|
497> "Il est dit :
“Tu ne te feras pas des dieux en ma présence . Tu ne
te feras aucune sculpture, ni représentation de ce qui est là-haut dans le
ciel, ou ici-bas sur la terre, ou dans les eaux, ou sous terre
. Tu
n’adoreras pas de tels objets ni ne leur rendras pas un culte
. Je
suis le Seigneur ton Dieu, fort et jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur
leurs fils jusqu’à la troisième et quatrième génération pour ceux qui me
haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’à la millième génération pour ceux
qui m’aiment et observent mes commandements ”.
La voix de Jésus
retentit dans la pièce que la foule remplit, parce qu’il pleut et où tout le
monde s’y est réfugié. Au premier rang, quatre malades : un aveugle que
conduit une femme, un enfant tout couvert de croûtes, une femme qui a la
jaunisse ou souffre de la malaria, et un quatrième que l’on porte sur un
brancard.
Jésus parle, appuyé à la crèche vide. Jean et
les deux
cousins, ainsi que Matthieu et Philippe,
sont près de Lui, tandis que Judas
avec Pierre,
Barthélemy, Jacques et André sont à la sortie et règlent l’entrée de ceux qui
arrivent encore, Thomas et Simon circulent parmi les gens en faisant taire
les enfants, recueillent les oboles tout en écoutant les requêtes.
Haut
de page
"Tu ne te feras pas des dieux en ma
présence".
498> Vous avez entendu
comment Dieu est omniprésent par son regard et sa parole. En vérité nous
sommes toujours en sa présence.
Enfermés dans une chambre ou au milieu du public du Temple, nous sommes
également en sa présence. Bienfaiteurs cachés qui dérobons
notre visage à celui que nous assistons, assassins qui attaquons le voyageur
dans un défilé solitaire et le tuons, nous sommes également en sa présence.
Il est en sa présence le roi au milieu de sa cour, le soldat sur le champ de
bataille, le lévite à l’intérieur du Temple, le sage penché sur ses livres,
le paysan sur son sillon, le marchand à son comptoir, la mère penchée sur le
berceau, l’épouse dans la chambre nuptiale, la jeune fille dans le secret de
la maison paternelle, l’enfant qui étudie à l’école, le vieillard qui s’étend
pour mourir. Tous sont en sa présence et pareillement les actions de l’homme
sont en sa présence.
Toutes les actions de l’homme ! Parole terrible ! Et consolante
parole ! Elles seront terribles si les actions ont pour but le péché,
elles seront consolantes si elles poursuivent la sainteté. Savoir que Dieu
voit est un frein pour la mauvaise conduite, un réconfort pour les bonnes
actions. Dieu voit celui qui agit bien. Je sais qu’Il n’oublie pas ce qu’Il
voit. Je crois qu’Il récompense les bonnes actions. Je suis donc certain
d’avoir cette récompense et je me repose sur cette certitude. Elle me donnera
une vie sereine et une mort tranquille, parce que dans la vie et dans la mort
mon âme sera consolée par l’étoile rayonnante de l’amitié de Dieu. C’est
ainsi que raisonne celui qui agit bien. Mais celui qui agit mal, pourquoi ne
pense-t-il pas que parmi les actions défendues, il y a les cultes
idolâtriques ? Pourquoi ce dernier ne dit-il pas : “Dieu voit que
pendant que je simule un culte saint, j’adore un dieu ou des dieux menteurs
auxquels j’ai érigé un autel qui est secret aux yeux des hommes, mais connu
de Dieu” ?
Quels dieux, direz-vous, si, même au Temple,
il n’y a pas de représentation de Dieu ? Quel visage ont ces dieux, s’il
a été impossible de donner un visage au Dieu Vrai ? Oui. Impossible de Lui donner un
visage, car le Parfait et le Très Pur ne peut-être dignement représenté par
l’homme. Seul l’esprit entrevoit sa spirituelle et sublime beauté, entend sa
voix, goûte sa tendresse, quand Il se répand près d’un saint qui mérite ce
contact divin. Mais l’œil, l’ouïe, la main de l’homme ne peuvent voir ou
entendre et par conséquent exprimer par le son d’une cithare ou par le
marteau et le ciseau sur le marbre ce qu’est le Seigneur.
