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9 avril 1946
158> La ville est pleine de gens.
Le Temple est bondé. Jésus y
monte dès son entrée à Jérusalem, et il y entre par la porte près de la
Probatique , donc
presque immédiatement, avant que les gens puissent s'apercevoir qu'il est
dans la ville et que la nouvelle se propage de la maison où ils déposent
leurs sacs et où ils nettoient la poussière et la sueur pour entrer propres
dans le Temple.
L'habituelle cohue malséante des vendeurs et des changeurs. L'habituel
kaléidoscope des couleurs, des visages.
Jésus, accompagné des apôtres qui
ont acheté ce qu'il fallait pour l'offrande, va directement au lieu de la
prière et y reste longuement. Naturellement il est remarqué par plusieurs,
tant bons que mauvais, et un murmure court comme le vent et avec un bruit de
vent dans les branches à travers la vaste cour extérieure où les gens
s'arrêtent pour prier.
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159> Et quand, après la prière, il
se retourne pour revenir sur ses pas, une troupe de gens qui grossit de plus
en plus le suit à travers les atriums, les
portiques, les cours, jusqu'à ce que devenue une foule, elle l'entoure et Lui
demande de parler.
"À un autre moment, ô fils ! Dans un autre endroit !" dit
Jésus et il lève la main pour bénir en cherchant à s'éloigner.
Les scribes, les pharisiens, les docteurs et leurs élèves, mêlés à la foule,
raillent en se disant l'un à l'autre des bouts de phrases qui sont autant de
moqueries, comme :
"La prudence fait réfléchir"
ou bien: "Hé ! un peu de peur..."
ou: "Il a atteint l'âge de raison"
ou encore : "Moins sot qu'on ne croyait..."
Mais le plus grand nombre, ou parce qu'ils le connaissent et l'aiment, ou
parce qu'ils désirent sincèrement le connaître, étant sans haine, insistent
en disant : "Tu nous enlèveras donc cette fête dans la Fête ?
Bon Maître, tu ne peux le faire ! Beaucoup de nous ont fait des
sacrifices pour rester ici à t'attendre..." et
certains font taire les railleurs ou répondent sur le même ton aux
persifleurs.
Il est clair que la masse serait toute disposée à faire un mauvais parti à la
minorité de malveillants. Ces derniers, rusés et sournois, le comprennent et
non seulement se taisent, mais cherchent à s'éloigner. Bien qu'ils soient
dans l'enceinte du Temple, plusieurs n'hésitent pas à persifler ceux qui s'en
vont et à leur lancer des épithètes peu flatteuses. Alors que d'autres, plus
âgés, et donc plus réfléchis, interpellent Jésus en disant : "Mais
que va-t-il advenir, Toi qui sais, de ce lieu, de cette ville, de tout Israël
qui ne se rend pas à la Voix du Seigneur ?"
Jésus regarde avec pitié ces têtes grisonnantes ou tout à fait blanches, et
il répond : "Jérémie vous a dit ce qu'il adviendra de ceux qui à
l'éclair du courroux divin répondent en péchant davantage, en considérant la
pitié divine comme une preuve de faiblesse de la part de Dieu, car on ne se
moque pas de Dieu, ô fils .
Vous, comme dit l'Éternel par la bouche de Jérémie, vous êtes comme l'argile
dans les mains du potier, comme de l'argile sont ceux qui se croient
puissants, comme de l'argile sont les habitants de ce lieu et ceux du palais royal . Il
n'y a pas de puissance humaine qui puisse résister à Dieu . Et
si l'argile résiste au potier, et veut prendre des formes étranges,
horribles, le potier réduit l'ébauche à n'être plus de nouveau qu'une poignée
d'argile, et il modèle à nouveau son vase jusqu'à ce qu'il se persuade que le
potier est le plus fort et qu'il se plie à sa volonté. Et il peut arriver
encore que le vase se brise en morceaux parce qu'il s'obstine à ne pas se
laisser modeler, parce qu'il refuse l'eau dont le potier l'humecte pour
pouvoir le modeler sans fissures. Et alors le potier jette l'argile
récalcitrante, les coquilles inutiles, rebelles au travail,
aux ordures et il prend de l'argile neuve et la façonne en lui donnant la
forme qui lui paraît la meilleure.
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160> N'est-ce pas ainsi que parle
le Prophète en racontant le symbole du potier et du vase d'argile ?
