|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
Dimanche 31 mars 30 (9
Nisan)
- Jésus rejoint
sa mère 46 - La foule
prépare une grande fête 47 - Les femmes
iront dans une maison de Lazare 47 - Jésus décide
de contourner Bethphagé 48 - [Commentaire
de Jésus: Localisation du passage suivant] 49 - [Commentaire
de M. V. : Sa souffrance physique] 49 - Au sommet d'un
coteau Jésus pleure 49 - Les apôtres
lui demandent pourquoi 50 - Discours
(Jérusalem est la Corruption) 50 - Discours
(Veillez beaucoup sur vous 51 - Jérusalem sera
détruite) 51 - [Commentaire
de Jésus : Les profanations du culte] 52 - Arrivée
d'Isaac avec les siens 53 - Début de la
marche triomphale 53 - L'étrange
cortège d'un roi assis sur un ânon 53 - Comme un
torrent qui se déverse dans la ville 54 - Malgré les
protestations d'un petit groupe 55 - Rencontre d'Annalia. Puis de Marie 56 - Annalia est morte d'amour 57 - Jésus chasse
les vendeurs du Temple 58 - Guérisons
nombreuses et simultanées 59 - Les apôtres
sont enthousiastes 60 - Jésus décide
de dormir au Camp des Galiléens 60 LA CONTROVERSE Certains exégètes pensent que l'expulsion des
marchands hors du Temple rapportée ici après l'entrée triomphale des Rameaux,
est un anachronisme. Les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) qui rapportent
la scène, auraient fait une confusion ::elle doit être située en début de vie
publique, comme le rapporte Jean. On peut constater, en lisant les synoptiques,
qu'ils rapportent un fait similaire, l'expulsion des vendeurs du Temple, mais
dans des conditions différentes ; |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 9 9.9. |
||
|
46> Jésus passe son bras autour des épaules de
sa Mère qui s'est levée
quand Jean et Jacques d'Alphée l'ont rejointe pour
lui dire : "Ton Fils arrive", et puis ils sont revenus en arrière
pour se réunir à leurs compagnons qui avancent lentement en parlant, alors
que Thomas et André ont couru vers Bethphagé pour chercher l'ânesse et l'ânon et les amener
à Jésus. 47> Jésus, pendant ce
temps, parle aux femmes : "Nous voici près de la ville. Je vous
conseille d'y aller et d'y aller en toute sûreté. Entrez dans la ville avant
Moi. Près de En Rogel, se trouvent les bergers et les disciples les
plus fidèles. Ils ont l'ordre de vous accompagner et de vous protéger." "C'est que... Nous avons parlé
avec Aser de Nazareth et Abel de Bethléem de Galilée et aussi avec Salomon. Ils étaient venus
jusqu'ici pour guetter ton arrivée. La foule prépare une grande fête. Et on
voulait voir... Tu vois comme remue le haut des oliviers ? Ce n'est pas le
vent qui les agite ainsi. Mais ce sont des gens qui coupent des branches pour
en joncher le chemin et t'abriter du soleil. Et là-bas ? ! Regarde, ils sont
en train de dépouiller les palmiers de leurs éventails. On dirait des grappes
et ce sont des hommes grimpés sur les fûts qui n'en finissent pas de
cueillir... Et sur les pentes tu vois des enfants qui se baissent pour
cueillir des fleurs. Et certainement les femmes dépouillent les jardins des
fleurs et des plantes odorantes pour en joncher le chemin. Nous voulions
voir... et imiter le geste de Marie
de Lazare qui recueillit toutes les fleurs foulées par ton pied quand tu
es entré dans le jardin de Lazare" demande Marie de Cléophas au nom de toutes. Jésus caresse sur la joue sa vieille
parente qui semble une enfant désireuse de voir un spectacle, et il lui dit :
"Dans la grande foule, tu ne verrais rien. Allez en avant, à la maison
de Lazare, celle qui a Matthias comme gardien. Je
passerai par là, et vous me verrez d'en haut." "Mon Fils... et tu vas seul ? Je
ne puis rester près de Toi ?" dit Marie en levant son visage si triste
et en fixant ses yeux de ciel sur son doux Fils. "Je voudrais te prier de rester
cachée. Comme la colombe dans le creux du rocher. Plus que ta présence, ta
prière m'est nécessaire, Maman aimée !" "Si c'est ainsi, mon Fils, nous
prierons, toutes, pour Toi." "Oui. Après l'avoir vu passer,
vous viendrez avec nous dans mon palais de Sion. Et j'enverrai des serviteurs
au Temple et toujours à la suite du Maître pour qu'ils nous apportent ses
ordres et ses nouvelles" décide Marie de Lazare toujours rapide pour
saisir ce qu'il y a de mieux à faire et pour le faire sans retard. "Tu as raison, ma sœur. Bien
qu'il me peine de ne pas le suivre, je comprends le bien fondé de cet ordre.
