97> Jésus entre
au Temple encore plus bondé que les jours précédents. Il est tout en blanc
aujourd'hui, dans son vêtement de lin. C'est une journée étouffante.
Il va adorer dans l'Atrium des Israélites, suivi d'un cortège de gens, alors
que d'autres ont déjà pris les meilleures places sous les portiques, et la
plupart sont des gentils, qui ne pouvant aller au-delà de la première cour,
au-delà du Portique des Païens, ont profité du fait que les hébreux ont suivi
le Christ pour prendre des places de faveur.
Mais un groupe bien nombreux de pharisiens les dérange. Ils ont toujours
leurs façons arrogantes et se fraient un chemin, de force, pour s'approcher
de Jésus penché sur un malade. Ils attendent qu'il l'ait guéri, puis ils
envoient près de Lui un scribe pour l'interroger.
Vraiment il y avait entre eux une brève discussion parce que Joël, dit
Alamot, voulait aller
interroger le Maître. Mais un pharisien s'y oppose, et d'autres le
soutiennent en disant : "Non. Il est connu que tu es du parti du Rabbi,
bien que tu agisses secrètement. Laisse aller Urie..."
"Urie, non" dit un autre jeune scribe que
je ne connais pas du tout. "Urie a trop
d'âpreté quand il parle. Il exciterait la foule. J'y vais, moi."
Et sans écouter davantage les protestations des autres, il va près du Maître
juste au moment où Jésus congédie le malade en lui disant : "Aie foi. Tu
es guéri. La fièvre et la souffrance ne reviendront jamais plus."
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"Maître, quel est le plus grand des
commandements de la loi ?"
Jésus, qui l'avait derrière Lui, se retourne et le regarde. Un doux sourire
lumineux éclaire son visage et puis il lève la tête, car il a la tête penchée
à cause du scribe qui est de petite taille et qui de plus reste penché pour
Lui rendre honneur. Jésus tourne son regard sur la foule, il fixe le groupe
des pharisiens et docteurs et il aperçoit le visage pâle de Joël à demi caché
derrière un pharisien gros et richement vêtu. Son sourire s'accentue. C'est
comme une lumière qui va caresser le scribe honnête. Puis il rabaisse la tête
pour regarder son interlocuteur et lui répond : "Le premier de tous les
commandements est : "Écoute, ô Israël : le Seigneur notre Dieu est
l'unique Seigneur.
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98> Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces". C'est
le premier et suprême commandement. Le second ensuite est semblable à
celui-ci : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Il n'y a pas
de commandements plus grands que ceux-ci. Ils renferment toute la Loi et les
prophètes."
"Maître, tu as répondu avec sagesse et avec vérité. Il en est ainsi.
Dieu est unique et il n'y en a pas d'autre en dehors de Lui. L'aimer de tout
son propre cœur, de toute sa propre intelligence, de toute son âme et de
toutes ses forces, et aimer le prochain comme soi-même a
beaucoup plus de valeur que tous les holocaustes et tous les sacrifices. J'en
suis tout à fait persuadé quand je médite les paroles de David : "À Toi
ne plaisent pas les holocaustes; le sacrifice à Dieu, c'est l'esprit contrit" .
"Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu car tu as compris quel est
l'holocauste qui est agréable à Dieu."
"Mais quel est l'holocauste le plus parfait ?" demande vite et à
voix basse le scribe, comme s'il disait un secret.
Jésus rayonne d'amour en laissant tomber cette perle dans le cœur de celui
qui s'ouvre à sa doctrine, à la doctrine du Royaume de Dieu, et il lui dit,
en se penchant sur lui : "L'holocauste parfait c'est d'aimer comme
nous-mêmes ceux qui nous persécutent et ne pas avoir de rancœur. Celui qui
fait cela, possédera la paix. Il est dit : les doux posséderont la Terre et
ils jouiront de l'abondance de la paix. En vérité je te dis que celui qui
sait aimer ses ennemis atteint la perfection et possède Dieu."
Le scribe le salue respectueusement et s'en retourne vers son groupe qui lui
reproche à voix basse d'avoir loué le Maître, et ils lui disent avec colère :
"Que Lui as-tu demandé secrètement ? Es-tu aussi par hasard séduit par
Lui ?"
"J'ai entendu l'Esprit de Dieu parler sur ses lèvres."
"Tu es un sot. Crois-tu peut-être qu'il est le Christ ?"
"Je le crois."
"En vérité, d'ici peu nous verrons vides les écoles de nos scribes et
eux s'en aller errants derrière cet homme. Mais d'où vois-tu en Lui le Christ
?"
"D'où, je ne sais pas. Je sais que je sens que c'est Lui."
"Fou !" Ils lui tournent le dos, fâchés.
Jésus a observé le dialogue et quand les pharisiens passent devant Lui en
groupe serré pour s'en aller fâchés, il les appelle pour leur dire : "Écoutez-moi. Je veux vous demander
quelque chose. D'après vous, que vous semble-t-il du Christ ? De qui est-il
le fils ?"
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99> "Ce sera le fils de
David" répondent-ils, en marquant le "sera", car ils veulent
Lui faire comprendre que Lui pour eux n'est pas le Christ.
"Et comment donc David, inspiré par Dieu, l'appelle-t-il : Seigneur, en
disant : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite
jusqu'à ce que j'ai fait de tes ennemis l'escabeau de tes pieds" ? Si
donc David appelle le Christ : Seigneur, comment le Christ peut-il être son
fils ?"
Ne sachant que répondre ils s'éloignent en remâchant leur poison.
Jésus se déplace du lieu où il était, tout envahi par le soleil, pour aller
plus loin où se trouvent les bouches du Trésor, près de la salle du Gazophylacium. Ce
côté, encore à l'ombre, est occupé par des rabbis qui pérorent avec de grands
gestes adressés à leurs auditeurs hébreux dont le nombre augmente de plus en
plus comme, à mesure que les heures passent, ne cesse d'augmenter l'affluence
des gens vers le Temple.
Les rabbis s'efforcent de démolir par leurs discours les enseignements que le
Christ a donnés les jours précédents ou le matin même. Et toujours plus ils
élèvent la voix, plus ils voient augmenter la foule des fidèles. En effet le
lieu, bien que très vaste, fourmille de gens qui vont et viennent en tous
sens...
Jésus
me dit : "Insère ici la vision de l'obole de la veuve (19 Juin 44)
corrigée comme je te l'indiquerai." Ensuite, la vision continue.
lundi 19 Juin 1944.
C'est seulement aujourd'hui, et avec insistance, que je vois apparaître la
vision suivante.
Au début,
je ne vois que des cours et des portiques que je reconnais appartenir au
Temple et Jésus, qui semble un empereur tant il est solennel dans son
vêtement rouge vif et son manteau rouge aussi, mais plus foncé, appuyé à une
énorme colonne carrée qui soutient un arc du portique.
Il me
regarde fixement. Je me perds à le regarder jouissant de Lui que depuis deux
jours je ne voyais ni n'entendais. La vision se prolonge ainsi longtemps, et
tant qu'elle dure ainsi, je n'écris pas, car c'est ma joie. Mais maintenant
que je vois la scène s'animer, je comprends qu'il y a autre chose et j'écris.
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100> L'endroit se remplit de gens qui vont et qui viennent
dans tous les sens. Il y a des prêtres et des fidèles, des hommes, des femmes
et des enfants. Les uns passent, d'autres s'arrêtent, écoutent les docteurs,
d'autres qui mènent des agneaux ou portent des colombes se dirigent vers
d'autres endroits, peut-être pour les sacrifier. Jésus reste appuyé à sa
colonne, il regarde et ne parle pas. Par deux fois même il a été interrogé
par les apôtres et il a fait signe que non, mais il n'a pas parlé. Il observe
avec beaucoup d'attention et, d'après son expression, il semble juger ceux
qu'il regarde. Son regard et tout son visage me rappelle l'aspect que je Lui
ai vu dans la vision du Paradis, quand il jugeait les âmes dans le jugement
particulier. Maintenant, naturellement, c'est Jésus, Homme; là-haut, c'était
Jésus Glorieux, et donc encore plus imposant. Mais les changements
d'expression du visage, qui observe fixement, sont les mêmes. Il est sérieux,
scrutateur, mais si parfois il est d'une sévérité à faire trembler le plus
effronté, parfois aussi il est si doux, d'une tristesse souriante, que son
regard paraît une caresse.
Il semble ne rien entendre, mais il doit tout écouter. En effet, quand d'un
groupe éloigné de quelques mètres, rassemblé autour d'un docteur, s'élève une
voix nasillarde qui proclame : "Plus que tout autre commandement est
valable celui-ci : que tout ce qui est pour le Temple aille au Temple. Le
Temple est au-dessus du père et de la mère et si quelqu'un veut donner à la
Gloire du Seigneur tout ce qu'il a, il peut le faire et en sera béni car il
n'y a pas de sang ni d'affection supérieure au Temple" Jésus tourne
lentement la tête dans cette direction et regarde d'un air... dont je ne
voudrais pas qu'il s'adresse à moi.
Il paraît regarder l'ensemble. Mais quand un petit vieux tremblant s'apprête
à gravir les cinq marches d'une espèce de terrasse qui est près de Jésus, et
semble conduire à une autre cour plus intérieure, et pointe son bâton et
tombe presque en s'empêtrant dans son vêtement, Jésus allonge son long bras,
le saisit et le soutient et ne le laisse que quand il le voit en sûreté. Le
petit vieux lève son visage ridé, regarde son grand sauveur et murmure une
parole de bénédiction, et Jésus lui sourit et caresse sa tête à moitié
chauve. Puis il revient contre sa colonne et s'en détache encore une fois
pour relever un enfant qui glisse de la main de sa mère et tombe à plat
ventre, et tombe justement à ses pieds, en pleurant, contre la première
marche. Il le relève, le caresse, le console. La
mère, confuse, remercie. Jésus lui sourit aussi et lui rend le petit. Mais il
ne sourit pas quand passe un pharisien bouffi d'orgueil, ni non plus quand
passent en groupe des scribes et d'autres dont je ne sais pas qui ils sont.
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101> Ce groupe salue avec de
grands gestes et des courbettes. Jésus les regarde si fixement qu'il semble
les transpercer, et salue mais sans chaleur. Il est sévère. Un prêtre aussi
passe et ce doit être un gros bonnet parce que la foule s'écarte et le salue,
et lui passe fier comme un paon. Jésus lui donne un long regard, un regard
tel que celui-ci, qui pourtant est plein d'orgueil, baisse la tête. Il ne
salue pas, mais il ne résiste pas au regard de Jésus.
Jésus cesse de le regarder pour observer une
pauvre petite femme, vêtue de marron foncé, qui monte honteuse les marches et
va vers un mur où se trouvent des têtes de lions ou autres animaux du même
genre, la bouche ouverte. Beaucoup s'y rendent, mais Jésus paraissait ne pas
s'en occuper. Maintenant, au contraire, il suit la démarche de la petite
femme. Son œil la regarde avec pitié et devient d'une grande douceur quand il
la voit allonger une main et jeter dans la bouche de pierre de l'un de ces
lions quelque chose. Et quand la pauvrette, en se retirant, passe près de
Lui, il lui dit le premier : "Paix à toi, femme."
Celle-ci, stupéfaite, lève la tête interdite.
"Paix à toi" répète Jésus. "Va, car le Très-Haut te
bénit."
Cette pauvre femme reste bouche bée, puis murmure un salut et s'en va.
"Elle est heureuse dans son malheur" dit Jésus en sortant de son
silence. "Maintenant elle est heureuse car la bénédiction de Dieu
l'accompagne. Écoutez, amis, et vous qui êtes autour de Moi. Voyez-vous cette
femme ? Elle n'a donné que deux piécettes, moins qu'il n'en faut pour payer
le repas d'un passereau en cage, et pourtant elle a donné davantage que tous
ceux qui, depuis l'ouverture du Temple à l'aurore, ont versé leur obole au
Trésor du Temple.
Écoutez. J'ai vu des riches en grand nombre mettre dans ces boches des sommes
capables de la rassasier pendant une année et de revêtir sa pauvreté qui
n'est décente que parce qu'elle est propre. J'ai vu des riches qui, avec une
satisfaction visible, mettaient des sommes avec lesquelles on aurait pu
rassasier les pauvres de la Cité Sainte pendant un jour ou plus, et leur
faire bénir le Seigneur. Mais, en vérité, je vous dis que personne n'a donné
plus qu'elle. Son obole est charité, l'autre ne l'est pas. Elle est
générosité, l'autre ne l'est pas. Elle est sacrifice, l'autre ne l'est pas.
Aujourd'hui cette femme ne mangera pas car elle n'a plus rien. Il lui faudra
d'abord travailler pour un salaire pour qu'elle puisse donner du pain à sa
faim.
