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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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Seconde
quinzaine de février de l'an -6
- La route dans les collines de Galilée 91 - Entrée triomphale à Nazareth 92 - Joseph indique de loin la maison de Marie 93 - C'est lui qui y travaillera 94 - Accueil de Marie d'Alphée et de Sara 94 - Joseph s'offre à Marie comme confident 95 - Lui montre les travaux exécutés dans le jardin 95 - Les noces quand elle aura seize ans 96 - Élisabeth restera quelque temps avec sa cousine 96 |
1.22. |
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91> Le ciel le plus
azuré d'un tiède mois de février s'étend sur les collines de Galilée. Les
douces collines que dans ce cycle de la Vierge enfant je n'ai jamais vues et
dont l'aspect m'est désormais aussi familier que si j'y était née. 92> La route principale,
humide par suite d'une pluie récente, tombée peut-être la dernière
nuit, n'est ni poussiéreuse, ni non plus boueuse. Elle est régulière et
propre comme une rue de ville et elle se déroule entre deux haies d'aubépines
en fleurs. C'est comme une surface neigeuse d'où s'exhale un parfum amer et
de bois, coupée par d'énormes groupes de cactus aux feuilles grosses et
plates, toutes hérissées d'aiguillons et garnies d'énormes groupes de fruits
bizarres poussés sans ordre à l'extrémité des feuilles. Leur forme et
leur couleur évoquent toujours en moi les profondeurs marines avec les
polypiers, les méduses et autres animaux des fonds marins. Au-delà des haies - qui servent de limites de
propriétés, et qui s'allongent en tous sens, en formant un bizarre dessin
géométrique avec des courbes et des angles, des rhombes [1], des losanges, des
carrés, des demi-cercles, des triangles aux angles aigus ou obtus les plus invraisemblables,
c'est un dessin tout saupoudré de blanc comme un ruban capricieux qu'on
aurait ainsi étendu, pour le plaisir, le long des champs et sur lequel
volent, piaulent, chantent, par centaines, des oiseaux de toutes espèces,
dans la joie de l'amour et de la construction des nids – au-delà des haies,
les champs avec les blés en herbe qui sont déjà plus hauts que ceux de Judée
et des prés tout fleuris et sur eux - en réponse aux légères nuées du ciel
auxquelles le crépuscule donne des teintes de rose, de lilas clairs, de
violettes, de pervenches, d'opale azurée, d'orange corail - par centaines et
centaines les nuées des arbres à fruit : blanches, rosés, rouges avec
toutes les nuances intermédiaires. Avec le léger vent du soir, papillonnent et
tombent les premiers pétales des arbres en fleurs. On dirait des essaims de
papillons à la recherche du pollen Sur les fleurs de la campagne. Et d'un
arbre à l'autre des festons de vignes encore dénudées, sauf qu'à leur sommet
là où le soleil tape davantage c'est l'ouverture innocente, étonnée,
palpitante des premières petites feuilles. Le soleil se couche tranquille dans le ciel
si doux dans son azur que la lumière rend encore plus clair et il fait
briller au loin les neiges de l'Hermon et d'autres cimes lointaines. Un char va sur la route. C'est celui qui
porte Joseph et Marie avec ses cousins. Le
voyage se termine. Marie regarde, du regard anxieux de qui veut
connaître et même reconnaître ce qu'il voit et dont il ne se rappelle
pas et elle sourit quand quelque souvenir imprécis revient et s'arrête sur
telle et telle chose, sur un point particulier. 93> Élisabeth et avec elle Zacharie et Joseph l'aident à
se souvenir en précisant telle ou telle cime, telle ou telle maison. Maisons,
désormais, car Nazareth déjà se montre, étendue sur l'ondulation de sa
colline. Frappée à gauche par le soleil couchant, la
cité montre ses petites maisons blanches, larges et basses que surmonte une
terrasse teintée de rose. Certaines, que le soleil frappe en plein, semblent
éclairées par un incendie tant leur façade est rougie par le soleil qui fait
briller l'eau des canaux et des puits bas, presque sans parapets, d'où
montent les seaux pour la maison et les arrosoirs pour le potager. Enfants et femmes se mettent sur le bord de
la route jetant un coup d’œil dans le char, et saluent Joseph, bien connu.
