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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Jeudi 24 janvier 30 (1
Adar)
- Le serviteur
Jonas tombe sur Pierre 32 - Qui
l'accueille chaleureusement 32 - Le fait parler de Béthanie et l'amène à Jésus 33 - Ce n'est pas
une maladie mortelle 34 - Pierre
reconduit le serviteur 35 - Jésus rassure
Pierre 36 - Lui demande le
secret 37 - Pierre ira à
Rome 37 |
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32> La nuit commence déjà à tomber. Le serviteur, remontant les bosquets du fleuve, éperonne
son cheval qui fume de sueur pour lui faire franchir la dénivellation qui
existe en ce point entre le fleuve et le chemin du village. Les flancs de la
pauvre bête palpitent à cause de la course rapide et longue. La sueur moire
sa robe noire, et l'écume du mors éclabousse son poitrail de taches blanches.
Il halète en cambrant son cou et en secouant sa tête. Le voilà sur le
sentier. Il a vite fait de rejoindre la maison. Le serviteur saute à terre,
attache le cheval à la haie, et appelle. De derrière la maison
se présente la tête de Pierre et, de sa voix un peu rauque, il demande :
"Qui appelle ? Le Maître est fatigué. Cela fait des heures qu'il n'est
pas tranquille. Il fait presque nuit. Revenez demain." "Je ne veux rien
du Maître, moi. Je suis en bonne santé et je n'ai qu'un mot à dire." Pierre s'avance en
disant : "Et de la part de qui, si on peut le demander ? Si je ne puis
reconnaître à coup sur, je ne fais passer personne, et surtout quelqu'un qui
pue Jérusalem comme toi." Il s'est avancé lentement, rendu plus
soupçonneux par la beauté du cheval maure richement harnaché, que par
l'homme. Mais quand ils sont en face l'un de l'autre, il fait un geste
étonné; "Toi ? Mais n'es-tu pas un serviteur de Lazare, toi ?" Le serviteur ne sait
que dire. Sa maîtresse lui a dit de ne parler qu'à Jésus, mais l'apôtre
semble bien décidé à ne pas le faire passer. Le nom de Lazare, il le sait, est
puissant auprès des apôtres. Il se décide à dire : "Oui, je suis Jonas, serviteur de Lazare. Je dois parler au
Maître." "Lazare est-il
mal ? Est-ce lui qui t'envoie ?" "Il est mal,
oui. Mais ne me fais pas perdre de temps. Je dois retourner au plus
tôt." Et pour décider Pierre, il dit : "Il y a eu les synhédristes à Béthanie..." "Les
synhédristes !!! Passe ! Passe !" et il ouvre le portail en disant :
"Détache le cheval. Nous allons lui donner à boire et de l'herbe, si tu
veux." "J'ai de
l'avoine, mais un peu d'herbe ne lui fera pas de mal. De l'eau après; tout de
suite, cela lui ferait du mal." 33> Ils entrent dans la
pièce où se trouvent les couchettes et attachent la bête dans un coin pour la
garder à l'abri de l'air; le serviteur la couvre avec la couverture qui
était attachée à la selle, lui donne de l'avoine et de l'herbe que Pierre a
prise je ne sais où. Puis ils reviennent dehors et Pierre conduit le
serviteur dans la cuisine et lui donne une tasse de lait chaud qu'il prend
dans un petit chaudron qui est près du feu allumé, au lieu de l'eau que le
serviteur avait demandée. Pendant que le serviteur boit et se réchauffe
auprès du feu, Pierre, qui s'abstient héroïquement de poser des questions,
dit : "Le lait vaut mieux que l'eau que tu voulais. Et puisque nous en
avons ! Tu as tout fait en une étape ?" "En une étape et
je ferai ainsi au retour." "Tu vas être
fatigué. Et le cheval va tenir le coup ?" "Je l'espère. Et
puis, au retour, je ne galoperai pas comme à l'aller." "Mais il va
faire nuit bientôt. La lune commence déjà à se lever... Comment vas-tu faire
au fleuve ?" "J'espère y
arriver avant qu'elle se couche, autrement je resterai dans le bois jusqu'à
l'aube. Mais j'arriverai avant." "Et après ? La
route est longue du fleuve à Béthanie, et la lune se couche de bonne heure.