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102> Elle n'a pas de richesses en
réserve; elle n'a pas de parents qui gagnent pour elle. Elle est seule. Dieu
lui a enlevé parents, mari et enfants, lui a enlevé le peu de bien qu'ils lui
avaient laissé, et plus que Dieu le lui ont enlevé les hommes; ces hommes qui
maintenant, avec de grands gestes, vous les voyez ?, continuent de jeter à l'intérieur
leur superflu dont une grande partie est extorquée par l'usure aux pauvres
mains de ceux qui sont faibles et qui ont faim. Eux disent qu'il n'y a pas de
sang ni d'affection supérieurs au Temple et de cette façon enseignent à ne
pas aimer le prochain. Moi, je vous dis qu'au-dessus du Temple, il y a
l'amour. La Loi de Dieu est amour et Il n'aime pas qui n'a pas pitié de son prochain. L'argent superflu,
l'argent souillé par l'usure, par la rancœur, par la dureté, par l'hypocrisie,
ne chante pas la louange de Dieu et n'attire pas sur le donateur la
bénédiction céleste. Dieu le rejette. Il engraisse cette caisse,
mais ce n'est pas de l'or pour l'encens : c'est de la boue qui vous submerge,
ô ministres, qui ne servez pas Dieu mais votre intérêt; mais c'est un lacet
qui vous étrangle, ô docteurs, qui enseignez une doctrine de notre invention;
mais c'est un poison qui vous corrode ce reste d'âme que vous avez encore, ô
pharisiens. Dieu ne veut pas ce qui reste. Ne soyez pas des Caïns. Dieu ne veut pas ce qui est le fruit de la dureté.
Dieu ne veut pas ce qui élevant une voix plaintive dit : "Je devais
rassasier un affamé, mais on m'a refusé pour étaler leurs fastes là-dedans.
Je devais aider un vieux père, une mère chancelante, et on m'a refusé parce
que cette aide n'aurait pas été connue du monde, et je dois résonner ma
sonnerie pour que le monde voie le donateur".
Non, rabbi qui enseignes
que ce qui est reste doit être donné à Dieu et qu'il est permis de refuser au
père et à la mère pour donner à Dieu. Le premier commandement c'est :
"Aime Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton
intelligence, de toute ta force" . Ce
n'est donc pas le superflu, mais ce qui est notre sang qu'il faut Lui donner,
en aimant souffrir pour Lui. Souffrir, non pas faire souffrir. Et s'il
en coûte beaucoup de donner parce qu'il est désagréable de se dépouiller des
richesses, et que le trésor est le cœur de l'homme, vicieux par nature, c'est
justement parce qu'il en coûte qu'il faut donner. Par justice : car tout
ce que l'on a, on l'a par la bonté de Dieu. Par amour : car c'est une preuve
d'amour d'aimer le sacrifice pour donner de la joie à ceux qu'on aime. Souffrir
pour offrir. Mais souffrir. Non pas faire souffrir, je le répète. Car le
second commandement dit : "Aime ton prochain comme toi-même" . Et
la loi précise qu'après Dieu, les parents sont le prochain à qui l'on a
l'obligation de donner honneur et aide.
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103> Je vous dis donc en vérité
que cette pauvre femme a compris la loi mieux que les sages, et qu'elle est
justifiée plus que tout autre et bénie, puisque dans sa pauvreté elle a tout
donné à Dieu alors que vous, vous donnez le superflu et le donnez pour
grandir dans l'estime des hommes. Je sais que vous me haïssez parce que je
parle ainsi. Mais tant que cette bouche pourra parler, elle parlera de cette
façon. Vous joignez votre haine pour Moi au mépris pour la pauvresse que je
loue. Mais ne croyez pas faire de ces deux pierres un double piédestal pour
votre orgueil. Ce sera la meule qui vous broiera.
Allons. Laissons les vipères se mordre pour augmenter leur venin. Que celui
qui est pur, bon, humble, contrit et qui veut connaître le vrai visage de
Dieu, me suive."
Jésus dit :
"Et toi, à qui rien ne reste puisque tu m'as tout donné, donne-moi ces deux
dernières piécettes. Devant tant que tu m'as donné, elles sembleront,
pour les étrangers, un rien. Mais pour toi qui n'as plus qu'elles, elles sont
tout. Mets-les dans la main de ton Seigneur. Et ne pleure pas. Ou du moins :
ne pleure pas seule. Pleure avec Moi qui suis le seul qui puisse te
comprendre et qui te comprends sans la brume d'humanité qui est toujours un
voile intéressé pour la vérité."
Les
apôtres, les disciples et la foule le suivent en groupes compacts quand il
revient à l'endroit de la première enceinte qui est presque à l'abri du mur
d'enceinte du Temple, là où il y a un peu de fraîcheur car la journée est
absolument étouffante. Comme le terrain est bouleversé par les sabots des
animaux, semé de pierres que les marchands et les changeurs emploient pour
fixer leurs enclos et leurs tentes, les rabbis d'Israël n'y viennent pas. Ils
permettaient de faire un marché dans le Temple, mais ils éprouvaient du
dégoût à porter les semelles de leurs sandales là où sont mal dissimulés les
restes des quadrupèdes expulsés de là il y a peu de jours...
Jésus n'en a pas de dégoût et il se réfugie là, dans un cercle nombreux
d'auditeurs. Pourtant, avant de parler, il appelle près de Lui ses apôtres
auxquels il dit : "Venez et écoutez bien, Hier vous vouliez savoir
beaucoup des choses que je vais vous dire maintenant, et auxquelles hier je
faisais de vagues allusions quand nous reposions dans le jardin de Joseph.
Soyez donc bien attentifs, car ce sont de grandes leçons pour tous et surtout
pour vous, mes ministres et mes continuateurs.
Écoutez. Sur le siège de Moïse s'assirent au
temps qu'il fallait les scribes et les pharisiens. Tristes heures celles-là
pour la Patrie.
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104> Une fois terminé l'exil de
Babylone, et une fois reconstruite la nation grâce à la magnanimité de Cyrus,
ceux qui dirigeaient le peuple se rendirent compte de la nécessité de
reconstruire aussi le culte et la connaissance de la Loi. Car malheur
au peuple qui ne les a pas pour sa défense, guide et soutien, contre les plus
puissants ennemis d'une nation que sont l'immoralité des citoyens, la révolte
contre les chefs, la désunion entre les différentes classes et partis, les
péchés contre Dieu et contre le prochain, l'irréligion, tous éléments de
désagrégation pour eux-mêmes et cause des punitions célestes qu'ils
provoquent !
S'élevèrent donc les scribes, ou docteurs de la Loi, pour pouvoir enseigner
le peuple qui, parlant la langue chaldéenne, héritage du dur exil, ne
comprenait plus les Écritures écrites en pur hébreu. S'élevèrent pour aider,
des prêtres, en nombre insuffisant pour s'acquitter du devoir d'enseigner les
foules. Un laïcat docte et consacré pour honorer le Seigneur en portant sa
connaissance chez les hommes et en amenant à Lui les hommes. Ce laïcat eut sa
raison d'être et il fit aussi du bien. Car, rappelez-le-vous tous même les
choses qui, à cause de la faiblesse humaine, dégénèrent ensuite, comme ce fut
le cas pour celle-là qui s'est corrompue au cours des siècles, ont toujours
quelque chose de bon et au début, du moins, une raison d'être, à cause de
quoi le Très-Haut leur permet de s'élever et de durer, jusqu'au moment où la
dégénérescence arrivant à son comble, le Très-Haut les disperse.
Vint ensuite l'autre secte des pharisiens, de
la transformation de celle des assidéens, qui surgit pour soutenir par la
morale la plus rigide et l'obéissance la plus intransigeante à la Loi de
Moïse et l'esprit d'indépendance de notre peuple, quand le parti helléniste
s'étant formé sous la pression et les séductions commencées au temps d'Antiochus Épiphane et devenues bientôt des persécutions
contre ceux qui ne cédaient pas aux pressions du roi rusé, qui plus que sur
ses armes comptait sur la désagrégation de la foi dans les cœurs pour régner
sur notre Patrie, tentait de nous rendre esclaves.
Rappelez-vous également ceci : craignez plutôt les alliances faciles et les
flatteries d'un étranger que ses légions. En effet, tant que vous serez
fidèles aux lois de Dieu et de la Patrie, vous vaincrez même si vous êtes
encerclés par des armées puissantes, mais quand vous serez corrompus par le
poison subtil donné comme un miel enivrant par l'étranger qui a formé des
desseins contre vous, Dieu vous abandonnera à cause de vos péchés, et vous
serez vaincus et assujettis, sans que votre faux allié livre une bataille
sanglante contre vous.
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105> Malheur à celui qui n'est pas
sur le qui-vive comme une sentinelle vigilante et ne repousse pas l'embûche
subtile d'un voisin astucieux et faux, ou d'un allié, ou d'un maître qui
commence sa domination chez les particuliers, en affaiblissant leurs cœurs et
en les corrompant par des usages et des coutumes qui ne sont pas nôtres, qui
ne sont pas saints, et qui par conséquent nous rendent désagréables au
Seigneur ! Malheur ! Rappelez-vous toutes les conséquences subies par la
Patrie parce que certains de ses fils ont adopté les usages et les coutumes
de l'étranger pour gagner ses bonnes grâces et jouir. C'est une bonne chose
que la charité envers tous, même envers les peuples qui ne partagent pas
notre foi, qui n'ont pas nos usages, qui nous ont nui au cours des siècles. Mais l'amour pour ces peuples, qui sont
toujours notre prochain, ne doit jamais nous faire renier la Loi de Dieu et
de la Patrie par le calcul de quelque profit soutiré ainsi aux voisins. Non.
Les étrangers méprisent ceux qui sont serviles jusqu'à répudier les choses
les plus saintes de la Patrie. Ce n'est pas en reniant son Père et sa Mère :
Dieu et la Patrie, que l'on obtient le respect et la liberté.
Il fut donc un bien qu'au bon moment se dressèrent aussi les pharisiens pour
faire une digue contre le débordement fangeux des usages et des coutumes
étrangers. Je le répète : toute chose qui surgit et qui dure a sa raison d'être. Et il faut la respecter pour ce
qu'elle a fait, sinon pour ce qu'elle fait. Que si elle est coupable,
désormais, il n'appartient pas aux hommes de l'insulter et encore moins de la
frapper. Il y a quelqu'un qui sait le faire : Dieu et Celui qu'il a envoyé et
qui a le droit et le devoir d'ouvrir la bouche et d'ouvrir vos yeux pour que
vous et eux connaissiez la pensée du Très-Haut et agissiez avec justice. Moi,
et aucun autre. Moi, parce que je parle par ordre divin. Moi, parce que je
puis parler n'ayant en Moi aucun des péchés qui vous scandalisent
quand vous les voyez faits par des scribes et des pharisiens, mais que, si
vous le pouvez, vous faites vous aussi."
Jésus, qui avait commencé doucement son discours, a élevé graduellement la
voix et dans ces dernières paroles elle est puissante comme une sonnerie de
trompettes.
Hébreux et gentils sont appliqués et attentifs pour l'écouter. Si les
premiers applaudissent Jésus quand il rappelle la Patrie et qu'il nomme
ouvertement par leurs noms les étrangers qui les ont assujettis et fait
souffrir, les seconds admirent la forme oratoire du discours et se félicitent
d'assister à ce discours digne d'un grand orateur, disent-ils entre eux.
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106> Jésus abaisse de nouveau la voix quand il
recommence à parler : "Cela, je vous l'ai dit pour vous rappeler la
raison d'être des scribes et
des pharisiens, comment et pourquoi ils se sont assis sur le siège de Moïse,
comment et pourquoi ils parlent et que leurs paroles ne sont pas vaines.
Faites donc ce qu'ils disent, mais n'imitez pas leurs actions. Car ils disent
d'agir de telle manière, mais ensuite ne font pas ce qu'ils disent qu'il faut
faire. En fait ils enseignent les lois d'humanité du Pentateuque, mais
ensuite ils chargent les autres de fardeaux énormes, impossibles à porter,
inhumains, alors que pour eux-mêmes ils ne lèvent même pas le petit doigt non
pour porter ces fardeaux mais même pour les toucher.
