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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mercredi 28 novembre 29 (3 Tébeth)
- De la
nourriture et de l'argent pour les lépreux 543 - Jude
évangélise l'un d'eux 544 - Qui appelle
ses compagnons 544 - Jésus les envoie chercher la femme 545 - Il demande à
Pierre autant de foi qu'eux 546 - Guérison de quatre lépreux 546 - Que Jésus
emmène chez les lépreux de Siloan 546 - Guérison de trois autres lépreux 547 - Rencontre avec Judas qui ment de nouveau 547 - Nécessité pour les apôtres de rester unis 548 - Nathanaël voit
que Jésus n'a plus de manteau 549 - Discours (Les
bases de l'Église à venir) 549 - Pourquoi
laisser mourir Lazare ? 550 - Judas rapporte
la mort d'Eli-Anna 550 - Arrivée à
Béthanie 551 |
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543> Jésus, avec Pierre et Jude Thaddée, marche rapidement dans un. endroit
triste, pierreux, à côté de la ville. Comme je ne vois pas les verts
oliviers, mais un monticule, ou plutôt des monticules peu ou pas du tout
verdoyants qui sont au couchant de Jérusalem, parmi lesquels se trouve le
triste Golgotha, je pense être vraiment en dehors du côté ouest de la ville. "Nous pourrons
donner quelque chose avec ce que nous avons pu acquérir. Ce doit être
terrible de vivre dans des tombeaux l'hiver" dit le Thaddée, chargé de
paquets comme l'est Pierre. "Je suis content
d'être allé chez les affranchis [1] pour avoir ces
deniers pour les lépreux. Pauvres malheureux ! En ces jours de fête, personne
ne pense à eux. Tout le monde jouit... eux pensent à leurs maisons perdues...
Hélas ! Si au moins ils croyaient en Toi ! Y croiront-ils, Maître ?" dit
Pierre toujours si simple, si attaché à son Jésus. "Espérons-le,
Simon, espérons-le. Prions en attendant..." et ils continuent en priant.
La triste vallée de Hinnon se montre avec ses tombeaux de vivants. "Allez en avant
et donnez" dit Jésus. Les deux s'en vont en
parlant à haute voix. Des visages de lépreux se font voir aux entrées des
grottes et des abris. "Nous sommes les
disciples du Rabbi Jésus, dit Pierre. Il va venir et il nous envoie pour vous
donner de l'aide. Combien êtes-vous ?" "Sept ici. Trois
de l'autre côté, au-delà de En Rogel" dit l'un d'eux
au nom de tous. Pierre ouvre son paquet, le
Thaddée le sien. Ils font dix parts du pain, du
fromage, du beurre, des olives. L'huile, où mettre l'huile qui est dans une
petite jarre ? "Que l'un de
vous apporte un récipient là sur le rocher. Vous partagerez l'huile en frères
que vous êtes et au nom du Maître qui prêche l'amour envers le prochain"
dit Pierre. Cependant un lépreux,
en boitant, descend vers eux qui sont allés près d'un large rocher, et il y
pose une cruche ébréchée. Il les regarde pendant qu'ils versent l'huile, et
demande avec étonnement : "Vous n'avez pas peur d'être si près de moi
?" En effet entre les apôtres et le lépreux, il n'y a que le rocher. 544> "Nous n'avons peur, nous, que d'offenser l'amour. Lui
nous a envoyés en disant de vous secourir car celui qui appartient au Christ
doit aimer comme le Christ aime. Que cette huile puisse ouvrir votre cœur, lui
donner la lumière comme si déjà elle était allumée dans la lampe de votre
cœur. Le temps de la Grâce est venu pour ceux qui espèrent dans le Seigneur
Jésus. Ayez foi en Lui, Lui est le Messie et il guérit les corps et les âmes.
Lui peut tout, car il est l'Emmanuel" dit le Thaddée avec sa dignité qui
toujours en impose. Le lépreux reste avec
sa cruche dans les mains et le regarde comme fasciné. Puis il dit : "Je
sais qu'Israël a son Messie car en parlent les pèlerins qui viennent dans la
ville pour le chercher, et nous écoutons leurs conversations. Mais moi je ne
l'ai jamais vu car je suis venu ici depuis peu. Et vous dites qu'il me
guérirait ? Parmi nous, il y en a qui le blasphèment et d'autres qui le
bénissent, et moi, je ne sais pas qui croire."
