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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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mercredi
- De la nourriture et de l'argent pour
les lépreux 543 - Rencontre de lépreux 543 - Jude évangélise l'un d'eux 543 - Qui appelle ses compagnons 544 - Jésus les envoie chercher la femme 545
- Il demande à Pierre autant de foi
qu'eux 546 - Guérison de quatre lépreux 546 - Que Jésus emmène chez les lépreux de
Siloan 546 - Guérison de trois autres lépreux 547 - Rencontre avec Judas qui ment de
nouveau 547 - Nécessité pour les apôtres de rester
unis 548 - Nathanaël voit que Jésus n'a plus de
manteau 549 - Discours (Les bases de l'Église
à venir) 549 - Pourquoi laisser mourir Lazare ? 550 - Judas rapporte la mort d'Eli-Anna 550 - Arrivée à Béthanie 551 - Lazare a une tête de mort 551 - Discours (Espérez au-delà de
toute mesure) 552 |
7.233. |
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543> Jésus, avec Pierre
et Jude Thaddée, marche rapidement dans un. endroit triste, pierreux, à côté
de la ville. Comme je ne vois pas les verts oliviers, mais un monticule, ou
plutôt des monticules peu ou pas du tout verdoyants qui sont au couchant de
Jérusalem, parmi lesquels se trouve le triste Golgotha, je pense être
vraiment en dehors du côté ouest de la ville. "Nous pourrons donner quelque chose avec ce que nous avons
pu acquérir. Ce doit être terrible de vivre dans des tombeaux l'hiver"
dit le Thaddée, chargé de paquets comme l'est Pierre. "Je suis content d'être allé chez les affranchis [1] pour avoir ces
deniers pour les lépreux. Pauvres malheureux ! En ces jours de fête, personne
ne pense à eux. Tout le monde jouit... eux pensent à leurs maisons perdues...
Hélas ! Si au moins ils croyaient en Toi ! Y croiront-ils, Maître ?" dit
Pierre toujours si simple, si attaché à son Jésus. "Espérons-le, Simon, espérons-le. Prions en attendant..."
et ils continuent en priant. La triste vallée de Hinnon se montre avec ses tombeaux de
vivants. "Allez en avant et donnez" dit Jésus. Les deux s'en vont en parlant à haute voix. Des visages de
lépreux se font voir aux entrées des grottes et des abris. "Nous sommes les disciples du Rabbi Jésus" dit
Pierre. "Il va venir et il nous envoie pour vous donner de l'aide.
Combien êtes-vous ?" "Sept ici. Trois de l'autre côté, au-delà de En
Rogel" dit l'un d'eux au nom de tous. Pierre ouvre son paquet, le Thaddée le sien. Ils font dix parts
du pain, du fromage, du beurre, des olives. L'huile, où mettre l'huile qui
est dans une petite jarre ? "Que l'un de vous apporte un récipient là sur le rocher.
Vous partagerez l'huile en frères que vous êtes et au nom du Maître qui
prêche l'amour envers le prochain" dit Pierre. Cependant un lépreux, en boitant, descend vers eux qui sont
allés près d'un large rocher, et il y pose une cruche ébréchée. Il les
regarde pendant qu'ils versent l'huile, et demande avec étonnement :
"Vous n'avez pas peur d'être si près de moi ?" En effet entre les
apôtres et le lépreux, il n'y a que le rocher. 544> "Nous n'avons
peur, nous, que d'offenser l'amour. Lui nous a envoyés en disant de vous
secourir car celui qui appartient au Christ doit aimer comme le Christ aime.
