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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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vendredi
5 avril 30 RÉSUMÉ - [Commentaire de MV : Sa souffrance 305 - On entre dans l'antichambre du tombeau 305 - Marie caresse le corps glacé de Jésus et gémit 305 - Monologue de Marie : Donne-moi une caresse, fils! 307 - Discours de Marie (Enfermez-moi ici avec lui) 308 - Monologue de Marie : Plus froid que cette nuit de décembre 308 - Beauté du corps de Jésus enfant 309 - La flamme de mon coeur et de ton coeur 310 - Discours de Marie : (Croyez en sa résurrection 310 - Pensez aux prophéties de Jésus) 311 - Les résurrections qu'il a faites de son vivant 311 - Marie résiste à une tentation de Satan 312 - Elle consent à quitter son fils 313 - [Commentaire de Jésus : Elle a été seule à croire] 314 - L'embaumement 314 |
9.30. |
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305> Dire ce que moi j'éprouve est inutile. Je ferais uniquement un exposé de ma souffrance, et par conséquent sans valeur par rapport à la souffrance que je vois. Je l'écris donc sans commentaires sur moi. J'assiste à la sépulture de Notre Seigneur. Le petit cortège, après avoir descendu le Calvaire, trouve à son pied, creusé dans le calcaire du mont, le tombeau de Joseph d'Arimathie. Ils y entrent les pieux avec le Corps de Jésus.
Y entrent aussi Jean et Marie. Pas davantage car cette chambre préparatoire est petite et s'il y avait des personnes en plus, ils ne pourraient plus bouger. Les autres femmes sont près de la porte, ou plutôt près de l'ouverture car il n'y a pas de porte proprement dite. Les deux porteurs découvrent Jésus. Pendant qu'ils préparent dans un coin sur une espèce de console, à la lumière de deux torches, les bandes et les aromates, Marie se penche sur son Fils et elle pleure, et de nouveau elle l'essuie avec le voile qui est encore aux reins de Jésus. C'est l'unique toilette que reçoit le Corps de Jésus, celle des larmes maternelles, et si elles sont copieuses et abondantes, elles ne servent pourtant qu'à enlever superficiellement et partiellement la poussière, la sueur et le sang de ce Corps torturé. Marie ne se lasse pas de caresser ces membres glacés. Avec une délicatesse encore plus grande que si elle touchait celles d'un nouveau-né, elle prend les pauvres mains déchirées, les serre dans 306> les siennes, en baise les doigts, les allonge, cherche à réunir les lèvres des blessures comme pour les soigner pour qu'elles fassent moins mal, elle applique sur ses joues ces mains qui ne peuvent plus caresser et elle gémit, elle gémit dans son atroce douleur. Elle redresse et joint les pauvres pieds qui restent ainsi abandonnés, comme s'ils étaient mortellement épuisés de tant de chemin parcouru pour nous. Mais ils ont été trop déplacés sur la croix, surtout celui de gauche qui reste pour ainsi dire à plat, comme s'il n'avait plus de cheville. Puis elle revient au corps et le caresse, si froid et déjà rigide. Elle voit une nouvelle fois la déchirure de la lance. Maintenant que le Sauveur est couché sur le dos sur la plaque de pierre, elle est ouverte et béante comme une bouche, permettant de mieux voir la cavité thoracique (la pointe du cœur se voit distinctement entre le sternum et l'arc costal gauche, et deux centimètres environ au-dessus se trouve l'incision faite par la pointe de la lance dans le péricarde et le carde, longue d'un bon centimètre et demi alors que l'ouverture externe du côté droit est d'au moins sept centimètres). Marie crie de nouveau comme sur le Calvaire. Il semble que la lance la transperce, tant elle se tord