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46> Jésus passe son bras autour
des épaules de sa Mère qui
s'est levée quand Jean et Jacques d'Alphée l'ont
rejointe pour lui dire : "Ton Fils arrive", et puis ils sont
revenus en arrière pour se réunir à leurs compagnons qui avancent lentement
en parlant, alors que Thomas et André ont couru vers Bethphagé pour chercher l'ânesse et l'ânon et les amener
à Jésus.
47> Jésus, pendant ce temps, parle
aux femmes : "Nous voici près de la ville. Je vous conseille d'y aller
et d'y aller en toute sûreté. Entrez dans la ville avant Moi. Près d'En Rogel, se trouvent les bergers et
les disciples les plus fidèles. Ils ont l'ordre de vous accompagner et de
vous protéger."
"C'est que... Nous avons parlé avec Aser de Nazareth et Abel de Bethléem de Galilée et aussi
avec Salomon. Ils
étaient venus jusqu'ici pour guetter ton arrivée. La foule prépare une grande
fête. Et on voulait voir... Tu vois comme remue le haut des oliviers ? Ce
n'est pas le vent qui les agite ainsi. Mais ce sont des gens qui coupent des
branches pour en joncher le chemin et t'abriter du soleil. Et là-bas ? !
Regarde, ils sont en train de dépouiller les palmiers de leurs éventails. On
dirait des grappes et ce sont des hommes grimpés sur les fûts qui n'en
finissent pas de cueillir... Et sur les pentes tu vois des enfants qui se
baissent pour cueillir des fleurs. Et certainement les femmes dépouillent les
jardins des fleurs et des plantes odorantes pour en joncher le chemin. Nous
voulions voir... et imiter le geste de Marie de Lazare qui
recueillit toutes les fleurs foulées par ton pied quand tu es entré dans le
jardin de Lazare"
demande Marie de Cléophas au nom de toutes.
Jésus caresse sur la joue sa vieille parente qui semble une enfant désireuse
de voir un spectacle, et il lui dit : "Dans la grande foule, tu ne
verrais rien. Allez en avant, à la maison de Lazare, celle qui a Matthias comme
gardien. Je passerai par là, et vous me verrez d'en haut."
"Mon Fils... et tu vas seul ? Je ne puis rester près de Toi ?" dit
Marie en levant son visage si triste et en fixant ses yeux de ciel sur son
doux Fils.
"Je voudrais te prier de rester cachée. Comme la colombe dans le creux
du rocher. Plus que ta présence, ta prière m'est nécessaire, Maman aimée
!"
"Si c'est ainsi, mon Fils, nous prierons, toutes, pour Toi."
"Oui. Après l'avoir vu passer, vous viendrez avec nous dans mon palais
de Sion. Et j'enverrai des serviteurs au Temple et toujours à la suite du
Maître pour qu'ils nous apportent ses ordres et ses nouvelles" décide
Marie de Lazare toujours rapide pour saisir ce qu'il y a de mieux à faire et
pour le faire sans retard.
"Tu as raison, ma sœur. Bien qu'il me peine de ne pas le suivre, je
comprends le bien fondé de cet ordre. Et du reste Lazare nous a dit de ne
contredire le Maître en rien, et de Lui obéir même dans les plus petits
détails. Et nous le ferons."
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48> "Et alors, allez. Vous
voyez ? Les routes s'animent. Les apôtres vont me rejoindre. Allez. La paix
soit avec vous. Je vous ferai venir aux heures que je jugerai bonnes. Maman,
adieu. Sois en paix. Dieu est avec nous." Il l'embrasse et la congédie.
Et les disciples obéissantes s'en vont sans tarder.
Les dix apôtres rejoignent Jésus : "Tu les as envoyées en avant ?"
"Oui. Elles verront mon entrée d'une maison."
"De quelle maison ?" demande Judas de Kériot.
"Eh ! elles sont désormais si nombreuses les maisons amies !" dit Philippe.
"Pas chez Annalia
?" insiste l'Iscariote.
Jésus répond négativement et se met en chemin vers Bethphagé
qui est peu éloignée.
Il en est tout proche quand reviennent les deux qu'il a envoyés prendre
l'ânesse et l'ânon. Ils crient : "Nous avons trouvé comme tu l'as dit,
et nous t'aurions amené les animaux. Mais leur maître a voulu les étriller et
les orner des meilleurs harnachements pour te faire honneur. Et les disciples,
unis à ceux qui ont passé la nuit dans les rues de Béthanie pour t'honorer,
veulent avoir l'honneur de te les conduire, et nous avons consenti. Il nous a
paru que leur amour méritait une récompense."
"Vous avez bien fait. Avançons, en attendant."
"Sont-ils nombreux les disciples ?" demande Barthélemy.
"Oh ! une multitude. On n'arrive pas à passer par les rues de Bethphagé. Aussi j'ai dit à Isaac de conduire
l'âne chez Cléonte, le
fromager" répond Thomas.