Et du reste Lazare nous a dit de ne contredire le Maître en rien, et de Lui
obéir même dans les plus petits détails. Et nous le ferons." 48> "Et alors,
allez. Vous voyez ? Les routes s'animent. Les apôtres vont me rejoindre.
Allez. La paix soit avec vous. Je vous ferai venir aux heures que je jugerai
bonnes. Maman, adieu. Sois en paix. Dieu est avec nous." Il l'embrasse
et la congédie. Et les disciples obéissantes s'en vont sans tarder. Les dix apôtres rejoignent Jésus :
"Tu les as envoyées en avant ?" "Oui. Elles verront mon entrée
d'une maison." "De quelle maison ?" demande
Judas de Kériot. "Eh ! elles sont désormais si
nombreuses les maisons amies !" dit Philippe. "Pas chez Annalia ?" insiste
l'Iscariote. Jésus répond négativement et se met en
chemin vers Bethphagé qui est peu éloignée. Il en est tout proche quand reviennent
les deux qu'il a envoyés prendre l'ânesse et l'ânon. Ils crient : "Nous
avons trouvé comme tu l'as dit, et nous t'aurions amené les animaux. Mais
leur maître a voulu les étriller et les orner des meilleurs harnachements
pour te faire honneur. Et les disciples, unis à ceux qui ont passé la nuit
dans les rues de Béthanie pour t'honorer, veulent avoir l'honneur de te les
conduire, et nous avons consenti. Il nous a paru que leur amour méritait une
récompense." "Vous avez bien fait. Avançons,
en attendant." "Sont-ils nombreux les disciples
?" demande Barthélemy. "Oh ! une multitude. On n'arrive
pas à passer par les rues de Bethphagé. Aussi j'ai
dit à Isaac de conduire l'âne
chez Cléonte, le fromager"
répond Thomas. "Tu as bien fait. Allons jusqu'à
cet escarpement des collines, et attendons un peu à l'ombre de ces
arbres." Ils vont à l'endroit indiqué par
Jésus. "Mais nous nous éloignons ! Tu
dépasses Bethphagé en la contournant par derrière
!" s'écrie l'Iscariote. "Et si je veux le faire, qui peut
m'en empêcher ? Suis-je peut-être déjà prisonnier, pour qu'il ne me soit pas
permis d'aller où je veux ? Et est-on pressé que je le sois et craint-on que
je puisse échapper à la capture ? Et si j'estimais juste de m'éloigner pour
des lieux plus sûrs, y a-t-il quelqu'un qui pourrait m'en empêcher ?"
Jésus darde son regard sur le Traître qui ne parle plus et hausse les
épaules, comme pour dire : "Fais ce que bon te semble." Ils tournent en effet en arrière du
petit village, je dirais un faubourg de la ville elle-même car, du côté
ouest, il est vraiment peu éloigné de la ville, faisant déjà partie des
pentes de l'Oliveraie qui couronne Jérusalem du côté oriental. En bas, entre
les pentes et la ville, le Cédron brille au soleil d'avril. 49> Jésus s'assoit dans
cette silencieuse verdure et se concentre dans ses pensées. Puis il se lève et
va réellement sur la cime de l'escarpement. Jésus me dit : "Ici tu mettras la
vision du 31 Juillet 1944 : Jésus qui pleure sur Jérusalem, à partir
de la phrase que je t'ai dite pour commencer la vision." Et ensuite, il
recommence à me montrer les phases de son entrée triomphale. 30 Juillet. Je ne sais comment faire pour décrire,
car je ressens au cœur un tel malaise que j'ai peine à rester assise. Mais il
y a si longtemps que c'est ainsi. Je dois écrire ce que je vois. Pour moi s'éclaire l'Évangile d'aujourd'hui
: 5ème dimanche après la Pentecôte. D'un coteau près de Jérusalem, Jésus
regarde la ville qui s'étend à ses pieds. Le coteau n'est pas très haut. Au
maximum comme peut l'être la petite place S. Miniato
du mont, à Florence; mais cela suffit pour que l'œil domine l'étendue de
toutes les maisons et des rues qui montent et descendent sur les petits
accidents de terrain sur lesquels se trouve Jérusalem. Cette colline est
certainement bien plus haute, si on prend le niveau le plus bas de la ville,
que ne l'est le Calvaire, mais elle est plus proche de l'enceinte que ce
dernier. Elle commence exactement tout près des murs et s'élève rapidement en
s'éloignant de ceux-ci, alors que de l'autre côté elle descend mollement vers
une campagne toute verte qui s'étend vers l'est, vers l'orient si j'en juge
du moins par la lumière solaire. Jésus et les siens sont sous un
bosquet, à l'ombre, assis. Ils se reposent du chemin parcouru. Puis Jésus se
lève, quitte l'endroit boisé où ils étaient assis et s'en va tout à fait au
sommet du coteau. Sa haute personne se détache nettement
dans l'espace vide qui l'entoure. Il paraît encore plus grand ainsi, debout,
et seul. Il tient les mains serrées sur sa poitrine, sur son manteau bleu, et
regarde extrêmement sérieux. Les apôtres l'observent, mais ils le
laissent faire sans bouger ni parler. Ils doivent penser qu'il s'est éloigné
pour prier.