Que cette huile puisse ouvrir votre cœur, lui donner la lumière comme si déjà
elle était allumée dans la lampe de votre cœur. Le temps de la Grâce est venu
pour ceux qui espèrent dans le Seigneur Jésus. Ayez foi en Lui, Lui est le
Messie et il guérit les corps et les âmes. Lui peut tout, car il est
l'Emmanuel" dit le Thaddée avec sa dignité qui toujours en impose. Le lépreux reste avec sa cruche dans les mains et le regarde
comme fasciné. Puis il dit : "Je sais qu'Israël a son Messie car en
parlent les pèlerins qui viennent dans la ville pour le chercher, et nous
écoutons leurs conversations. Mais moi je ne l'ai jamais vu car je suis venu
ici depuis peu. Et vous dites qu'il me guérirait ? Parmi nous, il y en a qui
le blasphèment et d'autres qui le bénissent, et moi, je ne sais pas qui
croire." "Ceux qui le maudissent sont-ils bons ?" "Non. Ils sont cruels et ils nous maltraitent. Ils veulent
les meilleures places et les parts les plus abondantes. Et nous ne savons pas
si nous pourrons rester ici à cause de cela." "Tu vois donc que seul celui qui loge en lui l'enfer hait
le Messie. C'est que l'enfer se sent déjà vaincu par Lui et pour cela le
hait. Mais moi, je te dis qu'il faut l'aimer, et avec foi, si on veut avoir
du Très-Haut la grâce, ici et au-delà de la Terre" dit encore le
Thaddée. "Si je voudrais avoir la grâce ! Je suis marié depuis deux
ans et j'ai un petit garçon qui ne me connaît pas. Je suis lépreux depuis peu
de mois. Vous le voyez." En effet il a peu de marques. "Et alors, adresse-toi au Maître avec foi. Regarde ! Il
arrive. Avertis tes compagnons et reviens ici. Il passera et te
guérira." L'homme monte la côte en boitant et il appelle : "Uria !
Gioab ! Adina ! Et vous aussi qui ne croyez pas. Le Seigneur vient pour nous
sauver." Une, deux, trois. Trois détresses de plus en plus grandes
s'avancent. Pourtant la femme se montre à peine. C'est une horreur vivante...
Peut-être elle pleure, et peut-être elle parle, mais il n'est pas possible de
comprendre car sa voix est un son inarticulé qui sort de ce qui était la
bouche, mais qui maintenant n'est plus que deux mâchoires dépourvues de
dents, découvertes, horribles... "Oui, je te dis qu'ils m'ont dit de venir vous appeler,
qu'il vient nous guérir." 545> "Moi, non ! Je
n'ai pas cru les autres fois... et il ne m'écoutera plus... et puis je ne
peux plus marcher" dit plus distinctement la femme, qui sait avec quelle
difficulté. Elle s'aide jusque de ses doigts pour tenir les lambeaux de ses
lèvres afin de se faire comprendre. "Nous te porterons, Adina..." disent les deux hommes
et celui de la cruche. "Non... Non... Moi j'ai trop péché..." et elle
s'affaisse là où elle est... Trois autres accourent, comme ils peuvent, autoritaires, et ils
disent : "Donne-nous l'huile, en attendant, et puis allez trouver
Belzébuth si vous voulez." "L'huile est pour tous !" dit celui de la cruche en
cherchant à défendre son trésor. Mais les trois, violents, cruels, l'écrasent
et lui arrachent la cruche. "Voilà ! C'est toujours ainsi... Un peu d'huile depuis si
longtemps !... Mais le Maître vient... Allons le trouver. Tu ne viens
vraiment pas Adina ?" "Je n'ose pas..." Les trois descendent vers le rocher. Ils s'arrêtent pour
attendre Jésus à la rencontre duquel sont allés les deux apôtres. Et une fois
qu'il est arrivé, ils crient : "Aie pitié de nous, Jésus d'Israël ! Nous
espérons en Toi, Seigneur !" Jésus lève son visage. Il les regarde de son regard inimitable.
Il demande : "Pourquoi voulez-vous la santé ?" "Pour nos familles, pour nous... C'est horrible de vivre
ici..." "Vous n'êtes pas seulement chair, fils. Vous avez une âme
aussi et elle a plus de valeur que la chair. C'est d'elle que vous devez vous
préoccuper. Ne demandez donc pas seulement la guérison pour vous, pour vos
familles, mais pour avoir le temps de connaître la Parole de Dieu et de vivre
pour mériter son Royaume. Êtes-vous des justes ? Devenez-le davantage.
Etes-vous des pécheurs ? Demandez de vivre pour avoir le temps de réparer le
mal que vous avez commis... Où est la femme ? Pourquoi ne vient-elle pas ?