Mais après ils restent perplexes et intimidés devant les trois autres. Mais quand on entre dans la cité proprement
dite, il n'y a plus ni perplexité, ni crainte. Beaucoup et beaucoup de tout
âge se trouvent au début du pays sous un arc rustique de fleurs et de
feuillage et à peine le char apparaît de derrière le coude de la dernière
maison campagnarde qui échappe à l'alignement, c'est une roulade de cris
aigus. Les gens agitent des rameaux et des bouquets. Ce sont les femmes, les
jeunes filles et les enfants de Nazareth qui saluent l'épouse. Les hommes
plus retenus se tiennent en arrière de la haie remuante et bruyante et
saluent avec gravité. Maintenant le char a été découvert avant
d'arriver au pays car le soleil n'est plus gênant et permet ainsi à Marie de
bien voir la terre natale. Marie apparaît belle comme une fleur. Blanche et
blonde comme un ange, elle sourit avec bonté aux enfants qui lui jettent des
fleurs et lui envoient des baisers, aux jeunes filles de son âges qui
l'appellent par son nom, aux épouses, aux mères, aux vieilles qui la
bénissent avec leurs voix chantantes. Elle s'incline devant les hommes et
spécialement devant l'un d'eux qui est peut-être le rabbin ou le principal
personnage du pays. Le char avance au pas par la rue principale
suivi d'une grande partie de la foule pour laquelle l'arrivée est un
événement. "Voici ta maison, Marie" dit Joseph
en indiquant avec le fouet une petite maison qui se trouve exactement au bas
d'une ondulation de la colline et qui a, par derrière, un beau et vaste
jardin tout en fleurs qui se termine avec un tout petit olivier. Plus loin
l'habituelle haie d'aubépine et de cactus marque la limite de la propriété. Les champs, autrefois à Joachim, sont plus loin. 94> "Il t'est resté
peu de chose" dit Zacharie. "La maladie de ton père fut longue et
coûteuse. Coûteuses aussi les dépenses pour les réparations, les dégâts faits
par Rome. Tu vois, la route a supprimé les trois principales dépendances et
la maison a été réduite. Pour l'agrandir sans lourdes dépenses, on a utilisé une
partie de la colline qui fait grotte. Joachim y gardait les provisions et
Anne ses métiers. Tu feras ce qui te semblera bon." "Oh ! que ce soit peu de chose,
n'importe ! Cela me suffira toujours. Je travaillerai..."
"Je ferai comme tu veux." "Oui, pour cette question, c'est ma
volonté. Pour tout le reste tous tes désirs font loi, mais pas pour
cela." Ils sont arrivés, le char s'arrête. Deux
femmes et deux hommes, respectivement sur les quarante et cinquante ans, sont
près de la porte, et avec beaucoup de bambins et de jeunes. "Dieu te donne la paix, Marie" dit
l'homme le plus âgé et une femme aborde Marie, la prend dans ses bras et
l'embrasse. "C'est mon frère Alphée et Marie sa femme et ceux-ci
sont leurs fils [2]. Ils sont venus exprès
pour te fêter et te dire que leur maison est la tienne, si tu veux" dit
Joseph. "Oui, viens Marie, s'il t'est pénible de
vivre seule. La campagne est belle au printemps et notre maison est au milieu
des champs en fleurs. Là, tu seras la plus belle fleur" dit Marie de
Alphée. "Je te remercie Marie. Bien volontiers
je viendrai. Je viendrai de temps en temps et sans faute pour les noces. Mais
je désire tant de voir, de reconnaître ma maison. J'étais toute petite
quand je l'ai quittée et j'ai oublié son aspect... Maintenant je le
retrouve... et il me semble de retrouver ma mère que j'ai perdue, mon père
bien aimé, de retrouver l'écho de leurs paroles et le parfum de leur dernier
soupir. Il me semble n'être plus orpheline puisque autour de moi j'ai l'embrassement
des murs,... Comprends-moi, Marie." La voix de Marie trahit son émotion
et des larmes perlent à ses cils. 95> Marie d'Alphée
répond : "Comme tu veux, aimée. Je veux que tu me sentes comme une
sœur et une amie et un peu aussi une mère parce que je suis de beaucoup plus
âgée que toi." L'autre femme s'avance : "Marie, je
te salue. Je suis Sara, l'amie de ta mère. Je t'ai vue naître. Et voilà Alphée, petit-fils d'Alphée et grand ami de ta
mère. Ce que j'ai fait pour ta mère, je le ferai pour toi, si tu veux.
