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91> Le ciel le plus azuré
d'un tiède mois de février s'étend sur les collines de Galilée. Les douces
collines que dans ce cycle de la Vierge enfant je n'ai jamais vues et dont
l'aspect m'est désormais aussi familier que si j'y était
née.
92> La route principale, humide
par suite d'une pluie récente, tombée peut-être la dernière
nuit, n'est ni poussiéreuse, ni non plus boueuse. Elle est régulière et
propre comme une rue de ville et elle se déroule entre deux haies d'aubépines
en fleurs. C'est comme une surface neigeuse d'où s'exhale un parfum amer et
de bois, coupée par d'énormes groupes de cactus aux feuilles grosses et
plates, toutes hérissées d'aiguillons et garnies d'énormes groupes de fruits
bizarres poussés sans ordre à l'extrémité des feuilles. Leur forme et
leur couleur évoquent toujours en moi les profondeurs marines avec les
polypiers, les méduses et autres animaux des fonds marins.
Au-delà des haies - qui servent de limites de propriétés, et qui s'allongent
en tous sens, en formant un bizarre dessin géométrique avec des courbes et
des angles, des rhombes , des losanges,
des carrés, des demi-cercles, des triangles aux angles aigus ou obtus les
plus invraisemblables, c'est un dessin tout saupoudré de blanc comme un ruban
capricieux qu'on aurait ainsi étendu, pour le plaisir, le long des champs et
sur lequel volent, piaulent, chantent, par centaines, des oiseaux de toutes
espèces, dans la joie de l'amour et de la construction des nids – au-delà des
haies, les champs avec les blés en herbe qui sont déjà plus hauts que ceux de
Judée et des prés tout fleuris et sur eux - en réponse aux légères nuées du
ciel auxquelles le crépuscule donne des teintes de rose, de lilas clairs, de
violettes, de pervenches, d'opale azurée, d'orange corail - par centaines et
centaines les nuées des arbres à fruit : blanches, rosés, rouges avec
toutes les nuances intermédiaires.
Avec le léger vent du soir, papillonnent et tombent les premiers pétales des
arbres en fleurs. On dirait des essaims de papillons à la recherche du pollen
Sur les fleurs de la campagne. Et d'un arbre à l'autre des festons de vignes
encore dénudées, sauf qu'à leur sommet là où le soleil tape davantage c'est
l'ouverture innocente, étonnée, palpitante des premières petites feuilles.
Le soleil se couche tranquille dans le ciel si doux dans son azur que la
lumière rend encore plus clair et il fait briller au loin les neiges de
l'Hermon et d'autres cimes lointaines.
Un char va sur la route. C'est celui qui porte Joseph et Marie avec
ses cousins. Le voyage se termine.
Marie regarde, du regard anxieux de qui veut connaître et même reconnaître
ce qu'il voit et dont il ne se rappelle pas et elle sourit quand quelque
souvenir imprécis revient et s'arrête sur telle et telle chose, sur un point particulier.
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93> Élisabeth et avec elle Zacharie et
Joseph l'aident à se souvenir en précisant telle ou telle cime, telle ou
telle maison. Maisons, désormais, car Nazareth déjà se montre, étendue sur
l'ondulation de sa colline.
Frappée à gauche par le soleil couchant, la cité montre ses petites maisons
blanches, larges et basses que surmonte une terrasse teintée de rose.
Certaines, que le soleil frappe en plein, semblent éclairées par un incendie
tant leur façade est rougie par le soleil qui fait briller l'eau des canaux
et des puits bas, presque sans parapets, d'où montent les seaux pour la
maison et les arrosoirs pour le potager.
Enfants et femmes se mettent sur le bord de la route jetant un coup d’œil
dans le char, et saluent Joseph, bien connu. Mais après ils restent perplexes
et intimidés devant les trois autres.
Mais quand on entre dans la cité proprement dite, il n'y a plus ni
perplexité, ni crainte. Beaucoup et beaucoup de tout âge se trouvent au début
du pays sous un arc rustique de fleurs et de feuillage et à peine le char
apparaît de derrière le coude de la dernière maison campagnarde qui échappe à
l'alignement, c'est une roulade de cris aigus. Les gens agitent des rameaux
et des bouquets. Ce sont les femmes, les jeunes filles et les enfants de
Nazareth qui saluent l'épouse. Les hommes plus retenus se tiennent en arrière
de la haie remuante et bruyante et saluent avec gravité.
