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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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mercredi 3 avril 30 (12
Nisan)
- Guérison d'un malade atteint de
la fièvre 97 - Le plus grand
des commandements 97 - L'holocauste
le plus parfait 98 - Un scribe
affirme sa foi en Jésus 98 - De qui le
Christ est-il le fils ? 98 - Les rabbins
combattent les enseignements de Jésus 99 - [Commentaire
de MV : Vision insistante et joyeuse] 99 - Appuyé sur une
colonne, Jésus regarde 99 - Il toise les
orgueilleux et aide les faibles 100 - Il bénit la
veuve qui a fait une obole 101 - Discours (Elle
a donné plus que les autres 101 - Dieu ne veut
pas le fruit de la dureté) 102 - [Commentaire
de Jésus : M. V. lui a tout donné] 103 - Retrait dans une
cour tranquille du Temple 103 - Discours (La raison d'être des scribes et
des pharisiens) 103 - Discours (Ne faites pas ce qu'ils font 105 - Tous pour
chacun et chacun pour tous 107 - Le service
dans l'humilité 107 - Malheur aux
scribes et aux pharisiens hypocrites 108 - Vous tuerez
les nouveaux prophètes 110 - La ruine de
Jérusalem) 110 - Jésus et les
disciples sortent du Temple 111 - Ils se rendent
aux Jardins du Roi 111 - Manaën les
accueille 112 - Chacun se
repose 113 - Jésus bénit la
nourriture 113 - Marie arrive
et veille son fils 113 - Elle le
console d'un cauchemar 114 - Elle lui a
apporté une collation comme autrefois 115 - L'obéissance
de Marie et de Jésus 116 - Celle de
Lazare 116 - Les femmes
disciples, généreuses et tristes 117 - Marie-Magdeleine voudrait arrêter le temps 118 - Les femmes,
meilleures que les hommes 118 - Colloque de
Jésus avec Jean 119 - Réveil des
dormeurs et sortie des Jardins 121 - Les disciples
ne comprennent pas 122 - Discours (Dieu édifiera le nouveau Temple)
122 - Discours (Chef mystique et chef visible 123
-
L'interdépendance des parties 124 - Malheur aux
mauvais constructeurs 125 - Le devoir des
bons constructeurs) 126 - Quand aura
lieu la destruction du Temple ? 126 - Discours (Faux Christs. Persécutions.
Retour d'Israël 127 - L'abomination
de la désolation 128 - Les séductions
du mal 129 - La seconde
venue du Christ 129 - La fin du
temps et du monde 129 - Avant la fin
de cette génération 130 - Personne ne
connaît l'heure précise 130 - Veillez 130 - Parabole du
serviteur fidèle et de l'infidèle : Le juste et le pécheur - Le jugement
dernier) 131 - Demain Jésus
ira seul à Gethsémani 133 - Pierre et le
Zélote se défendent devant Judas 133 - Jésus demande
à Mathieu de répéter aux autres les paraboles des vierges et des talents 133 |
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97> Jésus entre au Temple
encore plus bondé que les jours précédents. Il est tout en blanc aujourd'hui,
dans son vêtement de lin. C'est une journée étouffante. "Et comment donc
David, inspiré par Dieu, l'appelle-t-il : Seigneur, en disant : "Le
Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'ai
fait de tes ennemis l'escabeau de tes pieds" ? [3] Si donc David
appelle le Christ : Seigneur, comment le Christ peut-il être son fils ?"
Ne sachant que
répondre ils s'éloignent en remâchant leur poison. Jésus se déplace du
lieu où il était, tout envahi par le soleil, pour aller plus loin où se
trouvent les bouches du Trésor, près de la salle du Gazophylacium. Ce côté, encore à
l'ombre, est occupé par des rabbis qui pérorent avec de grands gestes
adressés à leurs auditeurs hébreux dont le nombre augmente de plus en plus comme,
à mesure que les heures passent, ne cesse d'augmenter l'affluence des gens
vers le Temple. Les rabbis
s'efforcent de démolir par leurs discours les enseignements que le Christ a
donnés les jours précédents ou le matin même. Et toujours plus ils élèvent la
voix, plus ils voient augmenter la foule des fidèles. En effet le lieu, bien
que très vaste, fourmille de gens qui vont et viennent en tous sens... Jésus me dit :
"Insère ici la vision de l'obole de la veuve (19 Juin 44) corrigée comme
je te l'indiquerai." Ensuite, la vision continue. 19 Juin 1944. C'est seulement
aujourd'hui, et avec insistance, que je vois apparaître la vision suivante. Au début, je ne vois
que des cours et des portiques que je reconnais appartenir au Temple et
Jésus, qui semble un empereur tant il est solennel dans son vêtement rouge
vif et son manteau rouge aussi, mais plus foncé, appuyé à une énorme colonne
carrée qui soutient un arc du portique. Il me regarde
fixement. Je me perds à le regarder jouissant de Lui que depuis deux jours je
ne voyais ni n'entendais. La vision se prolonge ainsi longtemps, et tant
qu'elle dure ainsi, je n'écris pas, car c'est ma joie. Mais maintenant que je
vois la scène s'animer, je comprends qu'il y a autre chose et j'écris. L'endroit se remplit
de gens qui vont et qui viennent dans tous les sens. 100> Il y a des prêtres
et des fidèles, des hommes, des femmes et des enfants. Les uns passent,
d'autres s'arrêtent, écoutent les docteurs, d'autres qui mènent des agneaux
ou portent des colombes se dirigent vers d'autres endroits, peut-être pour
les sacrifier. Jésus reste appuyé à sa colonne, il regarde et ne parle pas.
Par deux fois même il a été interrogé par les apôtres et il a fait signe que
non, mais il n'a pas parlé. Il observe avec beaucoup d'attention et, d'après
son expression, il semble juger ceux qu'il regarde. Son regard et tout son
visage me rappelle l'aspect que je Lui ai vu dans la vision du Paradis, quand
il jugeait les âmes dans le jugement particulier. Maintenant, naturellement, c'est
Jésus, Homme; là-haut, c'était Jésus Glorieux, et donc encore plus imposant.
Mais les changements d'expression du visage, qui observe fixement, sont les
mêmes. Il est sérieux, scrutateur, mais si parfois il est d'une sévérité à
faire trembler le plus effronté, parfois aussi il est si doux, d'une
tristesse souriante, que son regard paraît une caresse. Il semble ne rien
entendre, mais il doit tout écouter. En effet, quand d'un groupe éloigné de
quelques mètres, rassemblé autour d'un docteur, s'élève une voix nasillarde
qui proclame : "Plus que tout autre commandement est valable celui-ci :
que tout ce qui est pour le Temple aille au Temple. Le Temple est au-dessus
du père et de la mère et si quelqu'un veut donner à la Gloire du Seigneur
tout ce qu'il a, il peut le faire et en sera béni car il n'y a pas de sang ni
d'affection supérieure au Temple" Jésus tourne lentement la tête dans
cette direction et regarde d'un air... dont je ne voudrais pas qu'il
s'adresse à moi. Il paraît regarder l'ensemble.
Mais quand un petit vieux tremblant s'apprête à gravir les cinq marches d'une
espèce de terrasse qui est près de Jésus, et semble conduire à une autre cour
plus intérieure, et pointe son bâton et tombe presque en s'empêtrant dans son
vêtement, Jésus allonge son long bras, le saisit et le soutient et ne le
laisse que quand il le voit en sûreté. Le petit vieux lève son visage ridé,
regarde son grand sauveur et murmure une parole de bénédiction, et Jésus lui
sourit et caresse sa tête à moitié chauve. Puis il revient contre sa colonne
et s'en détache encore une fois pour relever un enfant qui glisse de la main
de sa mère et tombe à plat ventre, et tombe justement à ses pieds, en
pleurant, contre la première marche. Il le relève, le caresse, le console. La
mère, confuse, remercie. Jésus lui sourit aussi et lui rend le petit. Mais il
ne sourit pas quand passe un pharisien bouffi d'orgueil, ni non plus quand
passent en groupe des scribes et d'autres dont je ne sais pas qui ils sont. 101> Ce groupe salue avec
de grands gestes et des courbettes. Jésus les regarde si fixement qu'il
semble les transpercer, et salue mais sans chaleur. Il est sévère. Un prêtre
aussi passe et ce doit être un gros bonnet parce que la foule s'écarte et le
salue, et lui passe fier comme un paon. Jésus lui donne un long regard, un
regard tel que celui-ci, qui pourtant est plein d'orgueil, baisse la tête. Il
ne salue pas, mais il ne résiste pas au regard de Jésus.
Celle-ci, stupéfaite,
lève la tête interdite. "Paix à
toi" répète Jésus. "Va, car le Très-Haut te bénit." Cette pauvre femme
reste bouche bée, puis murmure un salut et s'en va. "Elle est
heureuse dans son malheur" dit Jésus en sortant de son silence.
"Maintenant elle est heureuse car la bénédiction de Dieu l'accompagne.
Écoutez, amis, et vous qui êtes autour de Moi. Voyez-vous cette femme ? Elle
n'a donné que deux piécettes, moins qu'il n'en faut pour payer le repas d'un
passereau en cage, et pourtant elle a donné davantage que tous ceux qui,
depuis l'ouverture du Temple à l'aurore, ont versé leur obole au Trésor du
Temple. Écoutez. J'ai vu des
riches en grand nombre mettre dans ces boches des sommes capables de la
rassasier pendant une année et de revêtir sa pauvreté qui n'est décente que
parce qu'elle est propre. J'ai vu des riches qui, avec une satisfaction
visible, mettaient des sommes avec lesquelles on aurait pu rassasier les
pauvres de la Cité Sainte pendant un jour ou plus, et leur faire bénir le
Seigneur. Mais, en vérité, je vous dis que personne n'a donné plus qu'elle.
