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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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jeudi 16 mars 28 (2 Nisan)
- Près d'Ippo, à
travers un troupeau de porcs 267 - Le panorama du sommet d'un rocher 267 - Gamala et les
souvenirs du Zélote 268 - Discours (Pourquoi l'impureté des porcs ?)
269 - Deux possédés se présentent 270 - Les démons sont chassés dans des porcs 271 - Les deux miraculés sont abasourdis 271 - Les habitants chassent Jésus 272 - Retour vers les barques 272 - L'un des miraculés restera pour témoigner
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267> Jésus, après avoir
traversé le lac du nord-ouest au sud-est, recommande à Pierre
de débarquer près d'Ippo. Pierre obéit sans discuter. Il descend
avec la barque jusqu'à l'embouchure d'un petit fleuve que les pluies de
printemps et un récent orage ont rempli et rendu bruyant, et qui débouche
dans le lac par une gorge resserrée et rocheuse comme toute la côte en ce
point. Les garçons gardent les barques [1] - il y
en a un par barque - et reçoivent l'ordre d'attendre jusqu'au soir pour le
retour à Capharnaüm. "Et soyez muets
comme les poissons si l'on vous interroge" conseille Pierre. "Si
quelqu'un vous demande où est le Maître, répondez avec assurance :
"Je ne sais pas". La même chose si on veut savoir où il s'est
dirigé. C'est la vérité. Vous ne le savez pas." On se sépare et Jésus
entreprend l'escalade d'un sentier abrupt qui grimpe presque à pic sur le
rocher. Les apôtres le suivent par le sentier difficile jusqu'au sommet du rocher
qui s'adoucit en un plateau planté de chênes sous lesquels paissent de
nombreux porcs. "Puants
animaux ! s'exclame Barthélemy. Ils nous empêchent de
passer..." "Non. Ils ne
nous empêchent pas de passer. Il y a de la place pour tous" répond
calmement Jésus. Du reste les
gardiens, en voyant des israélites, cherchent à rassembler les porcs sous les
chênes pour laisser libre le sentier. Et les apôtres passent, en faisant
mille grimaces, au milieu des ordures laissées par les animaux qui bien gras
cherchent à grossir encore en fouillant le sol avec leur groin. Jésus est passé sans
faire tant d'histoires en disant aux gardiens du troupeau : "Que
Dieu vous récompense pour votre gentillesse." Les gardiens, pauvres
gens à peine moins sales que leurs porcs mais en revanche infiniment plus
maigres, le regardent étonnés et puis bavardent entre eux. L'un d'eux
dit : "Mais ce n'est pas un israélite ?" A quoi les
autres répondent : "Mais tu ne vois pas qu'il a des franges à son
vêtement ?" Le groupe apostolique
se réunit, maintenant qu'il peut avancer en groupe sur un petit chemin
suffisamment large. Le panorama est très
beau. Surélevé de quelques dizaines de mètres au-dessus du lac, il permet
pourtant de dominer tout le miroir d'eau avec les villes éparses sur les
rives. Tibériade
est une splendeur avec ses belles constructions en face de l'endroit où se trouvent
les apôtres. 268> Ici, au-dessous, au
pied du rocher de basalte, la grève étroite paraît un coussin de verdure
alors que sur la rive opposée, de Tibériade à l'embouchure du Jourdain, il y
a une plaine plutôt large et que les eaux du fleuve rendent marécageuse. Le
fleuve semble s'y attarder avant de reprendre sa course après avoir ralenti
dans le lac tranquille. Cette plaine est remplie de toutes sortes de plantes
et de buissons particuliers aux marécages. On y voit toute une population
d'oiseaux aquatiques aux couleurs bariolées comme s'ils étaient couverts de
joyaux. Cet endroit on le regarde comme un jardin. Les oiseaux s'élèvent des
touffes d'herbe et des roseaux, volent sur le lac, y plongent pour attraper
un poisson, se relèvent encore plus merveilleux à cause de l'eau qui a ravivé
les couleurs de leur plumage et reviennent vers la plaine fleurie sur
laquelle le vent s'amuse à déplacer les couleurs. Ici, au contraire, ce sont
des bois de chênes très grands sous lesquels l'herbe est douce et d'un vert
émeraude. Au-delà de cette bande boisée, la montagne remonte après un vallon,
en formant un mamelon abrupt et rocailleux sur lequel s'incrustent les
maisons construites sur des terrasses rocheuses. Je crois que la montagne ne
fait qu'un avec les constructions, offrant ses cavernes pour l'habitat,
mélange de cité troglodyte et de ville ordinaire. Elle est
caractéristique avec cette montée en terrasses grâce à laquelle le toit des
maisons inférieures est au niveau de l'entrée du rez-de-chaussée des maisons
du plateau qui est au-dessus. Sur les côtés où la montagne est plus abrupte,
abrupte au point d'interdire toute construction, il y a des cavernes, des
excavations profondes et des sentiers rapides qui descendent vers la vallée.