"Tu as bien fait. Allons jusqu'à cet escarpement des collines, et
attendons un peu à l'ombre de ces arbres."
Ils vont à l'endroit
indiqué par Jésus.
"Mais nous nous éloignons ! Tu dépasses Bethphagé
en la contournant par derrière !" s'écrie l'Iscariote.
"Et si je veux le faire, qui peut m'en empêcher ? Suis-je peut-être déjà
prisonnier, pour qu'il ne me soit pas permis d'aller où je veux ? Et est-on
pressé que je le sois et craint-on que je puisse échapper à la capture ? Et
si j'estimais juste de m'éloigner pour des lieux plus sûrs, y a-t-il
quelqu'un qui pourrait m'en empêcher ?" Jésus darde son regard sur le
Traître qui ne parle plus et hausse les épaules, comme pour dire : "Fais
ce que bon te semble."
Ils tournent en effet en arrière du petit village, je dirais un faubourg de
la ville elle-même car, du côté ouest, il est vraiment peu éloigné de la
ville, faisant déjà partie des pentes de l'Oliveraie qui couronne Jérusalem
du côté oriental. En bas, entre les pentes et la ville, le Cédron brille au
soleil d'avril.
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49> Jésus s'assoit dans cette
silencieuse verdure et se concentre dans ses pensées. Puis il se lève et va
réellement sur la cime de l'escarpement.
Jésus me dit : "Ici
tu mettras la vision du 31 Juillet 1944 : Jésus qui pleure sur Jérusalem, à
partir de la phrase que je t'ai dite pour commencer la vision." Et
ensuite, il recommence à me montrer les phases de son entrée triomphale.
30 Juillet.
Je ne sais comment faire pour décrire, car je ressens au cœur
un tel malaise que j'ai peine à rester assise. Mais il y a si longtemps que
c'est ainsi. Je dois écrire ce que je vois.
Pour moi s'éclaire l'Évangile d'aujourd'hui : 5ème
dimanche après la Pentecôte.
D'un coteau près de
Jérusalem, Jésus regarde la ville qui s'étend à ses pieds.
Le coteau n'est pas très haut. Au maximum comme peut l'être la petite place
S. Miniato du mont, à Florence; mais cela suffit
pour que l'œil domine l'étendue de toutes les maisons et des rues qui montent
et descendent sur les petits accidents de terrain sur lesquels se trouve
Jérusalem. Cette colline est certainement bien plus haute, si on prend le
niveau le plus bas de la ville, que ne l'est le Calvaire, mais elle est plus
proche de l'enceinte que ce dernier. Elle commence exactement tout près des
murs et s'élève rapidement en s'éloignant de ceux-ci, alors que de l'autre
côté elle descend mollement vers une campagne toute verte qui s'étend vers l'est,
vers l'orient si j'en juge du moins par la lumière solaire.
Jésus et les siens sont sous un bosquet, à l'ombre, assis. Ils se reposent du
chemin parcouru. Puis Jésus se lève, quitte l'endroit boisé où ils étaient
assis et s'en va tout à fait au sommet du coteau.
Sa haute personne se détache nettement dans l'espace vide qui l'entoure. Il
paraît encore plus grand ainsi, debout, et seul. Il tient les mains serrées
sur sa poitrine, sur son manteau bleu, et regarde extrêmement sérieux.
Les apôtres l'observent, mais ils le laissent faire sans bouger ni parler.
Ils doivent penser qu'il s'est éloigné pour prier.
Mais Jésus ne prie pas. Après avoir
longuement regardé la ville en tous ses quartiers, en toutes ses élévations,
en toutes ses particularités, parfois avec de longs regards sur tel ou tel
point, parfois en insistant moins, Jésus se met à pleurer sans sanglots ni
bruit.
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50> Les larmes gonflent ses yeux,
puis coulent et roulent sur ses joues et tombent parterre... des larmes
silencieuses et tellement tristes, comme celles de quelqu'un qui sait qu'il
doit pleurer, seul, sans espérer de réconfort ni de compréhension de
personne. A cause d'une douleur qui ne peut être annulée et qui doit
être soufferte absolument.
Le frère de Jean, à
cause de sa position, est le premier à voir ces pleurs et il le dit aux
autres qui se regardent entre eux, étonnés.
"Personne de nous n'a fait de mal" dit quelqu'un, et un autre :
"La foule aussi ne nous a pas insultés. Il ne s'y trouve personne qui
Lui soit ennemi."
"Pourquoi pleure-t-il alors ?" demande le plus âgé de tous.
Pierre et
Jean se lèvent ensemble et s'approchent du Maître. Ils pensent que l'unique
chose à faire c'est de Lui faire sentir qu'ils l'aiment et de Lui demander ce
qu'il a.
"Maître, tu pleures ?" dit Jean en mettant sa tête blonde sur
l'épaule de Jésus, qui le dépasse de la tête et du cou.