Son obole est charité, l'autre ne l'est pas. Elle est générosité, l'autre ne
l'est pas. Elle est sacrifice, l'autre ne l'est pas. Aujourd'hui cette femme
ne mangera pas car elle n'a plus rien. Il lui faudra d'abord travailler pour
un salaire pour qu'elle puisse donner du pain à sa faim. 102> Elle n'a pas de
richesses en réserve; elle n'a pas de parents qui gagnent pour elle. Elle est
seule. Dieu lui a enlevé parents, mari et enfants, lui a enlevé le peu de
bien qu'ils lui avaient laissé, et plus que Dieu le lui ont enlevé les
hommes; ces hommes qui maintenant, avec de grands gestes, vous les voyez ?,
continuent de jeter à l'intérieur leur superflu dont une grande partie est
extorquée par l'usure aux pauvres mains de ceux qui sont faibles et qui ont
faim. Eux disent qu'il n'y a pas de sang ni d'affection supérieurs au Temple
et de cette façon enseignent à ne pas aimer le prochain. Moi, je vous dis
qu'au-dessus du Temple, il y a l'amour. La Loi de Dieu est amour et Il n'aime pas qui n'a pas pitié de son
prochain. L'argent superflu, l'argent souillé par l'usure, par la rancœur,
par la dureté, par l'hypocrisie, ne chante pas la louange de Dieu et n'attire
pas sur le donateur la bénédiction céleste. Dieu le rejette. Il engraisse
cette caisse, mais ce n'est pas de l'or pour l'encens : c'est de la boue qui
vous submerge, ô ministres, qui ne servez pas Dieu mais votre intérêt; mais
c'est un lacet qui vous étrangle, ô docteurs, qui enseignez une doctrine de
notre invention; mais c'est un poison qui vous corrode ce reste d'âme que
vous avez encore, ô pharisiens. Dieu ne veut pas ce qui reste. Ne soyez pas
des Caïns. Dieu ne veut pas ce qui est le fruit de
la dureté. Dieu ne veut pas ce qui élevant une voix plaintive dit : "Je devais
rassasier un affamé, mais on m'a refusé pour étaler leurs fastes là-dedans.
Je devais aider un vieux père, une mère chancelante, et on m'a refusé parce
que cette aide n'aurait pas été connue du monde, et je dois résonner ma
sonnerie pour que le monde voie le donateur".
Allons. Laissons les
vipères se mordre pour augmenter leur venin. Que celui qui est pur, bon,
humble, contrit et qui veut connaître le vrai visage de Dieu, me suive."
Jésus dit : "Et toi, à qui
rien ne reste puisque tu m'as tout donné, donne-moi ces deux dernières
piécettes. Devant tant que tu m'as donné, elles sembleront, pour les
étrangers, un rien. Mais pour toi qui n'as plus qu'elles, elles sont tout.
Mets-les dans la main de ton Seigneur. Et ne pleure pas. Ou du moins : ne
pleure pas seule. Pleure avec Moi qui suis le seul qui puisse te comprendre
et qui te comprends sans la brume d'humanité qui est toujours un voile
intéressé pour la vérité." Les apôtres, les
disciples et la foule le suivent en groupes compacts quand il revient à
l'endroit de la première enceinte qui est presque à l'abri du mur d'enceinte
du Temple, là où il y a un peu de fraîcheur car la journée est absolument
étouffante. Comme le terrain est bouleversé par les sabots des animaux, semé
de pierres que les marchands et les changeurs emploient pour fixer leurs
enclos et leurs tentes, les rabbis d'Israël n'y viennent pas. Ils
permettaient de faire un marché dans le Temple, mais ils éprouvaient du
dégoût à porter les semelles de leurs sandales là où sont mal dissimulés les
restes des quadrupèdes expulsés de là il y a peu de jours... Jésus n'en a pas de
dégoût et il se réfugie là, dans un cercle nombreux d'auditeurs. Pourtant,
avant de parler, il appelle près de Lui ses apôtres auxquels il dit :
"Venez et écoutez bien, Hier vous vouliez savoir beaucoup des choses que
je vais vous dire maintenant, et auxquelles hier je faisais de vagues
allusions quand nous reposions dans le jardin de Joseph. Soyez donc bien
attentifs, car ce sont de grandes leçons pour tous et surtout pour vous, mes ministres
et mes continuateurs.
104> Une fois terminé l'exil de Babylone, et une fois reconstruite
la nation grâce à la magnanimité de Cyrus, ceux qui dirigeaient le peuple se
rendirent compte de la nécessité de reconstruire aussi le culte et la
connaissance de la Loi. Car malheur au peuple qui ne les a pas pour
sa défense, guide et soutien, contre les plus puissants ennemis d'une nation
que sont l'immoralité des citoyens, la révolte contre les chefs, la désunion
entre les différentes classes et partis, les péchés contre Dieu et contre le
prochain, l'irréligion, tous éléments de désagrégation pour eux-mêmes et
cause des punitions célestes qu'ils provoquent ! S'élevèrent donc les
scribes, ou docteurs de la Loi , pour pouvoir enseigner le peuple qui,
parlant la langue chaldéenne, héritage du dur exil, ne comprenait plus les
Écritures écrites en pur hébreu. S'élevèrent pour aider, des prêtres, en
nombre insuffisant pour s'acquitter du devoir d'enseigner les foules. Un
laïcat docte et consacré pour honorer le Seigneur en portant sa connaissance
chez les hommes et en amenant à Lui les hommes. Ce laïcat eut sa raison
d'être et il fit aussi du bien. Vint ensuite l'autre
secte des pharisiens, de la
transformation de celle des assidéens, qui surgit pour soutenir par la morale
la plus rigide et l'obéissance la plus intransigeante à la Loi de Moïse et
l'esprit d'indépendance de notre peuple, quand le parti helléniste s'étant
formé sous la pression et les séductions commencées au temps d'Antiochus Épiphane et devenues bientôt des persécutions
contre ceux qui ne cédaient pas aux pressions du roi rusé, qui plus que sur
ses armes comptait sur la désagrégation de la foi dans les cœurs pour régner
sur notre Patrie, tentait de nous rendre esclaves. Rappelez-vous
également ceci : craignez plutôt les alliances faciles et les flatteries d'un
étranger que ses légions. En effet, tant que vous serez fidèles aux lois de
Dieu et de la Patrie , vous vaincrez même si vous êtes encerclés par des
armées puissantes, mais quand vous serez corrompus par le poison subtil donné
comme un miel enivrant par l'étranger qui a formé des desseins contre vous, 105> Dieu vous
abandonnera à cause de vos péchés, et vous serez vaincus et assujettis, sans
que votre faux allié livre une bataille sanglante contre vous. Malheur à
celui qui n'est pas sur le qui-vive comme une sentinelle vigilante et ne
repousse pas l'embûche subtile d'un voisin astucieux et faux, ou d'un allié,
ou d'un maître qui commence sa domination chez les particuliers, en
affaiblissant leurs cœurs et en les corrompant par des usages et des coutumes
qui ne sont pas nôtres, qui ne sont pas saints, et qui par conséquent nous rendent
désagréables au Seigneur ! Malheur ! Rappelez-vous toutes les conséquences
subies par la Patrie parce que certains de ses fils ont adopté les usages et
les coutumes de l'étranger pour gagner ses bonnes grâces et jouir. C'est une
bonne chose que la charité envers tous, même envers les peuples qui ne
partagent pas notre foi, qui n'ont pas nos usages, qui nous ont nui au cours
des siècles. Il fut donc un bien
qu'au bon moment se dressèrent aussi les pharisiens pour faire une digue
contre le débordement fangeux des usages et des coutumes étrangers. Je le
répète : toute chose qui surgit et qui dure a sa raison d'être. Et il faut la
respecter pour ce qu'elle a fait, sinon pour ce qu'elle fait. Que si elle est
coupable, désormais, il n'appartient pas aux hommes de l'insulter et encore
moins de la frapper. Il y a quelqu'un qui sait le faire : Dieu et Celui qu'il
a envoyé et qui a le droit et le devoir d'ouvrir la bouche et d'ouvrir vos
yeux pour que vous et eux connaissiez la pensée du Très-Haut et agissiez avec
justice. Moi, et aucun autre. Moi, parce que je parle par ordre divin. Moi,
parce que je puis parler n'ayant en Moi aucun des péchés qui vous
scandalisent quand vous les voyez faits par des scribes et des pharisiens,
mais que, si vous le pouvez, vous faites vous aussi." Jésus, qui avait
commencé doucement son discours, a élevé graduellement la voix et dans ces
dernières paroles elle est puissante comme une sonnerie de trompettes. Hébreux et gentils
sont appliqués et attentifs pour l'écouter. Si les premiers applaudissent
Jésus quand il rappelle la Patrie et qu'il nomme ouvertement par leurs noms
les étrangers qui les ont assujettis et fait souffrir, les seconds admirent
la forme oratoire du discours et se félicitent d'assister à ce discours digne
d'un grand orateur, disent-ils entre eux. 106>
N'imitez pas les
scribes et les pharisiens, divisés entre eux bien qu'ils affectent d'être
unis. Vous, disciples du Christ, que vous soyez vraiment unis, une seule
chose pour les autres, les chefs pleins de douceur à l'égard des sujets, les
sujets pleins de douceur envers les chefs, une seule chose dans l'amour et le
but de votre union : conquérir mon Royaume et être à ma droite dans l'éternel
Jugement. Rappelez-vous qu'un royaume divisé n'est plus un royaume et ne peut
subsister. Soyez donc unis entre vous dans l'amour pour Moi et pour ma
doctrine. Que l'uniforme du chrétien, tel sera le nom de mes sujets, soit
l'amour et l'union, l'égalité entre vous pour les vêtements, la communauté
des biens, la fraternité des cœurs. Tous pour chacun, chacun pour tous. Que celui qui
possède, donne humblement. Que celui qui n'a pas, accepte humblement et
expose humblement ses besoins à ses frères, en les sachant tels; et que les
frères écoutent affectueusement les besoins des frères, se sentant vraiment
tels pour eux. Souvenez-vous que votre Maître a eu souvent faim, froid et
mille autres besoins et privations, et les a exposés humblement aux hommes,
Lui, Verbe de Dieu. Rappelez-vous que sera récompensé celui qui a pitié,
quand il ne donnerait qu'une gorgée d'eau. Rappelez-vous qu'il vaut mieux
donner que recevoir. Que dans ces trois souvenirs le pauvre trouve la
force de demander sans se sentir humilié, en pensant que je l'ai fait avant
lui, et de pardonner si on le repousse, en pensant que bien des fois on a
refusé au Fils de l'homme la place et la nourriture que l'on donne au chien
qui garde le troupeau. Et que le riche trouve la générosité de donner ses
richesses, en pensant que le vil argent, l'odieux argent que Satan fait rechercher
et qui cause les neufs dixièmes des ruines du monde, si on le donne par amour
se change en une gemme immortelle et paradisiaque.