Leur règle de vie, c'est d'être vus et
remarqués et applaudis pour leurs œuvres, qu'ils font de manière qu'on les
voie, pour en être loués. Et ils contreviennent à la loi de l'amour car ils
aiment à se définir séparés et méprisent ceux qui ne sont pas de leur secte
et ils exigent de leurs disciples le titre de maîtres et un culte
qu'eux-mêmes ne donnent pas à Dieu. Ils se croient des dieux pour la sagesse
et la puissance; ils veulent être supérieurs au père et à la mère dans le
cœur de leurs disciples; ils prétendent que leur doctrine surpasse
celle de Dieu et exigent qu'on la pratique à la lettre même si elle altère la
vraie Loi, inférieure à cette dernière plus que ne l'est cette montagne
comparée à la hauteur du Grand Hermon qui domine toute la Palestine. Certains
d'entre eux sont hérétiques en croyant, comme les païens, à la métempsycose
et à la fatalité, en niant les uns ce que les premiers admettent et, de fait
sinon effectivement, ce que Dieu même a indiqué comme la foi, quand Il s'est
défini le Dieu unique auquel doit aller le culte et a dit que le père et la
mère viennent immédiatement après Dieu, et comme tels ont le droit d'être
obéis plus qu'un maître qui n'est pas divin. Si maintenant je vous dis :
"Celui qui aime son père et sa mère plus que Moi, n'est pas apte au
Royaume de Dieu", ce n'est pas pourtant pour vous inculquer
l'indifférence pour les parents que vous devez respecter et aider et il n'est
pas permis de leur enlever un secours en disant : "C'est l'argent du
Temple", ou l'hospitalité en disant : "Ma charge me le
défend", ou la vie en disant : "Je te tue parce que tu aimes le
Maître", mais c'est pour que vous ayez pour vos parents l'amour qu'il
faut, c'est-à-dire un amour patient et fort dans sa douceur, qui sait — sans
arriver à la haine pour le parent qui pèche ou afflige, en ne vous suivant
pas sur le chemin de la Vie , la mienne — qui sait choisir entre ma loi et
l'égoïsme familial et la violence familiale. Aimez vos parents, obéissez-leur
pour tout ce qui est saint. Mais soyez prêts à mourir, non à donner la mort
mais à mourir, je dis, s'ils veulent vous amener à trahir la vocation que
Dieu a mise en vous d'être les citoyens du Royaume de Dieu que je suis venu
former.
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107> N'imitez pas les scribes et
les pharisiens, divisés entre eux bien qu'ils affectent d'être unis. Vous,
disciples du Christ, que vous soyez vraiment unis, une seule chose pour les
autres, les chefs pleins de douceur à l'égard des sujets, les sujets pleins
de douceur envers les chefs, une seule chose dans l'amour et le but de votre
union : conquérir mon Royaume et être à ma droite dans l'éternel Jugement.
Rappelez-vous qu'un royaume divisé n'est plus un royaume et ne peut
subsister. Soyez donc unis entre vous dans l'amour pour Moi et pour ma
doctrine. Que l'uniforme du chrétien, tel sera le nom de mes sujets, soit
l'amour et l'union, l'égalité entre vous pour les vêtements, la communauté
des biens, la fraternité des cœurs. Tous pour chacun, chacun pour tous.
Que celui qui possède, donne humblement. Que celui qui n'a pas, accepte
humblement et expose humblement ses besoins à ses frères, en les sachant
tels; et que les frères écoutent affectueusement les besoins des frères, se
sentant vraiment tels pour eux. Souvenez-vous que votre Maître a eu souvent
faim, froid et mille autres besoins et privations, et les a exposés
humblement aux hommes, Lui, Verbe de Dieu. Rappelez-vous que sera récompensé
celui qui a pitié, quand il ne donnerait qu'une gorgée d'eau. Rappelez-vous
qu'il vaut mieux donner que recevoir. Que dans ces trois souvenirs le
pauvre trouve la force de demander sans se sentir humilié, en pensant que je
l'ai fait avant lui, et de pardonner si on le repousse, en pensant que bien
des fois on a refusé au Fils de l'homme la place et la nourriture que l'on
donne au chien qui garde le troupeau. Et que le riche trouve la générosité de
donner ses richesses, en pensant que le vil argent, l'odieux argent que Satan
fait rechercher et qui cause les neufs dixièmes des ruines du monde, si on le
donne par amour se change en une gemme immortelle et paradisiaque.
Soyez vêtus de vos vertus. Qu'elles soient
grandes, mais connues de Dieu seul. Ne faites pas comme les pharisiens qui
portent les phylactères plus larges et les franges plus longues et qui aiment
les premiers sièges dans les synagogues et les marques de respect sur les
places et veulent que le peuple les appelle : "Rabbi". Vous n'avez
qu'un seul Maître : le Christ. Vous, qui dans l'avenir serez les nouveaux
docteurs, je parle à vous, mes apôtres et mes disciples, souvenez-vous que
Moi seul suis votre Maître. Et je le serai encore quand je ne serai plus
parmi vous. Parce que la Sagesse est la seule maîtresse d'enseignement. Ne
vous faites donc pas appeler maîtres car vous êtes vous-mêmes des disciples.
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108> N'exigez pas le nom de père
et ne le donnez à personne sur la Terre, parce qu'un seul est le Père de tous
: votre Père qui est dans les Cieux. Que cette vérité vous donne la sagesse
de vous sentir vraiment tous frères entre vous, aussi bien ceux qui dirigent
que ceux qui sont dirigés, et aimez-vous par conséquent comme de bons frères.
Et qu'aucun de ceux qui dirigent ne se fasse appeler guide, car il n'y a
qu'un seul guide pour vous tous : le Christ. Que le plus grand d'entre vous
soit votre serviteur. Ce n'est pas s'humilier que d'être le serviteur des
serviteurs de Dieu, mais c'est m'imiter, Moi, qui ai été doux et humble,
toujours prêt à avoir de l'amour pour mes frères en Adam et à les aider avec
la puissance que j'ai en Moi comme Dieu. Et je n'ai pas humilié la divinité
en servant les hommes. En effet le vrai roi c'est celui qui sait dominer
pas tant les hommes que les passions de l'homme : et en tête de toutes le sot
orgueil. Rappelez-vous : celui qui s'humilie sera exalté et celui qui s'exalte
sera humilié.
La Femme, dont le Seigneur a parlé dans le second
livre de la Genèse, la Vierge dont il est question dans Isaïe, la Mère-Vierge
de l'Emmanuel, a prophétisé cette vérité des temps nouveaux en chantant :
"Le Seigneur a renversé les puissants de leur trône et II a élevé les
humbles". La Sagesse de Dieu parlait sur les lèvres de Celle qui était
Mère de la Grâce et Trône de la Sagesse. Et je répète les paroles inspirées
qui m'ont loué, uni au Père et à l'Esprit-Saint, dans nos œuvres admirables
quand, sans offense pour la Vierge, Moi, l'Homme, je me formais dans son sein
sans cesser d'être Dieu. Que ce soit une règle pour ceux qui veulent enfanter
le Christ dans leurs cœurs et arriver au Royaume du Christ. Il n'y aura pas
de Jésus : le Sauveur; pas de Christ : le Seigneur; et il n'y aura pas de
Royaume des Cieux pour ceux qui sont orgueilleux, fornicateurs, idolâtres,
qui s'adorent eux-mêmes et leur propre volonté.
Malheur donc, à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui croyez pouvoir fermer par vos sentences impraticables — et
réellement si elles étaient confirmées par Dieu, ce serait des serrures
inviolables pour la majorité des hommes — qui croyez pouvoir fermer le
Royaume des Cieux à la face des hommes qui élèvent leur esprit vers lui pour
trouver de la force dans leur pénible journée terrestre ! Malheur à vous qui
n'y entrez pas, qui ne voulez pas y entrer car vous n'accueillez pas la Loi
du céleste Règne, et n'y laissez pas entrer les autres qui sont devant cette
porte que vous, par votre intransigeance, renforcez par des fermetures que
Dieu n'y a pas mises.
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109> Malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui dévorez le bien des veuves sous prétexte de faire de longues
prières. À cause de cela vous subirez un jugement sévère !
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui allez par terre et par
mer, en dépensant des biens qui ne vous appartiennent pas, pour faire
un seul prosélyte et, quand vous l'avez fait, le rendez fils de l'enfer, deux
fois pire que vous !
Malheur à vous, guides aveugles, qui dites :
"Si quelqu'un jure par le Temple, son serment n'est rien, mais s'il jure
par l'or du Temple alors il reste lié par son serment". Sots et aveugles
! Et qu'est-ce qui compte le plus : l'or, ou le Temple qui sanctifie l'or ?
Et qui dites : "Si quelqu'un jure par l'autel son serment ne vaut rien,
mais s'il jure par l'offrande qui est sur l'autel, alors son serment est
valide, et il reste lié par son serment". Aveugles ! Qu'y a-t-il de plus
grand : l'offrande, ou l'autel qui sanctifie l'offrande ? Celui donc qui jure
par l'autel jure par lui et par toutes les choses qui sont dessus, et celui
qui jure par le Temple jure par lui et par Celui qui l'habite, et celui qui
jure par le Ciel jure par le Trône de Dieu et par Celui qui y est assis.
Malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui payez la dîme de la menthe et de la rue, de l'anis et du
cumin, et ensuite négligez les préceptes les plus graves de la Loi : la
justice, la miséricorde et la fidélité. Ce sont elles les vertus qu'il
fallait avoir, sans laisser de côté les autres choses moins importantes !
Guides aveugles qui filtrez les boissons de crainte de vous contaminer en
avalant un moucheron qui s'est noyé, et ensuite avalez un chameau sans vous
croire immondes pour cela. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites,
qui lavez l'extérieur de la coupe et du plat, mais qui êtes intérieurement
remplis de rapines et d'immondices. Pharisien aveugle, lave d'abord l'intérieur
de ta coupe et de ton plat, de façon que l'extérieur aussi devienne propre.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui volez dans les ténèbres
comme des oiseaux de nuit pour vos œuvres de péché et négociez pendant la
nuit avec les païens, les voleurs et les traîtres, et ensuite, le matin,
après avoir effacé les signes de vos marchés occultes, montez au Temple, bien
vêtus.
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110> Malheur à vous qui enseignez les lois de la
charité et de la justice contenues dans le Lévitique, et qui êtes ensuite
avides, voleurs, faux, calomniateurs, oppresseurs, injustes, vindicatifs,
pleins de haine, et en arrivez à abattre celui qui vous ennuie, même s'il est
de votre sang, et à répudier la vierge qui est devenue votre épouse, et à
répudier les enfants que vous avez eus d'elle parce qu'ils sont infirmes, et
à accuser d'adultère votre femme qui ne vous plaît plus, ou de maladie
immonde, pour être débarrassés d'elle, vous, qui êtes Impurs dans votre cœur
libidineux même si vous ne paraissez pas tels aux yeux des gens qui ne connaissent
pas vos actions. Vous êtes semblables à des sépulcres blanchis qui semblent
beaux du dehors, mais qui à l'intérieur sont remplis d'os de morts et de
pourriture. C'est la même chose pour vous. Oui, la même chose ! Du dehors,
vous semblez justes, mais à l'intérieur vous êtes remplis d'hypocrisie et
d'iniquité.
Malheur à vous, scribes et pharisiens
hypocrites, qui élevez des tombeaux somptueux aux prophètes et embellissez
les tombes des justes en disant : "Si nous avions vécu au temps de nos
pères, nous n'aurions pas été complices de ceux qui ont versé le sang des
prophètes et nous n'y aurions pas participé". Et ainsi vous témoignez
contre vous que vous êtes les descendants de ceux qui ont tué vos prophètes.
Et vous, du reste, comblez la mesure de vos pères... O serpents, race
de vipères, comment échapperez-vous à la condamnation de la Géhenne ?
Voilà que pour cela, Moi, Parole de Dieu, je vous dis : Moi, Dieu, je vous
enverrai de nouveaux prophètes et sages et scribes. Et de ceux-ci vous en
tuerez une partie, vous en crucifierez une partie, vous en flagellerez une
partie dans vos tribunaux, dans vos synagogues, hors de vos murs, et en
partie les poursuivrez de ville en ville, jusqu'à ce que retombe sur vous
tout le sang des justes répandu sur la Terre , depuis le sang du juste Abel
jusqu'à celui de Zacharie fils de Barachie, que
vous avez tué entre l'atrium et l'autel parce que, par amour pour vous, il
vous avait rappelé votre péché pour que vous vous en repentiez en revenant au
Seigneur.
C'est ainsi. Vous haïssez ceux qui veulent votre bien et vous rappellent par
amour sur les sentiers de Dieu.
En vérité je vous dis que tout cela est sur le point d'arriver, et le crime
et ses conséquences. En vérité je vous dis que tout cela s'accomplira sur
cette génération.
Oh ! Jérusalem ! Jérusalem ! Jérusalem, qui lapides ceux qui te sont envoyés et qui tues tes prophètes
! Combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble
ses poussins sous ses ailes, et tu n'as pas voulu !