"Non. Ils sont
cruels et ils nous maltraitent. Ils veulent les meilleures places et les
parts les plus abondantes. Et nous ne savons pas si nous pourrons rester ici
à cause de cela." "Tu vois donc
que seul celui qui loge en lui l'enfer hait le Messie. C'est que l'enfer se
sent déjà vaincu par Lui et pour cela le hait. Mais moi, je te dis qu'il faut
l'aimer, et avec foi, si on veut avoir du Très-Haut la grâce, ici et au-delà
de la Terre" dit encore le Thaddée. "Si je voudrais
avoir la grâce ! Je suis marié depuis deux ans et j'ai un petit garçon qui ne
me connaît pas. Je suis lépreux depuis peu de mois. Vous le voyez." En
effet il a peu de marques. "Et alors,
adresse-toi au Maître avec foi. Regarde ! Il arrive. Avertis tes compagnons
et reviens ici. Il passera et te guérira." L'homme monte la côte
en boitant et il appelle : "Uria ! Gioab ! Adina ! Et vous aussi
qui ne croyez pas. Le Seigneur vient pour nous sauver." Une, deux, trois.
Trois détresses de plus en plus grandes s'avancent. Pourtant la femme se
montre à peine. C'est une horreur vivante... Peut-être elle pleure, et
peut-être elle parle, mais il n'est pas possible de comprendre car sa voix
est un son inarticulé qui sort de ce qui était la bouche, mais qui maintenant
n'est plus que deux mâchoires dépourvues de dents, découvertes, horribles... "Oui, je te dis
qu'ils m'ont dit de venir vous appeler, qu'il vient nous guérir." 545> "Moi, non ! Je n'ai pas cru les autres fois... et il ne
m'écoutera plus... et puis je ne peux plus marcher" dit plus
distinctement la femme, qui sait avec quelle difficulté. Elle s'aide jusque
de ses doigts pour tenir les lambeaux de ses lèvres afin de se faire
comprendre. "Nous te
porterons, Adina..." disent les deux hommes et
celui de la cruche. "Non... Non...
Moi j'ai trop péché..." et elle s'affaisse là où elle est... Trois autres
accourent, comme ils peuvent, autoritaires, et ils disent : "Donne-nous
l'huile, en attendant, et puis allez trouver Belzébuth si vous voulez." "L'huile est
pour tous !" dit celui de la cruche en cherchant à défendre son trésor.
Mais les trois, violents, cruels, l'écrasent et lui arrachent la cruche. "Voilà ! C'est
toujours ainsi... Un peu d'huile depuis si longtemps !... Mais le Maître
vient... Allons le trouver. Tu ne viens vraiment pas Adina
?" "Je n'ose pas..."
Les trois descendent
vers le rocher. Ils s'arrêtent pour attendre Jésus à la rencontre duquel sont
allés les deux apôtres. Et une fois qu'il est arrivé, ils crient : "Aie
pitié de nous, Jésus d'Israël ! Nous espérons en Toi, Seigneur !" Jésus lève son
visage. Il les regarde de son regard inimitable. Il demande : "Pourquoi
voulez-vous la santé ?" "Pour nos
familles, pour nous... C'est horrible de vivre ici..." "Vous n'êtes pas
seulement chair, fils. Vous avez une âme aussi et elle a plus de valeur que
la chair. C'est d'elle que vous devez vous préoccuper. Ne demandez donc pas
seulement la guérison pour vous, pour vos familles, mais pour avoir le temps
de connaître la Parole de Dieu et de vivre pour mériter son Royaume.
Êtes-vous des justes ? Devenez-le davantage. Êtes-vous des pécheurs ?
