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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Vendredi 25 janvier 30 (2
Adar)
- Grande
agitation dans les rues de Jérusalem 38 - Jésus n'est
pas un chef de guerre 39 - Les
préoccupations du Sanhédrin 40 - Vérifications
romaines à la porte de la ville 42 - Que de gens
pour présenter leurs condoléances 43 - Pas question
de voir Lazare. Il est décomposé 44 - Le vieux
Canania accuse Jésus d'imposture 45 - Proclamation
de foi de Marie et ensevelissement 46 - La foule s'en
va. Il est bien mort 47 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 8.6. |
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38> La nouvelle de la mort de Lazare doit avoir produit
l'effet d'un bâton que l'on remue à l'intérieur d'une ruche. Jérusalem toute entière
en parle. Notables, marchands, menu peuple, pauvres, gens de la ville, des
campagnes voisines, étrangers de passage mais pas tout à fait ignorants de
l'endroit, étrangers qui s'y trouvent pour la première fois et qui demandent
quel est celui dont la mort occasionne un tel remue-ménage, romains,
légionnaires, employés du Temple, lévites et prêtres qui se rassemblent et se
quittent continuellement en courant ça et là... Groupes de gens qui en des
termes et expressions différents parlent du fait. Certains louent, d'autres
pleurent, d'autres se sentent plus mendiants qu'à l'ordinaire maintenant que
leur bienfaiteur est mort, quelqu'un gémit : "Je n'aurai plus, jamais
plus un maître comme lui", certains énumèrent ses mérites et d'autres
mettent en lumière sa richesse et sa parenté, les fonctions et les charges de
son père, la beauté et la richesse de sa mère et sa naissance
"royale". D'autres, malheureusement, rappellent aussi des souvenirs
familiaux sur lesquels il serait beau de laisser tomber un voile surtout
quand il s'agit d'un mort qui en a souffert... Les nouvelles les
plus disparates sur la cause de la mort, sur l'emplacement du tombeau, sur
l'absence du Christ de la maison de son grand ami et protecteur, justement en
cette circonstance, font parler les petits groupes. Et il y a deux opinions
qui prévalent : l'une c'est que cela est arrivé, ou plutôt a été provoqué par
l'attitude hostile des juifs, synhédristes, pharisiens, et gens de même
acabit à l'égard du Maître; l'autre c'est que le Maître, se trouvant en face
d'une vraie maladie mortelle, s'est dérobé parce que dans ce cas ses
procédés frauduleux n'auraient pas réussi. Même sans être astucieux il est
facile de comprendre de quelle source vient cette dernière opinion. Elle
heurte un grand nombre de gens qui répliquent : "Es-tu pharisien, toi
aussi ? Si oui, attention à toi, car avec nous on ne blasphème pas le Saint !
Vipères maudites, engendrées par des hyènes mariées au Léviathan ! Qui vous paie pour blasphémer le Messie
?" Prises de becs, insultes, quelques coups de poing aussi, et des
invectives mordantes aux pharisiens couverts de riches manteaux et aux
scribes qui passent avec des airs de dieux sans daigner regarder la plèbe qui
vocifère pour et contre eux, pour et contre le Maître, résonnent dans les
rues. Et des accusations ! Combien ! 39> Tel dit que Jésus est un faux Maître ! C'est
certainement un de ceux qui ont été achetés avec les deniers de ces serpents
qui viennent de passer. "Avec leurs
deniers ? Avec les nôtres, dois-tu dire ! C'est pour cela qu'ils nous plument
! Mais où est-il que je veux voir si c'est un de ceux qui hier sont venus me
parler..." "Il s'est enfui,
mais vive Dieu ! Ici il faut s'unir et agir. Ils sont trop impudents." Autre conversation :
"Je t'ai entendu et je te connais. Je dirai à qui de droit comment tu
parles du Tribunal suprême !" "J'appartiens au
Christ et la bave de démon ne me nuit pas. Dis-le même à Anna et Caïphe, si tu veux, et que
cela serve à les rendre plus justes." Et plus loin;
"C'est moi, moi que tu traites de parjure et de blasphémateur parce que
je suis le Dieu vivant ? C'est toi le parjure et le blasphémateur qui
l'offenses et le persécutes. Je te connais, sais-tu ? Je t'ai vu et entendu.