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111> Maintenant voilà, écoute, O Jérusalem
! Maintenant voilà, écoutez vous tous qui me haïssez et haïssez tout ce qui
vient de Dieu. Maintenant voilà, écoutez vous qui m'aimez et qui serez
entraînés dans le châtiment réservé à ceux qui persécutent les envoyés de
Dieu. Et écoutez vous aussi qui n'êtes pas de ce peuple, mais qui m'écoutez
quand même, vous qui écoutez pour savoir qui est Celui qui vous parle et qui
prédit sans avoir besoin d'étudier le vol, le chant des oiseaux, ni les
phénomènes célestes et les viscères des animaux sacrifiés, ni la flamme et la
fumée des holocaustes, parce que tout ce qui est futur est présent pour Celui
qui vous parle. "Cette maison qui est la vôtre vous sera laissée
déserte. Moi je vous dis, dit le Seigneur, que vous ne me verrez plus jusqu'à
ce que vous disiez vous aussi : "Béni Celui qui vient au nom du
Seigneur".
Jésus est visiblement las et échauffé, à la fois par la fatigue d'un discours
prolongé et tonnant et par la chaleur étouffante de cette journée sans vent.
Bloqué contre le mur par une multitude, fixé par des milliers de pupilles,
sentant toute la haine qui de dessous les portiques de la Cour des Païens
l'écoute, et tout l'amour ou au moins l'admiration qui l'entoure, sans souci
du soleil qui tombe sur les échines et sur les visages rougis et en sueur, il
apparaît vraiment épuisé. Il a besoin de réconfort et il le cherche en disant
à ses apôtres et aux soixante-douze qui, comme autant de coins, se sont
ouverts lentement un passage dans la foule et qui maintenant sont au premier
rang, barrière d'amour fidèle autour de Lui : "Sortons du Temple et
allons au grand air parmi les arbres. J'ai besoin d'ombre, de silence et de
fraîcheur. En vérité je vous dis que ce lieu semble déjà brûler du feu de la
colère céleste."
Ils Lui fraient un passage non sans mal et peuvent ainsi sortir par la porte
la plus proche où Jésus s'efforce, mais inutilement, d'en congédier un grand
nombre. Ils veulent le suivre à tout prix.
Les disciples pendant ce temps observent le
cube du Temple qui étincelle au soleil qui est presque au midi, et Jean d'Ephèse fait
observer au Maître la puissance de la construction : "Regarde quelles
pierres et quelles constructions !"
"Et pourtant d'elles, il ne restera pas pierre sur pierre" dit
Jésus.
"Non ? Quand ? Comment ?" demandent plusieurs. Mais Jésus ne le dit
pas.
Il descend le Moriah et sort de la ville en passant
par Ophel et par la porte d'Ephraïm ou du Fumier et
en se réfugiant au cœur des jardins du roi d'abord, c'est-à-dire tant que
ceux qui, sans être apôtres ni disciples, se sont obstinés à le suivre, et
s'en vont lentement quand Manaën, qui a fait ouvrir le
lourd portail, se présente imposant, pour dire à tous : "Allez.
N'entrent ici que ceux que je veux."
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112> Ombre, silence, parfums de
fleurs, arômes de camphre et d'œillets, de cannelle, de lavande et de mille autres
plantes odorantes, et bruissements de ruisseaux, certainement alimentés par
les sources et citernes voisines, sous des galeries de feuillages, gazouillis
d'oiseaux, font de cet endroit un lieu de repos paradisiaque. La ville semble
éloignée de plusieurs milles avec ses rues étroites, assombries par les
archivoltes ou ensoleillées jusqu'à en être éblouissantes, avec ses odeurs et
ses puanteurs d'égouts qui ne sont pas toujours nettoyés, et des rues
parcourues par trop de quadrupèdes pour être propres, surtout celles
d'importance secondaire.
Le gardien des jardins doit connaître très bien Jésus car il le salue à la
fois avec respect et familiarité, et Jésus lui demande des nouvelles de ses
enfants et de sa femme.
L'homme voudrait recevoir Jésus dans sa maison, mais le Maître préfère la
paix fraîche, reposante, du vaste jardin du roi, un vrai parc de délices. Et
avant que les deux infatigables et très dévoués serviteurs de Lazare s'en
aillent prendre le panier de nourriture, Jésus leur dit : "Dites à vos
maîtresses de venir. Nous resterons ici quelques heures avec ma Mère et les
disciples fidèles, et ce sera si doux..."
"Tu es très fatigué, Maître ! Ton visage le dit" observe Manaën.
"Oui. Tellement que je n'ai pas eu la force d'aller plus loin."
"Mais je t'avais offert ces jardins plusieurs fois en ces jours. Tu sais
si je suis content de pouvoir t'offrir paix et réconfort !"
"Je le sais, Manaën."
"Et hier, tu as voulu aller dans ce triste lieu dont les approches sont
si arides, si étrangement dépouillé dans sa végétation cette année ! Si
proche de cette triste porte !"
"J'ai voulu faire plaisir à mes apôtres. Ce sont des enfants, au fond,
de grands enfants. Vois-les là-bas comme ils se restaurent gaiement !... Tout
de suite oublieux de ce qui se trame contre Moi au-delà de ces murs..."
"Et oublieux que tu es si affligé... Mais il ne semble pas qu'il y ait
beaucoup lieu de s'alarmer. L'endroit me semblait plus dangereux d'autres
fois."
Jésus le regarde et se tait. Que de fois je vois Jésus regarder et se taire
ainsi, en ces derniers jours !
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113> Puis Jésus se met à regarder
les apôtres et les disciples. Ils ont enlevé leurs couvre-chefs, leurs
manteaux et leurs sandales pour se rafraîchir le visage et les extrémités
dans les frais ruisselets, imités par plusieurs des soixante-douze
disciples qui maintenant sont beaucoup plus nombreux, je crois, et qui,
tous unis par la fraternité d'idéal, se jettent ça et là pour se reposer, un
peu à part pour laisser Jésus se reposer tranquillement.
Manaën aussi se retire pour le laisser en paix.
Tous respectent le repos du Maître extrêmement fatigué. Il s'est réfugié sous
une tonnelle de jasmins en fleurs qui fait office de cabane, isolée par un
circuit d'eau qui court en bruissant par un petit canal où plongent herbes et
fleurs. C'est un vrai refuge de paix auquel on accède par un petit pont large
de deux palmes et long de quatre, avec une balustrade fleurie par toute une
guirlande de corolles de jasmins.
Les serviteurs reviennent avec plusieurs d'autres, car Marthe a voulu pourvoir aux besoins
de tous les serviteurs du Seigneur, et. ils disent que leurs maîtresses ne
vont pas tarder de venir.
Jésus fait appeler Pierre et
lui dit : "Avec Jacques
mon frère, bénis, offre et distribue comme Moi je le fais."
"Distribuer oui, mais bénir non, Seigneur. C'est à Toi qu'il revient
d'offrir et de bénir, pas à Moi."
"Quand tu étais à la tête de tes compagnons, loin de Moi, ne le
faisais-tu pas ?"
"Si. Mais alors... j'étais obligé de le faire. En ce moment tu es avec
nous, et c'est Toi qui bénis. Cela me paraît meilleur quand c'est Toi qui
offres pour nous et nous distribues..." et le fidèle Simon embrasse son
Jésus, assis épuisé dans cette ombre, et il penche la tête sur ses épaules,
heureux de pouvoir le serrer et l'embrasser ainsi...
Jésus se lève et lui fait ce plaisir. Il va vers les disciples, offre la
nourriture, la bénit, la partage, les regarde manger avec plaisir et leur dit
: "Dormez ensuite, reposez-vous pendant que c'est l'heure, et pour que
vous puissiez ensuite veiller et prier quand vous aurez besoin de le faire,
et pour que la fatigue et l'épuisement n'accablent pas de sommeil vos yeux et
votre esprit quand il sera nécessaire que vous soyez dispos et bien
éveillés."
"Tu ne restes pas avec nous ? Tu ne manges pas ?"
"Laissez-moi me reposer. C'est de cela seulement que j'ai besoin. Mangez,
mangez !" Il caresse en passant ceux qu'il trouve sur son chemin, et
revient à sa place...
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114> Douce, suave est la venue de
la Mère près de son Fils. Marie
s'avance avec assurance, car Manaën, qui a veillé près du portail étant moins
las que les autres, lui indique l'endroit où se trouve Jésus.
Les autres, et il y a toutes les disciples hébraïques et des romaines la seule Valeria, s'arrêtent quelque temps en
silence pour ne pas réveiller les disciples qui donnent à l'ombre des
feuillages des arbres, semblables à des brebis allongées dans l'herbe. C'est
l'heure de sexte.
Marie entre sous la tonnelle de jasmins sans faire crisser le petit pont de
bois et le gravier du sol, et avec encore plus de précautions elle approche
de son Fils qui, vaincu par la fatigue, s'est endormi la tête sur une table
de pierre qu'il y a là-dessous. Son bras gauche Lui sert d'oreiller
sous son visage caché par ses cheveux. Marie s'assied patiemment près de son
Fils fatigué. Elle le contemple... tant... et elle a sur ses lèvres un
sourire douloureux et affectueux alors que sans bruit des larmes tombent sur
son sein. Mais si ses lèvres sont closes et muettes, son cœur prie avec toute
la force qu'il possède, et la puissance de cette prière et de son souffle est
trahie par ses mains jointes sur ses genoux, serrées, entrecroisées pour ne
pas trembler et pourtant secouées d'un léger tremblement. Des mains qui ne se
disjoignent que pour chasser une mouche importune qui veut se poser sur le
Dormeur et pourrait l'éveiller.
C'est la Mère qui veille son Fils, le dernier sommeil de son Fils qu'elle
puisse veiller. Si le visage de la Mère, dans ce mercredi pascal, est différent de celui de la Mère au jour de la naissance du
Seigneur, car la douleur le rend pâle et déprime ses traits, c'est la même
pureté du regard affectueux, le même soin tremblant qu'elle avait quand,
penchée sur la crèche de Bethléem, elle protégeait de son amour le premier
sommeil inconfortable de son Enfant.
Jésus fait un mouvement et Marie essuie rapidement ses yeux pour ne pas
montrer de larmes à son Fils. Mais Jésus ne s'est pas éveillé, son visage a
seulement changé de position, pour se tourner de l'autre côté et Marie,
reprenant son immobilité, continue de le veiller.
Mais quelque chose brise le cœur de Marie. C'est d'entendre son Jésus pleurer
en dormant et dans un murmure confus, car il parle la bouche serrée contre
son bras et son vêtement, il nomme le nom de Judas...
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115> Marie se lève, s'approche, se
penche sur son fils. Elle suit ce murmure confus, les mains pressant son cœur.
Le discours de Jésus, interrompu, mais pas au point qu'on ne puisse pas le
suivre, fait comprendre qu'il rêve et rêve de nouveau le présent et le passé
et puis l'avenir, jusqu'à ce qu'il se réveille en sursaut comme pour fuir
quelque chose d'horrible. Mais il trouve la poitrine de sa Mère, les bras de
sa Mère, le sourire de sa Mère, la douce voix de sa Mère, son baiser, ses
caresses et son voile qui passe légèrement sur son visage pour essuyer ses
larmes et sa sueur en disant : "Tu étais mal à l'aise et tu rêvais... Tu
es en sueur et las, mon Fils." Elle Lui peigne ses cheveux en désordre,
Lui essuie le visage et le tient embrassé, appuyé sur son cœur, ne pouvant le
prendre sur ses genoux comme quand il était petit.
Jésus lui sourit en disant : "Tu es toujours la Mère. Celle qui console.
Celle qui dédommage de tout. Ma Mère !" Il la fait asseoir près de Lui,
lui abandonnant la main sur ses genoux, et Marie prend cette longue main, si
distinguée et pourtant si robuste, d'artisan, dans ses petites mains, elle
caresse les doigts et le dos, en lissant les veines qui s'étaient gonflées
pendant qu'elle pendait durant le sommeil. Elle essaie de le distraire...
"Nous sommes venues. Nous sommes toutes là, même Valeria. Les autres
sont à l'Antonia.
C'est Claudia qui les a voulu, "elle est
profondément attristée" a dit son affranchie. Elle dit, je ne sais pour
quelle raison, qu'elle présage beaucoup de larmes. Superstitions !... Seul
Dieu connaît les choses..."
"Où sont les disciples
?"
"Elles sont là, à l'entrée des jardins. Marthe a voulu te préparer de la
nourriture et des boissons rafraîchissantes et nourrissantes en pensant à ton
épuisement. Mais moi, regarde : tu l'aimes toujours et moi je te l'ai
apporté. C'est ma contribution. C'est meilleur car c'est de ta Maman."
Elle Lui montre du miel et une petite fouace de pain sur laquelle elle
l'étend pour le donner à son Fils et en disant : "Comme à Nazareth, quand tu prenais du repos à
l'heure la plus chaude et puis tu t'éveillais que tu avais chaud et moi je
venais de la grotte fraîche avec cette collation..." Elle s'arrête car
sa voix tremble.