A la saison des pluies, ces sentiers doivent devenir autant de bizarres
petits torrents. Des blocs de toutes sortes, entraînés dans la vallée par les
eaux forment un piédestal chaotique à cette petite montagne si abrupte et si
sauvage, bossue et impertinente comme un hobereau qui veut à tout prix qu'on
le respecte.
"Oui, c'est Gamala. Tu la connais ?" dit Jésus. "J'y ai été
comme fugitif, une nuit il y a bien longtemps. Après la lèpre est venue et je
ne suis plus sorti des tombeaux.." "On t'a
poursuivi jusqu'ici ?" demande Pierre. "Je venais de la
Syrie où j'étais allé chercher refuge, mais ils me découvrirent et seule la
fuite en ces terres empêcha ma capture. Après, je suis descendu lentement et
toujours menacé jusqu'au désert de Tecua et de là,
désormais lépreux, à la Vallée des Morts. La lèpre me
sauvait de mes ennemis..." 269> "Ils sont
païens, n'est-ce pas ces gens là ?" demande l'Iscariote. "Presque tous. Quelques
hébreux pour le trafic et puis un mélange de croyants et de gens tout à fait
incroyants. Pourtant ils n'ont pas été mauvais avec moi qui étais
fugitif." "Un pays de
bandits ! Quelles gorges !" s'exclament plusieurs. "Oui. Mais
croyez-le, il y a davantage de bandits de l'autre côté" dit Jean
encore impressionné par la capture du Baptiste [2]. "De l'autre côté
il y a des bandits même parmi ceux qu'on appelle justes" ajoute son
frère.
"Ils sont
impurs..." "Le pécheur
l'est beaucoup plus. Ces bêtes sont faites ainsi et ce n'est pas leur faute
si elles sont ainsi faites. L'homme, au contraire, est responsable d'être
impur par suite du péché." "Mais alors
pourquoi ont-ils été classés par nous comme impurs ?" demande Philippe. "Une fois j'y ai
fait allusion. A cette classification, il y a une raison surnaturelle et une
raison naturelle. La première c'est d'enseigner au peuple élu la manière de vivre
en ayant présent à son esprit son élection et la dignité de l'homme, même
dans une action commune comme celle de manger. Le sauvage se nourrit de tout.
