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Vision du
vendredi 18 mai 1945
112> Jésus, en descendant à mi-côte trouve un
grand nombre de disciples et beaucoup d'autres gens encore qui se sont tout
doucement unis aux disciples, amenés ici, en ce lieu isolé, par besoin de
miracle, par désir d'entendre parler Jésus. Ils y sont venus en toute
assurance, sur les indications des gens ou par instinct spirituel. Je pense que ce
sont les anges gardiens qui ont amené au Fils de Dieu des gens qui désiraient
Dieu. Je ne crois pas que ce soit là de l'imagination. Si on réfléchit à la
prompte et à l'astucieuse constance avec laquelle Satan amenait des ennemis à
Dieu et à son Verbe dans les moments où l'esprit du démon pouvait faire
apparaître aux hommes une apparence de faute chez le Christ, il est permis de
penser, il est plus que permis, il est juste de penser que les anges n'ont
pas été inférieurs aux démons et ont amené au Christ les esprits dégagés de
l'emprise du démon.
Et Jésus, à tous ces gens qui l'ont attendu sans se lasser et sans craindre,
prodigue des secours de miracles et des secours de paroles. Combien de
miracles ! Une floraison semblable à celle qui embellit les pentes de la
montagne : des miracles éclatants comme celui de cet enfant
qu'on a arraché atrocement brûlé d'une meule de paille en flammes. On l'a
amené sur une civière, amas de chairs brûlées qui gémit lamentablement sous
les linges dont on l'a couvert tant était atroce la vue des brûlures. Il
allait mourir. Jésus le guérit en lui soufflant dessus et fait disparaître
totalement les brûlures. L'enfant se lève, tout nu et court heureux vers sa
mère qui caresse en pleurant de joie les chairs complètement guéries, sans
plus de traces de feu; baise les yeux qu'on croyait brûlés et qui au
contraire brillent et scintillent de joie; les cheveux sont courts comme si
la flamme les avait coupés sans les détruire. C'est le petit miracle de ce
vieillard quinteux qui dit : "Ce n'est pas pour moi, mais je dois
servir de père à ces petits orphelins et je ne peux travailler la terre avec
ces humeurs qui me restent dans la gorge et qui m'étouffent."...
Et puis le miracle invisible mais certain que provoquent les paroles de
Jésus : "Parmi vous, il y a quelqu'un qui pleure en son âme et
n'ose pas dire : "Aie pitié !". Je réponds: "Qu'il
en soit comme tu demandes. Toute la pitié, pour que tu saches que Moi, je
suis la Miséricorde". Seulement, à mon tour, je te dis : "Aie
de la générosité". Sois généreux avec Dieu. Romps tout lien avec le passé. Dieu tu le sens, et à Lui que tu sens viens alors avec un cœur
libre, avec un amour total."
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113> Qui est-ce, parmi la foule, celui ou celle à qui
s'adressent ces paroles ? Je ne sais pas .
Jésus dit encore : "Ceux-ci sont mes apôtres. Ils sont autant de
Christ, car je les ai choisis pour qu'ils le soient. Adressez-vous à eux avec
confiance. Ils ont appris de Moi tout ce dont vous avez besoin pour vos
âmes..."
Les apôtres regardent Jésus, complètement épouvantés. Mais Lui sourit et
poursuit "...et ils donneront à vos âmes lumière d'étoile et
rafraîchissement de rosée de manière à vous empêcher de languir dans les
ténèbres. Et puis je viendrai et je vous donnerai plénitude de soleil et de
flots, toute la sagesse pour vous rendre forts et heureux d'une force et
d'une joie surnaturelles. Paix à vous, fils. Je suis attendu par d'autres,
plus malheureux et plus pauvres que vous . Mais je ne vous laisse pas seuls. Je vous laisse mes
apôtres et c'est comme si je laissais les fils de mon amour à la garde des
plus affectueuses et des plus sûres des nourrices."
Jésus fait un geste d'adieu et de bénédiction et s'éloigne en fendant la
foule qui ne veut pas le laisser partir, et c'est alors que se produit le
dernier miracle, celui d'une petite vieille à demi-paralysée amenée par son
petit-fils et qui agite joyeusement son bras droit, auparavant inerte, et qui
crie : "Il m'a effleuré avec son manteau en passant et je suis
guérie ! Je ne le Lui demandais même pas parce que je suis vieille...