Son Fils la regarde et dit ensuite : "Et quand il y avait Joseph, tu
apportais la collation pour deux et l'eau fraîche de la jarre poreuse, tenue
dans le courant pour qu'elle fût plus fraîche et la rendaient encore plus
fraîche les tiges de menthe sauvage que tu jetais dedans. Que de menthe
là-bas, sous les oliviers ! Et que d'abeilles sur les fleurs de la menthe !
Notre miel avait toujours un peu ce parfum..." Il pense... il se
souvient...
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116> "Nous avons vu Alphée,
sais-tu ? Joseph s'est
attardé parce qu'il avait un enfant un peu malade. Mais demain, il sera certainement
ici avec Simon.
Salomé de Simon garde notre maison et celle de Marie."
"Maman, quand tu seras seule, avec qui resteras-tu ?"
"Avec qui tu diras, mon Fils. Je t'ai obéi, avant de t'avoir, Fils. Je
continuerai de le faire après que tu m'auras quittée." Sa voix tremble,
mais elle a sur ses lèvres un sourire héroïque.
"Tu sais obéir. Quel repos d'être avec toi ! Car, tu vois, Maman ? Le monde
ne peut comprendre, mais je trouve tout repos auprès de ceux qui obéissent...
Oui. Dieu repose auprès des obéissants. Dieu n'aurait pas eu à souffrir, à se
fatiguer, si la désobéissance n'était pas venue dans le monde. Tout arrive
parce qu'on n'obéit pas. De là vient la douleur du monde... De là vient notre
douleur."
"Mais aussi notre paix, Jésus. Car nous savons que notre
obéissance console l'Éternel. Oh ! pour moi spécialement, ce qu'est cette
pensée ! Il m'est accordé, à moi, créature, de consoler mon Créateur !"
"Oh ! Joie de Dieu ! Tu ne sais pas, ô notre joie, ce qu'est pour Nous
cette parole que tu viens de dire ! Elle dépasse les harmonies des chœurs
célestes... Bénie ! Bénie toi, qui m'enseignes l'ultime obéissance et me la
rends, par cette pensée, si agréable à accomplir !"
"Tu n'as pas besoin que je t'instruise, mon Jésus. J'ai tout appris de
Toi."
"L'Homme Jésus a tout appris de Marie de Nazareth."
"C'était ta lumière qui sortait de moi. La Lumière que tu es et qui
venait à la Lumière Éternelle anéantie sous forme humaine... Les frères de Jeanne m'ont
dit le discours que tu as prononcé. Ils étaient ravis d'admiration. Tu as été
courageux avec les pharisiens..."
"C'est l'heure des suprêmes vérités, Maman. Pour eux, elles restent des
vérités mortes, niais pour les autres ce seront des vérités vivantes.
Et je dois par l'amour et la rigueur tenter la dernière bataille pour les
arracher au Mal."
"C'est vrai. Ils m'ont dit que Gamaliel, qui
était avec les autres dans une des salles des portiques, a dit, à la fin,
alors que beaucoup étaient fâchés : "Quand on ne veut pas de reproches,
on agit avec justice" et il s'en est allé après cette observation."
"Il m'est agréable que le rabbi m'ait entendu. Qui te l'a dit ?"
"Lazare. Et
le lui a dit Éléazar qui
était dans la salle avec les autres. Lazare est venu à sexte. Il a salué et
il est reparti sans écouter ses sœurs qui voulaient le retenir jusqu'au
couchant. Il a dit d'envoyer Jean, ou d'autres, pour prendre les fruits et
les fleurs qui seront juste à point."
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117> "J'enverrai Jean,
demain."
"Lazare vient tous les jours. Mais Marie se fâche car elle dit qu'il ressemble
à une apparition. Il monte au Temple, vient, donne ses ordres et
repart."
"Lazare aussi sait obéir. C'est Moi qui lui ai donné cet ordre, car on
cherche à le prendre lui aussi. Mais n'en parle pas aux sœurs. Il ne lui
arrivera rien. Et maintenant allons trouver les disciples."
"Ne bouge pas. Je vais les appeler. Les disciples dorment tous..."
"Et nous les laisserons dormir. La nuit, ils dorment peu, car je les
instruis dans la paix du Gethsémani."
Marie sort et revient avec les femmes qui semblent n'avoir plus de poids,
tant leur démarche est légère.
Elles le saluent avec de profondes marques de respect et seule Marie de Cléophas est un peu familière. Marthe tire d'une grande bourse une
amphore qui sue, alors que Marie
enlève d'un vase, poreux lui aussi, des fruits frais venus de Béthanie et les
dispose sur la table à côté de ce qu'a préparé sa sœur, c'est-à-dire un
pigeon grillé sur la flamme, croquant, appétissant, et elle prie Jésus d'y
goûter en disant : "Mange, cette viande est nourrissante. C'est moi qui
l'ai préparée."
Jeanne de
son côté a apporté du vinaigre rosé. Elle explique : "II rafraîchit
tellement en ces premières chaleurs. Mon
époux aussi s'en sert quand il est las dans ses longues
chevauchées."
"Nous n'avons rien" disent pour s'excuser Marie de Salomé,
Marie de Cléophas, Suzanne et Élise. Et Nique et Valeria disent à leur tour : "Et
nous, non plus. Nous ne savions pas que nous devions venir."
"Vous m'avez donné tout votre cœur. Cela me suffit. Et vous me donnerez
encore..."
Il mange, mais surtout il boit la fraîche eau miellée que Marthe Lui verse de
l'amphore poreuse, et les fruits frais qui sont un réconfort pour l'Épuisé.
Les disciples ne parlent pas beaucoup. Elles le regardent se restaurer. Leurs
yeux trahissent amour et inquiétude. À l'improviste Élise se met à pleurer et
elle s'en excuse en disant : "Je ne sais pas. J'ai le cœur accablé de
tristesse..."
"Nous l'avons toutes, même Claudia dans
son palais..." dit Valeria.
"Je voudrais que ce soit déjà la Pentecôte" murmure Salomé.
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118> "Moi, au contraire, je
voudrais arrêter le temps à cette heure" dit Marie de Magdala.
"Tu serais égoïste, Marie" lui répond Jésus.
"Pourquoi, Rabboni ?"
"Parce que tu voudrais pour toi seule la joie de ta rédemption. Il y a
des milliers et des millions d'êtres qui attendent cette heure, ou qui à
cause de cette heure seront rachetés."
"C'est vrai, je n'y pensais pas..." Elle penche la tête en se mordant
les lèvres pour ne pas faire voir les larmes qui coulent de ses yeux et le
tremblement de ses lèvres. Mais elle est toujours le courageux lutteur, et
elle dit : "Si tu viens demain tu pourras prendre le vêtement que tu as
envoyé. Il est frais et propre, digne de la cène pascale."
"Je viendrai... Vous n'avez rien à me dire ? Vous êtes muettes et
affligées. Ne suis-je plus Jésus ?..." Il sourit engageant aux femmes.
"Oh ! c'est Toi ! Mais tu es si grand en ces jours, que je ne sais plus
te voir comme le petit que j'ai porté dans mes bras" s'écrie Marie
d'Alphée.
"Et moi comme le simple rabbi qui entrait dans ma cuisine pour chercher
Jean et Jacques"
dit Salomé.
"Moi, je t'ai toujours connu ainsi : Roi de mon âme !" proclame
Marie de Magdala.
Et Jeanne, pleine d'une douce suavité : "Et moi aussi : divin, depuis le
rêve où tu es apparu à moi qui mourais pour m'appeler à la Vie."
"Tu nous as tout donné, Seigneur. Tout !" dit en soupirant Élise
qui s'est reprise.
"Et vous m'avez tout donné."
"Trop peu !" disent-elles toutes.
"Le don ne cesse pas après cette heure. Il cessera seulement quand vous
serez avec Moi dans mon Royaume, mes disciples fidèles. Vous ne siégerez pas,
non, à mes côtés, sur les douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël,
niais vous chanterez l'hosanna avec les anges, pour faire un chœur d'honneur
à ma Mère, et alors comme maintenant le cœur du Christ trouvera sa joie en
vous contemplant."
"Je suis jeune ! Et il faudra du temps pour monter à ton Royaume.
Heureuse Annalia
!" dit Suzanne.
"Moi, je suis vieille et heureuse de l'être. J'espère que pour moi la
mort sera proche" dit Élise.
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119> "Moi, j'ai des fils...
Je voudrais les servir, ces serviteurs de Dieu !" soupire Marie de Cléophas.
"Ne nous oublie pas, Seigneur !" dit la Magdeleine avec une
angoisse contenue, je dirais avec un cri de son âme, tellement la voix,
qu'elle garde basse pour ne pas éveiller les dormeurs, a une force plus
vibrante qu'un cri.
"Je ne vous oublierai pas. Je viendrai. Toi, Jeanne, tu sais que je puis
venir même si je suis très loin... Les autres doivent le croire. Et je vous
laisserai une chose... un mystère qui me gardera en vous et vous en Moi,
jusqu'à ce que nous soyons, vous et Moi, dans le Royaume de Dieu. Maintenant
allez. Vous allez dire que je vous ai dit peu de chose, qu'il était presque
inutile de vous faire venir pour si peu. Mais j'ai désiré avoir autour de Moi
des cœurs qui m'ont aimé sans calcul. Pour Moi. Pour Moi : Jésus. Non pas pour
le futur Roi d'Israël que l'on rêve. Allez. Et soyez bénies une fois de plus.
Même les autres qui ne sont pas ici, mais qui pensent à Moi, avec amour : Anne, Myrta, Anastasica, Noémi,
et Sintica qui
est si loin, et Fotinaï, et Aglaé et Sara, Marcella, les filles de
Philippe, Myriam
de Jaïre, les vierges, les
rachetées, les épouses, les mères qui sont venues vers Moi, qui ont été pour
Moi des sœurs et des mères, meilleures, oh ! bien meilleures que les hommes,
même les meilleurs !... Toutes, toutes ! Je les bénis toutes. La grâce
commence déjà à descendre, la grâce et le pardon, sur la femme, par cette
bénédiction que je vous donne. Allez..." Il les congédie en retenant sa
Mère : "Avant le soir je serai au palais de Lazare. J'ai besoin de te
voir encore. Et avec Moi, il y aura Jean. Mais je ne veux que toi, Mère, et
les autres Marie, Marthe et Suzanne. Je suis si las..."
"Il n'y aura que nous seules. Adieu, Fils..."
Ils s'embrassent, ils se séparent... Marie s'en va lentement. Elle se
retourne avant de sortir. Elle se retourne avant de quitter le petit pont.
Elle se retourne encore tant qu'elle peut voir Jésus... ïl
semble qu'elle ne puisse s'éloigner de Lui...
Jésus est seul de nouveau. Il se lève et sort. Il va appeler Jean qui
dort à plat ventre parmi les fleurs comme un enfant et il lui confie la
petite amphore de vinaigre rosé, que Jeanne Lui a apporté, en lui disant :
"Nous irons ce soir chez ma Mère, mais nous deux seuls."
"J'ai compris. Elles sont venues ?"
"Oui. J'ai préféré ne pas vous éveiller..."
"Tu as bien fait. Ta joie aura été plus grande. Elles savent t'aimer
mieux que nous..." dit Jean éploré.
"Viens avec Moi."
Jean le suit.
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120> "Qu'as-tu ?" Lui
demande Jésus quand ils sont de nouveau dans la pénombre verte de la tonnelle
où il reste de la nourriture.
"Maître, nous sommes très mauvais. Tous. Il n'y a pas d'obéissance en
nous... et il n'y a pas le désir de rester avec Toi. Même Pierre et Simon se
sont éloignés. Je ne sais où. Et Judas y a trouvé l'occasion d'une
querelle."
"Judas est-il parti ?"
"Non, Seigneur, il n'est pas parti. Il dit qu'il n'en a pas besoin, que
lui n'a pas de complices dans les manigances que nous faisons pour essayer de
t'obtenir des protections. Mais si je suis allé chez Anna, si
d'autres sont allés trouver des galiléens qui résident ici, ce n'est pas pour
faire du mal !... Et je ne crois pas que Simon de Jonas et Simon le Zélote
soient des hommes capables de manèges équivoques..."
"N'y fais pas attention. En effet Judas n'a pas besoin de s'en aller
pendant que vous reposez. Lui sait quand et où aller pour accomplir tout ce
qu'il doit faire."
"Et alors pourquoi parle-t-il ainsi ? Ce n'est pas bien devant les
disciples !"
"Ce n'est pas bien, mais c'est ainsi. Tranquillise-toi, mon
agneau."
