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61> Jésus est
avec les siens dans la paix du Jardin des Oliviers. C'est le soir, un tiède
soir de pleine lune. Ils sont assis sur les sièges naturels que sont les
talus de l'Oliveraie, exactement les premiers, qui se présentent sur cette
petite place naturelle que forme une clairière située à l'entrée. Le Cédron
fait entendre son bruissement en heurtant les cailloux de son lit et semble se
parler à lui-même. Un chant de rossignol; la brise qui soupire et rien
d'autre.
Jésus parle.
"Après le triomphe de ce matin, bien différent est votre esprit. Que
dois-je dire ? Qu'il est soulagé ? Oh ! oui ! Selon l'humanité il est
soulagé. Vous êtes entrés dans la ville, tout tremblants à cause de mes
paroles. Il semblait que chacun craignait, pour lui-même, les sicaires
au-delà des murs, prêts à l'assaillir et à le faire prisonnier.
En tout homme il y a un autre homme qui se
révèle aux heures les plus graves. Il y a le héros qui, aux heures du plus
grand danger, bondit de l'homme doux que le monde a l'habitude de voir et
juge insignifiant, le héros qui dit à la lutte : "Me voici", qui
dit à l'ennemi, à l'arrogant : "Mesure-toi avec moi". Et il y a le
saint qui, alors que tous s'enfuient terrorisés devant les tyrans qui veulent
des victimes, dit : "Prenez-moi en otage et en sacrifice. Je paie pour
tous". Et il y a le cynique qui profite personnellement des malheurs de
tous et rit sur les corps des victimes. Il y a le traître qui a son courage
particulier : celui du mal. Le traître qui est l'amalgame du cynique et du
lâche, qui est aussi une catégorie qui se manifeste dans les heures graves.
Car cyniquement il tire profit d'un malheur et lâchement il passe au parti le
plus fort, osant, pour en tirer profit, affronter le mépris des ennemis et
les malédictions de ceux qu'il abandonne. Il y a enfin le type le plus
répandu, le lâche qui, aux heures graves, n'est capable que de regretter
d'avoir fait connaître son appartenance à un parti et à un homme, maintenant
frappé par l'anathème, et de s'enfuir... Ce lâche n'est pas aussi criminel
que le cynique ni aussi dégoûtant que le traître. Mais il montre toujours
l'imperfection de sa structure spirituelle.
Vous... vous êtes tels. Ne le niez pas. Je lis dans les consciences. Ce
matin, vous pensiez entre vous : "Qu'est-ce qui va nous arriver ?
Allons-nous à la mort, nous aussi ?" Et la partie la plus basse
gémissait : "Que jamais !..."
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62> Oui. Mais
vous ai-je jamais trompés ? Dès mes premières
paroles, je vous ai parlé de persécution et de mort. Et quand l'un d'entre
vous, par excès d'admiration, a voulu voir en Moi un roi et a voulu
me présenter comme un roi, un des pauvres rois de la Terre, toujours
pauvre même s'il est roi et qu'il restaure le royaume d'Israël, j'ai tout de
suite corrigé son erreur, et j'ai dit : "Je suis Roi de l'esprit.
J'offre privations, sacrifices, douleurs. Je n'ai pas autre chose. Ici, sur
la Terre, je n'ai pas autre chose. Mais après ma mort, et votre mort dans ma
foi, je vous donnerai un Royaume éternel : celui des Cieux". Vous ai-je
dit, peut-être, quelque chose de différent ? Non. Vous dites non.
Et vous, alors, vous disiez aussi : "Nous ne voulons que cela. Avec Toi,
comme Toi, à cause de Toi, nous voulons être, et être traités, et
souffrir". Oui, vous parliez ainsi. Et vous étiez sincères aussi. Mais
c'était parce que vous ne raisonniez que comme des enfants, comme des enfants
étourdis. Vous pensiez qu'il était facile de me suivre, et vous étiez
tellement imprégnés de la triple sensualité que vous ne pouviez admettre que
fût vrai ce à quoi je faisais allusion. Vous pensiez : "Lui est le Fils
de Dieu. Il le dit pour éprouver notre amour. Mais Lui ne pourra être frappé
par l'homme. Lui qui opère des miracles saura bien faire un grand miracle en
sa faveur !" Et chacun ajoutait : "Je ne puis croire que Lui soit
trahi, pris, tué". Si forte était la foi humaine que vous aviez
en ma puissance que vous arriviez à n'avoir pas foi dans mes paroles,
la Foi vraie, spirituelle, sainte et sanctifiante.
"Lui qui fait des miracles pourra en faire un en sa faveur !"
disiez-vous. Ce n'est pas un, mais un grand nombre encore que je ferai. Et
deux seront tels qu'aucune intelligence ne peut y penser. Ils seront tels que
seulement ceux qui croient dans le Seigneur pourront les admettre. Tous les
autres, dans les siècles des siècles, diront : "Impossible !" Et
même au-delà de la mort je serai un objet de contradiction pour beaucoup.
En une douce matinée de printemps j'ai annoncé d'une montagne les diverses
béatitudes. Il y en a encore une : "Bienheureux ceux qui savent croire
sans voir". J'ai déjà dit en allant à travers la Palestine :
"Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui
l'observent", et encore : "Bienheureux ceux qui font la volonté de
Dieu" et d'autres, j'en ai dit d'autres, car dans la maison de mon Père
nombreuses sont les joies qui attendent les saints. Mais il y a aussi
celle-ci. Oh ! bienheureux ceux qui croient sans avoir vu avec leurs yeux
corporels ! Ils seront tellement saints que, étant sur la Terre, ils verront
déjà Dieu, le Dieu caché dans le Mystère d'amour.
