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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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lundi
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Pierre est seul et tout à fait accablé 235 -
Jésus le raisonne sur cette heure de lassitude 235 -
Pierre exprime son attachement à Jésus 237 -
Fais-moi mourir avant toi 237 -
Toi, aime et pardonne 238 -
Discours (Prions ensemble pour toute la terre) 238 - Retour au bercail 239 |
7.193. |
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235> Je ne sais pas où
ils sont. Certainement non plus dans la vallée du Jourdain, mais déjà sur les
montagnes qui la bordent, car je vois la verte vallée et le beau fleuve bleu tout
en bas, alors que les sommets de montagnes élevées émergent du vaste haut
plateau qui s'étend à l'orient du Jourdain. Je vois Pierre qui, solitaire sur
une petite éminence, regarde fixement vers le nord-est et soupire, très
triste. Il a un fagot à ses pieds, qu'il a certainement fait dans les bois
qui couvrent cette colline. Un petit village se niche dans la verdure. Pierre
est vraiment tout à fait accablé. Il finit par s'asseoir sur son fagot et se
prend la tête dans les mains, tout courbé sur lui-même. Il reste ainsi,
perdant la conscience du temps et de toute chose, tellement absorbé qu'il ne
remarque même pas le passage de quelques enfants derrière des chevrettes
capricieuses. Les enfants l'observent et puis s'en vont en courant derrière
les chèvres, vers le petit village. Le soleil descend lentement et Pierre ne
bouge pas. Par le sentier qui monte du village sur le coteau, Jésus s'avance. Il va doucement, évitant de faire
du bruit. Il rejoint l'endroit où est Pierre. Il l'appelle, en restant debout
devant lui : "Simon !" "Maître !" Pierre sursaute et lève
un visage troublé en disant ce mot. 236> "Que faisais-tu,
Simon ? Tes compagnons sont tous revenus. Toi seul ne revenais pas et nous
étions inquiets, si bien que ton frère et les fils de Zébédée avec Thomas et Judas se sont dispersés
sur les monts alors que mes frères avec Isaac et Margziam sont descendus vers
la plaine." "Je suis désolé... Je suis désolé d'avoir causé de la
peine et de la fatigue..." "Tes compagnons t'aiment bien... Et c'est justement Judas
qui s'est tracassé le premier et a reproché à Margziam
de t'avoir laissé aller seul." "Hum !..." "Simon, qu'as-tu ?" "Rien, Maître." "Que faisais-tu ici, sur ce talus, seul, alors que le soir
tombe ?" "Je regardais..." "Tu as peut-être regardé, Simon. Mais maintenant tu ne
regardais pas... Des enfants sont passés près de toi et ils ont eu presque
peur que tu sois mort tant tu étais courbé sur toi-même. Ils sont accourus à
la bergerie qui nous a logés et ils me l'ont dit. Je suis venu... Que
regardais-tu, Simon ?" "Je regardais... Je regardais vers Ramoth Galaad, vers Gerasa, Bozra, Arbéla... notre voyage de
l'an dernier, si beau, si... La Mère avec nous ! Les femmes disciples... Jean d'Endor... Le marchand... Même lui était bon et
rendait le voyage agréable... Que de choses changées ! Quelle différence...
et quelle douleur !... Voilà ce que je regardais : le passé."
237> "Seigneur,
c'est vrai. Tu lis dans mon cœur. Mais aussi tu vois que si je me pose cette
question, ce n'est pas par crainte pour moi. C'est parce que... Non. Je ne
pourrais jamais te voir tourmenté... Tu parles souvent de crime, de trahison.
Moi... Oh ! je ne suis pas le seul ! Combien, surtout parmi les âgés, t'ont
demandé de mourir avant de voir leur Roi offensé ? Et moi !... Moi, tu le
sais, tu es tout pour moi. Rien qui ne soit pas Toi ne m'intéresse plus. Ce
n'est pas, comme dit Judas, la nostalgie de ma barque et de ma femme... Regarde : tu vois si je dis la
vérité. J'ai tant insisté pour avoir Margziam. Mon
humanité voulait avoir au moins un fils adoptif à la place du fils que ma
femme ne m'a pas donné, mortifiant ma virilité qui voulait se perpétuer. Mais
maintenant, mais aujourd'hui, moi... je l'aime, oui. Mais si tu me
l'enlevais, je ne réagirais pas. Je te dirais seulement... mais non ! Je ne
dirais rien !" "Tu me dirais seulement ? Achève." "C'est inutile, Maître." "Dis-le !" "Je dirais : "Donne-le à qui, mieux
que moi, le fera grandir en juste". Rien de plus ! C'est-à-dire... et
cela, je te le dis en pleurant, pour lui, pour moi, pour mon frère, et aussi
pour Jean et Jacques... et aussi pour les autres, mais nous... nous sommes
tes premiers..." et Pierre glisse à genoux pour s'appuyer aux genoux de
Jésus, les mains levées, les paumes vers le haut, suppliant, avec des larmes
qui coulent sur ses joues et se perdent dans sa barbe... "...Je le dis
pour nous : fais-nous mourir, emmène-nous avant que nous... Oh ! moi, j'y ai
pensé, j'y pense toujours, depuis des mois, et tu vois si c'est une pensée
qui me ronge et me vieillit, si c'est une crainte continuelle qui m'empêche
même de dormir, je pense que s'il en est vraiment comme tu le dis, je
pourrais être, moi aussi le traître, ou André, ou Jean, ou Jacques, ou Margziam... Et si on n'arrive pas à cela, être un de ceux
dont tu parlais aussi, il y a trois soirs chez Ananias,
un de ceux qui arrivent à vouloir que ton Sang soit enlevé, un, un aussi de
ceux qui par lâcheté ne savent pas s'y opposer et qui par peur du mal donnent
leur consentement au mal... Moi... si je devais seulement consentir par
absence de réaction, par peur... Maître ! oh ! Mon Maître, je me tuerais pour
me punir ou bien... je les tuerais, si je les rencontrais, tes assassins.