Mais Lui a eu pitié de mon désir secret. Avec son manteau, avec un pan de
celui-ci il m'a effleuré le bras malade . Il m'a guérie ! Oh ! Quel grand Fils a eu
notre saint David ! Gloire à son Messie ! Mais regardez ! Mais
regardez ! Ma jambe aussi est libre comme le bras... Oh ! je suis
comme à vingt ans !"
L'affluence d'un grand nombre de personnes vers la petite vieille, qui de
tout son souffle crie son bonheur, fait que Jésus peut se dégager sans en
être empêché. Et les apôtres le suivent. Quand ils sont dans un endroit
désert, presque dans la plaine, au milieu d'une bruyère épaisse qui va vers
le lac, ils s'arrêtent un moment. Pour Jésus, c'est afin de dire :
"Je vous bénis ! Retournez à votre travail et faites-le jusqu'à ce
que je revienne comme je l'ai dit."
Pierre, jusqu'alors toujours muet, éclate: "Mais, mon Seigneur, qu'as-tu
fait ? Pourquoi dire que nous avons tout ce dont les âmes ont
besoin ? C'est vrai ! Tu nous as beaucoup donné, mais nous sommes
têtus, moi du moins et... et de ce que tu m'as donné il m'est resté peu de
chose, il m'est resté bien peu. C'est comme quelqu'un qui après un
repas aurait encore dans l'estomac ce qui est le plus lourd. Le reste n 'y
étant plus."
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114> Jésus sourit
franchement : "Et alors, où est le reste de la
nourriture ?"
"Mais... je ne sais pas. Je sais que si je mange des plats délicats, après
une heure je ne me sens plus rien dans l'estomac. Mais si je mange de lourdes
racines ou des lentilles à l'huile, hé ! on voudrait les faire
descendre !"
"On voudrait. Mais crois bien que les racines et les lentilles qui
semblent te remplir le plus l'estomac sont les aliments qui te laissent le
moins de substance. C'est du remplissage qui passe sans grand profit. Les
petits plats, au contraire, qu'au bout d'une heure tu ne sens plus sont non
plus dans l'estomac mais dans le sang. Quand un aliment est digéré, il n'est
plus dans l'estomac mais ses sucs sont dans le sang et c'est le plus utile.
Maintenant il vous semble, à toi et à tes compagnons que rien ou bien peu de
ce que je vous ai dit soit resté en vous. Peut-être vous rappelez-vous bien
les pas- sages qui sont les plus conformes à votre tempérament
particulier : pour les violents les passages violents, pour les
méditatifs les passages qui portent à la méditation, pour les aimants les
passages qui ne sont qu'amour. Sans doute, il en est ainsi. Mais croyez-le
bien : vous avez tout en vous-même s'il vous semble que tout
s'est dissipé. Vous l'avez absorbé. La pensée vous le dévidera comme un fil
multicolore en amenant les teintes douces ou sévères, selon le besoin. N'ayez
pas peur. Pensez seulement que Moi je sais et que jamais je ne vous
enverrais si je vous savais incapables de le faire. Adieu, Pierre. Allons,
souris ! Aie foi ! Un bel acte de foi dans la Sagesse omniprésente.
Adieu à tous. Le Seigneur reste avec vous." Et il les quitte rapidement,
encore étonnés et agités par tout ce qu'ils ont entendu dire qu'il leur
fallait faire.
"Et pourtant, il faut obéir." dit Thomas.
"Hé !... c'est vrai !... Oh ! pauvre de moi ! J'ai
presque envie de Lui courir après..." murmure Pierre.
"Non. Ne le fais pas. Lui obéir, c'est l'aimer." dit Jacques
d'Alphée.
"Et commencer alors que Lui est encore proche et peut nous conseiller si
nous nous trompons, c'est élémentaire et même une sainte prudence. Nous
devons l'aider." conseille le Zélote.
"C'est vrai. Jésus est plutôt fatigué. Il faut le soulager un peu, comme
nous pouvons. Il ne suffit pas de porter les sacs, de préparer les lits et la
nourriture. Cela, n'importe qui, peut le faire. Mais l'aider, comme
Lui le veut, dans sa mission." confirme Barthélemy.
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115> "Tu parles
bien, parce que tu es savant, mais moi... Je suis presque ignorant..."
gémit Jacques de Zébédée.
"Oh ! Dieu ! Voilà qu'arrivent ceux qui étaient là-haut !
Comment allons-nous faire ?" s'exclame André.