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63> Mais vous, depuis trois ans
que vous êtes avec Moi, vous n'êtes pas encore arrivés à cette foi. Et vous
croyez seulement à ce que vous voyez. C'est pour cela que depuis ce matin,
après le triomphe, vous dites : "C'est ce que nous disions. Il triomphe,
et nous avec Lui". Et comme des oiseaux qui remettent en place leurs
plumes froissées par quelqu'un de cruel, vous vous levez pour voler, ivres de
joie, pleins d'assurance, libres de cette constriction que mes paroles vous
avaient mise dans le cœur.
Êtes-vous plus soulagés alors, même dans votre esprit ? Non. En lui, vous
êtes encore moins soulagés, car vous êtes encore plus impréparés à
l'heure qui arrive. Vous avez bu les hosannas comme du vin fort et agréable.
Et vous en êtes ivres. Un homme ivre est-il jamais fort ? Il suffit d'une
main d'enfant pour le faire chanceler et tomber. C'est ainsi que vous êtes.
Et il suffira qu'apparaissent des sicaires pour vous faire fuir comme de
timides gazelles qui voient se présenter près d'un rocher de la montagne le
museau pointu du chacal, et rapides comme le vent se dispersent à travers les
solitudes du désert.
Oh ! prenez garde de ne pas mourir d'une horrible soif dans ce sable brûlé
qu'est le monde sans Dieu ! Ne dites pas, ne dites pas, ô mes amis, ce que
dit Isaïe en faisant allusion à votre état d'esprit faux et dangereux. Ne
dites pas : "Celui-là ne parle que de conjurations. Mais il n'y a pas à
craindre, il n'y a pas lieu de s'épouvanter. Nous ne devons pas craindre ce que
Lui nous prophétise. Israël l'aime, et nous l'avons vu". Que de fois le
tendre pied nu d'un petit enfant foule les herbes fleuries du pré, pour
cueillir des fleurs qu'il portera à sa mère, et croit ne trouver que des
fleurs, et au contraire posé son talon sur la tête d'un serpent, en est mordu
et en meurt ! Les fleurs cachaient le serpent.
Ce matin aussi... ce matin aussi c'était ainsi ! Je suis le Condamné couronné
de roses. Les roses !... Combien de temps durent les roses ? Que reste-t-il
d'elles lorsque leurs corolles se sont effeuillées en une neige de pétales
parfumés ? Des épines.
Moi — Isaïe l'a dit — je serai pour vous, et je dis qu'avec vous je serai
pour le monde, sanctification, mais aussi pierre d'achoppement, pierre de
scandale et lacs et ruine pour Israël et pour la Terre. Je sanctifierai
ceux qui auront bonne volonté et je ferai tomber et briser en mille morceaux
ceux qui auront mauvaise volonté.
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64> Les anges ne disent pas des
paroles mensongères, ni des paroles de peu de durée. Ils viennent de
Dieu, qui est Vérité et qui est Éternel, et ce qu'ils disent est vérité et
parole immuable. Ils ont dit : "Paix aux hommes de bonne volonté".
Il naissait alors, ô Terre, ton Sauveur. Maintenant il va à la mort ton
Rédempteur. Mais pour avoir de Dieu la paix, c'est-à-dire sanctification et
gloire, il faut avoir "bonne volonté". Inutile ma naissance,
inutile ma mort pour ceux qui n'ont pas cette volonté bonne. Mon
vagissement et mon râle, le premier pas et le dernier, la blessure de la
circoncision et celle de la consommation, auront existé en vain si en
vous, si dans les hommes, il n'y aura pas la bonne volonté de se racheter et
de se sanctifier.
Et je vous le dis : un très grand nombre de gens se butteront contre Moi qui
ai été placé comme colonne de soutènement et non comme un piège pour l'homme,
et ils tomberont parce qu'ivres d'orgueil, de luxure, d'avarice, et ils
seront enfermés dans le filet de leurs péchés et pris et donnés à Satan.
Mettez ces paroles dans vos cœurs et scellez-les pour les futurs disciples.
Allons. La Pierre se lève. Un autre pas en avant. Sur la montagne. Elle doit resplendir
au sommet car Il est le soleil, Il est la Lumière, Il est l'Orient. Et le
Soleil brille sur les cimes. Il doit être sur la montagne car le vrai Temple
doit être vu du monde entier. Et de Moi-même je l'édifie avec la Pierre
vivante de ma Chair immolée. J'en assemblerai les parties avec le mortier
fait de ma sueur et de mon sang. Et je serai sur mon trône recouvert d'une
pourpre vivante, couronné d'une couronne nouvelle, et ceux qui sont au loin
viendront à Moi, ils travailleront dans mon Temple, autour de lui. Je suis la
base et le sommet. Mais tout autour, toujours plus grande, s'étendra la
demeure. Et Moi-même, je travaillerai mes pierres et mes artisans. Comme j'ai
été travaillé au ciseau par le Père, par l'Amour, et par l'homme et par la
Haine, de même je les travaillerai. Et après qu'en un seul jour aura été
enlevée l'iniquité de la Terre, sur la pierre de celui qui est Prêtre pour
l'éternité viendront les sept yeux pour voir Dieu et déboucheront les sept
sources pour vaincre le feu de Satan.
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