N'exigez pas le nom
de père et ne le donnez à personne sur la Terre , parce qu'un seul est le
Père de tous : votre Père qui est dans les Cieux. Que cette vérité vous donne
la sagesse de vous sentir vraiment tous frères entre vous, aussi bien ceux
qui dirigent que ceux qui sont dirigés, et aimez-vous par conséquent comme de
bons frères. Et qu'aucun de ceux qui dirigent ne se fasse appeler guide, car
il n'y a qu'un seul guide pour vous tous : le Christ. Que le plus grand
d'entre vous soit votre serviteur. Ce n'est pas s'humilier que d'être le
serviteur des serviteurs de Dieu, mais c'est m'imiter, Moi, qui ai été doux
et humble, toujours prêt à avoir de l'amour pour mes frères en Adam et à les
aider avec la puissance que j'ai en Moi comme Dieu. Et je n'ai pas humilié la
divinité en servant les hommes. En effet le vrai roi c'est celui qui sait
dominer pas tant les hommes que les passions de l'homme : et en tête de
toutes le sot orgueil. Rappelez-vous : celui qui s'humilie sera exalté et
celui qui s'exalte sera humilié. La Femme , dont
le Seigneur a parlé dans le second livre de la Genèse , la Vierge dont il est
question dans Isaïe, la Mère-Vierge de l'Emmanuel, a prophétisé cette vérité
des temps nouveaux en chantant : "Le Seigneur a renversé les puissants
de leur trône et II a élevé les humbles". La Sagesse de Dieu parlait sur
les lèvres de Celle qui était Mère de la Grâce et Trône de la Sagesse. Et je
répète les paroles inspirées qui m'ont loué, uni au Père et à l'Esprit-Saint,
dans nos œuvres admirables quand, sans offense pour la Vierge , Moi, l'Homme,
je me formais dans son sein sans cesser d'être Dieu. Que ce soit une règle
pour ceux qui veulent enfanter le Christ dans leurs cœurs et arriver au
Royaume du Christ. Il n'y aura pas de Jésus : le Sauveur; pas de Christ : le
Seigneur; et il n'y aura pas de Royaume des Cieux pour ceux qui sont
orgueilleux, fornicateurs, idolâtres, qui s'adorent eux-mêmes et leur propre
volonté.
Malheur à vous,
scribes et pharisiens hypocrites, qui dévorez le bien des veuves sous
prétexte de faire de longues prières. A cause de cela vous subirez un
jugement sévère ! Malheur à vous,
scribes et pharisiens hypocrites, qui allez par terre et par mer, en
dépensant des biens qui ne vous appartiennent pas, pour faire un seul
prosélyte et, quand vous l'avez fait, le rendez fils de l'enfer, deux fois
pire que vous !
Malheur à vous,
scribes et pharisiens hypocrites, qui volez dans les ténèbres comme des
oiseaux de nuit pour vos œuvres de péché et négociez pendant la nuit avec les
païens, les voleurs et les traîtres, et ensuite, le matin, après avoir effacé
les signes de vos marchés occultes, montez au Temple, bien vêtus. 110>
Voilà que pour cela,
Moi, Parole de Dieu, je vous dis : Moi, Dieu, je vous enverrai de
nouveaux prophètes et sages et scribes. Et de ceux-ci vous en tuerez une
partie, vous en crucifierez une partie, vous en flagellerez une partie dans
vos tribunaux, dans vos synagogues, hors de vos murs, et en partie les
poursuivrez de ville en ville, jusqu'à ce que retombe sur vous tout le sang
des justes répandu sur la Terre , depuis le sang du juste Abel jusqu'à celui
de Zacharie fils de Barachie, [6] que vous avez tué
entre l'atrium et l'autel parce que, par amour pour vous, il vous avait
rappelé votre péché pour que vous vous en repentiez en revenant au Seigneur. C'est ainsi. Vous
haïssez ceux qui veulent votre bien et vous rappellent par amour sur les
sentiers de Dieu. En vérité je vous dis
que tout cela est sur le point d'arriver, et le crime et ses conséquences. En
vérité je vous dis que tout cela s'accomplira sur cette génération.
111> Maintenant voilà, écoute, O Jérusalem ! Maintenant voilà,
écoutez vous tous qui me haïssez et haïssez tout ce qui vient de Dieu.
Maintenant voilà, écoutez vous qui m'aimez et qui serez entraînés dans le châtiment
réservé à ceux qui persécutent les envoyés de Dieu. Et écoutez vous aussi qui
n'êtes pas de ce peuple, mais qui m'écoutez quand même, vous qui écoutez pour
savoir qui est Celui qui vous parle et qui prédit sans avoir besoin d'étudier
le vol, le chant des oiseaux, ni les phénomènes célestes et les viscères des
animaux sacrifiés, ni la flamme et la fumée des holocaustes, parce que tout
ce qui est futur est présent pour Celui qui vous parle. "Cette maison
qui est la vôtre vous sera laissée déserte. Moi je vous dis, dit le Seigneur,
que vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez vous aussi : "Béni
Celui qui vient au nom du Seigneur". Jésus est visiblement
las et échauffé, à la fois par la fatigue d'un discours prolongé et tonnant
et par la chaleur étouffante de cette journée sans vent. Bloqué contre le mur
par une multitude, fixé par des milliers de pupilles, sentant toute la haine
qui de dessous les portiques de la Cour des Païens l'écoute, et tout l'amour
ou au moins l'admiration qui l'entoure, sans souci du soleil qui tombe sur
les échines et sur les visages rougis et en sueur, il apparaît vraiment
épuisé. Il a besoin de réconfort et il le cherche en disant à ses apôtres et
aux soixante-douze qui, comme autant de coins, se sont ouverts lentement un
passage dans la foule et qui maintenant sont au premier rang, barrière
d'amour fidèle autour de Lui : "Sortons du Temple et allons au grand air
parmi les arbres. J'ai besoin d'ombre, de silence et de fraîcheur. En vérité
je vous dis que ce lieu semble déjà brûler du feu de la colère céleste."
Ils Lui fraient un
passage non sans mal et peuvent ainsi sortir par la porte la plus proche où
Jésus s'efforce, mais inutilement, d'en congédier un grand nombre. Ils
veulent le suivre à tout prix.
"Et pourtant
d'elles, il ne restera pas pierre sur pierre" dit Jésus. "Non ? Quand ?
Comment ?" demandent plusieurs. Mais Jésus ne le dit pas. Il descend le Moriah et sort de la ville en passant par Ophel et par la porte d'Ephraïm ou du Fumier et en se
réfugiant au cœur des jardins du roi d'abord, c'est-à-dire tant que ceux qui,
sans être apôtres ni disciples, se sont obstinés à le suivre, 112> et s'en vont
lentement quand Manaën, qui a fait ouvrir
le lourd portail, se présente imposant, pour dire à tous : "Allez.
N'entrent ici que ceux que je veux." Ombre, silence,
parfums de fleurs, arômes de camphre et d'œillets, de cannelle, de lavande et
de mille autres plantes odorantes, et bruissements de ruisseaux, certainement
alimentés par les sources et citernes voisines, sous des galeries de
feuillages, gazouillis d'oiseaux, font de cet endroit un lieu de repos
paradisiaque. La ville semble éloignée de plusieurs milles avec ses rues
étroites, assombries par les archivoltes ou ensoleillées jusqu'à en être
éblouissantes, avec ses odeurs et ses puanteurs d'égouts qui ne sont pas
toujours nettoyés, et des rues parcourues par trop de quadrupèdes pour être
propres, surtout celles d'importance secondaire. Le gardien des
jardins doit connaître très bien Jésus car il le salue à la fois avec respect
et familiarité, et Jésus lui demande des nouvelles de ses enfants et de sa
femme. L'homme voudrait
recevoir Jésus dans sa maison, mais le Maître préfère la paix fraîche,
reposante, du vaste jardin du roi, un vrai parc de délices. Et avant que les
deux infatigables et très dévoués serviteurs de Lazare s'en aillent prendre
le panier de nourriture, Jésus leur dit : "Dites à vos maîtresses de
venir. Nous resterons ici quelques heures avec ma Mère et les disciples
fidèles, et ce sera si doux..." "Tu es très fatigué,
Maître ! Ton visage le dit" observe Manaën. "Oui. Tellement
que je n'ai pas eu la force d'aller plus loin." "Mais je t'avais
offert ces jardins plusieurs fois en ces jours. Tu sais si je suis content de
pouvoir t'offrir paix et réconfort !" "Je le sais,
Manaën." "Et hier, tu as
voulu aller dans ce triste lieu dont les approches sont si arides, si
étrangement dépouillé dans sa végétation cette année ! Si proche de cette
triste porte !" "J'ai voulu
faire plaisir à mes apôtres. Ce sont des enfants, au fond, de grands enfants.