50> Les larmes gonflent
ses yeux, puis coulent et roulent sur ses joues et tombent parterre... des
larmes silencieuses et tellement tristes, comme celles de quelqu'un qui sait
qu'il doit pleurer, seul, sans espérer de réconfort ni de compréhension de
personne. A cause d'une douleur qui ne peut être annulée et qui doit
être soufferte absolument. Le frère
de Jean,
à cause de sa position, est le premier à voir ces pleurs et il le dit aux
autres qui se regardent entre eux, étonnés. "Personne de nous n'a fait de
mal" dit quelqu'un, et un autre : "La foule aussi ne nous a pas
insultés. Il ne s'y trouve personne qui Lui soit ennemi." "Pourquoi pleure-t-il alors
?" demande le plus âgé de tous. Pierre et Jean se lèvent ensemble et s'approchent du Maître. Ils
pensent que l'unique chose à faire c'est de Lui faire sentir qu'ils l'aiment
et de Lui demander ce qu'il a. "Maître, tu pleures ?" dit
Jean en mettant sa tête blonde sur l'épaule de Jésus, qui le dépasse de la
tête et du cou. Et Pierre, en Lui mettant une main à
la taille, en l'entourant presque d'un embrassement pour l'attirer à lui, Lui
dit : "Quelque chose te fait souffrir, Jésus ? Dis-le à nous qui
t'aimons." Jésus appuie sa joue sur la tête
blonde de Jean et, desserrant ses bras, il passe à son tour son bras autour
de l'épaule de Pierre. Ils restent ainsi embrassés tous les trois, dans une
pose si affectueuse. Mais les larmes continuent de couler. Jean, qui les sent tomber dans ses
cheveux, recommence à Lui demander : "Pourquoi pleures-tu, mon Maître ?
Peut-être que de nous il te vient de la peine ?" Les autres apôtres se sont réunis au
groupe affectueux et attendent anxieusement une réponse. "Non" dit Jésus. "Pas
de vous. Vous êtes pour Moi des amis et l'amitié, quand elle est sincère, est
baume et sourire, jamais larme. Je voudrais que vous restiez toujours mes
amis. Même maintenant que nous allons entrer dans la corruption qui fermente
et qui corrompt celui qui n'a pas une volonté décidée de rester
honnête." "Où allons-nous, Maître ? Pas à
Jérusalem ? La foule t'a déjà salué joyeusement. Veux-tu la décevoir ?
Allons-nous peut-être en Samarie pour quelque prodige ? Justement maintenant
que la Pâque est proche ?" Les questions viennent en même temps
de différents côtés. 51> Jésus lève la main
pour imposer le silence et puis, de sa main droite, il montre la ville. Un
geste large comme celui du semeur qui jette son grain devant lui et il
dit : "Elle est la Corruption. Nous entrons dans Jérusalem. Nous y
entrons. Et seul le Très-Haut sait comment je voudrais la sanctifier en y
amenant la Sainteté qui vient des Cieux. La resanctifier,
cette ville qui devrait être la Cité Sainte. Mais je ne pourrai rien lui
faire. Corrompue elle est, et corrompue elle reste. Et les fleuves de
sainteté qui coulent du Temple vivant, et qui couleront encore davantage dans
peu de jours jusqu'à le vider de la vie, ne suffiront pas pour la racheter.
Ils viendront au Saint la Samarie et le monde païen. Sur les temples
mensongers s'élèveront les temples du vrai Dieu. Les cœurs des gentils
adoreront le Christ. Mais ce peuple, cette ville sera toujours pour Lui une
ennemie et sa haine l'amènera au plus grand péché. Cela doit arriver. Mais
malheur à ceux qui seront les instruments de ce crime. Malheur !..." Jésus regarde fixement Judas qui est
presque en face de Lui. "Cela ne nous arrivera jamais.