"Moi, ton agneau ? Il n'y a que Toi qui es Agneau !"
"Oui, toi. Moi l'Agneau de Dieu, et toi l'agneau de l'Agneau de
Dieu."
"Oh !!! Une autre fois, c'était les premiers jours que j'étais avec Toi,
tu m'as dit déjà cette parole. Nous étions nous deux seuls, comme maintenant,
dans la verdure comme maintenant. C'était la belle saison." Jean est
tout réjoui par le souvenir qui lui revient. Et il murmure : "Je suis
toujours, encore l'agneau de l'Agneau de Dieu..."
Jésus le caresse et il lui offre un morceau du pigeon rôti resté sur la
table, enveloppé d'une feuille de parchemin. Ensuite il ouvre des figues
succulentes et les lui offre, joyeux de le voir manger. Jésus s'est assis de
travers sur le bord de la table et il regarde Jean avec une telle intensité
que ce dernier Lui demande : "Pourquoi me regardes-tu ainsi ? Parce que
je mange comme un goulu ?"
"Non. Parce que tu es comme un enfant... Oh ! mon bien-aimé ! Comme je
t'aime pour ton cœur !" et Jésus se penche pour baiser les cheveux
blonds de l'apôtre et il lui dit : "Reste ainsi, toujours ainsi, avec
ton cœur sans orgueil ni rancœurs. Ainsi, même dans les heures du
déchaînement de la férocité. N'imite pas ceux qui pèchent, mon enfant."
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121> Jean est repris par sa peine
et il dit : "Mais moi, je ne puis croire que Simon et Pierre..."
"Tu te tromperais, en vérité, si tu les croyais pécheurs. Bois. C'est
une bonne et fraîche boisson. C'est Marthe qui l'a préparée... Maintenant tu
t'es restauré. Je suis certain que tu n'avais pas fini ton repas..."
"C'est vrai. Les larmes m'étaient venues. En effet tant que c'est le
monde qui nous hait, on comprend. Mais que l'un de nous insinue..."
"N'y pense plus. Toi et Moi nous savons que Simon et le Zélote sont
honnêtes. Et cela suffit. Et tu sais que, malheureusement, Judas est pécheur.
Mais tais-toi. Quand seront passés tant et tant de lustres, et qu'il sera
juste de dire toute la grandeur de ma douleur, tu diras alors même ce que
j'ai souffert des actions de cet homme en plus de ce que j'ai souffert de
l'apôtre. Allons. C'est l'heure de quitter cet endroit pour aller vers le
Camp des Galiléens et..."
"Allons-nous aussi passer cette nuit là-bas ? Et auparavant, allons-nous
au Gethsémani ? Judas voulait le savoir. Il dit qu'il est las de rester sous
la rosée et avec un repos si court et si inconfortable."
"Ce sera bientôt fini. Mais je ne vais pas dire à Judas mes
intentions..."
"Tu n'y es pas tenu. C'est Toi qui dois nous guider, et non nous qui
devons te guider." Jean est si éloigné de trahir qu'il ne comprend même
pas la raison de prudence pour laquelle, depuis quelques jours, Jésus ne dit
jamais ce qu'il compte faire.
Les voilà au milieu des dormeurs. Ils les appellent. Ils s'éveillent. De son
côté Manaën, une
fois sa tâche accomplie, s'excuse auprès du Maître de ne pouvoir rester, et
de ne pas pouvoir être le lendemain près de Lui au Temple car il doit rester
au palais. Et en le disant il regarde fixement Pierre et Simon, qui
entre-temps sont revenus, et Pierre fait un signe rapide de la tête comme
pour dire : "Compris."
Ils sortent du jardin. Il fait encore chaud. Il y a encore du soleil, mais
déjà la brise du soir tempère la chaleur et pousse quelques petits nuages
dans le ciel pur.
Ils montent par Siloan, en évitant les lieux des
lépreux auxquels Simon le Zélote va apporter les restes de leur repas, au
petit nombre de ceux qui restent et qui n'ont pas su croire en Jésus.
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122> Matthias, l'ex
berger, s'approche de Jésus et demande : "Mon Seigneur et Maître, j'ai
beaucoup réfléchi avec mes compagnons à tes paroles jusqu'au moment où la fatigue
nous a pris et nous nous sommes endormis avant d'avoir pu résoudre les
questions que nous nous étions posées. Et maintenant, nous sommes plus sots
qu'avant. Si nous avons bien compris les discours de ces jours, tu as prédit
que beaucoup de choses changeront, bien que la Loi reste inchangée et que
l'on devra édifier un nouveau Temple, avec de nouveaux prophètes, sages et
scribes, contre lequel on livrera bataille, et qui ne mourra pas, alors que
celui-ci, toujours si j'ai bien compris, paraît destiné à périr."
"Il est destiné à périr. Rappelle-toi la prophétie de Daniel..."
"Mais nous, pauvres et peu nombreux, comment pourrons-nous l'édifier de
nouveau alors que les rois ont eu du mal à édifier celui-ci ? Où
l'édifierons-nous ? Pas ici, puisque tu dis que ce lieu restera désert
jusqu'à ce qu'eux ne te béniront comme envoyé par Dieu."
"C'est ainsi."
"Dans ton Royaume, non. Nous sommes convaincus que ton Royaume est
spirituel. Et alors comment, où l'établirons-nous ? Tu as dit hier que le
vrai Temple — celui-ci n'est donc pas le vrai Temple ? — que le vrai Temple,
quand ils croiront l'avoir détruit, ce sera alors qu'il montera triomphant
vers la vraie Jérusalem. Où est celle-ci ? Il y a en nous beaucoup de
confusion."
"Il en est ainsi. Que les ennemis détruisent
donc le vrai Temple. En trois jours je le ferai surgir à nouveau, et il ne
connaîtra plus d'embûches en s'élevant là où l'homme ne peut lui nuire.
En ce qui concerne le Royaume de Dieu, il est en vous et partout où il y a
des hommes qui croient en Moi. Eparpillé pour le moment, se répandant sur la
Terre au cours des siècles. Puis éternel, uni, parfait dans le ciel. C'est
là, dans le Royaume de Dieu, que sera édifié le nouveau Temple, c'est-à-dire
là où sont les esprits qui acceptent ma doctrine, la doctrine du Royaume de
Dieu, et en pratiquent les préceptes. Comment sera-t-il édifié si vous êtes
pauvres et peu nombreux ? Oh ! en vérité, il n'est pas besoin d'argent ni de
puissances pour construire l'édifice de la nouvelle demeure de Dieu, individuelle
ou collective. Le Royaume de Dieu est en vous, et l'union de tous ceux qui
auront en eux le Royaume de Dieu, de tous ceux qui auront Dieu en eux, Dieu :
la Grâce ; Dieu : la Vie ; Dieu : la Lumière; Dieu : la Charité, constituera
le grand Royaume de Dieu sur la Terre, la nouvelle Jérusalem qui arrivera à
s'étendre jusqu'aux confins du monde et qui, complète et parfaite, sans
imperfections, sans ombres, vivra éternellement au Ciel.
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123> Comment ferez-vous pour
édifier Temple et cité ? Oh ! ce n'est pas vous, mais Dieu qui édifiera ces
nouveaux lieux. Vous devrez seulement Lui donner votre bonne volonté. C'est
bonne volonté que de rester en Moi. Vivre ma doctrine, c'est bonne
volonté. Rester unis, c'est la bonne volonté. Unis à
Moi jusqu'à faire un seul corps nourri dans toutes ses parties, même les plus
petites, par une humeur unique. Un unique édifice reposant sur une base
unique et tenu uni par une mystique cohésion. Mais puisque sans l'aide du
Père, que je vous ai enseigné à prier et que je prierai pour vous avant de
mourir, vous ne pourriez être dans la Charité, dans la Vérité, dans la Vie,
c'est-à-dire encore en Moi et avec Moi en Dieu Père et en Dieu Amour, car
Nous sommes une unique Divinité, pour ce motif je vous dis d'avoir Dieu en
vous pour pouvoir être : le Temple qui ne connaîtra pas de fin. De
vous-mêmes, vous ne pourriez faire. Si ce n'est pas Dieu qui édifie, et II ne
peut édifier où II ne peut prendre sa demeure, c'est inutilement que les
hommes s'agitent pour édifier ou réédifier. Le Temple nouveau, mon Église,
s'élèvera seulement quand votre cœur sera la demeure de Dieu et c'est Lui,
avec vous, pierres vivantes, qui édifiera son Église."
"Mais n'as-tu pas dit que Simon de Jonas en est le Chef, la Pierre, sur
laquelle on édifiera ton Église ? Et n'as-tu pas fait comprendre aussi que tu
en es la pierre angulaire ? Qui donc en est le chef ? Elle existe ou non
cette Église ?" interrompt l'Iscariote.
"Je suis le Chef mystique, Pierre en
est le chef visible. Car je retourne au Père en vous laissant la Vie, la
Lumière, la Grâce, par ma Parole, par mes souffrances, par le Paraclet qui
sera ami de ceux qui m'ont été fidèles. Je suis une chose unique avec mon
Église, mon corps spirituel dont je suis la tête. La tête contient le cerveau
ou esprit. L'esprit est le siège du savoir, le cerveau est ce qui dirige les
mouvements des membres par ses commandements immatériels, qui sont plus
puissants pour faire mouvoir les membres que toute autre excitation. Observez
un mort dans lequel le cerveau est mort. A-t-il peut-être du mouvement dans
ses membres ? Observez quelqu'un qui est complètement idiot. N'est-il pas
peut-être inerte au point de ne pas avoir ces rudimentaires mouvements
instinctifs que possède l'animal le plus inférieur, le ver que nous écrasons
en passant ? Observez quelqu'un chez qui la paralysie a rompu le contact des
membres, de un ou plusieurs membres, avec le cerveau. A-t-il peut-être du
mouvement dans la partie qui n'a plus de lien vital avec là tête ?
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124> Mais si l'esprit dirige par
ses ordres immatériels, ce sont les autres organes : yeux, oreilles, langue, nez,
peau, qui communiquent les sensations à l'esprit et ce sont les autres
parties du corps qui exécutent et font exécuter ce que l'esprit commande,
averti par les organes matériels et visibles autant que l'intellect est
invisible. Pourrais-je, sans vous dire : asseyez-vous, obtenir que vous vous
assoyiez sur la pente de cette montagne ? Même si je pense que je veux que
vous vous mettiez assis, vous ne le savez pas tant que je ne traduis pas ma
pensée en paroles et que je la dise en me servant de ma langue et de mes
lèvres. Pourrais-je Moi-même m'asseoir, si je le pensais seulement parce que
je sens la fatigue de mes jambes, mais si celles-ci refusaient de se plier et
de me mettre ainsi assis ?
L'esprit a besoin d'organes et de membres pour faire et pour faire faire les
opérations que la pensée pense. Ainsi dans le corps spirituel qu'est mon
Église, je serai l'Intellect, c'est-à-dire la tête, siège de l'intellect,
Pierre et ses collaborateurs seront ceux qui observent les réactions et
perçoivent les sensations et les transmettent à l'esprit pour qu'il éclaire
et ordonne ce qu'il faut pour le bien de tout le corps et pour que, ensuite,
éclairés et dirigés par mon ordre, ils parlent et guident les autres parties
du corps. La main qui repousse l'objet qui peut blesser le corps, ou qui
éloigne ce qui étant corrompu peut corrompre, le pied qui saute l'obstacle
sans vous heurter et vous faire tomber et vous blesser, ont eu l'ordre de le
faire de la partie qui dirige. L'enfant, et même l'homme qui est sauvé d'un danger
ou qui fait un gain quelconque : instruction, bonnes affaires, mariage, bonne
alliance à cause d'un conseil reçu, d'une parole qu'on lui dit, c'est par ce
conseil et cette parole qu'il évite de se nuire ou qu'il se fait du bien. Il
en sera ainsi dans l'Église. Le chef, et les chefs, guidés par la Divine
Pensée et éclairés par la Divine Lumière et instruits par l'Éternelle Parole,
donneront les ordres et les conseils, et les membres agiront pour avoir la
santé spirituelle et le gain spirituel.
Mon Église existe déjà, parce que déjà elle possède sa Tête surnaturelle et
elle a sa Tête divine et elle a ses membres : les
disciples. Petite encore : un germe qui se forme, parfaite uniquement dans la
Tête qui la dirige, imparfaite dans le reste qui a besoin que Dieu le touche
pour être parfaite, et du temps pour grandir. Mais en vérité, je vous dis
qu'elle existe déjà et qu'elle est sainte grâce à Celui qui en est le Chef et
à la bonne volonté des justes qui la composent. Sainte et invincible. Contre
elle se jettera des milliers de fois l'enfer, et il la combattra sous mille
formes, l'enfer composé des démons et des hommes-démons, mais il ne prévaudra
pas. L'édifice sera inébranlable.