Elle n'ose pas affronter le visage du Fils de l'homme, alors qu'elle n'a pas
craint d'avoir à rencontrer le visage de Dieu quand elle péchait ? Allez lui
dire qu'il lui a été beaucoup pardonné à cause de son repentir et de sa
résignation, et que l'Éternel m'a envoyé pour absoudre tous les péchés de
ceux qui se sont repentis de leur passé." "Maître, Adina ne peut plus marcher..." 546> "Allez l'aider
à descendre ici et apportez un autre récipient. Nous vous donnerons encore de
l'huile..." "Seigneur, il y en a à peine pour les autres" lui dit
Pierre à voix basse, pendant que les lépreux vont chercher la femme. "Il y en aura pour tous. Aie foi, car il est plus facile
pour toi d'avoir foi sur ce point qu'il ne l'est pour ces malheureux d'avoir
foi que leur corps redevienne ce qu'il était." Pendant ce temps, là-haut, dans les grottes, une rixe a éclaté
entre les trois lépreux mauvais pour la répartition de la nourriture... La femme descend, portée dans les bras... et elle gémit, comme
il lui est permis : "Pardon ! Pour le passé ! Pour n'avoir pas demandé
pardon les autres fois !... Jésus, Fils de David, aie pitié de moi'." Ils la déposent au pied du rocher, et sur le rocher ils
déposent une sorte de marmite toute bosselée. Jésus demande : "Que dites-vous ? Est-il plus facile
d'augmenter l'huile dans un vase ou de faire croître la chair là où la lèpre
l'a détruite ?" Un silence... puis justement la femme dit : "L'huile. Mais
aussi la chair parce que tu peux tout. Et tu peux me donner aussi l'âme de
mes premières années. Je crois Seigneur,"
C'est alors que les quatre, qui jusqu'à ce moment avaient les
yeux fixés sur le Seigneur, se regardent et crient leur étonnement. La femme
voudrait se redresser, mais elle est trop nue pour le faire. Son vêtement
tombe en lambeaux et il y a plus de nu que de couvert en elle. Elle reste à
moitié cachée par le rocher en une pudeur qui n'est pas seulement pour Jésus,
mais pour ses compagnons, avec les traits de son visage recomposés, plus
effilés seulement à cause des privations. Elle pleure en disant sans arrêt :
"Béni ! Béni ! Béni !" et ses bénédictions se mêlent aux blasphèmes
horribles des trois mauvais lépreux, rendus furieux de voir les autres
guéris. Les ordures et les pierres volent. "Vous ne pouvez rester ici. Venez avec Moi. Il ne vous
arrivera aucun mal. 547> Regardez. La route
est vide. L'heure de sexte [2] ramène les habitants
dans les maisons. Vous irez jusqu'à demain auprès des autres lépreux. Ne
craignez pas. Venez derrière Moi. Tiens, femme" et il lui donne son
manteau pour se couvrir. Les quatre, un peu craintifs, un peu abasourdis, le suivent
comme quatre agneaux. Ils parcourent ce qui reste de la vallée de Hinnon,
traversent la route, vont vers Siloan, autre triste emplacement de lépreux.
Jésus s'arrête au pied des talus et commande : "Montez et dites-leur que
demain à prime, je serai ici. Allez et faites la fête avec eux en annonçant
le Maître de la Bonne Nouvelle." Il leur fait donner tout ce qui reste
de nourriture et les bénit avant d'en prendre congé... "Allons maintenant. C'est déjà plus de sexte" dit
Jésus en se retournant pour revenir sur la voie basse qui va à Béthanie. Mais tout de suite, un cri le rappelle : "Jésus, Fils de
David, aie aussi pitié de nous !" "Ils n'ont pas attendu l'aube, eux" observe Pierre. "Allons les trouver. Si peu nombreuses sont les heures où je
puis faire du bien sans que ceux qui me haïssent troublent la paix de ceux à
qui j'ai fait du bien !" répond Jésus et il revient sur ses pas en
tenant sa tête droite vers les trois lépreux de Siloan qui se sont présentés
sur le terre-plein de la petite colline et qui répètent leur cri, aidés par
ceux qui sont déjà guéris et qui sont derrière eux.