Maintenant le char a été découvert avant d'arriver au pays car le soleil
n'est plus gênant et permet ainsi à Marie de bien voir la terre natale. Marie
apparaît belle comme une fleur. Blanche et blonde comme un ange, elle sourit
avec bonté aux enfants qui lui jettent des fleurs et lui envoient des
baisers, aux jeunes filles de son âges qui l'appellent par son nom, aux
épouses, aux mères, aux vieilles qui la bénissent avec leurs voix chantantes.
Elle s'incline devant les hommes et spécialement devant l'un d'eux qui est
peut-être le rabbin ou le principal personnage du pays.
Le char avance au pas par la rue principale suivi d'une grande partie de la
foule pour laquelle l'arrivée est un événement.
"Voici ta maison, Marie" dit Joseph en indiquant avec le fouet une
petite maison qui se trouve exactement au bas d'une ondulation de la colline
et qui a, par derrière, un beau et vaste jardin tout en fleurs qui se termine
avec un tout petit olivier. Plus loin l'habituelle haie d'aubépine et de
cactus marque la limite de la propriété. Les champs, autrefois à Joachim, sont plus loin.
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94> "Il t'est resté peu de
chose, dit Zacharie. La maladie de ton père fut longue et coûteuse. Coûteuses
aussi les dépenses pour les réparations, les dégâts faits par Rome. Tu vois,
la route a supprimé les trois principales dépendances et la maison a été
réduite. Pour l'agrandir sans lourdes dépenses, on a utilisé une partie de la
colline qui fait grotte. Joachim y gardait les provisions et Anne ses
métiers. Tu feras ce qui te semblera bon."
"Oh ! que ce soit peu de chose, n'importe ! Cela me suffira
toujours. Je travaillerai..."
"Non,
Marie." C'est Joseph qui parle. "C'est moi qui travaillerai. Tu
ne feras que les travaux de lingerie, de couture de la maison. Je suis jeune
et fort et je suis ton époux. Ne me mortifie pas avec ton travail."
"Je ferai comme tu veux."
"Oui, pour cette question, c'est ma volonté. Pour tout le reste
tous tes désirs font loi, mais pas pour cela."
Ils sont arrivés, le char s'arrête. Deux femmes et deux hommes,
respectivement sur les quarante et cinquante ans, sont près de la porte, et
avec beaucoup de bambins et de jeunes.
"Dieu te donne la paix, Marie" dit l'homme le plus âgé et une femme
aborde Marie, la prend dans ses bras et l'embrasse.
"C'est mon frère Alphée et Marie sa femme et ceux-ci sont leurs fils . Ils
sont venus exprès pour te fêter et te dire que leur maison est la tienne, si
tu veux" dit Joseph.
"Oui, viens Marie, s'il t'est pénible de vivre seule. La campagne est
belle au printemps et notre maison est au milieu des champs en fleurs. Là, tu
seras la plus belle fleur" dit Marie de Alphée.
"Je te remercie Marie. Bien volontiers je viendrai. Je viendrai de temps
en temps et sans faute pour les noces. Mais je désire tant de voir, de
reconnaître ma maison. J'étais toute petite quand je l'ai quittée et j'ai
oublié son aspect... Maintenant je le retrouve... et il me semble de
retrouver ma mère que j'ai perdue, mon père bien aimé, de retrouver l'écho de
leurs paroles et le parfum de leur dernier soupir. Il me semble n'être plus orpheline puisque autour de moi j'ai l'embrassement des
murs,... Comprends-moi, Marie." La voix de Marie trahit son émotion et
des larmes perlent à ses cils.
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95> Marie d'Alphée
répond : "Comme tu veux, aimée. Je veux que tu me sentes comme une
sœur et une amie et un peu aussi une mère parce que je suis de beaucoup plus
âgée que toi."
L'autre femme s'avance : "Marie, je te salue. Je suis Sara, l'amie de ta mère. Je t'ai
vue naître. Et voilà Alphée,
petit-fils d'Alphée et
grand ami de ta mère. Ce que j'ai fait pour ta mère, je le ferai pour toi, si
tu veux. Vois-tu ? Ma maison est la plus proche de la tienne et tes
champs sont maintenant à nous. Mais, si tu veux venir, tu le peux à toute
heure. Nous ferons un passage dans la haie et nous serons ensemble, tout en
restant chacun chez soi. Voilà mon mari."