dans sa douleur en portant les mains à son cœur, transpercé comme celui de Jésus. Que de baisers sur cette blessure, pauvre Mère ! Puis elle revient à la tète renversée et la redresse car elle est restée légèrement renversée en arrière et fortement à droite. Elle cherche à fermer les paupières qui s'obstinent à rester entrouvertes, et la bouche restée ouverte, contractée, un peu tordue à droite. Elle peigne les cheveux, qui hier seulement étaient beaux et qui sont devenus un enchevêtrement alourdi par le sang. Elle démêle les mèches les plus longues, les lisse sur ses doigts, les enroule pour leur rendre la forme des doux cheveux de son Jésus, si soyeux et si bouclés. Et elle ne cesse de gémir car elle se souvient de quand il était enfant... C'est le motif fondamental de sa douleur : le souvenir de l'enfance de Jésus, de son amour pour Lui, de ses soins qui craignaient même de l'air plus vif pour la petite créature divine, et la comparaison avec ce que Lui ont fait, maintenant, les hommes. Sa plainte me fait souffrir, et son geste quand elle dit en gémissant : "Que t'ont-ils fait, que t'ont-ils fait, mon Fils ?" ne pouvant le voir ainsi : nu, raide, sur une pierre, elle le prend dans ses bras en Lui passant le bras sous les épaules, en le serrant de l'autre main sur sa poitrine et en le berçant, du même mouvement qu'à la grotte 307> de la Nativité. Tout cela me fait pleurer et souffrir comme si une main me fouillait le cœur.
La Mère est debout près de la pierre de l'onction et caresse, contemple, gémit et pleure. La lumière tremblante des torches éclaire par instants son visage et je vois de grosses larmes qui roulent sur les joues très pâles d'un visage dévasté. Et j'entends les paroles, toutes, bien distinctement, bien que murmurées entre les lèvres, vrai colloque de l'âme maternelle avec l'âme de son Fils. Je reçois l'ordre de les écrire. "Pauvre Fils ! Que de blessures !... Comme tu as souffert ! Regarde ce qu'ils t'ont fait !... Comme tu es froid, Fils ! Tes doigts sont glacés, et comme ils sont inertes ! Ils paraissent brisés. Jamais, pas même dans le sommeil le plus abandonné de l'enfance, ni dans la lourdeur de ta fatigue d'artisan, ils n'étaient ainsi... Et comme elles sont glacées ! Pauvres mains ! Donne-les à ta Maman, mon trésor, amour saint, mon amour ! Regarde comme elles sont transpercées ! Mais regarde, Jean, quelle déchirure ! Oh ! les cruels ! Ici, ici, donne à ta Maman cette main blessée. Que je te la soigne. Oh ! je ne te ferai pas mal... J'emploierai baisers et larmes, et de mon souffle et de mon amour je te les réchaufferai. Donne-moi une caresse, Fils ! Tu es de glace, moi je brûle de fièvre. Ma fièvre sera soulagée par ta glace et ta glace s'adoucira au contact de ma fièvre. Une caresse, Fils ! Il y a peu d'heures que tu ne me caresses, et elles me paraissent des siècles. Il y a eu des mois sans tes caresses et ils me paraissent des heures, parce que j'attendais toujours ton arrivée et de chaque jour je faisais une heure, de chaque heure une minute, pour me dire que tu n'étais pas éloigné de une ou plusieurs lunes, mais seulement de quelques jours, mais seulement de quelques heures. Pourquoi maintenant le temps est-il si long ? Oh ! tourment inhumain ! Parce que tu es mort. Ils t'ont tué ! Tu n'es plus sur la Terre ! Plus ! En quel qu'endroit que j'envois mon âme pour chercher la tienne et l'embrasser, puisque te trouver, te posséder, te sentir, était la vie de ma chair et de mon esprit, en quel qu'endroit que je te cherche avec le flot de mon amour, je ne te trouve plus, je ne te trouve plus ! De Toi, il ne me reste que cette dépouille froide, cette