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Vision du jeudi 21 décembre 1944
251> Le Temple, aux jours
de fête. La foule entre et sort par les portes de l'enceinte, traverse les cours,
les atriums et les portiques, disparaît dans tel et tel édifice situé sur les
différents niveaux où est disséminée l'agglomération du Temple.
Voici qu'entre aussi, en chantant des psaumes à voix basse, le groupe de la
famille de Jésus. Tous les hommes d'abord, puis les femmes. D'autres
personnes se sont jointes à eux, peut-être de Nazareth, peut-être des amis de
Jérusalem. Je ne sais pas.
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252> Après avoir adoré le
Très-Haut, de l'endroit - si je comprends bien où les hommes peuvent le faire
- (les femmes se sont arrêtées un peu plus bas), Joseph se sépare accompagné du Fils, traverse les cours de nouveau
en sens inverse. Il tourne à un endroit et entre dans une vaste pièce qui a
l'aspect d'une synagogue. Je ne comprends pas bien. Y avait-il aussi des
synagogues dans le Temple ? Il parle avec un lévite, et celui-ci
disparaît derrière un rideau à rayures pour revenir ensuite avec des prêtres
âgés. Je crois que ce sont des prêtres. Certainement ce sont des maîtres pour
la connaissance de la Loi et donc chargés d'examiner les fidèles.
Joseph présente Jésus. Auparavant ils se sont inclinés
profondément tous les deux devant une dizaine de docteurs qui ont dignement
pris place sur des tabourets de bois peu élevés. "Voici, dit-il. C'est
mon Fils. Depuis trois lunes et douze jours il est arrivé à l'âge que la Loi
indique pour la majorité . Mais je veux qu'il soit majeur selon les préceptes
d'Israël. Je vous prie de considérer que par sa complexion il montre qu'il
est sorti de l'enfance et qu'il n'est plus mineur. Je vous prie de l'examiner
avec bienveillance et justice pour juger ce que moi, son père, j'affirme ici
être vrai. Je l'ai préparé pour cette heure et pour la dignité de fils de la
Loi qu'il doit recevoir. Il connaît les préceptes, les traditions, les
décisions, les coutumes des parchemins et des phylactères . Il sait réciter les prières et les bénédictions
quotidiennes. Il peut donc, connaissant la Loi elle-même et ses trois
branches de l'Halascia
, Midrasc
et Agada , se conduire en homme. Pour ce motif, je désire être
libéré de la responsabilité de ses actions et de ses péchés. À partir de
maintenant, qu'il soit assujetti aux préceptes et prenne à son compte les
peines pour les manquements à ceux-ci. Examinez-le."
"Nous allons le faire. Avance, enfant. Ton nom ?"
"Jésus de Joseph de Nazareth."
"Nazaréen... Tu sais donc lire ?"
"Oui, Rabbi, je sais lire les paroles écrites et celles qui sont
contenues dans les paroles elles-mêmes."
"Que veux-tu dire ?"
"Je veux dire que je comprends aussi le sens de l'allégorie ou du
symbole qui se cache sous l'apparence, comme la perle qui ne se voit pas,
mais qui se trouve dans la coquille grossière et fermée."
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253> "Réponse qui n'est pas
commune, et qui est très sage. On entend rarement cela sur les lèvres d'un
adulte; et puis chez un enfant... et Nazaréen par-dessus le
marché !"
L'attention des dix s'est éveillée. Leurs yeux ne perdent pas un instant de
vue le bel Enfant blond qui les regarde, sûr de Lui, sans effronterie, mais
sans peur.
"Tu fais honneur à ton maître qui, assurément, est très savant."
"La Sagesse de Dieu résidait dans son cœur juste."
"Mais, écoutez! Heureux es-tu, père d'un tel Fils !"
Joseph qui est au fond de la salle sourit et s'incline.
On donne à Jésus trois rouleaux différents en disant : "Lis celui
qui a un ruban doré."
Jésus ouvre le rouleau et lit. C'est le Décalogue . Mais
après les premiers mots, un juge Lui enlève le rouleau en disant :
"Continue, par cœur." Jésus parle avec tant d'assurance qu'on
dirait qu'il lit. Chaque foi qu'il nomme le Seigneur, il s'incline profondément.
"Qui t'a enseigné cela ? Pourquoi le fais-tu ?"
"Parce que saint est ce Nom et on le prononce avec des marques
intérieures et extérieures de respect. Devant le roi, qui ne l'est que pour
peu de temps, les sujets s'inclinent et lui n'est que poussière. Devant le
Roi des rois, le Très-Haut Seigneur d'Israël, présent, même s'il n'est
visible que pour l'esprit, doit s'incliner toute créature qui dépend de Lui,
d'une sujétion éternelle."
"Bravo ! Homme, nous te conseillons de faire instruire ton Fils par
Hillel ou Gamaliel.
C'est un Nazaréen... mais ses réponses font espérer qu'il sera un nouveau
grand docteur."
"Le Fils est majeur. Il fera comme il voudra. Pour moi, si sa volonté
est honnête, je ne m'y opposerai pas."

"Enfant, écoute. Tu as dit : "Souviens-toi de sanctifier les fêtes .
Mais, non seulement pour toi, mais pour ton fils et ta fille, ton serviteur
et ta servante, mais jusque pour les bêtes de somme, il est dit de ne pas
travailler le jour du sabbat" . Et
bien dis-moi : si une poule pond un œuf ou si une brebis a son agneau le jour
du sabbat, sera-t-il permis d'utiliser le fruit de ses entrailles ou bien
faudra-t-il le considérer comme une chose abominable ?"