Vois-les là-bas comme ils se restaurent gaiement !... Tout de suite oublieux
de ce qui se trame contre Moi au-delà de ces murs..." "Et oublieux que
tu es si affligé... Mais il ne semble pas qu'il y ait beaucoup lieu de
s'alarmer. L'endroit me semblait plus dangereux d'autres fois." Jésus le regarde et
se tait. Que de fois je vois Jésus regarder et se taire ainsi, en ces
derniers jours ! 113> Puis Jésus se met à regarder les apôtres et les disciples. Ils
ont enlevé leurs couvre-chefs, leurs manteaux et leurs sandales pour se
rafraîchir le visage et les extrémités dans les frais ruisselets, imités par
plusieurs des soixante-douze disciples qui
maintenant sont beaucoup plus nombreux, je crois, et qui, tous unis par la
fraternité d'idéal, se jettent ça et là pour se reposer, un peu à part pour
laisser Jésus se reposer tranquillement. Manaën aussi se
retire pour le laisser en paix. Tous respectent le repos du Maître
extrêmement fatigué. Il s'est réfugié sous une tonnelle de jasmins en fleurs
qui fait office de cabane, isolée par un circuit d'eau qui court en bruissant
par un petit canal où plongent herbes et fleurs. C'est un vrai refuge de paix
auquel on accède par un petit pont large de deux palmes et long de quatre,
avec une balustrade fleurie par toute une guirlande de corolles de jasmins. Les serviteurs
reviennent avec plusieurs d'autres, car Marthe a voulu pourvoir aux
besoins de tous les serviteurs du Seigneur, et. ils disent que leurs
maîtresses ne vont pas tarder de venir. Jésus fait appeler Pierre et lui dit : "Avec Jacques mon frère, bénis, offre et
distribue comme Moi je le fais." "Distribuer oui,
mais bénir non, Seigneur. C'est à Toi qu'il revient d'offrir et de bénir, pas
à Moi." "Quand tu étais
à la tête de tes compagnons, loin de Moi, ne le faisais-tu pas ?" "Si. Mais
alors... j'étais obligé de le faire. En ce moment tu es avec nous, et c'est
Toi qui bénis. Cela me paraît meilleur quand c'est Toi qui offres pour nous
et nous distribues..." et le fidèle Simon embrasse son Jésus, assis
épuisé dans cette ombre, et il penche la tête sur ses épaules, heureux de
pouvoir le serrer et l'embrasser ainsi... Jésus se lève et lui
fait ce plaisir. Il va vers les disciples, offre la nourriture, la bénit, la
partage, les regarde manger avec plaisir et leur dit : "Dormez ensuite,
reposez-vous pendant que c'est l'heure, et pour que vous puissiez ensuite
veiller et prier quand vous aurez besoin de le faire, et pour que la fatigue
et l'épuisement n'accablent pas de sommeil vos yeux et votre esprit quand il
sera nécessaire que vous soyez dispos et bien éveillés." "Tu ne restes
pas avec nous ? Tu ne manges pas ?" "Laissez-moi me
reposer. C'est de cela seulement que j'ai besoin. Mangez, mangez !" Il
caresse en passant ceux qu'il trouve sur son chemin, et revient à sa place...
Douce, suave est la
venue de la Mère près de son Fils. 114> Marie s'avance avec
assurance, car Manaën, qui a veillé près du portail étant moins las que les
autres, lui indique l'endroit où se trouve Jésus. Les autres, et il y a
toutes les disciples hébraïques et des romaines la seule Valeria, s'arrêtent quelque temps
en silence pour ne pas réveiller les disciples qui donnent à l'ombre des
feuillages des arbres, semblables à des brebis allongées dans l'herbe. C'est
l'heure de sexte. [7] Marie entre sous la
tonnelle de jasmins sans faire crisser le petit pont de bois et le gravier du
sol, et avec encore plus de précautions elle approche de son Fils qui, vaincu
par la fatigue, s'est endormi la tête sur une table de pierre qu'il y a
là-dessous. Son bras gauche Lui sert d'oreiller sous son visage caché par ses
cheveux. Marie s'assied patiemment près de son Fils fatigué. Elle le
contemple... tant... et elle a sur ses lèvres un sourire douloureux et
affectueux alors que sans bruit des larmes tombent sur son sein. Mais si ses
lèvres sont closes et muettes, son cœur prie avec toute la force qu'il
possède, et la puissance de cette prière et de son souffle est trahie par ses
mains jointes sur ses genoux, serrées, entrecroisées pour ne pas trembler et
pourtant secouées d'un léger tremblement. Des mains qui ne se disjoignent que
pour chasser une mouche importune qui veut se poser sur le Dormeur et
pourrait l'éveiller. C'est la Mère qui
veille son Fils, le dernier sommeil de son Fils qu'elle puisse veiller. Si le
visage de la Mère , dans ce mercredi pascal, est différent de celui de la
Mère au jour de la naissance du Seigneur, car la douleur le rend pâle et
déprime ses traits, c'est la même pureté du regard affectueux, le même soin
tremblant qu'elle avait quand, penchée sur la crèche de Bethléem, elle
protégeait de son amour le premier sommeil inconfortable de son Enfant. Jésus fait un
mouvement et Marie essuie rapidement ses yeux pour ne pas montrer de larmes à
son Fils. Mais Jésus ne s'est pas éveillé, son visage a seulement changé de
position, pour se tourner de l'autre côté et Marie, reprenant son immobilité,
continue de le veiller. Mais quelque chose
brise le cœur de Marie. C'est d'entendre son Jésus pleurer en dormant et dans
un murmure confus, car il parle la bouche serrée contre son bras et son
vêtement, il nomme le nom de Judas... Marie se lève,
s'approche, se penche sur son fils. Elle suit ce murmure confus, les mains
pressant son cœur. Le discours de Jésus, interrompu, mais pas au point qu'on
ne puisse pas le suivre, 115> fait comprendre qu'il rêve et rêve de
nouveau le présent et le passé et puis l'avenir, jusqu'à ce qu'il se réveille
en sursaut comme pour fuir quelque chose d'horrible. Mais il trouve la
poitrine de sa Mère, les bras de sa Mère, le sourire de sa Mère, la douce
voix de sa Mère, son baiser, ses caresses et son voile qui passe légèrement
sur son visage pour essuyer ses larmes et sa sueur en disant : "Tu étais
mal à l'aise et tu rêvais... Tu es en sueur et las, mon Fils." Elle Lui
peigne ses cheveux en désordre, Lui essuie le visage et le tient embrassé,
appuyé sur son cœur, ne pouvant le prendre sur ses genoux comme quand il
était petit. Jésus lui sourit en
disant : "Tu es toujours la Mère. Celle qui console. Celle qui dédommage
de tout. Ma Mère !" Il la fait asseoir près de Lui, lui abandonnant la
main sur ses genoux, et Marie prend cette longue main, si distinguée et
pourtant si robuste, d'artisan, dans ses petites mains, elle caresse les
doigts et le dos, en lissant les veines qui s'étaient gonflées pendant qu'elle
pendait durant le sommeil. Elle essaie de le distraire... "Nous sommes
venues. Nous sommes toutes là, même Valeria. Les
autres sont à l'Antonia. C'est Claudia qui
les a voulu, "elle est profondément attristée" a dit son
affranchie. Elle dit, je ne sais pour quelle raison, qu'elle présage beaucoup
de larmes. Superstitions !... Seul Dieu connaît
les choses...* "Où sont les disciples ?" "Elles sont là,
à l'entrée des jardins. Marthe a voulu te préparer de la nourriture et des
boissons rafraîchissantes et nourrissantes en pensant à ton épuisement. Mais
moi, regarde : tu l'aimes toujours et moi je te l'ai apporté. C'est ma
contribution. C'est meilleur car c'est de ta Maman." Elle Lui montre du
miel et une petite fouace de pain sur laquelle elle l'étend pour le donner à
son Fils et en disant : "Comme à Nazareth, quand tu prenais du
repos à l'heure la plus chaude et puis tu t'éveillais que tu avais chaud et
moi je venais de la grotte fraîche avec cette collation..." Elle
s'arrête car sa voix tremble. Son Fils la regarde
et dit ensuite : "Et quand il y avait Joseph, tu apportais la
collation pour deux et l'eau fraîche de la jarre poreuse, tenue dans le
courant pour qu'elle fût plus fraîche et la rendaient encore plus fraîche les
tiges de menthe sauvage que tu jetais dedans. Que de menthe là-bas, sous les
oliviers ! Et que d'abeilles sur les fleurs de la menthe ! Notre miel avait
toujours un peu ce parfum..." Il pense... il se souvient... "Nous avons vu Alphée, sais-tu ? 116> Joseph s'est attardé parce
qu'il avait un enfant un peu malade. Mais demain, il sera certainement ici
avec Simon. Salomé de Simon
garde notre maison et celle de Marie." "Maman, quand tu
seras seule, avec qui resteras-tu ?" "Avec qui tu
diras, mon Fils. Je t'ai obéi, avant de t'avoir, Fils. Je continuerai de le
faire après que tu m'auras quittée." Sa voix tremble, mais elle a sur
ses lèvres un sourire héroïque. "Tu sais obéir.
Quel repos d'être avec toi ! Car, tu vois, Maman ? Le monde ne peut
comprendre, mais je trouve tout repos auprès de ceux qui obéissent... Oui.