dépouille sans âme ! O âme de mon Jésus, ô âme de mon Christ, ô âme de mon Seigneur, où es-tu ? Pourquoi avez-vous enlevé l'âme à mon Fils, hyènes cruelles unies à Satan ? Et pourquoi ne m'avez-vous 308> pas crucifiée avec Lui ? Avez-vous eu peur d'un second crime ? (Sa voix devient de plus en plus forte et déchirante.) Et qu'était-ce de tuer une pauvre femme, pour vous qui n'avez pas hésité à tuer Dieu fait Chair ? N'avez-vous pas commis un second crime ? Et n'est-ce pas le plus infâme de laisser une mère survivre à son Fils mis à mort ?" La Mère, qui en élevant la voix avait aussi levé la tête, maintenant revient se pencher sur le visage éteint et à parler doucement pour Lui seul : "Dans la tombe, au moins ici, à l'intérieur, nous aurions été ensemble, comme nous avons été ensemble dans l'agonie sur le bois, et ensemble dans le voyage au-delà de la vie et à la rencontre de la Vie. Mais si je ne puis te suivre dans le voyage au-delà de la vie, je puis rester ici à t'attendre." Elle
se redresse et dit à haute voix à ceux qui sont présents : "Éloignez-vous,
tous. Moi, je reste. Enfermez-moi ici avec Lui. Je l'attends. Que dîtes-vous
? Que ce n'est pas possible ? Pourquoi n'est-ce pas possible ? Si j'étais
morte, ne serais-je pas ici, couchée à son côté, en attendant d'être
composée ? Je serai à son côté, mais à genoux. J'y ai été quand Lui
vagissait, tendre et rosé, dans une nuit de décembre. J'y serai
maintenant dans cette nuit du monde qui n'a plus le Christ. Oh ! vraie
nuit ! La Lumière n'est plus !... Oh ! nuit glaciale ! L'Amour est mort !
Que dis-tu, Nicodème ? Je me contamine ? Son Sang n'est pas
contamination. Maintenant la Mère déchirée se penche de nouveau sur son Fils, restant étrangère à tout ce qui n'est pas Lui, et elle murmure doucement : "Mais Toi, te le rappelles-tu, Fils, ce sublime revêtement de splendeurs qui revêtait toutes choses alors que ton sourire naissait au monde ? Te la rappelles-tu cette béatifiante lumière que le Père envoya des Cieux pour envelopper le mystère de ta floraison et te faire trouver moins repoussant ce monde obscur, pour Toi qui étais Lumière et venais de la Lumière du Père et de l'Esprit Paraclet ? Et maintenant ?... Maintenant nuit et froid... Quel froid ! Quel froid ! J'en tremble toute. Plus froid que cette nuit de décembre. Alors il y avait la joie de t'avoir pour me réchauffer le cœur. Et il y en avait deux pour t'aimer... Maintenant... Maintenant je suis 309> seule et mourante moi aussi. Mais je t'aimerai pour deux : pour ceux qui t'ont si peu aimé qu'ils t'ont abandonné au moment de la douleur; je t'aimerai pour ceux qui t'ont haï; pour le monde entier, je t'aimerai, ô Fils. Tu ne sentiras pas le froid du monde. Non, tu ne le sentiras pas. Tu ne m'as pas ouvert les entrailles pour naître, mais pour que tu ne sentes pas le froid je suis prête à me les ouvrir et à t'enfermer dans l'embrassement de mon sein. Te souviens-tu comme ce sein t'a aimé, petit germe palpitant ?... C'est toujours ce sein. Oh ! c'est mon droit et mon devoir de Mère. C'est mon désir. Il n'y a que la Mère qui puisse l'avoir, qui puisse avoir pour le Fils un amour aussi grand que l'univers." La voix est allée en s'élevant et maintenant, avec toute sa force, elle dit : "Partez. Moi je reste. Vous reviendrez dans trois jours et nous sortirons ensemble. Oh ! revoir le monde appuyée à ton bras, ô mon Fils ! Comme il sera beau le monde à la lumière de ton sourire ressuscité ! Le monde frémissant au pas de son Seigneur ! La Terre a tremblé quand la mort t'a arraché l'âme et que de ton cœur est sorti ton esprit. Mais maintenant elle va trembler... oh ! non plus d'horreur