Nous sommes tes apôtres et nous croyons en Toi, prêts à mourir pour
Toi." Judas ment effrontément et soutient sans embarras le regard de
Jésus. Les autres unissent leurs
protestations. Jésus répond à tous pour éviter de
répondre directement à Judas. "Veuille le Ciel que vous soyez tels, mais
vous avez encore beaucoup de faiblesse en vous et la tentation pourrait vous
rendre semblables à ceux qui me haïssent. Priez beaucoup et veillez beaucoup
sur vous. Satan sait qu'il va être vaincu et il veut
se venger en vous arrachant à Moi. Satan est autour de nous tous : de Moi,
pour m'empêcher de faire la volonté du Père et d'accomplir ma mission; de
vous, pour faire de vous ses serviteurs. Veillez. Dans ces murs Satan prendra
celui qui ne saura pas être fort. Celui pour lequel cela aura été une malédiction
d'être choisi parce qu'il a donné à ce choix un but humain. Je vous ai
choisis pour le Royaume des Cieux et non pour celui du monde.
Souvenez-vous-en.
52> Et ce ne sera pas alors
la haine des forts contre le désarmé. Mais ce sera haine contre haine, et
donc guerre et mort. Entourée de tranchées et de gens armés, tu souffriras
avant d'être détruite et tu verras tomber tes fils tués par les armes et par
la faim, et les survivants être prisonniers et méprisés, et tu demanderas
miséricorde, et tu ne la trouveras plus parce que tu n'as pas voulu connaître
ton Salut. Je pleure, amis, car j'ai un cœur
d'homme et les ruines de la patrie m'arrachent des larmes. Mais que ce qui
est juste s'accomplisse puisque dans ces murs la corruption dépasse toute
limite et attire le châtiment de Dieu. Malheur aux citoyens qui sont la cause
du mal de leur patrie ! Malheur aux chefs qui en sont la principale cause !
Malheur à ceux qui devraient être saints pour amener les autres à être
honnêtes, et qui au contraire profanent la Maison de leur ministère et
eux-mêmes ! Venez. A rien ne servira mon action. Mais faisons en sorte que la
Lumière brille encore une fois au milieu des Ténèbres !" Et Jésus descend suivi des siens. Il
s'en va rapidement par le chemin, le visage sérieux et je dirais presque
renfrogné. Il ne parle plus. Il entre dans une maisonnette au pied de la
colline et je ne vois pas autre chose. Jésus dit : "La scène
racontée par Luc paraît sans liaison, pour ainsi dire illogique. Je déplore
les malheurs d'une ville coupable et je ne sais pas compatir aux habitudes de
cette ville ? Non. Je ne sais pas,
je ne puis les compatir, puisque même ce sont justement ces habitudes qui
engendrent les malheurs, et de les voir rend plus aiguë ma douleur. Ma colère
contre les profanateurs du Temple est la conséquence logique de ma méditation
sur les malheurs prochains de Jérusalem. Ce sont toujours les
profanations du culte de Dieu, de la Loi de Dieu, qui provoquent les
châtiments du Ciel. En faisant de la Maison de Dieu une caverne de voleurs, ces
prêtres indignes et ces indignes croyants (de nom seulement] attiraient sur
tout le peuple malédiction et mort. Inutile de donner tel ou tel nom au mal
qui fait souffrir un peuple. Cherchez le nom exact en ceci : "Punition
d'une vie de brutes". Dieu se retire et le Mal s'avance. Voilà le fruit
d'une vie nationale indigne du nom de chrétienne.
Repose, petit Jean, et
fais en sorte d'être toujours fidèle au choix que j'ai fait de toi. Va en
paix." Quelle fatigue ! Je
n'en peux vraiment plus... 53> Jésus a à peine le temps d'entrer dans la maison pour en bénir
les habitants que l'on entend une gaie sonnerie de grelots et des voix en
fête. Et tout de suite après, le visage émacié et pâle d'Isaac apparaît dans
l'ouverture de la porte et le fidèle berger entre et se prosterne devant son
Seigneur Jésus. Dans l'encadrement de
la porte grande ouverte se pressent de nombreux visages et en arrière on en
voit d'autres... On se bouscule, on se presse, on veut s'avancer... Quelques
cris de femmes, quelques pleurs d'enfants pris au milieu de la cohue, et des
salutations, des cris joyeux : "Heureux jour qui te ramène à nous ! La
paix à Toi, Seigneur ! C'est un heureux retour, ô Maître, pour récompenser
notre fidélité." Jésus se lève et fait
signe qu'il va parler. Tout le monde se tait, et on entend nettement la voix
de Jésus. "Paix à vous !