Et Pierre, en Lui mettant une main à la taille, en l'entourant presque d'un
embrassement pour l'attirer à lui, Lui dit : "Quelque chose te fait
souffrir, Jésus ? Dis-le à nous qui t'aimons."
Jésus appuie sa joue sur la tête blonde de Jean et, desserrant ses bras, il
passe à son tour son bras autour de l'épaule de Pierre. Ils restent ainsi
embrassés tous les trois, dans une pose si affectueuse. Mais les larmes continuent
de couler.
Jean, qui les sent tomber dans ses cheveux, recommence à Lui demander :
"Pourquoi pleures-tu, mon Maître ? Peut-être que de nous il te vient de
la peine ?"
Les autres apôtres se sont réunis au groupe affectueux et attendent anxieusement
une réponse.
"Non" dit Jésus. "Pas de vous. Vous êtes pour Moi des amis et
l'amitié, quand elle est sincère, est baume et sourire, jamais larme. Je
voudrais que vous restiez toujours mes amis. Même maintenant que nous allons
entrer dans la corruption qui fermente et qui corrompt celui qui n'a pas une
volonté décidée de rester honnête."
"Où allons-nous, Maître ? Pas à Jérusalem ? La foule t'a déjà salué
joyeusement. Veux-tu la décevoir ? Allons-nous peut-être en Samarie pour
quelque prodige ? Justement maintenant que la Pâque est proche ?"
Les questions viennent en même temps de différents côtés.
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51> Jésus lève la main pour imposer
le silence et puis, de sa main droite, il montre la ville. Un geste large
comme celui du semeur qui jette son grain devant lui et il dit :
"Elle est la Corruption. Nous entrons dans Jérusalem. Nous y entrons. Et
seul le Très-Haut sait comment je voudrais la sanctifier en y amenant la
Sainteté qui vient des Cieux. La resanctifier,
cette ville qui devrait être la Cité Sainte. Mais je ne pourrai rien lui
faire. Corrompue elle est, et corrompue elle reste. Et les fleuves de
sainteté qui coulent du Temple vivant, et qui couleront encore davantage dans
peu de jours jusqu'à le vider de la vie, ne suffiront pas pour la racheter.
Ils viendront au Saint la Samarie et le monde païen. Sur les temples
mensongers s'élèveront les temples du vrai Dieu. Les cœurs des gentils
adoreront le Christ. Mais ce peuple, cette ville sera toujours pour Lui une
ennemie et sa haine l'amènera au plus grand péché. Cela doit arriver. Mais
malheur à ceux qui seront les instruments de ce crime. Malheur !..."
Jésus regarde fixement Judas qui est presque en face de Lui.
"Cela ne nous arrivera jamais. Nous sommes tes apôtres et nous croyons
en Toi, prêts à mourir pour Toi." Judas ment effrontément et soutient
sans embarras le regard de Jésus.
Les autres unissent leurs protestations.
Jésus répond à tous pour éviter de répondre directement à Judas.
"Veuille le Ciel que vous soyez tels, mais vous avez encore beaucoup de
faiblesse en vous et la tentation pourrait vous rendre semblables à ceux qui
me haïssent. Priez beaucoup et veillez beaucoup sur vous. Satan sait qu'il va être
vaincu et il veut se venger en vous arrachant à Moi. Satan est autour de nous
tous : de Moi, pour m'empêcher de faire la volonté du Père et d'accomplir ma
mission; de vous, pour faire de vous ses serviteurs. Veillez. Dans ces murs
Satan prendra celui qui ne saura pas être fort. Celui pour lequel cela aura
été une malédiction d'être choisi parce qu'il a donné à ce choix un but
humain. Je vous ai choisis pour le Royaume des Cieux et non pour celui du
monde. Souvenez-vous-en.
Et toi, cité qui veux ta ruine et sur qui je
pleure, sache que ton Christ prie pour ta rédemption. Oh ! si au moins en
cette heure qui te reste tu savais venir à Celui qui serait ta paix ! Si au
moins tu comprenais à cette heure l'Amour qui passe au milieu de toi et si tu
te dépouillais de la haine qui te rend aveugle et folle, cruelle pour
toi-même et pour ton bien ! Mais un jour viendra où tu te rappelleras cette
heure ! Trop tard alors pour pleurer et te repentir ! L'Amour sera passé et
sera disparu de tes routes et il restera la Haine que tu as préférée. Et la
haine se tournera vers toi, vers tes enfants. Car on a ce qu'on a voulu,
et la haine se paie par la haine.
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52> Et ce ne sera pas alors la
haine des forts contre le désarmé. Mais ce sera haine contre haine, et donc
guerre et mort. Entourée de tranchées et de gens armés, tu souffriras avant
d'être détruite et tu verras tomber tes fils tués par les armes et par la
faim, et les survivants être prisonniers et méprisés, et tu demanderas
miséricorde, et tu ne la trouveras plus parce que tu n'as pas voulu connaître
ton Salut.
