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"L'Évangile tel
qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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Lundi 24
septembre 29 (27 Tisri)
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Pierre est seul et tout à fait accablé 235 -
Jésus le raisonne sur cette heure de lassitude 235 -
Pierre exprime son attachement à Jésus 237 -
Fais-moi mourir avant toi 237 -
Toi, aime et pardonne 238 -
Discours (Prions ensemble pour toute la terre) 238 -
Retour au bercail 239 |
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235> Je ne sais pas où ils sont. Certainement non plus dans la
vallée du Jourdain, mais déjà sur les montagnes qui la bordent, car je vois
la verte vallée et le beau fleuve bleu tout en bas, alors que les sommets de
montagnes élevées émergent du vaste haut plateau qui s'étend à l'orient du
Jourdain. Je vois Pierre qui, solitaire sur
une petite éminence, regarde fixement vers le nord-est et soupire, très
triste. Il a un fagot à ses pieds, qu'il a certainement fait dans les bois
qui couvrent cette colline. Un petit village se niche dans la verdure. Pierre
est vraiment tout à fait accablé. Il finit par s'asseoir sur son fagot et se
prend la tête dans les mains, tout courbé sur lui-même. Il reste ainsi,
perdant la conscience du temps et de toute chose, tellement absorbé qu'il ne
remarque même pas le passage de quelques enfants derrière des chevrettes
capricieuses. Les enfants l'observent et puis s'en vont en courant derrière
les chèvres, vers le petit village. Le soleil descend lentement et Pierre ne
bouge pas. Par le sentier qui
monte du village sur le coteau, Jésus s'avance. Il va doucement, évitant de faire
du bruit. Il rejoint l'endroit où est Pierre. Il l'appelle, en restant debout
devant lui : "Simon !" "Maître !"
Pierre sursaute et lève un visage troublé en disant ce mot. 236> "Que faisais-tu, Simon ? Tes compagnons sont tous
revenus. Toi seul ne revenais pas et nous étions inquiets, si bien que ton frère et les fils
de Zébédée avec Thomas et Judas se sont dispersés sur les monts alors que mes
frères avec Isaac et Margziam sont descendus vers la plaine." "Je suis
désolé... Je suis désolé d'avoir causé de la peine et de la fatigue..." "Tes compagnons
t'aiment bien... Et c'est justement Judas qui s'est tracassé le premier et a
reproché à Margziam de t'avoir laissé aller seul." "Hum !..." "Simon, qu'as-tu
?" "Rien,
Maître." "Que faisais-tu
ici, sur ce talus, seul, alors que le soir tombe ?" "Je
regardais..." "Tu as peut-être
regardé, Simon. Mais maintenant tu ne regardais pas... Des enfants sont
passés près de toi et ils ont eu presque peur que tu sois mort tant tu étais
courbé sur toi-même. Ils sont accourus à la bergerie qui nous a logés et ils
me l'ont dit. Je suis venu... Que regardais-tu, Simon ?" "Je regardais...
Je regardais vers Ramoth Galaad, vers Gerasa, Bozra, Arbéla... notre voyage de
l'an dernier, si beau, si... La Mère avec nous ! Les femmes
disciples... Jean d'Endor... Le marchand... Même lui était
bon et rendait le voyage agréable... Que de choses changées ! Quelle
différence... et quelle douleur !... Voilà ce que je regardais : le
passé."
237> "Seigneur, c'est vrai. Tu lis dans mon cœur. Mais aussi
tu vois que si je me pose cette question, ce n'est pas par crainte pour moi.
C'est parce que... Non. Je ne pourrais jamais te voir tourmenté... Tu parles
souvent de crime, de trahison. Moi... Oh ! je ne suis pas le seul ! Combien,
surtout parmi les âgés, t'ont demandé de mourir avant de voir leur Roi
offensé ? Et moi !... Moi, tu le sais, tu es tout pour moi. Rien qui ne soit
pas Toi ne m'intéresse plus. Ce n'est pas, comme dit Judas, la nostalgie de
ma barque et de ma femme... Regarde : tu vois si je dis la vérité.
J'ai tant insisté pour avoir Margziam. Mon humanité voulait avoir au moins un
fils adoptif à la place du fils que ma femme ne m'a pas donné, mortifiant ma
virilité qui voulait se perpétuer. Mais maintenant, mais aujourd'hui, moi...