Et Mathieu : "Excusez si moi, le plus misérable, je vous donne un
conseil. Mais ne serait-il pas mieux de prier le Seigneur au lieu de rester
ici à nous lamenter sur ce qui ne peut se résoudre avec des
lamentations ? Allons, Jude, toi qui connais si bien l'Écriture
, dis, au nom de tous, la prière de Salomon pour obtenir
la Sagesse . Vite ! Avant qu'ils ne nous rejoignent."
Et le Thaddée, de sa belle voix de baryton, commence : "Dieu de mes
Pères, Seigneur de miséricorde qui as tout créé... etc... etc..."
jusqu'à : "...par la Sagesse ont été sauvés tous ceux qui dès le
commencement t'ont plu. " Juste à ce moment, les gens les rejoignent, les
entourent, les assaillent de mille questions pour savoir où est parti le Maître,
quand il reviendra, et la question la plus difficile à satisfaire : "Mais
comment faire pour suivre le Maître, non pas avec les jambes, mais avec l'âme
par les routes de la Voie que Lui indique ?"
À cette question, les apôtres restent embarrassés. Ils se regardent entre eux
et l'Iscariote répond : "En suivant la perfection" comme si
c'était une réponse qui puisse tout expliquer !...
Jacques d'Alphée, plus humble et plus paisible, réfléchit et dit
ensuite : "La perfection qu'indique mon compagnon se rejoint en
obéissant à la Loi. Car la Loi est justice et la justice est
perfection."
Mais les gens ne sont pas satisfaits et demandent par l'intermédiaire de
quelqu'un qui paraît être un chef : "Mais nous sommes petits comme
des enfants en matière de bien. Les enfants ne savent pas encore la
signification du Bien et du Mal. Ils ne les distinguent pas. Et nous, sur
cette Voie que Lui nous indique, nous sommes neufs au point d'être incapables
de distinguer. Nous avions un chemin connu. La vieille route qui nous avait
été enseignée dans les écoles. Tellement difficile, longue, et qui nous
inspirait la peur ! Maintenant, d'après ses paroles, nous voyons qu'il
en est comme de l'aqueduc que nous apercevons d'ici .
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116> Au-dessous,
c'est le chemin des animaux et de l'homme. Au-dessus, sur les arcades
légères, s'élance dans le soleil et l'azur près des branches les plus hautes
qui bruissent et chantent dans le vent avec la voix des oiseaux, une autre route, lisse, propre, lumineuse autant que la route inférieure
est raboteuse, sale, obscure, une route pour l'eau limpide et qui résonne,
qui est une bénédiction par l'eau qui vient de Dieu et que caresse ce qui
vient de Dieu : rayons du soleil et des étoiles, frondaisons nouvelles,
fleurs, ailes des hirondelles. Nous voudrions monter vers cette route plus
haute et qui est la sienne et que nous ne connaissons pas, parce que nous
sommes écrasés, ici, en bas, sous le poids de toute la vieille construction.
Comment faire ?"
Celui qui a parlé est un homme jeune, d'environ vingt-cinq ans, brun,
robuste, au regard intelligent et dont l'aspect est moins plébéien que la
majorité des gens présents. Il s'appuie sur un autre plus mûr.
L'Iscariote qui, grand comme il est, le voit, murmure à ses compagnons :
"Vite, expliquez-vous bien. C'est Hermas, avec Étienne, Étienne, aimé de
Gamaliel !" C'est une chose qui finit d'embarrasser tout à fait les
apôtres.
À la fin le Zélote répond : "L'arcade
n'existerait pas s'il n'y avait pas la base sur la route obscure. C'est elle
le point d'appui de l'arcade qui, à partir d'elle, s'élance et monte dans
l'azur qui est l'objet de tes vœux. Les pierres enfoncées dans le sol, et qui
supportent le poids sans jouir des rayons et des vols, n'ignorent pas
cependant qu'ils existent parce que de temps à autre une hirondelle descend
en criant, jusqu'à la boue et caresse la base de l'arcade et qu'un rayon de
soleil ou d'étoile descend pour dire comme est beau le firmament. Ainsi dans
les siècles passés est descendue de temps à autre une parole céleste de
promesse, un rayon céleste de sagesse, pour caresser les pierres qui
portaient le poids du courroux divin. Car les pierres étaient nécessaires.
Elles ne sont pas, n'ont pas été, ne seront jamais inutiles. Sur elles s'est
élevé lentement avec le temps la perfection des connaissances humaines
jusqu'à atteindre la liberté du temps présent et la sagesse d'une
connaissance surhumaine.