Espion ! Vendu ! Saisissez-vous de lui..." et en attendant, il se met à
lui appliquer sur la figure de ces gifles qui font rougir le visage osseux et
verdâtre d'un juif. "Cornélius, Siméon [1], regardez ! Ils me
bousculent" dit un autre plus loin en s'adressant à un groupe de
synhédristes. "Supporte cela
pour la foi et ne te souille pas les lèvres et les mains la veille d'un
sabbat" répond un de ceux qui sont appelés, sans même se détourner pour
regarder le malheureux sur lequel un groupe de gens du peuple exerce une
justice sommaire... Les femmes crient
pour rappeler leurs maris, en les suppliant de ne pas se compromettre. Les légionnaires de
patrouille font dégager les rues à coups de hampes et menacent de faire des
arrestations et de prendre des sanctions. La mort de Lazare, le
fait principal, donne l'occasion de passer à des faits secondaires qui
défoulent la longue tension des cœurs... Les synhédristes, les
anciens, les scribes, les sadducéens, les notables juifs, passent
indifférents, sournois, comme si toute cette explosion de petites colères, de
vengeances personnelles, de nervosité, ne s'enracinaient pas en eux. Plus les
heures passent et plus les passions fermentent et plus les cœurs
s'enflamment.
40> "Eux ? Fais-moi
voir celui du milieu ! Ah ! le scélérat ! C'est lui qui à la dernière lune
est venu m'offrir de l'argent au nom du Christ, en disant que Lui prend des
hommes en solde pour s'emparer de la Palestine. Et maintenant il dit... mais
pourquoi l'as-tu laissé échapper ?" "Vous avez
compris, hein ! Quels malandrins ! Et pour un peu je me laissais prendre ! Il
avait raison mon beau-père ! Voilà Joseph l'Ancien avec Jean et Josué. Allons leur demander s'il est vrai que le
Maître veut rassembler des armées. Ils sont justes et sont au courant."
Ils courent en masse vers les trois synhédristes et leur posent la question. "Rentrez chez
vous, hommes. Dans les rues on pèche et l'on se nuit. Ne vous disputez pas.
Ne vous alarmez pas. Occupez-vous de vos affaires et de vos familles.
N'écoutez pas ceux qui agitent des illusionnés et ne vous laissez pas
illusionner. Le Maître est un maître et non un guerrier. Vous le connaissez
et il dit ce qu'il pense. Il ne vous aurait pas envoyé d'autres pour vous
dire de le suivre comme guerriers, s'il vous avait voulu tels. Ne faites pas
de tort à Lui, à vous, et à votre Patrie. Rentrez chez vous, hommes ! Rentrez
chez vous ! Ne faites pas de ce qui est déjà un malheur : la mort d'un juste,
une suite de malheurs. Retournez chez vous, et priez pour Lazare qui faisait
du bien à tout le monde" dit Joseph d'Arimathie qui doit être très aimé
et écouté par le peuple qui le connaît comme juste. Jean aussi (celui qui était jaloux) dit :
"Lui est un homme de paix, pas de guerre. N'écoutez pas les faux
disciples. Rappelez-vous comme ils étaient différents les autres qui se
disaient Messie. Rappelez-vous, confrontez, et votre justice vous dira que
ces incitations à la violence ne peuvent venir de Lui ! À vos maisons ! À vos
maisons ! Auprès de vos femmes qui pleurent et de vos enfants apeurés. Il est
dit : "Malheurs aux violents et à ceux qui favorisent les rixes" [2]. Un groupe de femmes en
larmes aborde les trois synhédristes et l'une d'elles dit : "Les scribes
ont menacé mon homme. J'ai peur ! Joseph, parle-leur." "Je le ferai,
mais que ton mari sache se taire. Croyez-vous par ces agitations rendre
service au Maître et honorer le mort ? Vous vous trompez. Vous nuisez à l'un
et à l'autre" répond Joseph et il les laisse pour aller à la rencontre
de Nicodème qui arrive par une
rue, suivi de ses serviteurs : "Je n'espérais pas te voir, Nicodème. 41> Moi-même, je ne sais comment j'ai pu. Le serviteur de Lazare
est venu après le chant du coq me dire le malheur." "Et à moi, plus
tard. Je suis parti tout de suite. Sais-tu si le Maître est à Béthanie
?" "Non. Il n'y est
pas. Mon intendant de Bézéta [3] y était à l'heure de
tierce et il m'a dit qu'il n'y est pas." "Moi, je ne
comprends pas comment... Pour tous le miracle et pas pour lui !" s'écrie
Jean. "C'est peut-être
qu'à la maison il a donné déjà plus qu'une guérison : il a racheté Marie et leur a rendu paix et honneur..." dit
Joseph. "Paix et honneur
! Des bons pour les bons, car beaucoup... n'ont pas rendu et ne rendent pas
honneur même maintenant que Marie... Vous ne savez pas... Il y a trois jours,
Elchias y est allé avec
beaucoup d'autres... et ils n'ont pas rendu honneur. Et Marie les a chassés.