Vois-tu ? Ma maison est la plus proche de la tienne et tes champs sont
maintenant à nous. Mais, si tu veux venir, tu le peux à toute heure. Nous
ferons un passage dans la haie et nous serons ensemble, tout en restant
chacun chez soi. Voilà mon mari." "Je vous remercie tous et pour tout. De
tout le bien que vous avez voulu faire aux miens et que vous voulez me faire.
Que vous bénisse le Dieu Tout-Puissant." Les lourdes caisses sont déchargées et
portées à la maison. On entre, et je reconnais la petite maison de Nazareth,
telle qu'elle est plus tard, dans la vie de Jésus. Joseph prend Marie par la main - geste
habituel - et il entre ainsi. Sur le seuil, il lui dit : "Je te le promets, Joseph." On
ouvre portes et fenêtres. Le soleil couchant entre, curieux. Marie,
maintenant a quitté le manteau et le voile parce que, sauf les fleurs de myrte,
elle a encore le vêtement de noces. Elle sort dans le jardin en fleurs. Elle
regarde et sourit et avec toujours sa main dans celle de Joseph, elle fait le
tour du jardin. Elle semble reprendre possession d'un lieu perdu. Et Joseph lui montre ses travaux :
"Tu vois, ici, j'ai fait ce trou pour recueillir l'eau de pluie, car ces
vignes ont toujours soif. À cet olivier, j'ai coupé les branches les plus
vieilles pour le revigorer. J'ai planté ces pommiers parce que deux étaient
morts, et là j'ai mis des figuiers. Quand ils auront poussé, ils protégeront
la maison d'un soleil trop ardent et des regards curieux. Là est l'ancienne
tonnelle, j'ai seulement changé les supports pourris et travaillé avec les ciseaux. 96> Elle donnera
beaucoup de raisin, j'espère. Et là, regarde" et, tout fier, il la
conduit vers la pente qui se dresse au dos de la maison et qui fait la limite
du verger, "et là, j'ai creusé une petite grotte et l'ai étayée, et
quand ces petites plantations auront grandi, elle sera à peu près aussi
grande que celle que tu avais. Il n'y a plus la source... mais j'espère
amener un filet d'eau. Je travaillerai pendant les longues soirées d'été
quand je viendrai te voir ..." "Mais, comment ?" dit Alphée.
"Vous ne faites pas les noces cet été ?" "Non, Marie désire filer les draps de
laine, unique chose qui manque au trousseau. Et j'en suis heureux. Elle est
si jeune, Marie, qu'il n'y a pas d'importance qu'elle attende un an ou plus.
En attendant, elle s'habitue à la maison,.." "Ah ! tu as toujours été un peu
différent des autres et tu l'es encore maintenant. Je me demande qui n'aurait
pas hâte d'avoir pour femme une fleur comme Marie et toi, tu attends des
mois !..." "Joie longuement attendue, joie plus
intensément goûtée" répond Joseph avec un fin sourire. Le frère hausse les épaules et demande :
"Et alors quand penses-tu aux noces ?" "Quand Marie prendra ses seize ans.
Après la fête des Tabernacles [3]. Elles seront douces
les soirées d'hiver pour les nouveaux époux !..." Et il sourit
encore, en regardant Marie. Un sourire d'entente secrète et pleine de
douceur, d'une consolante chasteté fraternelle. Puis il reprend son
tour : "Ici, c'est la pièce dans la butte. Si tu veux, j'en ferai
mon atelier quand je viendrai. Elle communique mais n'est pas dans la maison.