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125> Mais l'édifice n'est pas fait
d'une seule pierre. Observez le Temple, là-bas, vaste, beau, dans le soleil
couchant. Est-il par hasard fait d'une seule pierre ? C'est un ensemble de
pierres qui forment une unité harmonieuse, un tout. On dit : le Temple.
C'est-à-dire une unité. Mais cette unité est faite des pierres nombreuses qui
l'ont composée et formée. Il aurait été inutile de faire les fondations si
elles n'avaient pas dû ensuite soutenir les murs et le toit, si sur elles
n'avaient pas dû s'élever les murs. Et il aurait été impossible d'élever les
murs et de soutenir le toit si on n'avait pas commencé par faire des
fondations solides proportionnées à une si grande masse.
C'est ainsi, avec cette interdépendance des parties, que s'élèvera aussi le
nouveau Temple. Au cours des siècles vous l'édifierez en l'appuyant sur les
fondements que je lui ai donnés, parfaits, en sa masse. Vous l'édifierez sous
la direction de Dieu, avec la bonté des choses employées pour l'élever : des
esprits que Dieu habite. Dieu dans votre cœur, afin d'en faire une pierre
polie et sans fêlure pour le Temple nouveau. Son Royaume sera établi avec ses
lois dans votre esprit. Autrement vous seriez des briques mal cuites, du bois
vermoulu, des pierres éclatées et gélives qui ne tiennent pas et que le
constructeur, s'il est prudent, rejette, ou qui ne résistent pas, qui cèdent,
en faisant écrouler une partie si le constructeur, les constructeurs préposés
par le Père à la construction du Temple, sont des constructeurs qui
s'idolâtrent, qui se pavanent en leur cœur sans veiller et se fatiguer sur la
construction qui s'élève et sur les matériaux employés pour la faire.
Constructeurs idolâtres, directeurs idolâtres, gardiens idolâtres, voleurs !
Voleurs de la confiance de Dieu, de l'estime des hommes, voleurs et
orgueilleux qui se contentent d'avoir la possibilité de gain, et d'avoir un
tas de matériaux, et qui ne font pas attention s'ils sont bons ou mauvais,
cause de ruine.
Vous, nouveaux prêtres et scribes du nouveau
Temple, écoutez. Malheur à vous, et à ceux qui après vous, s'idolâtreront et
ne veilleront pas et ne surveilleront pas eux-mêmes et les autres, les
fidèles, pour observer, essayer la bonté des pierres et des boiseries, sans
se fier aux apparences, et seront cause de ruines en permettant que des
matériaux douteux, ou même tout à fait nuisibles, soient employés pour le
Temple, donnant du scandale et provoquant la ruine.
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126> Malheur à vous si vous
laissez se créer des lézardes et des murailles peu sûres, informes, qui
s'écrouleront facilement parce qu'elles ne sont pas en équilibre sur des
bases solides et parfaites. Ce n'est pas de Dieu, Fondateur de l'Église, que
viendrait le désastre, mais de vous tous et vous en seriez responsables
devant le Seigneur et les hommes. Diligence, observation, discernement,
prudence ! La pierre, la brique, la poutre faible, qui seraient ruineuses
dans un gros mur, peuvent servir et bien servir dans des parties de moindre
importance. C'est ainsi que vous devez savoir choisir. Avec charité pour
ne pas dégoûter les parties faibles, avec fermeté pour ne pas dégoûter Dieu
et ruiner son Édifice. Et si vous vous apercevez qu'une pierre, déjà en place
pour soutenir un angle maître, n'est pas bonne ou n'est pas équilibrée,
soyez courageux, audacieux, et sachez l'enlever de cette place, mortifiez-la
en l'équerrant par le ciseau d'un saint zèle. Si elle crie de douleur,
n'importe. Elle vous bénira ensuite, au long des siècles, parce que vous
l'aurez sauvée. Déplacez-la, donnez-lui une autre fonction. N'ayez pas peur
même de l'éloigner tout à fait si vous voyez qu'elle est un objet de scandale
et de ruine, rebelle à votre travail. Mieux vaut peu de pierres que beaucoup
de remplissage. Ne vous hâtez pas. Dieu ne se hâte jamais, mais ce qu'il crée
est éternel, parce que bien pesé avant l'exécution. À défaut
d'être éternel, il doit durer autant que les siècles. Regardez l'Univers.
Depuis des siècles, des milliers de siècles, il est comme Dieu l'a fait par
des opérations successives. Imitez le Seigneur. Soyez parfaits comme votre
Père. Ayez sa Loi en vous, son Royaume en vous, et vous ne faillirez
pas.
Mais s'il n'en était pas ainsi, l'édifice s'écroulerait et c'est en vain que
vous vous seriez fatigués à l'élever. Il s'écroulerait et il ne resterait de
lui que la pierre angulaire, les fondations... C'est ce qu'il adviendra de
celui-ci !... En vérité je vous dis que de lui il en sera ainsi. Et il en
sera ainsi du vôtre si vous y mettez ce qu'il y a en celui-ci : les parties
malades d'orgueil, d'avidité, de péché, de luxure. Comme s'est défait par le
souffle du vent ce pavillon de nuages si gracieusement beau qui semblait
reposer sur le sommet de cette montagne, de même, au souffle d'un vent de
châtiment surnaturel et humain, s'écrouleront les édifices qui n'ont de saint
que le nom..."
Jésus se tait, pensif. Quand il parle à nouveau c'est pour commander :
"Asseyons-nous ici pour nous reposer un peu."
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127> Ils s'asseyent sur une pente
du mont des Oliviers en face du Temple baisé par le soleil couchant. Jésus
regarde fixement cet endroit, avec tristesse. Les autres avec orgueil à cause
de sa beauté, mais sur l'orgueil est étendu un voile d'inquiétude, laissé par
les paroles du Maître. Et si cette beauté devait réellement périr ?...
Pierre et Jean parlent entre eux et puis
murmurent quelque chose à Jacques d'Alphée et à André, leurs voisins, qui expriment
leur accord par un signe de tête. Alors Pierre se tourne vers le Maître et
Lui dit : "Viens à part et explique-nous quand se réalisera ta prophétie
sur la destruction du Temple. Daniel en parle, mais s'il en était comme lui
le dit et comme tu le dis, le Temple n'aurait plus que quelques heures. Mais
nous ne voyons pas d'armée ni de préparatifs de guerre. Quand donc cela
arrivera-t-il ? Quel en sera le signe ? Tu es venu. Tu dis que tu vas t'en
aller. Et pourtant on sait que cela n'arrivera que quand tu seras parmi les
hommes. Tu reviendras, alors ? À quand ton retour ? Explique-nous, afin que
nous sachions..."
"Il n'est pas besoin de se mettre à l'écart. Tu vois ? Sont restés les
disciples les plus fidèles qui vous aideront grandement, vous les douze. Eux
peuvent entendre les paroles que je vous dis. Venez tous près de Moi !"
crie-t-il à la fin pour rassembler tout le monde.
Les disciples, disséminés sur la pente, s'approchent, forment un groupe
compact, serré autour du groupe principal de Jésus avec ses apôtres, et ils
écoutent.
"Prenez garde que personne ne vous séduise à l'avenir. Je suis le Christ
et il n'y aura pas d'autres Christs. Donc quand plusieurs viendront vous dire
: "Je suis le Christ" et ils en séduiront un grand nombre, vous ne
croyez pas à ces paroles, même si elles sont accompagnées de prodiges. Satan, père du mensonge et
protecteur des menteurs, aide ses serviteurs et ceux qui le suivent par de
faux prodiges qu'on peut pourtant reconnaître comme n'étant pas bons car ils
sont toujours unis à la peur, au trouble et au mensonge. Les prodiges de Dieu, vous les connaissez : ils donnent une paix sainte, la joie, le salut, la foi, ils amènent à des
désirs et des œuvres saintes. Les autres, non. Réfléchissez donc sur la forme
et les conséquences des prodiges que vous pourrez voir à l'avenir attachées à
l'œuvre des faux Christs et de ceux qui s'envelopperont des vêtements des
sauveurs de peuples et seront au contraire les fauves qui les ruinent.
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128> Vous entendrez aussi, et vous
verrez aussi, parler de guerres et de bruits de guerre, et ils vous diront :
"Ce sont les signes de la fin". Ne vous troublez pas : ce ne sera
pas la fin. Il faut que tout cela arrive avant la fin, mais ce ne sera pas
encore la fin. Il y aura des soulèvements d'un peuple contre un peuple, d'un
royaume contre un royaume, d'une nation contre une nation, d'un continent contre
un continent, et il s'ensuivra des pestes, des disettes, des tremblements de
terre en plusieurs endroits. Mais ce ne sera que le commencement des
douleurs. Alors ils vous jetteront dans la tribulation et ils vous tueront en
vous accusant d'être responsables de leurs souffrances, et en espérant en
sortir, en persécutant et en détruisant mes serviteurs. Les hommes
accusent toujours les innocents d'être la cause du mal que les pécheurs se
créent eux-mêmes. Ils accusent Dieu Lui-même, Innocence Parfaite et Bonté
Suprême, d'être la cause de leurs souffrances et agiront ainsi avec vous, et
vous serez haïs à cause de mon Nom. C'est Satan qui les pousse. Et beaucoup
se scandaliseront et se trahiront et se haïront mutuellement. C'est encore
Satan qui les pousse. Et il s'élèvera de faux prophètes qui induiront un
grand nombre de gens en erreur. Ce sera encore Satan l'auteur véritable de
tant de mal. Et à cause de la multiplication de l'iniquité, la charité se
refroidira en plusieurs. Mais qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé.
Et auparavant il faut que cet Évangile du Royaume de Dieu soit prêché dans le
monde entier, comme témoignage pour toutes les nations. Alors viendra la fin.
Retour au Christ d'Israël qui l'accueille et prédication de ma Doctrine dans
le monde entier.
Et puis un autre signe. Un signe pour la fin
du Temple et pour la fin du Monde. Quand vous verrez l'abomination de la
désolation, prédite par Daniel — que
celui qui m'écoute comprenne bien et que celui qui lit le prophète sache lire
entre les lignes — alors que celui qui sera en Judée s'enfuie sur les
montagnes, que celui qui sera sur sa terrasse ne descende pas prendre ce
qu'il a dans sa maison, et que celui qui est dans son champ ne revienne pas à
la maison pour prendre son manteau, mais qu'il fuie sans se retourner, pour
qu'il ne lui arrive pas de ne plus pouvoir le faire, et même qu'en fuyant il
ne se retourne pas pour regarder, pour ne pas garder dans son cœur le
spectacle horrible et en devenir fou. Malheur à celles qui seront enceintes
et qui allaiteront en ces jours ! Et malheur si la fuite devait s'accomplir
pendant le sabbat ! La fuite ne suffirait pas pour se sauver sans pécher.
Priez donc pour qu'elle n'arrive pas en hiver et un jour de sabbat, car alors
la tribulation sera si grande qu'il n'y en a pas eu de telle depuis le
commencement du monde jusqu'à nos jours et qu'il n'y en aura plus jamais de
semblable car ce sera la fin. Si ces jours n'étaient pas abrégés en faveur
des élus, personne ne se sauverait car les hommes-satan
s'allieront à l'enfer pour tourmenter les hommes.
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129> Et alors aussi, pour
corrompre et tirer hors de la voie juste ceux qui resteront fidèles au
Seigneur, s'élèveront des gens qui diront : "Le Christ est ici, le
Christ est là. Il est en cet endroit. Le voici". Ne croyez pas. Que
personne ne les croie, car il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes
qui feront des prodiges et des choses extraordinaires capables d'induire en
erreur, s'il était possible, les élus eux-mêmes. Ils diront des doctrines en
apparence si convenables et si bonnes qu'elles séduiraient même les
meilleurs, s'ils n'avaient pas avec eux l'Esprit de Dieu qui les éclairera
sur la vérité et l'origine satanique de ces prodiges et de ces doctrines. Je
vous le dis. Je vous le prédit pour que vous
puissiez vous diriger. Mais ne craignez pas de tomber. Si vous restez dans le
Seigneur, vous ne serez pas attirés par la tentation et la ruine.
Rappelez-vous ce que je vous ai dit : "Je vous ai donné le pouvoir de
marcher sur les serpents et les scorpions, et de toute la puissance de
l'Ennemi rien ne vous nuira car tout vous sera soumis"
. Je
vous rappelle aussi cependant que pour l'obtenir vous devez avoir Dieu en
vous, et vous devez vous réjouir, non parce que vous maîtrisez les puissances
du mal et les choses empoisonnées, mais parce que votre nom est écrit dans le
Ciel.
Restez dans le Seigneur et dans sa vérité.