Ils reviennent sur le chemin pour Béthanie, qui suit le cours
du Cédron qui fait une courbe à angle aigu, après une centaine de pas de
Siloan. Mais une fois dépassé le tournant, on peut voir l'autre partie de la
route qui continue pour Béthanie et voilà, tout seul, marchant rapidement,
Judas de Kériot. "Mais c'est Judas !" s'écrie le Thaddée qui le voit
le premier. "Pourquoi ici ? Seul ? Ohé ! Judas !" crie Pierre. Judas se retourne tout d'un coup. Il est pâle, presque
verdâtre. Pierre le lui dit : "Tu as vu le démon, que tu es de la
couleur des laitues ?" "Que fais-tu ici, Judas ? Pourquoi as-tu quitté les
compagnons ?" demande en même temps Jésus. 548> Judas a déjà repris
possession de lui-même. Il dit : "J'étais
avec eux, j'ai rencontré quelqu'un qui avait des nouvelles de ma mère.
Regarde..." et il fouille dans sa ceinture. De la main il se frappe le
front en disant : "Je l'ai laissée chez cet homme ! Je voulais te faire
lire la lettre... Ou bien je l'ai perdue en route... Elle n'est pas très
bien, et même elle a été malade... Mais voilà les compagnons... Ils se sont
arrêtés. Ils t'ont vu... Maître, je suis bouleversé..." "Je le vois." "Maître... voici les bourses. J'en ai fait deux pour...
pour ne pas attirer l'attention... J'étais seul..." Les apôtres Barthélemy, Philippe, Matthieu, Simon et Jacques de
Zébédée sont un peu gênés, ils s'approchent de Jésus affectueusement, mais
avec la conscience d'avoir manqué. Jésus les regarde et dit : "Ne le faites plus. Il n'est
jamais bon pour vous de vous séparer. Si je vous dis de ne pas le faire,
c'est parce que je sais que vous avez besoin de vous soutenir mutuellement.
Vous n'êtes pas assez forts pour pouvoir agir seuls. Unis, l'un freine ou
soutient l'autre. Divisés..." "C'est moi, Maître, qui ai donné le mauvais conseil, parce
que nous nous sommes souvenus ensuite que tu avais dit de ne pas nous
séparer, d'aller tous ensemble à Béthanie, et Judas s'en était allé pour un
juste motif, et nous n'avons pas songé à aller avec lui. Pardonne-moi,
Seigneur" dit Barthélemy avec humilité et franchise.
Les apôtres sont tout émus par la douceur de Jésus. Judas de
Kériot ne cesse de changer de couleur. Il reste humblement, un peu en arrière
de tous, jusqu'à ce que Pierre lui dise : "Que fais-tu là ? Tu n'as pas
plus de torts que les autres. Viens donc en avant avec les autres" et il
est bien forcé d'obéir. Ils marchent rapidement car, bien qu'il y ait du soleil, il y a
une bise qui les invite à marcher pour se réchauffer. Et ils ont déjà fait un
bout de chemin quand Nathanaël, qui a froid et le dit en s'emmitouflant plus
que jamais dans son manteau, remarque que Jésus n'a que son seul vêtement :
"Maître, mais qu'en as-tu fait de ton manteau ?" "Je l'ai donné à une lépreuse. Nous avons guéri et consolé
sept lépreux." "Mais tu dois avoir froid ! Prends le mien" dit le
Zélote, en ajoutant : "Dans les tombeaux glacials je me suis habitué au
vent d'hiver." "Non, Simon. Regarde ! Là, c'est déjà Béthanie. Nous
serons bientôt dans la maison, et je n'ai pas du tout froid. J'ai eu
aujourd'hui beaucoup de joie spirituelle et elle est plus confortable qu'un
chaud manteau." "Frère, tu nous donnes des mérites que nous n'avons pas.
C'est Toi, pas nous, qui as guéri et consolé..." dit le Thaddée. "Vous avez préparé les cœurs à la foi dans le miracle.