"Je vous remercie tous et pour tout. De tout le bien que vous
avez voulu faire aux miens et que vous voulez me faire. Que vous bénisse le
Dieu Tout-Puissant."
Les lourdes caisses sont déchargées et portées à la maison. On entre, et je
reconnais la petite maison de Nazareth, telle qu'elle est plus tard, dans la
vie de Jésus.
Joseph prend Marie par la main - geste habituel - et il entre ainsi. Sur le
seuil, il lui dit : "Et
à présent, sur ce seuil, je veux de toi une promesse. Que n'importe quelle
chose survienne ou qui t'arrive tu n'aies d'autre ami, d'autre aide vers qui
te tourner que vers Joseph et que, pour aucun motif tu n'aies à t'enfermer
dans ta peine. Je suis tout entier à ta disposition, rappelle-toi et ce sera
là ma joie de rendre heureux ton chemin et, puisque le bonheur n'est pas
toujours en notre pouvoir, au moins de te le faire paisible et sûr."
"Je te le promets, Joseph." On ouvre portes et fenêtres. Le soleil
couchant entre, curieux. Marie, maintenant a quitté le manteau et le voile
parce que, sauf les fleurs de myrte, elle a encore le vêtement de noces. Elle
sort dans le jardin en fleurs. Elle regarde et sourit et avec toujours sa
main dans celle de Joseph, elle fait le tour du jardin. Elle semble reprendre
possession d'un lieu perdu.
Et Joseph lui montre ses travaux : "Tu vois, ici, j'ai fait ce trou
pour recueillir l'eau de pluie, car ces vignes ont toujours soif. À cet
olivier, j'ai coupé les branches les plus vieilles pour le revigorer. J'ai
planté ces pommiers parce que deux étaient morts, et là j'ai mis des
figuiers. Quand ils auront poussé, ils protégeront la maison d'un soleil trop
ardent et des regards curieux. Là est l'ancienne tonnelle, j'ai seulement
changé les supports pourris et travaillé avec les
ciseaux.
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96> Elle donnera beaucoup de
raisin, j'espère. Et là, regarde" et, tout fier, il la conduit vers la
pente qui se dresse au dos de la maison et qui fait la limite du verger,
"et là, j'ai creusé une petite grotte et l'ai étayée, et quand ces
petites plantations auront grandi, elle sera à peu près aussi grande que
celle que tu avais. Il n'y a plus la source... mais j'espère amener un filet
d'eau. Je travaillerai pendant les longues soirées d'été quand je viendrai te
voir ..."
"Mais, comment ?" dit Alphée. "Vous ne faites pas les
noces cet été ?"
"Non, Marie désire filer les draps de laine, unique chose qui manque au
trousseau. Et j'en suis heureux. Elle est si jeune, Marie, qu'il n'y a pas
d'importance qu'elle attende un an ou plus. En attendant, elle s'habitue à la
maison,.."
"Ah ! tu as toujours été un peu différent des autres et tu l'es
encore maintenant. Je me demande qui n'aurait pas hâte d'avoir pour femme une
fleur comme Marie et toi, tu attends des mois !..."
"Joie longuement attendue, joie plus intensément goûtée" répond
Joseph avec un fin sourire.
Le frère hausse les épaules et demande : "Et alors quand penses-tu
aux noces ?"
"Quand Marie prendra ses seize ans. Après la fête des Tabernacles
. Elles
seront douces les soirées d'hiver pour les nouveaux époux !..." Et
il sourit encore, en regardant Marie. Un sourire d'entente secrète et pleine
de douceur, d'une consolante chasteté fraternelle. Puis il reprend son
tour : "Ici, c'est la pièce dans la butte. Si tu veux, j'en ferai
mon atelier quand je viendrai. Elle communique mais n'est pas dans la maison.
Ainsi il n'y aura ni bruit ni désordre. Si pourtant tu veux
autrement..."
"Non, Joseph, ça va très bien ainsi." On rentre à la maison et on
allume les lampes.
"Marie est fatiguée" dit Joseph. "Laissons-la tranquille avec
les cousins."
Tous saluent et s'en vont. Joseph reste encore quelques minutes et parle à
Zacharie à voix basse.
"Ton cousin te laisse Elisabeth quelque temps, es-tu contente ?