Ne vous entassez pas. Maintenant nous allons monter ensemble au Temple. Je
suis venu pour être avec vous. Paix ! Paix ! Ne vous faites pas de mal.
Faites place, mes aimés ! Laissez-moi sortir et suivez-moi, pour que nous
entrions ensemble dans la Cité Sainte." Les gens obéissent
tant bien que mal, et font un peu de place, assez pour que Jésus puisse
sortir et monter sur l'ânon. Car Jésus indique le poulain jamais monté
jusqu'alors comme sa monture. Alors de riches pèlerins, qui se pressent dans
la foule, étendent sur la croupe de l'ânon leurs somptueux manteaux et
quelqu'un met un genou à terre et l'autre à servir de marchepied au Seigneur
qui s'assoit sur l'ânon, et le voyage commence. Pierre marche à côté du
Maître et de l'autre côté Isaac tient la bride de la bête qui n'est pas
entraînée, et qui pourtant marche tranquillement comme si elle était habituée
à cet office sans s'emballer ou s'effrayer des fleurs qui, jetées comme elles
le sont vers Jésus, frappent souvent les yeux et le museau de la bête, ni des
branches d'olivier et des feuilles de palmiers agitées devant et autour de
lui, jetées par terre pour servir de tapis avec des fleurs, ni des cris de
plus en plus forts : "Hosanna, Fils de David !" qui montent vers le
ciel serein pendant que la foule se tasse de plus en plus et grossit à cause
des nouveaux venus. 54> Passer par Bethphagé, par les rues étroites et contournées, n'est
pas chose facile et les mères doivent prendre les enfants dans leurs bras, et les hommes protéger les femmes de coups trop violents, et il
arrive qu'un père place son fils sur ses épaules à califourchon et le porte
élevé au-dessus de la foule alors que les voix des petits semblent des
bêlements d'agneaux ou des cris d'hirondelles et que leurs menottes jettent
des fleurs et des feuilles d'oliviers que leurs mères leur présentent, et
envoient aussi des baisers au doux Jésus...
Les soldats de garde
à la porte sortent pour voir ce qui arrive. Mais ce n'est pas une sédition
et, appuyés sur leurs lances, ils se rangent de côté pour observer, étonnés
ou ironiques, le cortège étrange de ce Roi assis sur un ânon, beau comme un
dieu, simple comme le plus pauvre des hommes, doux, bénissant... entouré de
femmes et d'enfants et d'hommes désarmés criant : "Paix ! Paix !",
de ce Roi qui, avant d'entrer dans la ville, s'arrête un moment à la hauteur
des tombeaux des lépreux de Hinnon et de Siloan (je crois bien parler de ces lieux où j'ai vu
d'autres fois des miracles de lépreux) et s'appuyant sur l'unique étrier sur
lequel il appuie son pied, puisqu'il est assis sur l'âne et non à cheval, il
se lève et ouvre les bras en criant dans la direction de ces pentes
horribles, où des visages et des corps effrayants se montrent en regardant
vers Jésus et élèvent le cri lamentable des lépreux : "Nous sommes
infectés !", pour écarter des imprudents qui pour bien voir Jésus monteraient
aussi sur les terrasses contaminées : "Que celui qui a foi invoque mon
Nom et ait la santé grâce à cela !" et il les bénit en reprenant sa
route et en ordonnant à Judas de Kériot : "Tu
achèteras de la nourriture pour les lépreux et avec Simon tu la leur porteras
avant le soir." 55> Le cortège entre
sous la voûte de la Porte de Siloan et puis comme
un torrent se déverse dans la ville en passant par le faubourg d'Ophel —où chaque terrasse est devenue une petite place
aérienne remplie de gens qui crient des hosannas, jettent des fleurs et
renversent des parfums en bas, sur la route, en essayant de les jeter sur le
Maître, et l'air est saturé par l'odeur des fleurs qui meurent sous les pas
de la foule et des essences qui se répandent dans l'air avant de tomber dans
la poussière de la route — le cri de la foule semble augmenter et se
renforcer comme si chacun criait dans un porte-voix, car les nombreux
archivoltes dont Jérusalem est remplie l'amplifient ne cessant pas de le
faire résonner. J'entends crier, et
je crois que cela veut dire ce que disent les évangélistes : "Scialem, Scialem melchil !" (ou malchit :
je m'efforce à rendre le son des paroles, mais il est difficile car elles ont
des aspirations que nous n'avons pas). C'est un bruit continu, semblable à
celui d'une mer en tempête dans laquelle n'est pas encore tombé le bruit de
la lame qui fouette la plage et les écueils, qu'une autre lame ramasse et
