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437> "Je
suis très étonné que le Baptiste
ne soit pas ici " dit Jean au
Maître. Ils
sont tous sur la rive orientale du Jourdain, près du fameux gué où, pendant
un certain temps, le Baptiste baptisait.
"Et il n'est pas non plus sur l'autre rive." observe Jacques.
438>
"Ils l'auront arrêté, espérant une nouvelle
bourse, commente Pierre.
Ce sont des pendards, ces gens d'Hérode !"
"Nous allons passer de l'autre côté et nous informer." dit Jésus.
En effet ils passent, et à un passeur de l'autre rive ils demandent :
"Il ne baptise plus ici le Baptiste ?"
"Non. Il est sur les confins de la Samarie. On l'a réduit à cela ! Un saint doit s'établir
près des Samaritains pour échapper aux citoyens d'Israël. Et vous vous
étonnez si Dieu nous abandonne ! Une seule chose, m'étonne : qu'II ne
traite pas toute la Palestine comme Sodome et Gomorrhe ! … "
"II ne le fait pas à cause des justes qui s'y trouvent, à cause de ceux qui,
sans être tout à fait justes, ont soif de justice et s'attachent aux
enseignements de ceux qui prêchent la sainteté." répond Jésus.
"Alors, ils sont deux : le Baptiste et le Messie. Le premier, je le
connais car je l'ai servi aussi ici au Jourdain, en lui amenant avec ma
barque des fidèles sans rien demander, car lui disait qu'il faut se contenter
d'un juste salaire. Il me paraissait juste de me contenter du gain que je
réalisais pour les autres services et injuste de réclamer un paiement pour
amener une âme à la purification. Des amis m'ont traité de fou, Mais enfin...
Je me contente du peu que j'ai. Qui peut y trouver à redire ? Du reste,
je vois que je ne suis pas encore mort de faim, et j'espère qu'à ma mort
Abraham me sourira."
"Tu as raison, homme. Qui es-tu ?" demande Jésus.
"Oh ! je porte un bien grand nom et j'en ris car je ne connais que
les rames. Je m'appelle Salomon."
"Tu as la sagesse de juger que celui qui coopère à une purification ne
doit pas la souiller en prenant de l'argent . Je te le dis : ce n'est pas seulement Abraham, mais le
Dieu d'Abraham qui sourira à ta mort comme à un fils fidèle."
"Oh ! mon Dieu ! Tu me le dis vraiment ? Qui
es-tu ?"
"Je suis un juste."
"Écoutes : je t'ai dit qu'il y en a deux en Israël : l'un
c'est le Baptiste et l'autre le Messie. Es-tu le Messie ?"
"Je le suis."
"Oh ! éternelle miséricorde ! Mais... j'ai entendu un jour des
pharisiens qui disaient... Laissons tomber ... Je ne veux pas me salir la
bouche. Tu n'es pas ce qu'ils disaient. Langues bifides, pires que celles des
vipères !..."
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439> "C'est
Moi, et je te dis : tu n'es pas très loin de la Lumière. Adieu, Salomon.
La paix soit avec toi."
"Où vas-tu, Seigneur ?"
L'homme est abasourdi par la révélation. Il a pris un ton tout différent.
C'était d'abord un brave homme qui parlait. Maintenant, c'est un disciple qui
adore.
"Je vais à Jérusalem par Jéricho, aux Tabernacles."
"À Jérusalem ? Mais... Toi aussi ?"
"Je suis fils de la Loi, Moi aussi. Je ne supprime pas la Loi Je vous
donne lumière et force pour la suivre parfaitement."
"Mais Jérusalem a déjà de la haine pour Toi ! Je veux dire les
grands, les pharisiens de Jérusalem. Je t'ai dit que j'ai entendu..."
"Laisse-les faire. Eux font leur devoir, ce qu'ils croient être
leur devoir. Moi, je fais le mien. En vérité je te dis que tant que ce ne
sera pas l'heure, ils ne pourront rien."
"Quelle heure, Seigneur ?" demandent les disciples et le
passeur.
"Celle du triomphe des Ténèbres."
"Tu vivras jusqu'à la fin du monde ?"
"Non. Il y aura une ténèbre plus atroce que celle des astres éteints et
de notre planète morte avec tous ses hommes. Ce sera quand les hommes
étoufferont la Lumière que je suis. En beaucoup, le crime est déjà arrivé.
Adieu, Salomon."
"Je te suis, Maître."