Je lis déjà ton objection : elle est écrite sur ton visage. C'est celle
que tous nous avons eue avant de savoir comprendre ce que c'est la Nouvelle
Doctrine, la Bonne Nouvelle prêchée à ceux qui, par un processus rétrograde,
ne sont pas devenus adultes à mesure que s'élevaient les pierres de la
science, mais se sont toujours plus enfoncés dans les ténèbres comme le mur
qui s'effondre dans un abîme sans lumière.
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117> Nous, pour
échapper à cet aveuglement surnaturel, nous devons dégager courageusement la
pierre fondamentale de toutes les pierres superposées.
N'ayez pas peur de démolir ce mur qui est élevé mais qui ne conduit pas la
sève pure de la source éternelle. Revenez à la base. Elle ne doit pas être
changée. Elle vient de Dieu. Elle est immuable. Mais, avant d'écarter les
pierres, car elles ne sont pas toutes mauvaises et inutiles, éprouvez-les,
une par une, au son de la parole de Dieu . Si vous ne les trouvez pas dissonantes gardez-les,
faites-les servir à la reconstruction. Mais si elles résonnent du son
discordant de la voix humaine ou du son déchirant de la voix satanique, alors
brisez les pierres mauvaises. Pour le choix, vous ne pouvez pas vous
tromper car si c'est la voix de Dieu c'est une voix d'amour, si c'est la voix
humaine c'est une voix de sensualité, si c'est la voix de Satan c'est une
voix de haine.
Je dis : brisez car c'est charité de ne pas laisser derrière des
germes ou des objets mauvais qui peuvent séduire le voyageur et l'amener à les
employer à son détriment. Brisez littéralement toute chose mauvaise qui s'est
trouvée dans votre travail, vos écrits, vos enseignements ou vos actes. Mieux
vaut rester avec peu de matériaux, s'élever à peine d'une coudée mais avec de
bonnes pierres, que de monter à des mètres mais avec des pierres mauvaises.
Les rayons du soleil et les hirondelles descendent même sur les murs qui
sortent tout juste du sol et les humbles fleurettes du talus arrivent
facilement à caresser les pierres basses. Alors que les pierres orgueilleuses
qui prétendent s'élever inutiles et raboteuses n'ont pour elles que les
gifles des ronces et les embrassades des plantes vénéneuses. Démolissez pour
reconstruire et pour vous élever en éprouvant la qualité de vos vieilles
pierres au son de la voix de Dieu."
"Tu parles bien, homme. Mais monter ! Comment ? Nous t'avons
dit que nous sommes moins que de petits enfants. Qui nous fera gravir la
colonne raide ? Nous éprouverons les pierres au son de Dieu. Nous
briserons les moins bonnes. Mais comment monter ? On a le vertige rien
qu'à y penser !" dit Étienne.
Jean, qui a écouté la tête inclinée se souriant à lui-même, lève un visage
lumineux et prend la parole : "Frères ! Cela donne le vertige.
C'est vrai. Mais qui dit qu'il est nécessaire de faire directement
l'ascension ? Cela, non seulement les petits enfants, mais les adultes
eux-mêmes ne sauraient le faire. Seuls les anges peuvent s'élancer dans
l'azur parce qu'ils sont libres de tout poids matériel. Et chez les hommes,
il n'y a que les héros de la sainteté qui puissent le faire.
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118> Nous en avons
un exemple vivant qui, dans ce monde dégradé, sait être un
héros de sainteté comme les anciens qui ont fleuri en Israël quand les
Patriarches étaient des amis de Dieu et que la parole du Code éternel
existait seule, mais obéie par toute créature droite. Jean, le Précurseur,
enseigne comment on tente directement l'ascension. C'est un homme, Jean. Mais
la Grâce que le Feu de Dieu lui a communiquée en le purifiant dès le sein de
sa mère comme furent purifiées par un Séraphin les lèvres du Prophète , pour qu'il pût précéder le Messie sans laisser la
puanteur de la faute d'origine sur le chemin royal du Christ, a donné à Jean
des ailes d'ange, et la Pénitence les a fait grandir en supprimant en même
temps ce poids d'humanité que sa nature d'être né de la femme lui avait
conservé.