relève en un nouveau claquement sans jamais s'arrêter. J'en suis assourdie ! Parfums, odeurs,
cris, des branches et des vêtements qui s'agitent, couleurs... C'est une
vision étourdissante. Je vois la foule qui
n'en finit pas de se mélanger, des visages connus qui apparaissent et
disparaissent : tous les disciples de tous les coins de la Palestine, tous
ceux qui suivent Jésus... Je vois pendant un instant Jaïre, je vois Jaia l'adolescent de
Pella (me semble-t-il) qui était aveugle avec sa mère et que Jésus guérit, je
vois Joachim de Bozra et ce paysan de la plaine de
Saron avec ses frères, je vois le vieux et solitaire Matthias de cet endroit près
du Jourdain (rive orientale) auprès duquel Jésus se réfugia alors que tout
était inondé, je vois Zachée avec ses amis
convertis, je vois le vieux Jean de Nobé avec presque tous ses concitoyens, je vois le mari de Sara de Jutta... Mais qui peut retenir ces visages et ces noms si
c'est un kaléidoscope de visages connus et inconnus, vus plusieurs fois ou
une seule ?... Voici maintenant le visage du pastoureau pris à Ennon. Et près de lui le disciple de Corozaïn qui quitta la
sépulture de son père pour suivre Jésus; et tout près, pour un instant, le
père et la mère de Benjamin de
Capharnaüm avec leur jeune fils qui manque de tomber sous les pieds de
l'ânon en se jetant en avant pour recevoir une caresse de Jésus. Et —
malheureusement — des visages de pharisiens et de scribes, livides de colère
à cause de ce triomphe, qui, arrogants, fendent le cercle d'amour qui se serre
autour de Jésus, et Lui crient : "Fais taire ces fous ! Rappelle-les à
la raison ! Ce n'est qu'à Dieu que l'on adresse des hosannas. Dis-leur de se
taire !" 56> À quoi Jésus répond doucement : "Même si je leur disais
de se taire et qu'ils m'obéissent, les pierres crieraient les prodiges du
Verbe de Dieu." En effet les gens
crient : "Hosanna, hosanna au fils de David ! Béni Celui qui vient au
nom du Seigneur ! Hosanna à Lui et à son Règne ! Dieu est avec nous !
L'Emmanuel est venu ! Il est venu le Royaume du Christ du Seigneur ! Hosanna
! Hosanna de la Terre jusqu'en haut des Cieux ! Paix ! Paix, mon Roi ! Paix
et bénédiction à Toi, Roi saint ! Paix et gloire dans les Cieux et sur la
Terre ! Gloire à Dieu pour son Christ ! Paix aux hommes qui savent
l'accueillir ! Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté et gloire dans
les Cieux très Hauts car l'heure du Seigneur est venue !" (et ceux qui
poussent ce dernier cri, c'est le groupe compact des bergers qui répètent le cri
de la naissance). Outre ces cris continuels, les gens de Palestine racontent
aux pèlerins de la Diaspora les miracles qu'ils ont vus et à ceux qui ne
savent pas ce qui arrive, aux étrangers qui passent par hasard par la ville
et qui demandent : "Mais qui est Celui-là ? Qu'arrive-t-il ?", ils
expliquent : "C'est Jésus ! Jésus, le Maître de Nazareth de Galilée ! Le
Prophète ! Le Messie du Seigneur ! Le Promis ! Le Saint !" D'une maison dont on
a dépassé depuis peu la porte, car la marche est très lente dans une telle
confusion, il sort un groupe de robustes jeunes gens portant en l'air des
vases de cuivre pleins de charbon allumé et d'encens qui brûle en répandant
des nuages de fumée odorante. Et leur geste est bien vu et on le répète.
Plusieurs courent en avant ou reviennent en arrière vers leurs maisons pour
se faire donner du feu et des résines odorantes pour les brûler en hommage au
Christ. La maison d'Annalia apparaît. La terrasse enguirlandée de vigne avec
ses feuilles nouvelles qui tremble à un doux vent d'avril, a sur le côté qui
donne sur la rue toute une rangée de jeunes filles vêtues de blanc et voilées
de blanc, au milieu desquelles se trouve Annalia, avec des corbeilles de pétales de rosés
effeuillées et de muguets qui déjà voltigent en l'air. "Les vierges
d'Israël te saluent, Seigneur !" dit Jean qui s'est frayé un chemin et
qui maintenant est à côté de Jésus, pour attirer son attention sur la
guirlande de pureté qui se penche en souriant du parapet pour joncher le
chemin de pétales rouges comme du sang et de muguets blancs comme des perles. 57> Jésus retient un
instant les rênes et arrête l'ânon. Il lève son visage et
sa main pour bénir cette virginité énamourée de Lui, jusqu'à renoncer à tout
autre amour terrestre. Et Annalia se penche et crie : "Ton triomphe, je l'ai
vu, Ô mon Seigneur ! Prends ma vie pour ta glorification universelle !"