Dieu repose auprès des obéissants. Dieu n'aurait pas eu à souffrir, à se
fatiguer, si la désobéissance n'était pas venue dans le monde. Tout arrive
parce qu'on n'obéit pas. De là vient la douleur du monde... De là vient notre
douleur." "Mais aussi notre
paix, Jésus. Car nous savons que notre obéissance console l'Éternel. Oh !
pour moi spécialement, ce qu'est cette pensée ! Il m'est accordé, à moi,
créature, de consoler mon Créateur !" "Oh ! Joie de
Dieu ! Tu ne sais pas, ô notre joie, ce qu'est pour Nous cette parole que tu
viens de dire ! Elle dépasse les harmonies des chœurs célestes... Bénie !
Bénie toi, qui m'enseignes l'ultime obéissance et me la rends, par cette
pensée, si agréable à accomplir !" "Tu n'as pas
besoin que je t'instruise, mon Jésus. J'ai tout appris de Toi." "L'Homme Jésus a
tout appris de Marie de Nazareth." "C'était ta lumière
qui sortait de moi. La Lumière que tu es et qui venait à la Lumière Éternelle
anéantie sous forme humaine... Les frères de
Jeanne
m'ont dit le discours que tu as prononcé. Ils étaient ravis d'admiration. Tu
as été courageux avec les pharisiens..." "C'est l'heure
des suprêmes vérités, Maman. Pour eux, elles restent des vérités mortes, niais
pour les autres ce seront des vérités vivantes. Et je dois par l'amour et la
rigueur tenter la dernière bataille pour les arracher au Mal." "C'est vrai. Ils
m'ont dit que Gamaliel, qui était avec les
autres dans une des salles des portiques, a dit, à la fin, alors que beaucoup
étaient fâchés : "Quand on ne veut pas de reproches, on agit avec
justice" et il s'en est allé après cette observation." "Il m'est
agréable que le rabbi m'ait entendu. Qui te l'a dit ?" "Lazare. Et le lui a dit Éléazar qui était dans la
salle avec les autres. Lazare est venu à sexte. Il a salué et il est reparti
sans écouter ses sœurs qui voulaient le retenir jusqu'au couchant. 117> Il a dit d'envoyer
Jean, ou d'autres, pour prendre les fruits et les fleurs qui seront juste à
point." "J'enverrai
Jean, demain." "Lazare vient
tous les jours. Mais Marie se fâche car elle dit qu'il ressemble à une
apparition. Il monte au Temple, vient, donne ses ordres et repart." "Lazare aussi
sait obéir. C'est Moi qui lui ai donné cet ordre, car on cherche à le prendre
lui aussi. Mais n'en parle pas aux sœurs. Il ne lui arrivera rien. Et
maintenant allons trouver les disciples." "Ne bouge pas.
Je vais les appeler. Les disciples dorment tous..." "Et nous les
laisserons dormir. La nuit, ils dorment peu, car je les instruis dans la paix
du Gethsémani." Marie sort et revient
avec les femmes qui semblent n'avoir plus de poids, tant leur démarche est
légère. Elles le saluent avec
de profondes marques de respect et seule Marie
de Cléophas est un peu familière. Marthe tire d'une grande bourse une amphore
qui sue, alors que Marie enlève d'un vase,
poreux lui aussi, des fruits frais venus de Béthanie et les dispose sur la
table à côté de ce qu'a préparé sa sœur, c'est-à-dire un pigeon grillé sur la
flamme, croquant, appétissant, et elle prie Jésus d'y goûter en disant :
"Mange, cette viande est nourrissante. C'est moi qui l'ai
préparée." Jeanne
de son côté a apporté du vinaigre rosé. Elle explique : "II rafraîchit
tellement en ces premières chaleurs. Mon époux aussi s'en sert quand il est las dans ses longues
chevauchées." "Nous n'avons
rien" disent pour s'excuser Marie
de Salomé, Marie de Cléophas, Suzanne et Élise. Et Nique et Valeria disent à leur tour : "Et nous, non plus.
Nous ne savions pas que nous devions venir." "Vous m'avez
donné tout votre cœur. Cela me suffit. Et vous me donnerez encore..." Il mange, mais
surtout il boit la fraîche eau miellée que Marthe Lui verse de l'amphore
poreuse, et les fruits frais qui sont un réconfort pour l'Épuisé. Les disciples ne
parlent pas beaucoup. Elles le regardent se restaurer. Leurs yeux trahissent
amour et inquiétude. A l'improviste Élise se met à pleurer et elle s'en
excuse en disant : "Je ne sais pas. J'ai le cœur accablé de
tristesse..." "Nous l'avons
toutes, même Claudia dans son
palais..." dit Valeria. "Je voudrais que
ce soit déjà la Pentecôte" murmure Salomé. 118> "Moi, au contraire, je voudrais arrêter le temps à cette
heure" dit Marie de Magdala. "Tu serais
égoïste, Marie" lui répond Jésus. "Pourquoi, Rabboni ?" "Parce que tu
voudrais pour toi seule la joie de ta rédemption. Il y a des milliers et des
millions d'êtres qui attendent cette heure, ou qui à cause de cette heure
seront rachetés." "C'est vrai, je
n'y pensais pas..." Elle penche la tête en se mordant les lèvres pour ne
pas faire voir les larmes qui coulent de ses yeux et le tremblement de ses
lèvres. Mais elle est toujours le courageux lutteur, et elle dit : "Si
tu viens demain tu pourras prendre le vêtement que tu as envoyé. Il est frais
et propre, digne de la cène pascale." "Je viendrai...
Vous n'avez rien à me dire ? Vous êtes muettes et affligées. Ne suis-je plus
Jésus ?..." Il sourit engageant aux femmes. "Oh ! c'est Toi
! Mais tu es si grand en ces jours, que je ne sais plus te voir comme le
petit que j'ai porté dans mes bras" s'écrie Marie d'Alphée. "Et moi comme le
simple rabbi qui entrait dans ma cuisine pour chercher Jean et Jacques" dit Salomé. "Moi, je t'ai
toujours connu ainsi : Roi de mon âme !" proclame Marie de Magdala. Et Jeanne, pleine
d'une douce suavité : "Et moi aussi : divin, depuis le rêve où tu es
apparu à moi qui mourais pour m'appeler à la Vie. " "Tu nous as tout
donné, Seigneur. Tout !" dit en soupirant Élise qui s'est reprise. "Et vous m'avez
tout donné." "Trop peu
!" disent-elles toutes. "Le don ne cesse
pas après cette heure. Il cessera seulement quand vous serez avec Moi dans
mon Royaume, mes disciples fidèles. Vous ne siégerez pas, non, à mes côtés,
sur les douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël, niais vous
chanterez l'hosanna avec les anges, pour faire un chœur d'honneur à ma Mère,
et alors comme maintenant le cœur du Christ trouvera sa joie en vous
contemplant." "Je suis jeune !
Et il faudra du temps pour monter à ton Royaume. Heureuse Annalia !" dit Suzanne.
"Moi, je suis
vieille et heureuse de l'être. J'espère que pour moi la mort sera
proche" dit Élise. "Moi, j'ai des
fils... Je voudrais les servir, ces serviteurs de Dieu !" 119> soupire Marie de Cléophas. "Ne nous oublie
pas, Seigneur !" dit la Magdeleine avec une angoisse contenue, je dirais
avec un cri de son âme, tellement la voix, qu'elle garde basse pour ne pas
éveiller les dormeurs, a une force plus vibrante qu'un cri. "Je ne vous
oublierai pas. Je viendrai. Toi, Jeanne, tu sais que je puis venir même si je
suis très loin... Les autres doivent le croire. Et je vous laisserai une
chose... un mystère qui me gardera en vous et vous en Moi, jusqu'à ce que
nous soyons, vous et Moi, dans le Royaume de Dieu. Maintenant allez. Vous
allez dire que je vous ai dit peu de chose, qu'il était presque inutile de
vous faire venir pour si peu. Mais j'ai désiré avoir autour de Moi des cœurs
qui m'ont aimé sans calcul. Pour Moi. Pour Moi : Jésus. Non pas pour le futur
Roi d'Israël que l'on rêve. Allez. Et soyez bénies une fois de plus. Même les
autres qui ne sont pas ici, mais qui pensent à Moi, avec amour : Anne, Myrta, Anastasica, Noémi, et Sintica qui est si loin, et Fotinaï, et Aglaé et Sara, Marcella, les filles de Philippe, Myriam de Jaïre, les vierges, les
rachetées, les épouses, les mères qui sont venues vers Moi, qui ont été pour
Moi des sœurs et des mères, meilleures, oh ! bien meilleures que les hommes,
même les meilleurs !... Toutes, toutes ! Je les bénis toutes. La grâce
commence déjà à descendre, la grâce et le pardon, sur la femme, par cette
bénédiction que je vous donne. Allez..." Il les congédie en retenant sa
Mère : "Avant le soir je serai au palais de Lazare. J'ai besoin de te voir
encore. Et avec Moi, il y aura Jean. Mais je ne veux que toi, Mère, et les
autres Marie, Marthe et Suzanne. Je suis si las..." "Il n'y aura que
nous seules. Adieu, Fils..." Ils s'embrassent, ils
se séparent... Marie s'en va lentement. Elle se retourne avant de sortir.
Elle se retourne avant de quitter le petit pont. Elle se retourne encore tant
qu'elle peut voir Jésus... ïl semble qu'elle ne
puisse s'éloigner de Lui... Jésus est seul de nouveau.
Il se lève et sort. Il va appeler Jean qui dort à plat
ventre parmi les fleurs comme un enfant et il lui confie la petite amphore de
vinaigre rosé, que Jeanne Lui a apporté, en lui disant : "Nous irons ce
soir chez ma Mère, mais nous deux seuls." "J'ai compris.