Ainsi il n'y aura ni bruit ni désordre. Si pourtant tu veux
autrement..." "Non, Joseph, ça va très bien
ainsi." On rentre à la maison et on allume les lampes. "Marie est fatiguée" dit Joseph.
"Laissons-la tranquille avec les cousins." Tous saluent et s'en vont. Joseph reste
encore quelques minutes et parle à Zacharie à voix basse. "Ton cousin te laisse Elisabeth quelque
temps, es-tu contente ? Moi, oui, parce qu'elle t'aidera à... devenir
une parfaite maîtresse de maison. Avec elle tu pourras disposer toutes choses
à ton goût et ranger le mobilier et je viendrai tous les soirs t'aider, Avec
elle tu pourras te procurer la laine et tout ce qu'il faut. 97> C'est moi qui réglerai les dépenses. Souviens-toi que tu as promis de t'adresser à
moi pour tout. Adieu, Marie. Dors ton premier sommeil de dame, dans cette
maison qui est à toi, et que l'ange de Dieu te le rende paisible. Que le
Seigneur soit toujours avec toi." "Adieu Joseph, que toi aussi tu sois
sous l'aile de l'ange de Dieu. Merci, Joseph. Pour tout. Autant que je le
puis mon amour répondra au tien." Joseph salue les cousins et sort. En
même temps la vision cesse. Jésus dit : "Le cycle est terminé, et avec lui, si
doux et si suave, ton Jésus t'a portée sans secousses hors du tumulte de ces
jours. Comme un petit enfant revêtu d'une douce laine et posé sur des
coussins moelleux, tu as été plongée dans ces visions bienheureuses pour ne
pas ressentir, terrorisée, la férocité des hommes qui se haïssent, au lieu de
s'aimer. Tu ne pourrais plus supporter certaines choses et je ne veux pas que
tu en meures, parce que j'ai soin de mon "porte-voix". Elle va
cesser, dans le monde, la cause pour laquelle les victimes ont été torturées
par tous les désespoirs. Pour toi aussi, Marie, va cesser le temps de
souffrir terriblement pour trop de raisons qui violentent tes sentiments
personnels. Tu ne cesseras pas de souffrir : tu es victime. Mais une
partie de tes souffrances : celle-là va cesser. Puis viendra le jour où
je dirai comme à Marie de Magdala mourante : "Repose-toi. Il est
temps pour toi de reposer . Donne-moi tes épines. Il est temps de roses.
Repose-toi et attends. Je te bénis, bénie".
La Sagesse qui a instruit les saints et
t'instruit par un enseignement direct, t'élève toujours plus à l'intelligence
de la Science de vie et à sa pratique. Dresse, toi aussi ta petite tente près
de la maison du Seigneur. 98> Enfonce aussi les pieux de ta tente
dans la demeure de la Sagesse et reste-y sans jamais en sortir. Tu reposeras
sous la protection du Seigneur qui t'aime, comme un oiseau au milieu des
branches fleuries et Il te mettra à l'abri de toutes intempéries spirituelles
et tu seras dans la lumière de la gloire de Dieu d'où descendront pour toi
des paroles de paix et de vérité. Va en paix. Je te bénis, bénie." Tout de suite après Marie dit :
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[1] Vieux mot pour
"losange". Il y a donc répétition, sauf à ce que Maria Valtorta (ou
son traducteur français) emploie ce mot dans un sens précis.
[3] Soukkot,
mi-octobre. La fête des Tentes (Soukkot) est la plus ancienne des fêtes bibliques.
À l'origine fête des récoltes, elle se réfère à la parole de Yahvé (Lévitique 23,43): "Afin que vos
descendants sachent que j'ai fait habiter sous la tente les enfants d'Israël
quand je les ai fait sortir d'Égypte ". En souvenir de cela, on habite
pendant sept jours dans des cabanes.