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254> "Je sais que beaucoup de
rabbins — le dernier, Sciammaï est toujours
vivant — affirment que l’œuf pondu le jour du sabbat n'a pas respecté le précepte . Mais
je pense que autre est l'homme, autre est l'animal ou qui accomplit un acte
animal comme l'enfantement. Si j'oblige une bête de somme à travailler, je
me charge de son péché parce que je m'emploie à la faire travailler sous la
menace du fouet. Mais si une poule pond l’œuf mûri dans son ovaire ou si une
brebis met bas le jour du sabbat, parce que le moment est venu que son agneau
voie le jour, non, cette action n'est pas un péché, ni en soi ni aux yeux de
Dieu, ni l’œuf et l'agneau qui arrivent le jour du sabbat ne sont entachés
d'un péché."
"Pourquoi donc, si tout travail accompli durant le sabbat est un
péché ?"
"Parce que la conception et la génération correspondent à la volonté de
Dieu et sont réglées par des lois qu'il a données à toute créature. Or la
poule ne fait qu'obéir à cette loi qui prévoit qu'après un certain nombre
d'heures de formation, l’œuf est complet et prêt pour la ponte. La brebis
aussi ne fait qu'obéir à cette loi imposée par Celui qui a tout fait. Le
Créateur a réglé que deux fois l'an, quand vient le sourire du printemps sur
les prés fleuris, et quand les arbres perdent leurs feuilles, que le froid
serre la poitrine de l'homme, les brebis obéissent à leur instinct pour
donner ensuite dans l'autre période lait, viande et fromages nourrissants
pour les mois les plus fatigants à cause des moissons ou les plus désolés à
cause des gelées. Si donc une brebis donne le jour à un agneau quand l'heure
est venue, son petit, on peut bien le regarder comme sacré, même pour l'autel
parce qu'il est le fruit de l'obéissance au Créateur."
"Pour moi, j'arrête l'examen. Sa sagesse étonnante surpasse celle des
adultes."
"Non. Il a dit aussi qu'il était capable de comprendre également les
symboles. Écoutons-le."
"Qu'il dise d'abord un psaume, les bénédictions, les prières."
"Les préceptes aussi."
"Oui. Dis les midrasciot."
Jésus énonce imperturbablement une litanie de "ne pas faire ceci... ne
pas faire cela..." Si nous devions subir encore toutes ces restrictions,
frondeurs que nous sommes, je vous assure qu'il n'y aurait plus personne de
sauvé...
"Ça suffit. Ouvre le rouleau au ruban vert."
Jésus ouvre et se met à lire.
"Plus loin, encore plus loin."
Jésus obéit.
"Suffit. Lis et explique, s'il te semble qu'il y ait un symbole."
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255> "Dans la Parole Sainte,
c'est rarement qu'elle manque. Et c'est nous qui ne savons pas le découvrir
et en faire l'application. Je lis : quatrième livre des Rois,
chapitre XXII, verset 10 : "Le scribe Shaphân,
continuant de s'adresser au roi, dit : 'Le Souverain Prêtre Elcias m'a donné un livre'. Shaphân
l'ayant lu en présence du roi, après avoir entendu les paroles de la Loi du
Seigneur, déchira ses vêtements, puis il donna..."
"Passe les noms."
"... cet ordre : 'Allez consulter le Seigneur pour moi, pour le
peuple, pour tout Juda, en ce qui concerne ce livre qu'on a
découvert. En effet la grande colère de Dieu s'est allumée contre nous parce
que nos pères n'ont pas écouté les paroles de ce livre de façon à en suivre
les prescriptions'... "
"C'est assez. Le fait s'est produit plusieurs siècles avant nous. Quel
symbole trouves-tu dans un fait de chronique ancienne ?"
"Je trouve qu'il ne faut pas circonscrire dans un temps ce qui est
éternel. Éternel est Dieu et notre âme, éternels les rapports entre Dieu et
l'âme. Ce qui avait provoqué alors les châtiments, c'est la même chose qui
les provoque maintenant, et les effets de la faute sont les mêmes."
"Qu'est-ce à dire ?"
"Israël ne connaît plus la Sagesse qui vient de Dieu. C'est à Lui, non à
de pauvres humains, qu'il faut demander la lumière et il n'y a pas de lumière
sans justice et fidélité à Dieu. Alors, on pèche, et Dieu, dans sa colère,
punit."
"Nous n'avons plus la science ? Mais, que dis-tu, enfant ? Et
les six cent treize préceptes ?"
"Il y a des préceptes, mais ce ne sont que des mots. Nous les
connaissons, mais nous ne les mettons pas en pratique. Donc nous ne les
connaissons pas. Le symbole est celui-ci : tout homme, en tout temps, a
besoin de consulter le Seigneur pour connaître sa volonté et y adhérer pour
ne pas s'attirer sa colère."
"L'enfant est parfait. Même le piège de la question insidieuse n'a pas
troublé sa réponse. Qu'on le conduise à la vraie synagogue."
Ils passent dans une pièce plus vaste et plus décorée. Ici, première chose,
on Lui raccourcit les cheveux. Joseph en recueille les boucles. Puis on ceint
son vêtement rouge avec une longue ceinture qui fait plusieurs fois le tour
de la taille. On Lui attache des banderoles au front, au bras et à son
manteau. On les fixe avec des sortes de broches. Puis on chante des psaumes
et Joseph, dans une longue prière, loue le Seigneur et appelle sur le Fils
toutes les bénédictions.
256> La cérémonie est finie.
Jésus sort avec Joseph. Ils retournent à l'endroit d'où ils étaient venus.
Réunion des hommes de la famille. On achète et offre un agneau puis avec la
victime égorgée, on rejoint les femmes.
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