Il lui suffit de s'emplir le ventre. Le païen, même s'il n'est pas sauvage,
mange également de tout, sans penser que la suralimentation fomente les vices
et les tendances qui avilissent l'homme. Les païens cherchent même à arriver
à cette frénésie du plaisir qui pour eux est presque une religion. Les plus
cultivés parmi vous sont au courant des fêtes obscènes en l'honneur de leurs
dieux, qui dégénèrent en une orgie de luxure. Le fils du peuple de Dieu doit
savoir se maîtriser et par l'obéissance et la prudence se perfectionner
lui-même en pensant à son origine et à sa fin: Dieu et le Ciel. La raison naturelle
d'autre part enjoint de ne pas exciter le sang par des nourritures qui
amènent à des élans passionnels indignes de l'homme. L'amour même charnel ne
lui est pas interdit, mais il doit toujours le tempérer par la fraîcheur de
l'âme qui tend au Ciel. Ce doit donc être l'amour et non la sensualité
qui unit l'homme à sa compagne dans laquelle il y oit
sa semblable et non une femelle. Mais les pauvres bêtes ne sont coupables ni
d'être des porcs, ni des effets que la chair de porc peut à la longue
produire dans le sang. 270> Moins encore les
hommes qui sont préposés a leur garde. S'ils sont honnêtes, quelle différence
y aura-t-il dans l'autre vie entre eux et le scribe penché sur ses livres et
qui malheureusement n'y apprend pas la bonté ? En vérité je vous dis que
nous verrons des gardiens de porcs parmi les justes et des scribes parmi les
injustes. Mais, qu'est-ce que c'est que ce fracas ?" Tout le monde
s'écarte du flanc de la montagne parce que des pierres et de la terre roulent
et bondissent sur la pente, et on regarde étonné. "Voici,
voici ! Là-bas ! Deux hommes.. complètement nus...qui viennent vers
nous en gesticulant. Des fous..." "Ou des
possédés" répond Jésus à l'Iscariote qui le premier a vu les deux
possédés venir vers Jésus. Ils doivent être
sortis de quelque caverne dans la montagne. Ils crient. Le plus rapide à la
course se précipite vers Jésus. Il semble un étrange gros oiseau plumé tant il
est rapide, ramant avec ses bras comme si c'était des ailes. Il s'abat aux
pieds de Jésus en criant : "Te voilà ici, Maître du monde ?
Qu'ai-je à faire avec Toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Est-elle déjà
venue l'heure de notre châtiment ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter
avant le temps ?" L'autre possédé, soit que sa langue soit liée,
soit que le démon le paralyse, ne fait que se jeter à plat ventre par terre
et pleurer et puis, s'étant assis, il reste comme inerte, jouant avec des
cailloux et avec ses pieds nus. Le démon continue de parler par la bouche du
premier qui se tord par terre dans un paroxysme de terreur. On dirait qu'il
veut réagir et ne peut qu'adorer, attiré et repoussé en même temps par la
puissance de Jésus. Il crie : "Je t'en conjure, au nom de Dieu,
cesse de me tourmenter. Laisse-moi partir !" "Oui, mais hors
de celui-ci. Esprit immonde, sors de ces hommes et dis ton nom."
"Sortez !
Au nom de Jésus, sortez !" Jésus a une voix de tonnerre, et ses
yeux dardent des éclairs. 271> "Laisse-nous au moins entrer dans ce troupeau de porcs
que tu as rencontré." "Allez." Avec un cri bestial,
les démons quittent les deux malheureux et, à travers un tourbillon de vent
qui fait ondoyer les chênes comme des herbes, ils s'abattent sur les porcs
très nombreux. Les animaux se mettent à courir comme des possédés à travers
les chênes avec des cris vraiment démoniaques. Ils se heurtent, se blessent,
se mordent, et enfin se précipitent dans le lac lorsque, arrivés à la cime de
la haute falaise, ils n'ont plus pour refuge que l'eau qu'elle domine.
Pendant que les gardiens, bouleversés et désolés, hurlent d'épouvante, les
bêtes, par centaines, avec des bruits sourds se précipitent dans les eaux
tranquilles où ils produisent des tourbillons d'écume. Ils coulent,
reviennent en surface, se retournent montrant leurs panses rondes ou leurs
museaux pointus avec des yeux terrifiés et finalement se noient. Les bergers courent
en criant vers la ville. Les apôtres, arrivés sur le lieu du désastre,
reviennent en disant : "Il n'y en a pas eu un seul de sauvé !