Ils me l'ont dit, furieux, et je les ai laissés dire pour ne pas dévoiler mon
cœur..." dit Josué. "Et maintenant
ils vont aux funérailles ?" demande Nicodème. "Ils ont eu
l'avis et se sont réunis au Temple pour discuter. Oh ! les serviteurs ont dû
beaucoup courir ce matin à l'aurore !" "Pourquoi
précipite-t-on ainsi les funérailles ? Tout de suite après sexte !..." [4] "Parce que Lazare
était déjà décomposé quand il est mort. Mon intendant m'a dit que, malgré les
résines qui brûlent dans les pièces, et les aromates répandus sur le mort, la
puanteur du cadavre se sent dès le portique de la maison. Et puis au couchant
le sabbat commence. Il n'était pas possible de faire autrement." "Et tu dis
qu'ils se sont réunis au Temple ? Pourquoi ?" "Voilà... en
réalité, la réunion était déjà fixée pour discuter sur Lazare. Ils veulent
dire qu'il était lépreux..." dit Josué. "Cela non. Lui, tout
le premier, se serait isolé pour obéir à la Loi" dit Joseph pour le
défendre. Et il ajoute : "J'ai parlé avec le médecin. Il a absolument
exclu la lèpre. Il était malade d'une consomption putride." "Et alors de
quoi ont-ils discuté puisque Lazare était déjà mort ?" demande Nicodème.
"Sur la question
d'aller ou non aux funérailles après que Marie les ait chassés. Les uns le
voulaient, les autres non. Mais ceux qui voulaient y aller étaient les plus
nombreux et cela pour trois motifs. Voir si le Maître y est, première raison,
commune à tous. Voir s'il fait le miracle, deuxième raison. 42> La troisième : le souvenir des paroles récentes du Maître aux scribes, près du
Jourdain, non loin de Jéricho [5]" explique
encore Josué. "Le miracle !
Quel miracle s'il est mort ?" demande Jean avec un haussement d'épaules
et il termine en disant : "Toujours les mêmes qui cherchent l'impossible
!" "Le Maître a
ressuscité d'autres morts" fait remarquer Joseph. "C'est vrai.
Mais s'il avait voulu le garder vivant, il ne l'aurait pas laissé mourir. La
raison que tu as donnée avant est juste. Ils ont déjà eu un miracle." "Oui. Mais Uziel s'est souvenu, et avec lui Sadoc, d'un défi exprimé
il y a plusieurs lunes [6]. Le Christ a dit
qu'il prouvera qu'il sait recomposer un corps en décomposition. Et Lazare est
tel. Et Sadoc le scribe dit encore que, près du Jourdain, le Rabbi lui a dit,
de Lui-même, qu'à la nouvelle lune il verrait s'accomplir la moitié du défi.
Celui-ci : d'un corps décomposé qui revit et sans plus de tares ni de
maladie. Et ils ont gagné, eux. Si cela arrive, il est certain que c'est
parce qu'il y a le Maître. Et aussi si cela arrive, il n'y a plus de doutes à
son sujet." "Pourvu que ce
ne soit pas un mal..." murmure Joseph. "Un mal ?
Pourquoi ? Les scribes et les pharisiens se persuaderont..." "Oh ! Jean !
Mais es-tu donc un étranger pour pouvoir dire cela ? Tu ne connais pas tes
concitoyens ? Quand donc la vérité les a-t-elle rendus saints ? Cela ne te
dit rien que l'on n'a pas apporté chez moi l'invitation à la réunion ?" "Ni chez moi non
plus. Ils doutent de nous et nous laissent souvent en dehors, dit Nicodème.
Et il demande : Gamaliel y était-il ?" "Il y avait son
fils. Et il viendra pour remplacer son père qui est souffrant à Gamala de
Judée." "Et que disait Siméon ?" "Rien,
absolument rien. Il a écouté et s'en est allé. Il y a un moment, il est passé
avec des disciples de son père, en allant à Béthanie." Ils sont presque à la
porte qui ouvre sur le chemin de Béthanie et Jean s'écrie : "Regarde !
