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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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vendredi
25 juin 27
- Discours (Pourquoi blesser des oiseaux ?) 251 - Judas satisfait d'avoir fait une bonne affaire 252 - Le récit de sa fourberie 253 - Début de querelle entre Judas et le Zélote 256 - Jésus distribue les tâches aux bergers 257 |
2.46. |
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251> Voici la place du marché à Jéricho, Mais ce n'est pas le matin, c'est le soir, au cours d'un long crépuscule très chaud de plein été. Du marché du matin il ne reste que des déchets : débris de légumes, monceaux des excréments, paille tombée des paniers ou des bâts des ânes, morceaux de chiffons... Sur le tout, c'est le triomphe des mouches et de ce que tout le soleil fait des fermentations et des exhalations puantes et malodorantes. La vaste place est déserte. Quelques rares passants, quelques gamins querelleurs lancent des pierres aux oiseaux qui sont sur les arbres de la place. Quelques femmes qui vont à la fontaine. C'est tout. Jésus arrive par une rue et regarde autour de lui, mais il ne voit encore personne. Patiemment il s'appuie à un tronc d'arbre et attend.
Ne savez-vous pas que la Loi dit : "Aime ton prochain comme toi-même" ? Qui n’aime pas son prochain ne peut non plus aimer Dieu. Et qui n'aime pas Dieu, comment peut-il aller dans sa Maison et Le prier ? Dieu pourrait leur dire, et le dit du haut des Cieux : "Va-t-en. Je ne te connais pas, un fils, toi ? Non, tu n'aimes pas tes frères, tu ne respecte pas en eux le Père qui les a faits. Tu n'es donc pas un frère ni un fils, mais un bâtard, mauvais fils pour Dieu, faux frère pour tes frères". Voyez comme Il aime, Lui, le Seigneur Éternel ? Aux mois les plus froids, Il fait trouver des greniers et des granges pour que les oiseaux puissent s'y abriter. Pendant les chaleurs, Il leur donne l'ombre des feuilles pour les protéger du soleil. 252> En hiver, dans les champs, le grain est à peine couvert de terre et il est facile de trouver les semences et de s'en nourrir. En été, des fruits succulents soulagent la soif, ils peuvent faire des nids solides et chauds avec les brins de foin et la laine que les troupeaux laissent après les ronces. Et Il est le Seigneur. Vous, petits hommes, créés comme des oiseaux par Lui, frères par conséquent de ces petites créatures, pourquoi voulez-vous être différents en vous croyant permis d'être cruels envers tous ces petits animaux ? Soyez pour tous miséricordieux en ne privant aucun de ce qui lui revient, ni parmi les hommes, vos frères, ni parmi les animaux, vos serviteurs et amis, et Dieu..." "Maître, appelle Simon, Judas arrive." "...et Dieu sera miséricordieux envers vous en vous donnant tout ce qu'il vous faut, comme Il le fait pour ces créatures innocentes. Allez et emportez avec vous la paix de Dieu." Jésus fend le cercle des garçons auxquels s'étaient joints des adultes et va vers Judas et Jean qui arrivent rapidement par une autre rue. Judas jubile. Jean sourit à Jésus... mais ne semble pas tout à fait heureux. "Viens, viens, Maître. Je crois d'avoir bien fait. Mais viens avec moi. Dans la rue, on ne peut parler." "Où ? Judas ?" "A l'auberge. J'ai déjà retenu quatre pièces... oh ! c'est modeste, ne crains pas. Tout juste pour pouvoir se reposer sur un lit après tant de privations et cette chaleur, pour pouvoir manger comme des hommes et non comme des oiseaux sur la branche, et aussi pour parler tranquillement. J'ai très bien vendu. N'est-ce