Elle est à ses premiers jours." "J'ai une bonne
lanterne, je l'allumerai et j'irai doucement. Si doucement que j'aille, je
m'approcherai toujours de la maison." "Veux-tu du pain
et du fromage ? Nous en avons et aussi du poisson. C'est moi qui l'ai péché.
Parce qu'aujourd'hui je suis resté ici avec Thomas. Mais maintenant
Thomas est allé prendre du pain chez une femme qui nous rend service." "Non, ne te
prive de rien. J'ai mangé en route, mais j'avais soif et besoin aussi de
quelque chose de chaud. Maintenant, je suis bien. Mais veux-tu aller voir le
Maître ? Est-il ici ?" "Oui, oui. S'il
n'y avait pas été, je te l'aurais dit tout de suite. Il est à côté qui se
repose, car il vient tant de gens ici... J'ai même peur que la chose fasse du
bruit et vienne à alarmer les pharisiens. Prends encore un peu de lait.
D'ailleurs tu devras laisser manger le cheval... et le faire reposer. Ses
flancs battaient comme une voile mal tendue..." "Non. Le lait,
vous en avez besoin. Vous êtes si nombreux." "Oui, mais sauf
Jésus qui parle tant qu'il en a la poitrine fatiguée, et les plus âgés, nous
qui sommes robustes, nous mangeons des choses qui font travailler les dents.
Prends. C'est celui des brebis laissées par le vieillard. Quand nous sommes ici, la femme nous l'apporte, mais si nous en
voulons davantage, tous nous en donnent. Ils nous aiment bien ici et ils nous
aident. Et... dis-moi un peu : ils étaient si
nombreux les synhédristes ?" 34> "Oh ! presque
tous et d'autres avec eux : sadducéens, scribes, pharisiens, juifs de grande
fortune, et aussi quelques hérodiens..." "Et
qu'étaient-ils venus faire ces gens à Béthanie ? Est-ce que Joseph et Nicodème y étaient ?" "Non. Ils
étaient venus les jours d'avant, et Manaën aussi était venu.
Ceux-ci n'étaient pas de ceux qui aiment le Seigneur." "Eh ! je le
crois ! Il y en a tellement peu au Sanhédrin qui l'aiment ! Mais que
voulaient-ils exactement ?" "Saluer Lazare, ont-ils dit en
entrant..." "Hum ! Quel
amour étrange ! Ils l'ont toujours écarté pour tant de raisons !...
Bien !... Croyons-le aussi... Ils y sont restés longtemps ?" "Assez. Et ils
sont partis fâchés. Moi je ne sers pas à la maison et donc je ne servais pas
aux tables, mais ceux qui étaient à l'intérieur pour servir disent qu'ils ont
parlé avec les maîtresses et qu'ils ont voulu voir Lazare. C'est Elchias qui est allé voir
Lazare et..." "La bonne peau
!..." murmure Pierre entre ses dents. "Qu'as-tu dit
?" "Rien, rien !
Continue. Et il a parlé avec Lazare ?" "Je crois. Il y
est allé avec Marie. Mais ensuite, je ne sais pourquoi... Marie s'est agitée et les serviteurs, prêts à
accourir des pièces voisines, disent qu'elle les a chassés comme des
chiens..." "Vive elle ! Ce
qu'il faut ! Et elles t'ont envoyé le dire ?" "Ne me fais pas
perdre plus de temps, Simon de Jonas." "Tu as raison,
viens." Il le conduit à une
porte, il frappe. Il dit : "Maître, il y a un serviteur de Lazare. Il
veut te parler." "Entre" dit
Jésus. Pierre ouvre la
porte, fait entrer le serviteur, ferme et se retire, méritoirement, près du
feu pour mortifier sa curiosité. Jésus est assis sur
le bord de sa couchette dans la petite pièce où il y a à peine de la place
pour la couchette et la personne qui l'habite. Ce devait être auparavant un
abri pour les vivres car il y a encore des crochets aux murs et des planches
sur des chevilles. Jésus regarde en souriant le serviteur qui s'est
agenouillé, et il le salue : "La paix soit avec toi." Puis il
ajoute : "Quelles nouvelles m'apportes-tu ? Lève-toi et parle." "Mes maîtresses
m'envoient te dire d'y aller tout de suite, car Lazare est très malade
et le médecin dit qu'il va mourir. Marthe et Marie t'en supplient et elles m'ont envoyé te dire
: "Viens, car Toi seul peux le guérir." 35> "Mais il est
très grave, Maître ! Sa chair est gangrenée, et il ne se nourrit plus. J'ai
éreinté le cheval pour arriver plus tôt..." "Peu importe.