Elles sont venues ?" "Oui. J'ai
préféré ne pas vous éveiller..." "Tu as bien
fait. Ta joie aura été plus grande. Elles savent t'aimer mieux que
nous..." dit Jean éploré. "Viens avec
Moi." Jean le suit. 120> "Qu'as-tu ?" Lui demande Jésus quand ils sont de
nouveau dans la pénombre verte de la tonnelle où il reste de la nourriture. "Maître, nous
sommes très mauvais. Tous. Il n'y a pas d'obéissance en nous... et il n'y a
pas le désir de rester avec Toi. Même Pierre et Simon se sont éloignés. Je ne
sais où. Et Judas y a trouvé l'occasion d'une querelle." "Judas est-il
parti ?" "Non, Seigneur,
il n'est pas parti. Il dit qu'il n'en a pas besoin, que lui n'a pas de
complices dans les manigances que nous faisons pour essayer de t'obtenir des
protections. Mais si je suis allé chez Anna, si d'autres sont
allés trouver des galiléens qui résident ici, ce n'est pas pour faire du mal
!... Et je ne crois pas que Simon de Jonas et Simon le Zélote soient des hommes
capables de manèges équivoques..." "N'y fais pas
attention. En effet Judas n'a pas besoin de s'en aller pendant que vous
reposez. Lui sait quand et où aller pour accomplir tout ce qu'il doit
faire." "Et alors
pourquoi parle-t-il ainsi ? Ce n'est pas bien devant les disciples !" "Ce n'est pas
bien, mais c'est ainsi. Tranquillise-toi, mon agneau." "Moi, ton agneau
? Il n'y a que Toi qui es Agneau !" "Oui, toi. Moi
l'Agneau de Dieu, et toi l'agneau de l'Agneau de Dieu." "Oh !!! Une
autre fois, c'était les premiers jours que j'étais avec Toi, tu m'as dit déjà
cette parole. Nous étions nous deux seuls, comme maintenant, dans la verdure
comme maintenant. C'était la belle saison." Jean est tout réjoui par le
souvenir qui lui revient. Et il murmure : "Je suis toujours, encore
l'agneau de l'Agneau de Dieu..." Jésus le caresse et
il lui offre un morceau du pigeon rôti resté sur la table, enveloppé d'une
feuille de parchemin. Ensuite il ouvre des figues succulentes et les lui
offre, joyeux de le voir manger. Jésus s'est assis de travers sur le bord de
la table et il regarde Jean avec une telle intensité que ce dernier Lui
demande : "Pourquoi me regardes-tu ainsi ? Parce que je mange comme un
goulu ?" "Non. Parce que
tu es comme un enfant... Oh ! mon bien-aimé ! Comme je t'aime pour ton cœur
!" et Jésus se penche pour baiser les cheveux blonds de l'apôtre et il
lui dit : "Reste ainsi, toujours ainsi, avec ton cœur sans orgueil ni
rancœurs. Ainsi, même dans les heures du déchaînement de la férocité. N'imite
pas ceux qui pèchent, mon enfant." 121> Jean est repris par sa peine et il dit : "Mais moi, je ne
puis croire que Simon et Pierre..." "Tu te
tromperais, en vérité, si tu les croyais pécheurs. Bois. C'est une bonne et
fraîche boisson. C'est Marthe qui l'a préparée... Maintenant tu t'es
restauré. Je suis certain que tu n'avais pas fini ton repas..." "C'est vrai. Les
larmes m'étaient venues. En effet tant que c'est le monde qui nous hait, on
comprend. Mais que l'un de nous insinue..." "N'y pense plus.
Toi et Moi nous savons que Simon et le Zélote sont honnêtes. Et cela suffit.
Et tu sais que, malheureusement, Judas est pécheur. Mais tais-toi. Quand
seront passés tant et tant de lustres, et qu'il sera juste de dire toute la
grandeur de ma douleur, tu diras alors même ce que j'ai souffert des actions
de cet homme en plus de ce que j'ai souffert de l'apôtre. Allons. C'est
l'heure de quitter cet endroit pour aller vers le Camp des Galiléens
et..." "Allons-nous
aussi passer cette nuit là-bas ? Et auparavant, allons-nous au Gethsémani ?
Judas voulait le savoir. Il dit qu'il est las de rester sous la rosée et avec
un repos si court et si inconfortable." "Ce sera bientôt
fini. Mais je ne vais pas dire à Judas mes intentions..." "Tu n'y es pas
tenu. C'est Toi qui dois nous guider, et non nous qui devons te guider."
Jean est si éloigné de trahir qu'il ne comprend même pas la raison de
prudence pour laquelle, depuis quelques jours, Jésus ne dit jamais ce qu'il
compte faire. Les voilà au milieu
des dormeurs. Ils les appellent. Ils s'éveillent. De son côté Manaën, une fois sa tâche accomplie,
s'excuse auprès du Maître de ne pouvoir rester, et de ne pas pouvoir être le
lendemain près de Lui au Temple car il doit rester au palais. Et en le disant
il regarde fixement Pierre et Simon, qui entre-temps sont revenus, et Pierre
fait un signe rapide de la tête comme pour dire : "Compris." Ils sortent du
jardin. Il fait encore chaud. Il y a encore du soleil, mais déjà la brise du
soir tempère la chaleur et pousse quelques petits nuages dans le ciel pur. Ils montent par Siloan, en évitant les lieux des lépreux auxquels Simon
le Zélote va apporter les restes de leur repas, au petit nombre de ceux qui
restent et qui n'ont pas su croire en Jésus. 122> Matthias, l'ex berger,
s'approche de Jésus et demande : "Mon Seigneur et Maître, j'ai beaucoup
réfléchi avec mes compagnons à tes paroles jusqu'au moment où la fatigue nous
a pris et nous nous sommes endormis avant d'avoir pu résoudre les questions
que nous nous étions posées. Et maintenant, nous sommes plus sots qu'avant.
Si nous avons bien compris les discours de ces jours, tu as prédit que
beaucoup de choses changeront, bien que la Loi reste inchangée et que l'on
devra édifier un nouveau Temple, avec de nouveaux prophètes, sages et
scribes, contre lequel on livrera bataille, et qui ne mourra pas, alors que
celui-ci, toujours si j'ai bien compris, paraît destiné à périr." "Il est destiné
à périr. Rappelle-toi la prophétie de Daniel..." "Mais nous,
pauvres et peu nombreux, comment pourrons-nous l'édifier de nouveau alors que
les rois ont eu du mal à édifier celui-ci ? Où l'édifierons-nous ? Pas ici,
puisque tu dis que ce lieu restera désert jusqu'à ce qu'eux ne te béniront
comme envoyé par Dieu." "C'est
ainsi." "Dans ton
Royaume, non. Nous sommes convaincus que ton Royaume est spirituel. Et alors
comment, où l'établirons-nous ? Tu as dit hier que le vrai Temple — celui-ci
n'est donc pas le vrai Temple ? — que le vrai Temple, quand ils croiront
l'avoir détruit, ce sera alors qu'il montera triomphant vers la vraie
Jérusalem. Où est celle-ci ? Il y a en nous beaucoup de confusion."
En ce qui concerne le
Royaume de Dieu, il est en vous et partout où il y a des hommes qui croient
en Moi. Eparpillé pour le moment, se répandant sur la Terre au cours des
siècles. Puis éternel, uni, parfait dans le ciel. C'est là, dans le Royaume
de Dieu, que sera édifié le nouveau Temple, c'est-à-dire là où sont les esprits
qui acceptent ma doctrine, la doctrine du Royaume de Dieu, et en pratiquent
les préceptes. Comment sera-t-il édifié si vous êtes pauvres et peu nombreux
? Oh ! en vérité, il n'est pas besoin d'argent ni de puissances pour
construire l'édifice de la nouvelle demeure de Dieu, individuelle ou
collective. Le Royaume de Dieu est en vous, et l'union de tous ceux qui
auront en eux le Royaume de Dieu, de tous ceux qui auront Dieu en eux, Dieu :
la Grâce ; Dieu : la Vie ; Dieu : la Lumière; Dieu : la Charité , constituera
le grand Royaume de Dieu sur la Terre , la nouvelle Jérusalem qui arrivera à
s'étendre jusqu'aux confins du monde et qui, complète et parfaite, sans
imperfections, sans ombres, vivra éternellement au Ciel. 123> Comment ferez-vous pour édifier Temple et cité ? Oh ! ce n'est
pas vous, mais Dieu qui édifiera ces nouveaux lieux. Vous devrez seulement
Lui donner votre bonne volonté. C'est bonne volonté que de rester en Moi. Vivre
ma doctrine, c'est bonne volonté. Rester unis, c'est la bonne volonté. Unis
à Moi jusqu'à faire un seul corps nourri dans toutes ses parties, même les
plus petites, par une humeur unique. Un unique édifice reposant sur une base
unique et tenu uni par une mystique cohésion. Mais puisque sans l'aide du
Père, que je vous ai enseigné à prier et que je prierai pour vous avant de
mourir, vous ne pourriez être dans la Charité , dans la Vérité , dans la Vie
, c'est-à-dire encore en Moi et avec Moi en Dieu Père et en Dieu Amour, car
Nous sommes une unique Divinité, pour ce motif je vous dis d'avoir Dieu en
vous pour pouvoir être : le Temple qui ne connaîtra pas de fin. De
vous-mêmes, vous ne pourriez faire. Si ce n'est pas Dieu qui édifie, et II ne
peut édifier où II ne peut prendre sa demeure, c'est inutilement que les
hommes s'agitent pour édifier ou réédifier. Le Temple nouveau, mon Église,
s'élèvera seulement quand votre cœur sera la demeure de Dieu et c'est Lui,
avec vous, pierres vivantes, qui édifiera son Église." "Mais n'as-tu
pas dit que Simon de Jonas en est le Chef, la Pierre , sur laquelle on
édifiera ton Église ? Et n'as-tu pas fait comprendre aussi que tu en es la
pierre angulaire ? Qui donc en est le chef ? Elle existe ou non cette Église
?" interrompt l'Iscariote.