pas, Jean ?" Jean acquiesce, sans beaucoup d'enthousiasme. Mais Judas est tellement content de son opération qu'il ne remarque pas le peu de satisfaction qu'éprouve Jésus pour un logement confortable, ni l'attitude encore moins enthousiaste de Jean. Et il continue : "Ayant vendu au dessus de mon estimation, je me suis dit : "Il est juste d'en prélever une petite somme, cent deniers,[2] pour nos lits et nos repas. Si nous sommes épuisés, nous qui avons toujours mangé, Jésus doit être tout à fait à bout". J'ai le devoir de veiller à ce qu'il ne tombe pas malade, mon Maître ! Devoir d'amour car tu m'aimes et je t'aime... J'ai prévu aussi pour vous et pour les troupeaux." dit-il aux bergers[3]. "J'ai pensé à tout." 253> Jésus ne dit mot. Il le suit avec les autres. Ils arrivent à une petite place secondaire. Judas dit : "Vois cette maison sans fenêtres sur la rue et cette porte si petite qui semble une fente ? C'est la maison du batteur d'or Diomède. On dirait une pauvre habitation, n'est-ce pas ? Mais il y a assez d'or pour acheter tout Jéricho et... ah ! ah ! ... - Judas rit malicieusement... - et dans cet or, on peut trouver beaucoup de colliers et de vaisselle et... et aussi d'autres objets de toutes les personnes qui ont le plus d'influence en Israël. Diomède... Oh ! tout le monde fait semblant de ne pas le connaître, mais tous le connaissent : depuis les Hérodiens à... à tout le monde, voilà. Sur ce mur sans ornement, pauvre, on pourrait écrire "Mystère et Secret". Si ces murs parlaient, il y aurait plus à se scandaliser que de la façon dont j'ai traité l'affaire, Jean !... Toi... tu en mourrais étouffé par la stupeur et le scrupule. Mais plutôt écoute, Maître. Ne m'envoie plus avec Jean pour certaines affaires. Il a manqué peu que tout échouât. Il ne sait pas saisir au vol, il ne sait pas nier, et avec un fourbe comme Diomède il faut être rapide et vif. " Jean murmure : "Tu disais certaines choses ! Si imprévues et tellement... et tellement... Oui, Maître, ne m'envoie plus. Moi, je ne sais qu'aimer, moi..." "Nous aurons difficilement besoin de pareilles ventes." répond Jésus qui est préoccupé. "Voilà l'auberge. Viens Maître. Je vais parler puisque... j'ai tout arrangé." Ils entrent et Judas parle avec le patron qui fait conduire les brebis dans une étable et puis conduit lui-même ses hôtes dans une petite pièce où se trouvent deux nattes qui servent de lits, de sièges et une table qu'on a préparés. Puis il se retire. "Parlons tout de suite, Maître, pendant que les bergers son occupés après leurs troupeaux." "Je t'écoute." "Jean peut dire si je suis sincère." "Je n'en doute pas. Entre honnêtes gens, il n'est pas besoin de serments et de témoignages. Parle." 254>
"Nous
sommes arrivés à Jéricho à la sixième heure. Nous étions en sueur
comme des bêtes de somme. Je n'ai pas voulu donner Diomède l'impression
d'une affaire pressée. Et je suis d'abord venu ici. Je me suis
rafraîchi. J'ai pris un vêtement propre et j'a voulu qu'il fasse de
même. Oh ! il ne voulait rien savoir de se
faire parfumer et arranger les cheveux... Mais, j'avais fait mon plan, le
long de la route !... A l'approche du soir, j'ai dit :
"Allons-y". Alors, nous étions reposés et frais, comme deux
richards en voyage d'agrément. Quand nous étions près d'arriver chez
Diomède, j'ai dit à Jean : "Toi, aide-moi. Ne me démens pas
et sois vif pour comprendre". Mais il eut mieux valu le laisser
dehors. Il ne m'a pas du tout aidé. Et même... Heureusement que je suis
vif pour deux et j'ai fait face à tout. Le gabeleur
sortait de la maison.