Tu leur as rendu un bien mauvais service !" Jésus calmement
répond : "Mieux vaut que périssent deux milliers de porcs qu'un
seul homme. Donnez un vêtement à ces gens-là. Ils ne peuvent pas rester
ainsi." Le Zélote
ouvre un sac et donne un de ses vêtements. Thomas
donne le second. Les deux hommes sont encore un peu étourdis, comme s'ils
sortaient d'un lourd sommeil plein de cauchemars. "Donnez-leur de
la nourriture. Qu'ils recommencent à vivre en hommes." Pendant que les deux
mangent le pain et les olives qu'on leur a donnés et boivent à la gourde de
Pierre, Jésus les observe. À la fin ils
parlent : "Qui es-tu ?" dit l'un. "Jésus de
Nazareth." "Nous ne te
connaissons pas" dit l'autre. "Votre âme m'a
connu. Levez-vous maintenant et rentrez chez vous." "Nous avons
beaucoup souffert, je crois, mais je ne me rappelle pas bien. Qui est
celui-là ?" demande celui que le démon faisait parler et il montre
son compagnon. "Je ne sais pas.
Il était avec toi." "Qui
es-tu ? Et pourquoi es-tu ici ?" demande-t-il à son compagnon. 272> Celui qui était comme muet et qui est encore le plus inerte,
dit : "Je suis Démétrius. C'est Sidon, ici ?" "Sidon est au
bord de la mer, homme. Ici, tu es au-delà du lac de Galilée." "Et pourquoi
suis-je ici ?" Personne ne peut
donner de réponse. Voilà que les gens arrivent suivis des gardiens. Ils
semblent apeurés et curieux. Quand ensuite ils voient les deux possédés
habillés, leur stupeur augmente. "Celui-ci c'est Marc de Giosia !... Et celui-là le fils du
marchand païen !…" "Cet autre, c'est Celui qui les a
guéris et qui a fait périr nos porcs, car les démons qui étaient entrés en
eux les ont affolés" disent les gardiens. "Seigneur, tu es
puissant, nous le reconnaissons. Mais tu nous as déjà fait trop de mal !
Un dommage de plusieurs talents. Va-t-en, nous t'en prions, que ta puissance
ne fasse pas écrouler la montagne pour la plonger dans le lac.
Va-t-en..." "Je m'en vais.
Je ne m'impose à personne" et Jésus revient sur par le chemin déjà fait,
sans discuter. Vient, derrière les apôtres, le possédé qui parlait. Derrière,
à distance, plusieurs habitants de la ville, pour voir s'il part réellement. Ils suivent à nouveau
le sentier rapide et reviennent à l'embouchure du petit torrent, près des
barques. Les habitants restent sur la berge à regarder. Le possédé délivré
descend derrière Jésus. Dans les barques, les
garçons sont épouvantés. Ils ont vu la pluie de porcs qui tombaient dans le
lac et regardent encore les corps qui surnagent toujours plus nombreux, toujours
plus gonflés avec leurs panses arrondies à l'air et leurs courtes pattes
raidies fixées comme des pieux sur une masse de lard. "Mais qu'est-ce
qui est arrivé ?" demandent-ils. "Nous allons
vous le dire. Maintenant détachez les amarres et partons... Où,
Seigneur ?" dit Pierre. "Dans le golfe
de Tarichée." L'homme qui les a
suivis [3], maintenant qu'il
les voit monter dans les barques, dit en suppliant: "Prends-moi avec
Toi, Seigneur." "Non, rentre chez
toi. Les tiens ont le droit de t'avoir. Parle leur des grandes choses que t'a
faites le Seigneur et comment Il a eu pitié de toi. Cette région a besoin de
croire. Allume les flammes de la foi par reconnaissance pour ton Seigneur.
Va. Adieu." "Réconforte-moi
au moins par ta bénédiction, que le démon ne me reprenne pas." 273> "Ne crains pas.
Si tu ne le veux pas, il ne reviendra pas. Mais je te bénis. Va en
paix." |
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Les barques s'éloignent de la rive en direction est-ouest.
Alors seulement, pendant qu'elles fendent les flots où flottent les cadavres
des porcs, les habitants de la cité qui n'a pas voulu Le Seigneur quittent
la berge et s'en vont. |
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