Cependant elle n'a pas voulu faire
connaître le nom de son mari" explique Marthe. "Il
n'en est pas besoin. Il l'a répudiée, et elle est donc uniquement "la
disciple". Où est-elle?" "Elle
est bien fatiguée et elle dort. Ces derniers jours et nuits elle a vécu bien
mal. Si tu veux, je vais l'appeler." "Non,
laisse-la dormir. Je m'en occuperai demain." Lazare
regarde Margziam avec admiration. Et Margziam est sur les épines. Il voudrait
bien savoir ce qu'il y a sur les rouleaux. Jésus le comprend
et les ouvre. Lazare dit : "Comment ? Il est au
courant ?" "Oui.
Lui et les autres, excepté Nathanaël, Philippe, Thomas et Judas..." "Tu
as bien fait de le lui tenir caché à lui !" interrompt Lazare.
"Moi, j'ai beaucoup de soupçons..." 393> "Je ne suis pas imprudent, mon
ami" interrompt Jésus, et il lit les rouleaux en rapportant ensuite les
principales nouvelles, à savoir que les deux se sont bien acclimatés, que
l'école est prospère et que, sans l'affaiblissement de Jean, tout irait bien.
Mais il ne peut en dire davantage parce qu'on annonce l'arrivée de Nicodème
et de Joseph. "Dieu
te garde, ô Maître ! Toujours, comme ce matin !" "Merci,
Joseph. Et toi, Nicodème, tu n'étais pas là ?" "Non.
Mais ayant su que tu étais arrivé, j'ai pensé à venir chez Lazare, presque
certain de te trouver. Et Joseph est venu avec moi." Ils
parlent des événements de la matinée autour du lit de Lazare qui s'y
intéresse tellement qu'il semble oublier sa souffrance. "Mais
ce Gamaliel, Seigneur ! Tu as entendu ?" dit Joseph
d'Arimathie. "J'ai
entendu." Nicodème
dit : "Moi, par contre, je dis : ce Judas de Kériot, Seigneur ! Après ton départ, je l'ai trouvé,
vociférant comme un démon, au milieu d'un groupe d'élèves des rabbis. Il
t'accusait et te défendait à la fois. Et je suis certain qu'il était vraiment
convaincu de bien faire. Eux voulaient te trouver en défaut, poussés à cela
par leurs maîtres. Lui combattait leurs accusations avec une fougue attristée
en disant : "II n'a qu'un tort, mon Maître ! C'est de faire
trop peu éclater sa puissance. Il laisse passer l'occasion. Il fatigue les
bons par son excessive douceur. Il est Roi : Et il doit agir en Roi.
Vous le traitez en serviteur parce qu'il est doux. Et Lui se ruine à n'être
que doux. Pour vous, lâches et cruels, il n'y a que le fouet d'un pouvoir
absolu et violent. Oh ! pourquoi ne puis-je faire de Lui un violent
Saül!" Jésus
hoche la tête sans parler. "Et
pourtant il t'aime" observe Nicodème. "Quel
homme déconcertant !" dit Lazare. "Oui,
tu as bien dit. Moi, je ne le comprends pas encore, depuis deux ans que je
suis avec lui" confirme le Zélote. Marie de
Magdala se lève avec la majesté d'une reine, et de sa voix splendide elle
proclame : "Moi, je l'ai compris mieux que tous: c'est l'opprobre à
côté de la Perfection. Et il n'y a rien d'autre à dire" et elle sort
pour quelque occupation, en emmenant avec elle Margziam. "Peut-être
Marie a-t-elle raison" dit Lazare. "Moi
aussi, je le pense" dit Joseph. "Et
Toi, Maître, qu'en dis-tu ?" 394> "Je dis que Judas
c'est "l'homme". Comme Gamaliel. L'homme borné près du Dieu infini.
L'homme est si étroit dans sa pensée, tant qu'on ne lui fait pas respirer le
surnaturel qu'il ne peut accueillir qu'une seule idée, l'incruster en lui,
s'incruster en elle et s'en tenir à elle. Même en dépit de l'évidence. Têtu.
Obstiné. Pour la foi, peut-être, à la chose qui l'a le plus frappé. Au fond
Gamaliel a une foi, comme peu de gens en Israël, dans le Messie qu'il a
entrevu et reconnu dans un enfant. Et il est fidèle à la parole de cet
Enfant... Et de même Judas. Saturé de l'idée messianique telle que la plus
grande partie d'Israël la cultive, confirmé en elle par la première
manifestation qu'il a vue de Moi [3], il voit, il veut voir dans le Christ le roi. Le roi
temporel et puissant... et il est fidèle à l'idée qu'il s'est faite.
Le bien
que je donne à quelqu'un produira beaucoup de bien s'il tombe sur un terrain
humble et qui sait rester tel. Mais s'il tombe sur un terrain orgueilleux ou
qui devient tel à cause du don reçu, alors de bien il devient mal. À Gamaliel
fut accordée une des premières manifestations du Christ. Ce devait être pour
lui un précoce appel vers le Christ. C'est la raison de sa surdité à l'appel
de ma Voix qui l'appelle. 395> À Judas il a été
accordé d'être apôtre : un des douze apôtres parmi les milliers d'hommes
d'Israël. Cela devait être sa sanctification. Mais qu'en sera-t-il ?...
Mes amis, l'homme est l'éternel Adam... Adam avait tout, tout sauf une chose.
Il voulut l'avoir. Je vous
quitte, mes amis. Je me retire pour quelque temps. J'ai besoin de me
recueillir en Dieu..." Jésus sort très troublé... Ceux qui
sont restés : Lazare, Joseph, Nicodème et le Zélote, se regardent. "Tu
as vu comme il était troublé ?" demande à mi-voix Joseph à Lazare. "Je
l'ai vu. Il semblait voir un spectacle horrible." "Que
peut-il avoir dans le cœur ?" demande Nicodème. "Il
n'y a que Lui et l'Éternel qui le sachent" répond Joseph. "Tu
ne sais rien, Simon ?" "Non.
Il est certain que depuis des mois, il est très angoissé." "Que
Dieu le sauve ! Mais il est certain que la haine grandit." "Oui,
Joseph, la haine grandit... Je crois que bientôt la Haine va vaincre
l'Amour." "Ne
dis pas cela, Simon ! S'il devait en être ainsi, je ne demanderai plus
de guérir ! Il vaut mieux mourir que d'assister à la plus horrible des
erreurs." "Des
sacrilèges, devrais-tu dire, Lazare..." "Et pourtant... Israël est capable de
cela. Il est mûr pour répéter le geste de Lucifer, en faisant la guerre au
Seigneur béni" soupire Nicodème. |
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Il se fait un silence pénible, comme une
morsure qui leur serre la gorge... La nuit descend dans la pièce où quatre honnêtes
hommes pensent aux futurs criminels. |
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