et en criant très fort, pendant que Jésus passe au-dessous de sa maison et
avance, elle le salue : "Jésus !" Et un autre cri,
différent, dépasse la clameur de la foule. Mais les gens, bien qu'ils
l'entendent, ne s'arrêtent pas. C'est un fleuve d'enthousiasme, un fleuve de
peuple en délire qui ne peut s'arrêter. Et alors que les derniers flots de ce
fleuve sont encore en dehors de la porte, les premiers montent déjà les
pentes qui conduisent au Temple. "Ta Mère !"
dit Pierre en montrant une maison presque à l'angle d'un chemin qui monte au Moriah et par lequel le cortège s'est engagé. Et Jésus
lève son visage pour sourire à sa Mère qui est en haut, parmi les femmes
fidèles. La rencontre d'une
caravane nombreuse arrête le cortège quelques mètres après que la maison est
dépassée. Et pendant que Jésus s'arrête avec les autres, en caressant les
enfants que les mères Lui présentent, un homme accourt et se fraie un passage
en criant : "Laissez-moi passer ! Une femme est morte. Une jeune fille.
Subitement. Sa mère appelle le Maître. Laissez-moi passer ! Lui l'a déjà
sauvée une fois !" Les gens lui font
place et l'homme accourt près de Jésus : "Maître, la fille d'Élise est morte. Elle t'a
saluée de ce cri, puis elle s'est affaissée en disant : "Je suis
heureuse", et elle a expiré. Son cœur s'est brisé dans l'allégresse de
te voir triomphant. Sa mère m'a vu sur la terrasse près de sa maison et elle
m'a envoyé t'appeler. Viens, Maître." "Morte ! Morte Annalia ! Mais hier seulement, elle était saine, en bonne
santé, heureuse ?" Les apôtres se groupent agités, les bergers aussi.
Tout le monde l'a vue hier en parfaite santé. Tout à l'heure ils l'ont vue
rose, riante... Ils n'arrivent pas à se persuader du malheur... Ils
demandent, s'informent des détails... "Je ne sais pas.
Vous avez tous entendu ses paroles. Elle parlait fort, avec assurance. Puis
je l'ai vue s'affaisser plus blanche que ses vêtements et j'ai entendu crier
sa mère... Je ne sais pas autre chose." 58> "Ne vous agitez
pas, elle n'est pas morte. Une fleur est tombée et les anges de Dieu l'ont
recueillie pour la porter dans le sein d'Abraham. Bientôt le lys de
la Terre s'ouvrira heureux au Paradis, ignorant pour toujours l'horreur du
monde. Homme, dis à Élise qu'elle ne pleure pas le sort de son enfant.
Dis-lui qu'elle a eu une grande grâce de Dieu, et que d'ici six jours
elle comprendra quelle grâce Dieu a faite à sa fille. Ne pleurez pas. Que
personne ne pleure. Son. triomphe est encore plus grand que le mien parce que
les anges escortent la vierge pour la conduire à la paix des justes. Et c'est
le triomphe éternel qui grandira sans jamais connaître de descente. En vérité
je vous dis que c'est pour vous tous, mais non pour Annalia,
que vous avez raison de pleurer. Allons." Et il répète aux apôtres et à
ceux qui l'entourent : "Une fleur est tombée. Elle s'est couchée en paix
et les anges l'ont recueillie. Bienheureuse celle qui est pure de chair et de
cœur car bientôt elle va voir Dieu." "Mais comment,
de quoi est-elle morte, Seigneur ?" demande Pierre qui ne peut y croire.
"D'amour.
D'extase, De joie infinie. Heureuse mort !" Ceux qui sont loin en avant
ne savent pas; ceux qui sont très en arrière ne savent pas. Aussi les
hosannas continuent, bien qu'auprès de Jésus il s'est formé un cercle de
pensif silence. C'est Jean qui le
rompt : "Oh ! je voudrais le même sort avant les heures qui vont venir
!" "Moi aussi"
dit Isaac. "Je voudrais voir le visage de la jeune fille morte d'amour
pour Toi..." "Je vous prie de
me sacrifier votre désir. J'ai besoin de vous près de Moi..." "Nous ne te
laisserons pas, Seigneur. Mais pour cette mère aucun réconfort ?"
demande Nathanaël. "J'y
pourvoirai..." Ils sont aux portes
de l'enceinte du Temple. Jésus descend de l'ânon que quelqu'un de Bethphagé prend en garde.