et de douleur, mais d'un suave frémissement que je ne connais pas, mais dont ma féminité a l'intuition, qui émeut une vierge quand, après une absence, elle entend le pas de son époux qui vient pour les noces. Mieux encore : la Terre frémira d'un frémissement saint, comme moi j'en ai été bouleversé jusque dans mes profondeurs les plus profondes, quand j'eus en moi le Seigneur Un et Trin, et quand la volonté du Père avec le feu de l'Amour créa la semence dont tu es venu, ô mon saint Petit, mon Enfant, tout à moi ! Tout ! Tout de la Maman ! de la Maman !... Tout enfant a un père et une mère, même le bâtard a un père et une mère. Mais Toi, tu as eu la Maman seule pour faire ta chair de rosé et de lys, pour te faire ces broderies de veines azurées comme nos rivières de Galilée, et ces lèvres de grenade, et ces cheveux plus gracieux que la toison blonde des chèvres de nos collines, et ces yeux, deux petits lacs de Paradis. Non, plutôt qui sont de l'eau d'où vient l'Unique et Quadruple Fleuve du Lieu de délices, et qui porte avec lui, dans ses quatre branches, l'or, l'onyx, le béryl et l'ivoire, et les diamants, et les palmes, et le miel, et les rosés, et les richesses infinies, ô Phison, ô Gehon, ô Tigre, ô Euphrate[1] : chemin pour les anges qui se réjouissent en Dieu, chemin pour les rois qui t'adorent, Essence connue ou inconnue, mais Vivante, mais Présente même dans le cœur le plus obscur ! C'est seulement ta Maman qui t'a fait cela avec son "oui"... De musique et d'amour 310> elle t'a formé, de pureté et d'obéissance elle t'a fait, ô ma joie ! Ton cœur, qu'est-ce que c'est ? La flamme du mien qui s'est partagée pour se condenser en une couronne autour du baiser de Dieu à sa Vierge. Voilà ce qu'est ton cœur . Ah ! (le cri est déchirant au point que la Magdeleine accourt pour la secourir en même temps que Jean. Les autres n'osent pas et, en pleurs et voilées, elles jettent un coup d'œil par l'ouverture). Ah ! ils te l'ont brisé ! Voilà pourquoi tu es si froid et pourquoi je suis si froide ! Tu n'as plus en Toi la flamme de mon cœur et moi je ne puis plus continuer à vivre par le reflet de cette flamme qui était mienne et que je t'ai donnée pour te faire un cœur. Ici, ici, ici sur ma poitrine ! Avant que la mort me tue, je veux te réchauffer, je veux te bercer. Je te chantais : "Il n'y a pas de maison, il n'y a pas de nourriture, il n'y a que la douleur". O paroles prophétiques ! Douleur, douleur, douleur pour Toi, pour moi ! Je te chantais: "Dors, dors sur mon cœur". Même maintenant : ici, ici, ici..." Et s'assoyant sur le bord de la pierre, elle le prend sur ses genoux en passant un bras de son Fils sur ses épaules, en appuyant la tête du Fils sur l'épaule et en appuyant sur cette tête la sienne, en le tenant serré contre sa poitrine, en le berçant, en le baisant, déchirée et déchirante. Nicodème et Joseph s'approchent en plaçant sur une sorte de siège, qui est de l'autre côté de la pierre, des vases et des bandes et un linceul propre et un bassin rempli d'eau, me semble-t-il, et des tampons de charpie, me semble-t-il. Marie voit et demande à haute voix : "Que faites-vous ? Que voulez-vous ? Le préparer ? Pourquoi ? Laissez-le sur les genoux de sa Maman. Si j'arrive à le réchauffer, il ressuscite plus tôt. Si j'arrive à consoler le Père et à le consoler Lui de la haine déicide, le Père pardonne plus tôt, et Lui revient plus tôt." La Douloureuse délire presque. "Non,
je ne vous le donne pas ! Je l'ai donné une fois, une fois je l'ai donné
au monde et il ne l'a pas voulu. Il l'a tué parce qu'il ne le voulait
pas. Maintenant, je ne le donne plus ! Que dites-vous ? Que vous l'aimez ?