Demandez de vivre pour avoir le temps de réparer le mal que vous avez
commis... Où est la femme ? Pourquoi ne vient-elle pas ? Elle n'ose pas
affronter le visage du Fils de l'homme, alors qu'elle n'a pas craint d'avoir
à rencontrer le visage de Dieu quand elle péchait ? Allez lui dire qu'il lui
a été beaucoup pardonné à cause de son repentir et de sa résignation, et que
l'Éternel m'a envoyé pour absoudre tous les péchés de ceux qui se sont
repentis de leur passé." "Maître, Adina ne peut plus marcher..." 546> "Allez l'aider à descendre ici et apportez un autre
récipient. Nous vous donnerons encore de l'huile..." "Seigneur, il y
en a à peine pour les autres" lui dit Pierre à voix basse, pendant que
les lépreux vont chercher la femme. "Il y en aura
pour tous. Aie foi, car il est plus facile pour toi d'avoir foi sur ce point
qu'il ne l'est pour ces malheureux d'avoir foi que leur corps redevienne ce
qu'il était." Pendant ce temps,
là-haut, dans les grottes, une rixe a éclaté entre les trois lépreux mauvais
pour la répartition de la nourriture... La femme descend,
portée dans les bras... et elle gémit, comme il lui est permis : "Pardon
! Pour le passé ! Pour n'avoir pas demandé pardon les autres fois !... Jésus,
Fils de David, aie pitié de moi'." Ils la déposent au
pied du rocher, et sur le rocher ils déposent une sorte de marmite toute
bosselée. Jésus demande :
"Que dites-vous ? Est-il plus facile d'augmenter l'huile dans un vase ou
de faire croître la chair là où la lèpre l'a détruite ?" Un silence... puis
justement la femme dit : "L'huile. Mais aussi la chair parce que tu peux
tout. Et tu peux me donner aussi l'âme de mes premières années. Je crois
Seigneur,"
C'est alors que les
quatre, qui jusqu'à ce moment avaient les yeux fixés sur le Seigneur, se regardent
et crient leur étonnement. La femme voudrait se redresser, mais elle est trop
nue pour le faire. Son vêtement tombe en lambeaux et il y a plus de nu que de
couvert en elle. Elle reste à moitié cachée par le rocher en une pudeur qui
n'est pas seulement pour Jésus, mais pour ses compagnons, avec les traits de
son visage recomposés, plus effilés seulement à cause des privations. Elle
pleure en disant sans arrêt : "Béni ! Béni ! Béni !" et ses
bénédictions se mêlent aux blasphèmes horribles des trois mauvais lépreux,
rendus furieux de voir les autres guéris. Les ordures et les pierres volent. 547> "Vous ne pouvez
rester ici. Venez avec Moi. Il ne vous arrivera aucun mal. Regardez. La route est vide. L'heure de sexte [2] ramène les habitants
dans les maisons. Vous irez jusqu'à demain auprès des autres lépreux. Ne
craignez pas. Venez derrière Moi. Tiens, femme" et il lui donne son
manteau pour se couvrir. Les quatre, un peu
craintifs, un peu abasourdis, le suivent comme quatre agneaux. Ils parcourent
ce qui reste de la vallée de Hinnon, traversent la
route, vont vers Siloan, autre triste emplacement
de lépreux. Jésus s'arrête au pied des talus et commande : "Montez et
dites-leur que demain à prime, je serai ici. Allez et faites la fête avec eux
en annonçant le Maître de la Bonne Nouvelle." Il leur fait donner tout
ce qui reste de nourriture et les bénit avant d'en prendre congé... "Allons
maintenant. C'est déjà plus de sexte" dit Jésus en se retournant pour
revenir sur la voie basse qui va à Béthanie. Mais tout de suite,
un cri le rappelle : "Jésus, Fils de David, aie aussi pitié de nous
!" "Ils n'ont pas
attendu l'aube, eux" observe Pierre. "Allons les
trouver. Si peu nombreuses sont les heures où je puis faire du bien sans que
ceux qui me haïssent troublent la paix de ceux à qui j'ai fait du bien
!" répond Jésus et il revient sur ses pas en tenant sa tête droite vers
les trois lépreux de Siloan qui se sont
présentés sur le terre-plein de la petite colline et qui répètent leur cri,
aidés par ceux qui sont déjà guéris et qui sont derrière eux.
Ils reviennent sur le
chemin pour Béthanie, qui suit le cours du Cédron qui fait une courbe à angle
aigu, après une centaine de pas de Siloan. Mais une
fois dépassé le tournant, on peut voir l'autre partie de la route qui
continue pour Béthanie et voilà, tout seul, marchant rapidement, Judas de Kériot. "Mais c'est
Judas !" s'écrie le Thaddée qui le voit le premier. "Pourquoi ici ?
Seul ? Ohé ! Judas !" crie Pierre. Judas se retourne
tout d'un coup. Il est pâle, presque verdâtre. Pierre le lui dit : "Tu
as vu le démon, que tu es de la couleur des laitues ?" "Que fais-tu
ici, Judas ? Pourquoi as-tu quitté les compagnons ?" demande en même
temps Jésus. 548> Judas a déjà repris possession de lui-même. Il dit : "J'étais avec eux, j'ai
rencontré quelqu'un qui avait des nouvelles de ma mère. Regarde..." et
il fouille dans sa ceinture. De la main il se frappe le front en disant :
"Je l'ai laissée chez cet homme ! Je voulais te faire lire la lettre...
Ou bien je l'ai perdue en route... Elle n'est pas très bien, et même elle a
été malade... Mais voilà les compagnons... Ils se sont arrêtés. Ils t'ont
vu... Maître, je suis bouleversé..." "Je le
vois." "Maître... voici
les bourses. J'en ai fait deux pour... pour ne pas attirer l'attention...