Haut
de page
499> Oh ! bonheur sans fin lorsque, ô
esprits des justes, vous verrez Dieu ! Le premier regard sera l’aurore
d’une béatitude qui vous accompagnera dans les siècles des siècles.
Cependant, ce que l’homme ne peut faire pour le Vrai Dieu, voilà qu’il le
fait pour des dieux menteurs. L’un érige un autel à la femme, un second à l’or un autre à la puissance,
un autre à la science, un autre aux triomphes militaires. L’un adore l’homme
puissant, son semblable dans l’ordre naturel, qui ne le dépasse que par la
force ou la chance. Un autre s’adore lui-même et dit : “Il n’y a personne
qui m’égale”. Voilà les dieux de ceux qui appartiennent au peuple de Dieu.
Ne vous étonnez pas de voir les païens adorer les animaux, les reptiles ou
les astres. Combien de reptiles ! Combien d’animaux ! Combien
d’astres éteints vous adorez dans vos cœurs ! Les lèvres prononcent des
paroles mensongères pour flatter, pour posséder, pour corrompre. Et n’y
a-t-il pas là les prières d’une idolâtrie secrète ? Les cœurs couvent
des pensées de vengeance, de trafic, de prostitution. Est-ce que ce n’est pas
là le culte aux dieux immondes du plaisir, de l’avidité, du mal ?
Il est dit : “Tu n’adoreras rien de ce qui n’est pas ton Dieu Vrai,
Unique, Éternel ”. Il est dit : “Je suis le Dieu fort et jaloux ”.
Fort : Aucune autre force n’est plus forte que
la sienne. L’homme est libre d’agir, Satan est
libre de tenter. Mais, quand Dieu dit : “Ça suffit ”, l’homme ne peut
plus mal agir et Satan ne peut plus tenter. Ce dernier refoulé en son enfer,
abattu l’autre dans l’excès de ses mauvaises actions, car il y a une limite
que Dieu ne lui permet pas de dépasser.
Jaloux : De qui ? De quelle jalousie ?
La mesquine jalousie des petits hommes ? Non, mais de la sainte jalousie
de Dieu pour ses fils. La juste jalousie. L’amoureuse jalousie. Il vous a
créés. Il vous aime. Il vous veut. Il sait ce qui vous nuit. Il connaît ce
qui tend à vous séparer de Lui. Et Il est jaloux de ce qui se met entre le
Père et ses fils et les dévie de l’unique amour qui est salut et paix :
Dieu. Comprenez cette divine jalousie qui n’est pas mesquine, qui n’est pas
cruelle, qui n’emprisonne pas. Mais qui est amour infini, bonté infinie et
liberté sans limite, qui se donne à la créature finie pour l’aspirer à Lui et
en Lui et la rendre coparticipante de son infinitude. Un bon père ne veut pas
être seul à jouir de ses richesses. Mais il veut que ses enfants y
participent. Au fond, c’est plus pour ses enfants que pour lui-même qu’il les
a accumulées. C’est la même chose pour Dieu. Mais en portant, dans cet amour
et ce désir, la perfection qui se trouve dans chacune de ses actions.
Haut
de page
500> Ne décevez pas le Seigneur. Il promet le
châtiment pour les coupables et pour les fils des fils coupables. Et Dieu ne
ment jamais dans ses promesses. Mais que votre esprit ne s’abatte pas, ô fils
de l’homme et de Dieu. Écoutez l’autre promesse et exultez : “Et Je fais
miséricorde jusqu’à la millième génération à ceux qui m’aiment et observent
mes commandements".
Jusqu’à la millième génération des bons et jusqu’à la millième faiblesse
des pauvres fils de l’homme, qui tombent non par malice mais par étourderie
et par les pièges du démon. Plus encore. Je vous dis que Lui ouvre ses bras
si, le cœur contrit et le visage baigné de larmes, vous dites : “Père,
j’ai péché. Je le sais. Je m’humilie et le reconnais devant Toi.