Bon ! Mais pourquoi ne l'avez-vous pas défendu ? Vous avez attendu, pour
Lui dire que vous l'aimiez, qu'il ne soit plus quelqu'un qui puisse vous
entendre. Quel pauvre amour que le vôtre ! Mais si vous craigniez le
monde au point de ne pas oser défendre un Innocent, vous deviez au moins
me le rendre, à moi, sa Mère, pour qu'elle défende son Enfant. Elle
savait qui Il était et ce qu'il méritait. Vous !... Vous l'avez eu comme
Maître, mais vous 311>
n'avez rien appris. N'est-ce pas vrai, peut-être ? Je mens, peut-être ? "Mère !" "Oui, appelle-moi "mère". Je ne peux vivre en pensant que je ne serai pas appelée ainsi ! Jean : tu étais présent quand il ressuscita la fillette de Jaïre et le jeune homme de Naïm. Ils étaient bien morts eux, n'est-ce pas ? Ce n'était pas seulement un lourd assoupissement ? Réponds." 312> "Ils étaient morts. La fillette depuis deux heures, le jeune homme depuis un jour et demi." "Et ils se sont levés à son commandement?" "Et ils se sont levés à son commandement." "Vous avez entendu ? Vous deux, vous avez entendu ? Mais pourquoi secouez-vous la tête ? Ah ! peut-être vous voulez dire que la vie revient plus vite en celui qui est innocent et jeune. Mais mon Enfant, il est l'Innocent ! Il est le Toujours Jeune. Il est Dieu, mon Fils !..." La Mère jette un regard déchirant et fiévreux sur les deux premiers qui, accablés mais inexorables, disposent les rouleaux des bandes désormais trempées dans les aromates. Marie fait deux pas. Elle a reposé le Fils sur la pierre avec la délicatesse de quelqu'un qui dépose un nouveau-né dans son berceau. Elle fait deux pas, se penche au pied du lit funèbre, où la Magdeleine pleure à genoux. Elle la saisit par l'épaule, la secoue, l'appelle: "Marie, réponds. Eux pensent que Jésus ne peut pas ressusciter parce qu'il est un homme et qu'il est mort de blessures, mais ton frère n'était-il pas plus âgé que Lui ?" "Si." "N'était-il pas qu'une plaie ?" "Si." "N'était-il pas déjà décomposé avant de descendre au tombeau ?" "Si." "Et n'est-il pas ressuscité au bout de quatre jours d'asphyxie et de décomposition ?" "Si." "Et alors ?"