"Non. Viens dans trois jours au Bel
Nidrash. Paix à toi." Jésus se met
en route, au milieu des disciples pensifs.
"Que pensez-vous ? Ne craignez ni pour Moi ni pour vous. Nous
sommes passés par la Décapole et la Pérée, et partout nous avons vu des agriculteurs
au travail dans les champs. En certains endroits, la terre était encore
occupée par le chaume et le chiendent aride, dure, encombrée de plantes
nuisibles que les vents d'été avaient apportées et ensemencées en transportant
les graines des déserts désolés. C'était les champs des paresseux et des
jouisseurs Ailleurs, la terre était déjà ouverte par la charrue et
débarrassée par le feu et la main, des pierres, des ronces, du chiendent. Et
ce qui d'abord était nuisible, à savoir les plantes inutiles, voilà que par
la purification du feu ou de la taille, elles s'étaient changées en choses
utiles : fumier, sels utiles pour rendre la terre féconde. La terre avait
pleuré sous la douleur du soc qui l'ouvrait et la fouillait et sous la
morsure du feu qui passait sur ses blessures. Mais elle sera plus riante au
printemps et elle dira : "L'homme m'a
torturée pour me donner cette opulente moisson qui est pour moi parure et
beauté". 440> Et ces champs appartenaient à ceux qui savent vouloir. Ailleurs
encore la terre était déjà en parfait état, débarrassée même des cendres, un
vrai lit nuptial pour les épousailles de la terre et de la semence et le
mariage fécond qui donne une si glorieuse moisson d'épis. Et c'étaient les
champs des généreux qui ne se satisfont que de la perfection du travail.
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Et bien. Il
en est de même des cœurs. Je suis le Soc
et ma parole est le Feu. Pour préparer au triomphe éternel.
Il en est qui, paresseux ou jouisseurs, ne me cherchent pas encore, ne
veulent pas de Moi, ne cherchent qu'à jouir de leurs vices et de leurs
passions mauvaises. Tout ce qui leur semble parure de verdure et de fleurs,
n'est que ronces et épines qui déchirent mortellement leur esprit,
l'enchaînent et en font des fagots pour les feux de la Géhenne. Pour l'heure,
la Décapole et la Pérée sont ainsi... et pas elles seulement. On ne me
demande pas de miracles parce qu'on ne veut pas de la taille de la parole ni
de l'ardeur du feu, mais leur heure viendra. Ailleurs, il en est qui
acceptent cette taille et cette ardeur, et ils pensent : "C'est
pénible, mais cela me purifie et me rendra fertile en bonnes actions".
Ce sont ceux qui n'ont pas l'héroïsme de faire, mais me permettent de
faire. C'est le premier pas sur ma route. Il y en a enfin qui m'aident de
leur travail actif inlassable. Ils font mon travail. Ils ne marchent pas,
mais ils volent sur la route de Dieu. Ceux-là sont les disciples fidèles :
vous et les autres disséminés en Israël."
"Mais, nous sommes peu nombreux... contre un si grand nombre. Nous
sommes humbles... contre les puissants. Comment te défendre s'ils veulent te
nuire ?"
"Amis, rappelez-vous le songe de Jacob . Il vit une multitude innombrable d'anges qui montaient
et descendaient par l'échelle qui allait du Ciel au patriarche. Une
multitude, et pourtant ce n'était qu'une partie des légions angéliques... Et
bien, même si toutes les légions qui chantent l'alléluia à Dieu dans le Ciel
descendaient autour de Moi pour me défendre, lorsque ce sera l'heure, elles
ne pourront rien. La justice doit s'accomplir ..."
"L'injustice, voudrais-tu dire ! Car tu es saint, et s'ils te font du
mal, s'ils te haïssent, ce sont des injustes."
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441> "C'est pour cela que je
dis que, pour certains, le crime est déjà accompli. Celui qui couve une
pensée homicide est déjà homicide; si c'est le vol, c'est déjà un voleur; si
c'est un adultère, il est déjà adultère; si c'est la trahison, c'est déjà un
traître. Le Père sait et Moi je sais. Mais Lui me laisse aller, et je vais
mon chemin, car c'est pour cela que je suis venu. Mais les moissons mûriront encore et on fera
les semailles une première fois et une second avant que le Pain et le Vin ne
soient donnés en nourriture aux hommes."
"On fera un banquet de joie et de paix, alors !"