Elle est gardée. Pourquoi donc ? Et ils arrêtent ceux qui sortent." "Il y a de
l'agitation dans la ville..." "Oh ! Elle n'est
pas pourtant des plus fortes..." Ils arrivent à la
porte et sont arrêtés comme tous les autres. 43> "Pour quelle
raison, soldat ? Je suis connu de toute l'Antonia, et vous ne pouvez
dire du mal de moi. Je vous respecte et je respecte vos lois" dit Joseph
d'Arimathie. "Ordre du
Centurion. Le Chef va entrer dans la ville et nous voulons savoir qui sort
par les portes et spécialement par celle-ci qui donne sur la route de Jéricho
[7]. Nous te
connaissons, mais nous connaissons vos sentiments pour nous. Toi et les tiens
passez, et si vous avez de l'influence sur le peuple, dites-leur qu'il est
bien pour eux de rester tranquilles. Ponce n'aime pas changer
ses habitudes pour des sujets qui lui portent ombrage... et il pourrait être
trop sévère. Un conseil loyal pour toi qui es loyal." Ils passent... "Tu entends ? Je
prévois de lourdes journées... Il faudra le conseiller aux autres plutôt
qu'au peuple..." dit Joseph. La route pour
Béthanie est remplie de gens qui vont tous dans la même direction, à
Béthanie. Tous se rendent aux funérailles. On voit des synhédristes et des
pharisiens mêlés à des sadducéens et des scribes, et ceux-ci à des paysans,
des serviteurs, des intendants des différentes maisons et des domaines que
Lazare possède dans la ville et dans les campagnes, et plus on approche de
Béthanie, plus il y a de gens qui débouchent des sentiers et des chemins dans
la route principale.
"Voici Nathanaël ben Faba. Oh ! le vieux Mathatias, parent de Jacob [8] ! Le fils d'Anna ! Regarde-le avec Doras, Callascebona et Archélaüs. Oh ! comment ont-ils fait pour venir ceux
de Galilée ? Ils y sont tous. Regarde : Éli, Giocana, Ismaël, Urie, Joachim, Élie, Joseph... Le vieux Canania avec Sadoc, Zacharie et Giocana sadducéens. Il y a aussi Siméon de Gamaliel, seul.
Le rabbi n'est pas avec lui. Voilà Elchias avec Nahum, Félix, Anna le scribe, Zacharie, Jonathas d'Uriel ! Saül avec Éléazar, Trifon et Joazar. Bons, ces derniers
! Un autre des fils d'Anna, le plus jeune. Il parle avec Simon
Camit. Philippe avec Jean l'Antipatrides. Alexandre, Isaac et Jonas de Babaon. Sadoc. Jude, descendant des Assidéens, le dernier, je
crois de cette classe. Voici les intendants des divers palais. Je ne vois pas
les amis fidèles. Que de gens !". 44> Vraiment ! Que de
gens. Tous importants, une partie avec un visage de circonstance, ou
avec sur le visage les marques d'une vraie douleur. Le portail tout grand
ouvert engloutit tout le monde, et je vois passer tous ceux qu'à diverses
reprises j'ai vus bienveillants ou hostiles autour du Maître. Tous, sauf Gamaliel et le synhédriste Simon. Et j'en vois d'autres encore que je n'ai jamais
vus ou que j'aurai vus sans savoir leurs noms dans les discussions autour de
Jésus... Il passe des rabbins avec leurs disciples, et des scribes en groupes
compacts. Il passe des juifs dont j'entends énumérer les richesses... Le
jardin est plein de gens. Ils vont exprimer leurs condoléances aux sœurs —
qui selon l'usage, sans doute, sont assises sous le portique et donc en
dehors de la maison — et se répandent ensuite dans le jardin en un continuel
bariolage de couleurs et en de continuelles inclinaisons. Marthe et Marie sont bouleversées. Elles se tiennent par la
main comme deux fillettes effrayées du vide qui s'est fait dans leur maison,
du rien qui emplit leur journée maintenant qu'elles n'ont plus Lazare
à soigner. Elles écoutent les paroles des visiteurs, pleurent avec les vrais
amis, leurs employés fidèles, s'inclinent devant les synhédristes à l'air
glacial, imposants, rigides, venus plutôt pour se faire voir que pour honorer
le défunt. Elles répondent, lasses de répéter les mêmes choses des centaines
de fois, à ceux qui les interrogent sur les derniers moments de Lazare. Joseph, Nicodème, les
amis les plus sûrs, se mettent à côté d'elles, sobres en paroles, mais
manifestant une amitié plus réconfortante que de longs discours.