Moi... si tu ne le veux pas, fais-moi mourir avant, tout de suite, ici... La
vie n'est rien, mais manquer à l'amour pour Toi... Être un d'eux... être...
voir et ne pas..." Il est si agité que même les mots lui manquent. Il se
penche, le visage sur les genoux de Jésus, pleurant du pleur âpre d'un homme rude, âgé, peu habitué aux larmes et bouleversé
par trop de sentiments. 238> "Fais-moi mourir ! Sauve-moi ! J'ai peur !" "Tu es ma Pierre, Simon. Puis-je, Moi, effriter la Pierre
sur laquelle je dois fonder celle qui doit me perpétuer sur la Terre ?" "J'en suis indigne. Je le sens. Je suis un pauvre homme,
ignorant, pécheur. Toutes les tendances mauvaises sont en moi. Je ne suis pas
digne, je ne suis pas digne ! Je deviendrai pervers, homicide, tout ce qu'il
y a de pire... Fais-moi mourir. Comprends que si je devais découvrir celui
qui te hait..." "C'est tout un monde qui me hait, Simon. Il faut
pardonner..." "Je parle du principal coupable. Il doit y en avoir un qui
est le principal, et..." "Il y aura de nombreux un, et tous auront leur
fonction principale. .." "Quelle fonction ? Celle de... Oh ! ne me le fais pas dire
! Mais moi..." "Mais tu dois pardonner, comme Moi et avec Moi. Pourquoi
te troubles-tu ainsi, Simon, en pensant à ce que tu pourrais faire pour punir
? Laisse ce soin au Seigneur. Toi, aime et pardonne, compatis et pardonne.
Eux, tous ceux qui seront coupables envers ton Jésus, ont tant besoin
d'être aidés pour avoir le pardon !" "Il n'y a pas de pardon pour eux." "Oh ! Comme tu es sévère avec tes frères, Simon ! Bien sur
qu'il y a le pardon pour eux aussi, s'ils se repentent. Malheur si tous ceux
qui m'offensent ne pouvaient pas être pardonnés ! Allons, lève-toi, Simon.
Certainement la peine de tes compagnons a augmenté en voyant que Moi aussi je
ne suis plus au bercail. Mais, quitte à les faire souffrir quelque temps
encore avant d'aller les trouver, prions. Il dit lentement le Pater en tenant Pierre par la main, et on
dirait qu'il le présente au Père, en élevant ainsi les bras et les mains,
avec dans sa main droite la main gauche de l'apôtre. "Et maintenant descendons, en laissant ici les tristesses
inutiles et les soucis inutiles du lendemain. Avec le pain quotidien, le Père
nous donnera demain, chaque demain, ses secours. En es-tu convaincu, Simon
?" "Oui, Maître, je le crois" dit avec fermeté Pierre
dont le visage n'est plus troublé, mais austère, comme il l'est depuis
plusieurs mois et qui le fait apparaître si différent du pêcheur rustre et
plaisant qu'il était les deux premières années. Ils descendent, Jésus devant, Pierre derrière avec son fagot,
et presque à la première maison du village ils trouvent les apôtres en émoi. "Mais où étais-tu allé ?" crient-ils à Pierre. "Nous serions ici depuis longtemps, mais je me suis arrêté
pour parler avec lui, en regardant vers Gerasa..." répond pour lui
Jésus. Ils tournent à droite, vers un bercail à moitié démoli. A
l'intérieur d'une palissade à moitié écroulée et pour le reste moisie et
chancelante il y a un hangar aux murs grossiers, mal couvert, mal clos, par
des murailles sur trois côtés, et par des planches sur le quatrième. |
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240> À l'intérieur
seulement un peu de paille sur le sol et dans un coin un foyer primitif. Je pense qu'ils n'ont pas été accueillis dans le village et
qu'ils se sont réfugiés là... |
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