La première cour du
Temple présente le chahut habituel des changeurs et des vendeurs de colombes,
passereaux et agneaux, seulement que maintenant les vendeurs sont délaissés
car tout le monde est accouru pour voir Jésus. Et Jésus entre,
solennel dans son vêtement de pourpre, et il tourne ses regards sur ce marché
et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui l'observent de dessous un
portique. 59> Son regard est fulgurant d'indignation. Il se précipite au
milieu de la cour. Son saut inattendu paraît un vol. Le vol d'une flamme, car
son vêtement est une flamme dans le soleil qui inonde la cour. Les vendeurs et les
changeurs se hâtent de suivre l'ordre de Jésus, après avoir eu ce premier
exemple. Et Jésus crie derrière eux : "Combien de fois devrai-je vous
dire que ce ne doit pas être un lieu de souillure mais de prière ?" Et
il regarde ceux du Temple qui, obéissant aux ordres du Pontife, ne font pas
un geste de représailles.
"Que voulez-vous
que je vous fasse ?" "La vue,
Seigneur ! Les membres ! Que mon fils parle ! Que ma femme guérisse ! Nous
croyons en Toi, Fils de Dieu !" "Que Dieu vous
écoute. Levez-vous et dites des hosannas au Seigneur !" Ce n'est pas un par
un qu'il guérit les nombreux malades, mais il fait de la main un geste large,
et grâce et santé en descendent sur les malheureux qui se dressent sains avec
des cris de joie qui se mêlent à ceux des nombreux enfants qui se serrent
près de Lui en répétant : "Gloire, gloire au Fils de David ! Hosanna à
Jésus de Nazareth, Roi des Rois, et Seigneur des Seigneurs !" Des pharisiens, en
feignant le respect, Lui crient : "Maître, tu les entends ? Ces enfants disent
ce qu'il ne faut pas dire. Reprends-les ! Qu'ils se taisent !" 60> "Et pourquoi ? Le roi prophète, le roi de ma race
n'a-t-il pas dit peut-être : "De la bouche des enfants et des
nourrissons tu as fait sortir la louange parfaite pour confondre tes
ennemis" ? N'avez-vous pas lu ces paroles du psalmiste ? Permettez aux
petits de dire mes louanges. Elles leur sont suggérées par leurs anges qui
voient sans cesse mon Père et connaissent ses secrets et les suggèrent à ces
innocents. Maintenant laissez-moi tous aller prier le Seigneur" et
passant devant les gens il passe dans l'atrium des Israélites pour prier... Et puis, sortant par
une autre porte, en frôlant la piscine probatique, il sort de la ville pour
revenir sur les collines du mont des Oliviers. Les apôtres sont
enthousiastes... Le triomphe leur a donné de l'assurance, et ils sont
oublieux, complètement oublieux de toutes les terreurs que les paroles du
Maître avaient suscitées... Ils parlent de tout... Ils brûlent d'être
renseignés sur Annalia. Jésus les retient, non sans
peine, d'y aller, en les assurant qu'il y pourvoira d'une manière qu'il sait,
Lui... Sourds, sourds, sourds à toute parole d'avertissement divin... Hommes,
hommes, hommes, qu'un cri d'hosanna rend oublieux de tout... Jésus parle aux
serviteurs de Marie de Magdala qui l'ont rejoint au Temple et puis les
congédie... "Et maintenant,
où allons-nous ?" demande Philippe. "A la maison de Marc de Jonas ?" dit Jean. "Non. Au camp
des galiléens. Peut-être que mes frères [1] sont venus et je
veux les saluer" dit Jésus. "Tu pourrais le
faire demain" Lui fait observer le Thaddée. "C'est une bonne
chose de le faire pendant qu'on peut le faire. Allons chez les
galiléens. Ils seront contents de nous voir. Vous aurez des nouvelles de vos
familles. Moi, je verrai les enfants..." "Et ce soir ? Où
allons-nous dormir ? Dans la ville ? En quel endroit ? Là où est ta Mère ? Ou
bien chez Jeanne ?" demande
Judas Iscariote. "Je ne sais.
Certainement pas dans la ville. Peut-être encore sous quelques tentes
galiléennes..." "Mais pourquoi
?" |
|||
|
"Parce que je suis le Galiléen et
que j'aime ma Patrie. Allons." Ils se remettent en
route pour monter vers le camp des galiléens, qui est sur l'oliveraie du côté
de Béthanie et c'est tout un groupement de tentes toutes blanches sous le gai
soleil d'avril. |
|||