Je pleure, amis, car j'ai un cœur d'homme et les ruines de la patrie
m'arrachent des larmes. Mais que ce qui est juste s'accomplisse puisque dans
ces murs la corruption dépasse toute limite et attire le châtiment de Dieu.
Malheur aux citoyens qui sont la cause du mal de leur patrie ! Malheur aux
chefs qui en sont la principale cause ! Malheur à ceux qui devraient être
saints pour amener les autres à être honnêtes, et qui au contraire profanent
la Maison de leur ministère et eux-mêmes ! Venez. À rien ne servira mon
action. Mais faisons en sorte que la Lumière brille encore une fois au milieu
des Ténèbres !"
Et Jésus descend suivi des siens. Il s'en va rapidement par le chemin, le
visage sérieux et je dirais presque renfrogné. Il ne parle plus. Il entre
dans une maisonnette au pied de la colline et je ne vois pas autre chose.
Jésus
dit :
"La scène racontée par Luc paraît sans liaison, pour ainsi
dire illogique. Je déplore les malheurs d'une ville coupable et je ne sais
pas compatir aux habitudes de cette ville ?
Non. Je ne sais pas, je ne puis les compatir, puisque même ce
sont justement ces habitudes qui engendrent les malheurs, et de les voir rend
plus aiguë ma douleur. Ma colère contre les profanateurs du Temple est la
conséquence logique de ma méditation sur les malheurs prochains de Jérusalem.
Ce sont toujours les profanations du culte de Dieu, de la Loi
de Dieu, qui provoquent les châtiments du Ciel. En
faisant de la Maison de Dieu une caverne de voleurs, ces prêtres indignes et
ces indignes croyants (de nom seulement] attiraient sur tout le peuple
malédiction et mort. Inutile de donner tel ou tel nom au mal qui fait
souffrir un peuple. Cherchez le nom exact en ceci : "Punition d'une vie
de brutes". Dieu se retire et le Mal s'avance. Voilà le fruit d'une vie
nationale indigne du nom de chrétienne.
Comme alors, maintenant aussi, dans cette
partie de siècle, je n'ai pas manqué par des prodiges de secouer et de
rappeler. Mais comme alors, je n'ai attiré sur Moi et mes instruments que
moquerie, indifférence et haine. Pourtant que les particuliers et les nations
se souviennent que c'est inutilement
qu'ils pleurent quand auparavant
ils ne veulent reconnaître leur
salut. Inutilement qu'ils m'invoquent quand à l'heure où j'étais avec eux ils m'ont chassé par une guerre sacrilège qui en partant de
consciences particulières, vouées au
Mal, s'est répandue dans
toute la Nation. Les Patries ne se sauvent pas tant par les armes que
par une forme de vie qui attire
les protections du Ciel.
Repose, petit Jean, et fais en sorte d'être toujours fidèle au choix
que j'ai fait de toi. Va en paix."
Quelle fatigue ! Je n'en peux vraiment plus...
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53> Jésus a à peine le
temps d'entrer dans la maison pour en bénir les habitants que l'on entend une
gaie sonnerie de grelots et des voix en fête. Et tout de suite après, le
visage émacié et pâle d'Isaac apparaît dans l'ouverture de la porte et le
fidèle berger entre et se prosterne devant son Seigneur Jésus.
Dans l'encadrement de la porte grande ouverte se pressent de nombreux visages
et en arrière on en voit d'autres... On se bouscule, on se presse, on veut
s'avancer... Quelques cris de femmes, quelques pleurs d'enfants pris au
milieu de la cohue, et des salutations, des cris joyeux : "Heureux jour
qui te ramène à nous ! La paix à Toi, Seigneur ! C'est un heureux retour, ô
Maître, pour récompenser notre fidélité."
Jésus se lève et fait signe qu'il va parler. Tout le monde se tait, et on entend
nettement la voix de Jésus.
"Paix à vous ! Ne vous entassez pas. Maintenant nous allons monter
ensemble au Temple. Je suis venu pour être avec vous. Paix ! Paix ! Ne vous
faites pas de mal. Faites place, mes aimés ! Laissez-moi sortir et suivez-moi,
pour que nous entrions ensemble dans la Cité Sainte."
Les gens obéissent tant bien que mal, et font un peu de place, assez pour que
Jésus puisse sortir et monter sur l'ânon. Car Jésus indique le poulain jamais
monté jusqu'alors comme sa monture. Alors de riches pèlerins, qui se pressent
dans la foule, étendent sur la croupe de l'ânon leurs somptueux manteaux et
quelqu'un met un genou à terre et l'autre à servir de marchepied au Seigneur
qui s'assoit sur l'ânon, et le voyage commence. Pierre marche à côté du
Maître et de l'autre côté Isaac tient la bride de la bête qui n'est pas
entraînée, et qui pourtant marche tranquillement comme si elle était habituée
à cet office sans s'emballer ou s'effrayer des fleurs qui, jetées comme elles
le sont vers Jésus, frappent souvent les yeux et le museau de la bête, ni des
branches d'olivier et des feuilles de palmiers agitées devant et autour de
lui, jetées par terre pour servir de tapis avec des fleurs, ni des cris de
plus en plus forts : "Hosanna, Fils de David !" qui montent vers le
ciel serein pendant que la foule se tasse de plus en plus et grossit à cause
des nouveaux venus.