"Bien !" me suis-je dit. "Si lui sort, nous trouverons
de l'argent et ce que je veux pour faire le marché". Car le gabeleur,
usurier et voleur comme tous ses semblables a toujours des colliers
arrachés par menaces et usure à quelque pauvre que lui taxe illicitement
pour avoir beaucoup à dépenser en orgies et femmes, Et il est très ami
de Diomède qui achète et vend or et chair... Nous sommes entrés après
que je me fus fait connaître. Je dis : entrés. Parce que autre
chose est d'aller à l'entrée où lui fait semblant de travailler l'or
honnêtement, et autre chose descendre dans le souterrain où lui traite
les vraies affaires.
255> "Très". Alors, nous sommes allés en bas et Diomède a ouvert ses caisses, et ses coffres-forts. Mais, dis la vérité, Jean, ne semblait-il pas d'être aux cieux devant toutes ces pierreries et cet or ? Colliers, guirlandes, bracelets, boucles d'oreille, résilles d'or et de pierres précieuses, épingles à cheveux, boucles, anneaux... ah ! quelles splendeurs ! D'un air très hautain j'ai choisi un collier à peu près comme celui d'Aglaé, et puis des épingles à cheveux, des anneaux, des bracelets... tous semblables à ceux que j'avais dans la bourse et en nombre égal. Diomède était stupéfait et demandait : "Encore" Mais qui est-il ? Et qui est son épouse ? Une princesse ? "Quand j'ai eu tout ce que je voulais, j'ai dit : "Le prix ?". Oh ! quelle litanie de lamentations sur la dureté des temps sur les impôts, sur les risques, sur les voleurs. Oh ! quelle autre litanie pour m'assurer de son honnêteté ! Enfin, voici la réponse : "Réellement, puisque c'est toi, je te dirai la vérité. Sans exagération. Mais je ne puis en rabattre une seule drachme. Je demande douze talents[4] d'argent". "Voleur !" ai-je dit. J'ai ajouté : "Partons, Jean. A Jérusalem nous trouverons quelqu'un de moins voleur que lui". Et j'ai fait semblant de sortir. Mais il m'a couru par derrière. "Mon grand ami, mon ami chéri, viens, comprends ton pauvre serviteur. A moins, je ne puis pas. Je ne puis vraiment pas. Regarde. Je fais réellement un effort et je me ruine. Je le fais parce que tu m'as toujours donné ton amitié et que tu m'as fait faire des affaires. Onze talents, voilà. C'est ce que je donnerais si je devais acheter cet or à quelqu'un qui meurt de faim. Pas un denier de moins. Ce serait saigner à blanc mes vieilles veines". N'est-ce pas qu'il disait cela ? Cela faisait rire et donnait la nausée. Quand je l'ai vu bien arrêté sur le prix, j'ai fait le coup, "Vieux dégoûtant, apprends que je veux non pas acheter, mais vendre. Voici ce que je veux vendre. Regarde : c'est beau comme tes bijoux. Or de Rome et nouvelle forme. Tu ne manqueras pas d'acheteurs. C'est à toi pour onze talents. C'est toi qui as fixé le prix. Tu en as fait l'estimation et tu paies". Oh ! Alors !... "C'est une trahison ! Tu as trahi l'estime que j'avais pour toi ! Tu me ruines ! Je ne puis donner autant !" criait-il. "C'est toi qui as fait l'estimation. Paie", "Je ne puis pas". "Prends garde que je le porte à d'autres". "Non, ami" et il allongeait les mains vers le tas de bijoux d'Aglaé. 256> "Et alors, paies je devrais exiger douze talents, mais je m'en tiens à ta dernière estimation". "Je ne puis pas". "Usurier ! Prends garde, j'ai là un témoin et je peux te dénoncer comme voleur..." et je lui ai attribué d'autres vertus que je ne répète pas devant ce garçon... A la fin, comme j'étais pressé de vendre et de faire vite, je lui ai promis un petit quelque chose, entre nous deux... Je ne tiendrai pas cette promesse. Quelle valeur a-t-elle, faite à un voleur ? J'ai conclu l'affaire pour dix talents et demi[5]. Nous sommes partis au milieu des doléances