L'esprit a besoin
d'organes et de membres pour faire et pour faire faire les opérations que la
pensée pense. Ainsi dans le corps spirituel qu'est mon Église, je serai
l'Intellect, c'est-à-dire la tête, siège de l'intellect, Pierre et ses
collaborateurs seront ceux qui observent les réactions et perçoivent les
sensations et les transmettent à l'esprit pour qu'il éclaire et ordonne ce
qu'il faut pour le bien de tout le corps et pour que, ensuite, éclairés et
dirigés par mon ordre, ils parlent et guident les autres parties du corps. La
main qui repousse l'objet qui peut blesser le corps, ou qui éloigne ce qui
étant corrompu peut corrompre, le pied qui saute l'obstacle sans vous heurter
et vous faire tomber et vous blesser, ont eu l'ordre de le faire de la partie
qui dirige. L'enfant, et même l'homme qui est sauvé d'un danger ou qui fait
un gain quelconque : instruction, bonnes affaires, mariage, bonne alliance à
cause d'un conseil reçu, d'une parole qu'on lui dit, c'est par ce conseil et
cette parole qu'il évite de se nuire ou qu'il se fait du bien. Il en sera
ainsi dans l'Église. Le chef, et les chefs, guidés par la Divine Pensée et
éclairés par la Divine Lumière et instruits par l'Éternelle Parole, donneront
les ordres et les conseils, et les membres agiront pour avoir la santé
spirituelle et le gain spirituel. Mon Église existe
déjà, parce que déjà elle possède sa Tête surnaturelle et elle a sa Tête
divine et elle a ses membres : les disciples. Petite encore : un germe qui se
forme, parfaite uniquement dans la Tête qui la dirige, imparfaite dans le
reste qui a besoin que Dieu le touche pour être parfaite, et du temps pour
grandir. Mais en vérité, je vous dis qu'elle existe déjà et qu'elle est
sainte grâce à Celui qui en est le Chef et à la bonne volonté des justes qui
la composent. Sainte et invincible. 125> Contre elle se
jettera des milliers de fois l'enfer, et il la combattra sous mille formes,
l'enfer composé des démons et des hommes-démons, mais il ne prévaudra pas.
L'édifice sera inébranlable. Mais l'édifice n'est
pas fait d'une seule pierre. Observez le Temple, là-bas, vaste, beau, dans le
soleil couchant. Est-il par hasard fait d'une seule pierre ? C'est un
ensemble de pierres qui forment une unité harmonieuse, un tout. On dit : le
Temple. C'est-à-dire une unité. Mais cette unité est faite des pierres
nombreuses qui l'ont composée et formée. Il aurait été inutile de faire les
fondations si elles n'avaient pas dû ensuite soutenir les murs et le toit, si
sur elles n'avaient pas dû s'élever les murs. Et il aurait été impossible
d'élever les murs et de soutenir le toit si on n'avait pas commencé par faire
des fondations solides proportionnées à une si grande masse. C'est ainsi, avec
cette interdépendance des parties, que s'élèvera aussi le nouveau Temple. Au
cours des siècles vous l'édifierez en l'appuyant sur les fondements que je
lui ai donnés, parfaits, en sa masse. Vous l'édifierez sous la direction de
Dieu, avec la bonté des choses employées pour l'élever : des esprits que Dieu
habite. Dieu dans votre cœur, afin d'en faire une pierre polie et sans fêlure
pour le Temple nouveau. Son Royaume sera établi avec ses lois dans votre
esprit. Autrement vous seriez des briques mal cuites, du bois vermoulu, des
pierres éclatées et gélives qui ne tiennent pas et que le constructeur, s'il
est prudent, rejette, ou qui ne résistent pas, qui cèdent, en faisant
écrouler une partie si le constructeur, les constructeurs préposés par le
Père à la construction du Temple, sont des constructeurs qui s'idolâtrent,
qui se pavanent en leur cœur sans veiller et se fatiguer sur la construction
qui s'élève et sur les matériaux employés pour la faire. Constructeurs
idolâtres, directeurs idolâtres, gardiens idolâtres, voleurs ! Voleurs de la
confiance de Dieu, de l'estime des hommes, voleurs et orgueilleux qui se
contentent d'avoir la possibilité de gain, et d'avoir un tas de matériaux, et
qui ne font pas attention s'ils sont bons ou mauvais, cause de ruine.
Mais s'il n'en était
pas ainsi, l'édifice s'écroulerait et c'est en vain que vous vous seriez
fatigués à l'élever. Il s'écroulerait et il ne resterait de lui que la pierre
angulaire, les fondations... C'est ce qu'il adviendra de celui-ci !... En
vérité je vous dis que de lui il en sera ainsi. Et il en sera ainsi du vôtre
si vous y mettez ce qu'il y a en celui-ci : les parties malades d'orgueil,
d'avidité, de péché, de luxure. Comme s'est défait par le souffle du vent ce
pavillon de nuages si gracieusement beau qui semblait reposer sur le sommet
de cette montagne, de même, au souffle d'un vent de châtiment surnaturel et
humain, s'écrouleront les édifices qui n'ont de saint que le nom..." Jésus se tait,
pensif. Quand il parle à nouveau c'est pour commander : "Asseyons-nous
ici pour nous reposer un peu." Ils s'asseyent sur
une pente du mont des Oliviers en face du Temple baisé par le soleil
couchant. Jésus regarde fixement cet endroit, avec tristesse. 127> Les autres avec
orgueil à cause de sa beauté, mais sur l'orgueil est étendu un voile
d'inquiétude, laissé par les paroles du Maître. Et si cette beauté devait
réellement périr ?...
"Il n'est pas
besoin de se mettre à l'écart. Tu vois ? Sont restés les disciples les plus
fidèles qui vous aideront grandement, vous les douze. Eux peuvent entendre
les paroles que je vous dis. Venez tous près de Moi !" crie-t-il à la
fin pour rassembler tout le monde. Les disciples,
disséminés sur la pente, s'approchent, forment un groupe compact, serré
autour du groupe principal de Jésus avec ses apôtres, et ils écoutent. "Prenez garde
que personne ne vous séduise à l'avenir. Je suis le Christ et il n'y aura pas
d'autres Christs. Donc quand plusieurs viendront vous dire : "Je suis le
Christ" et ils en séduiront un grand nombre, vous ne croyez pas à ces
paroles, même si elles sont accompagnées de prodiges. Satan, père du mensonge et protecteur des
menteurs, aide ses serviteurs et ceux qui le suivent par de faux prodiges
qu'on peut pourtant reconnaître comme n'étant pas bons car ils sont toujours
unis à la peur, au trouble et au mensonge. Vous entendrez aussi,
et vous verrez aussi, parler de guerres et de bruits de guerre, et ils vous
diront : "Ce sont les signes de la fin". Ne vous troublez pas : ce
ne sera pas la fin. Il faut que tout cela arrive avant la fin, mais ce ne
sera pas encore la fin. 128> Il y aura des soulèvements d'un
peuple contre un peuple, d'un royaume contre un royaume, d'une nation contre
une nation, d'un continent contre un continent, et il s'ensuivra des pestes,
des disettes, des tremblements de terre en plusieurs endroits. Mais ce ne
sera que le commencement des douleurs. Alors ils vous jetteront dans la
tribulation et ils vous tueront en vous accusant d'être responsables de leurs
souffrances, et en espérant en sortir, en persécutant et en détruisant mes
serviteurs. Les hommes accusent toujours les innocents d'être la cause du
mal que les pécheurs se créent eux-mêmes. Ils accusent Dieu Lui-même,
Innocence Parfaite et Bonté Suprême, d'être la cause de leurs souffrances et
agiront ainsi avec vous, et vous serez haïs à cause de mon Nom. C'est
Satan qui les pousse. Et beaucoup se scandaliseront et se trahiront et se
haïront mutuellement. C'est encore Satan qui les pousse. Et il s'élèvera de
faux prophètes qui induiront un grand nombre de gens en erreur. Ce sera
encore Satan l'auteur véritable de tant de mal. Et à cause de la
multiplication de l'iniquité, la charité se refroidira en plusieurs. Mais qui
aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé. Et auparavant il faut que cet
Évangile du Royaume de Dieu soit prêché dans le monde entier, comme
témoignage pour toutes les nations. Alors viendra la fin. Retour au Christ
d'Israël qui l'accueille et prédication de ma Doctrine dans le monde entier.
128> Et alors aussi, pour corrompre et tirer hors de la voie juste
ceux qui resteront fidèles au Seigneur, s'élèveront des gens qui diront :
"Le Christ est ici, le Christ est là. Il est en cet endroit. Le
voici". Ne croyez pas. Que personne ne les croie, car il s'élèvera de
faux Christs et de faux prophètes qui feront des prodiges et des choses
extraordinaires capables d'induire en erreur, s'il était possible, les élus
eux-mêmes. Ils diront des doctrines en apparence si convenables et si bonnes
qu'elles séduiraient même les meilleurs, s'ils n'avaient pas avec eux
l'Esprit de Dieu qui les éclairera sur la vérité et l'origine satanique de
ces prodiges et de ces doctrines. Je vous le dis. Je vous le prédit pour que
vous puissiez vous diriger. Mais ne craignez pas de tomber. Si vous restez
dans le Seigneur, vous ne serez pas attirés par la tentation et la ruine.