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54> Passer par Bethphagé, par les rues étroites et contournées, n'est pas
chose facile et les mères doivent prendre les enfants dans leurs bras, et les hommes protéger les femmes de coups trop violents, et il
arrive qu'un père place son fils sur ses épaules à califourchon et le porte
élevé au-dessus de la foule alors que les voix des petits semblent des
bêlements d'agneaux ou des cris d'hirondelles et que leurs menottes jettent
des fleurs et des feuilles d'oliviers que leurs mères leur présentent, et
envoient aussi des baisers au doux Jésus...
Une fois sorti des rues étroites de la petite
bourgade, le cortège se range et se déploie, et de nombreux volontaires s'en
vont en avant pour prendre la tête et désencombrer le chemin, et d'autres les
suivent en jonchant le sol de branches et quelqu'un, le premier, jette son
manteau pour servir de tapis, et un autre, et quatre, et dix, et cent, et
mille, l'imitent. Le chemin a en son milieu une bande multicolore de
vêtements étendus sur le sol, et après le passage de Jésus ils sont repris et
portés plus en avant, avec d'autres, avec d'autres, et toujours des fleurs,
des branchages, des feuilles de palmiers s'agitent ou sont jetés par terre,
et des cris plus forts s'élèvent tout autour en l'honneur du Roi d'Israël, à
l'adresse du Fils de David, de son Royaume !
Les soldats de garde à la porte sortent pour voir ce qui arrive. Mais ce
n'est pas une sédition et, appuyés sur leurs lances, ils se rangent de côté
pour observer, étonnés ou ironiques, le cortège étrange de ce Roi assis sur
un ânon, beau comme un dieu, simple comme le plus pauvre des hommes, doux,
bénissant... entouré de femmes et d'enfants et d'hommes désarmés criant :
"Paix ! Paix !", de ce Roi qui, avant d'entrer dans la ville,
s'arrête un moment à la hauteur des tombeaux des lépreux de Hinnon et de Siloan (je crois
bien parler de ces lieux où j'ai vu d'autres fois des miracles de lépreux) et
s'appuyant sur l'unique étrier sur lequel il appuie son pied, puisqu'il est
assis sur l'âne et non à cheval, il se lève et ouvre les bras en criant dans
la direction de ces pentes horribles, où des visages et des corps effrayants
se montrent en regardant vers Jésus et élèvent le cri lamentable des lépreux
: "Nous sommes infectés !", pour écarter des imprudents qui pour
bien voir Jésus monteraient aussi sur les terrasses contaminées : "Que
celui qui a foi invoque mon Nom et ait la santé grâce à cela !" et il
les bénit en reprenant sa route et en ordonnant à Judas de Kériot : "Tu
achèteras de la nourriture pour les lépreux et avec Simon tu la leur porteras
avant le soir."
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55> Le cortège entre sous la
voûte de la Porte de Siloan et puis comme un
torrent se déverse dans la ville en passant par le faubourg d'Ophel —où chaque terrasse est devenue une petite place
aérienne remplie de gens qui crient des hosannas, jettent des fleurs et
renversent des parfums en bas, sur la route, en essayant de les jeter sur le
Maître, et l'air est saturé par l'odeur des fleurs qui meurent sous les pas
de la foule et des essences qui se répandent dans l'air avant de tomber dans
la poussière de la route — le cri de la foule semble augmenter et se
renforcer comme si chacun criait dans un porte-voix, car les nombreux
archivoltes dont Jérusalem est remplie l'amplifient ne cessant pas de le
faire résonner.
J'entends crier, et je crois que cela veut dire ce que disent les
évangélistes : "Scialem, Scialem
melchil !" (ou malchit
: je m'efforce à rendre le son des paroles, mais il est difficile car elles
ont des aspirations que nous n'avons pas). C'est un bruit continu, semblable
à celui d'une mer en tempête dans laquelle n'est pas encore tombé le bruit de
la lame qui fouette la plage et les écueils, qu'une autre lame ramasse et
relève en un nouveau claquement sans jamais s'arrêter. J'en suis assourdie !
Parfums, odeurs, cris, des branches et des vêtements qui s'agitent,
couleurs... C'est une vision étourdissante.