Marthe, avec
tristesse, se passe la main sur le front et demande : "Quand donc cela
se fait-il en Israël ? Il est déjà préparé..." et des larmes descendent
lentement de ses yeux. "Ce n'est pas
l'usage, c'est vrai, mais nous le désirerions. Les amis les plus fidèles ont
bien le droit de voir une dernière fois l'ami." "Même nous, ses
sœurs, nous aurions eu ce droit. Mais il a été nécessaire de l'embaumer tout
de suite... Et quand nous sommes revenues dans la chambre de Lazare nous
n'avons plus vu que sa forme enveloppée par les bandelettes..." "Vous deviez
donner des ordres clairs. Ne pouviez-vous pas, ne pourriez-vous pas enlever
le suaire de son le visage ?" "Oh ! il est
déjà décomposé... Et l'heure des
funérailles est arrivée." 45> Joseph intervient : "Elchias, il me
semble que nous... par excès d'amour, nous leur faisons de la peine. Laissons
les sœurs en paix..." Siméon, fils de
Gamaliel, s'avance, empêchant la réponse d'Elchias : "Mon père viendra
dès qu'il le pourra. Je le représente. Il appréciait Lazare, et moi de
même." Marthe s'incline en
répondant; "Que l'honneur du rabbi pour notre frère soit récompensé par
Dieu." Elchias, à cause du
fils de Gamaliel, s'écarte sans insister davantage et il discute avec les
autres qui lui font observer : "Mais tu ne sens pas la puanteur ? Tu
veux douter ? Du reste, nous verrons s'ils murent le tombeau. On ne vit pas
sans air." Un autre groupe de
pharisiens s'approche des sœurs. Ce sont presque tous ceux de Galilée.
Marthe, après avoir reçu leurs hommages, ne peut s'empêcher de dire son
étonnement de leur présence. "Femme, le
Sanhédrin siège en des délibérations d'une extrême importance et c'est pour
cela que nous sommes dans la ville" explique Simon de Capharnaüm et il regarde Marie
dont il se rappelle certainement la conversion, mais il se borne à la
regarder. Voici que s'avancent Giocana, Doras fils de Doras et Ismaël avec Canania et Sadoc et d'autres que je ne connais pas. Ils
parlent, bien avant de parler, par leurs visages de vipères. Mais ils
attendent que Joseph s'éloigne avec Nicodème pour parler à trois juifs, pour
pouvoir blesser. C'est le vieux Canania qui de sa voix éraillée de vieillard
croulant commence l'attaque : "Qu'en dis-tu, Marie ? Votre Maître est
le seul absent des nombreux amis de ton frère. Singulière amitié ! Tant
d'amour tant que Lazare se portait bien ! Et de l'indifférence quand c'était
le moment de l'aimer ! Tous ont des miracles de Lui, mais ici, il n'y a pas
de miracle. Qu'en dis-tu, femme, de pareille chose ? Il t'a trompée beaucoup,
beaucoup, le beau Rabbi galiléen. Eh ! Eh ! Ne disais-tu pas qu'il t'avait
dit d'espérer au-delà de ce que l'on peut espérer ? Tu n'as donc pas espéré,
ou bien il ne sert à rien d'espérer en Lui ? Tu espérais dans la Vie, as-tu
dit. C'est vrai ! Lui se dit "la Vie" eh ! eh ! Mais là-dedans se
trouve ton frère mort, et là-bas est déjà ouverte la bouche du tombeau. Et
pas de Rabbi ! Eh ! Eh !" "Lui sait donner
la mort, pas la vie" dit Doras avec un sourire.
Marie aussi pleure.