je l'aime, oui. Mais si tu me l'enlevais, je ne réagirais pas. Je te dirais
seulement... mais non ! Je ne dirais rien !" "Tu me dirais
seulement ? Achève." "C'est inutile,
Maître." "Dis-le !" "Je dirais :
"Donne-le à qui, mieux que moi, le fera grandir en juste". Rien de
plus ! C'est-à-dire... et cela, je te le dis en pleurant, pour lui, pour moi,
pour mon frère, et aussi pour Jean et Jacques... et aussi pour les autres,
mais nous... nous sommes tes premiers..." et Pierre glisse à genoux pour
s'appuyer aux genoux de Jésus, les mains levées, les paumes vers le haut,
suppliant, avec des larmes qui coulent sur ses joues et se perdent dans sa
barbe... "...Je le dis pour nous : fais-nous mourir, emmène-nous avant
que nous... Oh ! moi, j'y ai pensé, j'y pense toujours, depuis des mois, et tu
vois si c'est une pensée qui me ronge et me vieillit, si c'est une crainte
continuelle qui m'empêche même de dormir, je pense que s'il en est vraiment
comme tu le dis, je pourrais être, moi aussi le traître, ou André, ou Jean,
ou Jacques, ou Margziam... Et si on n'arrive pas à cela, être un de ceux dont
tu parlais aussi, il y a trois soirs chez Ananias,
un de ceux qui arrivent à vouloir que ton Sang soit enlevé, un, un aussi de
ceux qui par lâcheté ne savent pas s'y opposer et qui par peur du mal donnent
leur consentement au mal... Moi... si je devais seulement consentir par
absence de réaction, par peur... Maître ! oh ! Mon Maître, je me tuerais pour
me punir ou bien... je les tuerais, si je les rencontrais, tes assassins.
Moi... si tu ne le veux pas, fais-moi mourir avant, tout de suite, ici... La
vie n'est rien, mais manquer à l'amour pour Toi... Être un d'eux... être...
voir et ne pas..." Il est si agité que même les mots lui manquent. Il se
penche, le visage sur les genoux de Jésus, pleurant du pleur âpre d'un homme rude, âgé, peu habitué aux larmes et bouleversé
par trop de sentiments. 238> "Fais-moi mourir
! Sauve-moi ! J'ai peur !" "Tu es ma
Pierre, Simon. Puis-je, Moi, effriter la Pierre sur laquelle je dois fonder
celle qui doit me perpétuer sur la Terre ?" "J'en suis indigne.
Je le sens. Je suis un pauvre homme, ignorant, pécheur. Toutes les tendances
mauvaises sont en moi. Je ne suis pas digne, je ne suis pas digne ! Je
deviendrai pervers, homicide, tout ce qu'il y a de pire... Fais-moi mourir.
Comprends que si je devais découvrir celui qui te hait..." "C'est tout un
monde qui me hait, Simon. Il faut pardonner..." "Je parle du
principal coupable. Il doit y en avoir un qui est le principal, et..." "Il y aura de
nombreux un, et tous auront leur fonction principale. .." "Quelle fonction
? Celle de... Oh ! ne me le fais pas dire ! Mais moi..." "Mais tu dois
pardonner, comme Moi et avec Moi. Pourquoi te troubles-tu ainsi, Simon, en
pensant à ce que tu pourrais faire pour punir ? Laisse ce soin au Seigneur.
Toi, aime et pardonne, compatis et pardonne. Eux, tous ceux qui seront
coupables envers ton Jésus, ont tant besoin d'être aidés pour avoir le
pardon !" "Il n'y a pas de
pardon pour eux." "Oh ! Comme tu
es sévère avec tes frères, Simon ! Bien sur qu'il y a le pardon pour eux
aussi, s'ils se repentent. Malheur si tous ceux qui m'offensent ne pouvaient
pas être pardonnés ! Allons, lève-toi, Simon. Certainement la peine de tes
compagnons a augmenté en voyant que Moi aussi je ne suis plus au bercail.
Mais, quitte à les faire souffrir quelque temps encore avant d'aller les
trouver, prions. Il dit lentement le
Pater en tenant Pierre par la main, et on dirait qu'il le présente au Père,
en élevant ainsi les bras et les mains, avec dans sa main droite la main
gauche de l'apôtre. "Et maintenant
descendons, en laissant ici les tristesses inutiles et les soucis inutiles du
lendemain. Avec le pain quotidien, le Père nous donnera demain, chaque
demain, ses secours. En es-tu convaincu, Simon ?" "Oui, Maître, je
le crois" dit avec fermeté Pierre dont le visage n'est plus troublé,
mais austère, comme il l'est depuis plusieurs mois et qui le fait apparaître
si différent du pêcheur rustre et plaisant qu'il était les deux premières
années. Ils descendent, Jésus
devant, Pierre derrière avec son fagot, et presque à la première maison du
village ils trouvent les apôtres en émoi. "Mais où
étais-tu allé ?" crient-ils à Pierre. "Nous serions
ici depuis longtemps, mais je me suis arrêté pour parler avec lui, en
regardant vers Gerasa..." répond pour lui Jésus. Ils tournent à
droite, vers un bercail à moitié démoli. A l'intérieur d'une palissade à
moitié écroulée et pour le reste moisie et chancelante il y a un hangar aux
murs grossiers, mal couvert, mal clos, par des murailles sur trois côtés, et
par des planches sur le quatrième. |
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240> À l'intérieur seulement un peu de paille sur le sol et dans un
coin un foyer primitif. Je pense qu'ils n'ont
pas été accueillis dans le village et qu'ils se sont réfugiés là... |
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