Je vois la foule qui n'en finit pas de se mélanger, des visages connus qui
apparaissent et disparaissent : tous les disciples de tous les coins de la
Palestine, tous ceux qui suivent Jésus... Je vois pendant un instant Jaïre, je
vois Jaia
l'adolescent de Pella (me semble-t-il) qui était aveugle avec sa mère et que
Jésus guérit, je vois Joachim de Bozra et ce paysan de la
plaine de Saron avec ses frères, je vois le vieux et solitaire Matthias de
cet endroit près du Jourdain (rive orientale) auprès duquel Jésus se réfugia
alors que tout était inondé, je vois Zachée avec
ses amis convertis, je vois le vieux Jean de Nobé avec
presque tous ses concitoyens, je vois le mari de
Sara de Jutta... Mais qui peut retenir ces visages
et ces noms si c'est un kaléidoscope de visages connus et inconnus, vus
plusieurs fois ou une seule ?... Voici maintenant le visage du pastoureau pris
à Ennon. Et près de lui le disciple de Corozaïn qui
quitta la sépulture de son père pour suivre Jésus; et tout près, pour un
instant, le père et la mère de Benjamin de Capharnaüm avec
leur jeune fils qui manque de tomber sous les pieds de l'ânon en se jetant en
avant pour recevoir une caresse de Jésus. Et — malheureusement — des visages
de pharisiens et de scribes, livides de colère à cause de ce triomphe, qui,
arrogants, fendent le cercle d'amour qui se serre autour de Jésus, et Lui
crient : "Fais taire ces fous ! Rappelle-les à la raison ! Ce n'est qu'à
Dieu que l'on adresse des hosannas. Dis-leur de se taire !"
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56> À quoi Jésus répond doucement
: "Même si je leur disais de se taire et qu'ils m'obéissent, les pierres
crieraient les prodiges du Verbe de Dieu."
En effet les gens crient : "Hosanna, hosanna au fils de David ! Béni
Celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna à Lui et à son Règne ! Dieu est
avec nous ! L'Emmanuel est venu ! Il est venu le Royaume du Christ du
Seigneur ! Hosanna ! Hosanna de la Terre jusqu'en haut des Cieux ! Paix !
Paix, mon Roi ! Paix et bénédiction à Toi, Roi saint ! Paix et gloire dans
les Cieux et sur la Terre ! Gloire à Dieu pour son Christ ! Paix aux hommes
qui savent l'accueillir ! Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté et
gloire dans les Cieux très Hauts car l'heure du Seigneur est venue !"
(et ceux qui poussent ce dernier cri, c'est le groupe compact des bergers qui
répètent le cri de la naissance). Outre ces cris continuels, les gens de
Palestine racontent aux pèlerins de la Diaspora les miracles qu'ils ont vus
et à ceux qui ne savent pas ce qui arrive, aux étrangers qui passent par
hasard par la ville et qui demandent : "Mais qui est Celui-là ?
Qu'arrive-t-il ?", ils expliquent : "C'est Jésus ! Jésus, le Maître
de Nazareth de Galilée ! Le Prophète ! Le Messie du Seigneur ! Le Promis ! Le
Saint !"
D'une maison dont on a dépassé depuis peu la porte, car la marche est très
lente dans une telle confusion, il sort un groupe de robustes jeunes gens
portant en l'air des vases de cuivre pleins de charbon allumé et d'encens qui
brûle en répandant des nuages de fumée odorante. Et leur geste est bien vu et
on le répète. Plusieurs courent en avant ou reviennent en arrière vers leurs
maisons pour se faire donner du feu et des résines odorantes pour les brûler
en hommage au Christ.
La maison d'Annalia apparaît. La terrasse
enguirlandée de vigne avec ses feuilles nouvelles qui tremble à un doux vent
d'avril, a sur le côté qui donne sur la rue toute une rangée de jeunes filles
vêtues de blanc et voilées de blanc, au milieu desquelles se trouve Annalia, avec
des corbeilles de pétales de rosés effeuillées et de muguets qui déjà
voltigent en l'air.
"Les vierges d'Israël te saluent, Seigneur !" dit Jean qui s'est
frayé un chemin et qui maintenant est à côté de Jésus, pour attirer son
attention sur la guirlande de pureté qui se penche en souriant du parapet
pour joncher le chemin de pétales rouges comme du sang et de muguets blancs
comme des perles.
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57> Jésus retient un instant les
rênes et arrête l'ânon. Il lève son visage et sa main pour bénir cette
virginité énamourée de Lui, jusqu'à renoncer à tout autre amour terrestre.
Et Annalia se penche et crie : "Ton triomphe,
je l'ai vu, Ô mon Seigneur ! Prends ma vie pour ta glorification universelle
!" et en criant très fort, pendant que Jésus passe au-dessous de sa
maison et avance, elle le salue : "Jésus !"
Et un autre cri, différent, dépasse la clameur de la foule. Mais les gens,
bien qu'ils l'entendent, ne s'arrêtent pas. C'est un fleuve d'enthousiasme,
un fleuve de peuple en délire qui ne peut s'arrêter. Et alors que les
derniers flots de ce fleuve sont encore en dehors de la porte, les premiers
montent déjà les pentes qui conduisent au Temple.