et des offres d'amitiés et... de femmes. Et Jean, pour un peu allait pleurer. Mais que t'importe qu'ils te prennent pour un vicieux ? Il suffit que tu ne le sois pas. Ne sais-tu pas que le monde c'est ça et qu'il te regarde comme un avorton ? Un jeune homme qui ne sait pas le goût de la femme ? Qui veux-tu qui te croie ? Ou s'ils te croient... oh ! en ce qui me concerne, je ne voudrais pas qu'on pense de moi ce que peuvent penser de toi ceux qui s'imaginent que tu n'as pas d'inclination de ce côté. Voilà, Maître. Compte Toi-même. J'avais un tas de monnaie, mais je suis passé chez le gabeleur et lui ai dit : "Reprends-moi toute cette mitraille et donne-moi les talents que tu as reçus d'Isaac". Parce que j'avais eu cette dernière nouvelle en traitant mon affaire. Cependant, en dernier lieu, j'ai dit à Isaac-Diomède : "Souviens-toi que le Judas du Temple n'existe plus. Maintenant, je suis disciple d'un saint. Fais donc semblant de ne m'avoir jamais connu, si tu tiens à ta peau". Et pour un peu je lui tordais le cou à l'instant parce qu'il m'a mal répondu." "Que t'a-t-il dit ?" demande Simon avec indifférence. "Il m'a dit : "Toi, le disciple d'un saint ? Je ne le croirai jamais ou bien je verrai bientôt ici ton saint me demander une femme". Il m'a dit : "Diomède est une vieille crapule, un malheur du monde, mais toi, tu en es la jeune réplique. Et moi, je pourrais encore changer car ce n'est que vieux que je suis devenu ce que je suis. Toi, tu ne changes pas, tu es né comme ça". Vieux dégoûtant ! Nie ton pouvoir, as-tu compris ?" "Et, en bon grec qu'il est, il dit beaucoup de vérités." "Que veux-tu dire, Simon ? Est-ce pour moi que tu parles ?" "Non. Pour tout le monde. C'en est un qui connaît l'or et les cœurs, aussi bien l'un que l'autre. C'est un voleur, un dégoûtant, en tout ce qu'il y a de plus dégoûtant comme trafic. Mais on trouve en lui la philosophie des grands Grecs. 257> Il connaît l'homme, animal aux sept vices capitaux, polype destructeur de tout bien, de toute honnêteté, de tout amour et de tant d'autres choses, en lui et dans les autres." "Mais, il ne connaît pas Dieu." "Et toi, tu voudrais le lui enseigner ?" "Moi. Oui. Pourquoi ? Ce sont les pécheurs qui ont besoin de connaître Dieu." "C'est vrai. Cependant... le maître doit le connaître pour l'enseigner." "Et moi, je ne le connais pas ?" "Paix, amis. Les bergers arrivent. Ne troublons pas leurs âme par des querelles entre nous. Tu as compté l'argent ? Cela suffit. Achève toute cette affaire comme tu l'as entreprise et, je te le répète, si possible, à l'avenir, ne mens pas, même pour faciliter une bonne action..." Les bergers entrent. "Amis, voilà ici dix talents et demi. Il maque seulement cent deniers que Judas a prélevé pour les dépenses de logement. Prenez." "Tu donnes tout ?" demande Judas. "Tout. Je ne veux pas garder la moindre pièce de monnaie de cet argent. Nous avons l'obole de Dieu et de ceux qui honnêtement cherchent Dieu... et il ne nous manquera jamais l'indispensable. Crois-le. Prenez et soyez heureux, comme je le suis pour le Baptiste. Demain, vous irez à sa prison. Deux d'entre vous : Jean et Mathias, Siméon ira avec Joseph trouver Élie pour tout lui rapporter et à se renseigner pour l'avenir. Élie sait. Puis Joseph reviendra avec Lévi. Le rendez-vous dans dix jours près de la porte des Poissons à Jérusalem, à la première heure. Et maintenant mangeons et prenons du repos. Demain, de bon matin, je pars avec les miens. Je n'ai rien d'autre à vous dire pour l'instant. Plus tard, vous aurez de mes nouvelles. " La scène disparaît au moment où Jésus fait la fraction du pain. |
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