Vous avez donc avec Moi et comme Moi aidé à guérir et consoler. Si vous
saviez comme je me réjouis de vous associer à Moi en toutes mes œuvres ! Ne
vous rappelez-vous pas les paroles de Jean de Zacharie, mon cousin : "Il
faut que Lui croisse et que moi je diminue" ? Il le disait justement car
tout homme, si grand qu'il soit, fût-ce même Moïse et Élie, s'assombrit comme
une étoile enveloppée par les rayons du soleil à l'apparition de Celui qui
vient des Cieux et qui est plus que tout homme parce qu'il est Celui qui
vient du Père très Saint. Jésus se tait en se perdant dans une de ses pensées intimes. Et
il en sort seulement quand, un peu en dehors de Béthanie, il rencontre les
autres apôtres venus par l'autre chemin. Réunis, ils continuent vers la
maison de Lazare. Jean dit qu'ils sont déjà attendus car les serviteurs les
ont vus et il dit que Lazare est très malade. "Je le sais. C'est pour cela que je vous ai dit que nous
resterons dans la maison de Simon [3]. Mais je n'ai pas
voulu m'éloigner sans le saluer encore une fois." "Mais pourquoi ne le guéris-tu pas ? Ce serait si juste.
Tes meilleurs serviteurs, tu les laisse tous mourir. Moi, je ne comprends
pas..." dit l'Iscariote toujours audacieux, même dans ses meilleurs
moments. "Ce n'est pas nécessaire que tu comprennes à
l'avance." "Oui. Ce n'est pas nécessaire. Mais sais-tu ce que disent
tes ennemis ? Que tu guéris quand tu peux, pas quand tu veux, que tu protèges
quand tu peux... Ne sais-tu pas que ce vieillard de Tecua est déjà mort ? Et mort assassiné ?" 551> "Mort ? Qui ? Éli-Anna ? Comment ?" demandent-ils
tous, agités. Seulement Pierre demande : "Et comment le sais-tu ?" "Je l'ai su par hasard tout à l'heure dans la maison où
j'ai été, et Dieu sait que je ne mens pas. Il paraît que c'est un voleur,
descendu en qualité de marchand, qui au lieu de payer la place l'a
tué..." "Pauvre vieux ! Quelle vie malheureuse ! Quelle triste
mort ! Tu ne parles pas, Maître ?" disent plusieurs. "Il n'y a rien à dire hormis que le vieillard a servi le
Christ jusqu'à sa mort. S'il pouvait en être ainsi de tous !" "Dis un peu, fils d'Alphée, mais n'est-ce pas peut-être
comme tu disais, hein ?" demande Pierre au Thaddée. "C'est possible. Un fils qui par haine chasse son père, et
pour une haine de cette nature, peut être capable de tout. Mon Frère, elles
sont bien vraies tes paroles : "Et le frère sera contre son frère et le
père contre ses fils"." "Oui. Et qui agira ainsi croira servir Dieu. Yeux
aveugles, cœurs endurcis, esprits sans lumière. Et pourtant vous devrez les
aimer" dit Jésus. "Mais comment ferons-nous pour aimer ceux qui nous
traiteront ainsi ? Ce sera beaucoup si nous ne réagissons pas et si nous
supportons leurs actions avec résignation..." s'écrie Philippe. "Je vous donnerai un exemple qui vous instruira. En son
temps. Et si vous m'aimez, vous ferez ce que je ferai." "Voici Maximin
et Sara. Lazare doit être
bien mal, si les sœurs ne viennent pas à ta rencontre !" observe le
Zélote. Les deux accourent et se prosternent. Même sur leurs visages,
dans leurs vêtements, c'est l'aspect abattu qu'imprimé la douleur et la
lassitude aux membres des familles où on lutte contre la mort. Ils disent
simplement : "Maître, viens..." mais avec un air si affligé qu'il
vaut plus qu'un long discours. Et ils conduisent tout de suite Jésus à la
porte du petit appartement de Lazare, alors que les autres serviteurs
s'occupent des apôtres. Au léger coup donné à la porte, Marthe accourt et l'entrouvre
en passant dans l'entrebâillement son visage amaigri et pâle : "Maître !