"Ta Mère !" dit Pierre en montrant une maison presque à l'angle
d'un chemin qui monte au Moriah et par lequel le
cortège s'est engagé. Et Jésus lève son visage pour sourire à sa Mère qui est
en haut, parmi les femmes fidèles.
La rencontre d'une caravane nombreuse arrête le cortège quelques mètres après
que la maison est dépassée. Et pendant que Jésus s'arrête avec les autres, en
caressant les enfants que les mères Lui présentent, un homme accourt et se
fraie un passage en criant : "Laissez-moi passer ! Une femme est morte. Une
jeune fille. Subitement. Sa mère appelle le Maître. Laissez-moi passer ! Lui
l'a déjà sauvée une fois !"
Les gens lui font place et l'homme accourt près de Jésus : "Maître, la
fille d'Élise est
morte. Elle t'a saluée de ce cri, puis elle s'est affaissée en disant :
"Je suis heureuse", et elle a expiré. Son cœur s'est brisé dans
l'allégresse de te voir triomphant. Sa mère m'a vu sur la terrasse près de sa
maison et elle m'a envoyé t'appeler. Viens, Maître."
"Morte ! Morte Annalia ! Mais hier seulement,
elle était saine, en bonne santé, heureuse ?" Les apôtres se groupent
agités, les bergers aussi. Tout le monde l'a vue hier en parfaite santé. Tout
à l'heure ils l'ont vue rose, riante... Ils n'arrivent pas à se persuader du
malheur... Ils demandent, s'informent des détails...
"Je ne sais pas. Vous avez tous entendu ses paroles. Elle parlait fort,
avec assurance. Puis je l'ai vue s'affaisser plus blanche que ses vêtements
et j'ai entendu crier sa mère... Je ne sais pas autre chose."
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58> "Ne vous agitez pas,
elle n'est pas morte. Une fleur est tombée et les anges de Dieu l'ont
recueillie pour la porter dans le sein d'Abraham. Bientôt le lys de
la Terre s'ouvrira heureux au Paradis, ignorant pour toujours l'horreur du
monde. Homme, dis à Élise qu'elle ne pleure pas le sort de son enfant.
Dis-lui qu'elle a eu une grande grâce de Dieu, et que d'ici six jours
elle comprendra quelle grâce Dieu a faite à sa fille. Ne pleurez pas. Que
personne ne pleure. Son. triomphe est encore plus grand que le mien parce que
les anges escortent la vierge pour la conduire à la paix des justes. Et c'est
le triomphe éternel qui grandira sans jamais connaître de descente. En vérité
je vous dis que c'est pour vous tous, mais non pour Annalia,
que vous avez raison de pleurer. Allons." Et il répète aux apôtres et à
ceux qui l'entourent : "Une fleur est tombée. Elle s'est couchée en paix
et les anges l'ont recueillie. Bienheureuse celle qui est pure de chair et de
cœur car bientôt elle va voir Dieu."
"Mais comment, de quoi est-elle morte, Seigneur ?" demande Pierre
qui ne peut y croire.
"D'amour. D'extase, De joie infinie. Heureuse mort !" Ceux qui sont
loin en avant ne savent pas; ceux qui sont très en arrière ne savent pas.
Aussi les hosannas continuent, bien qu'auprès de Jésus il s'est formé un
cercle de pensif silence.
C'est Jean qui le rompt : "Oh ! je voudrais le même sort avant les
heures qui vont venir !"
"Moi aussi" dit Isaac. "Je voudrais voir le visage de la jeune
fille morte d'amour pour Toi..."
"Je vous prie de me sacrifier votre désir. J'ai besoin de vous près de
Moi..."
"Nous ne te laisserons pas, Seigneur. Mais pour cette mère aucun
réconfort ?" demande Nathanaël.
"J'y pourvoirai..."
Ils sont aux portes de l'enceinte du Temple. Jésus descend de l'ânon que
quelqu'un de Bethphagé prend en garde.
Il faut se rappeler que Jésus ne s'est pas
arrêté à la première porte du Temple, mais qu'il a suivi l'enceinte, en
s'arrêtant seulement quand il se trouve sur le côté nord de l'enceinte, près de
l'Antonia. C'est là qu'il descend et entre dans le Temple comme pour faire
voir qu'il ne se cache pas au pouvoir qui domine, se sentant innocent dans
toute sa conduite.
La première cour du Temple présente le chahut habituel des changeurs et des
vendeurs de colombes, passereaux et agneaux, seulement que maintenant les
vendeurs sont délaissés car tout le monde est accouru pour voir Jésus.
Et Jésus entre, solennel dans son vêtement de pourpre, et il tourne ses
regards sur ce marché et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui
l'observent de dessous un portique.
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de page
59> Son regard est fulgurant
d'indignation. Il se précipite au milieu de la cour. Son saut inattendu
paraît un vol. Le vol d'une flamme, car son vêtement est une flamme dans le
soleil qui inonde la cour. Et il tonne d'une voix puissante :
"Hors de la maison de mon Père ! Ce n'est pas un lieu d'usure et de
marché. Il est écrit : "Ma maison sera appelée maison de prière".