Rappelez-vous ce que je vous ai dit : "Je vous ai donné le pouvoir de
marcher sur les serpents et les scorpions, et de toute la puissance de
l'Ennemi rien ne vous nuira car tout vous sera soumis" [9]. Je vous rappelle
aussi cependant que pour l'obtenir vous devez avoir Dieu en vous, et vous
devez vous réjouir, non parce que vous maîtrisez les puissances du mal et les
choses empoisonnées, mais parce que votre nom est écrit dans le Ciel.
Quant au jour et à
l'heure précise, personne ne les connaît, pas même les anges du Seigneur,
mais le Père seul les connaît. Comme au temps de Noé, ainsi il en sera à la
venue du Fils de l'homme. Dans les jours qui précédèrent le déluge les hommes
mangeaient, buvaient, se mariaient, se logeaient, sans réfléchir au signe
jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche et où s'ouvrirent les cataractes du
ciel et où le déluge submergea tous les vivants et toutes les choses. De même
aussi il en sera pour la venue du Fils de l'homme. Alors deux hommes seront
l'un près de l'autre dans un champ et l'un sera pris et l'autre laissé, et
deux femmes seront appliquées à faire aller la meule et l'une sera prise et
l'autre laissée, par les ennemis de la Patrie et plus encore par les anges
qui sépareront la bonne semence de l'ivraie, et ils n'auront pas le temps de
se préparer au jugement du Christ. Veillez donc car vous
ne savez pas à quelle heure viendra votre Seigneur. Pensez de nouveau à ceci
: si le chef de famille savait à quelle heure vient le voleur, il veillerait
et ne laisserait pas dépouiller sa maison. Veillez donc et priez, en étant
toujours préparés à sa venue, sans que vos cœurs tombent dans la torpeur par
des abus et des excès de toutes espèces et que vos esprits ne soient pas
éloignés et fermés aux choses du Ciel par le soin excessif aux choses de la
Terre , et que le lacet de la mort ne vous prenne pas à l'improviste quand
vous ne serez pas préparés. 130> Car, rappelez-vous, tous vous devez
mourir. Tous les hommes, dès leur naissance, sont destinés à la mort, et
c'est une venue particulière du Christ cette mort et le jugement subséquent,
qui devra se répéter pour tous les hommes à la venue solennelle du Fils de
l'homme.
Il en est ainsi du pécheur
impénitent qui ne se demande pas comment la mort peut être proche, et voisin
son jugement, et jouit et abuse en disant : "Plus tard, je me
repentirai". En vérité je vous dis qu'il n'aura pas le temps de le faire
et qu'il sera condamné à rester éternellement dans le lieu de la redoutable
horreur où il n'y a que blasphèmes, pleurs et tortures, et qu'il en sortira
seulement pour le Jugement final, quand il revêtira sa chair ressuscitée pour
se présenter entier au Jugement final comme il a péché avec tout son être au
temps de sa vie terrestre, et avec son corps et son âme il se présentera au
Juge Jésus dont il n'a pas voulu comme Sauveur.
Et II séparera les
hommes entre eux en mettant d'un côté les bons et de l'autre les mauvais,
comme un berger sépare les brebis des boucs, 131> et II mettra ses
brebis à droite et les boucs à gauche. Et de sa douce voix et avec son aspect
bienveillant II dira à ceux qui, paisibles et beaux d'une beauté glorieuse
dans la splendeur d'un corps saint, le regarderont avec tout l'amour de leurs
cœurs : "Venez, ô bénis de mon Père, prenez possession du Royaume
préparé pour , vous depuis l'origine du monde. Car j'ai eu faim et vous
m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'ai été
pèlerin et vous m'avez logé, j'ai été nu et vous m'avez revêtu, malade et
vous êtes venus me rendre visite, prisonnier et vous êtes venus me
réconforter". Et les justes Lui demanderont : "Quand donc,
Seigneur, t'avons-nous vu affamé pour te donner à manger, assoiffé pour te
donner à boire ? Quand donc t'avons-nous vu pèlerin pour t'accueillir, nu
pour te revêtir ? Quand t'avons-nous vu malade et prisonnier, pour être venus
te rendre visite ?" Et le Roi des rois leur dira : "En vérité, je
vous le dis : quand vous avez fait une de ces choses à un des plus humbles
parmi mes frères, alors c'est à Moi que vous l'avez fait". Et puis II se
tournera vers ceux qui seront à sa gauche et II leur dira d'un air sévère, et
ses regards seront comme des flèches qui foudroieront les réprouvés, et dans
sa voix tonnera la colère de Dieu : "Hors d'ici ! Loin de Moi, ô maudits
! Dans le feu éternel préparé par la fureur de Dieu pour le démon et les
anges de ténèbres et pour ceux qui les ont écoutés avec leur voix de la passion
triple et obscène. J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, soif et
vous ne m'avez pas désaltéré, j'ai été nu et vous ne m'avez pas revêtu,
pèlerin et vous m'avez repoussé, malade et prisonnier et vous ne m'avez pas
rendu visite, car vous n'aviez qu'une loi : le plaisir de votre moi". Et
eux Lui diront : "Quand t'avons-nous vu affamé, assoiffé, nu, pèlerin,
malade, prisonnier ? En vérité, nous ne t'avons pas connu. Nous n'y étions
pas quand tu étais sur la Terre ". Et Lui leur répondra : "C'est vrai,
vous ne m'avez pas connu, car vous n'y étiez pas quand j'étais sur la Terre.
Mais vous avez pourtant connu ma parole et vous avez eu parmi vous des
pauvres, des gens affamés, assoiffés, nus, malades, prisonniers. Pourquoi ne
leur avez-vous pas fait ce que peut-être vous m'auriez fait à Moi ?
Car il n'est pas dit que ceux qui m'ont eu parmi eux ont été miséricordieux
envers le Fils de l'homme. Ne saviez-vous pas que je suis dans mes frères et
que suis là où souffre l'un d'eux, et ce que vous n'avez pas fait à l'un de
mes plus humbles frères, c'est à Moi que vous l'avez refusé, à Moi,
premier-né des hommes ? Allez et brûlez dans votre égoïsme. 132> Allez, et que les
ténèbres et le gel vous enveloppent puisque vous avez été ténèbres et gel,
tout en sachant où était la Lumière et le Feu de l'Amour". Et ceux-là
iront à l'éternel supplice alors que les justes entreront dans la vie
éternelle. Tel est l'avenir...
Maintenant allez. Et ne vous séparez pas entre vous. Je m'en vais avec Jean
et je serai près de vous au milieu de la première veille, pour le repos et
pour aller ensuite à nos instructions." "Ce soir aussi ?
Ferons-nous cela tous les soirs ? Je suis tout endolori par la rosée. Ne
vaudrait-il pas mieux désormais entrer dans quelque maison hospitalière ?
Toujours sous les tentes ! Toujours à veiller et pendant les nuits, qui sont
fraîches et humides..." dit Judas, en se lamentant. "C'est la
dernière nuit. Demain... ce sera différent." "Ah ! je croyais
que tu voulais aller au Gethsémani toutes les nuits. Mais si c'est la
dernière..." "Je n'ai pas dit
cela, Judas. J'ai dit que ce sera la dernière nuit à passer au Camp des
Galiléens tous unis. Demain, nous préparerons la Pâque et nous consommerons
l'agneau et puis j'irai seul prier dans le Gethsémani. Et vous pourrez faire
ce que vous voulez." "Mais nous
viendrons avec Toi, Seigneur ! Quand donc avons-nous voulu te quitter ?"
dit Pierre. "Tais-toi, toi
qui es en faute. Toi et le Zélote, vous ne faites que voleter ça et là dès
que le Maître ne vous voit pas. Je vous ai à l'œil. Au Temple... pendant la
journée... sous les tentes, là bas..." dit l'Iscariote, heureux de
dénoncer. "Suffit ! S'ils
le font, ils font bien. Mais pourtant ne me laissez pas seul... Je vous en
prie..." "Seigneur, nous
ne faisons rien de mal, crois-le. Nos actions sont connues de Dieu et son œil
ne se détourne pas d'elles avec dégoût" dit le Zélote. "Je le sais,
mais c'est inutile. Et ce qui est inutile peut toujours être dommageable.
Restez le plus possible unis." Puis il s'adresse à Matthieu : "Toi, mon bon
chroniqueur, tu leur répéteras la parabole des dix vierges sages et des dix
vierges folles, et celle du maître qui donne des talents à ses trois
serviteurs pour qu'ils les fassent fructifier, et des deux qui gagnent le
double et du paresseux qui enterre le sien. Te souviens-tu ?" "Oui, mon
Seigneur, exactement." "Alors
répète-les à ceux-ci. Tous ne les connaissent pas et même ceux qui les
connaissent auront plaisir à les entendre à nouveau. 133> Passez ainsi le temps en sages conversations jusqu'à mon
retour. Veillez ! Veillez ! Tenez votre esprit éveillé. Ces paraboles sont
appropriées à ce que je dis. Adieu. La paix soit avec vous." |
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Il prend Jean par la
main et se dirige avec lui vers la ville... Les autres se dirigent vers le
Camp galiléen. |
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[6] Zacharie (Zekarya) est une prêtre du temps du roi de Juda Joas (795
av. JC). En cette période d’idolâtrie Zacharie, fils "de Yoyada (Yehoyada" proclame
la conversion. Il est tué. C'est Zacharie le prophète, auteur du livre, qui est
fils de Barachie (Bérékya). On s'interroge sur cette
confusion de personne. Jésus ici en tout cas, prend position pour l'homonymie
avec le prohète.
[7] Sexte = 6 heures = midi