C'est ainsi. Et en répétant les paroles du Seigneur, il dit :
"Comme l'argile est dans la main du potier, ainsi tu es, ô Israël, dans
les mains de Dieu" . Et
le Seigneur ajoute, pour avertir les récalcitrants, que seules la pénitence
et l'acceptation des reproches de Dieu peuvent faire modifier le décret de
punition de Dieu à l'égard du peuple rebelle.
Israël ne s'est pas repenti. Aussi les menaces de Dieu se sont acharnées une
et dix fois sur Israël. Israël pas même maintenant ne se repent, maintenant
que ce n'est pas un prophète, mais plus qu'un prophète qui parle à Israël. Et
Dieu qui a eu pour Israël la suprême miséricorde et qui m'a envoyé, vous dit
maintenant : "Puisque vous ne prêtez pas l'oreille à ma propre
Voix, Je vais me repentir du bien que Je vous ai fait et Je préparerai contre
vous le malheur". Et Moi, qui suis la Miséricorde, bien que je sache que
je fais retentir inutilement ma voix, je crie à Israël : "Que
chacun revienne de sa route mauvaise. Que chacun redresse sa conduite et ses
tendances pour qu'au moins, quand le dessein de Dieu s'accomplira sur la
nation coupable, les meilleurs de ses citoyens, dans la perte totale des
biens, de la liberté, de l'union, conservent l'esprit libre de la faute, uni
à Dieu, et ne perdent pas les biens éternels, comme ils auront perdu les
biens terrestres".
Les visions des prophètes ne sont pas sans but : le but est d'avertir
les hommes de ce qui peut arriver . Il
est dit par le symbole du vase d'argile cuite, brisé en présence du peuple,
ce qui attend les villes et les royaumes qui ne se soumettent pas au
Seigneur, et..."
Les anciens, les scribes, docteurs et pharisiens, qui s'étaient éloignés
auparavant, sont allés prévenir les milices du Temple et les magistrats
préposés à l'ordre. L'un d'eux, suivi d'une poignée de ces comiques soldats
de carton-pâte, qui n'ont de batailleur que les visages qui sont un mélange
de sottise et d'un peu de malice avec passablement de dureté, pour ne pas
dire de brutalité, vient vers Jésus. Le Maître parle, appuyé à une colonne du
Portique des Païens et il
est entouré d'une foule qui forme autour de Lui un cercle impénétrable. Le
magistrat crie à Jésus : "Va-t'en ! Ou je te fais expulser par
mes soldats..."
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161> "Hou ! Hou !
Les grosses mouches vertes ! Les héros sur les agneaux ! Et vous ne
savez pas emprisonner ceux qui font de Jérusalem, un lupanar , du
Temple, un marché ? Hors d'ici, face de lapin, va-t'en chez les
belettes... Hou ! Hou !" Les gens se révoltent contre ces
fantoches armés et ils montrent clairement qu'ils ne veulent pas que l'on
fasse injure au Maître.
"Moi, j'obéis aux ordres que j'ai reçus..." dit pour s'excuser ce
chef des gardiens de l'ordre.
"Tu obéis à Satan et tu ne t'en aperçois pas. Va, va maintenant implorer
pitié pour avoir osé insulter et menacer le Maître ! Le Maître, on n'y
touche pas ! Vous avez compris ? Vous nos oppresseurs, Lui l'ami
des pauvres. Vous nos corrupteurs, Lui notre Maître saint. Vous notre ruine,
Lui notre Salut. Vous pleins de perfidie, Lui plein de bonté. Hors d'ici, ou
nous vous ferons ce que Mattathias fit à Modin . Nous
vous balancerons en bas de la pente du Moriah, comme autant d'autels d'idoles
et nous ferons le nettoyage, en lavant avec votre sang le lieu profané. Les
pieds de l'unique Saint d'Israël marcheront sur ce sang pour aller au Saint
des Saints et y régner, Lui qui le mérite ! Hors d'ici ! Vous et
vos maîtres ! Hors d'ici, sbires qui servez les sbires..."
Un tumulte craintif... De l'Antonia accourent les gardes romains avec un
officier âgé, sévère, expéditif.
"Faites place, vauriens ! Qu'arrive-t-il? Vous êtes en train de vous
dévorer entre vous pour un de vos agneaux galeux ?"
"Ils se révoltent contre les milices..." veut expliquer le magistrat.
"Par Mars invaincu !
Eux... les milices ? Ah ! Ah ! Va faire la guerre aux cafards,
guerrier de cantine. Parlez, vous..." ordonne-t-il aux gens.
"Ils voulaient imposer silence au Rabbi Galiléen. Ils voulaient le
chasser, peut-être le prendre..."