Viens. Béni que tu es !" Jésus entre, traverse la pièce qui précède celle du malade, et
entre dans la pièce elle-même. Lazare dort, Lazare ? Un squelette, une momie
jaunâtre qui respire... C'est déjà une tête de mort son visage, et dans le
sommeil est encore plus visible sa destruction qui en fait déjà une tête
décharnée par la mort. 552> La peau cireuse et tirée brille aux angles pointus des pommettes, des mâchoires, sur le front,
sur les orbites tellement creusées qu'elles paraissent sans yeux, sur le nez
tranchant qui semble s'être allongé sans mesure tant est annulé le contour
des joues. Les lèvres sont pâles au point de disparaître, et il semble
qu'elles ne puissent se fermer sur les deux rangées de dents à moitié
découvertes, entrouvertes... déjà un visage de mort. Jésus se penche pour regarder. Il se redresse, regarde les deux
sœurs qui le regardent avec toute leur âme concentrée dans leurs yeux, âme
douloureuse, âme pleine d'espoir. Il leur fait un signe et sans bruit
retourne dehors dans la petite cour qui précède les deux pièces. Marthe et
Marie le suivent. Elles ferment la porte derrière elles. Seuls, les trois entre les quatre murs, en silence, sous le
ciel bleu, ils se regardent. Les sœurs ne savent même plus demander, ne
savent même plus parler. Mais Jésus parle : "Vous savez qui je suis. Moi
je sais qui vous êtes. Vous savez que je vous aime. Moi, je sais que vous
m'aimez. Vous connaissez ma puissance. Moi, je connais votre foi en Moi. Vous
savez aussi, toi particulièrement Marie, que plus on aime et plus on obtient. C'est aimer que de savoir espérer et croire au-delà de toute mesure
et de toute réalité qui puisse démentir la foi et l'espérance. Eh
bien, pour tout cela, Moi je vous dis de savoir espérer et croire en dépit
de toute réalité contraire. Vous me comprenez ? Je dis : sachez espérer
et croire en dépit de toute réalité contraire. Je ne puis m'arrêter que
quelques heures. Le Très-Haut sait combien, comme Homme, je voudrais
m'arrêter, ici avec vous, pour l'assister et le consoler, vous assister et
vous réconforter. Mais comme Fils de Dieu, je sais qu'il est nécessaire que
je m'en aille, que je m'éloigne... Que je ne sois pas ici quand... vous me
désirerez plus que l'air que vous respirez. Un jour, bientôt, vous
comprendrez les raisons qui maintenant pourront vous paraître cruelles. Ce
sont des raisons divines. Douloureuses pour Moi Homme, comme pour vous.
Douloureuses maintenant. Maintenant, parce que vous ne pouvez en
embrasser la beauté et la sagesse, et Moi je ne puis vous le révéler. Quand
tout sera accompli, alors vous comprendrez et vous jouirez… Écoutez. Quand
Lazare sera... mort. Ne pleurez pas ainsi ! Alors faites-moi appeler tout
de suite, Et, en attendant, occupez-vous des funérailles et invitez
beaucoup de gens, comme il convient pour Lazare et pour votre maison. Lui,
c'est un grand juif. Peu l'estiment pour ce qu'il est. Mais lui en dépasse
beaucoup aux yeux de Dieu... Je vous ferai savoir
où je suis pour que vous puissiez toujours me trouver." 553> "Mais pourquoi n'être pas ici, au moins
à ce moment-là ? Nous nous résignons, oui, à sa mort... Mais Toi... Mais
Toi... Mais Toi..." Marthe sanglote, ne pouvant rien dire d'autre,
étouffant ses pleurs dans ses vêtements... Marie, au contraire, regarde Jésus, fixement, fixement, comme
hypnotisée... et elle ne pleure pas. "Sachez obéir, sachez croire, espérer... sachez dire
toujours oui à Dieu... Lazare vous appelle... Allez. Maintenant je vais
venir... Et si je n'ai plus la possibilité de vous parler à part,
rappelez-vous ce que je vous ai dit." Et alors qu'elles rentrent en toute hâte, Jésus s'assoit sur un
banc de pierre et il prie. |
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