Pourquoi donc en avez-vous fait une caverne de voleurs, de cette maison où on
invoque le Nom du Seigneur ? Hors d'ici ! Purifiez ma Maison. Qu'il ne vous
arrive pas qu'au lieu de me servir de cordes je vous frappe avec les foudres
de la colère céleste. Hors d'ici ! Hors d'ici les voleurs, les brocanteurs,
les impudiques, les homicides, les sacrilèges, les idolâtres de la pire
idolâtrie : celle du propre moi orgueilleux, les corrupteurs et les menteurs.
Dehors ! Dehors ! Ou bien le Dieu Très-Haut balayera pour toujours ce lieu et
exercera sa vengeance sur tout un peuple." Il ne répète pas la
fustigation de l'autre fois, mais comme les marchands et les changeurs
tardent à obéir, il va au comptoir le plus proche et le renverse en répandant
balances et pièces de monnaie sur le sol.
Les vendeurs et les changeurs se hâtent de suivre l'ordre de Jésus, après
avoir eu ce premier exemple. Et Jésus crie derrière eux : "Combien de
fois devrai-je vous dire que ce ne doit pas être un lieu de souillure mais de
prière ?" Et il regarde ceux du Temple qui, obéissant aux ordres du
Pontife, ne font pas un geste de représailles.
La cour purifiée, Jésus va vers les
portiques où sont rassemblés des aveugles, des paralytiques, des muets, des
estropiés et autres affligés qui l'invoquent à grands cris.
"Que voulez-vous que je vous fasse ?"
"La vue, Seigneur ! Les membres ! Que mon fils parle ! Que ma femme
guérisse ! Nous croyons en Toi, Fils de Dieu !"
"Que Dieu vous écoute. Levez-vous et dites des hosannas au Seigneur
!"
Ce n'est pas un par un qu'il guérit les nombreux malades, mais il fait de la
main un geste large, et grâce et santé en descendent sur les malheureux qui
se dressent sains avec des cris de joie qui se mêlent à ceux des nombreux
enfants qui se serrent près de Lui en répétant : "Gloire, gloire au Fils
de David ! Hosanna à Jésus de Nazareth, Roi des Rois, et Seigneur des
Seigneurs !"
Des pharisiens, en feignant le respect, Lui crient : "Maître, tu les
entends ? Ces enfants disent ce qu'il ne faut pas dire. Reprends-les ! Qu'ils
se taisent !"
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de page
60> "Et pourquoi ? Le roi
prophète, le roi de ma race n'a-t-il pas dit peut-être : "De la bouche
des enfants et des nourrissons tu as fait sortir la louange parfaite pour
confondre tes ennemis" ? N'avez-vous pas lu ces paroles du psalmiste ?
Permettez aux petits de dire mes louanges. Elles leur sont suggérées par
leurs anges qui voient sans cesse mon Père et connaissent ses secrets et les
suggèrent à ces innocents. Maintenant laissez-moi tous aller prier le
Seigneur" et passant devant les gens il passe dans l'atrium des
Israélites pour prier...
Et puis, sortant par une autre porte, en frôlant la piscine probatique, il
sort de la ville pour revenir sur les collines du mont des Oliviers.
Les apôtres sont enthousiastes... Le triomphe leur a donné de l'assurance, et
ils sont oublieux, complètement oublieux de toutes les terreurs que les
paroles du Maître avaient suscitées... Ils parlent de tout... Ils brûlent
d'être renseignés sur Annalia. Jésus les retient,
non sans peine, d'y aller, en les assurant qu'il y pourvoira d'une manière
qu'il sait, Lui... Sourds, sourds, sourds à toute parole d'avertissement
divin... Hommes, hommes, hommes, qu'un cri d'hosanna rend oublieux de tout...
Jésus parle aux serviteurs de Marie de Magdala qui l'ont rejoint au Temple et
puis les congédie...
"Et maintenant, où allons-nous ?" demande Philippe.
"A la maison de Marc de Jonas
?" dit Jean.
"Non. Au camp des galiléens. Peut-être que mes frères sont
venus et je veux les saluer" dit Jésus.
"Tu pourrais le faire demain" Lui fait observer le Thaddée.
"C'est une bonne chose de le faire pendant qu'on peut le faire. Allons
chez les galiléens. Ils seront contents de nous voir. Vous aurez des
nouvelles de vos familles. Moi, je verrai les enfants..."
"Et ce soir ? Où allons-nous dormir ? Dans la ville ? En quel endroit ?
Là où est ta Mère ? Ou bien chez Jeanne
?" demande Judas Iscariote.
"Je ne sais. Certainement pas dans la ville. Peut-être encore sous
quelques tentes galiléennes..."
"Mais pourquoi ?"
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