"Au Galiléen ? Non licet. C'est dans la langue de Rome que je vous
dis la parole du décollé .
Ah ! Ah ! Va-t'en à la niche, toi et tes roquets. C'est à la niche
que restent aussi les mâtins. Eux aussi la Louve sait les mettre en pièces...
Compris ? Rome seule a le droit de juger . Et
Toi, Galiléen, raconte aussi tes fables... Ah ! Ah!" et il se
retourne tout d'une pièce et il s'en va avec sa cuirasse qui brille au
soleil.
"Tout à fait comme à Jérémie..."
"Comme à tous les prophètes, dois-tu dire..."
"Mais Dieu triomphe quand même."
"Maître, parle encore. Les vipères se sont enfuies."
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162> "Non, laissez-le aller,
pour que les nouveaux Phassur ne
reviennent pas en force et l'enchaînent..."
"Pas de danger... Tant que dure le rugissement du lion, les hyènes ne
sortent pas..."
Les gens parlent et commentent au milieu d'une belle confusion.
"Vous vous trompez, dit un pharisien, tout mielleux, enveloppé dans son
manteau et suivi de quelques-uns de ses semblables et de certains docteurs de
la Loi. Vous vous trompez. Vous ne devez pas croire que toute une caste soit
comme quelques-uns de ceux qui lui appartiennent. Hé ! Hé ! Du bon
et du mauvais, il y en a sur toute plante."
"Oui. En effet les figues sont généralement douces, mais pourtant, si
elles sont vertes ou trop mûres, elles sont acres ou acides. Vous vous êtes
acides comme celles du mauvais panier du prophète Jérémie" dit
du milieu de la foule quelqu'un que je ne connais pas, mais qui doit être
bien connu de plusieurs, et puissant aussi, car je vois dans la foule des
clins d’œil et je remarque que le pharisien encaisse le coup sans réagir.
Au contraire, plus doucereux encore, il se tourne vers le Maître et il Lui
dit : "Splendide sujet pour ta sagesse. Parle-nous, ô Rabbi, sur ce
sujet. Tes explications sont si... neuves... si... doctes... Nous les
goûtons, affamés, avides."
Jésus regarde fixement ce champion pharisaïque et puis il lui répond :
"Tu as aussi une autre faim inavouée, ô Elchias, et
tes amis aussi Mais elle vous sera donnée aussi cette nourriture... et plus
acide que des figues. Et elle vous corrompra l'intérieur comme les figues
aigries corrompent les viscères."
"Non Maître, je te le jure, au nom du Dieu vivant ! Mes amis et
moi, nous n'avons pas d'autre faim que de t'entendre parler... Dieu nous voit
si..."
"Cela suffit. L'homme honnête n'a pas besoin de serments. Ses actions
sont des serments et des témoignages. Mais je ne vais pas parler des figues
excellentes et des figues gâtées..."
"Pourquoi, Maître ? Tu crains que les faits ne contredisent tes
explications ?"
"Oh, non ! Au contraire..."
"Alors tu prévois pour nous des tourments, des opprobres, l'épée, la
peste, la faim ?"
"Cela et davantage."
"Davantage ? Et quoi ? Dieu ne nous aime donc
plus ?"
"Il vous aime tant qu'il a accompli la promesse."
"Toi? Parce que tu es la promesse ?"
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163> "Je le suis."
"Et alors quand fondes-tu ton Royaume ?"
"Ses fondements existent déjà."
"Où? Où ?"
"Dans le cœur des bons."
"Mais cela n'est pas un Royaume ! C'est un
endoctrinement !"
"Mon Royaume, étant spirituel, a pour sujet les esprits . Et
les esprits n'ont pas besoin de palais, de maisons, de milices, de murs, mais
de connaître la Parole de Dieu et de la mettre en pratique. C'est ce qui est
en train d'arriver chez les bons."
"Mais peux-tu dire cette Parole? Qui t'y
autorise ?"
"La possession."
"Quelle possession ?"
"La possession de la Parole. Moi, je
donne ce que je suis. Quelqu'un qui a la vie, peut donner la vie. Quelqu'un
qui a de l'argent peut donner de l'argent. Moi, j'ai comme éternelle Nature
la Parole qui traduit la Divine Pensée et la Parole je la donne, parce que
l'Amour me pousse à ce don de faire connaître la Pensée du Très-Haut qui est
mon Père."
"Attention
à ce que tu dis ! C'est un langage audacieux ! Il pourrait te
nuire !"