J'étais seul..." Les apôtres Barthélemy, Philippe, Matthieu, Simon et Jacques de Zébédée sont un peu gênés,
ils s'approchent de Jésus affectueusement, mais avec la conscience d'avoir
manqué. Jésus les regarde et
dit : "Ne le faites plus. Il n'est jamais bon pour vous de vous séparer.
Si je vous dis de ne pas le faire, c'est parce que je sais que vous avez
besoin de vous soutenir mutuellement. Vous n'êtes pas assez forts pour
pouvoir agir seuls. Unis, l'un freine ou soutient l'autre. Divisés..." "C'est moi,
Maître, qui ai donné le mauvais conseil, parce que nous nous sommes souvenus
ensuite que tu avais dit de ne pas nous séparer, d'aller tous ensemble à
Béthanie, et Judas s'en était allé pour un juste motif, et nous n'avons pas
songé à aller avec lui. Pardonne-moi, Seigneur" dit Barthélemy avec humilité et franchise.
Les apôtres sont tout
émus par la douceur de Jésus. Judas de Kériot ne
cesse de changer de couleur. Il reste humblement, un peu en arrière de tous,
jusqu'à ce que Pierre lui dise : "Que fais-tu là ? Tu n'as pas plus de
torts que les autres. Viens donc en avant avec les autres" et il est
bien forcé d'obéir. Ils marchent
rapidement car, bien qu'il y ait du soleil, il y a une bise qui les invite à
marcher pour se réchauffer. Et ils ont déjà fait un bout de chemin quand Nathanaël, qui a froid et le dit en s'emmitouflant
plus que jamais dans son manteau, remarque que Jésus n'a que son seul
vêtement : "Maître, mais qu'en as-tu fait de ton manteau ?" "Je l'ai donné à
une lépreuse. Nous avons guéri et consolé sept lépreux." "Mais tu dois
avoir froid ! Prends le mien" dit le Zélote, en ajoutant :
"Dans les tombeaux glacials je me suis habitué au vent d'hiver." "Non, Simon.
Regarde ! Là, c'est déjà Béthanie. Nous serons bientôt dans la maison, et je
n'ai pas du tout froid. J'ai eu aujourd'hui beaucoup de joie spirituelle et
elle est plus confortable qu'un chaud manteau." "Frère, tu nous
donnes des mérites que nous n'avons pas. C'est Toi, pas nous, qui as guéri et
consolé..." dit le Thaddée. "Vous avez
préparé les cœurs à la foi dans le miracle. Vous avez donc avec Moi et comme
Moi aidé à guérir et consoler. Si vous saviez comme je me réjouis de vous
associer à Moi en toutes mes œuvres ! Ne vous rappelez-vous pas les paroles
de Jean de Zacharie, mon cousin :
"Il faut que Lui croisse et que moi je diminue" ? Il le disait
justement car tout homme, si grand qu'il soit, fût-ce même Moïse et Élie,
s'assombrit comme une étoile enveloppée par les rayons du soleil à
l'apparition de Celui qui vient des Cieux et qui est plus que tout homme
parce qu'il est Celui qui vient du Père très Saint. Jésus se tait en se
perdant dans une de ses pensées intimes. Et il en sort seulement quand, un peu
en dehors de Béthanie, il rencontre les autres apôtres venus par l'autre
chemin. Réunis, ils continuent vers la maison de Lazare. Jean dit qu'ils
sont déjà attendus car les serviteurs les ont vus et il dit que Lazare est
très malade. "Je le sais.
C'est pour cela que je vous ai dit que nous resterons dans la maison de Simon
[3]. Mais je n'ai pas
voulu m'éloigner sans le saluer encore une fois." "Mais pourquoi
ne le guéris-tu pas ? Ce serait si juste. Tes meilleurs serviteurs, tu les
laisse tous mourir. Moi, je ne comprends pas..." dit l'Iscariote
toujours audacieux, même dans ses meilleurs moments. "Ce n'est pas
nécessaire que tu comprennes à l'avance." "Oui. Ce n'est
pas nécessaire. Mais sais-tu ce que disent tes ennemis ? Que tu guéris quand
tu peux, pas quand tu veux, que tu protèges quand tu peux... Ne sais-tu pas
que ce vieillard de Tecua est déjà mort ? Et mort assassiné ?" 551> "Mort ? Qui ? Éli-Anna ? Comment ?"
demandent-ils tous, agités. Seulement Pierre demande : "Et comment le
sais-tu ?" "Je l'ai su par
hasard tout à l'heure dans la maison où j'ai été, et Dieu sait que je ne mens
pas. Il paraît que c'est un voleur, descendu en qualité de marchand, qui au
lieu de payer la place l'a tué..." "Pauvre vieux !