Je suis la Vérité et j'enseigne la vérité. Aussi, je vous répète encore :
quelque chose que l'on vous dise de Moi, ne le croyez pas. Moi seul ai dit la
vérité. Moi seul je vous dis que le Christ viendra, mais quand ce sera la
fin. Donc si l'on vous dit : "II est dans le désert" n'y allez pas.
Si l'on vous dit : "II est dans cette maison" n'y croyez pas. En
effet le Fils de l'homme, quand il viendra pour la seconde fois, sera
semblable à l'éclair qui sort du levant et glisse jusqu'au couchant en moins
de temps qu'il n'en faut pour le battement d'une paupière. Et il glissera sur
le grand Corps, devenu soudainement Cadavre, suivi de ses anges
resplendissants, et il jugera. Partout où sera le corps, se réuniront les
aigles.
Et tout de suite après la tribulation de ces
derniers jours dont on vous a parlé — je parle maintenant de la fin du temps
et du monde et de la résurrection des ossements dont ont parlé les prophètes
— le soleil s'obscurcira, et la lune ne donnera plus de lumière, et les
étoiles du ciel tomberont comme les grains d'une grappe trop mûre secouée par
un vent de tempête, et les puissances des Cieux trembleront. Et alors, dans
le firmament obscurci, apparaîtra fulgurant le signe du Fils de l'homme, et
toutes les nations de la Terre pleureront, et les hommes verront le Fils de
l'homme qui viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une
grande gloire.
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130> Et Lui commandera à ses anges
de moissonner et de vendanger, et de séparer l'ivraie du bon grain, et de
jeter le raisin dans la cuve, car il sera venu le temps de la grande récolte
des descendants d'Adam, et il n'y aura plus besoin de garder des grappillons
ou de la semence, car l'espèce humaine ne se perpétuera plus jamais sur la
Terre morte. Et il commandera à ses anges de réunir à grand son de trompe les
élus des quatre vents, d'une extrémité à l'autre du ciel pour qu'ils soient à
côté du Divin Juge pour juger avec Lui les derniers vivants et ceux qui
seront ressuscités.
Apprenez du figuier une ressemblance : quand
vous voyez ses branches s'attendrir et mettre des feuilles, vous savez que
l'été est proche. De même aussi, quand vous verrez toutes ces choses, sachez
que le Christ va venir. En vérité je vous dis : elle ne passera pas cette génération
qui n'a pas voulu de Moi avant que tout cela se produise. Ma parole ne
tombera pas. Ce que je dis sera. Le cœur et la pensée des hommes peuvent
changer, mais ma parole ne change pas. Le ciel et la terre passeront mais mes
paroles ne passeront pas.
Quant au jour et à l'heure précise, personne
ne les connaît, pas même les anges du Seigneur, mais le Père seul les
connaît. Comme au temps de Noé, ainsi il en sera à la venue du Fils de
l'homme. Dans les jours qui précédèrent le déluge les hommes mangeaient,
buvaient, se mariaient, se logeaient, sans réfléchir au signe jusqu'au jour
où Noé entra dans l'arche et où s'ouvrirent les cataractes du ciel et où le
déluge submergea tous les vivants et toutes les choses. De même aussi il en
sera pour la venue du Fils de l'homme. Alors deux hommes seront l'un près de
l'autre dans un champ et l'un sera pris et l'autre laissé, et deux femmes
seront appliquées à faire aller la meule et l'une sera prise et l'autre
laissée, par les ennemis de la Patrie et plus encore par les anges qui
sépareront la bonne semence de l'ivraie, et ils n'auront pas le temps de se
préparer au jugement du Christ.
Veillez donc car vous ne savez pas à quelle heure viendra votre Seigneur.
Pensez de nouveau à ceci : si le chef de famille savait à quelle heure vient
le voleur, il veillerait et ne laisserait pas dépouiller sa maison. Veillez
donc et priez, en étant toujours préparés à sa venue, sans que vos cœurs
tombent dans la torpeur par des abus et des excès de toutes espèces et que
vos esprits ne soient pas éloignés et fermés aux choses du Ciel par le soin
excessif aux choses de la Terre, et que le lacet de la mort ne vous prenne
pas à l'improviste quand vous ne serez pas préparés. Car, rappelez-vous, tous
vous devez mourir. Tous les hommes, dès leur naissance, sont destinés à la
mort, et c'est une venue particulière du Christ cette mort et le jugement
subséquent, qui devra se répéter pour tous les hommes à la venue solennelle
du Fils de l'homme.
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131> Qu'en sera-t-il donc de ce serviteur fidèle
et prudent préposé par son maître pour donner en son absence la nourriture
aux gens de sa maison ? C'est un heureux sort qu'il aura si son maître,
revenant à l'improviste, le trouve à faire ce qu'il doit avec sollicitude,
justice et amour. En vérité je vous dis qu'il dira : "Viens, bon et
fidèle serviteur. Tu as mérité ma récompense. Tiens, administre tous mes
biens". Mais s'il paraissait, sans l'être, bon et fidèle et si
intérieurement il était mauvais comme extérieurement il était hypocrite, et
qu'après le départ de son maître il ait dit en son cœur : "Le maître
tardera à revenir ! Donnons-nous du bon temps", et s'il se mettait à
battre et à maltraiter ses coserviteurs en faisant
de l'usure sur eux pour la nourriture et toutes espèces de choses pour avoir
plus d'argent à dépenser avec les noceurs et les ivrognes, qu'arrivera-t-il ?
Que le maître reviendra à l'improviste, quand le serviteur ne pense pas qu'il
est tout près, et sera découverte sa mauvaise conduite, sa place et l'argent
lui seront enlevés, et il sera chassé, comme le veut
la justice et y restera.
Il en est ainsi du pécheur impénitent qui ne se demande pas comment la mort
peut être proche, et voisin son jugement, et jouit et abuse en disant :
"Plus tard, je me repentirai". En vérité je vous dis qu'il n'aura
pas le temps de le faire et qu'il sera condamné à rester éternellement dans
le lieu de la redoutable horreur où il n'y a que blasphèmes, pleurs et
tortures, et qu'il en sortira seulement pour le Jugement final, quand il
revêtira sa chair ressuscitée pour se présenter entier au Jugement final
comme il a péché avec tout son être au temps de sa vie terrestre, et avec son
corps et son âme il se présentera au Juge Jésus dont il n'a pas voulu comme
Sauveur.
Tous seront là devant le Fils de l'homme.
Une multitude infinie de corps rendus par la terre et la mer et recomposés
après avoir été poussière pendant si longtemps, et les esprits dans les
corps. À chaque chair revenue sur les squelettes correspondra son propre
esprit qui l'animait autrefois. Et ils seront debout devant le Fils de
l'homme, splendide dans sa divine Majesté, assis sur le trône de sa gloire
soutenu par ses anges.
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132> Et II séparera les hommes
entre eux en mettant d'un côté les bons et de l'autre les mauvais, comme un
berger sépare les brebis des boucs, et II mettra ses brebis à droite et les
boucs à gauche. Et de sa douce voix et avec son aspect bienveillant II dira à
ceux qui, paisibles et beaux d'une beauté glorieuse dans la splendeur d'un
corps saint, le regarderont avec tout l'amour de leurs cœurs : "Venez, ô
bénis de mon Père, prenez possession du Royaume préparé pour
, vous depuis l'origine du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez
donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'ai été pèlerin
et vous m'avez logé, j'ai été nu et vous m'avez revêtu, malade et vous êtes
venus me rendre visite, prisonnier et vous êtes venus me réconforter".
Et les justes Lui demanderont : "Quand donc, Seigneur, t'avons-nous vu
affamé pour te donner à manger, assoiffé pour te donner à boire ? Quand donc
t'avons-nous vu pèlerin pour t'accueillir, nu pour te revêtir ? Quand
t'avons-nous vu malade et prisonnier, pour être venus te rendre visite
?" Et le Roi des rois leur dira : "En vérité, je vous le dis :
quand vous avez fait une de ces choses à un des plus humbles parmi mes
frères, alors c'est à Moi que vous l'avez fait".
Et puis II se tournera vers ceux qui seront à sa gauche et II leur dira d'un
air sévère, et ses regards seront comme des flèches qui foudroieront les
réprouvés, et dans sa voix tonnera la colère de Dieu : "Hors d'ici !
Loin de Moi, ô maudits ! Dans le feu éternel préparé par la fureur de Dieu
pour le démon et les anges de ténèbres et pour ceux qui les ont écoutés avec
leur voix de la passion triple et obscène. J'ai eu faim et vous ne m'avez pas
donné à manger, soif et vous ne m'avez pas désaltéré, j'ai été nu et vous ne
m'avez pas revêtu, pèlerin et vous m'avez repoussé, malade et prisonnier et
vous ne m'avez pas rendu visite, car vous n'aviez qu'une loi : le plaisir de
votre moi". Et eux Lui diront : "Quand t'avons-nous vu affamé,
assoiffé, nu, pèlerin, malade, prisonnier ? En vérité, nous ne t'avons pas connu.
Nous n'y étions pas quand tu étais sur la Terre ". Et Lui leur répondra
: "C'est vrai, vous ne m'avez pas connu, car vous n'y étiez pas quand
j'étais sur la Terre. Mais vous avez pourtant connu ma parole et vous avez eu
parmi vous des pauvres, des gens affamés, assoiffés, nus, malades,
prisonniers. Pourquoi ne leur avez-vous pas fait ce que peut-être vous
m'auriez fait à Moi ? Car il n'est pas dit que ceux qui m'ont eu parmi eux
ont été miséricordieux envers le Fils de l'homme. Ne saviez-vous pas que je
suis dans mes frères et que suis là où souffre l'un d'eux, et ce que vous
n'avez pas fait à l'un de mes plus humbles frères, c'est à Moi que vous
l'avez refusé, à Moi, premier-né des hommes ? Allez et brûlez dans votre
égoïsme. Allez, et que les ténèbres et le gel vous enveloppent puisque vous
avez été ténèbres et gel, tout en sachant où était la Lumière et le Feu de
l'Amour". Et ceux-là iront à l'éternel supplice alors que les justes
entreront dans la vie éternelle.
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133> Tel est l'avenir...
Maintenant allez. Et ne vous séparez pas entre vous. Je m'en vais avec Jean
et je serai près de vous au milieu de la première veille, pour le repos et
pour aller ensuite à nos instructions."
"Ce soir aussi ? Ferons-nous cela tous les soirs ? Je suis tout endolori
par la rosée. Ne vaudrait-il pas mieux désormais entrer dans quelque maison
hospitalière ? Toujours sous les tentes ! Toujours à veiller et pendant les
nuits, qui sont fraîches et humides..." dit Judas, en se lamentant.
"C'est la dernière nuit. Demain... ce sera différent."
"Ah ! je croyais que tu voulais aller au Gethsémani toutes les nuits.
Mais si c'est la dernière..."
"Je n'ai pas dit cela, Judas. J'ai dit que ce sera la dernière nuit à
passer au Camp des Galiléens tous unis. Demain, nous préparerons la Pâque et
nous consommerons l'agneau et puis j'irai seul prier dans le Gethsémani. Et
vous pourrez faire ce que vous voulez."
"Mais nous viendrons avec Toi, Seigneur ! Quand donc avons-nous voulu te
quitter ?" dit Pierre.
"Tais-toi, toi qui es en faute. Toi et le
Zélote, vous ne faites que voleter ça et là dès que le Maître ne vous voit
pas. Je vous ai à l'œil. Au Temple... pendant la journée... sous les tentes,
là bas..." dit l'Iscariote, heureux de dénoncer.
"Suffit ! S'ils le font, ils font bien. Mais pourtant ne me laissez pas
seul... Je vous en prie..."
"Seigneur, nous ne faisons rien de mal, crois-le. Nos actions sont
connues de Dieu et son œil ne se détourne pas d'elles avec dégoût" dit
le Zélote.
"Je le sais, mais c'est inutile. Et ce qui est inutile peut toujours
être dommageable. Restez le plus possible unis." Puis il s'adresse à Matthieu : "Toi, mon bon
chroniqueur, tu leur répéteras la parabole des dix
vierges sages et des dix vierges folles, et celle du maître qui donne
des talents à ses
trois serviteurs pour qu'ils les fassent fructifier, et des deux qui gagnent
le double et du paresseux qui enterre le sien. Te souviens-tu ?"
"Oui, mon Seigneur, exactement."
"Alors répète-les à ceux-ci. Tous ne les connaissent pas et même ceux
qui les connaissent auront plaisir à les entendre à nouveau.
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134> Passez ainsi le temps en sages
conversations jusqu'à mon retour. Veillez ! Veillez ! Tenez votre esprit
éveillé. Ces paraboles sont appropriées à ce que je dis. Adieu. La paix soit
avec vous."
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