"Il me serait plus nuisible de mentir, car ce serait
dénaturer ma Nature et renier Celui de qui je procède."
"Tu es donc Dieu, le Verbe de Dieu ?"
"Je le suis."
"Et c'est ainsi que tu le dis ? En présence de tant
de témoins qui pourraient dénoncer la chose ?"
"La Vérité ne ment pas. La Vérité ne calcule pas. La
Vérité est héroïque."
"Et cela c'est la vérité ?"
"La Vérité c'est Celui qui vous parle, parce que le Verbe
de Dieu traduit la Pensée de Dieu, et que Dieu est Vérité."
Les gens sont toutes oreilles, silencieux, attentifs pour
suivre la discussion qui pourtant se déroule sans âpreté. D'autres ont afflué
d'autres endroits et la cour est pleine, bondée de gens. Des centaines de
visages sont tournés vers un seul point, et par les ouvertures qui conduisent
des autres cours à celle-ci, se montrent en foule des visages, le cou tendu
pour voir et entendre...
Le synhédriste Elchias et ses amis se regardent... Une vraie
téléphonie de regards. Mais ils se contiennent. Et même un vieux docteur
demande tout à fait courtois : "Et pour éviter les châtiments que tu prévois, que devrait-on faire ?"
164> "Me
suivre, et surtout me croire, et plus encore m'aimer."
"Tu es un porte-bonheur ?"
"Non. Je suis le Sauveur."
"Mais tu n'as pas d'armée..."
"J'ai Moi-même. Rappelle-toi, rappelez-vous pour votre
bien, par pitié pour vos âmes, rappelez-vous les paroles du Seigneur à Moïse
et à Aaron quand ils étaient encore en Égypte :
"Que chacun du peuple de Dieu prenne un agneau sans tache , un
mâle d'un an . Un
par maison et.
si le nombre des gens de la famille n'est pas suffisant pour terminer
l'agneau, que l'on prenne les voisins . Et
vous l'immolerez le quatorzième jour du mois d'Abid, qu'on appelle maintenant
Nisan . et
qu'avec le sang de l'agneau immolé on badigeonne les montants et l'architrave
de la porte de vos maisons . Et
pendant la nuit, vous en mangerez la viande rôtie au feu, avec du pain sans
levain et des laitues sauvages . Ce
qui pourrait rester, vous le détruirez par le feu . Vous
mangerez, les reins ceints et les chaussures aux pieds, le bâton à la main,
en toute hâte parce que c'est le passage du Seigneur . Et
cette nuit-là, Je passerai en frappant tous les premiers-nés d'hommes ou
d'animaux qui
se trouveront dans les maisons qui ne seront pas marquées du sang de l'agneau" . À
présent, dans le nouveau passage de Dieu, le
plus vrai passage, parce que réellement Dieu passe parmi vous, visible,
reconnaissable à ses signes, le salut sera sur ceux qui seront marqués du
Sang de l'Agneau avec le signe salutaire. Parce que, en vérité, tous en seront marqués. Mais seuls
ceux qui aiment l'Agneau et aimeront son Signe auront le salut par ce Sang . Pour les
autres, il sera la marque de Caïn. Et vous savez que Caïn ne mérita plus de
voir le visage du Seigneur et ne connut plus jamais de repos, frappé par le
remords qui le suivait, par le châtiment, par Satan, son maître cruel, il
s'en alla, errant et fugitif par la Terre. tant qu'il vécut. Une grande,
grande figure du Peuple qui frappera le nouvel Abel..."
"Ézéchiel aussi parle du Tau... Tu crois que c'est ton
Signe le Tau d'Ézéchiel ?"
"Oui, ce l'est."
"Alors tu nous accuses que dans Jérusalem il y a des
abominations ?"
"Je voudrais ne pas pouvoir le faire, mais il en est
ainsi."
"Et parmi ceux qui sont marqués du Tau, il n'y a pas de
pécheurs ? Tu peux le jurer ?"
165> "Je ne jure rien. Pourtant je dis que si parmi ceux qui
sont marqués il y a des pécheurs, encore plus redoutable sera leur châtiment,
parce que les adultères de l'esprit, ceux qui renient, les assassins de Dieu,
qui l'auront été après avoir été ses disciples, seront les plus grands dans
l'Enfer."
"Mais ceux qui ne peuvent croire que tu es Dieu, ils
n'auront pas de péché. Ils seront justifiés..."