Quelle vie malheureuse ! Quelle triste mort ! Tu ne parles pas, Maître
?" disent plusieurs. "Il n'y a rien à
dire hormis que le vieillard a servi le Christ jusqu'à sa mort. S'il pouvait
en être ainsi de tous !" "Dis un peu,
fils d'Alphée, mais n'est-ce pas peut-être comme tu disais, hein ?"
demande Pierre au Thaddée. "C'est possible.
Un fils qui par haine chasse son père, et pour une haine de cette nature,
peut être capable de tout. Mon Frère, elles sont bien vraies tes paroles :
"Et le frère sera contre son frère et le père contre ses fils". "Oui. Et qui
agira ainsi croira servir Dieu. Yeux aveugles, cœurs endurcis, esprits sans
lumière. Et pourtant vous devrez les aimer" dit Jésus. "Mais comment
ferons-nous pour aimer ceux qui nous traiteront ainsi ? Ce sera beaucoup si
nous ne réagissons pas et si nous supportons leurs actions avec
résignation..." s'écrie Philippe. "Je vous
donnerai un exemple qui vous instruira. En son temps. Et si vous m'aimez,
vous ferez ce que je ferai." "Voici Maximin et Sara. Lazare doit être
bien mal, si les sœurs ne viennent pas à ta rencontre !" observe le
Zélote. Les deux accourent et
se prosternent. Même sur leurs visages, dans leurs vêtements, c'est l'aspect
abattu qu'imprimé la douleur et la lassitude aux membres des familles où on
lutte contre la mort. Ils disent simplement : "Maître, viens..."
mais avec un air si affligé qu'il vaut plus qu'un long discours. Et ils
conduisent tout de suite Jésus à la porte du petit appartement de Lazare,
alors que les autres serviteurs s'occupent des apôtres. Au léger coup donné à
la porte, Marthe accourt et
l'entrouvre en passant dans l'entrebâillement son visage amaigri et pâle :
"Maître ! Viens. Béni que tu es !" Jésus entre, traverse
la pièce qui précède celle du malade, et entre dans la pièce elle-même.
Lazare dort, Lazare ? Un squelette, une momie jaunâtre qui respire... C'est
déjà une tête de mort son visage, et dans le sommeil est encore plus visible
sa destruction qui en fait déjà une tête décharnée par la mort. 552> La peau cireuse et
tirée brille aux angles pointus des pommettes, des
mâchoires, sur le front, sur les orbites tellement creusées qu'elles
paraissent sans yeux, sur le nez tranchant qui semble s'être allongé sans
mesure tant est annulé le contour des joues. Les lèvres sont pâles au point
de disparaître, et il semble qu'elles ne puissent se fermer sur les deux
rangées de dents à moitié découvertes, entrouvertes... déjà un visage de
mort. Jésus se penche pour
regarder. Il se redresse, regarde les deux sœurs qui le regardent avec toute
leur âme concentrée dans leurs yeux, âme douloureuse, âme pleine d'espoir. Il
leur fait un signe et sans bruit retourne dehors dans la petite cour qui
précède les deux pièces. Marthe et Marie le suivent. Elles
ferment la porte derrière elles. Seuls, les trois
entre les quatre murs, en silence, sous le ciel bleu, ils se regardent. Les
sœurs ne savent même plus demander, ne savent même plus parler. Mais Jésus parle :
"Vous savez qui je suis. Moi je sais qui vous êtes. Vous savez que je
vous aime. Moi, je sais que vous m'aimez. Vous connaissez ma puissance. Moi,
je connais votre foi en Moi. Vous savez aussi, toi particulièrement Marie,
que plus on aime et plus on obtient.
553> "Mais pourquoi
n'être pas ici, au moins à ce moment-là ? Nous nous résignons, oui, à sa
mort... Mais Toi... Mais Toi... Mais Toi..." Marthe sanglote, ne pouvant
rien dire d'autre, étouffant ses pleurs dans ses vêtements... Marie, au contraire,
regarde Jésus, fixement, fixement, comme hypnotisée... et elle ne pleure pas.
"Sachez obéir,
sachez croire, espérer... sachez dire toujours oui à Dieu... Lazare vous
appelle... Allez. Maintenant je vais venir... Et si je n'ai plus la
possibilité de vous parler à part, rappelez-vous ce que je vous ai dit."
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Et alors qu'elles rentrent en toute
hâte, Jésus s'assoit sur un banc de pierre et il prie. |
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