"Qui, Mère ?" "O Jean, c'est Satan ! Satan qui dit : "Il ne ressuscitera pas. Aucun prophète ne l'a dit". O Dieu Très-Haut ! Aidez-moi tous, ô vous esprits bons, ô vous, hommes pieux ! Ma raison vacille ! Je ne me rappelle plus rien. Que disent les prophètes ? Que dit le psaume ? Oh ! qui va me répéter les passages qui parlent de mon Jésus ?" C'est la Magdeleine qui avec sa voix d'orgue dit le psaume de 313> David sur la Passion du Messie.[2] La Mère pleure plus fort, soutenue par Jean, et ses larmes tombent sur son Fils mort qui en est inondé. Marie le voit, elle l'essuie et elle dit à voix basse : "Tant de larmes, et quand tu avais si grand soif je n'ai pas même pu t'en donner une goutte. Et maintenant... je t'inonde ! Tu ressembles à un arbuste sous une épaisse rosée. Ici, que la Maman t'essuie, Fils! Tu as goûté tant d'amertume! Que sur tes lèvres blessées ne tombe pas aussi l'amertume et le sel des larmes maternelles!..." Puis elle appelle à haute voix : "Marie. David ne dit pas... Connais-tu Isaïe ? Dis-moi ses paroles..." La Magdeleine dit le passage sur la Passion et finit dans un sanglot: "...il a livré sa vie à la mort et on l'a compté parmi les malfaiteurs, Lui qui a enlevé les péchés du monde et a prié pour les pécheurs."[3] "Oh ! Tais-toi ! La Mort, non ! Pas livré à la mort ! Non ! Non ! Oh ! que votre non croyance, en s'alliant à la tentation de Satan, me met le doute au cœur ! Et devrais-je ne pas te croire, ô Fils ? Ne pas croire à ta sainte Parole ?! Oh ! Dis-le à mon âme ! Parle. Des rives lointaines où tu es allé pour délivrer ceux qui attendent ta venue, jette ta voix d'âme à mon âme qui l'attend, à mon âme qui est ici, toute prête à recevoir ta voix. Dis à ta Mère que tu reviens. Dis : "Le troisième jour, je ressusciterai". Je t'en supplie, Fils et Dieu ! Aide-moi à protéger ma Foi. Satan l'enroule dans ses spires pour l'étrangler. Satan a enlevé sa bouche de serpent de la chair de l'homme car tu lui as arraché cette proie, et maintenant il a enfoncé ses crocs venimeux dans la chair de mon cœur et il en paralyse les palpitations, la force et la chaleur. Dieu ! Dieu ! Dieu ! Ne permets pas que je me méfie ! Ne laisse pas le doute me glacer ! Ne donne pas à Satan la liberté de m'amener au désespoir ! Fils ! Fils ! Mets ta main sur mon cœur. Elle chassera Satan. Mets-la sur ma tête. Elle y ramènera la Lumière. Sanctifie mes lèvres par une caresse pour qu'elles aient la force de dire : "Je crois" même contre tout un monde qui ne croit pas. Oh ! quelle douleur c'est de ne pas croire ! Père ! Il faut beaucoup pardonner à celui qui ne croit pas. Car, quand on ne croit plus... quand on ne croit plus... toute horreur devient facile. Je te le dis... moi qui éprouve cette torture. Père, pitié des sans foi ! Donne-leur, Père saint, donne-leur, au nom de cette Hostie consumée et de moi, hostie qui se consume encore, donne ta foi aux sans foi !" Un long silence. 314> Nicodème et Joseph font un signe à Jean et à la Magdeleine. "Viens. Mère." C'est la Magdeleine qui parle pour chercher à éloigner Marie de son Fils et à séparer les doigts de Jésus entrelacés dans ceux de Marie qui les baise en pleurant. La Mère se redresse. Elle est solennelle. Elle étend une dernière fois les pauvres doigts exsangues, pose la main inerte le long du corps. Puis elle abaisse les bras vers la terre, et bien droite, la tête légèrement renversée, elle prie et offre. On n'entend pas de parole. Mais par toute son attitude, on comprend qu'elle prie. C'est vraiment la Prêtresse à l'autel, la Prêtresse au moment de l'offertoire. "Offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis, ac datis, hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam..." Puis elle se tourne : "Faites-le donc. Mais Lui ressuscitera. C'est inutilement que vous vous défiez de ma raison et que vous êtes aveugles à la vérité que Lui vous a dit. C'est inutilement que Satan cherche à attaquer ma foi. Pour racheter le monde, il manque aussi la torture