"Non. Si vous ne m'aviez pas connu, si
vous n'aviez pu constater mes œuvres, si vous n'aviez pu contrôler mes
paroles, vous n'auriez pas de faute. Si vous n'étiez pas docteurs en Israël,
vous n'auriez pas de faute. Mais vous connaissez les Écritures et vous voyez
mes œuvres. Vous pouvez faire un parallèle et, si vous le faites honnêtement,
vous me voyez dans les paroles de l'Écriture, et les paroles de l'Écriture
vous les voyez en Moi, traduites en actes. Vous ne serez donc pas justifiés
de me méconnaître et de me haïr. Il y a trop d'abominations, trop d'idoles,
trop de fornications là où Dieu seul devrait être. Et en tout endroit où vous
êtes. Le salut consiste à les répudier et à accueillir la Vérité qui vous
parle. Et par conséquent, là où vous tuez ou tentez de tuer, vous serez mis à
mort. Et pour ce motif, vous serez jugés aux frontières d'Israël, là où tombe
tout pouvoir humain, et où seul l'Éternel est Juge de ceux qu'il a
créés."
"Pourquoi parles-tu ainsi, Seigneur ? Tu es
sévère."
"Je suis véridique. Je suis la Lumière. La Lumière a été envoyée
pour illuminer les Ténèbres . Mais
la Lumière doit resplendir librement. Il serait inutile que le Très-Haut ait
envoyé sa Lumière, si ensuite sur cette Lumière Il avait mis le boisseau . Les
hommes ne font-ils pas ainsi quand ils allument une lumière, car alors il
aurait été inutile de l'avoir allumée. S'ils l'allument, c'est pour qu'elle
éclaire et que celui qui entre puisse y voir. Moi, dans la maison terrestre
de mon Père, rendue obscure, je viens mettre la Lumière pour que ceux qui s'y
trouvent voient clair. Et la Lumière éclaire. Et bénissez-la si, de son rayon
très pur, elle vous découvre les reptiles, les scorpions, les pièges, les
araignées, les fissures des murailles. C'est par amour pour vous qu'elle le
fait, pour vous donner manière de vous connaître, pour vous faire redevenir propres,
pour chasser les animaux nuisibles : les passions et les péchés, pour
vous reconstruire avant qu'il soit trop tard, pour que vous voyiez où vous
mettez le pied: sur le piège de Satan, avant que vous vous y précipitiez.
Mais pour voir, en plus de la lumière nette, il faut un œil net. La lumière
ne passe pas par un œil que la maladie a couvert d'impuretés.
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166> Nettoyez vos yeux, nettoyez
votre esprit pour que la Lumière puisse descendre en vous. Pourquoi périr
dans les Ténèbres, quand le Très Bon vous envoie la Lumière et le Remède pour
vous guérir ? Il n'est pas encore trop tard. Venez, dans l'heure qui
vous reste, venez à la Lumière, à la Vérité, à la Vie. Venez à votre Sauveur
qui vous tend les bras, qui vous ouvre son cœur, qui vous supplie de
l'accueillir pour votre bien éternel."
Jésus est vraiment suppliant, amoureusement suppliant,
dépouillé de toute chose qui ne soit pas amour... Même les fauves les plus
endurcis, les plus enivrés de haine, le ressentent et leurs armes s'avouent
vaincues, et leurs venins n'ont plus la force de faire jaillir leur acide.
Ils se regardent. Puis Elchias parle au nom de tous :
"Tu as bien parlé, Maître ! Je te prie d'accepter le banquet que
j'offre pour t'honorer."
"Je ne demande pas d'autre honneur que celui de conquérir
vos âmes. Laisse-moi à ma pauvreté..."
"Tu ne voudras pas me faire l'affront de
refuser ?!"
"Pas question d'offense. Je te prie de me laisser avec mes
amis."
"Mais eux aussi, qui pourrait en douter ? Eux aussi
avec Toi. Grand honneur pour ma maison !... Grand honneur !... Tu
vas aussi chez d'autres qui sont des grands ! Pourquoi pas chez
Elchias ?"
"Eh bien... je viendrai. Mais crois bien que je ne pourrai
pas te dire dans le secret de ta maison des paroles différentes de celles que
je t'ai dites ici, au milieu du peuple."
"Ni moi non plus ! Ni mes amis ! En douterais-tu
peut-être ?.."
Jésus le regarde fixement, fixement. Et puis il dit :
"Je ne doute que de ce que j'ignore. Mais je n'ignore pas la pensée des
hommes. Allons à ta maison... La paix à ceux qui m'ont écouté."
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