C'est comme je dis." "Mais
viendras-tu ?" "Je viendrai.
Dis-leur que je viendrai et qu'elles aient foi. Qu'elles aient foi. Une foi
absolue. Tu as compris ? Va. Paix à toi et à celles qui t'envoient. Je te
répète : "Qu'elles aient foi absolue. Va." Le serviteur salue et
se retire. Pierre court à sa rencontre : "Tu as eu vite fait de le dire.
Je pensais à un long discours..." Il le regarde, le regarde... Le désir
de savoir transsude par tous les pores de son visage, mais il se retient... "Je pars.
Veux-tu me donner de l'eau pour le cheval ? Après, je partirai." "Viens. De l'eau
!... Nous avons tout un fleuve pour t'en donner, en plus du puits pour
nous" et Pierre, muni d'une lampe, le précède et donne l'eau demandée. Ils font boire le
cheval. Le serviteur soulève la couverture, examine les fers, la
sous-ventrière, les rênes, les étriers. Il explique : "Il a tant couru !
Mais tout est en bon état. Adieu, Simon Pierre, et prie pour nous." Il conduit le cheval
dehors, il sort sur la route en le tenant par la bride, met un pied dans
l'étrier, va monter en selle. Pierre le retient en lui mettant une main sur
le bras et en disant : "La seule chose que je veux savoir : y a-t-il
danger pour Lui à rester ici ? Ont-ils fait cette menace ? Voulaient-ils
savoir des deux sœurs où nous étions ? Dis-le, au nom de Dieu !" "Non, Simon,
non. On n'en a pas parlé. C'est pour Lazare qu'ils sont venus... Entre nous
on soupçonne que c'était pour voir si le Maître était là et si Lazare était
lépreux, car Marthe criait très fort qu'il n'est pas lépreux et elle
pleurait... Adieu, Simon, paix à toi." "Et à toi et à
tes maîtresses. Que Dieu t'accompagne dans ton retour à la maison..." Il
le regarde partir... disparaître bientôt au bout de la rue, car le serviteur
préfère prendre la grande route éclairée par la lumière de la lune plutôt que
le sentier obscur du bois le long du fleuve. Il reste pensif, puis il ferme
la grille et revient à la maison. 36> Il va trouver Jésus qui est toujours assis sur sa couchette,
les mains appuyées sur le bord et pensif. Mais il se secoue en sentant près
de Lui Pierre qui le regarde comme pour l'interroger. Il sourit. "Tu souris,
Maître ?" "Je te souris,
Simon de Jonas. Assieds-toi près de Moi. Les autres sont-ils revenus ?" "Non, pas même Thomas. Il aura trouvé à
parler." "C'est
bien." "Bien qu'il
parle ? Bien que les autres tardent ? Lui ne parle que trop. Lui est toujours
gai ! Et les autres ? Je suis toujours inquiet tant qu'ils ne sont pas de
retour. J'ai toujours peur, moi." "Et de quoi, mon
Simon ? Il n'arrive rien de mal pour le moment, crois-le. Mets-toi en paix et
imite Thomas qui est toujours gai. Toi, au contraire, tu es très triste
depuis quelque temps." "Je défie
quiconque t'aime de ne pas l'être ! Je suis vieux désormais, et je réfléchis
plus que les jeunes. Car eux aussi t'aiment, mais ils sont jeunes et
réfléchissent moins... Mais s'il te plaît que je sois plus gai, je le serai,
je m'efforcerai de l'être. Mais pour pouvoir l'être, donne-moi au moins une
raison de l'être. Dis-moi la vérité, mon Seigneur, Je te le demande à genoux
(et il glisse en fait à genoux). Que t'a dit le serviteur de Lazare ? Qu'ils