Pardonne-moi. Ton pardon sera ma force pour revenir à ‘vivre’ la vraie vie ”.
Ne craignez pas. Avant que vous ne péchiez par faiblesse, Lui savait que vous
auriez péché. Mais son Cœur ne se ferme que lorsque vous persistez dans le
péché, en le voulant réellement, en faisant d’un péché ou de plusieurs péchés
vos horribles dieux. Abattez toutes les idoles, faites place au Dieu Vrai. Il
descendra par sa gloire pour consacrer votre cœur, quand Il ne verra que Lui
seul en vous.
Rendez à Dieu sa demeure. Ce n’est pas dans des temples de pierre, mais dans
le cœur des hommes qu’elle se trouve. Lavez-en le seuil, débarrassez
l’intérieur de tout luxe inutile ou coupable. Dieu seul. Lui seul. Lui est
Tout ! Et en rien n’est inférieur au Paradis le cœur d’un homme ou
réside Dieu, le cœur d’un homme qui chante son amour à l’Hôte Divin.
Faites de tous vos cœurs un Ciel. Commencez la cohabitation avec le
Très-Haut. Dans votre éternel demain, elle se perfectionnera en puissance et
en joie parfaites. Mais ici-bas, elle pourra déjà surpasser l’étonnement
tremblant d’Abraham, de Jacob et Moïse. Parce qu’elle ne sera plus en effet
la rencontre fulgurante et effrayante avec le Puissant, mais le séjour avec
le Père et l’Ami qui descend pour dire : “Ma joie est de me trouver
parmi les hommes. Tu me rends heureux. Merci, fils."
La foule, qui dépasse la centaine de personnes, sort après quelque temps de
l’enchantement. Il en est qui se surprennent à pleurer, d’autres à sourire
par la même espérance joyeuse. Enfin, la foule semble s’éveiller. C’est comme
un bourdonnement, un soupir puissant et finalement comme un cri de
libération : " Toi béni ! Tu nous ouvres le chemin de la
paix !"
Haut
de page
501> Jésus sourit et répond :
" La paix est en vous, si vous suivez dès maintenant le bon
chemin."
Puis il va vers les malades. Il passe la
main sur l’enfant malade, sur l’aveugle et sur la femme au teint jaune. Il se
penche sur le paralytique et dit : "Je le veux."
L’homme le regarde et crie : "La chaleur est dans mon corps
épuisé !" et il se lève comme il se trouve, jusqu’à ce qu’on lui
jette dessus la couverture du grabat. La mère soulève le bambin qui n’a plus
de croûtes, et l’aveugle se frotte les yeux pour le premier contact avec la
lumière. Des femmes crient : "Dina n’est plus jaune comme les
renoncules sauvages."
L’émotion est à son comble. On crie, on bénit, on se bouscule pour voir, on
tâche de sortir pour aller le dire dans le pays. Jésus est assailli de tous
côtés. Pierre voit qu’on l’écrase presque et il crie : "Mes amis !
Ils étouffent le Maître ! Venez le dégager ! " et à coups de coudes et
même de quelques coups dans les tibias, les douze réussissent à dégager
Jésus, à le libérer, et à l’amener à l’extérieur. "Demain, c’est moi qui
y penserai, dit-il. Toi auprès de la porte et les autres au fond. Ils t’ont
fait du mal ?"
"Non."
"Ils semblaient fous ! Quelles façons !"
"Laisse-les faire. Ils étaient heureux... et Moi avec eux. Allez
baptiser ceux qui le demandent. Je rentre à la maison. Toi, Judas, avec
Simon, donnez l’obole aux pauvres. Tout. Nous avons beaucoup plus qu’il ne
faut pour des apôtres du Seigneur. Va, Pierre, va. Ne crains pas de trop
faire. Je te justifie auprès du Père, puisque je te commande. Adieu,
amis."
|