que Satan vaincu donne à mon cœur. Je la subis et l'offre pour ceux qui viendront. Adieu, Fils ! Adieu, mon Enfant ! Adieu, mon Petit ! Adieu... Adieu... Saint... Bon... Très aimé et aimable... Beauté... Joie... Source de salut... Adieu... Sur tes yeux... sur tes lèvres... sur tes cheveux d'or... sur tes membres glacés... sur ton cœur transpercé... oh ! sur ton cœur transpercé... mon baiser... mon baiser... mon baiser... Adieu... Adieu !... Seigneur ! Pitié pour moi !" Jésus dit: "Et la torture a continué avec des assauts périodiques jusqu'à l'aube du Dimanche. J'ai eu, dans la Passion, une seule tentation. Mais la Mère, le Femme, a expié pour la femme, coupable de tout mal, de très nombreuses fois. Et Satan sur la Victorieuse s'est acharné avec une férocité centuplée. Marie l'avait vaincu, Sur Marie la plus atroce tentation. Tentation contre la chair de la Mère. Tentation contre le cœur de la Mère. Tentation contre l'esprit de la Mère. Le monde croit que la Rédemption prit fin avec mon dernier soupir. Non. La Mère l'a accomplie, en y ajoutant sa triple torture pour racheter la triple concupiscence, en luttant pendant trois jours contre Satan qui voulait l'amener à nier ma Parole et à ne pas croire en ma Résurrection. Marie fut la seule qui continua de croire. Elle est grande et bienheureuse aussi à cause de cette foi. Tu as connu aussi cela. Tourment qui se retrouve dans le tourment de mon Gethsémani. Le monde ne comprendra pas cette page. Mais "ceux qui sont dans le monde sans être du monde" la comprendront et auront un amour plus fort pour la Mère Douloureuse. C'est pour cela que je te l'ai donnée. Va en paix avec notre bénédiction." Les deux préparateurs ont fini la préparation des bandes. Ils vont à la table et dénudent Jésus même de son voile. Ils passent 315> une éponge, me semble-t-il, ou un morceau de lin sur les membres en une préparation très rapide des membres qui dégouttent de mille endroits. Puis ils enduisent d'onguents tout le Corps. Ils l'ensevelissent vraiment sous une couche de pommade. Auparavant ils l'ont soulevé pour nettoyer aussi la table de pierre sur laquelle ils posent le linceul, qui pend de la tête du lit. Ils le reposent sur la poitrine, et enduisent tout le dos, les cuisses, les jambes, toute la partie postérieure. Puis ils le tournent délicatement, en faisant attention à ce que ne s'en aille pas la couche de pommade et puis ils font aussi l'onction de la partie antérieure. D'abord le tronc, puis les membres. D'abord les pieds, et en dernier lieu les mains qu'ils joignent sur le bas ventre. La mixture des arômes doit être collante comme de la gomme, car je vois que les mains restent en place alors qu'avant elles glissaient toujours à cause de leur poids de membres morts. Les pieds, non. Ils conservent leur position: l'un plus droit, l'autre plus allongé. Pour finir, la tête. Après l'avoir enduite avec soin, de manière que les traits disparaissent sous la couche d'onguents, ils lient le menton avec une bande pour maintenir la bouche fermée. Marie gémit plus fort. Puis ils soulèvent le côté du Linceul qui pend et le replient sur Jésus. Il disparaît sous la grosse toile du linceul. Ce n'est plus qu'une forme couverte par une toile. Joseph regarde que tout soit bien en place et appuie encore sur le Visage un suaire de lin et d'autres linges, qui ressemblent à de courtes et larges bandes rectangulaires, qui vont de droite à gauche, au-dessus du Corps et tiennent en place le Linceul, bien adhérent au Corps. Ce n'est pas le bandage que l'on voit dans les momies, ni même dans la résurrection de Lazare. C'est un embryon de bandage. Jésus désormais est annulé. Même sa forme est confondue sous les linges. Cela ressemble à un long paquet de toile, plus étroit aux extrémités et plus large au milieu, appuyé sur la pierre grise. Marie pleure plus fort. |
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[1] Les quatre fleuves qui sortent du jardin d'Eden (Genèse 2,11-14) [2] Psaume 30(29) ? |