Voilà pourquoi Jean, de sa grotte où il prêche la pénitence et par son corps où brûle l'esprit que la Grâce a
épousé, peut se lancer jusqu'au sommet de l'arcade au-delà duquel est Dieu,
le Très-Haut Seigneur notre Dieu et, dominant les siècles passés, le jour
présent, l'avenir, il peut avec sa voix de prophète, avec son œil d'aigle qui
peut fixer le soleil éternel et le reconnaître, annoncer : "Voici
l'Agneau de Dieu, Celui qui enlève les péchés du monde" et mourir après
ce chant sublime qui servira non seulement dans ce temps limité, mais
dans le Temps sans limite, dans la Jérusalem pour toujours éternelle et
bienheureuse, pour acclamer la Seconde Personne, pour Lui rappeler les
misères humaines, pour Lui chanter l'hosanna dans les splendeurs éternelles.
Mais l'Agneau de Dieu, le Très Doux Agneau qui a quitté sa lumineuse demeure
des Cieux, où il est Feu de Dieu dans un embrassement de feu - oh !
éternelle génération, du Père qui conçoit par sa Pensée sans limite et
parfaitement sainte son Verbe, et l'attire à Lui en produisant une fusion
d'amour qui crée l'Esprit d'Amour où la Puissance et la Sagesse ont leur
centre ! - mais l'Agneau de Dieu qui a quitté sa forme très pure,
incorporelle, pour renfermer sa pureté infinie, sa sainteté, sa nature divine
dans une chair mortelle, sait que nous ne sommes pas purifiés par la Grâce,
que nous ne le sommes pas encore et Il sait que nous ne pourrons pas, comme
l'aigle qui est Jean, nous lancer vers les hauteurs, vers le sommet où est
Dieu, Un et Trin.
Nous sommes les petits moineaux du toit et de la route, nous sommes les
hirondelles qui touchent l'azur mais se nourrissent d'insectes, nous sommes
les calandres qui veulent chanter pour imiter les anges mais par
rapport auxquels notre chant est le frémissement discordant des cigales en
été. Cela, le doux Agneau de Dieu venu pour enlever les péchés du monde, le sait. Car s'il n'est plus l'Esprit Infini des Cieux, s'étant réduit à
une chair mortelle, son infinité n'en est pas pour autant diminuée et il sait
tout car sa sagesse est toujours infinie.
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119> Et voici qu'alors il
nous enseigne son chemin, le chemin de l'amour. Lui est l'Amour qui dans sa
miséricorde pour nous s'est fait chair. Voici alors que cet Amour
Miséricordieux crée pour nous le chemin que même les petits peuvent gravir.
Et Lui, non par besoin personnel, mais pour nous l'apprendre, le parcourt le
premier. Lui n'aurait même pas besoin d'ouvrir les ailes pour se fondre dans
le Père. Son esprit, je vous le jure, est enfermé ici, sur cette misérable
terre, mais il est toujours avec le Père, car Dieu peut tout, et Lui est
Dieu. Mais il nous précède, en laissant derrière Lui les parfums de sa
sainteté, l'or et le feu de son amour. Regardez son chemin. Oh ! Il
arrive bien au sommet de l'arcade ! Mais comme il est tranquille et sûr !
Ce n'est pas une ligne droite, c'est une spirale. Un chemin plus long, et son
sacrifice d'amour miséricordieux se manifeste dans cette longueur où Lui se
tient par amour pour nous qui sommes faibles. Le chemin est plus long, mais
plus adapté à notre misère. La montée vers l'amour, vers Dieu, est simple
comme l'Amour lui-même est simple.
Mais c'est une route vers les profondeurs car Dieu est un abîme que je dirais
impossible à rejoindre si Lui ne s'était pas abaissé pour se faire rejoindre,
pour se sentir baiser par les âmes amoureuses de Lui. (Jean parle et pleure,
tout en souriant, dans l'extase de dévoiler Dieu). Elle est longue la voie
simple de l'amour car l'Abîme qui est Dieu est sans fond et si grand que
quelqu'un pourrait y avancer autant qu'il le voudrait. Mais l'Abîme admirable
appelle notre abîme misérable. Il nous appelle par ses lumières et dit:
"Venez à Moi !"
Oh ! invite de Dieu ! Invite du Père ! Écoutez !
Écoutez ! Les Cieux sont restés ouverts car le Christ en a ouvert toutes
grandes les portes. Il a mis à les tenir ainsi ouvertes les anges de la
Miséricorde et du Pardon pour qu'en attendant l'effusion de la Grâce sur les
hommes, il s'en écoulât au moins des lumières, des parfums, des chants
capables de séduire saintement les cœurs humains, pour que viennent vers nous
les paroles pleines de suavité. C'est la voix de Dieu qui parle et la Voix
dit : "Votre enfance ? Mais c'est votre meilleur trésor !