Elle aussi est en face de la réalité. Elle a cru, elle a espéré au-delà de ce
qui est croyable... mais rien n'est arrivé et déjà les serviteurs enlèvent la
pierre de l'entrée du tombeau car le soleil commence à descendre, et le
soleil descend vite en hiver, et c'est vendredi, et tout doit être fait à
temps de façon que les hôtes ne doivent pas transgresser les lois du sabbat
qui va bientôt commencer. Elle a tant espéré, toujours, trop espéré. Elle a
consumé ses puissances dans cette espérance. Et elle est déçue. Canania insiste :
"Tu ne me réponds pas ? Es-tu convaincue à présent que Lui est un
imposteur qui vous a exploitées et méprisées ? Pauvres femmes !" et il
hoche la tête parmi ses comparses qui l'imitent, en disant eux aussi :
"Pauvres femmes !" Maximin s'approche :
"C'est l'heure. Donnez l'ordre. C'est à vous de le faire." Marthe s'écroule. On
la secourt et on l'emporte à bras au milieu des cris des serviteurs qui
comprennent que l'heure est venue de la descente dans le tombeau et qui
entonnent les lamentations. Marie se tord
convulsivement les mains. Elle supplie : "Encore un peu ! Encore un peu
! Envoyez des serviteurs sur la route vers Ensémès et la fontaine, sur
toutes les routes. Des serviteurs à cheval. Qu'ils voient s'il vient..." "Mais, tu
espères encore, ô malheureuse ? Mais que te faut-il pour te persuader qu'il
vous a trahies et trompées ? Il vous a haïes et méprisées..." C'en est trop ! Le
visage baigné de larmes, torturée et pourtant fidèle, dans le demi-cercle de
tous les hôtes rassemblés pour voir sortir la dépouille, Marie proclame :
"Si Jésus de Nazareth a ainsi agi, c'est bien, et c'est un grand amour
que le sien pour nous tous de Béthanie. Tout pour la gloire de Dieu et la
sienne ! Il a dit que de cela il en viendra de la gloire pour le Seigneur
parce que la puissance de son Verbe resplendira complètement. Exécute,
Maximin. Le tombeau n'est pas un obstacle au pouvoir de Dieu..." Elle s'écarte,
soutenue par Noémi qui est accourue, et elle fait un signe...
La dépouille, dans ses bandelettes, sort de la maison, traverse le jardin
entre deux haies de gens, au milieu des cris de deuil. Marie voudrait la
suivre, mais elle chancelle. Elle se joint quand déjà tous sont vers le
tombeau. Elle arrive juste pour voir disparaître la longue forme immobile
dans la nuit du tombeau où rougissent les torches que tiennent haut les
serviteurs pour éclairer les marches pour ceux qui descendent avec le
mort. 47> En effet le tombeau de Lazare est plutôt
enterré, peut-être pour utiliser des couches de roches souterraines. Marie crie... Elle
est déchirée... Elle crie... Et avec le nom de son frère il y a celui de
Jésus. Ils semblent lui arracher le cœur. Mais elle ne dit que ces deux noms,
et elle les répète jusqu'au moment où la lourde rumeur de la fermeture, remise
à l'entrée de la tombe, lui dit que Lazare n'est plus sur la terre même avec
son corps. Alors elle cède et perd complètement connaissance. Elle s'abat sur
celle qui la soutient et soupire encore, pendant qu'elle s'abîme et
s'anéantit dans son évanouissement : "Jésus ! Jésus !" On
l'éloigne. Maximin reste pour
congédier les hôtes et les remercier au nom de toute la parenté. Il reste
pour s'entendre dire par tous qu'ils reviendront chaque jour pour le deuil...
La foule s'écoule lentement.
Les derniers à partir sont Joseph, Nicodème, Eléazar, Jean, Joachim, Josué.
Au portail ils trouvent Sadoc avec Uriel qui rient méchamment
en disant : "Son défi ! Et nous l'avons craint !" "Oh ! Il est
bien mort. Comme il puait malgré les aromates ! Il n'y a pas de doute, non !
Il n'y avait pas besoin d'enlever le suaire. Je crois qu'il y avait déjà les
vers." Ils sont heureux. |
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Joseph les regarde. Un regard si
sévère qu'il leur coupe la parole et les rires. Tout le monde se hâte de
repartir pour être dans la ville avant la fin du crépuscule. |
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[1] Il s'agit soit de Siméon, le fils de Gamaliel, mais le contexte étonne,
soit de Simon Boetos ou de Simon
Carmit, un ancien grand-prêtre. C'est ce dernier que nous privilégions au
vu de la réponse donnée juste après et à cause de la similitude de parcours
avec Cornélius son compagnon.
[3] La résidence de Joseph
d'Arimathie à Jérusalem est située près de la piscine de Bézéta (piscine
probatique) au nord du Temple. (Voir le plan schématique)
[4] Sexte = midi. Lazare est
mort au petit matin
[5] La prophétie sur la
résurrection faite à Bethléchi. Les scribes demandaient une résurrection à
partir d'un corps putride (Cf. 7.222)
[7] Il s'agit de la Porte
Dorée. La route se sépare entre la direction de Jéricho et celle de Béthanie.
Voir le plan
schématique.