"De paix ? Oui. De joie ? Aussi, mais... ô Pierre ! ô mes
amis ! Que de larmes il y aura entre le premier et le second
calice ! Et c'est seulement après qu'on aura bu la dernière goutte du
troisième calice que la joie sera grande parmi les justes, et qu'il y aura un
paix assurée pour les hommes dont la volonté est droite."
"Et tu y seras, n'est-ce pas ?"
"Moi ? ... Mais quand le chef de famille manque-t-il au rite ?
E ne suis-je pas le Chef de la grande famille du Christ ?"
Simon
le Zélote, qui n'a jamais parlé, dit
comme en se parlant à lui-même : "Quel est Celui-là qui vient avec
les vêtements teint de rouge ? Il est beau, en son vêtement, et il
marche dans la grandeur de sa force ". "Je suis Celui qui parle avec justice et je
protège de manière à sauver". "Pourquoi donc tes vêtements sont-ils
teints de rouge et tes habits comme ceux des pileurs du pressoir ? " "J'ai été seul à fouler dans le pressoir . L'année de ma rédemption est venue "
"Tu as compris, Simon." observe Jésus.
"J'ai compris, mon Seigneur."
Les deux se regardent. Les autres les regardent étonnés et se demandent entre
eux : "Mais parle-t-il des vêtements rouges que porte maintenant
Jésus, ou de la pourpre royale dont il sera revêtu quand ce sera l'heure ?"
Jésus s'absorbe en Lui-même et paraît ne plus rien entendre Pierre prend
Simon à part et lui demande : "Toi qui es sage et humble, explique
tes paroles à mon ignorance."
"Oui, frère ! Son nom est Rédempteur. Les calices de paix et de
joie entre l'homme et Dieu, la terre et le Ciel, c'est Lui qui les remplira
de son Vin, en se foulant Lui-Même dans la souffrance par amour pour nous
tous. Il sera donc présent, bien qu'en apparence la puissance des Ténèbres
aura étouffé la Lumière qui est Lui-Même. Oh ! il faut beaucoup l'aimer,
ce Christ, notre Christ car beaucoup Lui refuseront leur amour. Faisons en
sorte qu'à l'heure de sa déréliction on ne puisse nous adresser et nous
reprocher la plainte de David : "Une meute de chiens (et nous aussi
parmi eux) m'a entouré "
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442> "Tu dis ?
...Mais nous, nous le défendrons, même s'il faut mourir avec Lui."
"Nous le défendrons... Mais nous sommes des hommes, Pierre. Et notre
courage fondra avant qu'on ne Lui broie les os... Oui. Nous ferons comme
l'eau prise en glace dans le ciel et que la foudre fait fondre en pluie et
que le vent regèle sur le sol. C'est ça, nous ! C'est ça, nous !
Notre courage actuel qui nous fait pour Lui des disciples, du fait de son
amour et de son voisinage qui le condensent en une hardiesse virile, fondra
sous le coup de foudre de Satan et des
satans... Et de nous, que restera-t-il ? Puis, après l'avilissante et
nécessaire épreuve, voilà que la foi et l'amour nous solidifiera de nouveau
et nous serons comme un cristal qui ne craint plus qu'on le rompe. Mais cela,
nous le saurons et en serons capables, si nous l'aimons beaucoup tant que
nous le possédons. Alors... oui, je pense qu'alors, par l'effet de sa parole,
nous ne serons pas des ennemis et des traîtres."
"Tu es sage, Simon. Moi... je n'ai pas de lettres. Et Lui demander tant
de choses me fait honte aussi... Et cela me fait mal quand je sens que ce
sont des motifs de larmes.... Regarde son visage : il paraît inondé de larmes
secrètes. Vois ses yeux. Ils ne regardent ni le ciel, ni le sol. Ils sont
ouverts sur un monde qui nous est inconnu. Comme il paraît épuisé et courbé
dans sa démarche ! Il semble vieilli par sa pensée. Oh ! je ne peux
le voir ainsi ! Maître ! Maître ! Souris.
Je ne puis te voir si affligé. Tu m'es cher comme un fils et je te donnerais
ma poitrine comme oreiller pour t'endormir et te faire rêver à d'autres
mondes... Oh ! pardonne-moi si je t'ai dit "fils" ! C'est
que je t'aime, Jésus."
"Je suis le Fils... Ce nom est mon Nom. Mais je ne suis plus triste. Tu
le vois ? Je souris car vous êtes pour Moi des amis. Voici, là au fond, Jéricho toute rouge au crépuscule. Que deux de vous aillent
pour chercher un logement. Moi et les autres, nous irons les attendre à côté
de la synagogue. Allez."
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