Moi, oui, parce qu'elle t'aidera à... devenir une parfaite maîtresse de
maison. Avec elle tu pourras disposer toutes choses à ton goût et ranger le
mobilier et je viendrai tous les soirs t'aider, Avec elle tu pourras te
procurer la laine et tout ce qu'il faut.
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97> C'est moi qui réglerai les dépenses. Souviens-toi que tu as promis de t'adresser à
moi pour tout. Adieu, Marie. Dors ton premier sommeil de dame, dans cette
maison qui est à toi, et que l'ange de Dieu te le rende paisible. Que le
Seigneur soit toujours avec toi."
"Adieu Joseph, que toi aussi tu sois sous l'aile de l'ange de Dieu.
Merci, Joseph. Pour tout. Autant que je le puis mon amour répondra au
tien." Joseph salue les cousins et sort. En même temps la vision cesse.
Conclusion du pré-Évangile
Jésus dit :
"Le cycle est terminé, et avec lui, si doux et si suave, ton Jésus t'a
portée sans secousses hors du tumulte de ces jours. Comme un petit enfant
revêtu d'une douce laine et posé sur des coussins moelleux, tu as été plongée
dans ces visions bienheureuses pour ne pas ressentir, terrorisée, la férocité
des hommes qui se haïssent, au lieu de s'aimer. Tu ne pourrais plus supporter
certaines choses et je ne veux pas que tu en meures, parce que j'ai soin de
mon "porte-voix". Elle va cesser, dans le monde, la cause pour
laquelle les victimes ont été torturées par tous les désespoirs. Pour toi
aussi, Marie, va cesser le temps de souffrir terriblement pour trop de
raisons qui violentent tes sentiments personnels. Tu ne cesseras pas de
souffrir : tu es victime. Mais une partie de tes souffrances :
celle-là va cesser. Puis viendra le jour où je dirai comme à Marie de Magdala
mourante : "Repose-toi. Il est temps pour toi de reposer. Donne-moi
tes épines. Il est temps de roses. Repose-toi et attends. Je te bénis,
bénie".
Je t'ai
dit cela et c'était une promesse et tu ne l'as pas comprise au moment où
arrivait le temps où tu serais plongée, roulée, enchaînée, couverte par les
épines, dans la plus profonde obscurité... Cela je te le répète maintenant
avec une joie telle que seul l'amour que je suis peut éprouver quand il peut
faire cesser une douleur pour son aimée. Cela, je te le dis maintenant le
temps du sacrifice cesse. Et Moi, qui sais, je te le dis pour le monde qui ne
sait pas, pour l'Italie, pour Viareggio; pour ce petit pays, où tu m'as
apporté - médite le sens de ces paroles - le merci réservé aux holocaustes
pour leur sacrifice. Quand je t'ai montré Cécile, vierge-épouse, je t'ai dit
qu'elle était imprégnée de mes parfums et qu'à leur odeur elle a entraîné
mari, beau-frère, serviteurs, parentes, amis. Tu as fait sans le savoir, mais
Moi je te le dis, Moi qui sait, le rôle de Cécile
dans ce monde devenu fou. Tu es toute remplie de Moi, de ma parole; tu as
porté mes désirs parmi les personnes et les meilleurs ont compris et après
toi, victime, beaucoup et beaucoup en sont sorties et, si ce n'est pas la
ruine complète de ta patrie et des lieux qui te sont les plus chers, c'est
parce que beaucoup d'hosties ont été consumées à la suite de ton exemple et
de ton activité. Merci, bénie. Mais continue encore. J'ai grand besoin de
sauver la terre, de racheter la terre. Vous, les victimes, vous êtes le prix
du rachat.
98> La Sagesse qui a
instruit les saints et t'instruit par un enseignement direct, t'élève toujours
plus à l'intelligence de la Science de vie et à sa pratique. Dresse, toi
aussi ta petite tente près de la maison du Seigneur. Enfonce aussi les pieux de ta tente dans la demeure de la Sagesse et reste-y sans
jamais en sortir. Tu reposeras sous la protection du Seigneur qui t'aime,
comme un oiseau au milieu des branches fleuries et Il te mettra à l'abri de
toutes intempéries spirituelles et tu seras dans la lumière de la gloire de
Dieu d'où descendront pour toi des paroles de paix et de vérité. Va en paix.
Je te bénis, bénie."
Tout de suite après Marie dit :
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