te cherchent ? Qu'ils veulent te nuire ? Que..." Jésus met sa main sur
la tête de Pierre : "Mais non, Simon ! Rien de cela. Il est venu me dire
que l'état de Lazare s'est beaucoup aggravé, et on n'a parlé que de
Lazare." "Vraiment,
vraiment ?" "Vraiment,
Simon. Et j'ai répondu qu'elles aient foi." "Mais à Béthanie
y sont allés ceux du Sanhédrin, tu le sais ?" "Chose naturelle
! La maison de Lazare est une grande maison, et nos usages comportent que
l'on donne ces honneurs à un homme puissant qui meurt. Ne t'agite pas,
Simon." "Mais tu crois
vraiment qu'ils n'ont pas profité de cette excuse pour..." "Pour voir si
j'étais là. Eh bien, ils ne m'ont pas trouvé. Allons, ne t'effraie pas ainsi,
comme si déjà ils m'avaient pris. Reviens ici, pauvre Simon, qui ne veut
absolument pas se persuader que rien ne peut m'arriver de mal jusqu'au moment
décrété par Dieu, et que alors... rien ne pourra me défendre du Mal..." Pierre s'accroche à
son cou et Lui ferme la bouche en y posant un baiser et en disant :
"Tais-toi ! Tais-toi ! Ne me dis pas ces choses ! Je ne veux pas les entendre !" 37> Jésus réussit à se
dégager assez pour pouvoir parler et il murmure : "Tu ne veux pas les
entendre et c'est une erreur ! Mais je t'excuse... Écoute, Simon, Puisque tu
étais seul ici, toi et Moi seuls nous devons savoir ce qui est arrivé. Tu
m'as compris ?" "Oui, Maître, je
ne parlerai avec aucun des compagnons." "Que de
sacrifices, n'est-ce pas, Simon ?" "Sacrifices ?
Lesquels ? Ici on est bien. Nous avons le nécessaire." "Sacrifices de
ne pas questionner, de ne pas parler, de supporter Judas... d'être loin de
ton lac... Mais Dieu te donnera une compensation pour tout." "Oh ! si c'est
de cela que tu veux parler !... Au lieu du lac, j'ai le fleuve et... je m'en
contente. Pour Judas... j'ai Toi qui es une large compensation... Et pour les
autres choses !... Bagatelles ! Et elles me servent à devenir moins rustre et
plus semblable à Toi. Comme je suis heureux d'être ici avec Toi ! Dans tes
bras ! Le palais de César ne me paraîtrait pas plus beau que cette maison, si
je pouvais rester toujours ainsi, dans tes bras." "Qu'en sais-tu
du palais de César ? L'as-tu vu peut-être ?" "Non, et je ne
le verrai jamais. Mais je n'y tiens pas. Pourtant j'imagine qu'il est grand,
beau, rempli de belles choses... et d'ordures, comme Rome toute entière,
j'imagine. Je n'y resterais pas même si on me couvrait d'or !" "Où ? Au palais
de César, ou à Rome ?" "Aux deux
endroits. Anathème !"
"Et que veux-tu
faire à Rome ?! Ce n'est qu'un lupanar ! Rien à faire, là-bas, à moins que tu
y viennes, Toi. Alors !..." "J'y irai. Rome
est la capitale du monde. Rome une fois conquise, c'est le monde qui est
conquis." "Nous allons à
Rome ? Tu te proclames roi, là-bas ! Miséricorde et puissance de Dieu ! Cela
c'est un miracle !" |
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Pierre s'est levé et
il reste les bras tendus devant Jésus qui sourit et lui répond : "J'y
irai dans la personne de mes apôtres. Vous me la conquerrez et je serai avec
vous. Mais à côté il y a quelqu'un. Allons, Pierre." |
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