Je voudrais que vous deveniez tout à fait petits pour
avoir en vous l'humilité, la sincérité et l'amour des petits enfants, le
confiant amour des tout petits envers le père. Votre impuissance ? Mais
c'est ma gloire !
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120> Oh !
venez. Je ne vous demande même pas que vous éprouviez par
vous-mêmes le son des pierres, bonnes ou mauvaises. Mais
donnez-les-moi ! Je ferai le choix et vous, vous vous reconstruirez.
L'escalade vers la perfection ? Oh ! non, mes petits enfants. Ici,
la main dans la main de mon Fils, votre Frère, maintenant et ainsi, à ses
côtés, montez." Monter ! Venir à Toi, Éternel
Amour ! Prendre ta ressemblance, c'est-à-dire l'Amour !
Aimer ! Voici le secret !… Aimer ! Se donner… Aimer !
S’anéantir... Aimer ! Se fondre... La chair ? Ce n'est rien. La
douleur ? Rien. Le temps ? Rien. Le péché lui-même s'annihile si je
le fonds dans ton feu, ô Dieu ! Il n'y a que l'Amour. L'Amour !
L'Amour que nous a donné le Dieu Incarné, nous pardonnera tout, Et aimer,
c'est l'acte que nul ne sait mieux faire que les tout petits. Et personne n'est
plus aimé qu'un tout petit.
O toi que je ne connais pas , mais
qui veux connaître le Bien, pour le distinguer du Mal, pour posséder l'azur,
le Soleil céleste, tout ce qui est joie surnaturelle, aime et tu l'auras.
Aime le Christ. Tu mourras à la vie d'ici-bas mais tu ressusciteras en ton
esprit. Avec un esprit nouveau, sans avoir besoin d'utiliser les pierres, tu
seras pour l'éternité un feu immortel. La flamme monte. Il n'y a pas besoin
d'escalier ni d'ailes pour monter. Libère ton être de toute construction,
mets en toi l'Amour. Tu deviendras une flamme. Laisse cela arriver sans
aucune restriction.
Excite, au contraire, la flamme en y jetant pour l'alimenter tout ton passé
de passions, de connaissances. Ce qu'il y aura de moins bon se détruira dans
la flamme et ce qui est déjà métal noble se purifiera. Jette-toi, ô frère,
dans l'amour actif et joyeux de la Trinité. Tu comprendras ce qui maintenant
te semble incompréhensible, car tu comprendras Dieu qui n'est compréhensible
que pour ceux qui se donnent sans mesure à son feu sacrificateur. Tu te
fixeras enfin en Dieu en un embrassement de flamme, en priant pour moi, le
tout petit du Christ qui a osé te .parler de l'Amour."
Tout le monde est sidéré: apôtres, disciples, fidèles... L'interpellé est
pâle, alors que Jean est pourpre, pas tant par la fatigue que par l'amour.
Enfin Étienne pousse un cri : "Bénis es-tu ! Mais dis-moi qui tu
es ?"
Jean a une attitude qui me rappelle beaucoup l'attitude de la Vierge à
l'Annonciation. Il dit doucement, en se courbant comme s'il adorait Celui
qu'il nomme : "Je suis Jean. Tu vois en moi le plus petit des
serviteurs du Seigneur."
"Mais, qui a été ton maître auparavant ?"
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121> "Personne autre
que Dieu, puisque j'ai eu le lait spirituel de Jean que Dieu a présanctifié,
je mange le pain du Christ, Verbe de Dieu, et je bois le feu de Dieu qui me
vient des Cieux. Gloire au Seigneur !"
"Ah ! mais moi, je ne vous quitte plus ! Ni toi, ni celui-ci.
Je ne quitte plus personne. Prenez-moi !"
"Quand... Oh ! mais, il y a ici Pierre notre chef." et Jean
montre Pierre qui en est tout étourdi et le proclame ainsi
"premier".
Et Pierre revient à lui : "Fils, pour une grande mission il faut
une sérieuse réflexion. Celui-ci est notre ange et il enflamme. Mais il faut
savoir si la flamme, en nous, pourra durer. Examine-toi, et puis viens au
Seigneur. Nous t'ouvrirons notre cœur comme à un frère très cher. En
attendant, si tu veux mieux connaître notre vie, reste. Les troupeaux du
Christ peuvent croître démesurément pour permettre un choix entre les
parfaits et les imparfaits, entre les vrais agneaux et les faux
béliers."
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